Le lendemain, je m'étais réveillée assez tard. Après m'être levée et lavé le visage, je descendis pour observer mes camarades à l'entraînement perchée du haut d'un arbre. Assis sur une chaise dans un coin, le caporal-chef, les surveillai d'un air ennuyé.

Je restai là plusieurs minutes sans bouger, puis je décidai d'aller me dégourdir un peu les jambes en allant m'entraîner de mon côté, dans ma forêt habituelle. Après deux heures intenses à utiliser la manœuvre tridimensionnelle, je décidai de m'arrêter pour aller prendre une bonne douche. Je descendis ensuite pour déjeuner, même si je n'avais pas très faim, comme d'habitude. Je ne finis d'ailleurs pas mon assiette et c'était avec des étoiles aux yeux qu'une de mes camarades de promotion, Sasha, prit mon assiette lorsque je lui proposai de finir mon repas. L'estomac de cette fille était un trou sans fond…

Je retournai à mon arbre pour m'allonger un peu, le temps de digérer le peu de nourriture que j'avais avalé. Mais au bout de dix minutes à peine, je redescendis de mon perchoir. Cette journée était vraiment ennuyeuse, je me sentais seule, alors je décidai d'aller rendre une petite visite à Armin qui était toujours en convalescence.

Je toquai à la porte de sa chambre et l'ouvrit lorsqu'il m'autorisa à entrer. Quand il me vit, il sembla légèrement surpris. Je fermai la porte, lui sourit et allai m'asseoir sur son lit, à côté de lui puis engageai la discussion. Il semblait aller mieux, ce qui me soulagea. J'appris qu'il avait droit à une semaine de repos, ensuite il devra reprendre l'entraînement. J'étais restée une ou deux heures avec lui, sans même remarquer le temps qui était passé, puis je voulu m'en aller pour le laisser se reposer un peu. Avant de me lever, il m'arrêta.

- Au fait… je t'ai toujours pas remercié de m'avoir sauvé, sans toi, le titan m'aurait surement tué… dit-il avec une mine un faible sourire trop attendrissant.

Il me regardait avec ses grands yeux tout triste… je ne pu lui résister.

- Oh ! T'es vraiment adorable mon p'tit Armin ! m'exclamai-je en le prenant dans mes bras.

Il lâcha un petit rire et moi aussi. Contrairement à Loki, il était petit, fragile, sa voix était douce et son visage enfantin. Mon défunt petit frère lui, grand et fort, il m'avait toujours protégé face aux autres lorsque nous vivions dans les bas-fonds de la capital. C'était lui qui gérait l'argent, qui résolvait tous nos problèmes avec le chef de notre ancien groupe de bandits, qui s'occupait de moi quand je tombais malade… il jouait plutôt le rôle du grand frère, en réalité.

C'est pour ça qu'Armin avait su se faire apprécier par moi. Il ne remplacerait jamais Loki puisqu'ils étaient si différents. J'avais envie de le choyer comme si j'étais la grande sœur que je n'ai jamais pu être. Savoir que quelqu'un comptait sur moi, qu'il avait besoin de moi, ça me faisait sentir bien. Et puis… qui pouvait résister à la petite frimousse d'Armin ?

Deux semaines plus tard, un lundi matin, Livaï vint me voir pour m'informer qu'Erwin nous demandait tous les deux dans son bureau. Il voulait sans doute nous informer de la nouvelle stratégie. Sur la route, un homme habillé assez bizarrement nous arrêta. Ses sourcils froncés et ses yeux écarquillés lui donnaient un air de vieux fou, et pour ne rien arranger, il se mit à lever les bras en l'air et à crier que mon prénom faisait honte au mur sacré de Sina, qu'un mortel ne devrait pas avoir le droit de porter le nom d'une divinité. Je vois… c'était un de ces tarés qui faisait partie du culte des murs, c'était ceux qui vénéraient les murs comme des Dieux, c'était ridicule, je ne sais pas pourquoi on prenait encore ce genre de personne au sérieux.

Livaï posa sa main derrière mon dos et me dit discrètement de ne pas faire attention à lui, puis nous nous remîmes à marcher en l'ignorant. Mais cet imbécile nous suivait toujours en hurlant et en répétant que je ne méritais pas mon nom. Il commençait vraiment à m'énerver…

Je m'arrêtai soudainement, et en ignorant royalement le taré, je tournai mon visage vers mon capitaine.

- Livaï, si je le tue, il m'arrivera quoi ?

