Bonne lecture...
Chapître IX
I Shall Believe (1/2)
Toujours en train de rire, Tony et Kate arrivèrent sur la piste de danse. Quelques personnes les regardèrent mais pas à cause de l'oeil de Kate. Peut-être avaient-ils vu ce que DiNozzo et Todd n'avaient fait qu'entrevoir sans vouloir y croire. Toujours la main de Kate dans la sienne, Tony plia son bras et Kate en suivit le mouvement. Chacun trouva sa place sans une hésitation, comme si leurs corps s'étaient déjà accordés. Ils n'attendaient plus que la musique et les premières notes de "I Shall Believe" de Sheryl Crow résonnèrent. Leurs pas s'enchaînèrent, sans hésitation eux aussi. Kate évitait pourtant de lever les yeux vers Tony. Seulement en tournant, Kate vit leurs mains enlacées et ce fut comme si elle venait de se rendre compte que c'était sa main. Que c'étaient « leurs » mains, la sienne et celle de Tony : paume contre paume. Ca aurait dû être un choc, la faire reculer, lui faire lâcher prise ou au moins la faire éclater de rire, mais tout ce qu'elle voulait, c'était la serrer plus fort, la sentir encore plus.
Elle était dans un autre monde où elle percevait chaque élément sous un nouveau jour. Tony était ses pires et ses meilleurs souvenirs. Tony était toujours là. Il était le seul élément stable de sa vie avec les autres membres du NCIS. Il la faisait réagir et elle ne pouvait nier qu'elle aimait leur face à face. Elle devait bien admettre qu'il l'intriguait aussi. Il semblait tout montrer mais elle ressentait bien d'autres choses : un vide en lui qu'il cachait. Elle le voyait chercher l'attention à tout prix, il avait ce besoin d'être vu sans l'être vraiment et ce pour savoir qu'il peut être aimé, sans pour autant aller plus loin car il devait se protéger ! Et sûrement aussi se croire incapable de le mériter.
Elle se décida alors à relever les yeux : Tony la regardait. Depuis quand la regardait-il ? Etait-ce aujourd'hui ou déjà hier ? Elle aimait ce regard et elle aimait que ce soit elle qu'il regarde de cette façon. Ils étaient si proches et plus rien autour ne leur parvenait. Ils se laissaient porter par la musique :
Come to me now
And lay your hands over me ...
Caitlin resta fixée sur les yeux d'Anthony...
I'm broken in two
And I know you're on to me
That I only come home
When I'm so all alone
But I do believe ...
... et lorsqu'il leva le bras pour la faire tournoyer, elle l'avait déjà pressenti et elle suivit le mouvement.
And I shall believe
And I shall believe
Open the door
And show me your face tonight
I know it's true
No one heals me like you
And you hold the key ...
Elle tourna et reprit sa place dans les bras d'Anthony et lorsqu'il lui souria, elle lui sourit aussi, plongeant dans la promesse émeraude des yeux de Tony.
Ils étaient si proches, en harmonie, elle releva la tête encore un peu plus. Tony suivit le relief de son visage, il pourrait poser ses lèvres sur les siennes. Dans les yeux de Caitlin, il y vit une possibilité, une ouverture, un choix : celui de tout changer entre eux.
Cet endroit. Cet instant... Tony ne savait plus quoi faire. Il le voulait, il espérait mais il ...ne devait pas. Il n'avait rien à lui offrir. Elle n'était pas comme les autres. Il n'était pas encore prêt. Il lui manquait quelque chose, il devait encore faire quelque chose. Et puis, il agissait toujours de la même façon avec Kate. Il faisait tout pour qu'elle le remarque, il continuait, il insistait jusqu'à ce qu'elle sourie à sa blague, qu'elle lui marqua un intérêt et là, il arrêtait et s'en allait. Pareil pour tous ces rendez-vous auxquels il ne s'était pas rendu, appelant en annonçant : trop de boulot ! Kate ne méritait pas cela, elle devait être heureuse ... et il détourna son regard.
And I shall believe
I shall believe
And I shall believe
- Tu as soif ?
Kate eut l'impression de retomber sur terre alors qu'elle croyait arriver au paradis.
- Quoi ?
- Tu as soif ?
- Oui, d'accord.
- Je vais arranger ça !
Et il se dirigea vers le bar.
" Pourquoi se détourne-t-il de moi ? J'ai découvert un autre côté de Tony et je ne veux pas qu'il fasse marche arrière. Qu'il reprenne son masque..."
Sandman House. Blue Cove. Delaware. Samedi. 20h32.
