Chapitre neuf

Oyana respira un grand coup, puis frappa fermement. « Entrez. » Elle s'exécuta, referma la porte sur elle et s'arrêta à deux mètres du bureau du capitaine Kuchiki. « Bonjour, capitaine », dit-elle en s'inclinant légèrement. Il leva sur elle un regard froid et répondit d'un simple hochement de tête Oyana se demanda à quand remontait la dernière fois où il avait prononcé le mot "Bonjour". Simultanément elle se surprit à penser que, en dépit de son expression hautaine, ce visage méritait définitivement d'être dessiné. Elle ne pourrait certainement pas résister longtemps un modèle pareil, c'était de la provocation pure et simple. Le tout c'était qu'il n'en sache rien, elle travaillerait de mémoire et puis voilà. Elle allait l'avoir sous le nez toute la journée maintenant, faute d'avoir un collègue de bureau plein d'entrain elle profiterait au moins d'une jolie vue. Oyana avait toujours saisi la moindre occasion de prendre les choses du bon côté.

Byakuya se leva. « Veuillez me suivre. La division est rassemblée sur le terrain d'entraînement n° 3. » Oyana lui emboîta le pas. Il était différent des dernières fois où elle l'avait rencontré. Son reiatsu était… crypté, ou un truc comme ça. Elle ne savait même pas qu'il était possible de faire une chose pareille, mais il était évident qu'il faisait ça pour échapper à son don d'empathie spirituelle. Libre à lui. Elle aurait su rester discrète de toute façon, mais si ça le stressait qu'elle saisisse trop de choses… Elle percevait encore des informations, du reste, mais il y avait des… des trous, des zones d'ombre, comme s'il ne laissait filtrer que ce qu'il acceptait qu'elle reçoive. Oyana ne put s'empêcher de penser que l'attitude du capitaine Kuchiki n'était pas la plus appropriée pour débuter une relation de confiance entre un capitaine et son lieutenant.

Ils arrivèrent au terrain d'entraînement, et Oyana sentit sa gorge se nouer. Elle ne se rappelait pas que ça faisait autant de monde, une division au complet… Les discussions moururent dès que le capitaine Kuchiki apparut sur le terrain, et lorsqu'Oyana et lui s'arrêtèrent devant les hommes et femmes rangés en lignes le silence était total.

« Flippant… » pensa Oyana.

« Oyana Mitsuki a passé avec succès les épreuves d'admission au rang de lieutenant de la 6ème division » annonça sobrement Byakuya. « A compter d'aujourd'hui, elle assumera ce poste. »

Oyana attendit la suite, mais au bout de quelques secondes elle comprit que ce serait tout. « Super. Merci pour le coup de main », pensa-t-elle. Elle reporta son attention sur la petite foule qui lui faisait face. Pas un sourire les shinigamis s'étaient inclinés sèchement pour la saluer, le strict minimum. Bon, elle ne s'était pas attendue à des cotillons, non plus, mais là c'était limite. L'ambiance était à peu près aussi conviviale que celle d'une veillée funèbre.

Oyana se concentra sur les informations émanant de l'impressionnante masse de reiatsu. Ouh là, elle n'avait vraiment pas la cote… Rien de surprenant, mais c'était toujours désagréable à ressentir. Comme depuis le moment où elle avait prétendu intégrer le Gotei 13, elle était jugée sur des a priori elle débarquait de nulle part, elle n'avait même pas fait l'Académie, elle avait le culot de se pointer là comme lieutenant quelques mois après son arrivée… Sans aucun doute, elle avait bénéficié de privilèges injustifiés, en séduisant tous les capitaines qui passaient à sa portée. Bien bien bien.

Elle avait toléré beaucoup de choses, depuis son arrivée ici. Les opinions de quelques personnes importantes pour elles lui suffisaient, et en tant que simple soldat elle se fichait de sa réputation. Cependant elle était lieutenant, désormais. Et chacun savait que le capitaine Ukitake avait soutenu son accès au Gotei 13, puis que le capitaine Kuchiki l'avait personnellement sélectionnée pour être son principal officier. Alors il ne s'agissait plus simplement de son honneur, à présent. Elle devait de montrer à la hauteur des espoirs qui avaient été placés en elle.

