CHAPITRE 9

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POV Sarah

... peut-être.

Un silence de mort plane dans toute la pièce, Tom me fixe toujours et certains visages commencent à se tourner vers moi notamment celui du journaliste. Je regarde Julie du coin de l'œil pour qu'elle me vienne en aide et déglutis difficilement, avant que Tom n'éclate de rire.

- ... ou peut-être pas !

Les différentes personnes de la pièce se concentrent à nouveau sur lui, attendant patiemment qu'il cesse de rire comme un dément. Il répond enfin aux regards interrogateurs lorsqu'il a accumulé assez d'air.

- Vous auriez dû voir vos têtes, hahahaha, c'était à mourir de rire !!

Je vois David pousser un énorme soupir de soulagement qui n'augure rien de bon pour moi, et Bill lui mettre une grosse claque à l'arrière du crâne. L'ambiance qui avait perdu dix degrés en l'espace de quelques secondes se réchauffe d'un coup.

- Ecoutez, j'en ai marre qu'on me demande toujours la même chose. Oui j'aime les filles sexy, oui je suis partisan des histoires d'un soir et oui je suis un tombeur. Ça n'a pas changé, et ce n'est pas près de changer. On peut passer à autre chose maintenant ?

Au fur et à mesure que les mots sortent de sa bouche, je sens une lame dure et froide s'enfoncer doucement mais irrémédiablement dans mon cœur. Je souris avec le reste des gens pour faire bonne figure, mais ce qu'il vient de dire me ramène directement sur Terre et me conforte dans mes idées de la veille, à savoir : Je ne suis que la suivant d'une très longue liste. Il ne me considère pas différemment que les autres personnes qu'il a pu rencontrer, et cette constatation me déchire les entrailles.

Je sens Julie me tirer vers le côté gauche de la salle et c'est seulement à ce moment là que je me rends compte qu'elle et moi sommes restées plantées comme des piquets suite à l'intervention de Tom. Je suis docilement mon amie mais ne peut m'empêcher de jeter un regard au guitariste, et malheureusement pour mon pauvre petit cœur, lui fait de même. Ce regard n'a duré qu'un dixième de seconde mais il a été assez long pour qu'il puisse y lire toute la rancœur que j'ai pour lui.

Il s'est moqué de moi. C'est tout ce que je souhaite me rappeler de lui. Et à chaque fois que je pense qu'il est sérieux, il me prouve le contraire.

Je tourne le dos à tout ce beau monde et m'enferme dans ma mauvaise humeur. Je ne sais pas combien de temps je reste dans cet état léthargique mais je sursaute violemment quand on me tape sur l'épaule. Il s'agit de la face de crapaud qui interrogeait le groupe tout à l'heure.

- Bonjour Mademoiselle... ?

Il laisse sa question en suspend pour que je la complète de mon nom mais je reste muette comme une tombe tout en le fixant de mon air « bienvenue en enfer ». Je ne suis franchement pas d'humeur pour le moment ! Devant mon visage résigné, il se reprend immédiatement en me tendant une main que je serre rapidement.

- Je m'appelle Bruno, vous avez quelques minutes à m'accorder ?

Oulaaaa, ça sent le roussit cette question ! Et de part ma mauvaise humeur je lui réponds assez sèchement.

- Non !

Ça jette un petit froid et ma réponse un peu vindicative fait tourner quelques têtes. Ju' qui n'avait pas trop fait attention à la situation parce qu'elle s'était rapproché du groupe fait demi-tour et revient vers moi immédiatement, suivi de prêt par Bill qui fronce les sourcils. Le journaliste qui devait repartir directement après avoir interrogé les garçons sait pertinemment qu'il n'a rien à faire ici et me demande très rapidement :

- Je peux vous prendre au moins en photo ?

J'ouvre la bouche pour de nouveau l'envoyer bouler mais c'est David qui vient à ma rescousse.

- Pourquoi est-ce qu'elle vous intéresse autant au juste ? Ces jeunes filles ne sont que des connaissances du groupe, pourquoi vouloir les prendre en photo ?

Le journaliste ouvre et referme la bouche comme un poisson hors de l'eau puis David finit d'enfoncer le clou.

- Je crois que vous avez fini ici, je vais vous faire raccompagner. Si vous voulez bien me suivre…

On regarde tous ce gros curieux se faire mettre dehors par le manager, alors que Julie et Bill me rejoignent. On se retrouve enfin entre jeune.

- Qu'est-ce qu'il te voulait celui là ? – Me demande mon amie.

Je ne comprends pas bien ce qu'il vient de se passer.

