IX
Mes yeux embués s'agrandirent d'un coup et les larmes cessèrent nets de couler. Par un réflexe de survie, sûrement acquis de Lyoko, je reculais au moment où les tirs partaient. Une violente douleur irradia mon bras gauche tandis que je tombais à la renverse sous le souffle des 4 explosions conjointes. Il me fallut quelques secondes pour comprendre que les bestioles s'étaient touchées mutuellement. Sauf qu'il en restait encore et non contentes de m'avoir touché elles rechargeaient déjà leurs tirs. Je voulus me relever en prenant appui sur mon bras mais un cri de douleur me fit retomber. Je roulais sur le côté pour éviter un nouveau tir du frôlion restant. Les deux autres Kankrelats étaient arrivés en haut des marches et ils n'allaient pas tarder à faire de moi un souvenir.
J'imaginais déjà ce que l'on dirait « Participait beaucoup... à la bonne ambiance de la classe », ça, ça serait l'appréciation des profs à coup sûr. Et les amis qu'est ce qu'il dirait ? L'image de Jérémie me revint en tête et ma détermination reprit le dessus.
Je pris appui sur la barre toujours dans ma main droite et je me relevais prestement avant de courir à nouveau vers le bout du balcon métallique. Seulement cette fois le frôlion était bien plus rapide et il n'y avait pas moyen de le semer. Le bout de l'usine apparaissait déjà et l'autre me collait toujours aux basques. Quelques tirs s'étaient échoués sur mes pas et me laissait présager qu'une fois à l'arrêt il ne me raterait pas. Même si j'avais le temps de le détruire ça laisserait suffisamment de marge aux Kankrelats pour me rejoindre et faire feu. On était peut être pas sur Lyoko mais j'avais encore le sens de l'équilibre et de l'acro. J'incurvais ma course, m'élançais face au 1er mur, pris appui sur celui-ci et d'un rebond je continuais sur le mur d'angle me retrouvant ainsi face au frôlion. Je commençais déjà à retomber quand je plantais le bout de ferraille dans le sigle du frôlion. Celui-ci explosa instantanément. Les Kankrelats étaient arrivés à ma hauteur et l'un des tirs me frôla le bras droit. La douleur me fit lâcher mon arme et réveilla à nouveau ma rage. Une irrépressible envie d'en finir s'empara de moi et sans réfléchir je courus droit vers les Kankrelats. Sans doute surpris de ma réaction ils ne tirèrent pas et je shootais de toutes mes forces dans le premier qui explosa quelques mètres plus bas. Le deuxième avait déjà repris position et tira une nouvelle salve. J'esquivais aisément et me faufilais derrière une poutrelle. Le coup du shoot était cette fois trop risqué et je n'avais plus d'arme. De plus je distinguais un nouveau frôlion se frayant un chemin vers nous. Le temps pressait d'autant plus que je ne savais pas ce qu'était devenu Jérémie et le moment était mal venu de téléphoner. Le Kankrelat arrivait bientôt à ma hauteur. J'entrepris de contourner la poutrelle verticale et m'accrochais à celle-ci sur la face exposée au vide. Je me laissais glisser afin de ne pas laisser mes mains visibles. La douleur dans mes bras me lançait terriblement mais je serais les dents, bien décidés à en découdre. Le Kankrelat continua sa route et tirant sur mes bras je remontais à hauteur de la plate forme que j'enjambais à nouveau mais cette fois du côté de mon arme que je récupérais. J'étais enfin dos au Kankrelat et le seul bruit qui suivit fut celui-ci de son explosion.
Un frôlion restait en vue et il fallait se dépêcher avant que d'autres ne rappliquent. Je supposais que l'énergie de Xana était tout de même limitée dans sa quête de fabrication plus vraie que nature…
Le frôlion arriva très vite face à moi et l'espace d'un instant je crus qu'il me dévisageait. Je me revis sur la plate-forme, Ulrich prêt à parer les tirs et moi m'élançant vers le rebord.
Il tira, j'esquivais et lançais mon arme, droit dans le sigle. Il explosa et la douleur dans mon bras également. Je retombais sur le sol, exténué.
- Quel idiot !!
Moi qui avait voulu attirer Xana loin de Jérémie je m'étais fais avoir, c'est lui qui m'avait retenu loin de lui, à coup de Kankrelat et de frôlions.
- Imbécile ! m'entendis-je hurler, avant de composer le numéro de Jérémie.
A chaque sonnerie je retenais mon souffle et lorsque sa voix se fit entendre je m'autorisais à respirer.
- Ça va Odd ? s'enquit-il.
- On a vu mieux, on a vu pire, lâché-je pour toute réponse. T'es où ? A l'abri j'espère ?
