Lucy avait reçu quinze messages quand elle regarda son téléphone cinq minutes après. Tous de Mirajane étonnamment. Son amie n'avait pas fait l'effort de disque pour chacun de ses SMS et avait donc envoyé en quinze exemplaires le même " Alors ?" Lucy les ouvrit tous un à un avec une patience qui commençait peu à peu à s'effriter, c'est tout de même avec un sourire qu'elle répondit un simple " Ils sont dans la chambre de Reby. Ça a marché. " Avant de jeter le portable dans l'amas informe et bordélique qu'était son lit. Elle regarda l'objet rebondir sur un livre, s'écraser contre son ordinateur et finir sa course dans une assiette sale qu'il faudrait penser à laver un jour.
Elle s'étira en se redressant, retira son haut et se passa une main distraite sur le ventre, frissonna un peu sous la légère brise qui entrait par sa fenêtre ouverte. Fenêtre qui laissait aussi passer une douce odeur de feu de camps, signe qu'il y avait encore du monde entrain de se faire une grillade sur le sable chaud de la plage non loin, embaumant sa rue. Son petit rituel d'avant le sommeil allait pouvoir avoir lieu. Lucy attrapa un paquet de cigarette dans sa table de chevet, et s'accouda sûr l'ouverture.
Sa clope fumante entre deux doigts, elle avait fermé les yeux et ne pensant à rien trouva cela très agréable.
C'était un soir comme elle les aimait. Calme, sans un bruit ou mouvement. La lumière que diffusaient les lampadaires de la rue éteints, ils arrêtaient de fonctionner à une heure trente-cinq. Lucy le savait grâce à de nombreuses nuits passées à ne rien faire dans cette chambre ou juste à contempler les étoiles.
Elle tira lentement la dernière bouffée de sa clope l'écrasa sur le ciment recouvrant le rebord, mit le mégot dans le cendrier qu'elle laissait poser sur le béton, permettant la diffusion de relents de tabac froid dans la pièce de temps à autre. En voyant son bout de cigarette éteint tomber dans la rue en contre-bas elle songea distraitement qu'il fallait vraiment qu'elle songe à vider le récipient qui commençait à vomir un peu partout sur la bordure.
Après avoir retiré ses chaussures et son short, au moment où elle allait s'allonger ou s'effondrer dans son lit, c'est selon, elle s'approcha de sa porte, appuya sur la poignée pour vérifier et la trouva fermée, elle tourna la clé dans la serrure et entrouvrit le panneau de bois. Elle n'avait pas envie de dormir seule. Et elle sentait bien qu'elle ne dormirait pas seule ce soir, laissant ainsi la possibilité à n'importe quelle âme de la rejoindre.
Ne prenant pas la peine d'enfiler quoique ce soit par dessus ses sous-vêtements où même de se mettre sous les draps, elle dégagea d'un mouvement de jambe tout le bazar se trouvant sur la surface moelleuse et grimaça légèrement en entendant son ordinateur heurter un objet non identifié au sol. Elle constaterait les dégâts le lendemain, elle avait bien trop bu pour s'en soucier aujourd'hui. Le dernier mouvement qu'elle s'autorisa fut pour se saisir d'un vieux coussin bleu, qu'elle devait traîner depuis un moment au vu de son état, et le serra contre elle, appréciant la douceur de la multitudes de petits poils contre sa peau nue.
Et elle se laissa envelopper dans ses rêves, sombrant dans un autre monde sans même s'en apercevoir.
Une dizaines de minutes passa. Puis la porte s'ouvrit, pour le laisser passer. Il la referma, et eut un sourire en voyant Lucy recroquevillée sur elle-même, les genoux ramenés de sa poitrine. Elle était comme enroulée autour de ce fichu machin bleu devenu informe qu'elle gardait obstinément depuis qu'il la connaissait. Ça faisait combien ? Quinze ans, peut-être même plus vingt ans maintenant qu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois ? Oui, presque vingt ans. Lucy n'avait que deux ans et possédait déjà son magnifique sourire la première fois qu'il l'avait vu, enfin, dans les souvenirs flous de son enfance.
Il retira sa chemise et ses chaussures, fit de même avec son jean trop court. Et s'allongea sur le lit.
Il agrippa la main qu'elle avait posée sur son matelas. Presque immédiatement, comme électrisée par le contact de sa peau, la blonde se rapprocha de lui, leurs deux fronts ce touchants. Mêlant leurs tignasses blonde et rose.
oOoOoOo
L'idée que cette nuit puisse être un bon moyen de se rapprocher un peu de la « Crevette » avait effleuré l'esprit de Gajil, il ne pouvait le nier. Mais bon, ça avait mal démarré.
