J'étais de moins en moins à mon aise.
Edward Cullen me dévisageait souvent.
J'étais sure que quelqu'un lui avait dit que j'étais amoureuse de lui.
Comme à aucun moment l'idée que lui puisse l'être ou le devenir de moi un jour ne m'a traversé l'esprit, j'ai tout fait pour donner le change.
Malgré mon violent désir je ne le regardais plus jamais.
Du moins directement.
Je l'observais à la dérobée, ou en cachette, planquée à un angle de mur, derrière un livre à la cafétéria et derrière une colonne.
J'en étais arrivée à la conclusion qu'il ne sortait pas avec Rosalie Hale.
Celle-ci téléphonait plusieurs fois par jour, ou recevait des appels, et à chaque fois son visage s'éclairait et son expression se modifiait.
Je savais qu'elle avait son amoureux au téléphone, qui n'était donc pas Edward.
Celui-ci avait un air soucieux par moment.
Plusieurs fois je l'ai surpris à me regarder fixement.
Je paniquais à l'idée qu'il sache, et qu'il se moque de moi…
Presque en même temps un incident s'est produit en cours de gym.
Le prof m'avait obligée à jouer au basket et je suis assez violement rentrée dans Mike Newton.
Il m'avait réceptionné contre son torse et avait posé ses mains sur mes hanches pour m'empêcher de tomber.
Il m'avait regardé d'un air gourmand en me disant
« hé! Mais tu as de très belles formes Swan! Pourquoi tu te caches comme ça? »
Je n'avais rien osé répliqué, tachant de retrouver suffisamment d'équilibre pour me dégager de son étreinte et il en avait profité pour caresser furtivement ma poitrine.
J'avais reculé vivement, honteuse.
De ce jour-là il ne me lâcha pas.
Tous les jours il venait me parler, me proposer une sortie au cinéma ou même un restaurant.
J'étais mortifiée.
Mike Newton était un adolescent lambda, ni beau ni laid, gentil mais lourd. J'aurais pu, dans d'autres circonstances, sortir avec lui quelque temps, pour me distraire et entrer dans un groupe.
Mais c'était tout bonnement impossible.
J'aimais Edward.
Et bien que je me traite mentalement d'idiote, sachant parfaitement que c'était en pure perte, je lui étais fidèle…
Mike ne voulait pas comprendre.
J'avais beau être glaciale avec lui, il remettait ça chaque jour.
Mais quelque chose réchauffait un peu mon cœur.
Depuis qu'elle m'avait sourit pendant le club de théâtre, Alice Cullen me faisait toujours un clin d'œil ou un sourire quand on se croisait dans les couloirs.
Jasper était souvent avec elle.
Il lui portait son sac.
Ce détail peut paraitre anodin, mais pour moi c'était le summum du romantisme.
Il se souciait vraiment d'elle. Il n'était pas à ses cotés pour la frime ou le sexe, non, il l'aimait pour de vrai.
Plusieurs fois j'avais assisté à leurs retrouvailles, à midi ou le soir. La toute première chose que Jasper Hale faisait c'était de lui prendre son sac de l'épaule et ensuite seulement il l'embrassait.
Je ne sais pas si les autres filles avaient remarqué ça.
J'étais contente pour Alice qui avait l'air d'une chouette fille.
Mais d'un autre coté ça me déchirait le cœur.
J'aurais bien voulu qu'on fasse ça pour moi.
Je me souviens avoir sourit toute seule en me disant que Mike Newton n'était certainement pas le genre de garçon à porter le sac de sa petite amie.
A lui tripoter les seins sans doute, mais pas porter son sac…
Je réfléchissais désespérément pour trouver quoi offrir à Edward Cullen .
Je n'avais aucune idée, et un budget minuscule.
Qui s'était encore amenuisé puisque je voulais participer au cadeau du bébé de Kate.
J'ai même demandé conseil à mon père.
Il a réfléchit un long moment puis m'a dit:
« un bouchon pour la pêche? c'est pas cher ça, et par ici ça sert toujours! »
Je l'ai remercié en soupirant.
