CHAPITRE VIII . Les Gardiens


Une lumière blanche éblouissante aveugla Dùen, et des pleurs déchirants la réveillèrent. Elle mit quelques minutes à regagner la vue, ses yeux ayant du mal à s'adapter à la puissante luminosité après tant de temps passé dans les Mines. Après la lumière, ce fut l'état de l'air qui la frappa ; il était bien différent de celui des Mines, car il était pur, et une brise glacée balaya ses cheveux désormais en pagaille. Elle remarqua qu'il devait être aux environs de midi, car le Soleil était haut perché dans le ciel et frappait la Communauté de ses rayons de feu.

Le feu.

Comme celui de la Bête, du Balrog.

Mais aussi, comme cinquante ans auparavant.

Elle se rappela comment elle avait aperçu les flammes de la Forge depuis le champ dans lequel elle était allée travailler. Ses outils de travail étaient tombés à ses pieds alors qu'elle réalisait que l'atelier était en feu, dévorée par un brasier ardent. Puis il y avait cette colonne de fumée noire et de cendres, qui s'élevait dans le ciel bleuté, comme une tour obscure et malveillante.

Bien sûr, cette fois-ci, aucun nuage de feu ne s'échappait des Mines, mais c'était tout comme.

Tout comme cinquante ans auparavant, elle ressentait ce terrible sentiment, comme du déjà-vu ; le deuil. Gandalf était tombé dans les flammes du Gouffre, tout comme son père avait été dévoré dans le feu de la Forge de Bree. Quelle ironie, avait-elle pensé.

Les Hobbits étaient effondrés, et Dùen dû lutter pour ne pas s'affaisser à son tour. Elle ne manqua pas les regards endeuillés de Boromir et d'Aragorn à sa droite. « Quoiqu'il arrive, ne perdez pas espoir... » la voix de Gandalf résonnait dans sa tête, chaque mot prenait une envergure et une profondeur inattendue et la Semi-elfe resta là, les bras ballants, debout et immobile comme une statue, ses yeux gris vides et creux.

Elle ne réalisait pas, tout simplement.

Elle s'attendait presque à voir Gandalf sortir de la Mine à son tour, franchissant la porte de pierre avec son long chapeau et son bâton. Elle pouvait même l'entendre bougonner et grogner à l'encontre de la maudite Mine. Mais les minutes passèrent, et le Magicien Gris ne sortait pas.

Il ne sortirait jamais.

Un sanglot la secoua, c'était Pippin qui murmurait à Merry, haletant : « C'est de ma faute, Merry ! J'ai réveillé la Créature, c'est de ma faute ! ». Puis elle ne manqua pas le regard de Frodon, déchirant et déchiré. Il ne pleurait pas, et demeurait figé, tout comme Dùen, debout sur les rochers gris. Dans ses grands yeux bleus, elle y voyait de la douleur, une immense souffrance, mais ce n'était pas tout. Elle y voyait du regret, du remord, de la culpabilité.

Mais malgré tout, elle n'arrivait pas à y croire. « Cela ne se peut, pas Gandalf », ces paroles retentissaient frénétiquement dans sa tête et elle ferma les yeux, fronçant ses sourcils, implorant les Valars pour qu'il sorte des Mines en leur balançant avec mécontentement « Qu'attendez-vous donc, pauvres fous ? La Montagne du Destin n'apparaîtra pas devant vous par magie ».

Une main glissa le long de son avant-bras, pour finalement la quitter complètement. Dùen contempla rapidement Legolas qui était à ses côtés ; elle avait presque oublié sa présence à sa gauche et le fait qu'il l'avait tirée en dehors de l'obscurité de la Mine. S'il sentit son regard sur lui, il ne le fit pas savoir. Il regardait avec confusion les Hobbits écroulés contre la roche et Dùen se demanda s'il partageait la même incrédulité qu'elle.

La voix ferme d'Aragorn brisa le son des plaintes :

« - Legolas, relevez-les.

L'elfe de la Forêt Noire hocha lentement la tête, comme à contre-coeur. La voix étranglée de Boromir s'éleva à son tour :

- Donnez-leur ne serait-ce qu'un moment, par pitié !

Aragorn se tourna vers l'Homme du Gondor avec sévérité, les traits tout aussi tirés par la douleur et la peine.

- Ces collines grouilleront d'Orques à la tombée de la Nuit ! Nous ne pouvons pas nous éterniser ici.

Il se tourna de nouveau alors que le silence s'installa, désormais dos à la Communauté, sans doute pour cacher un visage endeuillé. Boromir soupira et se releva, entraînant avec lui Pippin et Merry, leur tapotant sur le haut du dos en guise d'un mince réconfort. Legolas s'exécuta également, relevant d'abord Sam, dont le visage était baigné par d'innombrables larmes, inondant ses joues rougies. Puis il se déplaça vers Gimli, encore avachi contre un rocher et lui tendit la main ; main que le Nain balaya d'un geste brusque. Une fois relevé, il bouscula Legolas et alla rejoindre Aragorn sans un mot, mais sûrement submergé par l'émotion. L'elfe le regarda s'éloigner avec amertume, les lèvres plissées.

Alors que tous commençaient à s'écarter de la Mine, Dùen fut frappée par une réalisation soudaine. Ce départ des Mines signifiait qu'il n'y avait aucun espoir que le Magicien en ressorte.

Plus aucun espoir.

