Chapitre 9 : Une Rencontre singulière.

Il avait choisi de ne pas prendre de cheval pour le trajet qu'il avait parcouru.

Et il commençait à le regretter.

Les routes étaient devenues moins sûres et fréquentées, et même pour quelqu'un comme lui, il n'était pas rassurant de les arpenter à pied.

Enfin pourtant, il arrivait bientôt à sa destination. Il avait hâte.

Après tout Fondcombe était l'endroit où restait son cœur, qu'importe où il se trouvait.


Confortablement installée sur des coussins qu'elle avait installée devant une fenêtre du pavillon, la jeune fille, tortillait distraitement une de ses mèches rousses pendant qu'elle lisait un parchemin déroulé sur ses genoux.

À ses côtés, Arwen, l'Étoile du Soir, était assise sur une chaise

en bois blanc et faisait de la broderie.

Soudain elle redressa son beau visage vers l'entrée du domaine. La jeune fille assise à côté d'elle en fut intriguée d'autant que les superbes yeux verts de la femme scintillaient discrètement de joie.

"Tout va bien, Arwen ? demanda-t-elle, curieuse.

- Tout va très bien, Maëve, répondit-elle avec un sourire resplendissant. Puis-je te laisser un instant ? Je souhaiterais aller changer ma tenue.

- Je ne pense pas que tu aies besoin de ma permission pour aller te changer", rit Maëval de Sambre.

Elle passa distraitement sa main dans ses boucles rousses, faisant tinter les perles en or dans ses cheveux.

"De toute façon, il faut que je sois seule pour faire ce sort. J'ai besoin de me concentrer."

Elle ajouta pompeusement avec un geste exagéré :

"Vous pouvez disposer, jeune damoiselle, je vous permet de vous retirer !"

Arwen rit de bon cœur avant de s'éloigner.

Maëve quant à elle, saisit son bâton et alla remplir une grande coupe d'argent d'eau, et incanta le sort du parchemin. Avec la pointe de son bâton, elle toucha l'eau qui se rida en formant des ondes circulaires parfaites. Quand elle le releva lentement, l'eau suivit, et une forme humanoïde apparut, absorbant toute l'eau de la coupe. Quand la créature d'eau fut achevée, Maëve put enfin respirer.

Elle souffla pour se concentrer à nouveau.

Maintenant il fallait la stabiliser, pour qu'elle tienne debout sans l'aide du bâton.

Du mieux qu'elle put, elle insuffla la magie dans le corps aqueux et peu à peu, ses membres s'étoffèrent. Ils devinrent plus épais et plus longs, ce qui faisait qu'au bout d'épuisantes secondes pour Maëve, le bonhomme d'eau avait acquis des proportions acceptables et pouvait sans aucun doute tenir seul. Elle enleva son bâton.

La créature tint bon.

L'apprentie jubila.

Enfin ! Plusieurs semaines déjà qu'elle travaillait sur ce sort et enfin elle y arrivait !

Elle tendit la main vers le petit homme aqueux.

"Viens mon grand, je vais te montrer à Maître Gandalf."

Il ne bougea pas d'abord puis il sauta de la coupe à sa main et Maëve dégagea ses boucles rousses pour le poser sur son épaule.

Elle partit alors dans les couloirs et sauta par un balcon pour passer sur un autre pavillon. Une fois qu'elle descendit l'escalier, elle trouva Gandalf et Elrond en train de converser à la table ronde.

"Maître ! s'exclama-t-elle. Regardez un peu mon exploit !"

Et elle déposa le petit homme d'eau sur la table. Ce dernier parut intimidé par les regards inquisiteurs des deux grands hommes.

"Eh bien ! dit doucement Maëve. Soit poli ! Salue-les donc."

Le petit homme d'eau inclina son buste. Et le sourire de Maëve s'élargit.

"Alors ?

- Bravo, Maëve ! la félicita Gandalf. Tu peux maintenant créer des poupées d'eau. Voici ta récompense."

Il sortit de sa tunique une petite gourde en cuir.

"Garde toujours de l'eau sur toi pour pouvoir l'invoquer à ta guise. Tu pourras le faire en emmenant cette gourde partout où tu iras.

- C'est parfait, maître ! Merci beaucoup !"

Elle prit la gourde que le magicien lui tendit et la mit à côté de sa poupée d'eau. Elle frappa deux fois le sol avec la hampe de son bâton et la marionnette bondit pour s'engloutir en un filet d'eau à l'intérieur de la gourde.

