9

GLACEE

Avec le mois d'octobre arriva une épidémie de rhumes pour les élèves et les professeurs que l'infirmière combattit redoutablement avec sa potion Pepperup. Puis la pluie fit son entrée, les eaux du lac montèrent et transformèrent les massifs de fleurs en mares de boue quant aux citrouilles de Hagrid, elles avaient désormais la taille d'un abri de jardin. Mais ni l'un ni l'autre n'avait entamé l'enthousiasme d'Oliver qui, effaré du compte-rendu des jumeaux sur les compétences des Nimbus 2001, avait poussé l'équipe de Gryffondor jusqu'au bout de ses forces. De plus il ne cessait de harceler Megan pour la pousser à en apprendre davantage sur les stratégies adverses. Celle-ci avait refusé net, ne souhaitant pas se retrouver à proximité de Draco.

Celui-ci n'était pas venu la voir depuis leur altercation et la colère de Megan n'était pas retombée, bien au contraire. Si bien que lorsqu'il poussa la porte de la salle de classe vide où elle étudiait la vie de Glover Hipworth, son premier réflexe fut de lui envoyer un sort.

- J'ai encore rien fait ! s'écria-t-il en se penchant pour éviter le trait lumineux.

- Pour l'instant, marmonna Megan, surprise et furieuse contre elle-même.

Elle ne s'attendait absolument pas à ce qu'il vienne la voir après presque un mois. Dissimulant sa joie et sa surprise, elle darda sur Draco un regard froid.

- Je viens de la part de Dumbledore, annonça-t-il.

La joie de Megan retomba aussitôt. Bien sûr, il n'était même pas venu de son propre chef. Savoir que Dumbledore avait fini par se rappeler qu'ils devaient se voir ne suffisait pas à compenser l'évidente absence d'intérêt de la part de Draco.

- Qu'est-ce qu'il veut ? demanda la jeune fille en baissant les yeux vers la biographie ouverte sur sa table.

- Il veut te voir dans son bureau demain soir, à la fin des cours.

- Super. Salut.

Elle regardait le même paragraphe sans avoir la moindre idée de ce qu'il racontait depuis plusieurs secondes, et Draco ne bougeait pas. Agacée, Megan referma son livre dans un claquement sec et releva la tête vers lui.

- Qu'est-ce que tu fais encore là ? Tu as d'autres messages de professeurs ?

- Tu passes ton temps avec les Weasley. Tu es à Gryffondor. Tu es amie avec Granger et Potter ! Qu'est-ce que tu t'imaginais ?

- Que tu t'en ficherais ? Et je ne suis pas amie avec Potter !

- Je ne peux pas m'en ficher !

- A cause de Lucius ? Il n'y a pas que ce que pense ton père qui compte, tu sais ?

Le regard qu'il lui accorda en guise de réponse était lourd de sens. Rien ne comptait plus que l'avis de Lucius, la fierté de Lucius. Draco vivait en permanence dans le souci de l'avis de son père.

- Voldemort a ordonné qu'on tue mes parents, tu le savais ? lança soudain Megan sans réfléchir.

Pour la première fois, ce qui parut secouer Draco ne fut pas le nom du Seigneur des Ténèbres mais l'information communiquée.

- Pourquoi tu dis ça ? Tes parents étaient des Mangemorts.

- Tu ne le savais pas, murmura Megan. Tes parents le savaient.

- Pourquoi ?

- Ils avaient changé de camp. J'étais même pas encore née.

Draco semblait choqué, presqu'autant que Megan lorsqu'elle avait appris la nouvelle de la bouche de Dumbledore.

- Pourquoi tu me dis tout ça ? lâcha-t-il enfin.

Megan réfléchit un instant, mais la réponse était évidente.

- Parce que tu es mon meilleur ami, dit-elle avec la naïveté de son âge.

Draco grimaça en secouant la tête.

- Plus maintenant. On est plus dans le même camp, visiblement.

