Hello hello. JOYEUX NOËL !
Comme à chaque fois, je remercie les personnes m'ayant envoyé des reviews. C'est grâce à vous que j'ai le courage de continuer à écrire. Merciiii de votre soutien.
Ensuite, j'arrête les sondages. Sur plus de 250 lecteurs, uniquement 8 personnes ont joué le jeu. Au lieu de m'aider à écrire, cela me déprime et me pousse à abandonner l'écriture à nouveau. Vous n'êtes pas drôle, les gens !
Pour finir, je tiens à préciser que je n'écris pas ce chapitre de gaité de cœur. Celui-ci aborde un sujet qui fâche : la religion. Poster un chapitre ou je critique la religion chrétienne le jour de Noël : Check. Chacun ses croyances et je ne veux froisser personne avec ce chapitre. Malheureusement, le château de Pierrefonds possède une chapelle. Je me dois donc, dans un souci de réalisme, d'incorporer cela à l'histoire. Rassurez-vous, cela sera minime et ne concernera que ce chapitre ou presque. Je situe cette histoire à la naissance de la religion chrétienne et à la fin de l'Ancienne religion païenne en Grande Bretagne. Cela est totalement invraisemblable mais pour le bien de l'histoire, ce sera ainsi. Pour les personnes que cela gêne, elles peuvent sauter le passage jusqu'à la première ligne de séparation.
Suite en 2012 mais je rentre en blocus donc ….
VOCABULAIRE : source wikipedia
Prie-Dieu : Sorte de chaise basse, sur laquelle on s'agenouille pour prier Dieu.
Péchés de luxure: la fornication simple (relation sexuelle entre deux personnes de sexes opposées, consentantes et libres de tous lien de mariage, vœux religieux, ou promesse de célibat), le stupre (défloration d'une vierge consentante), le rapt (enlèvement d'une personne non-consentante pour des fins d'ordre sexuel), le sacrilège (situation où, soit des choses, soit des lieux sacrés, soient des personnes consacrées sont violentées pour des raisons d'ordre sexuel), l'adultère (relation sexuelle d'un homme célibataire avec une femme mariée - adultère premier - d'une femme célibataire avec un homme marié - adultère second - d'un homme marié avec une femme mariée - adultère tierce), la bestialité (actes de zoophilie, relation sexuelle d'un être humain et d'un animal, considérée comme le pire des péchés de luxure), la pollution ou mollesse (masturbation, c'est-à-dire l'émission de sperme hors le cadre d'une relation sexuelle avec une autre personne).
Lien vidéo sympa : http : / / www . youtube . com / watch ? v = 6MxkOKlfTvU & feature = player _ embedded # !
OMG je suis tombé sur deux perles. Cathy a l'air emballé par l'idée d'un slash Merlin/Arthur et Bradley a le mot de la fin avec Colin à ses côtés.
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Next…
Une semaine vient de s'écouler sans que je ne puisse le revoir. Tous les matins, je me réveille de bonne heure, l'espoir accrocher à mes entrailles et des interrogations plein la tête. Vais-je le voir aujourd'hui ? Comment se porte-t-il ? M'a-t-il réellement pardonné ? Allons-nous reprendre notre relation comme si rien ne s'était passé ? Ces questions me hantent jours et nuits au point que j'en perds petit à petit l'appétit. Autour de moi, la vie semble continuer son bonhomme de chemin. Tout le château vaque à ses occupations, ignorant le trouble qui me ronge de l'intérieur. Et cela me convient parfaitement. Outre les perturbations de mon esprit, je suis fière de mon comportement indifférent envers Merlin. Je ne pensais pas qu'aller à l'encontre de ses propres désirs pouvaient être si éreintant. Je pourrais lui rendre visite. Là, maintenant. Pourtant, je n'en fais rien. C'est une lutte de chaque instant contre moi-même que je suis fière de gagner. Cela prouve que je suis capable de détachement envers lui, chose que je n'aurais pas cru capable de ma part. Bien sûr, j'ai mes moments de faiblesse comme tout à chacun. Il m'arrive de roder dans les couloirs, de me rapprocher de l'office. Pourtant, jamais je n'entre. Dans ces moments-là, je reprends ma route le cœur gonflé de fierté. Je ne me pensais pas aussi fort mentalement. Régulièrement, Gaius m'informe du rétablissement de mon serviteur. A vrai dire, je n'en ai jamais douté. Merlin est une telle tête de mule que je le crois capable de revenir d'entre les morts juste pour me faire la morale. J'en plaisante mais ce n'était pas le cas au début de la semaine quand je l'ai vu pour la dernière fois. Cette vision de désolation qu'était Merlin vient s'ajouter à la liste de mes cauchemars récurrents. Tous sont là pour me rappeler mes fautes passées. Tous me touchent. Un seul me brise le cœur, encore et encore. Je ne lui avouerai jamais mais j'admire le courage et la loyauté dont il fait preuve. Peu parmi les chevaliers de Camelot ont cette droiture et cette force de caractère que je lui envie. Ce genre de force qui permet d'affronter tous les obstacles qui se présente sur notre route. Je ne pense pas que si les rôles avaient été inversés, j'aurais agi comme lui. A sa place, il y a belle lurette que j'aurais abandonné ce prince capricieux aux aléas de la vie. En y réfléchissant, c'est ce que j'ai fait. Bien évidemment, ce n'est pas le prince que j'ai abandonné mais Merlin. Je l'ai laissé dans l'ignorance malgré ses récriminations. J'essaie de ne pas y penser. Lorsque je cède, je me pose irrémédiablement la question qui me torture : Pourquoi reste-t-il à mes côtés ? Il y a mille raisons et il n'y en a aucune. Aucune de valable au point de sacrifier autant pour moi. Je ne le mérite définitivement pas. Ressent-il la même chose que moi à son encontre ? Non ! Je suis fou si je m'imagine une seconde cette réciprocité. Dans ce cas, je dois être complètement dément parce que je ne peux empêcher mon cœur de continuer d'espérer. Peut-être que pour le moment, ce n'est pas le cas. Peut-être qu'un jour, il m'aim… STOP ! Cela doit cesser. Il faut que je me mette en tête une bonne fois pour toute que personne, et surtout pas Merlin, n'est comme moi. Personne ne ressent ce genre de chose pour une autre de son sexe. Je m'étonne chaque jour de me réveiller dans mon lit et non en enfer où est ma place pour de telles pensées. Alors quoi ? Pourquoi est-il si téméraire ? Ou alors, je me fourvoie complètement. Peut-être ne fait-il pas cela pour moi ? Peut-être fait-il cela pour Camelot ? Pour Gaius ? Qui sait ? Bien que je meure d'envie de le savoir, jamais je ne lui poserais la question. De un, parce que je ne me vois pas le questionner de but en blanc et de deux parce que je dois absolument paraitre indifférent à son sort aux yeux de tous. Surtout à ceux de mon père, à vrai dire. Celui-ci semble avoir abandonné l'idée de nous persécuter, Merlin et moi. Au lieu de quoi, il s'imagine à présent que je courtise les domestiques. Qu'importe ce qu'il croit. S'il savait comme il se fourvoie, il me tuerait. D'ailleurs, j'ai bien cru que ce serait le cas lorsqu'il est rentré à l'office après ma blessure à l'épaule. Je l'ai rarement vu aussi remonté contre moi. Telle une tornade, il m'a foncé dessus avant de m'enguirlander comme si je n'étais qu'un enfant. Selon lui, je suis inconscient d'avoir proposé un duel de la sorte. Comme si j'étais incapable de les battre. Ridicule. Bien évidemment, lui ne le sait pas et me reproche mon imprudence. Mon premier réflexe d'ordinaire aurait été de le contredire mais je ne peux décemment pas vendre la mèche, pas après tout le mal que je me suis donné pour parvenir à mes fins. C'est donc cela ? Je suis destiné à sacrifié mon orgueil et l'estime de mon père pour Merlin ? Je trouve cela cher payé. Que pense le Roi de moi à présent ? A-t-il honte de moi ? Bien évidemment, il ne s'est pas arrêté là dans ses remontrances. Il s'est empressé de me reprocher mon laxisme de ces derniers temps. Sur ce point, je ne peux le contredire. Il a raison. J'ai dénigré nombre de mes tâches et devoirs. J'ai bâclé celles que j'ai effectuées. Depuis cette remontrance, je me sens plus insignifiant qu'une bouse de cheval et je m'efforce de rattraper mes erreurs. Tous les jours, je suis scrupuleusement le programme qu'on m'a adjoint la veille. J'essaie d'effectuer mes tâches avec entrain mais cette partie-là est peine perdue. Ma joie de vivre est enfermé dans sa chambre depuis de trop nombreux jours pour que mes sourires paressent authentiques. Je ne suis qu'une âme en peine qui erre sans réel but sans ses yeux braqués sur moi. Sans lui à mes côtés, les jours de sont qu'une succession de secondes ou chacune d'elles me rappelle constamment ce que j'ai failli perdre. Sans sa force, je ne suis qu'une marionnette articulée par mon entourage, un pantin sans âme. Il me manque à un point tel que j'ai l'impression constamment de devoir lutter contre la boule tapie dans ma gorge pour devoir respirer. Je suis pathétique, je le sais bien. M'amouracher de mon serviteur. Y-a-t-il pire destin que le mien ? Obligé de souffrir en silence, de mentir à tout à chacun. Quel magnifique prince que voici. J'aurais presque pitié de cet homme s'il ne s'agissait pas de moi.