"Arwen était avec toi, Maëval ? demanda Elrond pendant qu'elle attachait la gourde solidement au turban rouge qui ceinturait sa robe écarlate.

- Oui. Je lisais mon parchemin avec elle. Et puis d'un coup, elle avait l'air toute joyeuse et est partie se changer."

Elle tripotait distraitement la corde tressée blanche de son bâton.

"J'étais vraiment contente qu'elle soit revenue, et ça ne fait maintenant que quelques semaines qu'elle est ici mais je crois que je la suis de trop près, elle doit trouver ça éprouvant ! ajouta-t-elle avec un rire gêné.

- Bien au contraire, jeune fille, lui sourit Elrond. Ta présence lui est plus agréable que n'importe laquelle ici bas."

Il ajouta avec un air imperceptiblement plus sombre :

"Seulement, il est au monde une compagnie qu'elle trouvera toujours plus agréable que la tienne ou même la mienne. Et cette personne vient d'arriver à l'instant.

- Oh. Alors c'était ça", fit-elle songeuse.

Elle s'assit sur une table à côté de celle des deux hommes pour leur faire face. Elle balança ses jambes paresseusement dans le vide :

"Elle est amoureuse, n'est-ce pas ?

- Il est étonnant, jeune fille, fit Gandalf avec un petit sourire, que tu sois capable de faire une telle supposition alors que tu n'as que quinze ans !

- Sans doute, fit-elle avec le même sourire. Mais Arwen a toujours regardé les gens de Fondcombe avec de l'amitié, de l'affection, et pour moi, l'amour qu'elle porterait pour une petite, très petite sœur. Mais les yeux que j'ai vu quand elle a sentit la présence de cette personne ne ressemblaient pas à ces yeux là. En regardant les gens, on apprend à faire la différence dans les regards. C'est ce que vos fils m'ont appris quand nous nous entrainions à l'épée, ajouta-t-elle à l'adresse d'Elrond.

- Voilà que votre apprentie devient bien sage, commenta ce-dernier en souriant.

- Mais toujours aussi franche, je le crains", soupira Gandalf.

Maëve eut un large sourire.

"Vous savez que c'est un compliment que vous me faites, maître !"

Elle bondit sur ses pieds et demanda en s'appuyant sur son bâton avec nonchalance.

"Alors ? Comment s'appelle ce nouvel arrivant, que je ne reste pas inculte !"


"Aragorn !" firent deux voix comme une seule.

L'homme leva les yeux vers Elledan et Elrohir, les fils d'Elrond, avec qui il avait été élevé.

"Comme il est bon de te revoir, frère ! fit le premier.

- Tu nous surprend encore de ta venue. Quand donc cesseras-tu de nous prendre au dépourvu !?" rit le second.

Aragorn, fils d'Arathorn, salua chacun de ses amis avec une accolade affectueuse. Les jumeaux étaient comme des frères pour lui, et il était aussi heureux de les voir qu'eux. Mais la fatigue le rendait quelque peu muet.

Tous trois marchaient maintenant vers la maison d'Elrond, les jumeaux faisant la conversation pour trois.

Puis, quelque chose attira le regard d'Aragorn dans les hauteurs.

Sur le toit d'un des pavillons, il y avait une jeune fille. Campée sur ses deux jambes, un poing sur la hanche, tout de rouge vêtue, et avec la chevelure rousse la plus exceptionnelle qu'il eut jamais vu.

De là où il était il ne pouvait pas voir son expression mais elle semblait le regarder. Finalement elle le salua d'un grand geste de la main et disparut dans un tourbillon rouge de l'autre côté du toit.

Intrigué, il questionna les jumeaux à son propos.

"Ah, rit Elrohir, tu as vu notre petit diable rouge !

- Un petit diable rouge ?

- Maëval de Sambre. L'élève de Gandalf. Son apprentie magicienne. Elle s'habille en rouge parce qu'elle vient de la tribu des Nomades Rouges."

C'était beaucoup d'informations pour Aragorn. Même si son ami avait répondu à sa question, sa réponse en avait créé de nouvelles.

Gandalf avait une élève ? Depuis quand ? Et pourquoi diantre une Nomade rouge irait jusqu'ici pour apprendre ? Avait-elle des pouvoirs elle aussi ? N'était-ce pas uniquement les magiciens et les Elfes qui pouvaient faire de la magie ?

Il tenta de sortir ses interrogations de la tête, le voyage avait été trop éprouvant pour qu'il se tourmente.