- Me poser des questions je crois. – Je réfléchis encore à ce qu'il vient de se passer et finalement, fait par de mon étonnement. Je ne vois pas ce que j'ai de si intéressant pour lui…

- C'est que tu es bien aveugle alors – me coupe le chanteur après avoir ricané un peu.

ces non-dits et ces insinuations me fatiguent.

- Bill, t'es un mec adorable mais s'il te plaît… lâche-la. Tu souffles le chaud, ton frère le froid. Moi je comprends que Sarah prenne du recul.

A chaque fois ça me surprend. Comment fait-elle pour toujours savoir ce à quoi je pense ? Je suis blasée et je l'avoue bien volontiers, très contrariée.

- Et tu sais quoi – je rajoute en direction de Bill. Je vais tellement en prendre de recul, que je rentre à la maison. Je repasse te prendre ce soir Ju'.

J'embrasse rapidement mon amie et me tourne vers le brun.

- Je garde la place de concert précieusement. Si je suis de meilleure humeur je passerai peut-être au concert. On m'a dit qu'il ne fallait pas manquer ça. Salut.

J'essaye de faire un peu d'humour et la dernière chose que je vois avant de fermer la porte, ce sont Georg, Gustav et Tom en train de se rouler dans les coussins du canapé.

-

POV Tom

Putain mais on peut vraiment être de vrais gamins quand on est ensemble. Le plus sérieux d'entre nous c'est bien mon frère… c'est peut-être pour ça qu'on le laisse répondre aux questions, histoire qu'on ne sorte pas de conneries aussi grosses que nous. Pourtant, ça ne m'a pas empêché d'ouvrir ma gueule pour rien tout à l'heure.

Qu'est-ce qui m'a pris de balancer ça en plein interview, franchement ! C'était aussi fin que les blagues graveleuses de Georg, j'ai cru que Bill allait me fracasser le crâne. Mais bon sang, à quoi est-ce que j'ai pensé en parlant de petite amie tout en fixant Sarah !

- NON, Julie attends !

Je me retourne pour voir pourquoi mon frère se sent obligé de gueuler comme un putois, mais mon visage n'a pas le temps de faire tout le chemin que je me mange une gifle magistrale. Putain, même ma mère ne frappe pas aussi fort ! Je passe ma main machinalement sur ma joue endolorie et écoute Julie passer ses nerfs sur moi.

- T'es content de toi espèce de connard ! Je t'avais pourtant prévenu, je t'avais dit que…

J'arrête de justesse son poignet avant qu'elle ne m'en colle une autre et tente de la maitriser.

- Mais qu'est-ce qui t'arrive putain, t'as pété les plombs ou quoi ??

Elle essaye de récupérer son bras mais je ne suis pas encore suicidaire, si je la relâche elle est bien capable de me décapiter dans l'état où elle est. Je la secoue un peu pour qu'elle se reprenne, parce qu'elle fait flipper comme ça.

- Bon, maintenant ça suffit ! Mais calmes toi bon sang !

D'un coup un peu plus rapide que les autres, elle arrive à dégager son bras… mais elle n'a pas l'air calmé pour autant.

- Tu veux que je me calme ? Je t'avais prévenu, je… je… Tu m'avais dit que tu ne jouerais pas avec elle, bordel !

Mais par tous les saints, de quoi est-ce qu'elle me parle ?

- Bill s'il-te-plaît aide-moi. Je ne pige rien à ce qu'elle me raconte.

Chose rare et qui n'est jamais bon signe, mon frère reste silencieux, tout le monde est silencieux. Je fais alors un tour sur moi-même… Georg et Gus sur le canapé à droite, ça c'est normal, ensuite Bill et Julie sur ma gauche et…

… merde.

- Où est Sarah ?

Je refais un tour de la pièce comme si elle allait sortir du néant mais je ne la vois nulle part et qui plus est, personne ne daigne me répondre. Je me retourne vers l'hystérique de service qui a l'air de s'être un peu calmée et repose la question en articulant bien chaque syllabe.

- Julie, où-est-Sarah ?

Elle me jette un regard plus que froid avant de me répondre sur le même ton que si elle m'annonçait avoir mangé une pomme ce matin :

- Elle est partie.

Je m'accroupie devant elle avant de penser à voix haute toutes les interrogations qui me passent par la tête.

- Mais comment ça partie ? Partie où ? Quand est ce qu'elle revient ? Que s'est…

Une main se pose sur mon épaule ce qui coupe mon flot de questions. Il s'agit de mon jumeau qui me lance un regard où brille un éclat d'agacement.

- Elle s'est barrée c'est tout ! Elle rentre chez elle. Ne soit pas si étonné !

Et pourquoi est-ce que je ne serais pas étonné d'abord !

- T'as autant de délicatesse qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine Tomy. C'est pas étonnant qu'elle ait préféré se casser.