Il fallait se rendre à l'évidence ; il ne reviendrait alors pas.

Mais Dùen resta muette, comme si les sentiments étaient si forts, si intenses, qu'elle devait les sceller pour ne pas exploser. Les emprisonner dans une forteresse inviolable et imprenable. Elle se sentait incroyablement engourdie et figée.

- Allez, Gwînith...

La voix de l'elfe était si basse qu'elle ne l'avait presque pas entendue. Il était debout devant elle, et son regard bleu foncé scannait son visage, s'attardant un moment sur sa joue rouge avant de plonger de nouveau dans ses yeux gris. Elle ne réagit pas, comme si tout lui paraissait lointain. « C'est un Cauchemar » eut-elle pensé, en déni ; n'allait-elle pas se réveiller ?

Elle sentit vaguement la main de l'elfe saisir la sienne, souillée par le sang noir, la poussière et la sueur. Et après lui avoir lancé un doux regard, presque tendre, il la tira vers le reste de la Communauté qui marchait entre les grands rochers. Dùen ne put s'empêcher de regarder en arrière ; un dernier regard vers la Mine, espérant encore que, peut être, Gandalf se tiendrait dans l'encadrement de la Porte en pierre.

Mais il n'y avait personne.


Ils n'avaient pas marché une heure cependant, que Boromir s'arrêta, appuyé contre un rocher tranchant.

- Faisons une pause, réclama-t-il, haletant, une main appuyée sur son côté.

Aragorn hocha finalement la tête, résigné et déclara d'une voix autoritaire :

- Nous repartons dans une dizaine de minutes.

Le terrain sur lequel ils marchaient était toujours rocheux, mais bien plus plat, les nombreux plans d'eau reflétaient le ciel bleu azur, et Dùen profita de la pause pour se pencher au dessus de l'un d'entre eux.

Elle ne fut que sensiblement surprise de trouver son visage dans un tel état. Il était sali par des tâches rouges et noires, presque marron. Le sang avait séché, formant de larges plaques pourpres et craquelées sur ses joues abîmées. Des paquets de sang coagulé et de poussière s'étaient déposés dans sa tignasse brune. Du bout de son doigt, elle retraça la coupure sur sa joue, ce n'était pas bien profond, mais elle savait que cela allait sûrement laisser une légère cicatrice, plus tard. Le haut de son front, était lui aussi abîmé, mais comme l'eut prédit Legolas, un jour plus tôt, la blessure avait presque disparu, laissant cependant une légère bosse rougeâtre.

Elle passa de l'eau sur son visage, et alors que les plaques sèches se détachaient peu à peu, elle entendait Aragorn et Legolas parler en Langue Elfique. Elle ne comprenait pas l'objet de l'échange, mais la voix d'Aragorn était sévère. La Semi-elfe se tourna vers ses deux compagnons, curieuse de saisir l'objet de leur vive discussion. Le Dunedain était penché au dessus de l'épaule de l'elfe et grimaçait. Elle se releva rapidement alors qu'elle l'entendit jurer en Westron.

Dùen se rappela vaguement de sa sortie de la Mine, Legolas avait dû aller la chercher et la tirer dehors, la traînant presque. Les images de la flèche et du jet de sang qui atterrit sur son visage lui revinrent ; et elle s'approcha à grands pas, les sourcils quasiment noués d'inquiétude.

- C'est ce que je craignais, siffla Aragorn entre ses dents.

La Semi-elfe s'approcha et se pencha à son tour. Et ce qu'elle vit, lui donna la nausée, soulevant son coeur dans sa poitrine. La coupure en elle-même n'était pas bien méchante, peut-être sensiblement profonde, mais ses bords étaient gris, presque noirs. L'intérieur était un mélange de pourpre et d'un étrange éclat argenté ; comme si du plomb souillé coulait hors de la plaie. Elle plaqua une de ses mains sur sa bouche, repensant aux crasseuses flèches noires qui sifflaient dans les Mines, et elle n'eut pas besoin d'entendre les paroles d'Aragorn pour comprendre quel était le mal qui s'était emparé de la lésion ensanglantée.

- Satanés Orques, finit-il par cracher, des flèches empoisonnées.

Ce fut au tour de Legolas de jurer silencieusement, dans un soupir agacé. Dùen ferma les yeux en se redressant, soudainement habitée par la culpabilité. « C'est un Cauchemar, je vais me réveiller » eut-elle pensé, une nouvelle fois. Aragorn s'était brusquement tourné vers le reste du groupe et appela avec précipitation :

- Maître Gamgee, vous souvenez-vous de l'Athelas ?

Le Hobbit se leva, confus, le visage encore mouillé par les larmes ; il hocha cependant la tête avec hâte. Aragorn continua :

- Très bien, pouvez-vous en trouver ?

Sam hocha une nouvelle la tête et se mit à regarder tout autour de lui, avant de s'avancer à pas accélérés vers une zone de verdure, non loin d'eux. La Semi-elfe allait le rejoindre, proposer son aide — après tout, n'était-ce pas sa faute ? — mais des doigts encerclèrent son poignet et la tirèrent en arrière. C'était Legolas, cependant il ne la regardait pas, il discutait une nouvelle fois en Langue Elfique avec le Rôdeur, et Dùen observa silencieusement l'échange qu'elle ne comprenait pas. Elle fut surprise de voir Aragorn se lever vivement, et encore plus lorsqu'il saisit sa mâchoire entre ses doigts presque noirs. Il tourna sa tête dans tous les sens et ses yeux se posèrent sur sa joue, joue, qu'il observa quelques secondes avant de soupirer légèrement.