Il voulait prendre des nouvelles de sa famille, visiter la tombe de sa mère aussi, ainsi que donner un rapport à son protecteur, le seigneur Elrond, sur les événements qui s'étaient déroulés pendant son errance dans la Terre du Milieu. Et prendre un peu de repos. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu une véritable nuit de sommeil. Par prudence, où qu'il soit hors de Fondcombe, il ne dormait que d'un œil.

Alors qu'ils parcouraient les couloirs pour se rendre auprès d'Elrond, il tourna la tête.

Son cœur s'arrêta de battre.

Entre les colonnes, debout dans sa robe blanche et verte, le jardin derrière elle, Arwen le vit et lui donna un sourire resplendissant, ses beaux yeux verts riaient de joie à sa vue.

À l'intérieur, Aragorn se réjouissait mais il essaya de calmer ses élans, qui l'auraient poussé à la rejoindre et à la serrer dans ses bras. Il avait un serment à tenir. Il avait juré devant Elrond que jamais il ne courtiserait Arwen tant que sa destinée n'était pas pleinement accomplie. Il posa sa main sur son cœur pour s'incliner humblement, puis repris sa route.

Le cœur léger, il arriva enfin dans le salon muré de cartes, là où se trouvaient Elrond et Gandalf.

"Aragorn, mon cher ami ! fit Gandalf en se levant. Quel plaisir de vous revoir ! Vous avez l'air éreinté pourtant vous vous présentez en premier devant nous !

- À vrai dire, je comptais simplement vous signaler mon arrivée, fit-il avec un sourire. Ce dernier trajet m'a fatigué plus que je ne l'aurais escompté !

- Allez donc vous reposer et vous offrir une tenue plus confortable, Aragorn, lui intima Elrond en se levant à son tour. Je vois à votre visage que vous avez besoin d'une bonne nuit de sommeil. Nous vous ferons chercher pour le dîner. Vous nous ferez part de vos informations à ce moment là."

Aragorn s'inclina avec reconnaissance et alla rejoindre les jumeaux qui l'attendaient à l'entrée de la salle.

"Tu n'as qu'à prendre tes anciens quartiers, lui dit Elrohir.

- Ils n'ont pas changés depuis ta dernière venue, lui assura Elledan.

- Merci, mes amis, je vous laisse, je voudrais pouvoir tenir une vraie conversation avec vous à mon réveil", rit-il doucement.

Une fois dans sa chambre, il retira et plia ses affaires, sa cape, sa ceinture, son épée et sa sacoche.

Il ne lui restait plus que sa chemise et ses bas et c'est ainsi qu'il s'écroula presque sur son lit et dormit pendant trois longues heures, assuré qu'aucun brigand, aucune meute de loup, et aucun Orque ne viendrait troubler sa paix.


Il était si bien endormi qu'il n'entendit même pas Arwen entrer silencieusement dans la chambre avec des affaires de rechange pour lui. Même les plis de sa robe ne faisaient aucun bruissement sur le sol.

Elle posa doucement les vêtements sur la chaise à côté de la fenêtre et alla vers le lit d'Aragorn.

L'homme était complètement endormi et respirait calmement, allongé sur le dos, la tête tournée sur le côté. Malgré ses cheveux pleins de poussière, sa barbe broussailleuse et ses mains crasseuses, l'Elfe sourit tendrement, car qu'importe l'état dans lequel il était, il serait toujours beau à ses yeux.

Du bout des doigts, elle vint repousser une de ses mèches de cheveux qui tombait sur son front.

Il semblait si vieux et si jeune à la fois !

Quel âge avait-il maintenant ? Cela devait être bientôt 80 ans... La lignée des Dunédains dont il était le descendant, jouissait d'une espérance de vie considérablement plus longue que celle des humains mortels. Et cela parce que les hommes de Númenor était la lignée des rois du Gondor.

Un roi, Aragorn était destiné à le devenir. Quel lourd poids pesant sur ses épaules que de devenir le roi d'un royaume aigri et sans souverain depuis des siècles, comme celui du Gondor. Surtout en ces temps obscurs, où l'infâme maître du Mordor, Sauron, étendait son influence lentement mais sûrement sur la Terre du Milieu. La pression était grande, pour lui.

Chaque fois que quelqu'un abordait le sujet, le doute et l'hésitation luisaient dans son regard et son visage se fermait. Aragorn n'était pas sûr de pouvoir assumer un tel rôle.