Dans un premier temps, dès que Reby avait vu que ce n'était pas Luxus mais lui qui entrait à sa suite dans sa chambre, elle avait fait une tête de six pieds de longs, et l'avait regardé comme s'il avait été la pire abomination du monde. À croire qu'elle aurait vingt, cent, mille fois préféré partager son lit avec un blond aussi musclé qu'arrogant, qu'avec lui, aussi chevelu qu'effrayant.
Il y eut un silence d'une bonne minute, ce qui est long, lorsqu'il n'y a pas un bruit, pas même un ronflement de Kana pour le perturber. Puis Reby avait ouvert la bouche pour la refermer, comme l'aurait fait son poisson rouge se trouvant sur une étagère face au lit (elle l'avait nommé Zola, simplement parce que cet auteur restait l'un de ses favoris, elle avait aussi eut un chat s'appelant Lewis, mais cette saloperie de bestiole, que Gajil détestait, avait mystérieusement disparu un jour... mais c'est une autre histoire).
La jeune fille détourna finalement le regard et se retourna en disant d'une toute petite voix :
« Tu peux sortir, le temps que je mette un pyjama, s'il te plaît. »
Il s'exécuta, de toutes manières, lui aussi il lui faudrait quelque chose pour la nuit, puisqu'il doutait que Reby le laisse dormir dans son lit en simple sous-vêtement, et quitta la pièce comme mut par une autre volonté que la sienne.
Le brun ouvrit la porte de sa propre chambre et fut accueillit par le sourire narquois d'un blond, avachit dans son lit, pianotant sur son téléphone et prenant la peine de relever la tête à son apparition :
« Elle t'a déjà viré de sa chambre ?
- Ferme…
- Elle préfère que ce soit moi, c'est ça ?
- Ta…
- Laisse tomber, Gajil, tu ne fais pas le poids face à moi. Reby m'aime plus c'est tout. Normal vu le temps qu'on a passé ensemble plus petits.
- Gueule.
- Je pense que si j'étais resté, on se serait déjà installés dans la même baraque. En fait le truc c'est que...
- Putain mais tu vas la fermer connard ! »
Sous le coup de la colère, Gajil se retourna brusquement avec la seule envie de voir le visage de Luxus se déformer sous l'impact de son poing.
Le blond avait anticipé le mouvement et bloqua le brun dans son hélant avec une main. La tension entre les deux était palpable. Si quelqu'un s'était interposé à cet instant, il aurait certainement grillé sur place tant le regard du brun était empli d'une haine brute.
Luxus s'approcha un peu pour chuchoter :
« Tu ferais mieux de te dépêcher. Sinon, elle sera à moi ta petite " Crevette ". »
Il relâcha un peu la pression qu'il exerçait sur le poing de Gajil, pour lui permettre de partir, mais celui-ci ne devait pas l'entendre de cette façon et s'apprêta à retenter son coup, seulement, et par chance pour que cela ne dégénère trop, il fut interrompu par une voix familière :
« Il y a un problème, les gars ?
- Aucun. »
Luxus fit un sourire à Reby. Et Gajil lui jeta un rapide regard qu'il voulu désintéressé, avant de se reculer et saisir ce qui lui fallait dans son armoire. Elle était adorable dans son tee-shirt dix fois trop grand, qui lui tombait au-dessus des genoux. En son centre, un dessin de Mickey, réalisé par elle-même, puisqu'elle créait presque tous ses vêtements, achetant juste des habits simples sans motifs.
La jeune fille bailla et dit :
« Bon, j'aimerais aller me coucher, Gajil.
- J'arrive. »
Il jeta un dernier regard emplit de son ressentiment à Luxus et enfila un jogging dans le salon.
Le bond s'allongea plus confortablement une fois la porte fermée. Son petit sketch avec Gajil allait sûrement le faire réagir. Lucy et Mirajane lui devraient une petite récompense pour avoir joué à leur jeu et il ne manquerait pas de leur rappeler.
Suivant la petite péripétie qu'il y avait eu dans sa chambre, Gajil se décida à faire bouger ses relations avec la demoiselle. Le problème restait entier : comment aborder cela sans que Reby ne le recale ou prenne peur ?
Parce qu'elle restait une petite fille dans l'âme, et les petites filles ont peur des grands méchants loups comme Gajil.
Il entra dans la pièce, prenant son courage à deux mains, Reby était déjà couchée et dormait en apparence, à une extrémité de son lit. Cela ressemblait à s'y méprendre à une impression de " Je me mets le plus loin possible de toi " ce qui ne faciliterait pas son affaire. À son tour il s'allongea, et malgré la chaleur, se glissa sous les draps.
Le brun éteignit la lumière et écouta. La respiration profonde et saccadée de Reby résonnait entre ses oreilles. Elle ne dormait pas vraiment, tout compte fait.
