Disclaimer : Yamane-sensei est la créatrice des personnages que j'utilise ici, je ne gagne rien en écrivant cette histoire, si ce n'est des reviews, des favoris, ou des alertes.

Merci pour vos reviews qui m'encouragent toujours à aller de l'avant irl et dans l'écriture de cette fanfiction ! Recevant la visite de mon cher et tendre ce week-end, je poste le chapitre un petit peu plus tôt que d'habitude.

Alors, ce chapitre va être particulièrement gore, je comprendrais très bien que vous ne veuillez plus lire mon histoire après ce chapitre. Je ne vous en voudrais pas. Mais c'est la seule scène ouvertement graphique que j'avais prévue à ce niveau-là. C'est juste pour marquer le coup comme on dit.


Menaces


Akihito n'en revenait toujours pas : l'intégralité de son appartement avait été savamment saccagée, abîmée, ruinée, réduite en miette, et bien sûr, une bonne partie de ce qu'il avait accumulé au cours de ces années avait été sali. Il pénétra l'appartement avec beaucoup de précaution, ne désirant pas être blessé au cours de son investigation, à savoir, voir si quelque chose manquait à sa liste de biens. Il fouilla les canapés, les tables, les meubles, les étagères, ses notes dans son bureau, son ordinateur, pour voir si rien n'avait été effacé. Il jeta un coup d'oeil à sa liste de biens qu'il avait soigneusement cachée dans un vase, et une série de photos prises de ce qu'il possédait, rien ne manquait à l'appel.

- Et ben dis donc, tu as eu de la chance...

Kuroda se tenait juste derrière lui, observant, comparant et analysant les biens en photo d'Akihito avec le contenu de son appartement : il était témoin, rien ne manquait. Mais alors pourquoi une telle mise en scène ? Ca n'avait aucun sens. De plus, Akihito vivait dans un immeuble relativement protégé des cambrioleurs, aucun ne se risquait à se balader dans les rues fréquentées par les gens riches, où les caméras de surveillance fleurissaient à toute heure...

- Oui, mais pourquoi ?

Akihito avait comme suivi le fil des pensées du procureur, et jeta à nouveau un coup d'oeil à ses biens, voir si quelque chose lui aurait éventuellement échappé, lors de sa fouille. Rien de chez rien. Pas un mot, une lettre, voire un courriel exlicatif. Quelque chose clochait c'était sûr... Se pouvait-il que ce soit juste un fauteur de troubles qui frappait au hasard ? Ses voisins étaient-ils aussi touchés pars le cambrioleur ?

- Kuroda, et les voisins ?

Le procureur secoua sa tête :

- Pas une voiture de police en vue, enfin, je vais appeler des policiers que je connais personnellement, ils sont très discrets. Rien ne filtrera. J'ai déjà procédé à l'interrogatoire des voisins, rien à signaler. J'ai juste parlé d'une enquête de courtoisie, histoire de ne pas avoir de problèmes avec leurs avocats. Tu connais les gens riches, ils ne supportent pas qu'on pose le nez dans leurs affaires. Bref. Il semblerait que le cambrioleur ait choisi au hasard sa victime.

Kuroda leva les yeux vers Akihito, très sérieux :

- Ou pas.

Le journaliste avait deviné ce que le procureur avait en tête :

- Vous insinuez que quelqu'un pourrait m'en vouloir personnellement ? Vous savez bien qu'un journaliste ne se fait pas que des amis partout où il passe. Surtout un journaliste d'investigation comme moi. Je pense que je me suis fait une belle liste d'ennemis au cours de ces années, mais pas spécifiquement au Japon, à part sans doute, ce criminel en série qui s'amuse à imiter cet autre tueur des années quatre-vingt-dix.

Mais Kuroda semblait prendre les choses un peu moins à la légère :

- Mais qui aurait intérêt à provoquer un tel carnage dans ton appartement ? Qui ? Ca ne peut être qu'une personne qui t'en veut vraiment beaucoup. Réfléchis, Takaba. Réfléchis. Ca pourrait être n'importe qui.