C'était tout à son honneur, étant donné le contexte dans lequel on se trouvait maintenant.

Mais Arwen savait que c'était ce doute et cette humilité qui feraient de lui le meilleur roi que le Gondor avait jamais eu. Elle lui faisait confiance.

Elle le regarda longuement puis alla lui caresser le visage.

Cette fois ses yeux papillonnèrent et il sourit doucement en la voyant :

"C'est un rêve..., murmura-t-il en Elfique, encore un peu endormi.

- Seulement si vous en décidez ainsi", dit-elle sur le même ton.

Il lui prit doucement la main et la porta à ses lèvres. Puis il la laissa partir doucement, comme si il laissait tomber un tissu de satin le long de ses doigts.

"Dormez, Estel, mon roi, lui dit-elle à la manière d'une berceuse. Nous nous verrons à votre réveil."

Il se rendormit doucement, le sourire aux lèvres, pendant qu'elle lui déposa un baiser sur la joue. Elle referma silencieusement la porte derrière elle en sortant de la pièce.


Lorsqu'il se réveilla, il resta un moment allongé à regarder le plafond de sa chambre, encore étourdi de joie après ses retrouvailles avec Arwen.

Incroyable comme le temps n'avait altéré le plus beau visage de ce monde et incroyable aussi qu'il soit celui qu'elle avait choisi.

Il décida de se lever après sa rêverie et il alla dans la salle de bain où de l'eau chaude était déjà à côté du bac.

Les Elfes étaient toujours prévoyants, quoiqu'il arrivait.

Après une longue toilette, le temps d'enlever la crasse accumulée pendant tout le voyage, il eut enfin il un aspect convenable, la barbe taillée et les cheveux coiffés.

Il s'habilla avec les vêtements que lui avait procuré Arwen : une tunique blanche, serrée avec un ceinturon en cuir, et des bas de coton marrons ainsi que des bottes en cuir comme le ceinturon.

Une fois prêt, il entreprit de laver ses vêtements et lorsqu'il les mis à sécher, il put enfin sortir de sa chambre.

Comme à chaque fois qu'il se trouvait à Fondcombe, la première chose qu'il fit fut d'aller se recueillir devant la tombe de Gilraen, sa chère mère, qui l'a élevé ici même, à Imladris, en tant qu'Estel.

Il s'enfonça dans un des bosquets de la vallée où se trouvaient des arches en pierre blanche et au centre une pierre tombale sur laquelle on pouvait lire en Elfique, qu'il s'agissait de la tombe de Gilraen.

Il épousseta les feuilles mortes qui s'étaient posées sur la tombe d'un revers de la main et regarda longuement la statue qui représentait sa mère, fixant le vague. Une expression paisible sur ses traits et un cercle couronnait son front et ses cheveux qui cascadaient derrière son dos.

Les Elfes étaient d'excellents sculpteurs.

Il se recueillit pendant un long moment, se rappelant des souvenir qu'il avait avec sa mère, des rires et des larmes, de ses mises en garde, de la manière insistante avec laquelle elle l'avait protégeait de tout affront et de tout danger... Il représentait pour elle la famille qui avait pétrie dans les terres de l'Ouest. Et il représentait pour le pays de Dain et pour la Terre du Milieu, l'espoir et le renouveau, la victoire face au mal.

Mais lui, ne voyait pas les choses de cet œil.

Lui, seul homme, ne pouvait certainement pas sauver ainsi la Terre du Milieu ! Certes, ces longues années en tant que Rôdeur, à arpenter ces terres et ces montagnes, l'avaient considérablement transformé et l'avait fait grandir. Il avait appris tellement de choses avec ces voyages qu'il avait forcément mûri mais cela ne signifiait pas qu'il parviendrait à accomplir les tâches qu'on lui incombait.

Il salua une dernière fois la tombe avant de tourner les talons et de quitter la forêt.

Une fois de retour dans la maison d'Elrond, ses pas le menèrent ensuite vers un lieu qu'il aurait préféré éviter. C'était une salle circulaire qui était entourée par un chemin surplombant son cœur et par lequel on y accédait avec des escaliers placés au quatre coins de la salle. En son centre, il y avait une estrade, sur laquelle se trouvait une statue elfique qui avait dans ses mains une stèle de pierre recouverte d'un tissu de velours rouge. Là, posée sur le velours, il y avait une épée, ou du moins ce qu'il en restait, car elle était brisée en plusieurs morceaux.