Sans tourner la tête, elle s'adressa doucement au capitaine Kuchiki. « Capitaine, ai-je votre autorisation pour me présenter à vos hommes de la manière qui me semblera la plus appropriée ? »

Byakuya ne cilla pas, mais son énergie exprima une pointe de curiosité assortie d'un soupçon d'inquiétude. La requête était toutefois difficile à refuser.

« Faites. » dit-il.

Oyana fit quelques pas en avant afin de se retrouver seule devant la 6ème division, et sourit.

« Bonjour », dit-elle. « En tant que nouveau lieutenant de la 6ème division, je considère que me trouver ici devant vous est un honneur ce qui, de toute évidence, n'est absolument pas réciproque. » Quelques murmures s'élevèrent, mais personne n'osa répondre. Byakuya soupira intérieurement. Il se doutait qu'Oyana réagirait, d'une manière ou d'une autre, à l'hostilité dont elle faisait l'objet, mais il devait avouer qu'il n'avait aucune idée de ce qu'elle allait faire.

« Si votre accueil est aussi chaleureux que celui d'un peloton d'exécution », poursuivit Oyana, « c'est, selon moi, à la fois pour de bonnes et pour de mauvaises raisons. Commençons par les mauvaises, cela sera fait. Il semblerait que de nombreuses personnes aient décidé, pour des motifs qui m'échappent un peu, de se préoccuper des détails de ma vie privée. A ces personnes, je conseillerai fortement de ne se consacrer désormais qu'à la leur. D'une part, parce qu'elle ne s'en portera que mieux, si vous me permettez cet avis et d'autre part, parce qu'à compter de cet instant je ne tolérerai plus la plus petite allusion, ni la moindre attitude déplacée visant à porter atteinte à ma réputation. Une division se doit de manifester à son lieutenant un minimum de respect je ne considèrerai pas un comportement discourtois envers moi comme une simple offense personnelle mais comme une atteinte à l'image de la 6ème division. Ce que je ne saurais permettre. »

Elle se tut quelques secondes, puis reprit. « Passons à présent aux motifs légitimes pour lesquels vous êtes en droit de vous interroger sur ma nomination en tant que lieutenant. Bien entendu, j'ai été choisie par le capitaine Kuchiki, mais, en dépit de toute la valeur que vous accordez à son jugement, cette raison à elle seule ne saurait vous convaincre. Car en réalité, vous ne savez rien de moi. Il y a de cela trois mois, j'étais encore en vie dans le monde réel. Je n'ai aucun parcours qui justifierait votre estime. Je n'ai pas connu l'extrême rigueur des six années d'Académie. Je n'ai jamais été officier. Cependant me voilà soudainement votre supérieure à tous. Sur le terrain, j'aurai à prendre des décisions dont dépendront vos vies. A votre place, je serai tout aussi sceptique que vous l'êtes. Je ne confie pas ma vie au premier venu. »

Elle parcourut l'assemblée du regard. « Je n'ai que peu de moyens de vous convaincre de ma valeur, ici et maintenant. Toutefois, il suffit d'observer brièvement le fonctionnement de la Soul Society pour s'apercevoir que l'un de ses principes fondamentaux n'est autre que la loi du plus fort. Ma légitimité à occuper un poste de lieutenant dépend donc de ma force. Voilà quelque chose que je suis en mesure de prouver. »

Le regard d'Oyana se durcit. « Troisième et quatrième sièges, veuillez avancez, je vous prie. » Un homme et une femme sortirent du rang. Oyana s'adressa au quatrième siège. « Nous aurons besoin de sabres d'entraînement. Merci d'aller en chercher trois. » La femme hocha la tête elle disparut, et revint presque instantanément avec les sabres demandés. Sur un signe d'Oyana, elle en tendit un à son camarade et un autre à son lieutenant. Puis les deux officiers jetèrent un regard interrogatif à leur capitaine. Byakuya resta aussi impassible qu'à l'accoutumée.

« Voici les règles du combat », annonça Oyana. « Je vous affronterai tous les deux en même temps. Vous êtes libres d'utiliser le Hohou, le Kidô, et toute autre technique à votre convenance. Un combattant est éliminé s'il reçoit un coup qui le mettrait hors de combat dans un affrontement réel. Des questions ? » Les deux shinigamis secouèrent la tête. « Bien. En place, dans ce cas. » Ils gagnèrent le centre de l'espace, tandis que les autres membres de la division se répartissaient autour du terrain.

