Fanfiction Mass Effect : Mémoires perdues
Coucou^^ Voici le nouveau chapitre, fini aujourd'hui ! J'espère qu'il vous plaira, il esquisse un peu le passé de Shepard ;) Je reviendrais sur la suite du jeu un peu plus tard.
Chapitre 9 : Les ombres du passé
Je courais à perdre haleine dans les rues bondées. La nuit était chaude et humide. Nous étions au début du mois d'Août, l'été planait à son zénith mais s'accompagnait d'averses imprévisibles. Cela faisait plusieurs minutes que je courrais, tellement emportée par l'adrénaline que j'en avais perdu le fil.
Courir toujours, c'était là une question de survie. Depuis que j'avais l'âge de me tenir debout et de marcher, je ne cessais de courir. J'avais l'impression que cela faisait une éternité que je pataugeais dans ce dédale d'immondices et de désespoir.
L'espèce humaine avait conquis les cieux, s'était élevée, en oubliant ceux restaient en bas. Bien sûr toutes les villes n'étaient pas aussi déplorables, les plus attractives étaient bien entretenues offrant une image convenable et idyllique afin notamment d'attirer le touriste non-humain et de diffuser une belle carte postale de notre chère planète Terre. Mais beaucoup furent laissées pour-compte, baignant dans la criminalité et la misère. J'étais née et avais grandi dans une de ses vastes métropoles délabrées.
Je maintenais fermement le sac en bandoulière harnachée à mon épaule droite et qui pendait le long de ma hanche. Après tout, c'était pour son précieux contenu que j'étais ainsi pourchassée. Je slalomais entre les passants, tentant de les éviter au maximum afin de ne pas être ralentie mais bousculant sans vergogne ceux qui n'avaient pas le réflexe suffisamment vif de s'écarter de mon passage. Je ne disposais sur moi que d'un pistolet M-3 Predator, issu d'une cargaison qu'on nous avait récemment refourguée en provenance des Systèmes Terminus, une arme fiable malgré son aspect bon marché. Un poignard aiguisé attaché à ma jambe complétait mon maigre arsenal. Sans oublier évidemment mon propre corps que j'avais appris au fil des années à entrainer du mieux possible afin de ne jamais être prise au dépourvu.
Je bifurquai soudainement au coin d'un bâtiment, m'engageant dans une ruelle plus sombre et plus isolée. Je repérai rapidement une échelle de secours et gravit les marches deux à deux afin d'atteindre un rebord situé au premier étage d'un vieil immeuble abandonné.
Deux de mes poursuivants apparurent quelques secondes après. Sans hésiter, je me jetai sur le premier, le plus proche de ma position, le heurtant violemment et le plaquant au sol, envoyant dans la foulée sa tête heurter brutalement le bitume et l'assommer sur le coup. Le second n'eut pas l'opportunité de dégainer, car je m'élançai déjà sur lui, lui assénant plusieurs coups de poings.
J'eus ensuite à peine le temps de me détourner pour voir débouler mes trois autres poursuivants. Je sortis immédiatement mon flingue, réussissant mes deux premiers tirs qui vinrent se loger mortellement dans les chairs de deux d'entre eux. Le dernier parvint à esquiver et à répliquer, me touchant à l'épaule. Je me retranchai alors derrière un container, qui avait eu la bonne idée de se trouver non loin, reprenant par la même occasion mon souffle.
- Sale pétasse ! Je vais te buter !
Je tendis l'oreille mais ne prêta guère attention aux charmantes paroles de mon interlocuteur. L'état de ma situation était assez simple : le gars était seul, donc un contre un. Autrement dit j'avais toutes mes chances, même blessée je connaissais suffisamment mes capacités pour savoir que j'étais aisément en mesure de faire taire cet enfoiré.
Bon d'accord, le fait est que c'est moi qui m'étais mise dans cette affaire. Les doubler, en récupérant la marchandise qu'ils pensaient leur être acquise comprenait forcément des risques. Mais ainsi était la loi du milieu. Le plus fort et le plus rusé l'emporte toujours, quelque soit les conditions et les conséquences. Rien ne peut jamais être considéré comme acquis. Il faut toujours se battre pour obtenir ce que l'on veut, et encore se battre pour le conserver.
Un nouveau ricochet résonna contre le container. Je levai la tête, observant les alentours mais aucune porte de sortie ne s'offrait à moi. Mon adversaire se trouvait à quelques mètres. Il fallait agir, agir vite et bien, d'une frappe nette et précise.