Akihito avait une idée en tête de qui pouvait bien lui vouloir autant de mal, mais que cette personne fasse preuve de la plus grande discrétion le sidérait complètement. Avait-il changé au cours de ses années de prison ? Il se leva, agité, le menton dans sa main, faisant les cent pas, nerveux. Comment avait-il pu arriver aussi vite au Japon ? Comment ? Il venait très certainement de sortir de prison, seule une complicité extérieure avait pu l'en sortir aussi rapidement. Impossible autrement.

- Arbatov...

Sa voix n'avait été qu'un murmure, mais Kuroda entendit clairement ce nom, sorti des lèvres du journaliste... Il pâlit soudainement, comme ayant vu un fantôme, incapable d'avaler son verre d'eau, il l'avala de travers. Ce malade mental était dans la nature à nouveau ? Voilà qui devenait autrement plus délicat qu'un simple cambrioleur qui frappait au hasard.

- Takaba, as-tu visité la salle-de-bains ? Je n'ai pas réussi à l'ouvrir.

Akihito, aussi vif que l'éclair, bondit littéralement vers la pièce qu'il avait vraiment du mal à ouvrir aussi, il avait eu beau essayer de tourner la clé dans tous les sens, rien ne réussissait à la sortir de ses gonds. Rien. Si des éventuels experts de la police nne pouvaient pas l'ouvrir, alors lui non plus ne pourrait pas. Ca devait être un travail de professionnel tout ça.

- Il nous faut de l'aide.

Alors il nota les traces gluantes collées à la porte, quelque chose qui rappelait le plastique, le silicone et une pâte à pain. La matière était incroyablement rigide et impossible à décoller. Qui avait pu se procurer un tel matériel ? Il pourrait toujours utiliser une scie électrique, mais bon, le bruit que ça allait provoquer...

- A moins que...

L'ancien militaire lui avait passé certains outils lors de son séjour aux Etats-Unis, qu'il avait cachés dans une valise noire, en plus d'un autre contenu qu'il ne voulait pas vraiment voir exposé, du moins, il voulait garder ça secret, pendant un temps. Il pénétra dans sa chambre, ouvrit une cache secrète dans le parquet, sorti cette valise noire, avec ses codes et ses serrures, l'ouvrit, et Kuroda siffla...

- Tout ça ? Dans ton appartement ? Mais qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?

Akihito toisa le procureur :

- Je vous trouve mal placé pour me juger...

Ce qui cloua le clapet à Kuroda de façon définitive, même si le procureur ne cachait pas vraiment sa désapprobation du tout. Il préféra se rendre devant la porte de cette salle-de-bains, ne voulant plus observer le contenu de la caisse noire d'Akihito.

- Non, mais je vous jure, qui se ressemble, s'assemble.

Il résistait beaucoup à l'envie d'appeler Asami pour remonter les bretelles à Akihito, d'abord, c'était l'amant du journaliste, ensuite, c'était un ami... Mais bref. Il se rappelait des nombreuses fois où Akihito avait désobéi à Asami, c'était peine perdue.

Alors il regardait Akihito utiliser ses... outils... sur sa propre porte, sans rien dire du tout, il ferait comme s'il n'avait pas remarqué, comme pour Asami... Finalement, Akihito et Ryûichi se ressemblaient vraiment beaucoup. Mais vraiment. A un point c'était effrayant.

Le bruit de la scie électrique ressembla à celui d'une explosion puissante mais par chance, l'appartement était insonorisé, sinon là, ils auraient les policiers du quartier qui ameuteraient dans la seconde. Et même Asami aurait quelque difficulté à les sortir de ce pétrin.

Le spectacle devant leurs yeux les frappèrent d'horreur...

- Oh mon Dieu...

C'était le cas de le dire... Kuroda prit ses gants en nitrile, histoire de ne rien toucher de ses mains, même si la scientifique possédait dans son fichier ses empreintes digitales et son ADN. Autant ne rien faire de stupide pour le moment. Avant d'alerter la police.

