Chapitre corrigé le 08/11/2018

Yo mina ! Alors ce chapitre est un petit peu déprimant, à part quelques blagues par-ci par-là, comme l'indique son titre x) On se retrouve en bas.

PETITE QUESTION DE DERNIÈRE MINUTE -que j'ai oublié de poser- parce que je suis curieuse : Comment imaginez-vous Lexy ? Psychologiquement et physiquement parlant.

Bonne lecture !


Chapitre VII

Dégradation

Midorima avait l'impression que sa tête allait exploser.

Fronçant les sourcils, il marchait rapidement, ne souhaitant pas s'attarder dans cet endroit. Ou plutôt, ne pas s'attarder avec lui. Mais il ne voulait pas avouer qu'il le perturbait, ça revenait à donner raison à Kise (cf chapitre 4) et il préférait mourir plutôt que d'avouer avoir quelque chose d'aussi insignifiant qui lui posait problème. Et il n'avait rien à avouer, puisqu'il n'y avait rien qui lui posait problème bon sang !

Juste que cette chose insignifiante qui se trouvait être la révélation que lui avait faite Takao ne le lâchait pas d'une semelle, et ça commençait sérieusement à l'agacer. Plusieurs images fugaces représentant son prétendu baiser avec Takao lui effleuraient l'esprit depuis plusieurs jours. Dès qu'il n'était pas pris par autre chose, cela revenait en un cercle vicieux, à tel point qu'il avait l'impression d'être atteint d'obsession aiguë ! Mais le comble, c'était que ce n'était que des représentations, et non la réalité, puisqu'il n'avait même pas vu l'action se faire. Pire, il n'avait même pas senti leurs deux lèvres s'effleurer !

Un frisson remonta désagréablement le long de sa colonne vertébrale. Cela n'allait donc jamais le lâcher ! Non seulement cet idiot de brun de malheur hantait ses pensées malgré lui, mais en plus cet idiot de brun de malheur se trouvait à côté de lui, en train de faire des blagues toutes plus stupides les unes que les autres.

Certes, il avait écouté l'horoscope d'Oha Asa et ce dernier lui avait annoncé de la malchance pour les cancers, mais il avait apporté son objet chanceux du jour -en l'occurrence une brosse à dent-, cela devrait donc limiter les dégâts. Cependant, il se sentait déjà irrité de cette journée qui ne faisait que commencer.

Sa frustration était tellement intense qu'il en était venu à oublier le monde autour de lui et à rester focaliser sur une énième image, qu'il s'efforçait de chasser. Mais plus il s'acharnait, plus cela l'obsédait. Et puis cette odeur musquée mais agréable l'empêchait de réfléchir et lui titillait le nez. Il savait bien qu'elle appartenait à l'idiot à côté de lui mais refusait d'admettre qu'il la trouvait à son goût. Le plus surprenant était que son odorat n'était absolument pas développé. Mais étant un hybride, il en conservait un minimum, si bien que dès qu'il captait une odeur, elle envahissait tout son être, même si elle était à très faible dose, contrairement aux autres hybrides ayant l'odorat si développée qu'ils pouvaient en sentir plusieurs en même temps.

Soudain, un poids lui fit perdre l'équilibre, l'envoyant s'écraser lamentablement sur le sol. Le choc lui coupa le souffle et il resta sonné quelques secondes. Au moins, les images s'étaient éclipsées. Il mit quelques instants avant de reconnaître la même odeur qui lui titillait le nez juste avant. Il ouvrit les yeux qu'il avait précédemment fermés et tomba directement dans deux perles grises. Des mèches noires lui caressaient la joue tandis qu'il surprenait le regard paniqué de Takao posé sur lui.

« T-Takao ! Qu'est-ce que tu fais ? rugit-il.

- C'est plutôt toi, qu'est-ce que tu fais ! répliqua celui-ci à voix basse. »

Ne comprenant pas, Midorima restait bloqué sur la position dans laquelle ils étaient. Il voyait les autres continuer leur chemin mais jeter des coups d'œil curieux sur eux. Puis il prit conscience des deux mains posées sur sa tête, couchant ses oreilles sur son crâne. Leurs caresses, bien qu'elles ne soient pas voulues, le rendait étrange. Il sentait la chaleur affluer dans ses joues et se diffuser un peu partout dans son corps. Bon sang, il avait les oreilles sensibles et les toucher le rendaient toujours dans un état qu'il ne pouvait contrôler. Son toucher laissait des milliers de fourmillements envahir son être, sa peau devenue d'un coup beaucoup plus sensible.

… Attendez une seconde, ses oreilles ?

Avec effroi, il se rendit compte qu'il avait laissé ses attributs animaux sortir en public. Alors il était tellement perturbé qu'il en a perdu le contrôle ? Quel imbécile ! Il s'efforça de contenir l'étrange excitation qui le prenait. Depuis quand est-ce que Takao exerçait ce genre de chose sur lui ? Cela était autant effrayant que dérangeant. Avec de gros efforts, il parvint à rétracter ses oreilles et sa queue, reprenant une apparence normale. Takao poussa un soupir de soulagement, relâchant ses muscles.

Sans aucune délicatesse, Midorima le repoussa sur le côté. Il ne tint pas compte du geignement d'indignation que lâcha le brun. Il était concentré sur les battements de son cœur qui avaient soudainement accélérés. Quelle était cette réaction ? Il n'avait jamais réagi comme ça avant ! Il mit ça sur le compte de sa soudaine perte de contrôle. Cela devait forcément être ça.

… et aussi ces images qui ne cessaient de le perturber. Mais elles venaient seulement parce que c'était quelque chose d'anormal qui n'aurait jamais dû se passer !

Sentant une nouvelle migraine le prendre d'assaut, le jeune homme aux yeux de jade préféra se relever et se diriger vers sa salle de classe, ne voulant pas être en retard. Takao le coursa, s'exclamant :

« De rien Shin-chan. Sinon, qu'est-ce qui t'as pris ? C'est dangereux bon sang ! »

Midorima retint l'hargneuse réplique qui lui brûlait la langue. À la place il souffla, certain que l'aigle ne l'entendrait pas :

« C'est de ta faute. »

Puis il s'engouffra dans l'ouverture de la porte. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que l'autre jeune homme l'avait entendu. Ce dernier s'arrêta net, son souffle bloqué dans sa gorge. Sa faute ? Comment ça, sa faute ? Qu'est-ce qu'avait voulu dire Shin-chan ?

Plus le temps passait, et plus il avait du mal à comprendre l'homme aux cheveux verts.