Il s'en approcha et la regarda avec mélancolie, car il la reconnaissait.

Il leva sa main pour la saisir quand il s'aperçut qu'il était observé.

Il leva les yeux vers la jeune fille qu'il avait vu plus tôt sur les toits de Fondcombe, accoudée sur la balustrade du chemin. Elle le fixait avec un large sourire. Il put cette fois la voir de plus près.

Elle avait effectivement une chevelure rousse bouclée et abondante, certains de ses cheveux étaient tirés en arrière et attachés avec un fermoir en or, mais d'autres mèches sauvages encadraient son visage pointu. Des perles en or étaient glissées dans certaines de ses mèches et on pouvait voir aussi deux tresses qui pendaient de chaque côté de son visage et attachées par des lacets de cuir. Ses joues étaient colorées, montrant un dynamisme constant, et étaient parsemées de tâches de rousseur qui rendaient son regard vert plus espiègle et pétillant qu'il ne l'était déjà. Elle était vêtue d'une longue tunique rouge ceinturée par un turban de la même couleur, ainsi que de bas plus sombres et de bottes en cuir, dont la pointe rebiquait, leur donnant un aspect oriental. Jeté sur ses épaules, un châle rouge orangé dont les franges étaient faites de fil doré, et frappé d'un taureau de la même matière avec un anneau à son museau.

À sa ceinture, il y avait ce qui ressemblait à un cimeterre à la lame courte, rangé dans un fourreau en cuir pourpre dont les extrémités et l'attache avec lequel le sabre était relié au turban, étaient des ornements en or ayant la forme de flammes souples et vives.

À son cou et à ses poignets, on pouvait voir des colliers et des bracelets en or, parsemés de perles et de pierres précieuses rouges.

Cette jeune fille possédait un mélange de vêtements et d'accessoires dont l'association aurait paru véritablement improbable. Pourtant, elle les arboraient fièrement et les portaient plutôt bien.

"Vous êtes Aragorn, fils d'Arathorn, si je ne m'abuse ? demanda-t-elle d'une voix claire.

- Et tu es Maëval de Sambre, constata-t-il avec un demi sourire.

- Fille d'Asteral de Sambre, précisa la jeune Nomade en se redressant. Mais Maëve suffit."

Elle passa ses jambes par dessus la rambarde pour sauter près de l'estrade. Les mains jointes dans son dos, elle s'approcha légèrement de lui et regarda l'épée à son tour.

"Maître Gandalf et maître Elrond n'ont pas voulu me dire pourquoi cette épée était là ni à qui elle était destinée, mais c'est un secret que tout le monde sait, ajouta-t-elle en souriant. Les livres parlent à leur place."

Aragorn lui jeta un regard amusé et haussa un sourcil intéressé.

"Que sais-tu donc sur cette épée ?

- Il n'y a pas beaucoup d'armes qui, une fois brisées, sont laissées dans cet état. Sauf celles qui témoignent d'une victoire ou d'un autre évènement tout aussi important..."

Elle commença à faire le tour de la statue.

"Dans toute l'histoire de la Terre du Milieu, il n'y a eu qu'une seule épée qui a été brisée et qui a été conservée en personne par maître Elrond et dont chaque morceau est aujourd'hui précautionneusement astiqué et poli."

Elle se pencha d'un côté pour le regarder depuis l'autre côté de la statue, et sa chevelure valsa avec le mouvement.

"Anduril."

L'œil d'Aragorn se leva vers elle et il vit le sourire de la jeune fille s'élargir :

"L'épée qui d'un coup détruisit tous les plans de Sauron le Misérable. Simplement en lui tranchant le doigt."

Elle finit le tour de la statue et jeta nonchalamment un pan de son châle par-dessus son autre épaule, toujours son sourire malicieux sur les lèvres.

"Bien sûr l'épée fut détruite à son tour, mais quand on pense que l'ensemble du plan du maître du Mordor reposait sur un misérable anneau, on se demande bien à quoi cet homme pensait.

- C'était loin d'être un simple anneau, fit Aragorn, soudain intéressé par la tournure que prenait la conversation.

- Justement, au lieu de pavaner avec au milieu de ses troupes, sous prétexte de bouleverser ses ennemis, il aurait dû les laisser faire et se terrer dans le Mordor pour être l'abri. Il s'est fait avoir en sous estimant les hommes du Gondor et Elendil et son fils, plus particulièrement."

Elle s'approcha de la statue et observa l'épée.