- Ce n'est pas empoisonné, indiqua-t-il à l'elfe de la Forêt noire avant de se rasseoir à ses côtés.

L'elfe lança à Dùen un regard rassuré et, quelque part, rassurant ; courbant ses lèvres dans un faible sourire qui traduit son soulagement. La Semi-elfe ne sut ni quoi en penser, ni que faire, et ne put lui adresser qu'un sourire apologétique.

- L'Athelas peut soigner ce genre de chose ? Avait-elle demandé alors qu'Aragorn recentrait son attention sur l'épaule de l'elfe.

Sa voix était rauque, presque étranglée, et elle remarqua qu'elle n'avait, en effet, pas parlé depuis leur sortie des Mines. Aragorn lui adressa un air dégoûté.

- Non, répondit-il, cela ne suffira pas.

Le coeur de Dùen manqua un battement, et ses yeux écarquillés oscillèrent entre Legolas et le Rôdeur pendant quelques secondes. Aragorn finit par désigner la forêt adjacente d'un mouvement de tête.

- Il a besoin des Soins elfiques, nous passerons par Lothlòrien.

Alors qu'il eut prononcé ces mots, le Nain, assis non loin d'eux, s'étrangla avec la fumée de sa pipe, manquant de tomber lourdement en arrière. Lorsqu'il se ressaisit enfin, il se redressa et agita son doigt en direction du Rôdeur.

- Je ne mettrai pas un pied de mon vivant dans cette forêt maléfique ! Bougonna-t-il.

Aragorn le toisa un instant, visiblement agacé ; mais ne dit rien, car Sam lui avait apporté une généreuse poignée d'Athelas. Alors qu'il se mettait à mâcher les petites feuilles, les yeux de Dùen se posèrent sur Legolas. Il n'avait pas l'air si souffrant, à première vue, car son air était calme, presque posé et comme à son habitude, il surveillait les alentours consciencieusement. Il semblait même complètement indifférent à l'agitation qui l'entourait.

Boromir prit la parole à son tour, dévoilant lui aussi sa méfiance quant à la forêt.

- Au Gondor, il est dit que la Forêt de Lòrien est maudite, Aragorn.

Aragorn plaçait l'Athelas dans la plaie et choisit d'ignorer l'Homme du Gondor ; Dùen se pinça les lèvres. Elle aussi avait entendu plein de récits quant à cette Forêt ; à Bree, les Hommes disaient qu'une puissante et dangereuse ensorceleuse y habitait. Mais pour être honnête, elle ne savait plus trop quoi en penser ; ne l'avaient-ils pas aussi appelée sorcière ?

Devant le manque de réaction de la part d'Aragorn, Boromir renchérit et demanda :

- Aragorn, contournons la Forêt et rejoignons ma Cité par l'Anduin.

Le Dunedain lui lança un énième regard exaspéré avant de déclarer :

- Gandalf m'a confié la conduite de cette Communauté...!

Tous se turent, comme affligés par le soudain rappel de la disparition du Magicien ; le coeur de Dùen s'affaissa et elle vit Aragorn plisser ses lèvres gercées, pris par l'amertume et le regret. Il finit par annoncer d'une voix plus basse :

- ... Nous passerons par la Lòrien, cet endroit nous procurera plus de sûreté que vous ne pouvez l'imaginer.

Le ton avec lequel il avait prononcé ces mots sous-entendait qu'il n'était pas possible de discuter, et lorsqu'il eut fini d'appliquer la substance verte et pâteuse sur l'épaule de Legolas, il se releva et ajouta :

- Allons-y, nous y serons avant la tombée de la nuit.

Et ils s'exécutèrent malgré les désaccords de certains. Une heure de marche s'écoula, puis deux, et le Soleil commençait déjà à rougir, teignant le ciel de rose et d'orangé. Dùen avait marché aux côtés de Frodon, qui avait été resté silencieux, tout comme elle. Il ne pleurait pas, mais elle sentait la peine le détruire, le ronger de l'intérieur. Elle-même tenta d'ignorer ces sentiments de deuil et de perte, qui malgré la carapace dans laquelle elle les avait enfermés, commençaient à se réveiller ; peut-être se rendait-elle compte, petit à petit, que tout ceci n'était pas un rêve. Que ce n'était pas un Cauchemar.

Gandalf n'était plus.

Il fallait se rendre à l'évidence, elle le savait bien. Mais son coeur ne cessait de l'imaginer en train d'apparaître de derrière un tronc, avec une exclamation triomphante dessinée sur son visage.

Mais plus le temps s'écoulait, plus la forteresse qui se devait imprenable s'écroulait. De l'autre côté du groupe, elle voyait le visage de Legolas pâlir au fur et à mesure qu'ils avançaient ; sans doute le poison devait faire son effet, et elle frémit à l'idée que la substance ferreuse devait désormais proliférer dans ses veines, contaminant son sang.

Elle croisa son regard, et fut surprise de voir qu'il lui adressa un autre faible sourire tout en hochant lentement la tête, sans doute voulait-il la rassurer ?

« Quoiqu'il arrive, ne perdez pas espoir... », Dùen eut presque envie d'émettre un son sarcastique, cela eut été bien facile à dire.