Pour la première fois depuis longtemps, Kasamatsu ne faisait pas attention au cours. Depuis la découverte de l'étrange nature de son cadet il y a de cela une semaine, il était perturbé. Il n'arrivait plus à suivre un cours, ratait souvent ses tirs et ses dribbles à l'entraînement, se trompait de route lorsqu'il rentrait chez lui, loupait son tramway car il était en retard. Il faisait tout de travers et plusieurs de ses camarades l'avaient questionné sur le sujet mais Yukio avait été assez évasif. Il les soupçonnait d'avoir fait le lien entre lui et la soudaine disparition de Kise.

Il se souvint de la difficulté qu'il avait éprouvé à couvrir son cadet. Il n'avait jamais eu autant de mal à mentir. Et pourtant, il s'agissait juste de leur dire qu'il était malade. Mais l'image des oreilles, des griffes et de la queue de Kise ne le quittait pas et l'empêchait d'agir normalement. Il était sûr que ce n'était pas un déguisement, le comportement du blond était bien trop vrai. Il avait su déceler le vrai du faux dans l'attitude de Kise depuis bien longtemps, mais jamais il ne l'avait vu aussi abattu. Son expression brisée repassait sans cesse dans son esprit, de même que la plainte qu'il avait lâchée avant de s'enfuir.

Il avait eu l'impression d'entendre un gémissement de douleur d'un chien abandonné.

Sur le moment, il avait ignoré comment réagir et avait simplement laissé son corps parler. Sa confusion avait fait qu'il avait reculé instinctivement. Cette nouveauté, l'inconnu que dégageait Kise l'avait effrayé et pris au dépourvu, si bien qu'il s'en trouvait encore perdu aujourd'hui. Il ne savait pas quelle décision prendre.

S'éloigner de Kise, ou au contraire, tenter de comprendre et ne pas l'abandonner ?

Il savait plus ou moins que Ryota ne supportait pas d'être seul trop longtemps, et qu'il recherchait sans cesse de la compagnie, alors il se doutait qu'il avait pris son attitude pour un rejet. Mais même lui ignorait ce qu'il en pensait. Le rejetait-il vraiment ? Car, après tout, il ne l'avait absolument pas attaqué, il aurait même juré qu'il était prêt à lui obéir au doigt et à l'œil rien que pour lui prouver qu'il ne lui ferait pas de mal.

Alors pourquoi avait-il autant de mal à accepter cette différence ? Kasamatsu supposait que c'était l'inconnu qui le freinait, et qu'il lui faudra du temps pour s'habituer. Beaucoup de temps. Si bien que ne pas voir Kise était un soulagement. Il ne voulait pas lui causer plus de mal, mais ne se sentait pas prêt à l'affronter.

C'était encore trop tôt, et ses sentiments étaient encore trop confus pour qu'il envisage de lui parler.


Les yeux fermés, la respiration haletante, Akashi bougeait frénétiquement dans son lit. Des bribes lui parvenaient sous forme de flash. Des choses qu'il aurait voulu ne jamais vivre. Un gémissement plaintif sortit de ses lèvres avant qu'il ne se retourne dans son lit.

Des yeux onyx semblables aux siens agrandis par la terreur.

Un nouveau gémissement se fit entendre. Il roule sur son matelas et manque tomber du lit. Sa respiration est de plus en plus saccadée, en proie à un mauvais rêve.

La colère, sourde, le traverse de plein fouet.

Un début de cri meurt dans sa gorge. Cette dernière est en feu. Il a l'impression de se consumer dans les flammes de la colère qui le secouent tout entier.

Un rugissement, féroce, clou sur place la personne devant lui.

Geignant faiblement, une goutte de sueur partant de sa tempe et traversant son visage pour aller se perdre dans les draps, sa poitrine se soulève rapidement.

Des cheveux rouges qui volent.

Un petit grognement qui ressemble à un gargouillement étouffé sort de sa bouche. Il veut se réveiller. Il veut se réveiller !

Un cri perçant. Le bruit d'une peau qu'on transperce. Le sang qui gicle.

Rouge. Comme du sang. Comme ses yeux. Comme ses cheveux.

Un tremblement le prend tout entier tandis qu'un hurlement puissant déchire sa gorge et perce le silence de la nuit.

Du rouge, partout. Sur lui, sur les murs, sur eux. Partout, c'est rouge.

Rouge comme du sang.

Il hurle encore alors qu'il se relève brusquement, les yeux grands ouverts. Des tremblements le parcours tout entier. Il ne parvient pas à se calmer, regardant partout autour de lui avec panique. Il sent ses griffes transpercer sa peau, avant de s'enfoncer durement dans les oreillers, puis de finir leur course dans le matelas. Ses oreilles bougent frénétiquement sur sa tête, tandis que sa queue remue. Tous ses poils se sont hérissés, il est sur le qui-vive, prêt à bondir.

Sa respiration ne se calme pas avant un moment, il ne se rend pas compte qu'il déchiquette le matelas. Jusqu'à ce qu'il les sente s'enfoncer dans la peau de ses cuisses, lui arrachant un grondement de douleur. Ses pupilles dilatées au maximum, il baissa le regard sur ses jambes débarrassées de la couverture.

« Un rêve, ce n'était qu'un rêve, murmura-t-il, tentant de revenir à la réalité. »

Ou plutôt un souvenir.

Rouge, rouge comme du sang. Son sang.


Un gémissement plaintif sortit de sa bouche. Kise enfouit sa tête sous les couvertures, recherchant l'obscurité tandis que la lumière du dehors envahissait sa chambre, éclairant les moindres recoins. Il sentit un poids se poser sur son lit et un lourd soupir fendit l'air. Une caresse sur ses oreilles qui dépassaient de la couette le fit s'enfoncer encore plus dans les méandres des ténèbres, ne voulant pas croiser le regard de pitié posé sur lui.

« Ryota, tu ne vas quand même pas rester ici toute la journée ? Il fait beau pour une fois dehors, tu devrais en profiter. »

Soupirant, Kise ne prit pas la peine d'écouter sa sœur, sachant d'avance que ce sera toujours la même rengaine. Il gardait les yeux obstinément fermés, ne voulant pas les ouvrir sur le monde qui avait perdu bien des couleurs selon lui. En profiter ? Mais profiter de quoi ? Du fait que Kasamatsu l'ait rejeté ? Superbe, il allait bien en profiter.