« A mon signal », dit Oyana. « C'est parti ».

Les combattants s'élancèrent. Oyana s'accorda dix secondes d'observation. Elle esquiva un coup de sabre, contra le second, et évita un sort de kidô grâce au shunpô. Excellents adversaires, comme elle pouvait s'y attendre. La femme serait sans doute la plus difficile à neutraliser, elle n'avait pas les capacités en kidô de son compagnon mais elle était redoutable au sabre et très rapide. Oyana se volatilisa pour réapparaître quelques pas derrière l'homme sa haute taille la protègerait pour quelques précieuses secondes des assauts de son autre adversaire. Il s'efforça de se retourner pour lui faire face, mais Oyana resta obstinément dans son dos, tout en s'assurant qu'il était en permanence entre elle et la femme shinigami. Il entreprit de lui lancer une série de sorts de kidô une pointure en kidô, celui-là. Pas du tout doué pour viser de dos, mais ça ne devait pas être facile, en même temps. Oyana évita facilement ses attaques. Ce qui l'arrangerait, à présent, ce serait qu'il tente un bon vieux sort d'immobilisation. Ah, et ben voilà ! Bakudô n° 15, pas trop élevé en plus, ça ferait l'affaire…

Oyana prit son adversaire de vitesse. « Bakudô n° 72 », dit-elle. « Interception. » Elle se concentra et son visage se contracta légèrement sous l'effort. S'approprier le sort d'un autre était l'un des bakudô les plus difficiles. L'homme eut le temps de se retourner et de lever son sabre, mais pas davantage Oyana relâcha la puissance qu'elle avait faite sienne et lui renvoya son sortilège. Puis elle se retourna juste à temps pour contrer l'épée de la femme shinigami, qui n'avait laissé passé l'occasion d'attaquer.

Elle repoussa l'assaut et tendit le bras vers l'homme qui luttait contre le sort d'entrave. « Hadô n° 31, boulet rouge » , lança-t-elle. La boule de feu jaillit de sa paume vers le shinigami qui venait juste de briser le sort de bakudô, et il ne put l'esquiver. Oyana annula l'attaque une seconde avant qu'elle n'atteigne sa cible.

Le 3ème siège abaissa son arme et disparut du terrain, rejoignant les autres. Il ne faisait plus partie du combat. Oyana aurait volontiers soufflé deux secondes, cette démonstration de Kidô l'avait pas mal affectée, mais le 4ème siège ne l'entendait pas de cette oreille. Son adversaire était affaiblie, elle n'allait pas lui faire de cadeau. Oyana resta un moment en défense et mobilisa son énergie. Puis elle commença à augmenter peu à peu sa vitesse, et le rythme de l'échange s'accrut. Au moment précis où elle sentit que son adversaire commençait à avoir du mal à suivre, Oyana poussa son avantage. Elle fit un bond en arrière, puis avança en accélérant encore et se retrouva dos à dos avec la femme. Les membres de la 6ème division étaient bien placés pour apprécier la virtuosité de ce pas le senka était une spécialité du capitaine Kuchiki, peu utilisée en raison de sa difficulté.

Le 4ème siège esquiva de justesse le coup porté à sa gorge, mais ne put éviter deux fois la lame en bois du sabre d'Oyana, qui la frappa au bras. La femme faillit lâcher son sabre mais réussit à se mettre hors de portée. Oyana se replaça en face d'elle. « Dans un vrai combat, vous seriez privée de votre bras droit », remarqua-t-elle. La femme la fixa calmement. Puis elle transféra son arme dans sa main gauche, passa son bras droit derrière son dos et se remit en garde. Oyana sourit intérieurement. « Elle me plaît, celle-là », pensa-t-elle. Un sort de kidô bien placé aurait certainement raison de sa résistance, mais Oyana n'avait pas envie d'en finir de cette manière. Cette femme était une adversaire de grande valeur au sabre, et elle la battrait au sabre.