Ces paroles frappèrent Megan avec la force d'un Erupent. Elle lutta contre les larmes tandis que Draco quittait la pièce sans même fermer la porte. Celle-ci claqua après son passage, si fort qu'elle fit trembler les vitres de la salle de classe. Megan serra les poings mais elle ne parvint pas à empêcher le tableau noir de se décrocher du mur et de se briser en tombant.

Filch allait sûrement arriver au galop, si Peeves n'était pas plus rapide. Megan prit la bibliographie et son sac et s'empressa de filer dans la tour de Gryffondor pour s'y coucher dissimuler son visage dans son oreiller et ne pas laisser les autres se douter de son désarroi.

Megan attendit avec impatience que la journée du lendemain se termine pour pouvoir enfin emprunter l'escalier doré et rejoindre le bureau du directeur. A dix-huit heures, elle franchissait l'imposante porte de bois, toujours sans prendre la peine d'utiliser le heurtoir en forme de griffon.

Dumbledore était assis derrière son bureau, plongé dans la rédaction d'une lettre. Megan observa en silence l'écriture ronde et fine que traçait la plume de paon et commençait à s'impatienter lorsque le directeur apposa sa signature au bas du parchemin, rangea sa plume et leva les yeux vers elle. Mal à l'aise, elle attendit qu'il parle le premier.

- Je suis désolé de ne pas t'avoir contactée plus tôt, Meganna, commença-t-il.

- Vous êtes encore désolé, le coupa aussitôt Megan, amère.

- Cela m'arrive très souvent, comme tu l'as observé, admit Dumbledore en hochant lentement la tête. Mais nous ne sommes pas là pour parler de moi, ce soir.

Megan acquiesça nerveusement en regardant tout autour d'elle. Le bureau était identique à son souvenir. Le bourdonnement des objets qui y étaient rangés l'agaçait.

- Alors, qu'est-ce qu'on fait, ce soir ? demanda-t-elle pour faire avancer la conversation.

- Un tableau noir a été découvert dans une salle de classe, fendu en son milieu, lui raconta le directeur. Mr Filch est persuadé qu'il s'agit de l'œuvre de Peeves ou d'un élève mal attentionné. Pour ma part, je soupçonne qu'une jeune personne ait eu un soudain accès de colère dans cette même salle.

Megan fronça imperceptiblement les sourcils, incapable d'expliquer comment Dumbledore avait deviné ce qui s'était passé.

- Pourquoi vous avez chargé Draco de me faire passer votre message ? demanda-t-elle durement, consciente qu'il était inutile de chercher à dissimuler la vérité.

Ce fut au tour du directeur de froncer les sourcils.

- A vrai dire, c'est à Miss Bones que j'ai confié la tâche de te transmettre ce message, lui révéla-t-il. Je suppose que Mr Malfoy nous a entendu et a choisi de te le remettre lui-même.

Surprise, Megan baissa les yeux. Cela signifiait que Draco avait choisi de venir lui parler. Mais cette joie fut de courte durée : cela ne changeait rien à ce qu'il pensait désormais.

- J'ai cassé le tableau, admit-elle alors en serrant les poings. Mais je ne l'ai pas fait exprès.

- C'est bien ce qu'il me semblait. Tu n'as pas pu contrôler tes émotions.

- C'est impossible, c'est trop violent.

Elle n'osait toujours pas regarder le directeur, admettre ses faiblesses était bien trop humiliant.

- Avec la magie, peu de choses sont impossibles, énonça Dumbledore. Tes pouvoirs sont puissants, mais tu es forte, tu peux les retenir, les contrôler.

« Contrôler », voilà quelque chose que Megan aimait.

Dumbledore se leva de son bureau et le contourna pour se tenir du même côté que la jeune fille. Celle-ci esquissa un mouvement de recul mais resta sur place, soucieuse de ne pas paraître plus faible encore.

- Lorsqu'une émotion te submerge, retiens ta respiration, lui conseilla Dumbledore, et imposes-toi une barrière, retiens la magie.

- Facile à dire, marmonna la jeune fille.

- Essaye, lui demanda doucement Dumbledore.

Megan se concentra, mais il n'y avait rien contre quoi lutter, rien à arrêter, elle était seulement sur la défensive même ses sentiments envers Draco n'étaient pas suffisamment vifs en cet instant.