« Tu devrais sortir mais pas seul. Je sais que tu détestes la solitude, tu n'as qu'à appeler un de tes amis. Je suis sûr qu'un d'entre eux acceptera de te tenir compagnie. »

Le faux ton enjoué de Tessa le dégoûta. Maintenant, il avait envie d'être seul, pour se punir de sa négligence. Il revoyait encore et encore le visage effrayé de son capitaine, mais ne tentait pas de penser à autre chose. À quoi bon de toute façon. Il n'était pas prêt à affronter les problèmes, pas lorsqu'il avait été abandonné par l'un de ses plus proches amis.

« Bon d'accord, je vais arrêter de faire semblant que tout va bien. Ryota, je comprends que tu n'as plus envie de sortir, et je respecte cette décision. Mais mets-toi dans le crâne que tu ne vas pas rester indéfiniment ici. Alors profite encore de ces instants, car bientôt, on te sortira de là. Et si ce n'est pas moi, ce sera quelqu'un d'autre. D'autant que je suis sûre que Kasamatsu ne te déteste pas, même si tu t'obstines à ne pas me croire. Sur ce, reposes-toi, conclut-elle. »

Elle lui embrassa le haut du crâne dans une attitude fraternelle avant de quitter la pièce, n'oubliant pas d'aérer avant de sortir car l'odeur qui se dégageait ne lui plaisait pas vraiment. Un sourire amer fleurit sur les lèvres de Kise. Vraiment ? Kasamatsu ne le détestait pas ? Elle n'avait pas vu sa réaction, encore moins son visage. Il savait que jamais son capitaine ne le verra pareil.

Il savait aussi que quelqu'un viendrait certainement le déterrer, il suffisait de voir la réaction de ses trois amis qui s'étaient précipités pour l'aider lorsqu'il s'était effondré ce fameux soir. Ils s'inquiéteraient forcément de ne pas le voir, lui qui ne supportait pas la solitude et qui trouvait toujours un prétexte pour les voir. Mais aujourd'hui, il n'était pas prêt. Peut-être que demain, si quelqu'un venait, il irait un peu mieux. Ou peut-être qu'il serait au plus mal.

Ce qui était sûr, c'était qu'il se sentait plus seul que jamais.


L'énervement et la tristesse ne le quittait pas. Il s'y était attendu pourtant, il savait qu'il y avait un grand risque que ce qu'il craigne ne se réalise. Pourtant, c'est comme s'il se heurtait à un mur. Même le timide rayon de soleil posé sur sa joue ne parvenait pas à le réchauffer, il restait froid à l'intérieur comme à l'extérieur. À l'image de sa tristesse et de sa frustration.

Alexandra regarda son élève avec tristesse. Elle aurait souhaitée que cela se passe autrement, malheureusement, le caractère du géant ne s'y prêtait pas. Elle soupira. Himuro n'avait jamais eu de chance en amour, et cela continuait même aujourd'hui. Elle ne comprenait pas pourquoi le sort s'acharnait sur lui, alors qu'il n'aspirait qu'à aimer s'il était aimé.

« Je m'y attendais, lâcha-t-il finalement. »

Son ton était affreusement neutre et sonnait faux dans sa bouche. Alex grimaça, n'appréciant pas de voir les espoirs de celui qu'elle considérait comme un de ses fils s'effondrer. Il allait falloir recoller les morceaux une deuxième fois, malheureusement, elle n'était pas douée pour ça. Et surtout, elle avait l'impression de souffrir avec lui.

Entre eux gisait le téléphone portable de Tatsuya, soigneusement posé sur la table qui les séparait.

Aucun appel, ni message depuis une semaine. C'était comme si Himuro n'existait pas pour Murasakibara. Il était même sûr que pour ce dernier, rien ne changeait, si ce n'était qu'il n'avait pas eu sa cargaison habituelle de friandise par son « simple ami ».

La mâchoire crispée ainsi que tout le corps tendu, Himuro essayait d'accepter la vérité. Cela avait été dur pour lui de l'éviter pendant les jours d'écoles, surtout qu'ils étaient dans la même classe. Il s'était aussi efforcé de ne pas lui parler durant les entraînements, suscitant des questionnements autour d'eux. Si au départ, Atsushi lui posait mollement des questions, il avait vite pris l'habitude qu'il l'ignore.

Il n'avait même pas cherché à comprendre, ni même à le retenir. C'est certainement ça qui lui faisait le plus mal. Beaucoup plus que le fait que visiblement, Atsushi ne l'aimait pas comme lui l'aimait. Même pour un simple ami, on s'inquiéterait. Mais pas lui. Donc cela voulait certainement dire que dans n'importe quelle relation qu'ils pourraient avoir, Murasakibara ne l'aimait pas.

« Tatsuya... commença Alex.

- Je sais. Ça ne rime plus à rien. Il a fallu que je disparaisse de la circulation pour me rendre compte que notre relation était vouée à l'échec depuis le début. »

Un ricanement amer le secoua. Qu'est-ce qu'il avait été stupide de croire un seul instant qu'il aurait été important dans la vie d'Atsushi. Les seuls qui ont un minimum d'intérêt pour lui sont les membres de la Génération des Miracles et Kuroko. Les Homanis en somme. Mais il ne leur en voulait pas. Après tout, ils formaient comme une famille, et lui était venu s'incruster comme un cheveu sur la soupe. Il se savait inutile dès le départ, mais refusait de se l'avouer.

« Bien, annonça-t-il en se levant, il est temps je crois.

- Tatsuya, tu n'es pas obligé de faire ça si vite, essaya de tempérer Alexandra.

- Si vite ? Alex, ça fait une semaine que j'attends, certes. Mais cette sensation de compter pour du beurre dure depuis le début de notre relation. Donc je pense que justement, j'ai assez pris mon temps, conclut résolument Himuro. »

Mais lorsqu'il sortit du restaurant, ses pas étaient hésitants et ses lèvres tremblaient.


Allongé sur le toit de son école, Aomine s'amusait à lancer son téléphone en l'air et à le rattraper sans grande conviction. Le regard perdu dans le ciel d'un bleu pour une fois limpide en cet hiver, le basané laissait ses pensées vagabonder. Il se remémora ce qu'il s'était passé les derniers jours qui ont suivi sa séparation brutale avec sa mère.

Il n'aurait jamais cru que Kagami arriverait à lui offrir un moment d'oubli, surtout juste après que sa blessure se soit rouverte. La plaie de son cœur encore à vif lui faisait mal, mais étrangement ce soir-là, elle avait été atténuée. Elle n'avait bien sûr, pas disparue, mais s'était juste rétractée, restant dans l'ombre, lui envoyant quelques piques. Et étonnement, c'était avec Kagami, et personne d'autre.