J'ai essayé d'imaginer Edward Cullen en train de pêcher mais le personnage ne cadrait pas vraiment avec l'activité.
J'ai commis l'erreur d'en parler à ma mère au téléphone.
Avec des antennes dignes d'un signal GPS, elle a tout de suite compris que c'était plus qu'un cadeau que je voulais offrir à Edward.
« tu es amoureuse de lui ma chérie? »
J'ai soufflé.
« oui, un peu. Mais c'est sans issu et je ne veux même pas en parler. Je ne sais pas quoi lui offrir et en plus je ne peux pas mettre plus de 10 dollars »
Ma voix s'était mise à trembler.
J'avais tellement l'habitude de pleurer, ces derniers temps, que parfois je ne m'apercevais que je sanglotais qu'en sentant les larmes tomber sur mes mains.
Ma mère a eu une bonne idée:
« tu peux lui faire des cookies maison et les disposer dans un petit panier, ça ne te coutera que quelques dollars et ce sera sympa et personnalisé! »
L'idée m'a plu.
Le lendemain j'ai trouvé un petit panier au supermarché, qui ne coutait que 4 dollars.
J'ai décidé de cuire les cookies la veille au soir, bien sur.
Plusieurs fois je me suis demandée qui pouvait bien avoir pioché mon nom.
Je me suis offert une nouvelle crise de larmes en pensant que la personne devait être bien embêtée d'être tombée sur moi…
Il faisait froid, de plus en plus.
Le matin, mon père m'emmenait au Lycée dans la voiture de patrouille, ce qui, bien évidemment, ajoutait à ma popularité.
Le soir je rentrais à pieds la plupart du temps.
J'avais un peu plus d'une demi-heure de marche, c'était faisable, mais cela me pesait les jours ou je finissais tard et qu'il faisait nuit.
Ce mardi là j'étais fatiguée.
Mais le cours de théâtre m'a fait du bien.
Je ne jouais qu'un tout petit rôle, mais Angela m'encourageait, et la prof aussi.
Je me sentais mieux avec mon texte, et Alice, à qui je donnais la réplique me souriait avec gentillesse.
N'importe quoi pouvant me rapprocher un peu d'elle me faisait plaisir.
Alice avait le vie dont je rêvais.
Elle était belle, riche, intelligente, avait des parents qui s'aimaient et l'aimaient, un frère qui avait l'air de l'adorer, un petit ami beau et gentil et une amie, Rosalie , qui l'écoutait vraiment quand elles parlaient…
Je n'avais absolument aucun espoir d'approcher Edward un jour, mais ces derniers temps j'avais l'impression que je pourrais peut-être devenir, non pas amie, mais disons un peu copine avec Alice.
C'était pour elle que je continuais le club de théâtre.
Parce que sentir le regard d'Edward Cullen sur moi durant toute l'heure, sans savoir pourquoi il me fixait ainsi, à hésiter entre « quelqu'un lui a dit que j'étais folle de lui » et « mais non il s'en est aperçu tout seul » était vraiment difficile.
J'ai du prendre mon courage à deux mains pour lui remettre l'enveloppe contenant ma cotisation pour le cadeau du bébé de Kate.
J'ai eu peur, parce qu'il ne comprenait pas de quoi il s'agissait.
Je me demandais s'il avait peur que je lui ai écrit une lettre d'amour, ou un truc dans le genre.
Je savais que je devais être rouge comme une tomate, mais j'ai réussi à articuler quelques mots.
Il m'a sourit quand il a comprit et j'ai trouvé la force de ne pas m'évanouir…
Ce soir-là j'étais fatiguée. Mon sac pesait lourd sur mon épaule et j'avais le moral dans les chaussettes à l'idée de rentrer à pieds.
Je ne pouvais pas appeler mon père qui était parti en renfort à Port Angeles jusqu'au lendemain.
J'ai hésité à appeler son adjoint, mais celui-ci avait une femme et un petit bébé et je n'ai pas osé les déranger.