- Tes parents étaient des traîtres et ta famille ne veut plus de toi.

Presqu'aussitôt, la colère et la douleur envahirent Megan comme une déferlante et elle n'eut pas le temps de retenir quoi que ce soit qu'une des vitrines de la salle vola en éclats. Dumbledore ne sursauta pas, il garda le regard rivé sur la jeune fille, attentif à la réaction qu'il avait provoquée.

- Tu dois être prête à arrêter la vague, Meganna, lui dit-il calmement.

- Vous aviez pas le droit de dire ça ! s'écria-t-elle, blessée.

- C'est ce contre quoi tu dois lutter. Il n'y aura pas toujours d'alerte. Je veux que tu t'entraînes à lutter contre cette violence. Tu dois comprendre que ne pas contrôler tes pouvoirs ne peut que te nuire, Meganna. C'est toi qui dois choisir à quel moment en faire usage.

- Vous aviez dit que vous m'apprendriez de nouveaux sorts, lança-t-elle pour dévier le sujet.

- Ce soir nous en apprendrons un seulement, un charme défensif, expliqua Dumbledore. Je veux que tu travailles ce charme aussi assidûment que ta résistance.

Megan hocha la tête de mauvaise grâce. Ça ne la dérangeait pas particulièrement de laisser ses pouvoirs s'exprimer, elle aimait effrayer les autres avec ses incontrôlables capacités. Mais elle tenait à apprendre de nouveaux sorts, et bien qu'elle soit déçue de ne découvrir ce soir-là qu'un usage de défense, elle ne ferait rien pour rater ça.

- Le charme du bouclier permet de renvoyer à l'attaquant des maléfices mineurs il est donc inutile contre les sortilèges impardonnables, expliqua Dumbledore. Tu sais ce que sont les sortilèges impardonnables ?

Megan acquiesça. Imprimer sa volonté à un autre être, lui infliger les pires douleurs ou le tuer, tous trois passibles d'un emprisonnement à perpétuité à la prison des sorciers, Azkaban.

- Ce n'est pas un exercice très difficile, je pense que tu y parviendras rapidement. La formule est « Protego ». Tu dois mettre dans ce sort toute ta volonté de renvoyer le maléfice adversaire, et visualiser le résultat : un bouclier argenté mais transparent.

Encore une fois, Megan opina du chef. Elle était certaine d'y parvenir. Dumbledore sortit sa baguette et la pointa devant lui en énonçant clairement la formule. Aussitôt il y eut devant lui un écran brillant et circulaire. Lorsqu'il baissa sa baguette, le bouclier avait disparu. Pressée d'en faire autant, Megan sortit sa propre baguette et se concentra sur l'image qu'elle venait de voir.

- Protego !

Le temps d'un éclair, quelque chose d'argenté flotta devant la jeune fille puis disparut.

- C'était un très bon premier essai, commenta Dumbledore d'un ton satisfait mais pas surpris. Réessaye.

Après cinq tentatives fructueuses, le directeur commença à lancer à Megan des sorts sans danger, qu'elle parvint rapidement à repousser. Mais l'apprentissage n'était pas sans effort, et au bout d'une heure, elle avait les membres endoloris. Voyant son bras faiblir, Dumbledore choisit de mettre fin à l'exercice.

- Il est amplement l'heure de dîner, observa-t-il en consultant sa montre. Je te ferais parvenir un nouveau message pour notre prochaine entrevue. Je veux d'ici-là que tu t'entraînes comme je te l'ai demandé.

- Au revoir, monsieur.

Megan quitta le bureau en se retenant de secouer son douloureux bras droit sous le regard du directeur. Elle était dans l'ensemble satisfaite de cette séance et avait hâte d'en apprendre plus.

Ron et Hermione étaient déjà assis à table lorsqu'elle arriva dans la Grande Salle. Rejoignant la place qu'ils lui avaient réservée, elle se servit avec appétit, ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention de sa meilleure amie.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? s'étonna-t-elle.