"J'ai essayé de la prendre une fois, reprit-elle, mais, j'ignore comment l'expliquer, je n'ai pas pu. Ma main n'a pas voulu en saisir le manche. Je n'ai pas pu, tout simplement. L'épée m'a rejetée."

Elle fit volte-face pour le fixer avec insistance. Et elle agita son doigt vers l'épée tout en le regardant, avec cet étrange sourire, le sourire que l'on pourrait avoir lorsqu'on réalisait lentement quelque chose :

"Cette arme dégage une énergie qui n'est pas compatible avec la mienne. Mais avec vous, c'est une autre histoire.

- Je m'y refuse", répondit-il en comprenant ce qu'elle insinuait.

Elle haussa les sourcils.

"Y a-t-il un raison particulière ?

- Le doute, la peur, l'hésitation devant ce qu'elle représente... Il y en a beaucoup."

Elle le regarda longuement, la tête penchée sur le côté.

Puis, il se produisit quelque chose de complètement inattendu.

D'un geste vif et soudain, la jeune fille avait dégainé son sabre et s'apprêtait maintenant à lui porter un coup mortel en le dirigeant vers sa gorge. Mais au lieu de rencontrer la chair, c'est l'acier que trouva la lame de la jeune nomade.

Dans la précipitation, et par un authentique réflexe, Aragorn s'était emparé d'Anduril et avait paré le coup comme si l'épée avait toujours été à son ceinturon.

"Qu'est-ce que ça veut dire ? fit-il incrédule.

- Oh rien de spécial, répondit-elle avec une lueur dangereuse dans les yeux. Je tenais juste à vous assurer que cette épée vous appartient."

Elle s'avança et commença à danser, envoyant ses coups à droite et à gauche, tentant de perturber Aragorn. Mais le Rôdeur était expérimenté, et même si elle l'avait pris au dépourvu, sa grande dextérité lui permit de parer chaque coup. Avec plus d'énergie qu'avec son épée habituelle, constata-t-il cependant, avec plus de rapidité aussi, ce qui tenait de l'exploit, quand on savait que ce qu'il tenait n'était que le bout d'une épée.

Le son des deux aciers qui s'entrechoquaient retentissait dans la salle, le jeu de pieds furieux des deux adversaires faisait rage mais peu à peu, la jeune fille commençait à perdre son aplomb et Aragorn à prendre de l'avantage.

Le dernier coup décida l'issue du duel.

Maëve pivota pour l'atteindre au flanc mais il l'avait devancé. Car au moment où le sabre allait plonger dans la chair du Rôdeur, elle s'arrêta. Aragorn avait posé l'extrémité brisée d'Anduril sur la gorge de la Nomade.

Il restèrent dans cette position un petit moment, Maëve reprenant sa respiration lentement et lui toujours calme, mais les sourcils froncés.

"Je suis prête à parier, comme ça-t-elle encore essoufflée, que vous ne vous êtes jamais battu aussi bien de votre vie, même contre une gamine comme moi ! Elle est faite pour vous, cette épée, vous n'avez pas le droit de la renier."

Aragorn ne dit rien et se contenta de reposer précautionneusement l'épée sur son socle. Mais elle avait raison. Jamais une épée, ne serait-ce qu'un bout, ne lui avait procuré un tel sentiment de bien-être, et de calme lors d'un combat.

"Quel âge as-tu ? demanda-t-il enfin, en la regardant rengainer son sabre.

- Moi ? Quinze ans."

Il haussa les sourcils. Il ne put empêcher un sourire de se former sur ses lèvres.

"Tu es sacrément douée avec une épée, pour ton âge ! Et pour ton genre !"

Maëve éclata de rire.

"Ah ça, messire Aragorn, vous ne connaissez pas encore les femmes des Nomades Rouges. Il y a des filles qui sont plus jeunes et qui se battent mieux que moi ! Au fil des siècles, les hommes de notre tribu ont reconnus la valeur des femmes en tant que combattantes. Les hommes des autres peuples ne savent pas ce qu'ils perdent en ne les entraînant pas au maniement des armes."

Elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille et sourit. Puis elle s'inclina :

"Je suis désolée de vous avoir attaquée de la sorte, mais mon père est persuadé qu'un petit duel est toujours sain pour l'esprit d'un guerrier."

Elle ajouta en riant :

"Et puis si je voulais avoir un avantage sur vous, je devais vous attaquer par surprise. Et aussi au vu de vos doutes, il fallait que je vous parle ! Je crois que vous ne pouviez pas mieux tomber.

