« Judith ?
_ Oui ?
_ Ils sont face à l'entrée de collecte, ils n'ont aucun mouvement en vue.
_ Reçu je progresse. »
Bien, au moins mon idée avait été acceptée. Je me glissais le long d'un mur et avançais un œil fermé pour m'habituer à la pénombre au cas où je risquerais de me retrouver dans le noir. Un peu sur les nerfs, le bruit d'une sourie me fit sursauter. J'espérais juste ne pas subir trop vite d'éventuels effets nocebos. Entendre des bruits parasites ou voir des ombres n'allait pas m'aider des masses dans cette intervention…
Chapitre 8
Aussi discrètement que possible, je me décidais à avancer au travers du tunnel. Je privilégiais l'idée de longer l'une des parois, m'évitant toute mauvaise surprise.
Sur les cartes il était question d'un embranchement juste après ce hall. À droite je trouverais une galerie vers un monte charge et à ma gauche les salles de stockage de matériel puis un couloir vers un des tunnels effondrés. Le tout était de ne pas louper les portes qui menaient vers deux autres galeries qui conduisaient vers les autres tunnels. En longeant le mur je sentais de nouveau monter l'excitation de la chasse, j'écoutais distraitement les agents autour de la mine se mettre en place au travers de mon oreillette et stoppais tout mouvement en voyant de la lumière sortir d'une salle entrepôt. C'était faible et orangé, surement une lampe halogène de camping ou un outil du genre. Aucun autre mouvement ou son ne me parvenait et j'avais de sérieux doutes quand au fait d'avancer vers ces entrepôts.
Peut être que le groupe que nous voulions arrêter se trouvait en sous sol ? Tenant fermement mon précieux fusil, j'essayais d'évaluer mes chances de réussir un tir d'urgence dans ces conditions. J'étais habituée au recul de ma seraphine mais est ce que ça n'allait pas me désavantager en cas de face à face ? L'arme de poing récupérée tout à l'heure serait moins repérable. Je basculais mon fusil sur le coté et prenais l'arme de poing, je l'observais rapidement afin d'être sûre qu'il n'y aurait aucun soucis avec avant d'avancer plus franchement.
Toujours pas de bruits, je jetais rapidement un coup d'œil par la porte mais ne vis rien. Cependant, lorsque j'entrais et passais directement sur le coté, je me pris les pieds dans une sorte de fil très fin et aussitôt je sus que les ennuis allaient me tomber dessus. Littéralement.
Une caisse d'outils se renversa au dessus de ma tête et j'eus à peine le temps d'éviter son contenu qu'une balle passait près de moi. Aussitôt au sol, j'essayais de repérer d'où provenaient les tirs tandis que Cooper me demandait avec empressement ce qu'il c'était passé. Le souffle coupé et concentrée sur les tirs je ne pensais pas à lui répondre. Au contraire, j'étais plus sur le point de virer l'oreillette.
Les tirs cessaient et aussitôt je répliquais mais le pistolet n'était pas suffisamment puissant pour passer au travers des plaques et palettes qui servaient de paravent au tireur.
« Et puis merde ! »
Je glissais l'arme dans l'arrière de mon pantalon et basculais de nouveau mon fusil en avant, l'armant et mettant aussitôt en joug la position supposée du tireur. Un premier tir rentrait dans une palette, un second juste en dessous qui restait fiché dans la palette enfin un troisième traversait mais ne finissait pas dans le mur… J'espérais l'avoir touché et je grognais :
« Alors ça fait quoi de passer de tireur à cible ?
_ Judith ?
_ Oui Cooper ?
_ Enfin ! Tu aurais pu répondre plus tôt !
_ Désolée, je dois tenir des hommes, je ne pouvais décemment pas faire plusieurs choses à la fois…
_ Très drôle, les autres sont entrés, attention si tu dois tirer.
_ Ca ne devrait pas trainer assez pour qu'on subisse ce genre de risques…
_ Fais attention, il connait le terrain et n'aura aucun scrupule à te tuer.
_ Franchement Cooper, il ne serait pas convenu qu'il doit rester vivant, je ne me serait pas autant fais chier. »
Il ne dit rien de plus, je pense que mon agacement commençait à se faire entendre parmi les coups de feu qui avaient repris. Je devais changer d'approche, je regardais les anciennes machines de forage et de démolition… Était ce suffisamment solide pour qu'une balle ricoche dessus ? Je n'avais pas le meilleur angle pour tirer mais si je me débrouillais bien, il ne risquait pas de prendre un coup fatal. J'attendais qu'il se calme un peu ou avec de la chance qu'il au bout de ses munition et tentais un premier tir. Ce fut un échec. La balle alla se coincer dans le plafond, je rechargeais rapidement et tentais un second tir. Un nouvel échec.