Gajil se résigna en percevant cela à réellement dormir. Mais plus ça allait et plus il pensait, plus il était dans l'incapacité totale de fermer l'œil. Reby était bien trop proche de lui, ça le perturbait. Il ne pouvait pas simplement s'assoupir comme ça alors que cette nuit, il pouvait enfin saisir la chance de faire bouger tout son petit monde.
Reby bougea légèrement à côté de lui. Chacun de ses mouvements était un frisson glacé sur sa nuque, comme s'il avait peur. Peur ? Lui ? D'une gamine ? Non, non, non ! Certainement pas, impossible. Et pourtant…
Chaque fois qu'un des draps bruissaient, il oubliait de respirer, toutes les parcelles de son corps étant sous une tension intense. Si quelqu'un l'avait vu à cet instant, il aurait pu penser que Gajil était un cadavre. Allongé sur le dos, les bras le long du corps. Seuls ses yeux témoignaient qu'il était encore en vie.
Peut-être que Reby dormait.
Peut-être que le bruissement des draps n'étaient que le fruit de ses fantasmes.
Peut-être qu'elle le faisait de manière totalement inconsciente.
Peut-être qu'elle le faisait consciemment.
Peut-être qu'elle savait à quoi elle s'engageait.
Mais les faits était là, et la main de Gajil sentit un léger contact de peau.
Il se persuada que c'était son imagination.
Espéra que le léger sursaut qu'il avait eu ne se fit pas ressentir.
Que le fait qu'il ai cessé de respirer ne s'entende pas.
Or, cette même main eut l'impression d'avoir le poids d'un doigt sur son pouce.
Son imagination. Un songe. Une divagation. Une fantaisie. Une chimère. Sa chimère.
Gajil attendait un troisième contact. Jamais deux sans trois, dit-on. Le troisième serait la confirmation.
Rien ne vint.
Nouveau bruissement de draps. La chaleur qui l'avait envahit peu avant disparue en trop peu de temps pour qu'il ne s'en rende compte.
Brusquement, il tendit le bras, voulant attraper quelque chose, n'importe quoi.
Sa main se heurta à une autre main froide.
Trop brusque. Gajil était trop brusque.
Toujours avec trop de rudesse, il coupa ce contact avec elle.
Réfléchissant à toute allure à la conduite qu'il fallait tenir.
Il joua au même jeu.
Premièrement, ma main frôle la tienne et je disparais.
Deuxièmement, je passe doigt sur ton pouce.
Troisièmement, je…
Troisièmement. Deux mains se mêlent, dix doigts s'emmêlent.
oOoOoOo
Lucy ouvrit un œil vitreux, puis le second, plus difficilement, sa joue écrasée contre un biceps qu'elle connaissait bien. Le visage de Natsu apparut immédiatement.
Leurs fronts se touchaient, leurs mains prisonnières l'une de l'autre. Et la demoiselle qui avait trouvé pour oreiller un bras confortable.
La blonde pensa un instant que Natsu était le seul homme qu'elle ait jamais aimé, à le voir ainsi dormir sous ses yeux paisiblement. Pas de manière amoureuse. Ou si, de manière amoureuse, mais le genre de passion fraternelle. Bien sûr, tous ceux qui étaient passé par l'orphelinat étaient comme des frères et sœurs, Lucy considérait Loki, Grey ou Gajil comme des grands frères qui l'aidait à se recadrer dans une vie trop bancale. Mira, Lisa, Reby, Kana et Erza étaient des sœurs extraordinaires avec qui elle pouvait tout partager.
Mais Natsu était plus qu'un frère ou un ami. Il était à elle, rien qu'à elle. Lucy s'était toujours demandé comment elle réagirait si Natsu avait une petite amie sérieuse. Serait-elle jalouse ? Ferait-elle tout pour les séparer ? S'immiscerait-elle dans leur couple ? Jamais elle n'avait eut l'occasion d'essayer puisque Natsu restait secret sur ses histoires de cœurs. Au contraire de Grey qui lui confiait presque tout.
Tellement différents tous les deux. Pas étonnant qu'ils cherchent toujours à se taper dessus.
Lucy se recula un peu. Elle constata que leurs tenues et leur position pouvait laisser penser à des choses peu catholiques. Tous deux étant en sous-vêtements, une main enlacée et collé l'un à l'autre, partageant la même bulle de chaleur et d'oxygène. Mais quelqu'un les connaissant bien ne pouvait pas s'imaginer un couple au réveil. Et Natsu avait l'habitude durant ses nuits d'insomnies de rejoindre Lucy.