- Ouais t'inquiète mais faut vraiment que je retourne sur le PC. Quand j'ai compris ce que Xana nous envoyait par les scans je me suis planqué dans l'usine en prenant l'échelle de secours. Je t'ai pas appelé pour pas faire de bruit et pour le moment il m'a pas retrouvé mais d'ici je peux rien faire…d'autant plus que Xana vient de nous filer un sacré coup de main, murmura t'il.
- On a pas la même définition du coup de main je crois, le mien c'est celui d'un ami qui aide un autre ami, tu vois le genre ?
- Odd ?
- Oui Einstein ?
- D'après toi comment Xana a envoyé ses monstres de Lyoko à nous ?
- Je sentais qu'il y avait un piège.
- En les dévirtualisant ? osais-je.
- Pas loin…moi j'appellerais plutôt ça de la matérialisation.
Je mis un petit moment à comprendre et Jérémie eu la décence de me laisser ce temps de réflexion.
- Tu veux dire qu'il a utilisé un programme comme celui que tu cherches ? risquais-je.
- Exactement. Et si je retrouve ce programme je pourrais compléter le mien beaucoup plus vite, conclut-il.
- Voilà de quoi me remettre en forme !
- Je vais descendre aux Scans de là j'aurais qu'à taper sur tout ce qui sort et on pourra tenir longtemps.
- Euh…Odd, je sais pas ce qu'il y a dans les salles. Si ça tombe ça grouille de monstres. T'en as détruit combien ?
- Oh tu me connais j'aime pas donner des chiffres précis, plaisanté-je.
- Menteur tout le monde sait que tu tiens les comptes, répliqua t'il dans un éclat de rire.
- Non sans blaguer j'en ai dégommé une dizaine je pense.
- Je ne pense pas que Xana ait eu le temps d'en refaire beaucoup alors. Non seulement il a du détourner l'énergie pour les créer mais aussi prendre le contrôle du monte-charge.
Tiens c'est vrai ça, je n'avais même pas remarqué qu'ils arrivaient par là…comme si c'était normal que des monstres de 50cm de hauteur et sans mains prenaient l'ascenseur et appuyaient sur le bouton marche. Toujours est-il que le monte-charge était grand ouvert devant moi. J'en déduis qu'on avait un instant de répit.
- On fait comme on a dit Jérémie, je te rejoins et on descend ensemble, trouve toi de quoi te défendre. Je te conseille le morceau de ferraille, modèle pointu si possible, pas trop lourd et maniable, ça va très bien !
Je l'entendis rigoler doucement avant qu'il ne raccroche. Je repris mon arme et me dirigeait vers le fond de l'usine. Le calme m'apaisa un peu et j'en profitais pour récupérer et regarder mes blessures. Le bras droit avait été effleuré mais le bras gauche semblait déjà plus entaillé et plus préoccupant.
- Pfff…un beau t-shirt tout neuf déjà troué…
- Hep t'arrête de te plaindre !
Je sursautais avant que mon cerveau ne comprenne qu'il s'agissait de Jérémie.
- T'es pire que Xana toi quand tu t'y mets ! J'ai réchappé aux bestioles et c'est toi qui va m'avoir pour finir !
- Chuutttt ! Parle pas trop fort, m'ordonna t'il. Excuse pour la frayeur mais c'était trop tentant. Hey, mais ton bras !
Effectivement le bras gauche avait une sale tête et le t-shirt mauve à la base tirait plutôt vers le rouge foncé. Malgré tout valait mieux ne pas inquiéter le petit génie.
- T'en fais pas c'est moins grave que ça en a l'air.
J'essayais d'être rassurant mais vu sa tête ce n'était pas gagné.
- Bon alors disons que sur une échelle de point de vie j'en ai perdu 30.
Menteur, pensé-je aussitôt, c'est plus du 50.
- Allez ne trainons pas ici, dis-je pour mettre fin à cette discussion. T'as trouvé de quoi te défendre ?
Sans mot il me montra une barre de fer équivalente à la mienne. Nous étions armés, parés de courage et prêt à se défendre une fois de plus. L'accès au labo était situé à quelques mètres de là et aucun bruit ne semblait s'en échapper. Je m'approchais prudemment et jetais un coup d'œil par l'ouverture.
- Tu vois quelques chose ?
Je sursautais à nouveau. Avant même que je parle je l'entendis soupirer « désolé ».
Jérémie n'avait jamais été sur Lyoko et habituellement quand quelque chose allait mal il était plutôt du genre nerveux, angoissé mais curieusement il semblait maintenant calme. La fatigue y était sans doute pour quelque chose, on approchait les 36h sans sommeil et la tension accumulée avait tendance à nous user plus que d'accoutumé.
- Je vais regardais un peu plus, tiens toi prêt à déguerpir si y faut.
Accroupi, j'avançais un peu plus vers l'ouverture et y entreprit d'y passer la tête. Rien en vue, pas de bruit suspect. Je me redressais et fit signe à Jérémie d'avancer. Nous allions pouvoir descendre.