Après avoir ramené à boire, Kate et Tony se promenèrent dans le parc sans échanger beaucoup de paroles. Chacun plongé dans le nouveau monde qu'il avait quitté et qui leur manquait déjà. Ensuite, ils se laissèrent tenter par un des multiples desserts du buffet de l'hôtel et Kate retrouva le Tony habituel : gourmand et volubile.
Et enfin, le temps fit son oeuvre, ils prirent donc le chemin de leurs chambres. Arrivée devant la sienne, Kate tourna la tête vers Tony pour s'apercevoir qu'il était déjà rentré. Kate pouvait le dire, elle était déçue. Elle entra donc pour se figer : Tony était assis sur le lit et sautillait comme pour tester le matelas.
- Enfin rentrée ! Tu es là bien tard. Avec qui étais-tu ? joua Tony, mimant un mari jaloux.
- Tony !
- Oui ?
- Tu ? Qu'est ce que tu ... ? Enfin ...!
- Essaye de faire une phrase.
- Oh toi ! Et elle attrapa un coussin posé sur un fauteuil et le jeta sur Tony.
- Tu es plus efficace avec des morceaux de carottes, dit-il, en évitant le coussin.
Puis Kate redevint sérieuse : " Il faut que ce soit moi, il faut que ça arrive, je ne veux pas quitter le Delaware sans avoir des réponses à mes questions et donc, je dois les poser à Tony."
- Je peux te poser une question ?
- Encore ! C'est du harc..., commença Tony, puis virant à 180°. D'accord, vas-y.
- Toi, tu as une idée derrière la tête ?!
- Moi !!! dit-il, jouant les innocents. Non ?
- Tony !
- Allez, vas-y, ce ne sera pas si terrible.
- Ok, finit par dire Kate d'une voix sceptique.
Elle prit place sur le lit, près de Tony et formula sa question :
- Sex Machine, c'est d'Alec ?
- Du pur Alec. Je n'avais rien dit à personne à l'université pour préserver Natacha et il en a profité. Il a raconté que ma jalousie envers lui et Natacha avait provoqué leur rupture, qu'il me les fallait toutes, une vraie sex machine et je te passe les détails. Je ne suis jamais arrivé à m'en débarrasser. Une réputation toute faite.
- Je suis désolée d'en avoir parlé au bureau.
- Ce n'est rien. Je savais bien que ça réapparaîtrait un jour. Et c'est moi qui m'excuse pour le chantage du T-shirt mouillé, je n'arrive jamais à contrôler la rage qui me prend quand j'entends ce surnom... Bon à mon tour.
- Comment ça à ton tour ?
- Une question pour toi, une question pour moi. Tu as peur ?
- Sûrement pas .
- D'accord, à moi alors, dit-il, en frottant ses mains l'une contre l'autre. Quel est ton pire souvenir... ?
- Facile...
- Ah non, Kate ! Je te vois venir. Je ne vais pas te laisser casser du sucre sur mon dos. Donc, je précise ! Ton pire souvenir de ta vie d'adolescente. Allez à toi. Raconte.
- J'ai eu une adolescence normale.
- Kate ! Personne n'a une adolescence normale. On est toujours marqué par quelque chose, affirma Tony, en lui cognant le coude.
- Tu vas te moquer.
- Mais non, pas du tout. Allez, vas-y !
- D'accord. Le Bal de Promo...
En voyant le sourire de Tony s'agrandir :
- Tu vois, tu vas te moquer.
- Non, les histoires de Bal sont toujours les meilleures. Ce sont trois petites lettres qui peuvent représenter les pires catastrophes.
- Ah bon !?
- N'essaye pas de changer pas de sujet. Moi, j'ai déjà raconté.
Tony la regarda droit dans les yeux comme s'il était en train d'interroger un de leurs suspects. Kate capitula et annonça simplement :
- Ok, il n'est pas venu.
- Quoi ?
Le ton de Tony était sincère, il était réellement surpris. Puis, il demanda à Kate :
- Il a eu un accident, il est tombé malade ?
- Non, il s'est trouvé une autre cavalière.
- Mais tu y es allée ?
- Non, je ...
- Tu l'as frappé ... Comment s'appelle-t-il ?
- Lyle.
- D'accord, tu as frappé ce Lyle à la première occasion ?
Kate était touchée que Tony le prenne tellement à cœur. Elle était persuadée que s'il avait une machine à voyager dans le temps, il irait se battre avec Lyle ou alors, il pourrait carrément tenter de le retrouver aujourd'hui et lui faire payer.
- Je n'aurais jamais pu le frapper.
- Pourquoi me frappes-tu sans arrêt, alors ?