Au fil des jours, je me rends compte du poids de mes sentiments. Ceux-ci m'étouffent d'avantage chaque jour. Comment puis-je être ravi de son absence et à la fois si malheureux sans lui ? Cela n'a aucun sens. Mes jours sont une succession d'espoirs déçus tandis que mes nuits sont peuplées de son image, du son de sa voix, de tout ce dont je peux me rappeler. J'ai beau essayer de me remémorer chaque instant à ses côtés, je n'y parviens pas spécialement, nos premiers jours en tant que futur prince et serviteur. Il faut dire qu'à cette époque, j'ai tout tenté pour l'ignorer. Sans succès apparemment. Il faut dire qu'il est difficile de rester insensible devant ses grands yeux bleus. Pourquoi parvient-il à m'atteindre si profondément ? Pourquoi lui ? Pourquoi ? Hum. Cela ne changera rien de chercher une raison à mon attachement. Comme dit l'adage : le cœur a ses raisons que la raison ignore. Ma raison me hurle de ne plus jamais le voir mais je m'en sais bien incapable.
C'est à cause de tout ceci que je me retrouve en cette heure matinal en ce lieu saint. A genoux sur un prie-Dieu, les mains jointes, je psalmodie des prières sensées sauvé mon âme. Comment pourrait-ce être le cas alors que je me sais une cause perdue d'avance. J'ai beau prier, je ne crois pas foncièrement en l'utilisé d'un tel geste. Depuis ma naissance, on me parle d'un Dieu unique, d'un Dieu miséricordieux et aimant. Où est-il lorsque j'ai besoin de lui ? Où ? Bien sûr, on me rabâche depuis des années que je dois avoir foi en lui, que cela ne marche pas comme cela, qu'il ne suffit pas de l'appeler dans ses prières pour qu'il se montre et nous aide. Nous sommes ses créatures et, à ce titre, nous devons faire preuve d'abnégation. J'ai vu trop d'horreurs dans ma vie malgré mon âge pour adhérer complètement à cette idée. À commencer par la mort de ma mère qui m'a enlevé toutes illusions. J'aurais aimé être encore capable de croire en quelque chose. Bien entendu, je fais semblant. Je n'ai pas le choix. Dans le royaume, nous ne sommes pas encore tous converti à cette nouvelle religion débarquée et imposer depuis quelques centaines d'années tout au plus. L'ancienne religion fait encore partie du présent de milliers de familles. De même, tous les royaumes n'ont pas accepté ce changement. C'est bien pour cela que mon père chasse quiconque pratique la magie, afin d'éradiquer ces vieilles coutumes et défendre le royaume de Camelot contre le danger que représente la magie. Je n'ai jamais compris son obsession contre elle. Pourquoi y met-il autant de rage et d'acharnement ? Je ne le sais pas. Je me contente d'acquiescer à chacune de ses prédications. Cela doit faire plus de vingt ans qu'il n'a pas changé de discours. Quoiqu'il en soit, que ce soit la nouvelle ou l'ancienne religion, aucune des deux ne me touche assez pour m'enrôler.
-« Prince Arthur ? »
Je tourne la tête sur ma droite. Devant moi se tient le vicaire. Un peu plus âgé que moi, il a la charge de la chapelle depuis que son prédécesseur est décédé l'été dernier. Devant son air étonné, je me permets de sourire. Il est vrai que je ne suis pas assidu en termes de rédemption. Nous ne nous sommes pas vus beaucoup cette année. Tout au plus une paire de fois. Mon statut de prince héritier (et extrêmement occupé et sollicité) me permet d'échapper à bon nombre de messes. Seuls les fêtes traditionnelles imposées par l'Eglise m'obligent à y assister. Aujourd'hui, je suis là de mon plein gré. Après mes actes ignominieux de ces dernières semaines, me confesser est presque une obligation. Qui sait ? Cela me soulagera peut-être de pouvoir parler à quelqu'un.
-« Bonjour, Vicaire. »
Je me lève et le salue avec référence tandis que lui fait de même.
-« Que me vaut le plaisir de votre visite en ces lieux ?
- « Je suis venu à confesse. »
- « C'est étonnant. Il est rare de vous y voir. »
Je fronce les sourcils devant cette critique à peine déguisée. J'ai beaucoup trop d'obligations que pour me permettre de tels … Du calme, Arthur. Il ne cherche pas à mal. Je dois avouer que depuis son arrivé au poste de vicaire, les choses semblent changer. Plus de laxisme, plus de faux pas. Je dois être son dernier cheval de bataille. Heureusement pour moi, l'argent de mon père m'épargne de bien nombreux psaumes. Je ne dois pas lui laisser l'honneur de gagner cette joute verbale. Je n'apprécie décidément pas ce jeune coq fraichement débarqué.
-« Pourtant, je me trouve ici, non ? Si vous êtes occupé, je peux… »
-« Je suis libre de vous recevoir. Venez. »
Pourquoi suis-je, d'un coup, septique ? J'avais dans l'idée de me confier mais devant son attitude réfractaire, je ne suis plus certain d'avoir fait le bon choix. Ne puis-je donc parler à personne ?
Malgré tout, je décide de le suivre. Il m'entraine jusqu'à un confessionnal de bois richement sculpté. De lourds rideaux de velours rouge parachèvent de cloisonner les loges. De petites têtes d'anges ornent les montants de l'isoloir. Je ne les avais encore jamais aperçus jusqu'alors. Sans attendre, je pénètre dans la loge de gauche et m'agenouille sur le tabouret prévu à cet effet. Que vais-je bien pouvoir lui raconter ? La moindre de mes confidence me vaudrait sans nul doute l'excommunication. Peut-être y-a-t-il moyen d'arrondir les angles ?