- Tu seras envoyée en prison, répondit-il simplement. Ca serait embêtant.

- Ce n'est pas de la légitime défense ? tentai-je.

- Étant donné qu'il n'est pas armé et qu'il n'a pas tenté de te tuer, non.

- Je peux le tabasser un peu alors ?

- Tu aurais énormément de problèmes avec le gouvernement.

- Qu'est ce que je peux faire alors ?!

- Avancer et l'ignorer, rétorqua-t-il en me prenant le poignet pour me tirer.

Les sourcils froncés et les yeux lançant des regards plus que froid au religieux, j'obéis, mais ce dernier nous suivit de nouveau, toujours avec ses grandes paroles dramatiques et ses bras levés ridiculement au ciel. Cette fois-ci, c'en était trop, je m'arrêtai d'un seul coup et me tournai vers Livaï.

- Et le menacer, je peux le menacer au moins ?!

- Mh, il pourrait te poursuivre en justice.

- Je prends le risque.

Je me tournai vers le vieil homme et marchai dangereusement vers lui en dégainant l'un de mes deux sabres. Plus j'avançais, plus il reculait, jusqu'à ce qu'il rencontre un mur derrière lui. Pétrifié de peur, aucun son n'osait plus sortir de sa bouche. Je levai mon épée et la plantai sur le mur, à un centimètre de sa tête, le faisant sursauter.

- Écoute moi bien, vieux débris, j'en ai strictement rien à faire de porter le même nom qu'un mur, et d'ailleurs c'est pas moi qui l'ai choisi, donc si tu veux te plaindre, c'est chez mes parents qu'il faut aller. Je suis sûr qu'ils se feront un plaisir de t'accueillir dans leur tombe. Je peux même t'emmener les voir dans l'autre monde tout de suite.

Après quelques secondes de silence, où le vieillard semblait paralysé par la peur, je retirai mon arme et la rangeai avant de retourner aux côtés de Livaï. Ce dernier souriait imperceptiblement.

- C'est ça, moquez-vous… maugréai-je.

Il lâcha un petit souffle amusé en souriant d'avantage, et posa son bras autour de ma nuque pour m'inciter à avancer en même temps que lui. Son geste ne me parut même pas déplacé. Depuis quand étions-nous devenus si naturellement proche ? Je ne pus m'empêcher de sourire moi aussi, le sien était tellement rare qu'il en devenait contagieux.

Arrivé devant la porte du bureau d'Erwin, je toquai, puis l'ouvrit après en avoir eu l'autorisation. Le blond nous salua et je m'assis sur le fauteuil le plus proche. Il y avait déjà Hanji et Mike, visiblement, on n'attendait plus que le caporal-chef et moi. On allait vraiment finir par me prendre pour une vétérane, malgré mon jeune âge et mon intégration récente à l'armée, à force de traîner avec les plus hauts gradés. Mais étant donné que toutes les stratégies se basaient sur mon travail d'équipe avec Livaï, il était nécessaire que je participe à ce genre de réunions importantes. Le blond nous expliqua que la prochaine expédition aura le même but que la première, à savoir exterminer les titans encore coincés entre le mur Maria et Rose.

- Cette fois, nous essaierons de tous les tuer, déclara le major.

- Eren aura le droit d'utiliser sa force de titan comme la dernière fois ? demanda Livaï.

- Qu'en cas d'extrême urgence, si sa propre vie est en danger.

- Je vois… souffla le brun en s'asseyant à mes côtés.

Il posa son bras sur le dossier du fauteuil, juste derrière moi, sans me toucher, alors que je restai de marbre même si notre proximité me perturbait.

- La stratégie est la même, sauf que Livaï et Sina seront les renforts. Ils ne resteront pas au même endroit, ils bougeront chez chaque escouade pour voir s'il y a un nombre de titan trop grand et aider celle qui en ont le plus besoin, pour bien faire profiter votre efficacité.

- Mais Erwin, on ne va pas p… commençai-je.

Puis je m'arrêtais d'un seul coup et sursautai imperceptiblement. Je ne bougeai plus d'un cil, et pour cause, je sentis la main de Livaï jouer avec une de mes mèches de cheveux. Vu que les trois autres étaient en face de nous, et que mes cheveux m'arrivaient au milieu du dos, ils ne pouvaient rien voir, mais cela me déstabilisa quand même.

- Euh, on… on ne va pas perdre trop de temps à bouger partout ? finis-je en essayant de paraître normal.