Du sang, partout, mais vraiment partout. Quelqu'un s'était visiblement amusé à peindre les murs blancs de la salle-de-bains avec su sang... Quelqu'un avait soigneusement aspergé cet endroit avec un soin malsain, délirant et dément. Qui pouvait être assez timbré pour remplir une baignoire de sang ? Qui pouvait être suffisamment horrible pour remplacer les flacons de savon, de dentifrice par des flacons de sang et des morceaux de viande d'origine inconnue ? Qui ? Qui pouvait avoir remplacé de simples rideaux de douche par des lambeaux d'instestins en tous genres. Akihito et Kuroda étaient persuadés que le boucher du coin n'avait pas fourni l'essentiel de ces intestins.

Akihito ouvrit ses meubles : ses serviettes de bains, ses gants de toilette, son linge de maison était maculé de sang, il y avait littéralement des rivières de liquide rouge qui s'écoulaient de certains tiroirs. Ses tiroirs n'étaient guère mieux : des morceaux de chair déchiquetée avaient été semés à la place des habituels peignes et brosses à cheveux. Les sacs poubelles contenaient des cadavres de rats morts, et autres joyeusetés dans le même genre. Mais ce qui frappait surtout Akihito, c'était la méticulosité conplètement dingue et maniaque de la personne, plutôt du monstre, qui avait osé dévaster sa maison comme ça.

Tout ce que l'équipe de Takaba n'avait pas réussi à ouvrir, il l'ouvrit, grâce à ses outils de précision, toujours, sous les yeux éberlués d'un Kuroda de l'appartement. Alors ils appelèrent les techniciens de la scientifiques et une escouade. Ils justifiaient la présence de ces déchirures par un ami militaire qui était venu prêter main forte, Akihito donna un nom au hasard, personne ne posa de questions, on évitait de fréquenter l'armée dans une affaire... mais le plus beau dans tout ça, c'était que personne ne voulait remettre en question les dires du journaliste du tout, tout le monde le croyait, personne n'osait le toucher, n'avait le culot de remettre en cause sa parole.

- Je ne sais toujours pas qui a fait ça, répétait-il inlassablement aux policiers. Il faudrait quelque chose pour m'indiquer qui pourrait commettre une telle monstruosité...

Le chef d'équipe, qui n'était pas Yamato, à la grande joie d'Akihito, le questionna :

- Nous nous occupons des crimes rituels, il se pourrait que vous soyiez la cible de groupes sataniques.

Akihito sourcilla :

- Des groupes sataniques ? Je ne vois pas d'étoiles à cinq branches ici.

Le policier répliqua :

- Ils pensent sans doute que votre expérience aux Etats-Unis vous a corrompu.

Akihito haussa un sourcil étonné :

- Corrompu ? Vraiment ? Quelle folie...

Le policer ne put qu'acquiescer :

- Si ce séjour vous a corrompu, alors nosu en sommes très fiers.

Le policier se montrait limite complice d'Akihito, intéressant.

- Monsieur, il faut absolument que vous voyiez ça...

Un des techniciens de la scientifique paraissait estomaqué par ce qu'il venait de voir, le chef d'escouade, Kuroda et Akihito le suivirent aussitôt. Alors si le spectacle dans la salle-de-bains était triste, ce n'était rien en comparaison de ce qu'ils trouvèrent dans la chambre du journaliste. Ils avaient utilisé les explosifs donnés par leurs supérieurs pour ouvrir cette porte, Akihito leur avait assuré qu'il reconstruirait l'appartement de toutes manières.

- Ourgh...

C'était exactement le mot.

Des plumes d'oiseaux morts étaient éparpillées un peu partout dans la pièce, Akihito était sûr qu'il le parviendrait jamais totalement à en oublier l'odeur, et ne pourrait plus dormir sur ses deux oreilles dans cette pièce, devenue maudite. Des corps d'oiseaux morts avaient pris place dans les placards du jeune homme, détruisant ainsi un de ses souvenirs si chéris : la cadeau de l'Américaine, comment allait-il lui expliquer ceci ? Comment ? Il observa ses vêtements, un à un, tous étaient savamment coupés en morceaux, Akihito pouvait refaire sa garde-robe... L'assurance allait devoir le rembourser chèrement.