Sur des murmures, nous débutons la session.
-« Bien, nous pouvons débuter, mon fils. De quel péché vous êtes-vous rendu coupable depuis votre dernière visite ? »
Par où commencer ? J'ai commis tellement de péchés ces derniers mois que je ne sais par où commencer. Entre deux maux, mieux vaut choisir le moindre en premier.
-« Tout d'abord, … ma fierté m'a poussé à effectuer d'innombrable choses depuis que nous nous sommes vu. »
-« Il me semble que le péché d'orgueil vous caractérise. »
-« J'en ai bien peur. »
-« Qu'est-ce que l'orgueil vous a poussé à faire, mon enfant ? »
Oh ! Tellement de choses que je ne sais par où débuter. Je tente malgré tout de limiter les dégâts en restant vague.
-« Mon orgueil m'a poussé à de nombreux actes dont je ne suis pas fière. Récemment, j'ai maltraité mon serviteur. Ce n'était qu'un malentendu qui . »
-« Lui avez-vous présenté vos excuses ? »
-« Oui. »
-« Vous a-t-il pardonné ? »
-« Je pense. »
-« Alors vous avez le pardon de Dieu car le pardon et la miséricorde sont à la base de son enseignement. »
Comment peut-il me pardonner aussi rapidement sans même chercher à connaître les tenant et aboutissants de toute l'histoire ? Il ne sait pourtant pas à quel point j'ai été injuste envers Merlin. Par ma faute, celui-ci est alité en ce moment même. Merlin a souffert encore et encore juste pour soulager mon âme torturée. Je l'ai abandonné…
-« Continuez ! »
Que je continue ? Aussi simplement ? Sans réprimandes ?
-« Euh… Oui. Je... Récemment, j'ai recherché les louanges de mon père et... »
-« Et ? »
-« J'ai bien peu d'avoir désobéi à ses ordres mais c'était pour sauver des vies... »
-« Votre père peut parfois se trouver…obtus en ce qui concerne certaines choses. Avoir sauvé des créatures de Dieu est tout en votre honneur, Prince Arthur. »
Comment ma désobéissance peut-elle être un acte juste alors que cela est considéré comme un péché ? L'esprit embrouillé, je fixe mes mains jointes et continue :
-« Ce n'est malheureusement pas tout. J'ai … des envies depuis peu. »
-« De quel sorte d'envies parlez-vous ? »
Diantre ! Comment lui expliquer sans ne rien lui avouer ? Prit en faute, je ne sais que rétorquer. Lui parler de Merlin ? Jamais ! Je préfère de loin la damnation éternelle plutôt que de l'impliquer dans mes envies malsaines aux yeux de Dieu.
-« J'ai des envies de… lorsque je croise une certaine personne. »
-« Cette personne, que vous fait-elle ressentir ? »
Cette question n'implique personne. Pour la première fois, je peux parler à quelqu'un de ce que je ressens réellement. C'est un tel soulagement que je ne retiens pas mes mots.
-« Je… Lorsque je la vois, tout s'illumine autour de moi. J'ai à chaque fois l'impression qu'un souffle de vie m'est insufflé. Mon cœur s'emballe et mes mains deviennent moites, ma bouche s'assèche. Elle n'a pas une beauté époustouflante mais je ne vois qu'elle dans une pièce bondée. Je dois, à chaque fois, me concentrer sur ce qu'elle me dit alors que tout ce je désire c'est l'admirer, encore et encore.. Cette personne est tout pour moi. Elle… Elle est devenue ma vie. Sans elle à mes côtés, tout est fade et terne. Rien ne me réjouis ou n'arrive à me distraire. Rien ne m'importe plus que cette personne. Je donnerai n'importe quoi pour un regard d'elle. Je veux dire, un vrai regard. Le genre de regard qui me ferait comprendre que moi aussi je suis… »
Figé dans ma pensée, je suis incapable de terminer ma phrase. Toute l'horreur de ma confession me frappe. Qu'ai-je dit ?
-« Que vous êtes aimé ? »
Une profonde tristesse me gagne soudain. Oui. C'est ce que je désire. Être aimé de Merlin. Aimé. Quel drôle de mot. Un mot ambigu. Je sais qu'il m'apprécie. Je le vois dans ses gestes, dans sa manière de s'adresser à moi. Est-ce de l'amour ? Non, définitivement, non. Merlin ne m'aime pas et ne le fera sans doute jamais. Est-ce que je l'aime ? Oui, je l'aime bien. Est-ce aimer d'un grand A ? Le genre d'amour qui permet de traverser des océans et de soulever des montagnes ? … Dieu, je suis fichu. Un gémissement de détresse m'échappe sans que je n'y fasse attention.
-« Prince Arthur. J'ai bien peur que vous ne soyez amoureux d'elle. »
Elle ? Ah, oui. Cette personne. Amoureux ? Moi ? Impossible ! Et pourtant, je dois le reconnaitre. C'est bien de l'amour qui parcoure mes veines en sa présence. Il y a encore quelques mois j'aurais dit cela impossible. Jamais, au grand jamais, je ne me serais méfié d'un serviteur encore moins d'un jeune homme à peine sorti de l'adolescence et fraichement débarqué de sa campagne.
-« Mais je ne veux pas être amoureux ! » dis-je d'un ton fort. J'entends ma voix résonner dans l'édifice vide. Il faut que je me reprenne. Le pire à ce stade serait de répandre la nouvelle. Je reprends d'un murmure :
- « Je ne veux pas être amoureux. »
-« J'ai bien peur que cela ne dépende pas de vous. Dieu est amour, Arthur. Il est normal que ses enfants en soient pourvus. »
S'il connaissait la portée et la signification de ses dires, il me tiendrait un autre discours.
-« Que puis-je faire contre cela ? »
-« J'ai bien peur qu'il n'y ai rien à faire. Seul le temps pourrait, à la rigueur, vous en délivrer. »
Le temps ? Et si le temps n'arrangeait rien, bien au contraire ?
-« Le temps a déjà passé et au contraire je… »
-« Vous ? »
-« Depuis peu, je fais des rêves troublants, des rêves peuplés de son image, de… son corps. »
-« Des rêves de luxure ? »
J'hoche frénétiquement la tête. A travers le grillage qui nous sépare, je perçois le changement d'attitude du vicaire. L'amour est bonté. La luxure est péché. Pour lui, je suis redevenu un pécheur impudent qui ne vient que trop rarement en ce lieu.
-« Ces rêves de luxure, vous ont-ils déjà conduit à commettre des actes de débauche ? »
Est-ce de la débauche que se donner du plaisir ? Selon sa définition, sans doute. Je ne sais pas. Pourquoi est-ce si important ? Si j'aime Merlin, n'est-ce pas plutôt un geste d'amour ? Je sais bien que non mais si cela était possible…
-« Qu'avez-vous fait Arthur ? »
Son ton est grave et empreint d'inquiétude. Oh, non. Sait-il pour mes sentiments ? Impossible. Comment ?
Avant que je ne puisse lui répondre, le vicaire me murmure d'une voix soutenue, à la limite du ton audible de tous :
-« Avez –vous commis une fornication ou un stupre ? Un rapt ou un le sacrilège peut-être bien ? A moins que l'adultère ne vous scie mieux ? Ne me dites pas que vous avez commis un acte de bestialité ? »
-« QUOI ? NOOOON ! »
Des visions toutes plus ignoble les unes que les autres m'assaillent. Comment peut-il penser une telle chose de moi ? Je ne suis pas… un monstre. Où peut-être bien que si mais un monstre différent de ceux qu'il vient de citer.