Qu'il pense aussi à le provoquer afin qu'il soulage ne serait-ce qu'un dixième de sa peine... bon sang mais d'où débarquait ce mec ? D'abord il arrivait de nul part, lui foutait la raclée de sa vie afin de lui offrir ce dont il avait toujours rêvé : un rival et enfin il se permettait de s'incruster dans sa vie afin d'administrer sans le vouloir un peu de baume sur son cœur meurtri.

Qu'on lui explique comment Kagami, le Kagami idiot, téméraire, impulsif et ventre sur patte qu'il connaissait, avait réussi pendant une petite soirée ce que les autres n'étaient pas parvenu à accomplir ? Le monde ne tournait plus rond, c'était impossible !

Lorsqu'il avait mangé en compagnie du jeune homme tout feu tout flamme, puis regardé un simple film avec lui, il s'était senti mieux. Comme s'il était en compagnie d'un bon ami avec qui il pouvait se défouler comme il en avait envie, et retrouver un peu de lui-même. Il n'avait pas envie d'y réfléchir, se disant qu'il prendrait les choses comme elles viendront, comme il a toujours fait.

Cependant, après ça, lorsque Kagami l'avait laissé dormir sur son canapé pour aller accomplir son cycle de sommeil dans sa propre chambre, il avait flippé. Non pas parce qu'il le laissait seul dans un endroit qui ne lui était pas vraiment familier, mais parce que dès qu'il était parti, il avait ressenti un manque.

La tristesse était venue l'envelopper aussitôt, et le souvenir de sa mère le regardant avec dégoût l'avait heurté de plein fouet. Hanté par ses démons, il n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit, refusant d'aller réveiller Kagami afin de vérifier son hypothèse que le grand rouge était un pansement ambulant.

Mais pourtant, sa présence rassurante lui avait manquée. Ses paroles crues accompagnées de sa sincérité aussi, ainsi que sa gentillesse maladroite et sa façon naturelle de lui changer les idées. Ce manque l'avait accompagné toute la semaine. En ce moment aussi, alors qu'il pensait à Kagami, la présence de ce dernier manquait à l'appel.

Il ne l'avait pas revu de toute la semaine, refusant de se montrer faible et d'aller chez lui. Il pouvait très bien se débrouiller seul. Ce n'était pas parce qu'il était renié par sa mère qu'il ne savait plus s'occuper de lui. Après tout, elle l'ignorait déjà avant, maintenant, elle avait simplement clarifiée les choses.

Un grondement le sortit de ses pensées. Il rata son téléphone de peu, ce dernier s'écrasant sur le sol dans un bruit sourd. Il baissa les yeux vers son ventre. Lentement, un sourire énigmatique se dessina sur ses lèvres, prenant la forme d'un rictus. S'occuper seul de lui hein ? Vraiment ? Alors qu'il ne mangeait quasiment plus rien ? Sa propre bêtise le faisait rire ironiquement.

Un jour, sa fierté le tuera.


Deux jours de plus étaient passés. Celui d'avant, Kise l'avait passé à broyer du noir et à déchirer des oreillers avec ses griffes, couvrant la pièce de plumes. Sans un mot, sa sœur était venue nettoyer, tandis que lui restait prostré dans les couvertures, telle une larve pathétique.

Il n'avait pas envie de faire souffrir sa sœur. Mais il était incapable de se soucier des autres pour le moment. Finalement, il ne se souciait plus de rien. Le désespoir et la tristesse le dominant largement, il ne sait pas s'il pourra redevenir le Kise d'avant. Bon sang, il se trouvait tellement pathétique. Il espérait que pour se mettre dans un état pareil, Kasamatsu avait une place spéciale dans son cœur. Car il n'était plus sûr de rien.

Il s'était habitué à l'odeur nauséabonde qu'il dégageait, mais pas Tessa qui le pressait sans cesse pour qu'il aille se laver, sans succès. Il n'avait pas la force de bouger de son lit. Néanmoins aujourd'hui n'était pas pire qu'hier. Il dirait même une folie, il se sentait un peu mieux. Cela dépendait des jours finalement, tout comme la solitude. Peut-être était-il lunatique de ce côté-là ?

Un bâillement menaça de le terrasser. Il passait le plus clair de son temps à dormir et pourtant, il se sentait fatigué. Peut-être parce que les pleurs revenaient souvent, qui sait. Il ne cessait de se demander si Kasamatsu arrivera à l'accepter comme il était, ou s'il allait tout simplement l'éviter le plus possible en le traitant de monstre. Cela serait-il plus facile ? Au moins, il saurait ce que pensait son ainé.

« Kise-kun. »

L'appelle de son nom par cette voix neutre le fit violemment sursauter. Comme s'il sortait d'un cauchemar, Kise ouvrit les yeux, papillonnant des paupières. Il ne l'avait même pas entendu entrer, quel hybride pathétique il faisait. Reniflant à cause de toutes les saletés accumulées dans son nez, Ryota consentit finalement à tourner son regard mordoré dénué de vie vers le nouveau venu.

Kuroko.

Un des trois à avoir été là ce soir-là.

Un des seuls à revenir vers lui alors qu'il est rongé par la solitude et la tristesse.

« Tu ne sens pas bon. »

Evidemment, il ne disait jamais ce qu'on s'attendait à entendre. Kise n'essaya même pas de lui faire un pauvre sourire, n'en n'ayant pas la force. Sans hésitation, Kuroko s'avança encore un peu, rentrant complètement dans la pièce. D'un regard, il fit le tour de sa chambre sans sourciller.

« Ta sœur m'a laissé entrer. Elle semblait préoccupée. »

Un bruit sortit de la gorge du blond, sonnant comme un rire ironique. Vraiment ? Était-il nécessaire de préciser que sa sœur se faisait du souci pour son pathétique frangin ? Le turquoise fronça les sourcils. Il s'avança encore un peu, jusqu'à toiser son homologue qui n'avait toujours pas ouvert la bouche.

« Je ne reconnais pas Kise-kun. Tu n'es pas l'ami que je connais. »

Il le savait ça. Mais entendre le plus petit lui dire ça en face rendit la chose réelle et douloureuse. Comme s'il n'avait pas déjà assez mal comme ça. Il fallait croire qu'il lui fallait souffrir encore plus pour s'en sortir. Curieusement, sa bouche s'ouvrit d'elle-même et les mots s'en échappèrent :

« Moi non plus, je ne sais pas où il est. »

Sa voix, rendue rauque par le manque de pratique, déraillait par moment. Il toussa fortement, comme pour se dépoussiérer. Un petit soupir franchit la barrière des lèvres de Kuroko avant qu'il ne vienne s'asseoir sur le bord du lit. Il n'avait jamais vu le mannequin comme ça. Même lorsqu'il était en manque de compagnie, il n'était pas aussi abattu.