« Un troisième et tant pis je bouge…
_ Quoi ?! »
Je sursautais j'avais oublié que Cooper m'entendais.
« Non, rien. »
Troisième tir, la balle ricochait enfin vers la palette mais loupait la cible, un ricanement se fit aussitôt entendre.
« T'es vraiment nulle ! Et c'est ça que le FBI envoie pour nous tuer ?! Laisse moi rire !
_ C'est fait exprès crétin… »
Je m'allongeais au sol pour aller me placer plus loin. J'entendis deux coup de feu être tirés et continuais à avancer vers l'autre couloir. J'eus à peine le temps de me redresser qu'un craquement retentit derrière moi. Ni une ni deux je me retournais et tirais dans la direction du bruit. De toutes façons l'équipe n'avait pas eut le temps d'arriver jusqu'ici. Rien. Je venais de tirer dans une caisse...
Je lâchais un juron qui se finit par un râle de douleur causé par un coup de feu, comme je m'en doutais si je loupais mon coup. Debout j'avais fait une cible parfaite et cet imbécile en avait profité pour me tirer dessus, me blessant au bras gauche. Pas suffisamment pour que je ne puisse plus le bouger mais assez pour me secouer violement. Je gardais le fusil contre moi et dégainais de la main droite le pistolet, d'un même mouvement je me retournais et tirais.
Quatre coups : les deux premiers coups pour stopper tout mouvement et les deux autres pour le désarmer et le blesser.
L'homme cria aussitôt et plaqua une main sur sa cuisse tandis que l'autre restait désespérément sur son arme. J'en avais marre de louper tout mes coups aujourd'hui… Je soufflais et lui tirais à nouveau dessus, cette fois je prenais soin de viser l'intérieur du coude.
Enfin il lâcha cette maudite arme non sans me renommer avec tout les noms d'oiseaux qu'il pouvait connaître.
« On fait moins le malin quand la cible répond hein ? Bon où est elle ?
_ Vas te faire foutre !
_ J'ai pas le temps pour ça, tu vas me dire où est la dernière femme que vous avez enlever sinon faute de te tuer je te tire dans les couilles. »
L'autre ne réponds toujours pas, alors que j'allais reprendre mes menaces, je sentis quelque chose appuyer entre mes omoplates.
« Putain…
_ Comme tu dis gamine. »
Dans l'oreillette, j'entendais Cooper réagir au quart de tour et transmettre ma situation très précaire à l'équipe.
« De plus en plus courageux…
_ Dis la gamine qui a foncé dans le tas sans être sûre du nombre d'ennemis.
_ Peut être mais moi j'ai dégommé tes petits copains plus nombreux et armés.
_ Et voilà où tu en es…
_ Et voilà pourquoi moi à ta place j'aurais tiré. »
En disant cela je lui envoyais la crosse de mon fusil dans le torse puis la faisais basculer dans mon dos et me retournais tout en tirant le couteau qui restait dans ma manche. Une main écartait l'arme à feu et l'autre plantait le couteau au niveau de la clavicule. Puis un de mes talons renfonçait violement sa rotule en arrière mais forcement avec son gabarit qui faisait au moins le double du mien, je ne lui faisais pas énormément de dégâts. Je ne lui laissais pas le temps de se remettre du choc et de la surprise. Je retirais mon couteau de sa clavicule et l'enfonçais cette fois dans la main qui tenait l'arme. Le couteau trancha pile dans le muscle qui reliait le pouce à la main, frappant contre l'os. Sa réaction ne se fit pas attendre cette fois.
Il m'envoya son poing en plein visage et retira le couteau de sa main avant de m'envoyer cette fois l'autre poing tenant toujours l'arme dans la tempe. Cela me rappela douloureusement pourquoi le corps à corps n'était pas mon truc. Lorsqu'il s'agissait de profiter de l'effet de surprise ou de porter des coups rapides en vue de m'éloigner comme tout à l'heure il n'y avait pas de soucis mais avec mon gabarit je ne ferai jamais autant de dégâts que je ne pourrais en recevoir.
Déboussolée je vis à peine l'autre me mettre en joug. Heureusement l'adrénaline de sa pseudo victoire du le faire se prendre pour une sorte de méchant tout puissant car il ne put s'empêcher de parler :
« Ouais j'aurais du tirer plus tôt »
Je n'osais pas parier sur la fin de sa phrase et roulais sur le coté, évitant une balle. J'eus à peine la main posée sur mon fusil que cet enfoiré écrasa mon bras blessé, forcément celui que j'avais bêtement tendu.