-« Qu'avez-vous fait alors ? »
-« Je… »
Il faut que j'avoue si je veux obtenir le pardon de Dieu. Pas que cela m'incomberait de ne pas l'avoir mais mon âme en sera peut-être moins tourmentée.
-« Je me suis masturbé. »
Voilà, je l'ai dit.
-« Voilà un grave péché, Prince Arthur. C'est la première étape qui mène aux péchés que je viens de citer. La masturbation mène à la fornication ou à l'adultère, voir à la bestialité. C'est le premier pas vers la débauche et le chaos. Si vous continuer sur cette voie, c'est le bucher du Purgatoire assuré. »
Je reste interdit, les yeux hagards. Voilà donc ce qui m'attend. Devenir une bête enragée qui s'attaquera à son entourage ? Qui déshonorera son nom et son titre ? Je suis plus confus que jamais. Je pensais trouver en ce lieu des réponses hors je ne recueille que des doutes supplémentaires. Comment mes sentiments pourraient-ils me pousser à des actes aussi innommables ? Ne suis-je pourtant pas occupé à suivre cette voie ? Le corps ravagé de Merlin est là pour en témoigner.
Je n'écoute que d'une oreille lointaine la pénitence et l'absolution dont m'affuble le vicaire. Il semble heureux de son effet sur moi. Peut-être pense-t-il, après ses recommandations, m'avoir adjoint à ses disciples. C'est un coup dans l'eau. Jamais je n'idolâtrerai un Dieu qui pardonne aussi facilement l'intolérable pour me reprocher mon amour pour un homme. Un homme bon et généreux, un homme juste. D'un pas rapide, je m'enfuie de la Chapelle pour ne plus jamais y remettre les pieds.
Une semaine à me morfondre dans ma chambre, à ressasser encore et encore la même chose : le geste de tendresse d'Arthur. Plus j'y réfléchi et plus je pense l'avoir imaginé. C'est absurde après tout. Vous voyez Arthur, le prince Arthur, le grand guerrier de Camelot, me border, me rassurer d'une caresse ? Pffffsss. Même moi, cela me fait sourire tellement cette idée est invraisemblable. Pourtant… il me semble que… D'accord, j'étais malade, fiévreux et ma vision était aléatoire mais... J'ai toutefois cru que… Non, je me fais des idées. Mes forces m'avaient abandonnées aussi rapidement qu'elles m'étaient revenues. J'ai chuté et lui, tel le sauveur qu'il est, a volé à mon secours. C'est, en tout cas, ce que Gaius m'a rapporté. Voilà tout, fin de l'histoire. Cependant des brides me reviennent de temps à autre : son odeur de transpiration, son regard inquiet et… et je ne sais pas. Je ne peux avoir inventé son geste, si ? Serais-ce un désir inconscient de ma part ? Ai-je envie qu'il me réconforte ? Peut-être. Je ne sais pas. Tout reste très flou pour moi. De temps à autre, pourtant, je perçois une partie chaude à mon front, comme marqué au fer rouge. Cela n'est pas douloureux, non. Juste… je ne sais comment expliquer. Serais-ce vrai ? N'ai-je point rêvé ? Est-ce le souvenir de ses doigts gravé dans sur ma peau ? Je ne vois que cette explication. La fièvre m'ayant quitté il y a quelques jours, ce ne peut être cela. Ce contact perdu me hante tel une ombre. Je me suis surpris à plusieurs reprises à porter ma main à mon front. Toujours lorsque je pense à lui. Toujours lorsque je me perds dans mes pensées.
Je ne l'ai plus revu depuis ce jour. Je sais qu'il prend de mes nouvelles. Gaius me l'a révélé. Cependant, je ne peux m'empêcher d'être déçu. D'ordinaire, Arthur s'enquière toujours de ma santé par lui-même. Hors, il ne le fait plus. Tout cela m'inquiète. Avons-nous perdu notre complicité ? Ce lien qui nous unissait depuis notre rencontre est-il brisé ? Grand Dieu, j'espère que non. Je ne veux pas le perdre. Je sais que, bien souvent, nous nous chamaillons et que nous ne sommes pas toujours d'accord l'un avec l'autre mais est-ce une raison pour le perdre définitivement ? Les amis ne sont pas toujours du même avis et pourtant leur amitié perdure. Voilà le réel problème. Arthur et moi ne sommes pas amis. Je l'ai longtemps cru et chéri. Toutefois, je dois finalement me rendre à l'évidence. Entre lui et moi, rien n'existera jamais à part cette relation maître-serviteur. Une grande tristesse me gagne devant cette révélation et un immense sentiment de perte me submerge. Je ne m'étais pas rendu compte que la situation était si dramatique. Comment en sommes-nous arrivé là ? Je n'ai aucune réponse à cette question. Y-en-a-il seulement une ? Devant cette affligeante constatation, il ne me reste plus qu'à tout tenter pour le récupérer. Décidé à renouer avec Arthur, je me lève de ma couche trop longtemps occupée et me dirige vers la sortie. Voilà une semaine que je suis cloitré dans cette pièce avec interdiction totale d'en sortir. Oh, bien évidemment, j'ai tenté de m'y soustraire mais sans succès. En un an, je n'ai jamais vu Gaius aussi concerné par la guérison d'un patient, exception faite d'Arthur. Je me sais occuper une grande place dans le cœur du médecin. Cela, comme tous les travers, à son revère de médaille. Je me suis vu alité de force bien que guérit. Je devais, soit disant, reprendre le poids que j'ai perdu. Je me sais maigre, voir rachitique. Je l'ai toujours été. De ce fait, je ne comprends pas l'obstination de Gaius à me faire grossir. Quelques kilogrammes en moins ne me tueront pas.
Prudemment, je pousse le battant me séparant de l'office. A l'intérieur, tout semble calme et paisible. A première vue, pas de signe du médecin de la cour. Parfait. Il ne me reste plus qu'à…
-« Merlin ? Que fais-tu debout ? »
Pris sur le fait, je me fige en plein mouvement. Ne puis-je avoir de la chance pour une fois. Un sourire fautif et crispé aux lèvres, je me retourne pour faire face à Gaius. Celui-ci descend l'échelle menant à sa bibliothèque. Diantre, j'oublie toujours cette saleté de mezzanine. Une leçon qui me coûte bien chère. Je l'ai contrarié à vouloir m'échapper. Je peux le percevoir dans son stoïcisme.
-« Veux-tu bien regagner ta chambre, Merlin. Tu n'es pas… »
-« Je vais bien Gaius. Je vous assure. »
C'est vrai. Cela fait bien longtemps que je ne m'étais plus senti aussi reposé. Et puis, je n'en peux plus de rester cloitrer. J'ai besoin de prendre l'air.
-« Et moi, je t'assure que tu n'es pas encore en état de sortir d'ici. »
-« Voyons Gaius. Je ne vais pas rester éternellement ici. J'ai une vie à reprendre, des tâches à accomplir pour Arthur, enfin si celui-ci me reprend à son service. »
Dans mon empressement à m'échapper, je n'avais pas pensé à ce que je ferais une fois sorti. Revoir Arthur ? Reprendre ma place de serviteur personnel ? Je ne dirais pas que j'en rêve, ni que mes corvées me manquent, ce n'est pas le cas, mais cela n'a pas que des inconvénients. Retourner auprès d'Arthur, retrouver l'homme que j'ai appris à apprécier malgré son côté arrogant et stupide est ce qui pourrait m'arriver de mieux pour le moment. Tant que la magie est proscrite à Camelot, je dois me contenter de ce rôle-là. L'abandonner maintenant reviendrait à le condamner à mort hors je ne le souhaite pas malgré ce qui est arrivé. Et puis, au fond, Arthur n'a pas que des mauvais côtés. Il peut être sympathique lorsque nous sommes seuls. Rarement, certes mais cela lui arrive. Après tout, n'est-il pas venu me ramasser lorsque je n'avais pas la force de me redresser ? Bon sang ! Arrête de penser à ce jour-là Merlin, arrête. Gaius, maintenant descendu de son échelle, m'offre l'occasion de m'en échapper.