- Toi, c'est pas pareil.
- Qu'est-ce que je dois comprendre ?
- Ce que tu veux ?
- Si je laisse mon imagination fonctionner ...
- J'ai une autre question, amorça alors Kate pour couper court à un sujet qui lui faisait peur et envie à la fois.
- Je sais ce que tu veux me poser comme question. Plus de vérité cachée entre nous. Vas-y.
- Tu es sûr ?
- Pour toi, oui.
- D'accord. Je peux savoir comment est morte ta mère ?
- De moi, dit-il du bout des lèvres, comme si ces mots ne l'avaient jamais quitté.
- Qu'est-ce que tu dis ?
- C'est ce qu'a dit mon père à l'enterrement. Il s'est excusé bien sûr, mais c'était dit. En fait, quand elle est tombée enceinte, Maman a passé des visites et les médecins lui ont découvert un souffle au cœur et donc, conseillé d'avorter. Elle a refusé, elle voulait être Mère, elle voulait être ma Maman. Par amour pour elle, mon père a capitulé. Il était différent avec elle, il ... Je ne comprends pas comment il pouvait l'aimer à ce point et ne pas pouvoir juste m'aimer un peu.. Je m'égare.
Kate pouvait clairement voir les larmes qui étaient montées aux yeux de Tony.
- Et les médecins avaient raison, sa grossesse et l'accouchement ont fatigué son coeur. Il a pris 10 ans d'un coup, peut-être même plus, qui sait. Quand j'ai été en âge de comprendre, je m'inquiétais sans arrêt et je restais avec elle. Nous regardions les programmes tv ensemble. En fait, quand je parle de tous ces vieux films, c'est presque comme si elle était là. Parfois, je peux presque l'entendre me répondre. Son état a été stable pendant longtemps, c'est pendant ma première année d'université que tout s'est enchaîné. Avec la bourse sportive, j'aurais pu choisir n'importe quelle université mais j'ai choisi la plus proche de la maison. J'aurais dû rentrer pour Noël mais j'avais des partiels et du travail jusque par-dessus la tête. Et quand elle m'a appelée, je lui en ai parlé et elle m'a dit de rester là-bas, que nous fêterions Noël plus tard..., dévoila Tony alors que ses mâchoires l'une contre l'autre tentaient de contrôler la boule dans la gorge qui montait et voulait éclater.
Puis, il annonça :
- En fait, elle était à l'hôpital...
Kate frissonna, la peine d'Anthony était si palpable. Une peine mais aussi une culpabilité et aucune raison jusqu'ici pour l'oublier ou plutôt pour accepter de vivre avec et d'accepter d'être heureux. Elle écouta la suite du récit de son partenaire :
- La veille de Noël, je n'arrivais à rien, j'avais l'impression que quelque chose n'allait pas. J'ai fait mon sac et je suis rentré. Il n'y avait personne à la maison, j'ai su ce que ça voulait dire. Quand je l'ai vue dans son lit, j'ai su. Je me suis assis près d'elle... Un sanglot dans la voix, puis Tony parvint à continuer : Elle m'a souhaité Joyeux Noël puis, elle a passé sa main sur mon visage, j'ai souri et sa main est retombée ... La fin du monde ..., conclut-il, en détournant le regard.
Pendant ce récit, Kate avait l'impression de voir des images de la vie d'Anthony : Un petit garçon inquiet, là pour veiller sur sa maman, un jeune homme rempli de culpabilité et un homme essayant d'attirer l'attention sur lui pour se prouver l'utilité de sa présence. Un homme qui offre de manière sincère toute la joie possible. Kate déposa sa main sur la joue de Tony et ramena son visage vers elle.
- Je suis désolée.
Que pouvait-elle dire d'autre ? Même après tout ce temps, cette douleur était identique. Les films qu'ils regardaient ensemble résonnaient encore. Leurs rires aussi. Kate le savait.
- Merci, Caitlin, murmura Tony, en prenant la main de Kate pour enlacer ses doigts autour. Elle s'appelait Cassandra.
- Je sais... Logan me l'a dit. C'est un très joli prénom, commenta Kate, tout en observant leurs mains entrelacées sur le couvre-lit.
- Elle croyait aux signes, elle disait qu'il faut rester attentif, que l'on peut voir plus loin, qu'ils sont là pour nous éviter de passer à côté du bonheur. Tu es la première personne à qui j'en parle.
- Et c'est d'elle que tu tiens ton sourire.
- Joli compliment, partenaire !