Ses appareils photos étaient réduits en miette, il allait devoir utliser l'argent d'Asami pour tout reconstruire, il se sentait vulnérable d'un coup, comme dix ans auparavant, mais n'en laissait rien transparaître. Qui avait orchestré tout ça ? Certainement quelqu'un qui connaissait son emploi du temps du soir, autrement dit, Kuroda, Asami, ou quelqu'un dans l'organisation d'Asami. Mais il doutait que la traîtrise viendrait de ce côté-là.

- Monsieur, où étiez-vous ce soir ?

Akihito regarda un policier :

- Chez un ami...

On le questionnait pour le tenir occupé très certainement. Pendant qu'on cherchait activement un indice sur le pourquoi du comment de cette mascarade... Parce qu'il ne pouvait s'agir que d'une mascarade, très certainement, et si Arbatov était derrière tout ça, autant le savoir tout de suite.

- Monsieur...

Un policier était particulièrement blême...

La dernière pièce offrait un spectacle bien sinistre : cette fois-ci, ce n'était plus des morceaux de cadavre en tous genres, mais bel et bien des inscriptions macabres qui ornaient la pièce avec un éclat sinistre. Toujours ce sang, encore et toujours ce liquide rouge qui faisait naître la nausée chez tout un chacun. Toutes contenaient une promesse plus ou moins explicite, mais ce qui frappait Akihito c'était la créativité de... l'artiste... quant à la diversité des inscriptions que portaient les murs.

Toutes désignaient la même chose : la mort prochaine d'une certaine personne, Takaba Akihito, en fait, c'était même franchement pittoresque quand on y pensait. Vraiment. Surtout la langue dans laquelle était écrite toutes ces inscriptions, ce qui confirmait les soupçons d'Akihito depuis le début. En fait, il avait appris cette langue dans l'avion et sur le tas en Russie, il n'avait pas vraiment eu le choix, d'ailleurs.

Un mot en particulier attira son attention :

MORT

- Alors c'est ça ce que vous voulez...

Il échangea un regard avec un Kuroda plus inquiet que jamais pour son jeune ami :

- Arbatov.

Certains policiers sursautèrent, ceux qui avaient lu les exploits de Takaba dans la presse reconnurent de suite le nom, ils échangèrent des regards horrifiés, choqués même. Comment avait-on pu laiser sortir un tel malade mental de prison ?

- Je crois qu'il est temps que je recontacte mes vieux amis russes...

Le seul à entendre ces mots furent Kuroda et le chef de patrouille... Qui ne purent que compatir pour Takaba Akihito, ayant suivi tous les deux ses affaires, l'un par amitié et devoir envers Ryûichi, l'autre par curiosité. Pourquoi un journaliste japonais désirait quitter le pays pour la Russie ? Le mystère avait été entier.

- Donnez-nous rapidement des réponses...

Le policier était ravi par la coopération de Takaba, et il ordonna rapidement de quitter les lieux à son équipe...

Une fois seuls, Kuroda et Takaba échangèrent un regard :

- Je ne savais pas que c'était ça ta vision d'une excellente soirée...

Takaba le regarda d'un drôle d'air :

- Si c'est une tentative d'humour de votre part, je la trouve bien glauque.

Kuroda haussa des épaules :

- Il fallait bien qu'il sorte un jour ou l'autre, non ? Quelqu'un comme lui fera tout pour assouvir sa vengeance, peu importe le moyen, pas vrai ?

Takaba grimaça :

- Je pensais juste avoir un peu plus de temps...

Kuroda posa une main affectueuse sur l'épaule d'Akihito :

- Si tu veux, tu peux dormir chez moi cette nuit, à moins que tu ne veuilles mettre Kô et Takato dans la confidence, mais je ne pense pas que leurs familles aimeraient que tu les mettes en danger tous les deux. L'hôtel est toujours une solution, mais ça restera temporaire, les hôtels transpirent toujours d'informations.