« Kise-kun, tu n'as pas envie de sortir je suppose ? »

Le blond secoua la tête de gauche à droite. Nouveau soupir.

« Tu n'as pas envie de te laver ? »

Nouvelle réponse négative.

« Tu veux rester ici à te morfondre, tout seul ? »

Aucune réponse. Kuroko voyait que Kise était perdu, dans ses yeux ne régnait que douleur et confusion. Sans un mot, il enleva son manteau et le déposa sur sa chaise de bureau. Puis il revint sur le lit, toisant une nouvelle fois le blond qui sentit sa queue frémir sous l'intensité de son regard. Il avait l'impression qu'il cherchait à sonder son âme. Pourtant, ce n'était pas compliqué de lire en lui.

« Très bien, reprit-il finalement. Seulement, je ne te laisserai pas tout seul. J'ai déjà demandé la permission à ta sœur de rester. Et puis, je n'ai pas vraiment envie de rentrer chez moi à pieds seul. »

Il avait murmuré cette dernière partie. Kise dressa les oreilles mais ne dit rien. Kuroko finit par s'allonger dans le lit, étant lui aussi fatigué de sa nuit. Il n'avait pas pu fermer l'œil. Toute la semaine, il avait eu l'impression d'être observé. Il ne se sentait pas en sécurité chez lui, seul, dans sa chambre. Si bien qu'il préférait être avec quelqu'un de la même trempe que lui, quand bien même il n'allait pas bien.

Et surtout, il voulait prouver à Kise qu'il n'avait pas à gérer toute sa souffrance seul et qu'il pouvait s'appuyer sur quelqu'un. Il ferait tout pour aider le blond, comme lui cherchait toujours à aider les autres.

« Tu me devras un milk-shake à la vanille, chuchota Kuroko, somnolent. »

Sans plus de cérémonie, les deux s'endormirent, bercés par la chaleur de l'autre.


Midorima évitait le plus possible Takao. Ce dernier s'en était rendu compte et ne comprenait pas ce soudain revirement de comportement. Certes, son camarade était lunatique, mais pas à ce point. Il en venait sérieusement à se demander s'il n'avait pas fait quelque chose de mal.

Peu à peu, leur relation se dégradait.

Dès qu'ils se retrouvaient dans la même pièce sans aucune obligation d'y rester, Midorima s'enfuyait, évitant le plus possible son camarade, même si ce dernier l'interpellait. Dans la salle de classe, il ne répondait pas à ses taquineries, alors que d'habitude il lui aurait répliqué sèchement de se la fermer. À l'entraînement, il ne travaillait pas du tout avec l'aigle et ne restait même plus le soir pour parfaire ses tirs, voulant à tout prix rester loin de lui.

Takao commençait lentement à comprendre qu'il lui en voulait pour quelque chose mais il n'arrivait pas à déterminer quoi. Pourtant, une petite idée commençait lentement à germer dans son esprit. Une pensée dont il se sentait un peu coupable mais qui ne cessait de revenir le titiller dès que Midorima détournait le regard lorsque, par mégarde, leurs yeux se croisaient.

Et si … Shin-chan l'évitait parce qu'il lui avait révélé qu'ils s'étaient embrassés ?

Dans ce cas-là, ce devait être par pure gêne, le connaissant, il voulait à tout prix faire son Tsundere. Néanmoins, Takao ne comprenait pas pourquoi il agissait ainsi. Ils avaient juste à faire comme si de rien n'était, après tout, des accidents comme ça, ça devait arriver souvent. Et puis, c'était un accident, pas de quoi en faire un drame.

Même si lui aussi, ça le perturbait plus que de raison. Mais non franchement, pas de quoi en faire tout un plat.

C'est donc résolu que Takao se mit en tête d'aller raisonner le vert, persuadé que tout s'arrangerait s'ils parlaient calmement. Il le chercha dans tout le bâtiment, lorgnant vers son vélo accompagné de la petite remorque. Car oui, même ça, le vert y avait renoncé. Si jamais tout s'arrange, Takao prendrait de lui-même le guidon sans faire de pierre-feuille-ciseau.

Après avoir fait deux fois le tour de l'école et fait chou blanc, il en conclut donc que Midorima devait sans doute être rentré chez lui. Déçu, il se dirigea en traînant les pieds vers la sortie, son vélo accompagné de la remorque l'attendant sagement. Mais alors qu'il allait l'enfourcher, son oreille capta un son. Deux personnes discutaient, toutes proches.

L'une d'elle était Shin-chan.

Sa curiosité piquée à vif, Takao s'accroupit et se dirigea vers les deux voix. Une fois sûr qu'il ne serait pas vu, il essaya de respirer le moins bruyamment possible. Il n'oubliait pas que Midorima possédait une ouïe extrêmement perçante, si bien qu'il avait peur qu'il capte le moindre souffle provenant de sa bouche.

Il regarda discrètement d'où est-ce qu'il était. Heureusement pour lui, le vert semblait dans un état anormalement nerveux, bougeant dans tous les sens. Cela fit froncer les sourcils de Takao. Qu'est-ce qui pouvait perturber à ce point le jeune homme aux yeux de jades ? Avisant le deuxième homme en face de son ami, le brun retint son souffle.

Il s'agissait d'une version plus âgée et plus mature que Shin-chan. Les mêmes yeux verts, le même teint de cheveux verdissant, quoiqu'un peu blanchis sur les côtés. Si ce n'était pas son père, Takao était prêt à mettre sa main à couper ! Néanmoins, c'était bien la première fois qu'il le voyait. Jamais le brun n'avait vu cet homme, n'ayant vu que sa mère et ses deux sœurs.

Et pour cause, il savait juste que ses deux parents faisaient partis du monde médical. Shin-chan évoquait très rarement ses parents et parlait très peu de ses sœurs, c'est souvent Takao qui lui demandait des nouvelles. Ça n'avait jamais vraiment dérangé le brun.

Mais se retrouver sans le vouloir devant son père sans que celui-ci ne le sache, ça lui faisait une drôle d'impression. D'autant que lorsqu'il le regardait, il lui donnait froid dans le dos. Son regard vert menthe semblait glacé tandis qu'il le posait sur son fils. Sa posture était droite, démontrant sa haute place dans la société. Une froideur hors norme se dégageait du personnage, faisant frissonner Takao d'appréhension. Et pourtant, il n'avait pas de différence comme Midorima, si bien qu'il ne pouvait pas vraiment sentir les auras et les émotions des autres, mais rien qu'en regardant cet homme, il savait qu'il n'avait pas vraiment envie de lui parler.