- Effectivement. C'est pour ça que cette fois, chaque escouade aura un fumigène de couleur différente. Ils les utiliseront s'ils sont vraiment débordés et qu'ils ont besoin de renfort, et vous n'aurez qu'à apprendre par cœur quel fumigène correspond à quel groupe pour savoir où vous devez aller.

- Ah, oui, ça m'a l'air d'être une bonne idée…

J'étais mal à l'aise. Alors que nous continuions de parler stratégie, le brun fit enrouler deux de mes mèches blondes et ondulées autour de son indexe, et remonta jusqu'à ce que ses doigts frôlent doucement ma nuque, puis il se mit à me faire de légères papouilles à cet endroit, ce qui me fit frissonner discrètement et me détendit. Dieu sait à quel point j'aimais ça, et je m'en sentais presque... coupable. s

Mais à quoi jouait le caporal-chef ?

De nouveau devant les portes, nous nous apprêtions à sortir en dehors des murs. C'est avec assurance que j'ordonnai à mon cheval de démarrer lorsque les portes du mur Rose s'ouvrirent.

Nous arrivâmes au mur Maria après neuf heures. Neuf longues heures durant lesquelles, miraculeusement, aucun ne mourut. Vu qu'il n'y avait aucun déviant, nous étions beaucoup plus en sécurité que d'habitude. Après être monté sur le mur, nous nous séparâmes, chaque escouade occupa son coin.

Au bout d'une dizaine de minute, le premier fumigène fut lancé depuis l'équipe au Sud.

Nous démarrâmes immédiatement jusqu'à là-bas, et en arrivant, je m'arrêtai, choquée. Visiblement, l'équipe était bel et bien débordée, les titans étaient à peu près vingtdans cette zone. C'était… trop ! Même avec Livaï, je doutais que ça soit possible. Comment tuer un titan tout en faisant attention à ce que les autres ne nous attrape pas ? Je commençai vraiment à appréhender.

- Sina.

Il y avait tellement de cadavres ensanglantés par terre. Et encore, ce n'était que le peu de personnes qui n'avaient pas été dévorés. Le pire de tout, c'était ceux qui se faisaient tuer en ce moment même, devant mes yeux. C'était horrible, toute la confiance que j'avais s'était envolée d'un seul coup. Je n'arrivais même plus à bouger un cil.

- Sina !

- Hein. Oui ? répondis-je en venant de remarquant que le brun m'interpelait.

Il m'observa un moment, comme s'il m'analysait.

- On va se poser sur cet arbre, dit-il en indiquant le végétal.

- Hm, acquiesçai-je.

Nous y arrivâmes sans encombre, et je continuai de regarder les titans avec effroi.

- Oï, me héla-t-il. Depuis quand ils t'effraient ?

- Je… je ne sais pas. Ils sont… nombreux. Je n'y arriverai pas Livaï ! m'écriai-je en fronçant les sourcils de désespoir.

- Bien sûr que si.

- Non ! Cette fois, j'ai… j'ai vraiment peur ! Je n'y arriverai pas ! avouai-je en fermant les yeux pour retenir les larmes qui menaçaient de sortir.

- Si, tu y arriveras, répéta-t-il en posant sa main sur mon épaule.

J'ouvris les yeux, un peu surprise par son geste et le regardai. Il avait l'air tellement sûr de ce qu'il venait de dire…

- N'oublie pas pour qui tu te bats, la mégalo. Fais-le pour ton frère.

Je restai figée, presque choquée par ses paroles, puis après qu'il ait enlevé sa main, je fourrai ma main dans ma poche et y ressorti le cavalier d'échiquier qu'Erwin m'avait donné l'autre jour. Je souris. « Avec ta vitesse, les titans n'ont même pas le temps de cligner des yeux qu'ils retrouvent la tête séparée de leur corps », avait-il dit. Subtile et habile, je ne devais jamais l'oublier. Ce petit objet me redonna toute la confiance dont j'avais besoin et je regardai Livaï d'un air déterminé.

- Allons-y, conclu-je.

Oui, j'allais écraser, défigurer, déchiqueter ces foutues titans. Pour toi, Loki, mon défunt petit frère. Je sortis dangereusement mes deux sabres et les sourcils plus que froncés, je sentis une aura meurtrière émaner de moi.

- Toi tu les tues, je surveille tes arrières, déclara le brun.