Oyana attaqua à nouveau. Le 4ème siège était presque aussi douée de sa main gauche que de la droite, mais la "perte" de son bras droit la déséquilibrait cela dit sa défense restait excellente. L'échange se poursuivit encore quelques minutes, puis Oyana trouva une faille et désarma son opposante. Elle salua son adversaire, puis se redressa et s'adressa à tous. « Reprenez vos places. »

Les shinigamis de la 6ème division se rangèrent à nouveau devant leur capitaine et leur lieutenant. L'ambiance n'était toujours pas bien brillante, mais elle avait subtilement changé.

Le silence se prolongea quelques secondes, puis Oyana reprit la parole, en se concentrant pour ne pas laisser entendre son essoufflement. « Vous pouvez contester le parcours atypique que j'ai suivi et qui m'a menée jusqu'ici. Vous pouvez imaginer ce qui vous chante pour expliquer mon ascension si rapide. Mais ne niez pas le fondement même de l'organisation hiérarchique du Gotei 13. Vous m'avez vue remporter un combat contre vos 3ème et 4ème sièges. Vous avez constaté que ma puissance est supérieure à la leur. La conclusion est simple à tirer pour tout le monde. »

Le regard d'Oyana défiait quiconque de tirer une conclusion différente de la sienne. « S'il vous faut des faits sur lesquels me juger, en voici un. Remplacez les rumeurs de comptoir avec. Pour l'instant c'est tout ce que j'ai à vous offrir, et en attendant mieux, vous devrez vous en contenter. »

Elle se tourna vers le capitaine Kuchiki et l'interrogea du regard. « Vous pouvez disposer. », dit-il à ses troupes. Puis il se détourna et quitta le terrain, Oyana à ses côtés. Ils rejoignirent le bureau en silence Oyana accusait le coup de ses exploits et aurait bien marché un peu moins vite, mais son capitaine n'en tenait aucun compte et elle se débrouilla pour rester à sa hauteur. Elle referma la porte derrière eux. Byakuya se tourna vers elle et la fusilla du regard.

« Sans doute aurais-je dû vous avertir au préalable que la présentation d'un nouveau lieutenant n'était pas censée donner lieu à une représentation, lieutenant Mitsuki. »

Oyana soutint son regard. « Ai-je la permission de m'asseoir ? », demanda-t-elle. Il acquiesça sèchement, et elle s'assit à son bureau avec un soulagement non dissimulé. Puis elle leva les yeux vers lui.

« Capitaine, je n'essaierai pas de vous expliquer ce que peut ressentir une personne douée d'empathie face à une foule qui la déteste. Ce n'est pas votre problème, c'est le mien. Mais je peux vous assurer d'une chose. Il y a une heure, ils ne m'aimaient pas et ils me méprisaient ouvertement. A présent ils ne m'aiment toujours pas mais chacun d'entre eux réfléchira à deux fois avant de me manquer de respect. C'est le meilleur point de départ dont je dispose. »

Byakuya la fixa quelques secondes, puis il lui tourna le dos et alla s'installer à son bureau.

« Dorénavant, veuillez m'épargner ce genre de démonstration. » Il saisit une petite pile de dossiers et la tendit vers elle. « Tenez. »

Oyana se leva et prit les documents. Elle ignorait s'il avait compris, et s'il était toujours en colère elle ne pouvait le déterminer ni en regardant son visage, ni au travers de son reiatsu, et il gardait le silence. Il ouvrit lui-même un dossier et se mit à lire. Oyana retint un soupir et retourna à son bureau. « Surtout, ne prenez pas la peine de me donner des directives », pensa-t-elle. Puis elle se mit au travail.

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Oyana s'étira en soupirant. Elle était fatiguée et de mauvaise humeur. Sa première semaine s'était relativement bien passée, pourtant, compte tenu du contexte. Elle gagnait peu à peu du terrain avec les membres de la 6ème division. Le 4ème siège qu'elle avait affrontée au sabre avait fait un pas vers elle dès le lendemain en demandant à déjeuner en sa compagnie. Chouette fille. Et le 3ème siège avait fait la gueule deux jours, puis il avait lâché l'affaire. Depuis il était venu la voir, un peu embarrassé, pour lui dire que, même de la part de quelqu'un qui s'était tapé l'Académie avec option « Kidô renforcé », un sort d'interception sans incantation c'était la classe. Alors après quelques mois de formation seulement, chapeau.