- Toi Georg, on t'a pas sonné !

Je me retourne de nouveau vers Julie et lui demande :

- Où est-ce que je peux la retrouver ?

- Je vais avoir assez de morceaux à recoller… laisse tomber tu veux !

Elle lâche un soupire exaspéré mais j'enchaîne avant qu'elle ne rajoute quoi que se soit :

- Je ne veux pas qu'elle parte comme ça… je… s'il-te-plaît ?

Et après maintes explications, me voilà en train de courir dans les différents couloirs pour rejoindre la sortie, j'espère vraiment qu'il n'est pas trop tard. Je n'ai pas assuré sur ce coup… et je ne sais pas du tout comment rattraper ça ?

Flash Back

- … Avez-vous trouvé la perle qui vous ferez un peu moins papillonner à gauche et à droite ?

Quelle question à la con, pourquoi est-ce que j'aurai trouvé une perle, je ne la cherche même pas de toute façon. Je cours après tout ce qui ressemble à une fille jolie c'est bien connu… c'est plutôt à Bill qu'il faudrait poser la question. Je regarde le bouffon de journaliste qui a osé me demander ça dans le but de lui répondre de façon cinglante, sauf que juste dans son axe, un peu au dessus de sa tête, se trouve Sarah. Elle me fixe de son regard si doux et le problème est que la réponse me vient de façon assez naturelle… Une perle… peut-être.

… Gros silence.

Au vue de la calotte glacière qui s'installe dans la pièce, j'ai bien peur d'avoir parlé à voix haute et ça, ça craint vraiment ! David va m'égorger, sans parler de mon frère… Pour rétablir un tant soit peu la situation, comme d'habitude je fais de l'humour. Ça à au moins l'air de faire respirer tout le monde de nouveau.

Notre manager pourrait faire sauter le champagne tant il a l'air soulager et Bill manque de me fendre le crâne en deux. Tout est rentré dans l'ordre.

Je regarde de nouveau Sarah, sauf que ses yeux ne me paraissent plus doux du tout, leur couleur verte a viré au noire… je ne suis pas sûr que tout soit autant dans l'ordre que ça.

Fin flash-back

Pourquoi est-ce que mon orgueil démesuré au sujet des femmes m'a encore fait dire n'importe quoi ? Ça fait tellement partie de mon personnage que ces genres de réflexions partent toutes seules sans que je n'aie réellement besoin de réfléchir à l'impact que ça peut avoir. Je n'ai jamais eu à le faire auparavant.

Je n'ai pas du tout pensé que ça pourrait toucher Sarah… que ça pourrait peut-être même la blesser.

Je pousse une porte de sortie de secours et prend une minute pour me repérer. Julie m'a plus ou moins indiquée où était garée la voiture mais pour la retrouver, il faut déjà que je sache où est-ce que je me trouve moi-même ! Je regarde partout histoire de trouver un nom de rue et recommence à courir.

J'ai peur d'arriver trop tard.

Je ne veux pas ressentir ce sentiment bizarre que j'ai ressenti hier soir en rentrant de boîte.

J'avais envie d'elle.

Non.

J'avais besoin d'elle. J'ai toujours besoin d'elle.

C'est une évidence… alors pourquoi est-ce que je ne lui ai pas simplement dit ?

Je tourne enfin à l'angle de la rue que m'a donné Julie et voit avec soulagement que ma petite française est appuyée contre sa voiture, mains dans les poches de son manteau, les yeux dans le vague mais les joues humides.

Je ralentis ma course et m'approche tout en restant à une distance respectable pour ne pas qu'elle se sente agressée… avant de reprendre un semblant de souffle. Elle, pendant ce temps, n'a pas bougé d'un pouce, je ne sais même pas si elle s'est aperçue que j'étais là.

- C'est une manie chez toi de disparaître dans la nature… faut que je m'y habitue où tu penses pouvoir arrêter un jour ?

Ok… faire de l'humour dans une situation comme celle-ci n'est peut-être pas la meilleure des idées mais moi, ça me détend !

Elle ne bouge pas un cil, je ne distingue même pas un battement de paupière, alors lorsque je devine qu'elle va dire quelque chose, ma respiration se bloque. Mais le ton las qu'elle utilise pour me parler me glace le sang.

- Tom… qu'est-ce que tu veux ?

J'essaye d'accrocher ses yeux mais en vain. Les minutes s'égrènent lentement pendant que des pensées se bousculent dans ma tête et tout ce que je trouve finalement à dire c'est :

- Reste.

Court, clair, concis... mais pathétique. Ça résume pourtant terriblement mon angoisse de la voir monter dans cette voiture. Son silence se fait long… très long.