-« Merlin, écoute-moi. Ton corps n'est pas prêt à reprendre les tâches ardues que t'impose Arthur. »
-« Ne vous en faites pas pour moi, Gaius. Je me sens en pleine forme. »
-« Non, s'il te plait, écoute… »
-« Non, c'est vous qui allez m'écouter, Gaius. Je sais que vous vous inquiètez. Je sais que vous êtes en colère pour Arthur mais c'est mon destin de le protéger et je ne peux décemment pas le faire d'ici. Et si jamais Arthur recommence son manège, je compte bien lui dire ma façon de penser. D'ailleurs, c'est ce que je vais faire de ce pas. Je ne compte pas me laisser manipuler une nouvelle fois par Arthur sans me défendre. S'il pense s'en tirer aussi facilement, il se trompe. »
La vérité est que je ne compte pas faire payer son attitude passée à Arthur. J'ai compris pourquoi il m'a traité de la sorte. Et puis, il est venu s'excuser de lui-même. Combien de serviteur peuvent se targuer d'en avoir eu autant. Une bouffée de fierté me prend à la gorge. Il y a peu, cela aurait été impensable de sa part. J'aime à m'imaginer que ma présence à ses côtés le change. Utopie de ma part.
Mon plaidoyer n'a pas fonctionné, comme je m'y attendais. Gaius me connait trop bien pour que je puisse le berner.
- « Arthur aura ta peau si tu continues à te laisser faire par lui. Je sais bien que protéger Arthur est ta destinée mais ne peux-tu pas faire preuve d'égoïsme de temps à autre. »
-« Je ne lui laisse pas tout passer ! Prétendre le contraire est mensonger. »
Je suis outré par ses accusations. Arthur a beau être exigeant et insensible, je me rebiffe quand il dépasse les bornes. Je tente de le faire, tout du moins. Je comprends la raison de son scepticisme. Gaius n'est jamais présent lorsque je tiens tête à Arthur et, après ce qui s'est passé, il doute que j'en sois capable. Cette constatation me blesse profondément. Dire que je me pensais soutenu… Sans pouvoir m'en empêcher, je vois rouge et commence à crier :
-« Je suis amène de gérer Arthur mais merci de votre confiance en moi ! Si c'est toute l'opinion que vous avez de ma personne, je ne vois pas ce que je fais encore ici ! »
Vexé, je prends la sortie et claque la porte, furieux que Gaius ait une telle opinion de moi. D'un pas vif, je m'éloigne le plus possible de l'office. Il faut que je sorte d'ici. Même si je sais que Gaius a partiellement raison, je ne peux m'empêcher de lui en vouloir. Suis-je si faible à ses yeux ? J'ai pourtant prouvé maintes fois que j'étais capable de m'occuper d'Arthur seul. N'ai-je pas démontré mon habilité à le sauver de tous les dangers ? Ai-je failli une seule fois ? Non. Alors pourquoi cette scène ? Je sais qu'il est en colère contre le prince héritier mais ce n'est pas une raison pour me le faire payer à moi. Je ne suis en rien responsable de leur querelle. D'ailleurs, quelle en est la cause ? Je ne me souviens pas de les savoir en froid. Que s'est-il donc passé ces derniers temps à Camelot pour que tout le monde change à ce point ? Je me mets à craindre pour Gwen et Morgana.
Quand on parle du loup, je vois cette dernière approcher, perdue dans ses pensées. Sans plus attendre, je ralenti l'allure et l'apostrophe, certes, un peu vivement. Elle semble étonnée de me voir debout.
-« Oh, Merlin. Pardonne-moi, je ne t'avais pas vu. »
-« Je vois ça. Tout va bien au moins ? Vous semblez soucieuse. »
Elle marque une pause, à peine une seconde, cherchant ses mots avant de me sourire.
-« Tout va bien, je te rassure. Euh... Aurais-tu vu Gwen aujourd'hui ? »
-« Pas récemment, non. Elle est passée ce matin à l'office mais je n'en connais pas la raison. J'étais dans ma chambre. En tout cas, elle ne s'est pas attardée. »
-« Oh ! Peut-être devais-je questionner Gaius alors ? »
-« Je ne vous le conseille pas. Il est d'une humeur ces derniers temps. »
Intriguée, Morgana fronce les sourcils. J'ai encore trop parlé.
-« Vous vous êtes disputé ? »
J'hoche la tête tout en fixant le sol. Avec le recul, je suis un peu honteux de mon attitude.
-« Je me suis emporté. Je suis parti en claquant la porte. »
-« Oh ! Cela ne te ressemble pas. Il a dû te mettre sacrément en colère pour que tu sortes de tes gongs. Quel est le sujet de la discorde ? »
Le sujet de la discorde ? Que veut-elle qu'il soit ? Toujours le même, toujours le sujet qui me cause le plus de problèmes : Arthur. Je ne peux décemment pas lui en parler. Ce serait…
-« C'est à propos d'Arthur, n'est-ce pas ? » dit-elle en penchant la tête, essayant de capter mon regard. Je ne lui fais pas ce plaisir et me retourne.
-« Je dois y aller. Ce fut un plaisir, Lady Morgana. »
Je rebrousse chemin aussi vite que possible. Je ne veux plus entendre l'opinion des autres sur Arthur et sur la manière dont je devrais me conduire avec lui aujourd'hui. Pour commencer, il y a eu Uther, ce qui m'a causé d'énormes tracas. Ensuite, Gaius y est allé de son opinion. Maintenant, Morgana ? Hors de question. Bientôt, tout le monde voudra régir ma vie. A qui le tour ensuite ?
Morgana ne cherche pas à m'arrêter et je lui en sais gré. J'arrive enfin, après plusieurs couloirs et escaliers empruntés, dans la cour intérieure du château. Le beau temps de la semaine passée semble s'être envolé au profit des nuages. Je dirais même, d'après leurs couleurs, qu'un orage se prépare. A vrai dire, c'est le cadet de mes soucis. Au contraire, les bourrasques de vent qui balayent mon visage me vivifient. Elles m'aident à me vider la tête et à faire le point. Je m'appelle Merlin. J'ai 22 ans. Je viens d'une bourgade appelé Ealdor. Je suis au service de la plus arrogante des personnes que je connaisse : Arthur Pendragon. Depuis un an, je m'escrime à combler le moindre de ses exigences tout en essayant de le maintenir en vie. Bien sûr, j'ai eu quelques ratés par le passé. En témoigne, les cicatrices qui parsèment l'épaule d'Arthur mais ce n'est pas une raison pour que Gaius doute de mes capacités, si ? Cette situation me fatigue. Uther me déteste, Gaius est en colère contre moi, Morgana doit s'être vexée de mon attitude et Arthur… Je ne sais pas ce que pense Arthur. A vrai dire, j'ai peur de le savoir. Une semaine à passer pourtant j'ai l'impression que des années se sont écoulées. Ma gorge se noue et mes entrailles m'oppressent d'un coup. Je sais que nous allons devoir parler. Je sais que je vais devoir l'affronter, poser mes exigences mais je n'en ai pas envie. Je me sens comme devant un précipice à tenter de retarder la chute inexorable. Je vais pourtant devoir sauter tôt ou tard. Mieux vaut tard que tôt en définitive….