La dernière possibilité restait en suspens entre les deux, mais d'un accord tacite, ils n'en parlèrent pas à voix haute du tout, le jeune homme n'était pas encore prêt à retourner vivre chez lui, et Akihito se voyait mal débarquer chez lui, les valises remplies de vêtements déchirés, sans prévenir. Même si Akihito pensait que le vieux dragon était déjà au courant des événements de la nuit chez lui, ayant des informateurs un peu partout.

- Je me débrouillerai... Comme toujours. Vous savez, quand j'ai débarqué en Russie, je ne savais rien du pays, j'ai logé dans un vieil hôtel crasseux, près de Moscou, j'ai acheté une vieille voiture, et c'était parti pour l'aventure. Le propriétaire des lieux n'était pas très bavard, il n'a rien dit à Arbatov de ma présence. En fait, il appartenait à un clan rival. Il m'a aidé à apprendre le russe.

Kuroda lui demanda prudemment :

- Et comment s'appelait ce Russe ?

Akihito répondit aussitôt :

- Serguei. Je crois qu'il peut m'aider sur ce coup-ci, ainsi que quelques journalistes avec qui j'ai gardé contact pendant ces années.

Kuroda prit congé d'Akihito qui quitta très vite les lieux, non sans avoir acheté quelques vêtements sur le net à envoyer à l'hôtel d'Asami...

XOXOX

Le journaliste prit place dans la petite suite qu'Asami lui avait offert autrefois, quand ils étaient encore ensemble, le jeune homme avait protesté, mais Asami avait fini par l'emporter. Le yakuza avait argué que si Akihito était dans le besoin un jour, et qu'il ne serait pas là, il pourrait se réfugier ici. En lieu sûr. Personne ne l'approcherait. Le garde et le réceptionniste le reconnurent aussitôt, ils sourirent et s'inclinèrent devant l'amant de leur patron.

- C'est un plaisir de vous revoir, Takaba, après toutes ces années, nous avions fini par croire que vous ne reviendriez pas.

Akihito leur sourit aimablement :

- Le plaisir est partagé.

Akihito passa son badge dans la fente qui lui permettait d'accéder à sa suite privée, c'était un badge unique, personne n'en possédait le double, à part Asami, bien sûr. Mais personne n'oserait voler le badge personnel d'Asami du tout, il était trop bien gardé pour ses ennemis, en revanche, Akihito était plus vulnérable, parce que plus indépendant et aventureux... Cette suite était prévue pour ça : pour sa protection, s'il en avait besoin, s'il était seul. Décidément, Asami était prévoyant, et Akihito lui devait une fière chandelle, n'ayant plus de chez lui, à part cette suite, qui occupait la moitié de l'étage d'un hôtel cinq étoiles.

- Je n'aurais jamais cru l'utiliser...

Il déposa ses maigres effets personnels dans un meuble, ainsi que la boîte noire, dans la chambre, pitoyablement, encore estomaqué du coup d'Arbatov, si c'était lui, bien entendu. Il n'aurait jamais cru qu'il irait aussi loin, que sa folie serait aussi immense... C'était définitivement quelqu'un à enfermer quelque part, dans une cellule capitonnée, entouré de linge blanc, d'habits blancs qui le ceinturait, et surveiller de près par des gardes incorruptibles.

- Mais comment a-t-il su que je ne serais pas là ce soir ? Et il n'a certainement pas agi seul. Le connaissant, il doit avoir quelques complices. Ou alors il a agi seul, et il a travaillé intensément toute la nuit.

Il ouvrit son ordinateur portable, l'activa, se connecta à sa session, ouvrit sa messagerie électronique, chercha l'adresse de Serguei et de ses amis journalistes.

- Voyons-voir si vous n'avez pas oublié votre dette, messieurs...

Son téléphone vibra sur la table : Asami, comme il s'en doutait, le vieux dragon savait déjà pour sa mésaventure nocturne :

- Allô ?