Il lisait dans mes pensées, c'était exactement ce dont j'avais besoin. Je voulais les éliminer, leur ôter leur putain de vie, et lui il me l'accordait en me protégeant en plus. Décidément, il avait tout compris. J'hochai la tête et me lançai, à présent sans une once de peur, sur le premier titan. D'un seul coup, je lui arrachai le fameux bout de chair de sa nuque et l'entaille fut beaucoup plus profonde que d'habitude, ce qui témoignait de ma rage en ce moment. Cependant, les lames ne le supportèrent pas et des fissures apparurent. Je dus laisser tomber celles-ci pour en prendre de nouvelles. Sans pour autant oublier ma colère, ma haine envers ces titans pour avoir pris la vie de la personne que j'aimais le plus au monde, je continuais, de les tuer tout en essayant de me calmer pour ne pas user de nouveau mes sabres.

Deux, puis cinq, dix, quatorze. Quatorze avaient à présent rendu l'âme grâce à moi et à Livaï. Et ça faisait tellement de bien… la vengeance, quel est l'idiot qui a dit qu'elle ne menait à rien ? Pour moi, me venger était le meilleur sentiment de l'univers. C'est comme pouvoir expirer après avoir inspiré et retenu son souffle pendant plusieurs minutes. Je me défoulais, c'était incroyable. Et le capitaine s'arrangeait pour me couvrir et attirer l'attention des titans pour que je puisse aisément les tuer. Il avait ce don de pouvoir les dominer tellement facilement…

Tout le monde nous applaudissait, nous regardaient ahuris. Quatorze titans. C'était incroyable, même moi je n'en revenais pas. Je crois bien que jamais dans toute l'Histoire, quelqu'un avait tué autant de titans en une seule fois. Mais c'était dû à notre travail d'équipe parfait, à notre talent commun, à ma rage et à sa capacité à manipuler les titans comme s'il pouvait leur donner des ordres et qu'ils étaient contraints d'obéir tout en me protégeant de tout danger, à notre habilité et notre vitesse.

Je me posai sur le mur Maria et mes jambes tremblèrent avant qu'elles ne lâchent et que je me laisse tomber à genoux. J'avais été tellement à fond que je n'avais pas remarqué à quel point j'étais fatiguée. Haletante, dégoulinante de sueur, je faillis m'évanouir. Mais Livaï, qui apparut de nulle part, me rattrapa pour me relever.

- Tu devrais te reposer un peu.

Mais je n'avais pas fini, ma colère subsistait toujours, j'avais encore envie de les tuer, de les voir mourir en criant avec leur affreuse voix. Ils devaient payer.

- Non, ça va. Je veux continuer.

Il hocha la tête après quelques secondes à me dévisager. Il essayait de m'analyser ou quoi ? Je n'aimais pas ça…

Au moment même où je voulus me remettre à combattre, je m'arrêtai instantanément. Je remarquai pour la première fois tous ceux qui m'entouraient. En réalité, je n'avais même pas regardé les autres, oubliant tout et tout le monde pour uniquement me concentrer sur ces monstres. Et à mon grand malheur, il y avait non seulement Erwin, mais aussi Armin ici. J'aurais voulu ne jamais les remarquer, pour pouvoir continuer le combat sans me soucier d'eux, mais maintenant il était trop tard, j'allais m'inquiéter pour eux et leur lancer des regards à chaque fois pour vérifier s'ils n'étaient pas en danger, et je craignais fortement de baisser ma garde et de me faire attraper par un titan à ces moments-là. Qu'importe, je devais tout faire pour les oublier, me concentrer uniquement sur ces choses dévastatrices et dévoreuses d'homme.

Je fis signe au caporal que le combat reprenait et après m'être reconcentré, je m'élançais vers un titan pour lui trancher non seulement la nuque, mais aussi la gorge. En bref, sa tête s'était retrouvée séparée du corps. J'avais encore abusé, et cette fois, ce ne fut pas que des fissures sur les lames de mes épées, mais carrément des cassures. Encore à jeter. Je repris une deuxième fois de nouvelles lames, en pensant que je devais vraiment faire attention étant donné que c'était les dernières. Un attroupement de titans se trouvait à ma gauche et je fonçai vers eux pour les abattre à leur tour alors que Livaï se débrouillait pour qu'ils soient tous alignés dans mon chemin, me facilitant la tâche.

Mais plus j'avançai, plus je sentais mon cœur se serrer, et la douleur dans ma poitrine devenait tellement intense que je dus m'arrêter à une branche d'arbre en essayant de reprendre mon souffle. Je n'en pouvais plus, j'avais énormément de mal à respirer, impossible de bouger ne serait-ce que d'un pas. Le capitaine arriva et me regarda sans rien dire. Je devais être horrible à cet instant. Les cheveux en batail, le visage rouge et ma peau transpirante. Je ne voulais pas qu'il me voie dans cet état, hideuse.