Je ne sais plus quoi penser. Cette discussion avec le vicaire m'a chamboulé plus que je ne serais me l'avouer. J'étais venu à la chapelle en quête de réponses. J'en sors l'esprit en conflit. Devenir un monstre, voilà donc ce qui m'attend. Un monstre capable de blesser son entourage, un monstre capable de blesser Mer… Non ! Je me refuse à devenir un danger pour autrui, surtout pour lui. Je ne comprends pas. Je l'aime, je me l'avoue enfin. J'aime Merlin du plus profond de mon âme. Chaque minute loin de lui me fait souffrir plus que je ne serais le dire. Comment le sauver de moi, du monstre en devenir que je suis. Je préfèrerais mourir plutôt que le faire souffrir hors je fais tout le contraire de ce que je devrais faire. Je ne sais plus ce qu'il faut que je fasse. Dois-je le reprendre à mon service ou, au contraire, l'éloigner de moi. La dernière fois que j'ai tenté cette solution, cela s'est mal passé pour nous deux, plus pour lui que pour moi en définitive. La solution intermédiaire n'est pas applicable. Soit, il reprend son travail comme si rien ne s'était passé, soit… Soit je dois l'éloigner définitivement de moi. Cette idée me fait horreur. Ne plus jamais le voir, voilà la solution radicale qui pourrait sauver mon royaume et son âme. Je ne veux pas devenir un danger pour lui. Simplement imaginer que je puisse lui sauter dessus, le brusquer, le forcer à… Je m'écœure moi-même. Au fond de moi, je sens que cette idée me plait. Un monstre de luxure… Merlin ne mérite pas d'encourir un risque pareil. Le fait qu'il ne sache pas être en danger me révolterais d'ordinaire mais là… Je ne peux rien faire de plus pour le prévenir. Le vicaire à raison. Je suis condamné à devenir un animal enragé en quête d'une proie. En vérité, ma proie est toute désignée. Pourquoi ne puis-je arriver à me contrôler en sa présence ? Comment fait-il pour attiser en moi cette envie sans même être présent à mes côtés ? Cela n'a pas de sens. Ce n'est plus qu'une question de temps maintenant avant d'attaquer…. Non. Peut-être le vicaire a-t-il tort ? Peut-être n'est-ce qu'une élucubration de sa part afin de me faire peur. Oui, voilà. Au fond de moi, je n'y crois qu'à moitié. Je perçois parfaitement la part d'ombre qui est en moi. Qui n'en a pas ? La mienne guette, à l'affut du moindre geste de faiblesse de ma part dans laquelle elle pourrait s'engouffrer. Il ne faut sous aucun prétexte que cela arrive. Je pourrais m'en prendre à Merlin sans le vouloir. Je pourrais déshonorer mon père, le royaume tout entier. Je me rappelle soudainement pour quelle raison j'ai éloigné Merlin de moi. Mon instinct m'y a poussé, pour le protéger. Que vais-je bien pouvoir faire ?
Sur cette interrogation, je pénètre dans ma chambre, perdu dans mes pensées.
-« Sir. »
Je sursaute, surpris, avant de me mettre en position de défense, les jambes écartées, les avant-bras repliés au niveau du torse. Un rire cristallin m'indique la position de l'intrus. Assise à même le sol, près du feu, Guenièvre ravive les braises. Sans attendre, je me redresse de toute ma hauteur, l'orgueil un brin froissé. Comment ose-t-elle se moquer de moi ? Elle semble comprendre son erreur.
-« Excusez-moi. Loin de moi l'idée de m'amuser à vos dépens. Je… »
-« Que faites-vous ici ? »
Je n'ai pas envie de me montrer sympathique avec elle. Tout ce que je désire c'est qu'on me laisse seul pour que je puisse me rouler en boule sous mes draps.
-« Je suis venue vous enlever vos sutures, Sir. »
-« Déjà ? »
-« Oui. D'après Gaius, vous êtes rétabli. Votre bras vous fait-il encore souffrir ? »
-« Non. »
-« Dans ce cas, je vais pouvoir vous les enlever. Asseyez-vous.»
Docile, j'obéis et prend place sur une des chaises de la longue table, dos à la porte. Guenièvre, elle, se dirige vers ma bassine posée sur ma commode. Elle saisit le bloc de savon et se laver les mains. Si seulement elle savait… Cette bassine… D'y repenser, j'en rougis. Emporté par l'instant, cela ne m'avait pas paru mal de… me toucher. Comment ce geste peut-il me mener à pratiquer la bestialité ? Rien que d'y penser, cela me donne envie de vomir. Le rapt ? Aucune chance que cela se produise. L'adultère ? Non plus. Pour bien en être sûr, je m'assurerai que Merlin ne se marie pas dans les années à venir. C'est égoïste et immorale mais je ne peux me résoudre à le perdre, pas s'il me reste un espoir que tout s'arrange entre lui et moi. J'aimerais avoir la force de le garder proche de moi sans craquer. Si seulement… Je me projette trop dans l'avenir. Il faut que cela cesse. J'espère trop en définitive et ne récolte que des désillusions. Il faut plutôt que je me préoccupe de l'instant présent. Je reporte mon attention sur Guenièvre qui vient se poster à mes côtés, les bras chargés de lotions, bandages et autres ustensiles.
-« Enlevez votre chemise, Sir. »
Je m'exécute sans dire un mot. Du coin de l'œil, je perçois son trouble accompagné d'une certaine rougeur au niveau de ses joues. Est-ce moi qui la fais rougir ? Oh ! Je l'observe à la dérobée. Les cheveux mi- longs, bouclé, la peau mate, les yeux en amandes, Guenièvre est ce qu'on peut appeler une belle femme. Pour compléter le tableau, elle a une paire de seins à faire bander un moine. Pardonnez-vous l'expression. Curieux que je l'ai jamais remarqué avant aujourd'hui. Avec toutes ces qualités, elle aurait pourtant finit en haut de mes sujets de fantasmes, à une époque pas si lointaine.
Après avoir désinfecté la plaie, elle se saisit d'une pince et d'une petite lame tranchante, d'un côté seulement, et s'attaque aux points de suture de mon bras. Je ne peux être qu'admiratif devant sa dextérité. Une évidence me frappe enfin.
-« Où est Gaius ? Ce n'est pas à lui de faire cela ? »
Guenièvre semble gênée et s'arrête pour me faire face.
-« Il avait du travail. »
-« Du travail ? »
Je fronce les sourcils, septique. Quel travail peut être plus important que de venir enlever les sutures du prince de Camelot ? Guenièvre semble avoir suivi mon cheminement de pensée et soupire bruyamment.