« Shintarou, j'ai besoin de toi, déclara son père. »

Sa voix agissait comme le tranchant d'une pierre, dénuée de chaleur. Takao vit avec stupeur les épaules de son ami se raidir. Sous la tension, son corps ne bougeait pas d'un poil. Son visage fermé ne trahissait aucune émotion tandis qu'il remontait ses lunettes sur son nez. Il vit cependant ses doigts trembler légèrement en accomplissant le tic nerveux.

Quelque chose clochait. Il en était certain. Même après avoir entendu Midorima répondre avec une assurance qu'il devinait forcée :

« Bien père. »

Il les vit se diriger vers lui. Soudain tendu, Takao se fit tout petit dans le buisson derrière lequel il s'était caché. Retenant sa respiration, il fixait le passage par lequel les deux devaient passer. Il vit d'abord le père marcher. Droit, le regard froid et fixe, aucune faiblesse, aucune hésitation : il respirait la puissance et le respect, mais aussi une certaine noirceur qui fit froid dans le dos à Takao.

Vint le tour de Shin-chan. Ce dernier tentait d'être le plus droit possible mais sa carrure était tendue à l'extrême, ses pas se faisaient hésitants, son air était hagard, sa lèvre inférieure tremblait : jamais Takao n'avait vu son ami aussi désemparé, aussi … effrayé.

Tout d'un coup, le vert tourna la tête vers lui. Le gris rencontra le jade. Peur et effroi étaient les sentiments dominant dans la pupille de Midorima. Mais Takao discerna autre chose. Alors que normalement, le jeune homme lui aurait communiqué sa colère de l'avoir espionné, il lui fit éprouver un sentiment de malaise.

Son regard semblait l'appeler à l'aide mais en même temps, lui interdire formellement de s'approcher et d'être découvert.

Takao ne savait pas comment réagir. Si bien qu'il resta dans son coin à fixer les yeux de son ami jusqu'à ce que la liaison soit coupée, laissant un sentiment amer dans la bouche de l'aigle. Il avait l'impression d'avoir laissé passer quelque chose de dangereux.

Quelque chose de grave et d'irréversible.


Il avait attendu encore deux jours, sous les conseils d'Alex mais maintenant, il n'en pouvait plus.

Des nuages gris, presque noirs s'amoncelaient au-dessus de sa tête et de fines gouttes mouillaient ses vêtements mais il attendait résolument dehors, prêt à accomplir la décision qu'il avait pris. Himuro avait froid, mais il tenait bon, le regard rivé sur la rue. Il attendait Murasakibara devant chez lui. Il était venu à l'improviste, sans prévenir personne.

De toute façon, ça n'aurait rien changé que le géant soit au courant. Il croisa les bras sur sa poitrine, essayant de se réchauffer un minimum. Quand, enfin, la silhouette de son petit-ami se profila au loin, Himuro était trempé de la tête aux pieds. Lorsqu'Atsushi le vit, ses yeux habituellement lassé s'ouvrir légèrement, preuve de sa surprise.

« Muro-chin ? Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il mollement.

- Je voulais te parler, avoua Himuro.

- Entre avec moi, tu es tout trempé, observa Murasakibara.

- Non, je n'en n'aurais pas pour longtemps. »

Son ton grave alerta Murasakibara qui posa ses sacs plastiques remplis de friandises par terre, prenant le risque qu'elles soient gorgées d'eau. Tatsuya ne remarqua pas cette attention, les yeux fixés sur un point au loin. Mordant sa lèvre inférieure, il voulait parler, mais n'y parvenait pas. Si bien qu'au bout de longues minutes sans rien dire, Atsushi prit la parole :

« Muro-chin n'a fait que m'éviter cette semaine.

- Tu … tu as remarqué ? »

Himuro était vraiment surprit, pensant que le géant s'en fichait comme de sa première chemise. Même pire, qu'il n'avait même pas remarqué. Commençant à douter de sa décision, il attendit qu'Atsushi poursuive. Ce qu'il fit quelques secondes après :

« Oui, je n'avais plus mes maiubos que je n'arrive pas à trouver, se justifia le violet. »

Toute hésitation s'envola. Son compagnon avait perdu toutes ses chances de renouer. Donc il l'avait remarqué simplement parce qu'il n'avait pas ses friandises habituelles ? Une colère aigre-douce commençait à monter chez Himuro et il serra les lèvres afin de les empêcher de trembler.

« Je suis désolé mais … tu … tu n'auras plus de bonbons de ma part.

- Pourquoi Muro-chin ? demanda le géant, surpris. »

Pourquoi, demandait-il. Himuro en aurait presque ri de tristesse. Parfois, il se demandait si ses enfantillages n'étaient pas feints, mais non. Murasakibara possédait vraiment cette innocence et cet intelligence caractérisant un enfant de cinq ans, sept ans tout au plus. Il ignorait s'il savait réellement ce que c'était, d'aimer quelqu'un.

« Parce que je romps.

- Tu … romps ? répéta Atsushi, pas certain d'en comprendre le sens.

- Ça veut dire qu'on n'est plus ensemble. Qu'on ne forme plus un couple. Qu'on n'est plus rien. »

Les yeux de son homologue s'arrondirent de stupeur. Himuro songea qu'il aurait peut-être dû y aller moins fort. Mais il avait besoin de laisser toute cette colère refoulée sortir. En cet instant, le caractère enfantin de Murasakibara l'agaça. Ne pouvait-il pas comprendre tout d'un coup et le laisser tranquille ? Ce serait tellement plus simple.

Tellement plus simple de partir loin d'ici pour pleurer tranquillement.

« Plus rien ? Mais... on est amis, pas vrai Muro-chin ? demanda le violet, perdu et incertain. »

Tatsuya le considéra un instant, ses yeux gris se perdant dans ses améthystes. Amis ? Est-ce qu'il était conscient de ce qu'ils étaient avant ? Est-ce qu'il savait ce que signifiaient tous ces baisers, toutes ces étreintes ? Il ne voulait pas y penser maintenant, ou cela allait achever de piétiner son cœur déjà meurtri.

« Là tu vois, j'en sais rien. Je dirais même... que j'en ai pas la force, lâcha-t-il dans un murmure. »

Baissant la tête, il avança, croisant son chemin avec celui du violet qui ne bougea pas d'un pouce. Il manqua la sortie de deux oreilles rondes et l'expression choquée du géant tandis que lui-même sentait un liquide salé autre que les gouttes de pluie traverser sa joue.