- Sina, repose toi, je vais combattre seul un moment, déclara-t-il.

Cette fois, ce n'était pas juste une suggestion, mais un ordre.

- Juste… deux minutes… après je continue, haletai-je.

Et moi ce n'était pas juste une information mais une demande. Je m'assis correctement sur la branche en calant mon dos contre le tronc et le regardai pour attendre sa réponse. Allait-il m'accorder cette permission ? Il me fixa un instant avant de s'en aller sans rien dire. Je pris ça pour un oui.

Je le regardais alors se battre pendant que je me reposais. Il était… trop fort. Ca défiait l'imagination. Il lança ses lames dans les yeux d'un titan et alors que ce dernier cria de douleur, Livaï se posa tranquillement sur sa tête, et prit d'autres sabres pour lui couper, dans la plus grande sérénité, sa nuque. Quand le monstre tomba, le brun sauta pour se poser au sol après avoir fait une roulade dans l'air habilement. Quel talent… Ensuite, rapidement, il tua trois titans d'un seul coup, sans même que j'aie le temps de le voir.

Me sentant un peu mieux, je me relevai, et pendant que le caporal-chef était occupé avec les ennemis à gauche, je m'occupai de ceux de droite. Comme lui, mais néanmoins moins agilement, je coupai la nuque de trois titans en une fois, mais alors que j'allais me diriger vers un quatrième, ma cadence ralentit, malgré moi. Que se passait-il ?! Je me retournai et remarquai avec effroi qu'il n'y avait plus de réserve de gaz, et d'un seul coup, je me sentis tomber lourdement. Par reflexe, j'accrochai mon harnais à un arbre et atterrit au sol. Cependant, je me mis à paniquer. Sans gaz, l'équipement était quasi-inutile, et sans équipement, moi, je n'étais rien…

Dans la merde. J'étais dans la merde. Je tournai la tête et vit que Livaï ne se trouvait pas loin, et je criai son nom en courant vers lui le plus rapidement possible. Si rapidement que je faillis m'étaler au sol plus d'une fois, mais qu'importe, il fallait que je me réfugie à l'abri, près de lui. Lui il saurait me protéger.

Arrivée à sa hauteur, je lui sautai presque dessus sous son regard, semble-t-il, surpris, et m'accrochai à sa chemise en lui expliquant que je n'avais plus de gaz. Lorsqu'il comprit, il fronça les sourcils, me prit immédiatement par la taille, et passa en manœuvre tridimensionnelle pour atterrir sur une branche d'arbre où il me déposa.

- Tu vas échanger ton équipement avec quelqu'un d'autre. Reste ici le temps que je me débarrasse de ces titans, ils se sont tous regroupés ici et c'est une zone trop dangereuse.

Il n'attendit pas ma réponse et s'en alla, alors que moi je restai debout, à observer ce qu'il se passait autour de moi. Quelques cadavres par terre, très peu puisque la plupart des humains morts avaient été dévorés, des blessés sur le mur Maria, j'allais d'ailleurs sans aucun doute prendre l'équipement de l'un d'eux. Mes yeux cherchèrent automatiquement Erwin, et lorsqu'ils le trouvèrent je fus soulagée, il était sur le mur, bien à l'abri, à donner des ordres stratégiques. Ce fut ensuite Armin que je cherchai du regard, et je le vis juste en dessous de l'arbre où j'étais perchée, devant un titan de taille normale. Derrière lui, un autre titan plus grand. Le petit blond était paralysé. Seul et sans véritable expérience, il n'osait pas bouger et un air effrayé ainsi que troublé se dessinait sur son visage. Le pauvre… je devais faire quelque chose ! Il était hors de question que je le laisse mourir comme ça. Si les autres soldats épouvantés rien qu'à la simple vue des titans avaient le don de m'agacer, pour Armin, c'était une tout autre histoire. Non, lui je l'aimais bien. Égoïste comme j'étais, ça changeait tout !

Sans me poser plus de question, je m'apprêtai à descendre. Cependant, sans gaz, je n'irai pas très haut, et je n'aurais presque aucun contrôle, alors une solution me vint à l'esprit.

- Armin ! criai-je pour qu'il m'entende.

Ses grands yeux bleus croisèrent les miens.

- Mets tes mains sur ta tête !