-« D'accord. La vérité est qu'il m'a demandé de le faire à sa place. Il ne veut pas quitter l'office, pas tant que Merlin n'est pas rétablit. »
-« Est-il encore souffrant ? Je croyais pourtant… »
-« Il ne l'est plus. Plus vraiment. Gaius aimerait juste qu'il profite de cette période pour regagner un peu de poids et pour se reposer. Malheureusement, Merlin ne l'entend pas de cette oreille et a déjà tenté à plusieurs reprises de s'évader. »
Je souris à cet aveu. Je le reconnais bien là. Impossible de le garder enfermé. Il faut continuellement qu'il bouge. Je m'étonne même qu'il soit si paisible la nuit. Officiellement, je ne suis pas sensé connaitre cette information, ou du moins ne pas y avoir prêté attention. Néanmoins, à Ealdor… J'avoue avoir eu du mal à m'endormir ce jour-là. Je n'ai pas pu trouver le sommeil, pas après son aveu. J'avais pourtant espéré qu'il se sente à sa place à mes côtés. J'en ai même sourit de fierté, juste avant de me ramasser une claque. Merlin n'était pas certain d'être à sa place à mes côtés. Je ne m'attendais décidemment pas à cette réponse. J'en ai directement perdu me sourire. Je me suis contenté de lui tourner le dos et de lui dire de dormir. Que répondre à cela de toute manière ? Cette nuit-là, je me suis rendu compte pour la première fois qu'il ne m'était pas acquis comme les autres. Merlin est une personne autonome et je suis convaincu qu'il n'hésiterait pas à me quitter si je ne réponds plus à ses attentes. Pour cette raison, je vais tâcher de m'améliorer. Il le faut. Je ne veux pas le perdre.
-« Voilà, j'ai terminé. »
-« Hum ? »
Je sors de ma transe. Je ne m'étais même pas rendu compte que Guenièvre avait continué son labeur. Elle doit me prendre pour un rêveur.
-« Merci, Guenièvre. »
-« Gwen. Vous pouvez m'appeler Gwen. »
Je la fixe et elle détourne le regard. Quelle étrange fille. Je l'observe un instant, circonspect. Tout dans son attitude m'indique qu'elle semble intimidée par ma personne. Elle se saisit vivement du matériel utilisé et le range dans un sac. Elle ne semble pas à l'aise. Je me détourne d'elle, intrigué par le résultat de cette suture et observe ma plaie. Les bords de la blessure sont violacés et boursouflé, un restant du coup en lui-même, tandis qu'à l'intérieur, la peau est rosé et un rien chiffonné. Définitivement, pas le meilleur travail de Gaius. Je passe délicatement mon pouce dessus. Une légère douleur se fait sentir, rien d'insurmontable. Le bleu disparaitra d'ici quelques jours. Décidemment, le moindre de mes faits et gestes me ramène toujours à lui. Dieu, que Merlin me manque.
-« Vous avez besoin d'autre chose, Sir ? »
Je me tourne vers elle. Elle me fuie toujours du regard. Pourquoi donc ? Suis-je si intimidant ?
-« Ce sera tout Gwen. »
J'insiste sur la prononciation de son prénom ce qui la fait relever la tête. Elle me sourit timidement. Je fais de même. L'instant semble comme suspendu. Aucun de nous ne bougons, figé dans l'instant. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je me refuse à briser ce moment. Cela n'a aucun sens. Qu'est-ce qui rend cette scène si spéciale ? Je ne vois pas. Une minute passe sans qu'aucun d'entre nous ne dise mot. Finalement, c'est elle qui brise ce silence et je l'en sais gré.
-« Sir. Il y a une chose dont j'aimerais vous parler. »
-« Faites. »
-« J'aimerais que vous me promettiez quelque chose. »
Je hausse les sourcils d'étonnement. Cette fille est étonnante. Elle ne me regarde pas dans les yeux de timidité pourtant elle me réclame quelque chose. Que veut-elle donc ?
-« Cela dépend de ce que vous voulez. »
-« Ce n'est pas pour moi. J'aimerais… Non, j'exige qu'à l'avenir vous vous comportiez mieux avec Merlin. J'ai appris que vous ne lui avez pas rendu visite une seule fois alors qu'il est alité par votre faute. »
Je suis sans voix. Madame exige. Je ne peux m'empêcher de sourire. Cette fille a du cran, je dois le reconnaitre. Au lieu de me vexer, cela m'amuse. Il est rare qu'on me tienne tête. A vrai dire, la seule autre personne qui s'est permise un tel geste est Merlin. Intrigué, je me lève de mon siège. En un instant, mon sourire devient menaçant et mes yeux inquisiteurs. Je me rapproche d'elle à pas de loup, petit à petit, et m'arrête à quelques centimètres de son corps. Malgré la proximité, elle ne baisse pas le regard. En plus d'avoir du cran, cette fille a du courage. Je n'en reviens pas de son attitude. De plus en plus égayé par son attitude rebelle, je décide de m'amuser à ses dépens. Je me penche à sa hauteur et la dévisage. Quelques centimètres séparent nos nez.
-« Vous exigez ? »
Elle semble un rien décontenancée. Néanmoins, elle ne perd pas son assurance pour autant. J'imagine ce qui lui en coute de s'élever contre moi. Elle doit juger les plaidoyers de Morgana insuffisants pour me défier de la sorte. Elle n'a pas foncièrement tort. Je soupçonne Morgana de n'être venu me trouver que pour apaiser sa servante.
-« Vous m'avez parfaitement entendu. Je suis là pour m'assurer que ce qui s'est passé ne se reproduise plus. Il est intolérable que Merlin ait eu à souffrir par votre faute. Il est de votre devoir de défendre vos sujets et Merlin fait partie d'eux. A l'avenir, parlez-lui de ce qui vous tracasse au lieu de le punir directement. »
Cette fille est surprenante. Elle ne se laisse pas démonter par mon attitude menaçante. A la voir, je n'aurais jamais soupçonné qu'elle soit capable d'autorité, car c'est ce dont il s'agit. Elle défendra Merlin bec et ongle, s'il le faut. Tiens donc ? Ai-je de la concurrence auprès de Merlin ou défend-elle juste les opprimés ? J'essaye de lire en elle, sans succès. Guenièvre a rabaissé la tête en signe de soumission. C'est un mystère qu'il me faudra élucider. Je compte bien les tenir à l'œil tous les deux. Gwen ne bourge toujours pas, en attente d'une réponse. Que répondre à cela ? Comment lui répondre ? Soit je me fâche contre elle et risque de me la mettre à dos, soit je fais ami-ami avec elle pour pouvoir la surveiller de près. J'opte pour la seconde option. Il faut que je sache s'il existe un lien sentimental entre Merlin et Guenièvre. Je soupire de lassitude et retourne m'asseoir avant de lui expliquer la raison de la discorde entre Merlin et moi, la raison officielle bien entendu. Elle m'écoute religieusement tout en prenant place à mes côtés.
-« Sir,… Je suis désolée. Je n'étais pas au courant de la situation. »
Elle semble avoir adhéré à mon mensonge, tout comme Merlin.
-« Ce n'est rien. Vous ne pouviez pas savoir. En tout cas, je peux vous promettre une chose : cette situation ne se reproduira plus. Je me suis laissé aveugler par ma colère sans chercher à confronter les deux versions de l'histoire. Si vous saviez à quel point je m'en veux. »
Cette dernière phrase est vraie. C'est bien la seule chose honnête que j'ai dit ces derniers temps. Je sens Guenièvre poser sa main sur mon épaule. Un geste de réconfort que je ne mérite pas. Cette honte qui m'habite ne me quittera pas tant que je n'aurais pas régler la situation avec Merlin. Mais quand ? Quand nous reverrons-nous ?