- Pourquoi ?

Aïe, va falloir que je sois persuasif en plus. En même temps, je l'ai un peu cherché mais bon, elle pourrait y mettre un peu du sien aussi.

- Pourquoi quoi ?

Je me mettrais des claques des fois, je vous jure ! Je viens ici dans l'optique de la ramener vers moi et éventuellement lui parler de ce que je ressens et au lieu de ça, je fais le bouffon. Elle tourne son beau visage vers moi et je la regarde mordiller sa lèvre… En plus de son regard perdu et de ses joues rosies, je crois que je ne l'ai jamais trouvé autant adorable qu'en ce moment… ni plus vulnérable.

- Pourquoi est-ce que je devrais rester hein ? Tu te trouveras bien une autre pétasse pour te satisfaire ce soir… tu adores tellement ça !

Ok, elle marque un point, pourtant je ne m'avoue pas vaincu. J'ouvre la bouche pour lui répondre mais elle continue de parler… je crois qu'elle va vider son sac et que ça va vraiment, mais alors, vraiment faire mal.

- Mais tu crois quoi à la fin ? Que parce que tu es célèbre, tu peux te permettre de me traiter comme une merde ? Je ne suis pas un jouet figure toi ! J'ai un cœur, et des sentiments… choses qui te font, manifestement, complètement défaut. J'ai pourtant été claire avec toi, dés le début… mais non, il a fallut que tu insistes. Qu'est-ce qui te tracasse tant, tu ne supportes pas de te faire rejeter c'est ça ? Mais ne t'inquiètes pas, tu pourras tester tes aptitudes toutes la soirée, avec pleins de filles qui ne rêveront que de ça : devenir le nouveau jouet de Tom Kaulitz. Merveilleux titre de gloire que je leur laisse bien volontiers.

Je retire tous ce que j'ai dit… ça ne fait pas vraiment mal : c'est juste hyper douloureux. C'est comme se faire soigner une dent sans anesthésie. Chaque mot est craché avec hargne, une violence que je ne lui connaissais pas. Au fur et à mesure de ces reproches, je perçois des sanglots dans sa voix qui me vrillent l'estomac. Et quand elle se tait enfin, je n'ai qu'une envie : la prendre dans mes bras et lui faire oublier tout ça.

- Non !! Ne m'approche pas !! – Dit-elle fortement en tendant son bras devant elle en une faible barrière.

Elle enserre alors sa tête de ses mains, comme pour étouffer ses pleurs, et rajoute dans un murmure :

- Ne m'approche plus…

Je suis le spectateur d'une scène que je ne supporte pas de voir. Je ne supporte pas de la voir s'effondrer comme ça devant moi sans pouvoir rien faire, je voudrais pouvoir stopper chaque sanglot dans une étreinte, et faire sécher chaque larme dans un baiser. Je voudrais la protéger de tous, alors que c'est moi qui lui fais tant de mal. Je voudrais lui dire tellement de chose, alors que je reste totalement silencieux. Je suis face à une situation que je n'ai jamais eu à gérer et je ne sais absolument pas quoi faire.

- Sarah… s'il te plaît. Je… calme toi…

- Ne me dit pas ce que j'ai à faire ! – Hurle-t-elle avant de rajouter : J'aurai voulu ne jamais percuter votre van. Sors de ma vie, c'est tout ce que je demande !

Je bloque un instant sur ce qu'elle vient de me dire… comment en est-t-on arrivé là ?

- Tu ne peux pas me demander ça…

Bien, première phrase cohérente que je sors depuis au moins dix minutes… mais c'est comme si je n'attendais que ça pour pouvoir enfin y voir plus clair.

- Tu ne peux pas me demander ça alors que moi, tout ce que je veux, c'est que tu fasses partie de la mienne.

Ses sanglots s'arrêtent aussi vite que si je lui avais mis une claque. Elle me regarde maintenant avec un air de complète incompréhension sur le visage.

- Tu t'enfermes dans ton monde en me rejetant, mais tu ne te demandes même pas si moi je peux en souffrir. Tu crois que c'est facile pour moi aussi de ressentir tout ça, tu crois que ça ne m'effraye pas ?

- Non mais tu te fous de ma gueule ou quoi ? Tu balances à qui veut l'entendre que tu baises tout ce qui bouge et après tu me fais la morale ? Je nage en plein délire, c'est pas possible.

… ah bah je crois que je commence à comprendre d'où vient le problème.

- Tu aurais préféré que je parle de toi au journaliste ? Tu voudrais que je te présente comme ma petite amie au monde entier ?

Au moins, ça la fait un peu sourire.

- Je ne représente rien pour toi... et je suis loin d'être ta petite amie.