« Tss… Aller, assez joué on ne bouge plus. »
Le coup de feu retentit et je sentis un coup de masse me frapper le dos. Je remerciais milles fois Cooper d'avoir pensé au gilet pare balle. Malgré la douleur, je dégageais mon bras, me retournais et lui tirais dessus à bout portant dans le torse. Ni une ni deux il tomba à la renverse tandis que je me reculais le plus vite possible en entendant des bruits de course.
C'était quoi cette fois ?! Vite, je me précipitais derrière des futs en métal et braquais ma séraphine sur l'entrée qui était plus tôt dans mon dos.
« Judith ! »
Prophète et Mike venaient de débouler dans la salle. Encore sonnée, je ne compris pas tout de suite et continuais de les tenir en joug. C'est Prophète qui me fit redescendre sur terre en m'appelant à nouveau, les deux mains levées et bien visibles. Libérée de tout ce stresse, je lâchais un râle de soulagement et déposais enfin mon fusil au sol. Lorsque je me redressais, je m'effondrais presque aussitôt dans les bras de l'agent du FBI, en grognant qu'en effet les gilets pare balle pouvaient être utiles.
Prophète rit doucement et me demanda si j'étais blessée autre part.
« Non… en tout cas que les ambulanciers qui sont derrière vous dégagent vers les criminels… ce serait con qu'ils meurent après tout ces efforts pour les garder en vie. »
Je voyais que le dernier respirait encore mais commençait malheureusement à faire des bulles avec son propre sang. Je remarquais à peine que mes coéquipiers me dirigeaient vers des caisses pour m'y asseoir tout en vérifiant mon état de santé général.
« Et la fille ?
_ On ne l'a pas encore trouvé, on est venu directement ici en entendant les coups de feu.
_ Et je vous en remercie mais ça veut dire qu'on a pas fini, aller on y retourne.
_ Non, nous on y va. Toi tu te soignes.
_ Je suis encore opérationnelle et il faut sortir cette fille de là.
_ Prophète… et Mike vont s'en charger. Toi, tu reste ici. C'est tout et c'est non négociable. »
Je me retournais pour voir Cooper et Beth essoufflés qui arrivaient du même tunnel que moi, Beth tenant encore une carte et son arme. Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, Cooper ramassa ma séraphine et la confia d'autorité à Beth. Celle-ci la prit délicatement tout en rangeant sa propre arme mais en gardant le talkie en main.
De son coté, Cooper relançait la suite des opérations :
« Okay, Gina c'est dégagé de notre coté et Judith va bien. Sécurisez le votre, Mike et Prophète vont vous rejoindre.
_ Okay reçu. »
Je refusais la main que Cooper me tendait et me relevais difficilement pour me diriger vers la sortie. Je passais franchement à coté de lui, ne lâchant qu'un simple « merci pour le gilet ». Je n'essayais même pas de reprendre mon fusil et traçais dehors. Certes c'était un acte immature mais j'en avais gros et mon bras ainsi que mon dos me faisaient souffrir… Bien sûr ce n'était pas la première fois que j'étais blessée par balle ou tout simplement battue mais la situation était frustrante. J'étais mise sur le banc de touche, je ne pouvais même pas finir cette mission et putain j'avais presque tué ce typa alors qu'on le voulait vivant !
Enfin dehors à l'air libre je shootais directement dans un déchet, je retirais mon manteau en grimaçant et retirais le gilet pare balle pour voir l'étendue des dégâts. Une fois de plus j'avais eu de la chance, la balle qui avait traversé mon bras avait fait un trou assez net et celle qui avait frappé le gilet dans mon dos avait surement laissé un assez gros hématome sur ma peau.
« Une chance qu'il n'était pas aussi précis que toi. »
Je me retournais pour faire face à Beth qui me ramenait ma séraphine et mon couteau.
« Ils ne savent pas encore s'il va s'en sortir. Tu n'as rien touché de vital mais il perds pas mal de sang entre son torse et sa main.
_ Merci, je retourne à la voiture vu qu'on a plus besoin de moi ici…
_ Je t'accompagne, je dois retourner au poste. Je te déposerai à l'hôpital.
_ Je suppose que c'est non négociable.
_ Exactement… »
C'était la première fois qu'elle me souriait et je lui en faisais la remarque, ce qui la fit rire doucement :
« Je ne vais pas non plus faire la tête dès que je te vois si je t'apprécie et puis tu fais partie de l'équipe maintenant.
_ Pour le moment, je ne sais pas si cette collaboration doit se prolonger ou non…
_ Même sans tout ça. Tu ne ferais pas partie de l'équipe, nos interactions ne seraient pas les mêmes. »
Je ne devais pas avoir l'air très convaincue car elle continua encore un moment de me faire comprendre comment me voyait l'équipe.