- J'ai faim, répondit simplement Megan avant d'engouffrer une large fourchette de poulet grillé.

Après avoir rassasié cet appétit soudain tout en écoutant d'une oreille distraite les réflexions d'Hermione sur son devoir de métamorphose et celle de Ron sur la petite taille des premières années, Megan remarqua que les jumeaux étaient de nouveau assis à l'écart de leur grand ami Lee Jordan. Depuis que la jeune fille connaissait les trois garçons, elle ne les avait presque jamais vus les uns sans les autres. Notant dans son esprit de se pencher prochainement sur la question, elle entama avec Oliver une grande discussion sur les chances qu'avaient l'équipe nationale de l'Uruguay de se qualifier pour la coupe du monde. Ce débat mouvementé fut rejoint par Chad (« Ils ont le pire poursuiveur de l'histoire du Quidditch »), Angelina Johnson (« Leurs adversaires ne joueraient pas différemment s'ils étaient seuls sur le terrain »), Fred (« J'ai vu des trolls jouer bien mieux que ça ») et George (« Mais vous savez, le gardien est un très bon pâtissier malgré tout ») et ne prit fin dans la salle commune que lorsque l'équipe de Gryffondor dut partir pour leur propre entraînement.

- Dis, tu as remarqué que mes frères ne parlent plus à Lee ? demanda Ron à Megan quelques minutes après le départ des joueurs.

- Oui… C'est étonnant, et ça fait quelques jours.

- Je me demande ce qui a pu se passer, dit Ron d'un air songeur. Tu ne veux pas aller le lui demander ?

- Pourquoi je ferais ça ? C'est pas mes affaires.

- Mais tu es amie avec eux, non ? Lee t'aime bien, il te le dirait.

- Ce sont tes frères, tu n'as qu'à le leur demander, répliqua Megan, butée.

Elle n'aimait pas servir aux autres de hibou, si Oliver voulait savoir quand les Serpentard allaient s'entraîner, il n'avait qu'à le leur demander, et si Ron voulait se mêler des affaires des autres, il n'avait qu'à le faire lui-même. Megan prit sa biographie de Glover Hipworth et alla s'asseoir dans son fauteuil préféré près de la cheminée pour en terminer la lecture. Elle venait de terminer le chapitre consacré à son invention de la potion Pepperup lorsque l'équipe revint couverte de boue et trempée de pluie jusqu'aux os.

- Il faut que je vous dise quelque chose, lança Potter avant de monter se changer dans son dortoir.

Agacée d'avance, Megan referma sa biographie et alla s'asseoir à la table où Hermione lisait et où Ron avançait lentement dans ses devoirs.

- L'entraînement a eu l'air difficile, commenta Ron en observant les deux poursuiveuses de l'équipe claquer des dents en frottant leurs membres raides.

- Oliver est révolté depuis qu'on lui a parlé des Nimbus 2001, lui expliqua Megan. Ils doivent être très bon s'ils veulent battre les Serpentard. La vitesse du balai ne fait pas tout, mais elle fait beaucoup.

Potter, de retour dans la salle commune, vint s'asseoir avec eux et leur fit part de la conversation qu'il avait eu une dizaine de minutes plus tôt avec le fantôme de leur maison, Nick-Quasi-Sans-Tête.

- Le soir de Halloween, ce sera le cinq centième anniversaire de sa mort, expliqua-t-il, et il organise une fête avec d'autres fantômes. Il voudrait… qu'on y vienne.

- Un anniversaire de mort ? répéta Megan. Cool !

Cette perspective lui remontait un peu plus le moral après les récents événements.

- Il ne doit pas y avoir beaucoup de vivants qui peuvent se vanter d'avoir assisté à ce genre de fête, dit Hermione avec enthousiasme. Ça va être passionnant !

- Fêter l'anniversaire de sa mort, quelle idée ! bougonna Ron en se penchant sur ses devoirs. Je ne vois pas ce que ça a de réjouissant !