- Ça ne tient qu'à toi de le devenir. Je réitère donc ma question, veux-tu que je te présente comme ma petite amie ?

Ses yeux s'écarquillent, et lorsqu'elle reprend la parole, je distingue une petite note d'angoisse.

- Mais t'es un grand malade toi ! C'est vraiment pas drôle.

- Parce que t'as l'impression que je suis en train de rire là ? Je te rappelle que jusqu'à ce que je te rencontre, je pensais que tout ça c'était impossible. Je pensais que d'avoir une copine fixe serait quelque chose d'horrible, je pensais que ressentir autant de chose pour une seule personne était utopique. Je pensais qu'une fille comme toi ça n'existait pas, je pensais tellement de choses qui ont été totalement balayées.

Je parle comme je n'ai jamais parlé auparavant et je profite de sa stupéfaction pour me rapprocher d'elle jusqu'à me retrouver à quelques centimètres. Je place ma main droite sur sa joue, je ressens un tel besoin de la toucher que je n'aie plus la force de combattre. Elle a l'air troublée. Je pourrais jurer que ça n'est rien comparé à moi. Je caresse doucement sa joue de mon pouce avant de déplacer ma main vers sa nuque et la rapprocher de moi. Je veux me plonger à nouveau dans ses yeux, je veux... tellement de choses en faites. Je rêve de pouvoir de nouveau toucher ses lèvres, de les embrasser et de la serrer dans mes bras.

On se fixe toujours dans les yeux, aucun des deux ne voulant lâcher prise. Je ne sais même pas si mon petit discours l'a convaincu de quoi que se soit, mais elle n'a pas l'air de protester. Je sens son souffle s'écraser dans mon cou et je pose tout doucement son visage contre mon torse pour pouvoir la sentir de nouveau contre moi. Une terrible chaleur m'envahit alors. J'enfouis automatiquement mon nez dans ses cheveux pour m'enivrer de son odeur et la berce doucement. Comment arrive-t-elle à me faire réagir comme ça ?

J'attends qu'elle se calme un peu, et entends ses sanglots s'estomper ainsi que sa respiration reprendre un cours normal. Au bout d'un temps que je trouve bien trop court, elle décide de se décoller mais je la retiens toujours par ma main se trouvant sur sa nuque. Je refuse qu'elle s'éloigne encore de moi. Elle lève alors un regard plein de doutes, mais beaucoup plus doux que lorsque je suis arrivé.

- Qu'est-ce que tu veux exactement Tom ?

Ce que je veux… si elle savait.

- Je veux que tu restes, je veux passer le peu de temps qu'il me reste avant mon départ avec toi, je veux essayer de créer des bases solides pour pouvoir supporter ton absence quand je partirai et pour attendre de te retrouver après. Et surtout, mais surtout, j'ai terriblement envie de t'embrasser.

Son petit rire cristallin m'a vraiment manqué, et son sourire timide aussi. Elle relève son visage vers moi et me surprend en posant elle-même ses lèvres sur les miennes.

Je comprends alors tout ce que Bill tentait de m'expliquer sur ce que l'on peut ressentir en embrassant une personne à qui l'on tient. C'est tellement plus grand qu'avec une inconnue. Mes bras se resserrent automatiquement autour de sa taille si frêle et j'approfondis le baiser. Nous nous séparons à cause du manque d'air mais je la maintien toujours dans mes bras.

- Tu m'as manqué.

C'est sorti tout seul, mais c'est exactement ce que je ressens en ce moment. Elle m'a manqué, à chaque moment où elle était absente de mon monde.

-

POV Sarah

Je nage en plein délire... je sors avec Tom. Je sais bien que n'importe quelle fille se dirait qu'elle sort avec « Tom Kaulitz, guitariste des Tokio Hotel », mais pour moi c'est juste Tom. Le mec adorable que j'ai rencontré complètement par hasard dans Paris.

J'essaye de me coller d'avantage contre lui mais il me semble que c'est mission impossible tellement on est déjà proche, pourtant je le sens resserrer ses bras autour de moi. Un soupir de satisfaction traverse la barrière de mes lèvres sans que je ne le retienne.

Je suis tellement bien comme ça.

Nous nous trouvons toujours au milieu de la rue, et le fait que quelqu'un puisse le reconnaître ne m'effleure même pas l'esprit tellement je suis occupée à me répéter en boucle « je suis dans les bras de Tom, je suis dans les bras de Tom, je suis dans les bras de Tom... ». Je crois que je suis devenue un cas pathologique grave.

- A quoi tu penses... t'es bien silencieuse ?

Il passe doucement une main à la base de mon cou pour jouer avec mes cheveux... c'est fou ce que ça peut me détendre. Du coup, je ronronne plus ma réponse qu'autre chose, mais je m'en fiche.