Asami lui demanda sans détours :

- Comment te sens-tu ?

Akihito baissa sa voix...

- A ton avis ? Comme quelqu'un qui vient de perdre le chez-soi qu'il a dûment acquis.

Asami fut silencieux quelques secondes avant d'attaquer à nouveau :

- Un des policiers fait partie de mes contacts, c'est le capitaine de l'équipe, il m'a de suite fait un rapport détaillé de l'état des lieux. Quelle tristesse. Peux-tu remplacer tout ce qui est détruit ?

Akihito afficha une moue triste, il pouvait imaginer le visage inquiet de son amant à l'autre bout de la ligne, debout dans sa chambre, en pantalon noir, la chemise déboutonnée, le torse dévoilé, la cravate à terre, un verre de vin rouge à la main... Et il était asez tard en plus, pratiquement cinq heures du matin. Quand il serait au bureau, il n'aurait quasiment pas dormi du tout. Les collègues se poseraient de sérieuses questions.

- Kuroda a appelé : il s'inquiète pour toi aussi. Il ne veut pas que tu sois seul.

Akihito répliqua :

- Que veux-tu ? Que je revienne vivre chez toi ? Ca non, c'est ce qu'ils veulent, que je montre ma faiblesse. Vivre à l'hôtel quelque temps est une bonne idée. Pour le moment. Et ensuite, je reprendrai les clés de l'appartement. Laisse-moi du temps.

Asami afficha une mine blessée :

- J'ai seulement parlé de l'inquiétude des autres pour toi, pas de revivre avec moi, j'ai compris ce soir que tu voulais vivre ta vie, loin de moi, j'ai compris, comme il y a dix ans. Je voulais juste savoir si tu allais bien.

Akihito se radoucit, mais le fait restait : il avait eu l'impression qu'Asami voulait le manipuler, était-il encore trop vulnérable ? Après tout ce temps ? Sans doute.

- Je suis désolé, j'ai passé une mauvaise soirée.

Asami rit doucement :

- Et pourtant, tout avait bien commencé, notre rendez-vous, notre dîner, notre session sur ce canapé, pourquoi faut-il que ça se termine comme ça ?

Akihito posa une main sur son front :

- Je regrette tout autant que toi, et apprendre ça au beau milieu de la nuit, ce n'est pas évident, ni pour toi, ni pour moi. Kuroda était avec moi, c'est l'essentiel.

Ryûichi soupira :

- Heureusement que quelqu'un est là pour mettre un peu de bon sens dans ton crâne. Tu es tellement borné parfois. Trop souvent même.

Akihito :

- C'est ce qui fait mon charme, tu l'as dit toi-même.

- Effectivement.

Puis le dragon reprit :

- Pour la semaine prochaine, ça tient toujours ?

Akihito secoua sa tête de droit à gauche, Asami était toujours le même, à vouloir s'assurer que tout foncionnait parfaitement, à vouloir tout planifier à l'avance; mais Akihito avait brisé sa routine quinze années auparavant... Tant de choses avaient changé depuis, à une vitesse folle. Entre eux.

- Bien sûr que oui, ce n'est pas un appartement détruit qui va m'empêcher de te voir.

Asami conclut doucement :

- Bonne nuit, je suis sûr que tu as besoin de repos. Bon courage pour demain matin.

- Merci. Bonne nuit.

Akihito se rendit compte à quel point entendre la voix de l'homme qu'il aimait avait compté pour lui, après une telle fin de soirée. Le son de sa voix lui avait permis de décompresser, et il fut reconnaissant envers ce policier et Kuroda d'avoir parlé de son appartement. Comment aurait-il pu annoncer une telle nouvelle à Asami après la douce soirée qu'ils avaient passé ensemble ? Il ne s'était pas vu décrocher le téléphone pour lui révéler cette horrible histoire. De plus, Asami aurait pu l'apprendre par le biais des journaux, si un policier avait la langue bien trop pendue.