Megan se détourna de ses amis. La pluie martelait les fenêtres d'un noir d'encre. La salle commune, en revanche, était claire et chaleureuse. Le feu qui ronflait dans la cheminée répandait sa lumière dansante sur les élèves assis dans les fauteuils défoncés et occupés à lire, à bavarder ou à faire leurs devoirs. Fred et George, eux aussi de retour fraîchement lavés et changés, avaient donné à manger des pétards du Dr Flibuste à une salamandre et observaient le résultat avec attention. Cette dernière s'éleva soudain dans les airs et se mit à tournoyer autour de la pièce en crachant des étincelles dans un bruit d'explosion assourdissant. Megan se mit à rire tandis que Percy hurlait sur ses frères à s'en casser la voix.

Le jour d'Halloween, la fête de Nick-Quasi-Sans-Tête avait pour concurrente celle que l'école organisait : tous les élèves se préparaient avec enthousiasme au grand festin qui allait les réunir. La Grande Salle était décorée avec des chauves-souris vivantes, les énormes citrouilles de Hagrid avaient été évidées pour en faire des lanternes où on aurait pu s'asseoir à trois et, d'après les rumeurs, Dumbledore avait fait venir une troupe de squelettes dansants pour assurer le spectacle.

- Une promesse est une promesse, dit Hermione à Potter d'un ton autoritaire. Et tu as dit que tu irais à cette fête.

Ainsi, à sept heures du soir, au lieu de se rendre dans la Grande Salle, Megan, Ron, Hermione et Potter prirent la direction des cachots.

L'étroit passage qui menait à l'endroit où se passait la fête de Nick-Quasi-Sans-Tête était éclairé par des chandelles fines et noires dont la lueur bleuâtre leur donnait à eux aussi l'aspect de fantômes. Il faisait de plus en plus froid à mesure qu'ils avançaient. Bientôt, ils entendirent un son épouvantable, comme des centaines d'ongles crissant sur un énorme tableau noir. Megan haussa les sourcils, intriguée.

- Est-ce que c'est de la musique ? murmura Ron.

Derrière un angle du couloir, ils virent soudain Nick-Quasi-Sans-Tête qui se tenait dans l'embrasure d'une porte tendue de draperies noires.

- Mes chers amis, dit le fantôme d'un ton lugubrement accueillant, soyez les bienvenus... Je suis si content que vous soyez là.

Il ôta son chapeau à plume et les invita à entrer en s'inclinant devant eux.

Un spectacle unique s'offrit alors à leurs yeux. Des centaines de silhouettes translucides, d'une couleur gris perle, glissaient autour d'une piste de danse bondée où d'autres formes spectrales valsaient au son désagréable d'une trentaine de scies musicales jouées par des musiciens rassemblés sur une estrade tendue de noir. Au plafond, un lustre formé d'un bon millier de chandelles noires diffusait une lumière d'un bleu éclatant. Megan, Ron, Hermione et Potter virent de la buée sortir de leur bouche. C'était comme s'ils avaient pénétré dans une chambre froide.

- Allons jeter un coup d'œil, suggéra Potter.

Megan ne trouva pas l'idée mauvaise, sentant déjà ses membres s'engourdir.

- Fais attention de ne traverser personne, dit Ron d'une voix inquiète.

Ils s'avancèrent alors dans la pièce et passèrent devant un groupe de nonnes à la mine funèbre, un homme en haillons couvert de chaînes et le Moine Gras, le joyeux fantôme de Poufsouffle, en grande conversation avec un chevalier dont le front était transpercé d'une flèche. Le Baron Sanglant, le lugubre fantôme de Serpentard, couvert de taches de sang, restait seul dans un coin, ignoré par les autres spectres.

- Oh non, dit Hermione en s'immobilisant. Vite, demi-tour, je ne veux pas parler à Mimi Geignarde...

- Qui ça ? demanda Potter tandis qu'ils revenaient précipitamment sur leurs pas.

Elle hante les toilettes des filles, au deuxième étage, répondit Megan.

- Les toilettes ?

- Oui,acquiesça Hermione. Elles ont été inutilisables pendant toute l'année parce qu'elle n'arrêtait pas de piquer des crises en provoquant des inondations. Je n'y vais jamais tant que je peux l'éviter. C'est terrible d'aller aux toilettes et de l'entendre gémir sans arrêt...