Sur le parking j'ai vu Jasper Hale ouvrir la porte de sa voiture à Alice et j'ai aussi vu Edward Cullen attendre patiemment dans la sienne.
Jasper a croisé mon regard et a paru hésiter. J'ai baissé la tête. Quand je l'ai relevée il était assis en train d'embrasser Alice.
Edward m'a regardée, j'ai vu ses yeux dans le rétroviseur.
J'ai rajusté ma capuche parce que mon visage était tout mouillé et j'ai branché mon MP3. Je voulais être portée par la musique.
J'ai essayé de marcher sans penser à rien, juste aux accords de guitare de Muse, prête à me passer ma chanson préférée, Super Massive Black Hole en boucle jusque chez moi.
Je remontais la rue, longeant l'école élémentaire.
Comme chaque soir j'ai pensé à ma mère.
J'ai sourit en me souvenant comme j'étais contente de déjeuner avec les maitresses, parce que ma mère était l'une d'elle, quand j'avais 6 ou 7 ans.
Je faisais attention ou je mettais les pieds.
Il faisait sombre sur cette portion de route.
Je ne regardais pas la route, et j'avais mis la musique assez fort.
Brusquement j'ai vu des phares m' éclairer violement et inhabituellement.
Je me suis retournée et j'ai vu les phares arriver.
Droit sur moi.
Je n'ai pas eu le temps de bouger.
La voiture était déjà sur moi.
Le choc m'a surprise.
J'ai eu la respiration coupée.
Juste ça.
Ca et puis j'ai senti le sol sous moi.
C'était froid.
C'était mouillé.
Mais ça ne me dérangeait pas vraiment.
Respirer était difficile, mais j'étais enveloppée de coton et je me souviens avoir vaguement pensé que de toutes façons, respirer ne me servirait bientôt plus à rien.
La douleur est arrivée d'un coup.
Tellement violente, tellement intense que j'étais tétanisée.
C'était le genre de douleur qu'on ne crie pas. Elle vous prend, et ne vous lache plus.
Elle vous tue.
J'ai entendu des cris.
Ils provenaient de plus en plus loin.
Comme quand j'étais sous l'eau, à la piscine, et que j'entendais les ordres du prof enfin assourdis.
On me parlait, on me touchait aussi.
Je savais que je rêvais parce que j'ai reconnu la voix d'Edward.
Celle d'Alice aussi, qui me parlait tout le temps.
Même Jasper était là.
Ils pleuraient, et je savais que j'étais en train de mourir.
Mais mourir ne me dérangeait pas, pourvu simplement que la souffrance cesse.
Il m'a semblé entendre des sirènes.
Et la douleur s'en est allée.
Presque aussi brusquement qu'elle était apparue.
Remplacée par un drole de bourdonnement dans mes oreilles, et des picotements sur ma bouche et au bout de mes doigts.
La sensation de bien -être qui s'est emparée de moi à cet instant est inqualifiable. Je voulais que cela continue. Je voulais la mort que je sentais arriver.
J'ai eu le temps de penser que mes parents allaient avoir de la peine, alors qu'il ne fallait pas, c'était si bien, si doux de mourir.
Puis j'ai su que j'étais morte parce que la voix d'Edward Cullen m'appelait par mon prénom.
Et j'étais persuadée qu'Edward Cullen ne connaissait pas mon prénom.
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Je précise que je reprend chaque chapitre du PDV de y en aura donc 7 en tout de son PDV à elle, respectant ce qui se passe dans ceux écrits du PDV d'Edward, en les adaptant bien entendu à ce que vit Bella et comment elle voit les choses.
Tous les titres des chapitres sont en -ci "pain" sgnifie douleur en anglais.
Je ne pensais pas que la situation de Bella rencontrerait tellement d'échos.
Certaines review m'ont mise au bord des larmes.
Je suis sure que chacun d'entre vous (y-a-t-il vraiment des hommes qui lisent cette fic?!) est une personne formidable, et parfois se lancer et oser aller à la rencontre des autres peut suffire à changer le cours des choses.
Je vous aime toutes beaucoup, prenez soin de vous!