Lorsqu'ils entrèrent dans la forêt et Dùen ressenti soudain un profond malaise, ce qui n'était pas logique ; elle avait toujours été si confortable autours des arbres... Elle devina alors qu'ils devaient être surveillés, ils étaient épiés. Elle regarda tout autour d'elle, mais elle ne vit que des troncs d'arbre, à perte de vue.

Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale, jusqu'à sa nuque. A sa gauche, elle sentait Frodon frémir avec un même effroi, une même stupeur. Elle le voyait froncer les sourcils et regarder tout autour de lui. Elle croisa son regard effrayé et ce ne fut qu'une question de secondes avant qu'elle ne l'imite.

Un autre frisson.

Une voix si familière résonnait, murmurait, l'appelait.

« Dùen de Bree...»

La chair de poule atteint ses bras souillés, soulevant sa peau tachée et elle déglutit difficilement. Une voix féminine parlait, mais elle avait l'impression qu'elle était la seule à l'entendre. Devenait-elle folle au point d'entendre des voix dans sa tête ?

La chute de Gandalf, le Poison, cette Voix ; tout cela faisait partie de son rêve, elle en tait sûre. Elle allait se réveiller, elle allait se réveiller, elle en était persuadée.

« Pendant longtemps, vous avez été séparées, mais l'heure des retrouvailles approche...»

Les mots traversèrent son cerveau, comme si les murmures avaient été transportés par un vent invisible et imperceptible. Séparées ? Elle fut frappée par le fait que ce mot faisait étrangement écho à sa vision en Hollin, alors que devant elle, la Forêt fumait et devenait cendres.

Elle avait détaché ses yeux de la vasque et rencontra ceux d'une femme. Grande, la chevelure blonde, presque argentée. Elle était magnifique, mais ses yeux traduisaient un grand froid, inconfortable et impressionnant. Une voix retentit alors, en échos dans sa tête :

« Il faut les séparer. »

Les yeux de Dùen s'écarquillèrent, c'était cette même voix, cette voix, qui lui avait parlé à l'instant. Et à sa plus grande stupeur, elle continua de résonner dans sa tête.

« Vous n'étiez pas censée être ici, neuf seulement devaient partir d'Imladris... »

Dùen fit de son mieux pour camoufler son ahurissement, mais ce n'était apparemment pas suffisant car Frodon l'observait avec un mélange d'inquiétude et d'étonnement. Il semblait la questionner du regard, se demandant sans doute si elle avait ressenti la même chose que lui, quelques instants auparavant. Elle allait répondre à sa question muette, lorsque Gimli apparut à ses côtés, la hache nonchalamment installée sur son épaule, l'air méfiant et alerte.

- Restez groupés, jeunes Hobbits, il y a une Ensorceleuse dans ces Bois. Et tous ceux qui y sont entrés, ne sont jamais revenus.

Presque malgré elle, Dùen commençait à croire les dires du Nain, alors que la voix féminine répétait encore et encore « l'heure des retrouvailles approche... l'heure des retrouvailles approche... ». A ces mots, Dùen ne put s'empêcher de penser à sa mère ; cette mère sans visage ni voix, cette mère qu'elle n'avait pas connue... était-ce elle l'objet de ces retrouvailles ?

Un grincement étrange et suspicieux la fit sursauter, et inconsciemment, les tambours des profondeurs refaisaient surface dans sa tête, comme si elle sentait un danger, une ombre approcher. Elle eut la soudaine impression d'avoir les nerfs à vif, comme si les derniers remparts de son impassibilité s'effondraient eux aussi.

Gimli, lui, comme toujours, indifférent aux expressions qui l'entouraient, continuait son récit avec passion et fierté.

- Mais voilà un Nain qu'elle n'aura pas de si tôt !

Il parlait si fort que l'Ennemi, s'il était là, l'aurait entendu à sept lieues à la ronde. Après avoir vu Frodon soulever un sourcil à l'encontre du Nain, Dùen ne put retenir une grimace naissante sur son visage ; ne pouvait-il donc pas demeurer silencieux ?

Toujours immergé dans son récit, il s'exclama en agitant son doigt :

- J'ai les yeux de l'Aigle et les oreilles du Renard... et— ... Oh !

Il s'était brusquement arrêté, coupé dans ses paroles.

Sortant de nulle part, une dizaine de gardes elfes les avaient encerclés, et Dùen sursauta, cachant Frodon derrière elle, comme s'il s'agissait d'un réflexe. Ils dégainèrent rapidement arcs et flèches et les pointèrent sévèrement vers la Communauté. Leurs expressions étaient discrètes, solennelles et austère. Un silence pesant et tendu s'installa, et la main de Dùen alla lentement chercher son canif accroché à sa ceinture, espérant ne pas être vue. Son coeur battait à toute allure, et elle crut qu'il allait lâcher.

Un autre elfe atterrit légèrement devant le groupe, et la Semi-elfe comprit alors qu'ils les observaient depuis les arbres, et ce sûrement depuis qu'ils avaient pénétré la forêt. Comme la plupart des autres gardes, il était blond, grand, élancé et était vêtu d'une tunique en tissus épais et grisâtre. Il s'était déplacé avec lenteur, les mains dans le dos, à côté de Dùen et du Nain. Son air était sévère, et dans ses yeux, il y avait une pointe sarcastique ; il regarda Gimli avec un air méprisant et moqueur :

- Le Nain respire si fort, que nous aurions pu le tuer dans le noir.