Oyana se massa doucement les tempes ça ne lui ressemblait pas de se sentir stressée comme ça. D'ici à prendre ça pour un mauvais pressentiment, il n'y avait qu'un pas, mais Oyana refusait de céder à la paranoïa. Elle continuait d'être aussi vigilante que possible, elle ne pouvait pas faire plus. L'important, ce n'était pas de s'inquiéter, c'était d'être prête à agir lorsque ce serait le moment. Et depuis son arrivée ici, elle n'avait eu de cesse de s'améliorer dans l'attente de ce moment. Mais elle avait beau se raisonner, elle n'arrivait pas à chasser l'impression désagréable qui l'oppressait depuis deux jours.

En sentant le reiatsu approcher, elle sourit et son visage se détendit. Elle se dirigea vers la porte, et attendit qu'il soit sur le point de frapper pour ouvrir. « Salut, beau mec », dit-elle avec un clin d'œil. Renji sursauta et fit une grimace. « Bon sang, tu as besoin d'utiliser ton truc empathique pour faire des blagues à deux balles ? Tu sais que j'ai horreur de ça… »

Oyana sourit malicieusement. « Je n'y peux rien, j'adore te faire froncer les sourcils, ça met tes tatouages en valeur. Et puis, plains-toi… Tu ne détestes pas toujours mon don d'empathie, si j'ai bonne mémoire. » Renji haussa les épaules. « Ne change pas de sujet… », répondit-il.

Oyana retourna vers son bureau. « J'étais sur le point de remballer. J'arrive. » Renji s'appuya contre la porte. « OK… » Il l'observa quelques secondes. « Ça va comme tu veux ? », demanda-t-il sans préambule. Oyana lui lança un regard interrogatif. Il s'avança vers elle. « Je ne suis pas empathe, et je ne suis pas non plus le roi des psychologues, mais depuis quelques jours on dirait vraiment qu'il y a un truc qui te tracasse. T'as envie d'en discuter ? »

Oyana lui sourit. « T'es mignon… Mais ça va, tu sais. Je suis un peu crevée, c'est tout. »

« Le capitaine Kuchiki ne te mène pas trop la vie dure ? », insista Renji, qui avait deux-trois souvenirs pénibles de sa première semaine aux côtés dudit capitaine.

Oyana secoua la tête. « Non… Enfin, j'ai connu des poissons rouges plus communicatifs que lui, mais à part ça… »

« Tu ne lui mets jamais de sucre dans son thé, au moins ? » s'enquit Renji. « Il a horreur de ça. »

Oyana le regarda d'un air ébahi. « Tu lui préparais son thé ? »

Renji écarquilla les yeux puis poussa un gros soupir. « Toi non, à ce que je vois… Tu devrais peut-être t'y mettre… »

« A quoi, à lui faire du thé ? Je ne suis pas sa gouvernante. Si tu lui as filé des habitudes pareilles, je suis pas sortie de l'auberge… »

Renji se vexa. « Tu n'as jamais fait un thé pour Ukitake, peut-être ? »

« Rien à voir », répondit Oyana. « Juushirou est un amour, n'importe qui aurait envie de s'occuper de lui. Il connaît les mots « S'il vous plaît » et « Merci », et ne s'adresse pas aux gens par monosyllabes. » Renji se frotta la tête. « C'est pas gagné, vous deux… »

Oyana haussa les épaules. « Tu sais, je trouve ça étrange… La première fois que je l'ai rencontré, je trouvais que le courant passait plutôt bien entre nous. Et puis il a changé d'attitude, alors même qu'il m'avait choisie comme lieutenant. Il est un peu lunatique, non ? »

Renji ne savait pas quelle partie du discours d'Oyana était la plus aberrante. « On parle du même Kuchiki, là ? Parce que c'est la première fois que j'entends la formule " le courant passe plutôt bien " appliquée au capitaine Kuchiki. Et je ne vois pas comment on peut qualifier de lunatique quelqu'un qui n'a pas changé d'expression faciale depuis environ 50 ans. » Il réfléchit deux secondes. « Ou alors c'est à cause de ton don d'empathie ? C'est vrai, tiens, ça marche sur un type comme lui ? »

Oyana jugea qu'il était temps de changer de sujet. « Pas trop, non… Ecoute, ne t'en fais pas pour tout ça. J'en ai vu d'autres. Et puis tu sais, c'est la première fois que j'ai un vrai travail, en réalité. Avant, j'étais plutôt sur des petits boulots, et j'en changeais souvent. Je n'ai jamais bossé aussi dur que depuis ma mort… »