Je poussai le container de toutes mes forces, l'envoyant valser au travers de la ruelle. J'escomptais ainsi surprendre suffisamment mon ennemi pour lui faire commettre une imprudence fatale. Ce qui se produisit pour ma plus grande satisfaction. Le gars sortit de son abri et il ne suffit que d'une brève seconde pour me permettre de lui tirer dessus, concluant ainsi notre intermède. Je regardai sa silhouette s'effondrait à terre dans un râle de défaite, tandis que je sentais des gouttes de pluies commençaient à rouler sur moi. Je regagnai alors la rue principale, amorçant une nouvelle course afin de rentrer au bercail.
- Alors tout s'est passé sans encombre ?
- Bien sûr.
- La bande rivale ne t'a pas posé problème ?
- Si peu.
J'ôtai mon sac et en sortit le contenu tant attendu : de gros sachets de sable rouge. Quelques grains de cette poudre cramoisie suffisaient pour faire planer pendant plusieurs heures.
Liam fit signe à l'un de ses hommes qui vint prendre la drogue pour la stocker à l'abri, puis il s'approcha de moi. Il écarta fermement mais non sans une once de délicatesse mon gilet, mettant à nu mon épaule gauche, celle qui avait reçue une balle.
J'avais pénétrée dans le repaire des Tenth Street Reds et m'étais directement dirigée vers le bureau de notre chef, sans prendre la peine de faire soigner ma blessure au préalable, ni même d'y jeter un coup d'œil.
Liam me scruta de ses yeux sombres, ses yeux noirs si profonds que j'avais toujours craint de me perdre en eux et que je ne parvenais jamais à décrypter totalement. Par exemple, à ce moment là, j'ignorais si son regard exprimait de la sévérité, de la compassion ou de l'indifférence.
- Va faire soigner ça.
Je ne répondis rien et m'exécuta simplement.
Lizzie, notre petite infirmière avait soigné ma plaie comme elle sait si bien le faire. Elle avait l'habitude de jouer à la couturière avec nous. Mais comme je l'avais prévu, ma blessure était peu profonde, la balle était ressortie et n'avait fait qu'entailler mes chairs. Un peu de fil et de bandage et d'ici quelques temps je serais comme neuve.
Liam fit ensuite son apparition dans l'embrasure de la porte et nous nous retrouvâmes seuls dans cette pièce de fortune faisant office d'infirmerie, mais qui ressemblait plutôt à un labo des plus douteux.
- Tu ne cesseras donc jamais de jouer les fortes têtes, pas vrai ?
- Quoi ? J'ai le butin, je suis en vie et eux sont morts…
- Exact. Mais tu n'as pas suivi le plan initial.
- Si… mais les choses ne se sont pas vraiment déroulées comme prévus. Alors j'ai avisé.
- Tu as avisé ? répéta-t-il, avec un petit rire.
Tandis qu'il se tenait debout face à moi, il sortit de la poche de son pantalon un paquet de cigarettes qu'il porta à ses lèvres afin d'en récupérer une puis il me tendit le paquet. Bien sûr je répondis à l'invitation et pris à mon tour une clope. Il alluma d'abord la mienne puis la sienne, inhalant la première bouffée avant de poursuivre la discussion.
- T'a géré je le reconnais. Tu sais te démerder et c'est ça qui avait plu à mon frangin. Mais fait gaffe quand même.
- T'inquiète.
Sur ce, il quitta la salle.
J'en profitai alors pour m'allonger tout en savourant la nicotine qui parcourait mon corps. Je n'étais pas adepte de sable rouge, bien que j'aie déjà testé ses étranges sensations. Pour quelqu'un bossant avec ce genre de marchandise, je me devais en effet de connaitre le produit. Mais ce n'était pas là mon délire. J'avais des penchants plus basiques, et le tabac était l'un d'eux.
Ce petit échange avec Liam avait eu le malheur de réveiller en moi de vieux souvenirs…
Cela faisait désormais 5 années que j'avais rejoint les Tenth Street Reds.
A peine âgée de 11 ans, j'avais fui l'orphelinat, bien que fuir ne soit pas le terme approprié. Nan, pour être exact, j'avais détruit l'orphelinat, ce qui m'avait contrainte à fuir. Mais la finalité demeurait la même. Je ne pouvais supporter plus longtemps de « vivre » dans ces murs.
J'avais passé toute mon enfance dans cet établissement. On me considérait trop « sauvage » pour être transférée dans l'une des rares familles d'accueil.