Il s'éloigna, laissant une affreuse senteur de tristesse et de regret derrière lui.


Kagami était préoccupé. Il se trouvait dans un terrain de basket proche de chez lui et ne cessait de faire des tirs, la tête ailleurs. Alex devait sans doute l'attendre mais il lui avait dit de manger sans lui, sachant qu'il rentrerait un peu plus tard. À vrai dire, il avait deux personnes en tête.

Kuroko et Aomine.

Le premier agissait étrangement depuis quelques temps. Il ne dormait pas en cours -ce qui en soit, ne devrait pas l'inquiéter mais c'était inhabituel du joueur fantôme-, il jetait sans cesse des regards autour de lui et semblait tout le temps dresser les oreilles dès qu'un bruit se faisait entendre. Il croit même l'avoir vu renifler l'air à plusieurs reprises.

Mais le plus surprenant était lorsqu'il lui avait demandé de le raccompagner jusque chez lui.

Là, Kagami s'était posé plusieurs questions. La première fois, il avait refusé étant donné qu'il avait autre chose de prévue avec Alexandra. Il n'avait pas manqué le regard d'appréhension qu'arborait le plus petit lorsqu'ils s'étaient quittés sur le chemin. Kuroko ne lui avait plus demandé après.

Mais Kagami avait décidé, ce soir même, de le raccompagner jusqu'à son portail, sentant une certaine terreur émanée de l'aura du plus petit. Il avait senti le soulagement du plus petit l'envahir lorsque Kuroko avait accepté. Alors il avait fini par lui demander ce qui clochait. Il était idiot, mais pas au point de ne pas remarquer que quelque chose le tourmentait.

Kuroko s'était mordu la lèvre pendant qu'ils marchaient, hésitant à lui dire la vérité. Après tout, le grand rouge avait des réactions plutôt spontanées et parfois, il le surprenait. Mais devant le regard insistant du rouquin, il n'avait pas résisté et lui avait confié ses peurs :

« J'ai l'impression d'être suivi depuis le soir avec Kise-kun. Cette impression se renforce chaque soir, même parfois la journée. Je ne me sens plus en sécurité nulle part et je commence à avoir peur car mon instinct se braque directement dans ces moments-là. »

A cette annonce, Kagami avait senti ses poils se hérisser sur sa nuque. Effectivement, si son instinct s'en mêlait, c'est qu'il y avait quelque chose d'anormale. Mais ce qui l'étonnait, c'était de ne pas sentir si quelqu'un les suivait ou non. Peut-être que l'individu savait qu'il ne rentrait pas seul ce soir-là. Il avait alors commencé à s'inquiéter pour son ombre, pensant à la menace des chasseurs d'hybrides ou même, à Lexy qui semblait être en ce moment au Japon.

Il lui avait recommandé de faire attention et de ne plus rentrer seul dorénavant, prenant la menace au sérieux. Et après un moment d'hésitation, il lui avait finalement conseillé d'en parler à Akashi, étant donné qu'il reconnaissait que ce dernier pouvait être très utile dans des situations comme celle-ci. Son ombre avait parue soulagée et plus confiante. Il lui avait alors dit :

« Tu sais, tu devrais pas attendre aussi longtemps pour me dire des trucs comme ça. Et aussi, attends pas que je te pousse à le faire, j'ai l'impression de te forcer et j'aime pas ça. Si y a un truc qui va vraiment pas, garde pas tout pour toi, y paraît que c'est mauvais. Surtout dans notre cas. »

Il avait lâché ça tout naturellement sans regarder son interlocuteur, si bien qu'il avait manqué l'ébahissement de Kuroko. Et surtout, il avait manqué le mince sourire de ce dernier et les petites rougeurs sur ses joues. Il lui avait finalement répliqué, le faisant rugir d'indignation et de gêne :

« Tu es un idiot Kagami-kun, mais tu es aussi très gentil. »

Il l'avait finalement laissé à son portail et était reparti, vexé et très gêné, faisant rire le turquoise. Puis il s'était retrouvé là, à -oh miracle- réfléchir. Il avait aussi remarqué qu'en sa compagnie, le jeune homme aux yeux clairs semblaient plus détendu, moins sur ses gardes. Est-ce qu'il se sentait protégé avec lui, c'était un mystère. En tout cas, sa situation le préoccupait grandement.

Puis il y avait Aomine.

Il avait bien remarqué qu'il ne faisait que l'éviter depuis le soir où il avait dormi chez lui. Le basané ne semblait pas vraiment à l'aise avec lui et Kagami pensa avec agacement que c'était parce qu'il était bien trop fière pour admettre qu'il avait besoin d'aide. Un jour, il se ferait cette tête de mule, il en était persuadé.

Une pensée parasite de lui en train de se faire Aomine mais pas dans le sens qu'il voulait lui fit rater son panier. Presque tremblant, il se cogna le visage avec sa propre main, les joues rouges de gênes. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Il devait franchement être fatigué pour penser ainsi !

Il se racla la gorge puis se souvint qu'il était seul, ce qui le fit grogner de soulagement. Il vint ramasser la balle qui avait roulée vers la sortie. Mais alors qu'il se penchait pour la prendre, une main halée le devança. Relevant la tête, Kagami tomba directement dans deux pierres ambrées.

Naoki.

Ce dernier lui adressa un grand sourire qui fit bondir l'instinct de Kagami. Il rangeait ce sourire plutôt dans la catégorie des prédateurs prêts à bondir sur leur proie. Il se redressa de toute sa hauteur, le toisant. Qu'est-ce qu'il fichait ici à une heure pareille ?

« Salut Kagami ! Je ne m'attendais pas à te trouver là, engagea Naoki.

- Moi non plus, répondit prudemment le rouge. »

Hors de question de lui avouer qu'il habitait tout près d'ici. Le regardant sans le vouloir avec méfiance, Taiga l'observa enlever sa veste et se diriger vers le terrain. Comprenant qu'il voulait sans doute le confronter dans un one-on-one, Kagami finit par se placer devant lui, toujours sur ses gardes, son ventre lui administrant presque des coups de poings de mise en garde.

« Je veux voir si je ne peux définitivement pas te battre ou si j'ai une chance. Tu veux bien ?

- … ouais. »

Il était presque sûr que son air enjoué et ses yeux brillants étaient faux. Ils commencèrent donc à jouer, Naoki démarrant avec la balle à la main. Mais plus le temps avançait, plus le jeu devenait intense. Kagami avait l'impression que son adversaire faisait exprès de l'emmener à sa limite, comme s'il voulait le fatiguer.