- Regarde. A manger, dit Ron.

De l'autre côté du cachot, une longue table était recouverte de velours noir. Ils s'en approchèrent d'un air gourmand mais se figèrent soudain sur place avec une grimace. L'odeur qui se dégageait du buffet était parfaitement répugnante. De gros poissons pourris s'étalaient sur des plats d'argent, entre des amoncellements de gâteaux brûlés comme du charbon. Il y avait aussi un énorme hachis grouillant de vers et un morceau de fromage couvert de moisissure verdâtre. Au milieu de la table, à la place d'honneur, se dressait un gigantesque gâteau en forme de pierre tombale sur lequel était écrit en lettres noires :

Sir Nicholas de Mimsy-Porpington mort le 31 octobre 1492

Bien qu'elle regretta de ne rien pouvoir manger, Megan trouvait l'idée de cette pâtisserie très bonne, mais ce n'était pas le cas des trois autres qui contemplaient la table d'un air horrifié.

- Il vaudrait mieux qu'on ne reste pas trop près, dit Ron. J'ai mal au cœur.

Ils avaient à peine fait demi-tour qu'un petit homme jaillit de sous la table et vint flotter devant eux.

- Bonjour, Peeves, dit prudemment Potter.

A la différence des fantômes qui évoluaient autour d'eux, Peeves, l'esprit frappeur, n'avait rien de pâle ni de transparent. Il portait un chapeau pointu orange vif, un nœud papillon qui tournait sur lui-même et arborait un large sourire sur son visage sournois.

- Vous voulez grignoter quelque chose ? proposa-t-il aimablement en leur tendant un bol remplis de cacahuètes pourries.

- Non, merci, dit Hermione.

- Je vous ai entendu parler de cette pauvre Mimi, dit Peeves, les yeux brillants. Vous avez été grossière avec cette malheureuse Mimi.

Il prit une profonde inspiration et hurla :

- Mimi !

- Oh, non, Peeves, ne lui répétez surtout pas ce que j'ai dit, elle serait folle de rage, murmura précipitamment Hermione. Je ne le pensais pas, en fait, je n'ai rien contre elle... Oh, bonjour, Mimi...

Mimi Geignarde était un fantôme de jeune fille, petite et trapue avec le visage le plus maussade qu'on puisse imaginer, à demi caché sous de longs cheveux pendants et une paire de lunettes aux verres épais. Megan détestait ce fantôme qui passait son temps à gémir.

- Quoi ? dit cette dernière d'un ton sinistre.

- Comment ça va, Mimi ? demanda Hermione d'un ton faussement enjoué. Ça fait plaisir de te voir hors des toilettes.

Mimi renifla.

- Miss Buckley et Miss Granger me parlaient de toi, dit Peeves d'un air rusé à l'oreille de Mimi.

- Nous disions simplement que... que tu paraissais en pleine forme, ce soir, dit Hermione en lançant à Peeves un regard furieux.

Mimi observa Hermione d'un air soupçonneux.

- Tu te moques de moi, dit-elle avec des larmes dans ses petits yeux perçants.

- Non, non, c'est vrai. J'ai bien dit que Mimi avait l'air en pleine forme, non ? répéta Hermione en donnant un coup de coude à ses amis.

- Mais oui, confirma Megan d'un ton las.

- Oh, oui...

- C'est exactement ce qu'elle a dit...

- Ce n'est pas la peine de me mentir, sanglota Mimi qui se mit à pleurer à chaudes larmes tandis que Peeves pouffait de rire derrière elle. Tu crois que je ne sais pas ce que les gens disent de moi dans mon dos ? Le grosse Mimi ! Mimi la moche ! Mimi Geignarde, Mimi râleuse, Mimi minable !

- Tu as oublié « boutonneuse », lui souffla Peeves à l'oreille.

Mimi Geignarde fut alors secouée de sanglots et se précipita hors du cachot, poursuivie par Peeves qui la bombardait de cacahuètes pourries en criant :

- Boutonneuse ! Boutonneuse !