- Hmmm... À nous.

Il m'embrasse le front mais ce moment magique est brutalement interrompu par une musique stridente de portable. Tom farfouille au fond de sa poche avant de trouver le trouble fête et je le vois soupirer en voyant la présentation du numéro.

- Hallo ?

...

- Non je ne suis pas très loin, pourquoi ?

...

- Ça ne peut pas attendre ?

Il se dégage alors de la position dans laquelle nous nous trouvions et fait quelques pas, l'agacement est assez visible sur son visage et sa voix se durcit légèrement.

- Jusqu'à preuve du contraire, je fais encore ce que je veux de ma vie du moment que ça n'impacte pas le groupe.

...

- C'est hors de question !

...

- Très bien, on arrive.

Et il referme le clapet de son portable avec un peu trop d'énergie. Je ne suis pas complètement bête et je sens bien qu'il s'est fait engueuler parce qu'il était avec moi... mais l'identité de l'appelant m'intrigue.

- C'était qui ? – Je lui demande naïvement.

Il revient vers moi toujours avec cet air grognon sur le visage mais la voix douce qu'il utilise pour me répondre contraste complètement.

- Personne d'important, t'inquiètes.

Bon, manifestement il n'a pas envie de m'en parler mais...

- Je peux comprendre que t'es pas envie d'évoquer le problème avec moi, et pas la peine de faire cette tête, parce que je suis sûre qu'il y a un problème. Mais pas la peine non plus, de me prendre pour une idiote. Rien de grave ?

Il sourit avant de me passer un bras sur les épaules et de commencer à marcher.

- Nan, rien d'urgent puce. Et si ça peut te rassurer : y'a aucun problème non plus !

Mouai, s'il le dit...

- Par contre, je te ramène directement là-bas. On avait des photos à faire et je suis un tout petit peu à la bourre. Et puis, tu calmeras ta copine... j'ai cru qu'elle allait m'égorger tout à l'heure.

- Julie qui s'énerve... c'est rare. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Il a l'air tout gêné de me raconter l'anecdote. Je le laisse bafouiller un peu (c'est tellement mignon) et finalement lui dit d'abandonner.

- Laisse tomber ! La connaissant, je ne suis pas certaine de vouloir savoir.

On pouffe de rire tous les deux, chacun revoyant très certainement des scènes où Julie s'est illustrée par sa grande gueule, puis, consciente de la situation dans laquelle nous nous trouvons, je dégage mon épaule et m'éloigne un peu de lui. Il baisse la tête immédiatement vers moi en fronçant un peu les sourcils.

- Tu l'as dit toi-même, je ne veux pas être une bête de foire. Et je ne suis pas sûre que marcher dans la rue bras dessus, bras dessous soit vraiment très discret.

- Ouai, sans doute. Mais ça m'agace quand même.

On marche d'un pas plutôt rapide jusqu'à être de retour dans la salle d'interview. J'y retrouve une Julie dans tous ses états et un Bill au bord de la crise de nerfs, qui d'ailleurs se jette sur moi.

- S'il te plaît Sarah… calme-la sinon je crois que je vais commettre un meurtre. Si elle touche un cheveu de mon frère, je peux t'assurer que je lui tords le cou.

- Heu… bah… je vais essayer.

Je comprends rien au problème mais dés que Julie m'aperçois, elle arrête immédiatement de chouiner et se jette sur moi.

- Saraaaaaaaaaaaaaah !!!! Ne me refais plus jamais une peur pareille… j'ai cru que j'allais mourir.

Et j'entends Georg dire l'air de rien mais d'un ton on ne peut plus ironique :

- Nous aussi…

Je regarde alors Gustav qui est bien silencieux. Y'a un truc que je ne pige vraiment pas alors je m'adresse à lui.

- T'as pas essayé de la calmer toi ?

Il écarquille les yeux avant de bafouiller des bouts de phrases sans queue ni tête… Ah les hommes je vous jure !

- Ne me dit pas que tu ne savais pas quoi faire quand même !

Il a la même tête qu'un gamin qu'on viendrait de gronder… je suis sûr qu'il en pince pour ma copine et qu'il ne veut pas lui en parler. Va vraiment falloir que je mette mon grain de sel là-dedans. Et contre toute attente, Bill se met à hurler comme un fou, faisant tourner toutes les têtes vers lui.

- Mais… vous êtes rentrés ensemble… il a réussi à te ramener ! Je vous en supplie, pour mes petits nerfs, dites-moi que vous êtes enfin ensemble !

Tom et moi échangeons un sourire complice et c'est moi qui réponds à son jumeau.