Alors que Gimli se renfrognait, Dùen allait dégainer son couteau, mais le garde devant elle la stoppa d'un geste vif et abrupt, elle laissa tomber le canif sur le sol mousseux de la forêt. Trois arcs et flèches se détournèrent de la Communauté pour pointer vers elle, en guise de menace. La poigne du garde sur son avant-bras était si forte, qu'elle grimaça et se plia en avant, essayant de se défaire de son emprise. Il lui lançait un regard à la fois dédaigneux et empli de surprise ; sa bouche était courbée avec mécontentement.

- Sous quelle emprise maléfique cette enfant est-elle tombée ? Avait-il demandé d'une voix si glaciale que le sang dans les veines de Dùen se figea.

Un court moment de silence passa, durant lequel Aragorn, la mâchoire serrée, s'était approché avec lenteur. Il avait posé sa main contre son coeur et se courba légèrement :

- Haldir o Lòrien, avait-il prononcé avec fluidité.

Dùen ignorait ce que le Rôdeur venait de lui dire, mais le garde ne hocha que subtilement la tête, en guise de reconnaissance. Il semblait alors que tous deux se connaissaient, mais malgré cela, sa poigne ne se desserra pas et la Semi-elfe laissa échapper un faible gémissement de douleur.

- Haldir.

Une autre voix se fit entendre de derrière Dùen, elle reconnut Legolas. Au lieu d'imiter le geste qu'avait fait Aragorn un peu plus tôt, il plaça sa main sur le bras de Dùen, à côté de celle du garde. Ses yeux étaient redevenus sombres, et il fixait étrangement l'elfe blond en face de lui. Après un énième moment de silence, le dénommé Haldir hocha la tête et finit par lâcher le bras de la Semi-elfe. Elle se redressa automatiquement, cognant et s'appuyant ainsi contre le torse de Legolas, qui était toujours derrière elle.

Elle laissa échapper un souffle tremblant alors que les yeux d'Haldir la scannèrent un instant avant de se poser sur Frodon. Dùen sentait son bras lui piquer, et malgré elle, il était secoué par de discrets tremblements. Dans son cou, elle sentait le souffle régulier de Legolas et elle eut l'impression qu'il lui brûlait la peau.

La voix hésitante de Gimli brisa le malaise :

- Ces Bois ont l'air périlleux, Aragorn... Il faudrait faire demi-tour.

- Vous ne pouvez pas faire demi-tour, refusa Haldir avec rigidité.

Après avoir balayé la Communauté du Regard, il ajouta d'un air sombre :

- Vous êtes entrés en Lothlòrien, vous ne pouvez simplement repartir.

- Haldir o Lòrien, appela une nouvelle fois Legolas depuis derrière Dùen.

Elle ne le voyait pas, mais elle sentit l'elfe dans son dos légèrement courber la tête, en guise de salutation. Haldir l'imita presque aussitôt et prononça :

- Legolas Thranduillion, Aragorn o Dùnedain, vous êtes connus de nous.

A ces mots, les archers détendirent leurs arcs, et abaissèrent leurs flèches, comme si toute trace de menace n'avait encore disparu. Dùen regarda nerveusement tout autour d'elle, incertaine du crime qu'ils avaient commis pour mériter un tel traitement. Elle frémit alors que les yeux du garde étaient posés sur Frodon, immobile.

- Mais vous amenez le Danger et l'Ombre sur nos Terres, ajouta-t-il d'un ton froid.

Il ne faisait aucun doute là, qu'il mentionnait l'Anneau qui pendait au cou de Frodon. Encore et toujours ce maudit Anneau.

Et avant qu'ils ne puissent prendre la parole de nouveau, Haldir les stoppa d'un geste de la main, ses yeux balayaient le reste de la forêt et ses sourcils se froncèrent.

- Ne discutons pas ici, expliqua-t-il soudainement alerte, mes hommes vont vous guider vers notre Talan la plus proche. Vous y passerez la nuit, et nous vous renverrons à la frontière à l'aube, demain matin.

Aragorn allait protester de nouveau, mais le Capitaine de la garde le stoppa une nouvelle fois avant de tourner les talons et de s'enfoncer dans la forêt de plus en plus sombre.

Ils atteignirent le pied d'un large tronc sur lequel était installée une mince échelle de corde. Dùen grimaça légèrement en saisissant la corde entre ses doigts noircis. Le garde à côté d'elle dû sentir son hésitation puisqu'il lui adressa un maigre sourire accompagné de fluides paroles inintelligibles. Elle le toisa sans rien dire, les sourcils soulevés avec l'incompréhension.

- Mon frère, Rùmil, ne connait pas le Westron, expliqua la voix froide et distante de Haldir.

Il se tenait à côté du tronc, les bras croisés sur sa large poitrine, il continua :

- Il vous dit qu'il est inutile de craindre, car la corde est plus solide qu'en apparence.