- Oh, là, là, dit tristement Hermione.

Nick Quasi-Sans-Tête se glissa vers eux en traversant la foule.

- Vous vous amusez bien ? demanda-t-il.

- Oh, oui, mentirent-ils en chœur.

- Belle soirée, dit Nick fièrement. Il va bientôt être l'heure de mon discours. Je vais prévenir l'orchestre.

Mais au même moment, l'orchestre s'arrêta tout seul. Tout le monde fit silence en regardant partout d'un air surexcité. Le son d'un cor de chasse venait de retentir.

- Ah, les voilà, dit Nick d'un ton amer.

Une douzaine de chevaux fantômes traversèrent soudain le mur du cachot, montés chacun par un cavalier sans tête. Les invités applaudirent à tout rompre. Nick, cependant, dardait sur eux un regard noir.

Les chevaux galopèrent jusqu'à la piste de danse, puis s'arrêtèrent au milieu en se cabrant avec élégance. En tête de la troupe, un fantôme de haute stature tenait sous le bras sa tête qui sonnait du cor. Il descendit de cheval, leva sa tête à bout de bras pour jeter un coup d'œil à la foule qui éclata de rire et s'avança ver Nick Quasi-Sans-Tête en enfonçant sa tête sur ses épaules.

- Nick ! rugit-il. Comment vas-tu ? Ta tête tient toujours ?

Il éclata d'un rire sonore et lui donna une grande tape sur l'épaule.

- Sois le bienvenu, Patrick, dit Nick d'un ton raide.

- Ma parole, mais il y a des vivants, ici ! s'exclama Sir Patrick en voyant Megan, Ron, Hermione et Potter.

Il fit semblant de sursauter et sa tête tomba à nouveau, provoquant l'hilarité générale.

- Très drôle, dit Nick d'un air sombre.

- Ne t'inquiète pas, Nick, dit la tête de Sir Patrick qui avait roulé sur le sol. Alors, toujours furieux de n'avoir pas été admis au club ? Mais aussi, regarde-toi un peu...

- Moi, dit Potter, répondant à un coup d'œil appuyé de son hôte, je trouve que Nick est très... effrayant et, heu...

Megan haussa les sourcils, surprise. Le seul fantôme de Poudlard qui pourrait être qualifié d' « effrayant » était le Baron Sanglant. Nick Quasi-Sans-Tête ne ferait pas sursauter un sorcier de trois ans. Mais peut-être que Potter était encore plus sensible qu'il ne paraissait.

- Ha ! Ha ! s'écria la tête de Sir Patrick, je parie que c'est lui qui vous a demandé de dire ça, jeune homme !

- Si vous voulez bien m'accorder quelques instants d'attention, c'est l'heure de mon discours, dit Nick d'une voix forte.

Il monta sur le podium baigné d'une lueur bleuâtre et glacée, mais il eut à peine le temps de prononcer quelques mots: Sir Patrick et ses compagnons venaient de se lancer dans une partie de hockey en utilisant leur tête en guise de balle. Nick essaya d'attirer à nouveau l'attention de ses invités, mais la tête de Sir Patrick lui passa devant le nez sous les acclamations de la foule et il renonça.

- Venez, on s'en va, dit Megan qui trouvait la fête moins intéressante.

Suivie de Ron, Hermione et Potter, elle sortit du cachot et tous les quatre remontèrent le passage éclairé par les chandelles noires.

- Peut-être qu'il restera encore du gâteau, dit Ron avec espoir en hâtant le pas vers l'escalier qui remontait au rez-de-chaussée.

Ce fut à ce moment-là que Megan l'entendit à nouveau.

- ... déchire... écorche... tue...

C'était la même voix, froide et mortelle, qu'elle avait entendue le mois dernier. Au même moment, Potter s'immobilisa et scruta la pénombre du couloir. Megan était estomaquée, Potter entendait la voix lui aussi !

- Harry, qu'est-ce que..., commença Ron.

- C'est encore cette voix. Taisez-vous...

Il avait raconté à Ron et Hermione l'avoir entendue !