- Ensemble ? Moui, y'a de l'idée…

Je fais un énorme câlin à mon petit ami et toutes les personnes présentent poussent des cris de soulagement. Julie s'approche dangereusement de Tom et annonce en tendant un doigt accusateur :

- Tu lui fais du mal, je t'explose.

Tout en se protégeant de ses mains et en éloignant ce doigt impérial, il lui répond à ma grande surprise :

- T'inquiète, je crois que j'ai compris la leçon.

Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer pendant mon absence ! Par contre, je me rappelle bien pourquoi j'ai dû rentrer.

- Au fait, vous n'aviez pas des photos à faire ou je ne sais quoi ?

Les jumeaux s'échangent un regard pleins de sens pour eux et qui ne parait qu'appuyé pour nous autres mais c'est la porte ouverte brutalement qui me répond.

- Tom, viens ici. Il faut qu'on parle… et tout de suite !

Et la porte se referme aussi durement qu'elle ne s'est ouverte. David la tornade… voilà comment je vais l'appeler ce manager. En attendant, j'ai une vague idée de qui est-ce qui a appelé Tom tout à l'heure. J'entends mon petit ami soupirer avant de le voir se diriger bravement vers le couloir. Il me dépose un baiser sur le front en passant, et avant de refermer la porte, lance un « à tout de suite » joyeux.

Une fois partie, je me retourne vers Bill pour avoir un semblant d'explication.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

Il sourit devant mon air dramatique… mais je ne vois pas ce qu'il y a de drôle.

- T'inquiète pas ma grande ! Il est partie te chercher sans prévenir personne et David s'est fait un sang d'encre. Il nous considère un peu comme ses enfants et il s'inquiète toujours trop pour nous. Va falloir t'habituer parce que de mémoire, je crois que Tom est celui qui se fait le plus souvent engueuler. Enfin, ça va peut-être changer un peu maintenant que tu…

Mais il s'arrête en plein dans ses explications quand nous parviennent certains sons depuis le couloir. Apparemment, la conversation à l'air un peu houleuse et Gustav dit tout en se redressant :

- Ça par contre, ce n'est pas normal.

On tend tous l'oreille, mais l'insonorisation de la pièce est trop bonne et on ne distingue pas sur quoi porte la discussion. On sait juste que le ton à plus que monter entre le manager et son artiste. Puis ça s'arrête comme ça a commencé et cette fois, c'est Tom qui manque d'arracher la porte de ses gons en l'ouvrant. Il se dirige directement vers moi et me sert dans ses bras comme hier soir lorsque nous nous sommes dit au revoir… et j'avoue que ça m'inquiète un peu.

Georg va calmement refermer la porte restée ouverte, mais un silence de mort plane dans toute la pièce. Tom explique alors, toujours sa tête dans mon cou :

- Arrêtez de vous inquiéter comme ça, vous faites peur aux filles. Tout va bien… c'est comme d'hab !

Je vois bien les regards que les trois garçons se lancent, et j'ai la vague impression qu'ils ne sont pas convaincus. Pourtant ils font tout comme et recommencent à blaguer entre eux. Je vois du coin de l'œil Gustav se rapprocher de Julie et Georg se met à parler avec le guitariste qui a enfin émerger de mon cou. Et moi pendant ce temps là, je regarde Bill s'amuser avec le piercing de sa langue. Il a le regard mélancolique, et je donnerai beaucoup pour savoir à quoi il pense en ce moment.

- Si tu le trouves si beau, pourquoi tu ne sors pas avec lui !

Je me détourne tout en rigolant… c'est qu'il est jaloux le petit Tomy.

- Mais parce que je sors déjà avec toi crétin. T'es jaloux de ton propre frère… c'est pas très sain tu sais.

- Pourquoi tu le fixes comme ça ? – Me demande t-il en faisant la moue.

- Idiot ! C'est pas lui que je regarde comme ça mais son piercing à la langue… depuis le temps que je rêve de m'en faire un. Je l'envie.

Une espèce de lumière lubrique s'allume au fond de ses yeux pendant qu'il reprend la parole.

- Tu veux un piercing sur la langue ?

- Je donnerai tout ce que je peux pour ça. Je trouve ça trop mignon. Mais je n'ai jamais franchie le pas… pourquoi, à dire vrai j'en sais rien du tout. Et arrête de me regarder comme ça… on dirait que tu vas me sauter dessus.

Il lève les sourcils d'un air charmeur avant de me susurrer à l'oreille.

- Mais peut-être parce que c'est ce que j'ai envie de faire.

Ok, bah pour le coup je suis certaine que sa réputation n'est pas que du vent. Mes joues se colorent instantanément mais je trouve quand même la force de lui répondre du tac au tac.