Sans qu'il ne comprenne ma demande, il s'exécuta, et après avoir visé mon crochet dans un arbre en face, je sautai de l'arbre avec la sensation de me laisser tomber dans le vide. Au moment de remonter, je lâchai le harnais et comme prévu, j'arrivai à quelques centimètres au-dessus d'Armin, et je posai mon pied sur ses mains couvrants sa tête pour sauter très haut et ainsi arriver au niveau du titan. J'accrochai de nouveau mon harnais à sa nuque et je pus facilement la découper.

Parfais ! Le deuxième titan devait être assez loin derrière, Armin et moi avions donc largement le temps de nous enfuir. Cependant, il y eut un imprévu. Mes calculs s'avéraient pour la première fois de ma vie… complètement faux. Le deuxième titan était en réalité beaucoup plus proche que je ne l'aurais cru. Beaucoup trop proche, même. Il avait été tellement plus rapide que prévu ! Toujours dans l'air après avoir tué le premier titan, le second couru vers moi, et alors que je croyais qu'il allait m'attraper, il se contenta me frapper du revers de sa main. Sous le coup du choque et de la douleur, je lâchai mes épées et je fus envoyée contre le sol. Mais je fis exprès d'atterrir sur mon équipement pour m'éviter de me blesser gravement. Mon équipement tridimensionnel tant chéri était à jeter, et je me retrouvai complètement sans défense à présent.

Heureusement, Livaï me rejoignis immédiatement et je soupirai de soulagement. Avec lui je ne craignais rien, sinon de me faire encore disputer.

- Qu'est ce qu'il t'a pris de bouger ? me hurla-t-il le regard glacial.

Tiens ! Qu'est ce que je disais. Je fronçai les sourcils et détournai les yeux, boudeuse. Non, je ne me sentirais pas coupable. Et si c'était à refaire, j'agirai exactement pareil. Comme si j'allais laisser le petit blond se faire dévirer sans réagir !

- C'est Armin ! protestai-je.

- Ce merdeux n'est pas ton gosse que je sache ! Alors arrête de le couver et peut-être qu'un jour il arrêtera de se pisser dessus à chaque fois qu'un titan débarque !

Je lui lançai le regard le plus noir dont j'étais capable. Il n'avait pas à parler de mon ami comme ça !

- Je m'en fou… lâchai-je d'une voix capricieuse.

Ma remarque dut l'énerver, cependant, il me prit tout de même par le poignet pour m'aider à me relever. Prévenant, même quand je le poussais à bout.

Mais alors que je me dépoussiérais le pantalon, mon regard dévia vers la silhouette d'Armin. C'était quoi ce bordel ?! Un autre titan était arrivé près de lui et tendait sa main pour l'attraper. Non, non, non ! Je le pointais du doigt et criai à Livaï d'aller l'aider. Mais ce dernier fit un pas avant de s'arrêter.

- Vite ! Il va se faire attraper ! hurlai-je morte de peur pour le blond.

- Tu n'as pas d'équipement sur toi ! Et si…

- Je vais aller reprendre mes épées, le coupai-je. Je vous en prie, allez sauver Armin ! le suppliai-je les larmes aux yeux.

Le titan avait à présent empoigné mon ami et le dirigeait dangereusement vers sa bouche. Le caporal semblait toujours hésiter, ses yeux faisant des vas et vient entre Armin et moi. Il n'y avait plus une seconde à perdre, paniquée, je poussai Livaï pour le forcer à aller sauver le soldat, et il s'y résigna finalement en grognant, crispé.

Soulagée, je ne me laissai cependant pas distraire, et cherchai mes sabres du regard. Je ne pus m'empêcher de sourire en voyant qu'ils étaient plantés au sol, à quelques mètres de moi à peine. Le titan le plus proche était celui qui m'avait frappé, et il était de dos, déjà bien trop occupé à se diriger vers d'autres hommes. Je couru et au moment où j'avais voulu reprendre mes armes, je sentis la terre trembler et je tombai sur les fesses. Que se passait-il ? Je levai la tête et vis avec effroi le titan. Celui qui était censé être attiré vers l'attroupement d'homme devant lui, et non moi. Il n'aurait pas dû changer de trajectoire. Quelque chose n'allait pas, il était différent. Et je compris finalement ce qui clochait, au moment où il me porta par le bras comme si jétais aussi légère qu'une plume.

- Un déviant… soufflai-je doucement.

Et ce fut la dernière chose que je dis avant qu'il ne m'avale comme une miette de pain.