Elle n'hésita plus bien longtemps, ne supportant pas le regard qu'il lui portait à cet instant ; il était sévère, mais semblait également empli de curiosité. Elle grimpa rapidement à l'échelle, fuyant cette observation si méticuleuse. Lorsqu'elle arriva enfin en haut, elle découvrit une large plateforme de bois, reliée à plusieurs autres terrasses lointaines par des ponts suspendus et de larges branches. Son émerveillement fut rapidement interrompu alors qu'elle aperçut Legolas assis contre un tronc, le visage si pâle que cela l'alerta. Il était encadré par deux gardes, dont Rùmil, qui lui avait parlé en bas de l'échelle, quelques minutes plus tôt. Elle s'avança néanmoins et s'accroupit devant lui. Son front était perlé de sueur, et Dùen put tout de suite remarquer que le rythme de sa respiration avait changé ; il s'était drastiquement accéléré, si bien que la panique l'envahit. Il n'avait pas eut l'air si souffrant quelques instants plus tôt, et pourtant, il était là, assis dans cet état.

Si tout cela était un rêve, il devenait bien trop réel à son goût.

Les deux Galadhrim échangeaient des paroles discrètes et fluides, et elle vit Legolas finalement hocher la tête avant que les deux gardes ne se lèvent pour se concerter avec Haldir et Aragorn, qui venaient d'arriver sur la Talan.

Profitant de leur absence, Dùen plaça la paume de sa main sur le front de Legolas, il parut légèrement surpris du geste, mais ne dit rien. Son front était bouillant de fièvre.

- Vous êtes brûlant, Sire, articula-t-elle avec les sourcils noués alors qu'il lui adressa un autre sourire lâche.

- C'est le poison, intervint le Rôdeur qui s'agenouilla à son tour près de l'elfe.

La Semi-elfe retira sa main, presque avec réticence, et observa l'expression du Dunedain. Elle était sombre et pleine de mécontentement. Il continua plus bas :

- Leur Guérisseur est à Caras Galadhon, la capitale de la Lòrien, avait-il énoncé sombrement.

- Ils seraient donc en mesure de l'aider, souligna Dùen.

L'expression qu'arbora alors Aragorn la fit sentir comme si elle était l'être le plus naïf de tout Arda.

- Ce n'est pas si simple, murmura-t-il, ils ne nous laisseront pas entrer Caras Galadhon sans l'accord de Dame Galadriel.

- Dame Galadriel, répéta-t-elle en interrogation.

- C'est la Maîtresse de ces Lieux, Gwînith...

Dùen l'observa un moment avant de balbutier :

- Mais, le temps que les messagers aillent et viennent...

- Dame Galadriel n'a pas besoin de messagers, Gwînith, elle sait tout ce qui transpire dans cette Forêt, expliqua Legolas avec patience malgré sa respiration accentuée.

Elle repensa à la voix qui avait murmuré dans sa tête plus tôt, était-ce donc elle, l'ensorceleuse de la Lòrien ? Après un moment de réflexion, elle se leva et s'éclipsa alors que Aragorn et Legolas échangeaient de nouveau en Langue Elfique, l'excluant volontairement ou non de la conversation.

Elle observa tout autour d'elle, Boromir et Gimli étaient restés debout, visiblement mal à l'aise parmi les elfes, et les Hobbits quant à eux, étaient assis en groupe, étrangement silencieux et nerveux. Leurs yeux tristes lui rappelèrent les douloureux évènements de la journée, et elle s'approcha du bord opposé de la terrasse et essaya de voir à travers les épaisses branches qui lui bloquaient la vue.

- Vous attendez quelqu'un ?

Dùen ne fut pas surprise de trouver Haldir derrière elle, et elle fut presque agacée de le voir l'étudier comme il le faisait plus tôt, sur la terre ferme. Des mots pourtant maladroits s'échappèrent de ses lèvres :

- Je... Gandalf...

Il continua de l'observer un moment avant de demander avec mesure :

- Vous voulez parler de Mithrandir ?

Le ton de sa voix indiquait clairement qu'il était au courant de ce qu'il s'était passé dans les Mines, plus tôt dans la journée. Elle se demanda s'il la pensait stupide, mais il ne dit rien. Mais ce fut l'expression sur son visage qui fut la plus déchirante ; ses yeux semblaient désolés, et intérieurement, elle comprit. La réalité était comme un gifle, et alors qu'il s'éloigna en silence, Dùen ferma les yeux, priant pour que les larmes qui menaçaient de couler, n'en sorte.

Elle avait beau attendre, Gandalf ne reviendrait pas.

La voix d'Aragorn la sortit de ses sombres pensées.

- Haldir, il nous faut passer à travers Lòrien, implora-t-il.

Puis il continua en Langue Elfique, qu'elle devina être du Nandorin, reconnaissant des intonations sensiblement différentes de ce qu'elle avait l'habitude d'entendre. Après quelques minutes de conversation, le Nain bondit sur ses pieds en grommelant.

- Voici donc la fameuse Courtoisie des Elfes ! Parlez dans une Langue que nous pouvons tous comprendre !

Le Capitaine de la Garde se tourna une nouvelle fois vers le Nain, méprisant.

- Nous n'avons pas eu affaire avec les Nains depuis les Jours Sombres...

- Et vous savez ce que ce Nain a à dire à ce propos ? Ishkhaqwi ai durugnul !

Dùen ne comprit pas ce que Gimli venait de prononcer, mais elle devina que ces mots ne devaient pas être emplis de douceur et de gentillesse, car les visages autour de lui s'étaient assombris. La Semi-elfe ne manqua pas l'air renfrogné et dangereux d'Haldir alors qu'Aragorn se penchait vers Gimli en sifflant avec agacement :

- Ce n'était pas très courtois...