Renji sourit, et se laissa convaincre. « Bon… Alors ça n'est qu'une question de rythme, tu vas t'y faire. Laisse-moi t'aider à te décontracter, j'ai passé des années à bosser avec ton capitaine, je suis un champion quand il s'agit de trouver un moyen de se détendre après le travail… Il y a quelque chose en particulier qui te ferait plaisir ? »

Oyana sauta littéralement sur l'occasion. « Oui ! », répondit-elle avec enthousiasme alors que Renji réalisait l'erreur tactique qu'il venait de commettre. Il tenta de faire machines arrière. « Non ! Oyana, j'ai déjà dit non une douzaine de fois ! »

« Neuf fois. N'exagère pas. », rétorqua Oyana. Elle fit la moue. « Je croyais que tu avais envie de me faire plaisir. Des paroles en l'air, si je comprends bien… »

« Ne… ne me joue pas cette scène-là ! C'est déloyal ! Ce… ce n'est pas un jouet ! »

« Tant pis », poursuivit Oyana comme s'il n'avait rien dit. « Je vais demander à quelqu'un d'autre. Je ne veux pas fatiguer inutilement Juushirou, il n'est pas très en forme ces temps-ci je vais devoir me rabattre sur le capitaine Kuchiki. » Elle soupira. « Quel dommage, c'est le tien que j'avais envie de voir… »

Renji la fixa d'un air incrédule. « Je n'arrive pas à croire que tu oses me sortir un vieux chantage comme celui-là », dit-il enfin. Il se tut quelques secondes. « De toute façon, on ne peut pas faire ça n'importe où, c'est interdit, et on n'a pas de terrain ouvert qui convienne pour… » Oyana l'interrompit en brandissant un formulaire. « Si ! Le sept. Nous venons de finir un entraînement là-bas, il ne sera fermé que dans une heure. » Elle sentait qu'elle touchait au but il allait craquer. Elle s'approcha pour passer ses bras autour de son cou et porta le coup final. « S'il te plaît, Renji », murmura-t-elle. « Je t'en serais tellement reconnaissante… »

Il se dégagea et ouvrit la porte d'un geste brusque. « T'as gagné », dit-il d'un air furieux. « On y va. » Oyana se retint de sauter de joie.

Un quart d'heure plus tard, elle contemplait l'objet de sa curiosité avec admiration. « Il est trop génial ! » dit-elle avec enthousiasme. « Tu m'attaques avec, pour voir ? »

Renji renifla avec dédain. « Si je t'attaque au bankai, poupée, ton espérance de vie va chuter en flèche… »

Oyana fit la moue. « Comme tu te la joues… Bon, tu casses le mur là-bas, alors ? »

Renji grommela quelque chose comme quoi il n'avait pas que ça à faire de jouer les démolisseurs avec Hihiou Zabimaru rien que pour faire plaisir à une nana capricieuse mais bon, il avait cédé, alors tant qu'à faire… Il soupira et lança une attaque. L'immense serpent d'os fit le tour du terrain dans un boucan d'enfer, en fracassant tout sur son passage.

Oyana écarquilla les yeux. « Quelle force de frappe, c'est dingue… Tu peux balayer une armée de hollows, avec ça ! » Renji lui accorda un sourire condescendant. « Je ne sors pas mon bankai pour de simples hollows. » Oyana lui jeta un coup d'œil, puis se rapprocha de lui pour qu'il glisse son bras autour de sa taille. « Je ne devrais pas, mais je te trouve sexy quand tu prends tes grands airs », dit-elle. « Et il sait faire quoi d'autre ? »

Renji leva les yeux au ciel. On aurait vraiment dit qu'elle parlait d'un animal domestique à qui il aurait appris à amuser la galerie. Mais Oyana semblait vraiment ravie, et l'expression soucieuse qu'elle arborait un peu auparavant avait disparu.

« OK, je te montre… Sors ton shikai, ma jolie, tu vas avoir droit à une vraie démonstration ! »

« Cool ! Dissipe les ténèbres, Shirohonoo… » s'écria Oyana en courant se mettre en position de combat. Renji sourit.