- Ah oui ?

- Écoutez mon histoire, vous allez comprendre."

Elle se déplaça vers une autre rambarde et bondit pour s'assoir dessus, les jambes balançant dans le vide. Aragorn vint s'adosser sur le mur en face d'elle, croisant les bras sur sa poitrine, attendant son récit.

"J'avais à peine dix ans que je venais d'arriver ici pour commencer mon apprentissage, entama-t-elle, je peux vous assurer que j'étais une piètre élève. Piètre en incantation, piètre auditrice, je bougeais partout et je ne me posais que pour lire les livres que maître Gandalf me donnait, et encore je ne les finissais pas tous ! Et pourtant, avant de venir ici j'étais capable de faire flamber les paumes de mes mains comme des petits feux de joie ! Et d'un coup je ne savais plus comment faire... La pression que mettait Gandalf sur moi était difficilement supportable et je ne pouvais d'ailleurs pas supporter d'être enfermée aussi longtemps dans une maison, aussi belle soit elle. Alors j'ai décidé de fuir.

- Comme ça ? rit-il. À dix ans ? Et connaissais-tu les terres ?

- Seulement grâce à la salle des cartes. Assez pour pouvoir repartir chez moi. C'est ce que je me disais. Je ne me doutais pas du danger. Et même après je ne m'en doutais pas. À douze ans, maître Gandalf m'emmena dans un village infesté d'Orques, et je fus blessée en tentant d'en tuer un."

Elle découvrit son bras pour montrer une longue cicatrice qui barrait sa peau.

"Le prix de la naïveté..., fit-elle, songeuse en la regardant. Enfin bon. Pour en revenir à mon escapade : j'avais fait galoper ma jument, Peema, toute la nuit durant, et alors que je pensais bien avancer vers le Sud, je tombe sur une forêt et sur un homme."

Son regard devint soudain nostalgique :

"Et cet homme a changé ma vie.

- De quelle manière ?

- En me disant les mots que je comptais vous dire, répondit-elle en le regardant de coin de l'œil. "Comment voudras-tu regarder ta famille en face après avoir fuit ton destin ? Si tu ne crois pas au destin, sache qu'il existe autre chose qui te contraindra : la responsabilité. Ce que tu peux faire, petite Maëve, ce que tu peux faire avec tes petites mains, personne d'autre ne peut le faire. Fais ton apprentissage et met tes capacités au service du bien commun, car c'est ton devoir. Tu es née pour rendre service aux autres avec ces pouvoirs.""

Elle avait dit ces mots là sur le ton d'une mère grondant son enfant. Puis elle ajouta doucement, en le regardant, cette fois :

""Savais-tu que parmi les bons rois qui ont existé, nombreux étaient ceux qui ne voulaient pas le devenir ? On trouve les plus grand héros chez les plus humbles et les plus courageux. Les rois qui ne voulaient pas gouverner pouvaient se prélasser et laisser leur royaume à la dérive. Les bons rois, en revanche, sont ceux qui assument leurs responsabilités. Quel roi voudrais-tu être", m'a-t-il demandé ensuite. Je lui ai répondu que je n'étais pas roi. Mais il m'a dit que mon sang et mes pouvoirs sont aussi précieux que ceux d'un roi."

Elle envoya ses jambes en avant pour atterrir sur le sol plus bas.

Aragorn l'avait écouté tout au long de son monologue. Et s'était peu à peu rendu compte que ses arguments répondaient à ses propres interrogations et doutes. Il sourit en pensant que cette rencontre de la jeune magicienne avec cet homme dans la forêt n'était pas un hasard, que peut-être elle n'allait pas simplement l'aider elle mais lui aussi. Car cette peur, cette hésitation avec lesquelles elle avait été en proie à dix ans, elles l'avaient poursuivi pendant des décennies et des décennies.

Il ne pu s'empêcher d'admirer la maturité de l'apprentie magicienne.

Quelque chose l'intriguait tout de même dans le récit de Maëve :

"C'est un inconnu qui t'as guidé et non pas Gandalf le Gris ?

- Je sais, c'est bizarre, rit-elle. Mais ce n'était pas n'importe quel inconnu."

Elle s'arrêta un instant pour regarder au dehors.