- Bah calme tes ardeurs Casanova, t'as un concert à assurer pour le moment.

Il regarde sa montre et j'en profite pour m'esquiver vers les autres. Tom me lance alors un sourire un coin… il est à croquer comme ça et je vous avoue bien volontiers que j'aimerais bien lui sauter dessus aussi. Mais bon, faut savoir se tenir quand même !

Le temps passe et les heures s'écoulent en un rien de temps. Les garçons se sont mis à jouer au baby-foot ou plutôt à se défouler pendant que des personnes commencent à graviter de nouveau autour d'eux. Certains apportent de quoi boire, d'autres de quoi grignoter et entre deux crises de fou-rire, on a aussi réussi à leur faire prendre la pose. Ils ont une drôle de vie quand même.

En attendant, personne n'a l'air de vraiment faire attention à Julie et à moi sauf David qui me lance toujours des regards un peu soutenu. Je sais qu'il y a un problème avec moi, et s'il vient de moi c'est parce que je suis avec Tom. Je déduis donc que pour une raison obscure il désapprouve… mais je ne vois vraiment pas pourquoi.

D'ailleurs, j'ai un moment de panique quand je le vois s'approcher mais il s'adresse à moi avec la plus grande sympathie.

- Il va falloir aller vous placer avec votre amie. On va commencer à faire rentrer les gens. Alors je vous laisse réfléchir : fosse ou gradins ? Je reviens d'ici quelques minutes.

Et je vois Ju' accourir vers moi en criant « la fosse, la fosse, la fosse ». Je m'en fiche moi, n'importe où du moment qu'on entend la musique comme il faut.

- Bah, allons-y pour la fosse. Apparemment elle préfère. – Dis-je en montrant du doigt ma copine.

Bill se rapproche de nous et je reconnais son petit air… je suis sûre que je viens de faire une boulette. Il se retourne alors vers ses potes et annonce :

- Les mecs, elles vont en fosse.

Tom se lève immédiatement pour venir à mon niveau les yeux écarquillés.

- Heu… puce. T'es sûre que tu veux aller en fosse ? T'as déjà vu un de nos concerts ?

- Bah non, mais ça doit pas être si terrible que ça.

- Tom, tais-toi. Moi je veux aller en fosse !! – Lance une Julie intenable.

- Oui mais toi t'y vas en connaissance de cause… Sarah est d'une timidité maladive et si j'ai bien compris n'aime pas la foule, je ne suis pas certain que se soit une bonne idée.

Oh… il s'inquiète pour moi, c'est trop ! Et c'est sans préambule que je lui saute dessus en m'accrochant à son cou et en serrant mes jambes autour de sa taille. Je ravie sa bouche de façon possessive et notre baiser est tout, sauf doux.

- HEY !! Vous n'êtes pas tout seul !

On se fait bombarder de boulettes de papier jusqu'à ce que mes pieds reposent enfin sur la terre ferme. Tom me regarde de façon ravi, ne comprenant très certainement pas cet élan de ma part.

- Bon, tu vas en fosse mais tu fais gaffe. – Il passe un doigt sur le bout de mon nez et reprend. Si tu te sens pas bien, y'a des gens qui sont là pour ça d'accord ?

Je lève les yeux au ciel pour faire genre, mais la vérité c'est que son attitude me remplit de satisfaction… mais plutôt mourir que de lui avouer.

- Arrête de t'inquiéter comme ça. Julie sera avec moi et puis… ça ne doit pas être si terrible que ça.

La porte s'ouvre de nouveau et David nous demande de le suivre.

- Bon, et ben… faite un bon concert. Que je m'en rappelle longtemps d'accord ! Et toi, dis-je en me dirigeant vers Tom.

Je passe mes bras autour de sa taille qui est plus accessible que son cou pour moi et lui fait un énorme câlin qu'il s'empresse de me rendre. A peine le temps de se faire un petit bisou que David nous traîne déjà vers la sortie.

On passe alors différents barrages de sécurité et les couloirs, déserts il y a encore deux heures, grouillent maintenant de monde. Surtout des techniciens et des personnes de la sécurité en fait, d'ailleurs au dernier barrage, le manager nous abandonne aux bons soins d'un certain Fred qui se charge de nous conduire dans la salle de concert.

A peine arrivée qu'on entend déjà des cris venir des différentes entrées de la salle et des centaines de personnes s'installer.

- Si tu veux garder ta place devant la scène, tu devrais bien t'accrocher. – Me conseille Julie.

M'accrocher ? Je la regarde alors avec horreur.

- C'est si terrible que ça la fosse ?

Elle me sourit malicieusement avant de s'accrocher elle-même et de me dire :

- Non… C'est pire !