Elle dégagea doucement sa main de l'emprise qu'il avait sur celle-ci pour ne pas le réveiller. Le jeune homme grogna et remua dans son sommeil, s'allongeant sur le dos, les bras en croix. Alors Lucy passa lentement ses doigts sur sa joue, geste qui apaise les bébés et qui marchait très bien sur Natsu. Il cala par ailleurs sa joue un peu mieux contre la paume de la demoiselle, pour être certain de la garder près de lui même dans son sommeil peut-être.
Après cette instant de tendresse matinale, Lucy en vint à se poser une question de la plus haute importance : que s'était-il passé pendant la nuit dans la chambre d'à côté ? Elle n'avait pas entendu un bruit de la nuit. Ou dormait trop profondément pour entendre quoi que se soit. Il était plus de onze heures et personne ne semblait réveillés, il n'y avait pas un son provenant de l'appartement, pas une âme qui vive. Un rapide coup d'œil à son portable, qu'elle récupéra au milieu du champ de bataille qu'était le sol de sa chambre, lui signala la présence de seize messages non lu. Quinze était de Mirajane lui demandant ce qu'il se passait, tous plus ou moins les mêmes, qu'elle ignora superbement. Le seizième était de Luxus " Tu me dois quelque chose pour avoir aidé ton nouveau couple à se former " message qui intrigua Lucy. Qu'est-ce que ce blond arrogant avait fait ?
Elle lui envoya elle-même une réponse lui posant la question.
Elle n'aurait pas dû.
Trente secondes après, Luxus apparaissait comme par magie à la place du panneau de bois qui lui servait de porte. Il haussa un sourcil, et un sourire encore plus mesquin qu'à l'habituel illumina son visage balafré.
En même temps, voir Lucy à moitié nue adossé au mur derrière son lit, caressant la joue de Natsu un boxer qui bavait à moitié sur la main de la blonde, ça valait presque une photo.
« Je dérange ?
- Imbécile ! Ne vas rien t'imaginer ! »
Elle ramena comme elle pu des draps sur elle, ce qui n'était pas chose facile avec Natsu et elle au-dessus.
« Arrêtes de me regarder comme ça !
- Comment m'en empêcher ? »
Puis Lucy soupira, stoppant toutes tentatives de mettre quelque chose sur elle. Au pire, c'est comme si elle était en maillot de bain. Un peu sexy, pour un maillot de bain l'ensemble de dentelles noires.
« Bon, tu m'expliques ? »
Le blond s'exécuta. Au fur et à mesure qu'il racontait le sourire de son amie s'élargissait.
Au bout d'un certain temps, Natsu finit par sortir des songes. D'abord surpris de voir Luxus ici, il eut vite fait de reprendre ses esprits et de le mettre dehors, faisant un bruit assourdissant ce qui immanquablement, réveilla les autres.
oOoOoOo
Reby avait ouvert les yeux en première. Un souffle chaud lui chatouillait le visage. Avec une odeur de café et de cigarette. Elle connaissait bien ce parfum, et elle l'appréciait. La tête percée de partout de Gajil était à deux centimètres de la sienne. La jeune fille nota qu'une de ses mains était encore sous l'emprise de Gajil, n'ayant pas bougée depuis hier soir. Elle eut un mal fou à constater et accepter que la seconde était posée sur le torse musclé du brun.
Reprenant peu à peu le fil de ses pensées et chassant de ses yeux et sa tête les restes de sa nuit, elle se rendit compte que Gajil l'avait entouré de son bras libre, le passant sous sa nuque. Ce qui signifiait qu'au moindre mouvement, il pouvait la ramener au-dessus ou en dessous de lui. Il n'y avait aucun moyen pour elle de s'échapper.
Même si elle n'en avait aucune envie à cet instant, elle ne supportait pas de se sentir prisonnière de quoi que ce soit. Vieille cicatrice certainement impossible à guérir, reste du temps qu'elle avait passé enfermée dans la voiture le jour de la mort de ses parents, lors de l'accident qui leur avaient coûté la vie. Ne pouvant sortir de part son âge, ne comprenant pas ce qu'il se passait autour d'elle, elle avait passé peut-être des heures à hurler seule, empêtrée dans un siège pour enfant n'étant plus à la place qu'on lui avait attribué à l'origine. S'égosillant encore sur les deux cadavres toujours chauds placés sur les siège passager et conducteur. La place de Maman et Papa.
Gajil ouvrit à son tour les yeux, suite à un bruit faisant trembler les murs. Une voix masculine vociférait de l'autre côté, mais il ne s'en rendait plus compte.
Il avala difficilement sa salive. Reby était collée à lui. Avait de grands yeux terrifiés et biens ouverts braqués sur son visage. Et tremblait comme une feuille sous ses mains. Trop proche. Beaucoup trop proche.