Le fait est que la directrice manifestait à mon encontre une certaine hostilité, sans que j'en connaisse véritablement la raison.
Il faut dire que même si j'étais de nature réservée, j'avais tendance à me rebeller très souvent et à ne pas me priver pour l'ouvrir lorsque quelque chose me déplaisait, ce qui était malvenu dans cette structure où le mot d'ordre avait toujours été la discipline. Je prenais un malin plaisir à défier l'autorité lorsque je jugeais cela nécessaire.
Je me souvenais notamment d'une fois où l'une de mes voisine de chambrée - que nous partagions à huit pensionnaires, parfois plus- avait été malmenée par un garçon plus âgé sous le simple prétexte qu'elle était albinos. Elle n'était pas mon amie, je n'en avais pas en ces lieux, mais cela n'était pas une raison pour la laisser ainsi se faire maltraiter sans dire un mot, sans un regard comme tout les autres. Non, je m'y refusais. Plus qu'un sens de la justice, qui n'avait pas cours ici-bas, je trouvais aussi là un exutoire pour déverser toute ma frustration.
Sans hésiter, je m'étais opposée à ce morveux et nous avions fini naturellement par nous battre. Je lui avais légué un bel œil au beurre-noir avant qu'un des matons ne nous sépare.
Bien sûr, nous avions tout deux étaient sévèrement punis. La directrice ne cherchait pas à savoir qui avait tort, ni les tenants et aboutissants de l'altercation. Tout ce qu'elle considérait, c'était que nous avions enfreint le règlement, son règlement. Et la punition était à la mesure de sa vision des choses : l'isolement pendant trois jours dans une pièce privée de lumière et de fenêtre, sans eau ni nourriture, ni aucun confort même le plus élémentaire.
Ce fut là ma première incarcération et certainement pas la dernière.
Les années défilèrent et avec elles grandissait mon sentiment de haine et de rébellion. Aucun de nous ne savait d'où ils venaient, quand bien même la directrice détenait quelques infos mineures, elle ne nous avait jamais rien révélés. Elle nous avait bien fait comprendre que nous n'étions que des merdes de la société, abandonnés car nous ne valions rien et n'avions aucun avenir. Voilà le genre de discours qu'elle nous tenait.
Puis vint le jour où j'en eu plus qu'assez. J'avais besoin de savoir qui j'étais, de trouver un sens à tout ce non-sens.
Par une nuit de pluie et d'orages, je me faufilai hors de mon lit pour me diriger vers les cuisines. J'avais confié à l'un des autres enfants, en l'occurrence cette jeune fille albinos qui m'étais toujours redevable, une tâche parallèle, à savoir se rendre dans la salle où se trouvait l'interphone et passait un message à l'établissement tout entier leur ordonnant de quitter les lieux s'ils tenaient à la vie. J'avoue, j'avais peu évalué les conséquences de mes actes. Le devenir de ces enfants une fois mon idée mise en marche ne m'importait pas. J'estimais que la rue ne pourrait être pire qu'ici, je n'avais pas totalement tort, ni totalement raison ceci dit.
Et puis, à cette époque il restait peu de pensionnaires dans l'orphelinat qui était à la dérive depuis plusieurs mois. C'était aussi pour cela que j'avais pris sur moi, attendu le moment idéal pour achever ce bâtiment infernal.
Mon but était bien sûr de le faire brûler dans un putain de brasier.
Tout s'était déroulé très vite cette nuit là. Le grésillement de la flamme du briquet, des pas de courses, et puis ce face à face imprévu.
Elle se tenait face à moi, le visage impassible mais imperceptiblement déformé par la colère. Une arme à la main qui semblait brillait d'un éclat surnaturel et prête à abattre sa furie.
J'avais stoppé net mon élan, plus par surprise que par peur. Nous nous étions scrutés.
- Misérable vermine ! M'avait-elle craché soudainement.
A ces mots, je glissai alors dans un réflexe rapide et incertain sur le sol. Ils avaient résonnaient dans mon esprit comme le son de cloche annonçant le début d'une bataille. J'espérais ainsi échapper à la brûlure de la cartouche que je devinais sur le point de s'élancer dans ma direction. Elle passa juste à côté de moi, je pouvais presque sentir le souffle de sa traversée avant qu'elle ne se loge sur un mur plus loin.
La deuxième était déjà activée et celle-ci je n'avais aucune chance de l'esquiver en l'état actuel de ma situation. Je crus l'espace d'un instant que tout allait s'arrêter là. Si près du but, si prés de la liberté.
Mais jamais elle ne m'atteignit.