- Bref, Asami l'aurait su quoiqu'il arrive, il a des informateurs un peu partout, et au vu de ma notoriété les gens regardent avec attention le moindre de mes mouvements. Et je fais partie des gens qui fréquentent Asami quotidiennement à présent, l'élite sociale et intellectuelle. Les bruits courent assez vite dans ce milieu, pensait le jeune journaliste.

Se penchant sur l'écran de son ordinateur, Akihito sélectionna l'adresse de Serguei, cliqua sur la ligne "objet" et nota "Arbatov" dans le cadre blanc...

Bonjour,

Comment se passent tes affaires en Russie ? Je pense que ton hôtel marche beaucoup mieux depuis qu'Arbatov est en prison, pas vrai ? Je pense que notre ami prend un repos bien mérité dans sa cellule froide, dans cette prison de Moscou. Qu'il y reste.

Trève de plaisanterie, comme convenu, je te contacte uniquement en cas d'extrême urgence, j'aimerais savoir si Arbatov a fait des siennes récemment, ou ses complices, dans l'attente de son retour.

De plus, je me pose des questions, si tel est le cas, as-tu entendu parler récemment de juges qui auraient relâché un dangereux criminel un peu plus tôt que prévu ? Mon appartement a été saccagé de fond en comble, le criminel a parfaitement imité le décorum d'un rituel satanique, à un détail près : les mots étaient écrits en russe.

Je te joins des photos, je pense que tu as le coeur suffisamment accroché pour supporter ce contenu.

Amicalement,

Takaba Akihito.

Akihito relut plusieurs fois son courriel, il était parfait, Serguei aimait beaucoup qu'on aille droit au but, ce n'était pas un homme de lettre contrairement à Akihito, il ne s'embarrassait pas de détails et de fioritures comme ses clichés. Même si l'homme avait accepté de se faire prendre en photo en compagnie de journalistes russes, l'équipe qui avait enquêté sur le malfrat avec Akihito, lorsqu'Arbatov fut enfin mit en prison. Chacun avait conservé son exemplaire de la photo, chez lui, et Akihito craignait que chacun des journalistes aient eu les mêmes mésaventures que lui. Ce serait injuste pour leurs familles, et pour eux. Rien qu'à l'idée de voir un de leurs enfants mourir lui retournait le ventre.

Leurs adresses trouvées dans son répertoire électronique, il commença à taper son texte, le même à tous :

Messieurs,

Comment vous portez-vous ? Comment vont vos familles ? Comment se passe le train-train quotidien au travail ? J'espère que tout se passe bien, bien mieux que chez moi. En effet, j'ai eu la malchance de voir le contenu de mon appartement réduit en miettes, et le tout était déguisé en crime rituel, je vous joins les photos...

Le crime aurait pu être parfait à un détail près : les mots utilisés n'étaient pas écrits en latin, ni en lettres romanes, mais en russe. Je me demandais donc si quelqu'un récemment avait été relâché pour le compte d'Arbatov, quelqu'un de son cercle privé, ou l'homme lui-même ?

Auquel cas, prévenez-moi aussi vite que possible, l'homme doit être arrêté sur-le-champ. Avant qu'il ne commette plus de dommages que maintenant. Je ne veux vraiment pas que vos familles aient à souffrir de cet homme. Personne ne mérite ça. Ni mes collègues.

Amicalement,

Takaba Akihito.

Akihito relut encore une fois le courriel avant de l'envoyer, et de se coucher, il regarda sa montre, il n'aurait que deux heures de sommeil en tout et pour tout, heureusement que l'hôtel était situé à proximité du journal... Et qu'il avait encore suffisamment de fond de teint.


Pas trop dégoûtées les filles ? J'avoue que pour moi, ça a été horrible d'écrire ce chapitre, et ça a été encore plus dur de le corriger. Encore une fois, je comprendrais que vous ne veuillez plus me suivre...

Et n'hésitez pas à dire ce que vous n'avez pas aimé ou avez aimé dans ce chapitre par une review, j'ai vraiment besoin de savoir pour le coup.