- Vous passerez la nuit ici, tant que la Dame ne nous a pas donné d'accord, articula sèchement Haldir.

Avant de tourner les talons, il désigna les deux gardes à ses côtés d'un geste de la main. Ils arboraient la même expression solennelle et rigide.

- Mes frères, Rùmil et Orophin, ne parlent que très peu Westron, si vous avez une quelconque requête, vous pouvez venir m'en parler à tout moment.

Puis il se retira, traversant un pont suspendu pour rejoindre, accompagné de quelques uns de ses hommes, l'autre plateforme de bois. Elle ne fut pas surprise de voir Aragorn les suivre ; mais il s'arrêta à la hauteur de Dùen et lui dit :

- Veillez sur lui, demanda-t-il en indiquant Legolas du menton, je vais négocier notre passage en Lòrien.

Voyant son expression perplexe et confuse il ajouta :

- Je compte sur vous, Dùen.

Sur ces mots, il rejoignit à grands pas le groupe de gardes qui venait de traverser le pont de bois, et il disparut derrière un large tronc. De là où elle était, Dùen pouvait malgré tout l'entendre parler en Nandorin avec précaution et insistance. Elle recentra son attention sur Legolas, dont la respiration s'était visiblement calmée ; dans sa plaie se trouver une autre pâte verdâtre, et elle comprit que les gardes avaient dû exercer quelques soins basiques avant de quitter la Talan.

Il sembla comprendre sa question silencieuse puisqu'il lui expliqua :

- Cette substance ralenti la propagation du poison.

Elle ne put que hocher la tête avec lenteur, avant de s'asseoir à ses côtés, contre le large tronc. Ils restèrent ainsi silencieux pendant quelques instants et Dùen pouvait entendre le Nain marmonner d'innombrables insultes et jurons dans sa barbe. Boromir semblait tout aussi perturbé et mal à l'aise que dans la Moria, et Dùen dût admettre qu'elle aussi ne se sentait pas confortable parmi tous ces elfes, surtout après l'accueil qu'ils avaient reçu.

- Je devrais être plus à l'aise que dans la Moria, mais il semblerait que mon coeur ne puisse être apaisé.

Elle avait parlé tout bas, espérant que personne d'autre ne l'entende ; Legolas parut surpris de sa soudaine confession, mais il arbora un air attristé :

- Mithrandir ne reviendra pas, Gwînith...

Son ton était mesuré, mais ses paroles étaient comme un tremblement de terre. Elle l'observa un instant, surprise qu'il ait su, encore une fois, lire si précisément en elle. Il continua :

- Je vous l'ai déjà dit, votre visage est comme un livre ouvert.

Il courba légèrement ses lèvres en un sourire, mais il n'atteint pas ses yeux, qui étaient habités de tristesse.

- C'est le deuil qui alourdi votre coeur...

Les vives paroles du Rôdeur parvinrent jusqu'à ses oreilles, témoins d'une argumentation sans relâche, et il semblerait que Legolas les perçurent également car il compléta amèrement :

- ... et l'inquiétude.

- Croyez-vous qu'ils nous laisseront passer ?

- Je ne suis pas sûr, Gwînith, cela ne dépendra que de la volonté du Seigneur Celeborn et de Dame Galadriel.

Elle se mordilla la lèvre, repensant à la voix qui avait tant de fois répété : « l'heure des retrouvailles approche... l'heure des retrouvailles approche... ». Elle abaissa ses yeux gris fatigués vers ses genoux, mais elle releva la tête presque aussitôt, sentant qu'on lui touchait gentiment la joue. Elle étudia Legolas alors qu'il traçait lentement avec son pouce l'épaisse ligne qui abimait sa joue ; son expression était indéchiffrable et un frisson parcourut Dùen, surprise d'un tel geste. Etrangement ses yeux ne pouvaient s'empêcher d'osciller entre ses lèvres et ses yeux bleu sombre. Il arrêta net son mouvement, cessant d'observer la coupure pour plonger ses yeux dans les siens. Cela ne dura que quelques secondes, mais elle dû lutter pour maintenir son regard, trouvant tout à coup très difficile de le regarder droit dans les yeux. Si son coeur ne battait pas déjà la chamade, il se mit à tambouriner dans sa poitrine, et elle était sûre qu'il était capable de l'entendre de là où il se tenait.

Et cela recommença. Ce sentiment de confort et réconfort l'envahit, comme une vague de douce chaleur. Elle ignorait par quel enchantement cela était possible, mais elle se rappela de la nuit qu'elle avait passé dans la Mine ; le chaud lui monta aux joues, si bien qu'elle crut avoir autant de fièvre que lui.

Finalement il quitta sa joue pour rejoindre sa main, posée sur ses genoux souillés et elle n'avait pas pu s'empêcher de suivre sa main des yeux, comme soudainement obnubilée par le moindre de ses gestes.

Elle dû lutter contre la vague de fatigue et de détente qui s'empara d'elle, et secoua vivement sa tête. Il la regarda curieusement avant de quitter sa main, rompant ainsi tout contact physique. Il soupira presque.

- Il me semble que personne ne pourra bien dormir cette nuit, Gwînith.

Au loin, les voix d'Aragorn et Haldir discutaient encore, un ton plus bas, comme si elles essayaient de se faire discrètes. Elle lui adressa un sourire forcé :

- A-t-on, ne serait-ce qu'une seule fois, bien dormi depuis le début de cette Quête, Sire ?