Je n'ai pas bougé. Je suis toujours planté au milieu de la cour intérieure. Autour de moi, la vie suit son cours sans se soucier de ma présence. Cette attente ne m'a en rien aidé, bien au contraire. J'ai vu Arthur sortir de la chapelle, ou du moins ai-je cru le voir. C'est absurde. Je sais parfaitement qu'il déteste s'y rendre. Il n'y met jamais les pieds. J'ai dû rêver. Il a disparu si vite que je doute que ce fut réel. Pour en avoir le cœur net, j'aurais pu le suivre, l'appeler mais je n'ai rien fais. Je ne me sens pas prêt à affronter, réel ou faisant partie de mon imagination. Au fond, de quoi ai-je peur ? D'Arthur ? C'est stupide. Arthur ne me fera jamais de mal intentionnellement. Alors pourquoi suis-je encore ici ?
Au fur et à mesure du temps qui s'est écoulé, ma détermination a fléchit avec elle. Je me ressaisis pourtant et me résigne à cette confrontation, la peur au ventre. J'inspire une dernière bouffée d'air pur et me dirige vers les appartements d'Arthur. Arrivé à destination, j'entre sans même toquer, une sale habitude qui exaspère Arthur. Ce que je vois en entrant me fige de stupeur. Arthur et Gwen suis assis l'un à côté de l'autre. Assis ? Je devrais dire collé l'un à l'autre plutôt. Ils se murmure des mots qui m'échappent. Ce qui me frappe surtout c'est la main de Gwen posé sur l'épaule nue du prince de Camelot. Cette main ne se contente pas de rester sage, non. Elle caresse son épaule tendrement. En un instant, mes entrailles se tordent. Un songe que je me suis permis de faire vient de s'écrouler. L'idée que peut-être Gwen et moi, un jour, … Chimère. Je ne les savais même pas amis et voilà que je les surprends intimement lié. Je ne comprends pas. Qu'ai-je raté d'autre pendant cette semaine d'alitement ?
A peine ai-je pensé à le revoir qu'il apparait derrière moi. Consciemment, je m'écarte de Gwen et me lève pour lui faire face. Il ne manquerait plus qu'il me pense intéressé par elle.
-« Merlin ? Gaius t'a laissé sortir ? »
-« Oui, Gwen. Il n'a pas vraiment eu le choix. »
Nous gardons tous deux le silence devant sa révélation, imaginant les stratagèmes qu'il a dû utiliser pour s'échapper de l'office. Un silence gêné perdure pendant lequel nous nous dévisageons tout trois. Je finis par craquer le premier.
-« Gwen. Peux-tu nous laisser ? Je pense que nous devons parler, Merlin et moi. Seul. »
-« Bien sûr. »
Elle se lève à son tour et se saisit du sac qu'elle a rempli plus tôt. Elle se dirige ensuite vers la porte mais s'arrête à la hauteur de Merlin.
-« Je suis heureuse que tu ailles mieux Merlin. »dit-elle avant de nous laisser seul.
Je ne me suis pas trompé. Elle est proche de lui. J'ai bien vu sa façon de le dévisager, comme si elle attendait quelque chose de sa part. Qu'importe. Elle ne l'obtiendra jamais. Je ne la laisserai pas gagner. Hors de question qu'elle me le prenne.
Nous restons où nous sommes : Merlin a quelques pas de la porte et moi à côté de ma chaise. Aucun de nous ne sait comment débuter cette discussion. Je finis par me jeter à l'eau le premier.
-« Comment te sens-tu ? »
-« Bien, merci. »
Nous retombons dans le silence immédiatement. Merlin me jette des regards à la dérobé. Qu'ai-je sur le visage aujourd'hui pour que personne n'ose me regarder dans les yeux ? Allez, Arthur. Si tu veux gagner son amour, il va falloir faire mieux que ça. J'avance d'un pas dans l'espoir que cela aide à capter son attention.
-« Ecoute, Merlin. Je suis désolé de ce qui s'est passé. Je ne sais pas si tu m'as entendu lorsque… »
-« J'ai compris pourquoi vous avez agi de la sorte. L'amour d'un père… c'est l'amour d'un père. Il est votre seul parent. Il est normal que vous l'ayez cru. Je ne vous en veux pas.»
Merlin accepte mon mensonge. Pire, il défend mon mensonge. Il y croit au point d'essayer de mon convaincre que mon geste envers lui était normal. Non, pas normal. Juste. Que ce que je lui ai fait endurer était la juste chose à faire. Comment cela a-t-il pris de telles proportions ? Je suis en colère. Colère contre Merlin, colère contre moi-même, contre mes sentiments. Il ne m'en veut pas ! Il devrait me haïr tel le monstre que je suis. Je ne peux m'empêcher de m'énerver contre lui, contre sa gentillesse naturelle. J'avance encore d'un pas. Ne voit-il donc le mal nulle part ?
-« Tu ne m'en veux pas ? Merlin tu es aussi idiot que maladroit. Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu m'en veuilles ? Que je te frappe ? »
Bien entendu, je ne le ferais jamais. Je veux juste qu'il m'en veuille, ne fusse qu'un peut. Cela n'aidera en rien mon plan de séduction, j'en suis conscient, mais je ne peux décemment m'en sortir aussi facilement. Une part de moi en est révoltée. Gwen a raison, Merlin est un être bon et généreux qui cherche le meilleur de nous au lieu de nous jeter la pierre. Quand on sait cela, il n'est pas étonnant que je me sois mis à changer depuis que je le connaisse. Même sans sentiments à son égard, j'aurais fini par changer. On ne peut qu'être touché par sa candeur d'âme. Je parle peut-être un peu vite. Un changement s'est opéré chez mon serviteur. Le visage fermé, les sourcils froncés, Merlin me défie du regard. Le frapper ? Non. J'avance encore. Je ne suis plus qu'à deux pas de lui. Il hausse un sourcil en provocation. Non, toujours aucun geste de ma part. Pourquoi tient-il à ce que je le fasse ?
-« Alors Arthur ? Vous avez passé votre humeur ? »
-« Quelle humeur ? »
-« Oh, je ne sais pas. Celle qui vous donne envie que je vous frappe. »
Il a compris mon jeu. Je veux qu'il me punisse, oui, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il le comprenne.
-« Ecoutez. Je ne vous frapperais pas cette fois-ci mais je n'hésiterai pas à le faire si vous me traitez encore de la sorte. Prochaine fois, excuse ou non, je m'en vais. »
Non. Je sais qu'il ne chercher qu'à me faire peur mais je ne peux envisager cela.
-« Que veux-tu que cela me fasse. Perdre le plus mauvais serviteur que je n'ai jamais eu serait plutôt une bénédiction. Tu ne penses pas ? »
Je lui souris, un sourire contrit. C'est comme cela que fonctionne notre relation. Joute verbale et défis. Merlin fait de même. Les choses sont enfin dites. Je ne me sens pas mieux dans ma peau pour autant. Je suis trop proche de lui. Je dois batailler contre moi-même pour ne pas passer mes doigts dans ses cheveux. Leur contact me manque, c'est stupide.
-« Si c'est tout, Sir. Je vais reprendre mes tâches. »
Est-ce si simple entre nous ? Pouvons-nous passer l'éponge aussi facilement ? Il faut croire.
-« Tu fais bien. Mon armure doit être nettoyée, sans parler de l'étable et, comme tu peux le constater, de ma chambre. Reviens me voir une fois cela terminé. »
Merlin hoche la tête, le sourire aux lèvres. Qu'il est beau. Sans un mot de plus, il sort, me laissant seul avec mes sentiments.
Je fais quelques pas dans le couloir et m'adosse contre le mur. Dieu, j'ai cru qu'il allait me frapper. J'ai rarement vu Arthur aussi en colère. Je sais que cette colère est dirigé contre lui-même, qu'il pense devoir être puni pour ce qu'il m'a fait. Je ne lui en veux pas. Il a mon pardon pour ce qui est arrivé.