- ... si affamé... depuis si longtemps...

- Ecoutez ! s'exclama Potter.

Megan tourna vers lui des yeux écarquillés et furieux mais ne dit rien, elle ne voulait pas qu'on sache qu'elle entendait cette voix à l'instar de Potter.

- ... tuer... il est temps de tuer...

La voix devenait de plus en plus faible. Elle s'éloignait, elle montait quelque part dans le château.

- Par ici ! s'écria Potter qui devait avoir pensé la même chose.

Il monta l'escalier quatre à quatre et se précipita dans le hall d'entrée. Mais le vacarme des conversations qui provenaient de la Grande Salle, où le festin d'Halloween se poursuivait, empêchait d'entendre quoi que ce soit d'autre. Potter monta alors au premier étage, suivi de Megan, Ron et Hermione.

- Harry, qu'est-ce que...

- CHUT !

Megan était elle aussi aux aguets mais ne disait rien. La voix continuait de s'éloigner en montant dans les étages.

- ... Je sens l'odeur du sang... L 'ODEUR DU SANG !

- Il va y avoir un meurtre ! s'exclama Potter d'un air angoissé.

Et il avait vraisemblablement raison. Megan prit la tête de leur petit groupe et monta les marches en courant jusqu'au deuxième étage, et côte à côte avec Potter, elle parcourut l'étage au pas de course. Potter semblait désespéré, Megan avait le cœur battant. Enfin, ils arrivèrent dans un couloir désert et soudain, Hermione poussa un cri.

- Regardez ! s'écria-t-elle.

Quelque chose brillait sur le mur, en face d'eux. Ils s'approchèrent lentement, scrutant la pénombre. Tracée en grosses lettres entre deux fenêtres, une inscription scintillait dans la lueur des torches qui éclairaient le passage :

LA CHAMBRE DES SECRETS A ÉTÉ OUVERTE. ENNEMIS DE L'HÉRITIER, PRENEZ GARDE

- Qu'est-ce que c'est que ça, là, en dessous ? dit Ron d'une voix tremblante.

Lorsqu'ils s'approchèrent un peu plus, Potter faillit tomber en glissant dans une flaque d'eau, mais Ron et Hermione le rattrapèrent de justesse. Ils se penchèrent alors sur une forme noire qui se dessinait sous le message et Potter, Ron et Hermione firent aussitôt un bond en arrière, les pieds en plein dans la flaque, tandis que Megan restait sur place.

Mrs Norris, la chatte du concierge, était pendue par la queue à une torchère. Elle était raide comme une planche, les yeux grands ouverts. Pendant quelques instants, ils restèrent figés et muets.

- On ferait mieux de ne pas rester ici, dit enfin Megan en revenant vers les trois autres.

De toute évidence, la voix avait tué la chatte de Filch.

- On devrait peut-être essayer de... suggéra maladroitement Potter.

- Crois-moi, il ne faut surtout pas qu'on nous trouve ici, le coupa Megan, vigoureusement approuvée par Ron.

Mais il était trop tard. Un grondement semblable à un lointain coup de tonnerre, leur indiqua que le festin venait de se terminer. De chaque extrémité du couloir leur parvenaient les conversations joyeuses des élèves repus et le bruit de centaines de pieds qui montaient les escaliers. Un instant plus tard, un flot d'élèves se déversait dans le couloir.

Les conversations et les bruits de pas s'évanouirent peu à peu lorsque les premiers arrivants aperçurent la chatte pendue au mur. Megan, Ron, Hermione et Potter étaient seuls au milieu du couloir dans le silence qui régnait à présent. Autour d'eux, la foule se pressait pour contempler le sinistre spectacle. D'une voix forte, quelqu'un rompit alors le silence.

- Ennemis de l'héritier, prenez garde ! Bientôt, ce sera le tour des Sang de bourbe !

C'était Draco, qui s'était faufilé jusqu'au premier rang. Ses yeux froids flamboyaient et son visage habituellement pâle s'était empourpré. Avec un grand sourire, il regarda longuement la chatte immobile, pendue au mur.