Ils profitèrent du terrain d'entraînement jusqu'à la dernière minute puis le signal annonçant la fermeture retentit, et Renji rappela son bankai. « Attends ! », lui lança Oyana.

Renji eut un claquement de langue agacé. « N'exagère pas, poupée… Je veux bien me mettre en quatre pour tes beaux yeux, mais sans terrain, pas de bankai, alors rideau. Et n'imagine pas que j'ai oublié tes promesses quant à la façon dont tu me remercierais de céder à tes gamineries… »

Oyana se glissa dans ses bras en souriant. « Je sais qu'on doit libérer le terrain, ce n'est pas de ça dont je parlais. Et je me doute que mes cajoleries ne sont pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Mais justement, en parlant de ça, je me demandais… Le bankai tu es obligé de le ranger, mais est-ce que ça t'ennuierait de garder le costume ? »

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La petite fille s'immobilisa en serrant contre elle les branches qu'elle portait. Elle ne comprenait pas la sensation de peur qui l'avait brusquement saisie, mais elle avait envie de s'enfuir très loin, tout d'un coup. Elle connaissait bien l'endroit pourtant, elle venait ici chercher du bois souvent. Ce n'était pas un endroit dangereux, elle n'allait jamais dans les endroits dangereux, son frère l'avait mise en garde. Mais aujourd'hui il y avait quelque chose de dangereux ici. Quelque chose de méchant.

Elle voulait s'en aller, mais elle n'arrivait pas à bouger. Elle sursauta en poussant un petit cri de frayeur en entendant la voix. « Approche, petite… »

L'enfant secoua la tête. « Non… », murmura-t-elle, mais elle fit un pas en avant, puis un autre. Elle posa sur ses jambes un regard terrifié. « C'est bien », fit la voix. La petite fille redressa la tête. A quelques mètres devant elle, elle voyait quelque chose d'étrange. Comme de la lumière, sauf que c'était noir et ça sortait de nulle part, ça flottait juste au-dessus du sol. La voix venait de là.

Ses jambes s'arrêtèrent devant la lumière sombre. La petite fille voulut parler fermement, mais sa voix tremblait. « Si vous me faites quelque chose, mon frère vous tuera. Il a dit qu'il me défendrait contre tous les méchants, et il peut le faire. C'est un shinigami. »

La voix rit doucement la petite fille ne put se retenir plus longtemps, et se mit à pleurer.

« Je sais que ton frère est un shinigami, petite… C'est pour ça que je t'ai choisie… Tu vois, j'ai très envie de le rencontrer. »

L'enfant lutta contre les sanglots. « Il n'est pas là ! Il est dans le Seireitei ! Vous… Vous ne pourrez pas l'attraper ! »

Le ton de la voix sembla exprimer un sourire. « Allons, tu ne veux plus qu'il vienne à ton secours, à présent ? Mais ce n'est pas toi qui décideras de ça. Il viendra dès que possible, aussitôt qu'il apprendra que son adorable petite sœur est atteinte d'un mal inconnu qui menace sa vie. »

La petite fille essaya de reculer de toutes ses forces, mais elle ne put bouger un muscle. « Donne-moi ta main. » L'enfant leva un bras tremblant vers la lumière. « Je te dirais bien que ça ne fait pas mal, mais le fait est que je n'en sais rien. C'est la première fois que j'essaie ce pouvoir, nous allons le découvrir ensemble. J'espère que tu apprécies… »

L'enfant ferma les yeux aussi fort qu'elle le put. C'était tellement froid… Pire que de l'eau glacée, elle n'avait jamais rien touché d'aussi froid. La sensation se répandit à travers son corps, et elle pensa que plus jamais elle n'aurait chaud.

A des centaines de kilomètres de là, le point rouge qui clignotait sur l'écran devant Mayuri Kurotsuchi disparut. Les deux assistants qui l'entouraient poussèrent une exclamation. Kurotsuchi pianota sur la console, affinant le degré de perception des instruments, mais il n'y avait plus aucune trace de l'étrange intrusion. Il jeta un coup d'œil aux données enregistrées l'alerte avait duré 47 secondes. Les informations recueillies seraient incomplètes. Les premiers résultats de l'analyse s'affichèrent, et Kurotsuchi les étudia avec soin.

« Mettez-moi immédiatement en communication avec le capitaine Soi Fon », dit-il.

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