Les mots avaient à peine quitté sa bouche, que les images de sa nuit dans les Mines refit surface. Elle ne voulait pas l'admettre, mais c'était, jusque là, la seule nuit où elle avait dormi à poings fermés... Dùen pria soudain pour qu'il ne devine pas le contenu de ses pensées, sentant une nouvelle fois une chaleur embarrassante lui monter aux joues. Il ne sembla pourtant pas relever, car il lui demanda :

- Cessez avec ceci.

Elle fronça les sourcils à son encontre, incertaine d'avoir suivi le fil de ses pensées ; il la regardait patiemment et lui dit :

- Je veux parler de mon titre, Gwînith, les amis n'utilisent pas de titre.

- Oh... réussit-elle à articuler avec hésitation.

- Appelez-moi Legolas, insista-t-il.

L'intensité de son regard la fit rougir de plus belle, mais de honte cette fois-ci, car elle réalisa avec stupeur qu'elle ne parvenait pas à formuler une phrase digne de ce nom. Il dût sentir son soudain malaise car il détourna le regard.

Un léger malaise s'installa, et seuls les grognements répétés de Gimli résonnaient sur la large Talan. Dùen se racla légèrement la gorge, hésitante quant à dévoiler une autre raison de son malaise.

- Legolas, appela-t-elle.

Il fut légèrement surpris mais ne dit rien, il vit son hésitation et attendit patiemment qu'elle prenne la parole à nouveau. Ses yeux s'étaient éclaircis, devenant bleu azur, la lumière de la lune leur donnait un étrange éclat gris, et Dùen dû faire un effort surhumain pour se re-concentrer sur l'objet de sa question.

- Les Elfes peuvent-ils parler... dans l'esprit des autres ?

Elle grimaça, comprenant que sa question ne faisait sens. Il souleva un sourcil, trahissant sa confusion.

- Je ne suis pas sûr de vous suivre, Gwînith.

Puis, il fronça les sourcils en ajoutant :

- Expliquez-moi.

Elle se redressa, et plaça ses mains contre ses temps, comme pour mieux se souvenir de ce qu'elle avait vécu. Elle émit un rire gêné, ne sachant par où commencer ; et si elle avait tout simplement rêvé ? Tout cela lui paraissait si irréel qu'elle ne pouvait penser qu'à cette possibilité.

- Quand nous sommes entrés dans cette forêt plus tôt, j'ai entendu... enfin, j'ai cru entendre...

- Dame Galadriel..., prononça Legolas pensivement.

Devant l'air interrogateur de la Semi-elfe devant lui, il continua :

- Mon Père m'a expliqué il y a bien longtemps qu'elle est en possession d'un Anneau de Pouvoir, Nenya, commença-t-il, il lui procure cette faculté. Le Seigneur Elrond possède le deuxième, qui lui permet de Voir avec précision. Le dernier... l'Anneau de feu était possédé par le Seigneur Cìrdan, qui l'a ensuite donné à Mithrandir...

Sa voix se termina presque dans un souffle, et elle comprit qu'il était tout aussi affecté par le deuil, bien que les émotions étaient si difficiles à percevoir sur son visage, d'habitude si ambigu. Un court silence s'installa, mais Legolas émit un léger rire, et Dùen fut surprise de voir un peu d'amusement dans ses yeux.

- Vous ne pouvez imaginer l'amertume de mon Père, alors qu'il apprit qu'Oropher, son père et Roi de la Forêt Noire, n'avait obtenu aucun Anneau de Pouvoir. Il en voulut énormément au Seigneur Elrond et aux autres, et ce, pendant quelques siècles... Sa rancoeur perdura ainsi jusqu'à ce qu'ils découvrirent la véritable nature des Anneaux.

Son sourire s'effaça peu à peu, laissant place à une expression plus sombre.

- Mon Père apprécie énormément les siens, et serait prêt à tout pour rétablir et maintenir la Paix et la Sécurité.

- Ce sont de nobles causes, commenta Dùen avec précaution.

Elle voyait dans ses yeux une Ombre, et dans sa voix perçut une certaine amertume. Il ne faisait aucun doute là que le Prince de la Forêt Noire n'était pas toujours d'accord avec son Père ; et les paroles qui suivirent confirmèrent cette théorie.

- Pas quand cela entraîne des injustices...

Son ressentiment était clair aux yeux de Dùen, et elle, de son côté, ne put s'empêcher de repenser à ce qu'elle avait vu. Legolas, debout et sévère dans son uniforme gris ; le Roi de la Forêt Noire, menaçant sur son Trône de bois précieux. Et ces mots qui résonnaient : « Vous êtes bannie,... vous et le fruit de cette trahison. ».

Elle ne ferma pas l'oeil de la nuit, car lorsqu'elle le faisait, elle visualisait Gandalf en train de tomber, sombrer dans l'abysse, encore et encore ; et les pensées les plus étranges et les plus sordides se mélangeaient dans sa tête, créant confusion et chaos.


Voici le Huitième Chapitre (déjà !) !

J'espère que l'Histoire vous plaît toujours... Promis, on en apprend plus sur le passé de Dùen dans le prochain Chapitre.
Petit "indice", le Chapitre s'appellera "Le Miroir" .
Haldir n'est pas très sympa... mais je pense qu'on l'aime tous un peu, tout de même !...
A bientôt, donc,

xoxo,

Netphis.