Kate revoyait leur première rencontre, leur première enquête sur Air Force One. Comme les choses avaient changé ! Au fur et à mesure, petit à petit... Là, à cet instant, elle voyait leur présent. Pour le moment, il était différent du NCIS mais complémentaire. Kate s'était toujours crue trop simple, trop lisse, même avec un travail hors norme. Elle n'avait rien de spécial... Pourtant, dans les yeux de Tony ... Elle était faite pour Tony. Et heureuse, elle crut à un avenir meilleur avec un homme qui saurait la deviner, la protéger, la rendre heureuse... Avec Anthony !
Seulement comment lui dire ? Le moment viendrait, elle le saurait. Donc, elle décida de laisser un signe la guider et elle reprit normalement la conversation :
- J'ai faim, on commande ?
- Si tu veux mais ils ne font pas de tofu.
- Que tu crois, le taquina Kate
- S'il te plaît, non !
Tony vit Kate aller dans sa chambre à lui.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je téléphone de ta chambre.
- Pourquoi ?
- Pour la note.
- C'est mon père qui règle pour le week-end.
- A moins qu'il n'ait changé d'avis depuis ton uppercut, Rocky.
- Tu n'as peut-être pas tort. Alors prépare-toi à filer à l'Anglaise.
Kate riait tandis qu'elle pénétrait dans la chambre. Elle appela la réception, patienta quelques minutes et quand ce fut à son tour, elle se pencha dans l'ouverture pour demander à Tony ce qu'il voulait et là, elle se stoppa net car il était endormi sur le lit. Elle annula, reposa le combiné et se rapprocha de lui, s'assit sur le lit puis se coucha posant sa tête sur l'oreiller :
" Lui qui dit ne pas dormir facilement ! Je lui apporte la paix..."
Bien sûr, la journée avait été mouvementée et longue mais Caitlin aimait à le penser et à continuer à le penser, au lieu de se cacher derrière l'ironie où elle se serait comparée à du gaz soporifique. Et elle regarda Tony dormir. Un visage parfait, serein, cheveux en bataille, plus de ride sur le front, oui serein et des lèvres qui seraient toujours pour elle synonyme du sourire intense d'Anthony. Passer sa main et le faire sourire ... Kate aurait voulu continuer à le regarder, mais ses yeux n'étaient pas de son avis et ils finirent par se fermer.
"Le dessiner serait chose si facile ... " Et ce fut aussi en paix que Caitlin s'endormit.
Kate dormait si bien pourtant quelque chose la ramenait à la surface, une voix. Ca ne pouvait pas déjà être le matin.
- Ne pars pas !
Kate se tourna et ouvrit les yeux, le profil de Tony, d'abord flou, devint plus net. Elle réalisa qu'il était en plein rêve, enfin plutôt en plein cauchemar.
- Seul, ne me laisse pas tout seul ! C'est ma faute ... Maman...
Kate ne fut pas étonnée. Tony n'avait pas fait que lui parler, il avait revécu des moments uniques entre Cassandra et lui mais surtout, il avait en face de lui toute une vie qu'il avait dû vivre seul, sans pouvoir rien partager avec elle et ce par sa faute, comme il devait le croire.
Kate n'eut pas à réveiller Tony, il sortit de son cauchemar d'un coup.
- Non ! Non !!!
Réveillé en sursaut, il tourna la tête de droite à gauche pour identifier où il était et vit Caitlin :
- Kate ? ... C'est moi qui suis dans ta chambre ?
- Tu t'es endormi.
- Désolé. Je vais te laisser.
- Ca va ?
- Ce n'est pas la première fois. Elle ne fait que passer cette ombre.
Et comme une impulsion, Kate laissa son geste exister. Une main sur le visage d'Anthony. Un battement d'aile qui se fige dans l'air. Une respiration qui ne viendra pas.
Tony la fixait incapable de dire quoi que ce soit. Kate ne parvenait pas à savoir ce qui traversait son esprit. Elle avait juste laissé parler son coeur mais maintenant, elle avait peur de s'être trompée. D'avoir fait plus de mal que de bien. Elle s'était appropriée quelque chose qui n'appartenait qu'à Anthony et à Cassandra.
"Qu'est-ce que j'ai fait !!"
Elle vit alors Tony se lever et s'éloigner toujours plus.
- Tony... Je... Ne pars pas...
Il s'arrêta mais ne se retourna pas.
- Je m'excuse. Je ne voulais pas ...
Elle ne finit jamais sa phrase car Tony avait ouvert la porte et était parti ...
A suivre...
Ce chapitre me tient beaucoup à coeur pour tout ce que Tony confie, j'espère avoir été à la hauteur, vous savez ce qu'il vous reste à faire...