"C'était le fantôme de mon ancêtre, Harak le Lancier Blanc, l'un des fils d'Artrès du Sud, le fondateur de notre tribu. À cause d'une malédiction qu'il a subi de son vivant, il a été banni et est mort dans des circonstances particulières. Alors il est resté dans cette forêt, des siècles durant pour se repentir de ses crimes en aidant un de ses descendants.

- Et ce descendant, c'était toi."

Elle hocha la tête et sourit encore avec nostalgie.

"C'est l'un des plus beaux souvenirs que j'ai de mon enfance dans le Nord. Si il m'a plus aidé que mon maître, c'est parce que je n'avais rien dit à Maître Gandalf. J'avais trop peur qu'il ne comprenne pas mes sentiments, la sensation que j'avais d'être enfermée et pitoyable parce que je n'arrivais à rien. Mais Harak, lui la comprenait parfaitement, puisqu'il avait été banni, puis enfermé dans cette forêt, séparé des siens, et devant attendre qu'une autre chance se présente. Ma détresse était aussi la sienne, donc même si ses mots auraient pu être ceux de mon maître, ils étaient plus percutants pour moi car nous avions vécu un peu les mêmes choses. C'était un repère pour moi, et même maintenant qu'il est aux cieux avec les autres ancêtres, il le reste encore."

Il y eut un long silence puis Aragorn dit :

"Je te remercie de m'avoir parlé de ton aventure. Je pense que j'avais besoin d'entendre ces mots.

- Je vous le dit, l'Un à plus d'un tour dans son sac ! Le destin y est pour quelque chose, j'en suis convaincue."

Elledan entra alors dans la salle et s'avança vers Aragorn :

"Je me doutais que je te trouverais ici, si tu n'étais pas dans ta chambre mais je ne pensais pas y trouver Maëve également ! Ça tombe bien, Père souhaite votre présence à tous les deux. Un invité est arrivé il y a peu."

Maëve et Aragorn se regardèrent puis suivirent l'Elfe jusqu'à la salle des cartes. Et en voyant l'invité en question, Maëve s'arrêta net.

Discutant avec Gandalf et Elrond, il y avait un jeune homme, sans doute à peine plus vieux qu'elle, elle le voyait de dos, ainsi qu'une longue tresse brune qui lui descendait jusqu'aux reins, et elle en devinait aussi une seconde, plus petite, qui reposait sur son épaule. Lorsqu'il se retourna pour les voir arriver, elle en fut grandement perturbée car la forme de son visage, les tâches de rousseurs et les reflets roux dans sa chevelure brune, et ses yeux noirs lui évoquaient un souvenir familier.

C'était en effet troublant car, elle l'aurait pris pour un natif de sa tribu, si son habit, son pourpoint, jusqu'au fourreau de son épée, n'étaient dans des teintes blanches et grises, au lieu du rouge des Nomades.


enfin ! voilà Aragorn, n'est-ce pas ! XD

vous n'imaginez pas à quel point j'en aie bavé pour faire ce chapitre. Se mettre dans la peau de ce type était beaucoup plus dur que prévu, diantre !

mais bon globalement, je suis assez satisfaite du rendu.

quoiqu'il en soit j'espère que ce chapitre vous a plu ! Eh oui, enfin une véritable description physique de Maëve !

Et je me suis dit qu'il serait temps de faire quelques précisions :

1) Les tresses

quoiqu'il arrive, que ce soit un homme ou une femme, tous les membres de la tribu des nomades rouges en ont. Chaque tresse indique un âge passé, chaque fois qu'on obtient un âge, on obtient une tresse.

Maëve par exemple, à 5 ans, n'a qu'une seule tresse, elle est faite au fur et à mesure que l'enfant grandi après la naissance. À 10 ans elle obtient sa deuxième au passage de l'âge premier. Elle en aura une troisième quand elle aura 20 ans, une quatrième quand elle en aura 30, et ainsi de suite.

dans la tribu, on juge que plus tu as de tresses plus on te doit le respect. Et ton opinion sera véritablement prise en compte quand tu auras trois tresses, c'est-à-dire quand tu auras 20 ans.

Petite anecdote : Les hommes parfois, font leurs tresses sur leurs barbes quand elle devient assez longue. ;)

2) les "dieux"

je me suis gourée sur ce plan là. Je pensais que la religion principale de la Terre du Milieu se référait au culte de plusieurs dieux. Mais en fait non, c'est un seul dieu, celui qu'ils appellent l'Un.

Voilà voilà j'espère vous retrouver pour le chapitre 10 et ainsi s'achève le premier chapitre de la deuxième partie de cette FanFic ;-)