À chaque fois, Kagami l'empêchait de marquer mais lui ne se donnait pas à fond pour le bloquer et lui faire rater ses tirs ou ses dunks. Fronçant ses doubles sourcils, Taiga en marqua un énième et se tourna vers lui. Mais il n'eut pas le temps de l'esquiver que Naoki fonçait sur lui. Le rouge fut propulsé plus loin, atterrissant sur le grillage.

Un grognement de douleur lui échappa alors qu'il sentit la peau de son bras être déchiquetée par un morceau pointu du grillage. Rapidement, des perles de sang s'échappèrent de la plaie. Sentant la panique affluer, Kagami fit du mieux qu'il put pour cacher sa blessure.

« Ça va Kagami ? Excuse-moi, j'ai voulu aller défendre le panier mais j'ai perdu l'équilibre, tu sais comme je suis maladroit, ria nerveusement Naoki. »

Son interlocuteur ne répondit pas, ses yeux sanguins rivés sur Naoki. Menteur, était le seul mot qui lui venait à l'esprit. Certes, Naoki était maladroit. Mais son intonation lui laissait penser qu'il avait prévu le coup. Après, il n'avait pas de preuve.

« Tu t'es fait mal ? s'inquiéta Naoki.

- Non, c'est bon, répliqua Kagami.

- Attends, c'est du sang ? Fais voir, peut-être que c'est infecté !

- Je t'ai dit que c'était bon, maintenant fiche-moi la paix ! finit par s'énerver Taiga. »

Il avait envie de lui sauter dessus pour lui faire ravaler son faux-air inquiet. Son soudain énervement fit reculer de quelques pas Naoki. Il se mordit l'intérieur de la lèvre férocement et se détourna du jeune homme. Si ça continuait, son aura dominante allait se manifester et il serait démasqué. Sans se retourner pour le regarder, il lança :

« J'y vais. »

Puis il s'enfuit sans demander son reste, réfrénant son envie de le lacérer de ses griffes afin de le dominer entièrement.


Il marchait sans but depuis plusieurs heures. Il faisait déjà nuit noir et la pluie ne s'arrêtait pas, le froid rentrait par tous les pores de sa peau mais il ne voulait pas rentrer. Pas tout de suite. Himuro se sentait comme vide. Il avait pleuré tout le long de sa marche, se demandant encore et toujours si la décision qu'il avait prise était la bonne. Et s'il se trompait ?

Secouant la tête, il essaya de faire partir toutes les questions qu'il se posait. Que tous les doutes s'en aillent, il ne pouvait plus revenir en arrière maintenant. De la fumée s'échappait de sa bouche et disparaissait aussi éphémèrement qu'elle était apparue. Il ne voulait plus penser à ce qu'il avait fait, il voulait que les pensées le laissent tranquille.

Il avait l'impression que son cœur était en morceau. Ces mêmes morceaux éparpillés un peu partout pour que jamais il ne les retrouve. Himuro renifla, des larmes perlant toujours au coin de ses yeux. Cette déception amoureuse lui rappelait grandement celle qu'il avait eue aux Etats-Unis. Et il n'avait pas le moins du monde envie de s'en souvenir.

Mais malheureusement, le monde était contre lui aujourd'hui.

« Tatsuya ?

- L... Lexy ? »


Plutôt long ce chapitre, non ? Et encore, estimez-vous heureux(ses), j'ai rajouté des éléments mais j'en ai déplacé beaucoup, si bien que toute l'action se passera dans le prochain chapitre. Ouep ! Ça va bouger dans le suivant. Je vous imagine bien là. ENFIN VA Y AVOIR DE L'ACTION, J'COMMENCAIS A M'ENNUYER MOI ! Si c'est ça, je m'en excuse sincèrement :D

Bref, chapitre assez soft en somme, même s'il pue la déprime. D'ailleurs tous les persos s'évitent entre eux sans s'être consultés. Je trouve ça assez drôle en soit x) Aussi, j'ai jamais autant vérifié les fautes que dans celui-là. Je sais pas pourquoi, une petite envie, surtout dans les conjugaisons en fait où j'ai bien vérifié sur un site les temps et tout, c'était long. Le plus long a été de le corriger, parce que pour l'écrire ça s'est fait tout seul.

On s'est plus concentré sur le KasaKise et la déprime de Kise hein. J'avoue bien aimer le moment Kise/Kuroko, c'était sympa à écrire ^^ Et puis comme je l'ai dit, j'ai une fascination étrange pour les amitiés qui lit tout les personnages donc ... et oui, il n'y aura pas que de l'amour là-dedans MUHAHAHA kof kof hum bref.

Il y aussi eu le retour du MidoTaka ! ... qui se barre en couille ouais x) Magnifique retour sois-dit en passant. J'ai fait allusion au AoKaga mais pas trop non plus. Alors pour Akashi ne vous inquiétez pas, il va faire son retour en force dans le chapitre suivant. D'ailleurs, petit secret, il va y avoir petit moment AkaKuro, mais j'en dis pas plus, histoire de faire ma bonne grosse sadique et de vous mettre bien l'eau à la bouche, amateur d'AkaKuro ;)

Naoki fils de pute le retour XD Et Lexy apparition, force rouge :D /SBAFF/ Désolé, les Power rangers reviennent me hanter x(

Bref, j'espère que ça vous a plu et que vous resterez pour voir enfin cette histoire bouger -oui, au bout de huit chapitres-.

Merci pour toutes vos reviews, vous savez pas à quel point ça me fait plaisir et m'encourage à continuer ! Non vraiment, j'adore ce site et ce fandom car il n'y a que des gens sympas qui me donne des avis constructifs et qui m'aident à progresser alors merci du fond du cœur. Et si vous commentez pas, ou très rarement, mettez-vous dans le crâne que c'est pas grave, rien que le fait que vous lisiez ce que j'écris me rempli d'une joie incommensurable ! Alors encore merci de me lire et de me faire partager vos impressions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, loufoques ou tristes. Je prends tout :D

Réponse à emimie : Je suis très contente de le savoir ! Et oui, Aomine n'est pas qu'un bâtard sans cœur, il y a aussi sa maman -blague de très mauvais goût-. Bah, je vois toujours Kise comme quelqu'un de très sensible, désolé xD Mais aussi comme quelqu'un de très attaché à ses amis qui, s'il les perdait, ce serait la fin du monde. Oui, moi j'adore les voir tout les deux, ils sont tellement débiles que ça me fait bien marrer ;) Tu les auras les réponses au fur et à mesure -toutes j'espère-. Merci de prendre le temps de commenter !

Bonne vacances !

x Heaven