Les Ailes de Gaïa

Scribouilleuse : Shakes Kinder Pinguy
Genre : chronique historique, plus ou moins. Mythologie et prise de tête.
Rating : PG-13
Résumé : Des origines de Gaïa à Van et Hitomi, l'histoire de la planète créée par la volonté des hommes.
Disclaimer : Les personnages reconnaissables ne sont pas à moi, les autres oui.

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II. GENESE : Illusions Perdues

3. Un monde pour Van

– Majesté Varie ! Majesté Varie !

Alya courait dans les couloirs, les jupes relevées, l'air affolé. Folken sortit la tête de la salle d'entraînement, curieux, suivi par la tête de son père. Comme tous les matins, Gho essayait d'inculquer l'art de l'escrime à un Folken très peu motivé. Varie sortit d'une pièce et Alya fit une révérence ratée, essoufflée.

– Votre Altesse, c'est le jeune prince ! Il… il a encore disparu !

Varie soupira et se tourna vers Gho qui étouffait un rire et Folken qui essayait de se retenir de sourire et de garder un air sérieux.

– Gho, ton fils fait encore des siennes, dit-elle. Va le chercher.

– Un vrai petit Fanel, fit le roi, attendri en sortant de la salle d'arme. J'étais pareil à son âge.

Varie secoua la tête, exaspérée. Gho était incapable de seulement froncer les sourcils devant son plus jeune fils.

– Je viens avec toi, lança Folken en faisant mine de suivre son père.

– Non, répondit le roi. Travaille cette botte pendant que je vais à la recherche de ton frère.

L'héritier du trône de Fanélia soupira et retourna dans la salle d'entraînement. Gho et Alya disparurent dans le couloir.

– Je suis allée le réveiller ce matin, expliqua la gouvernante. Je trouvais qu'il était trop calme, ce n'est pas son genre de dormir si tard et il avait été trop sage cette nuit ! Et évidemment il n'était pas dans son lit !

Gho eut un sourire amusé.

– Sauf votre respect, Majesté, continua Alya, je vais finir par l'attacher ! Cet enfant me rendra cardiaque avant l'âge ! Maître Folken n'était pas si agité !

– Ma pauvre Alya, compatit Gho, j'ai peur que ce petit monstre ne vous en fasse voir de toutes les couleurs en grandissant !

Alya et Gho sortirent dans le jardin en l'appelant, une bonne partie des serviteurs du palais étaient déjà à la recherche du petit prince.

Van n'avait que deux ans et demi. Il ne parlait pas beaucoup mais semblait avoir le diable au corps, on aurait pu penser qu'à cet âge un enfant n'irait pas loin, mais les petites jambes du jeune prince étaient plus rapides qu'on ne l'imaginait. Les cuisiniers ne comptaient plus les fois où ils l'avaient découvert soit endormi à la chaleur des fours, soit assis sous une table de travail à les regarder préparer le repas avec un air grave et sérieux ; les jardiniers avaient maintenant l'habitude de le retrouver dans un buisson, au pied d'un arbre, voire au milieu d'un massif de fleurs ; les palefreniers craignaient toujours de le découvrir endormi sous l'un des étalons de l'écurie, de peur qu'il se blesse. Servantes et majordomes ne sursautaient plus lorsqu'il apparaissait soudain sous une table, une chaise ; Alya était championne de course à pied et d'endurance et les gardes passaient plus de temps à courir après lui pour l'empêcher de descendre à Fanélia qu'à surveiller les remparts du palais.

Et comme à chaque fois qu'il disparaissait, tout s'arrêtait au palais et chacun se mettait à la recherche du petit prince fugueur.

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Van n'avait jamais vu autant de monde de sa courte vie. Fasciné, il regardait les gens évoluer dans la rue, s'interpeller, crier. Ici tout était à voir, à entendre, les couleurs étaient éclatantes. Minuscule au milieu d'une forêt de jambes, il riait tout seul, entraîné par la foule, serrant les fleurs de toutes les couleurs qu'il avait cueillies dans le jardin juste avant de découvrir que la porte de service était ouverte et donnait sur le monde fabuleux qui se cachait derrière les hauts murs du palais.

Il se sentit soudain s'envoler : quelqu'un l'avait attrapé par la taille et le soulevait au-dessus de la foule.

– Eh bien petit, qu'est-ce que tu fais tout seul ici ? Où sont tes… par Escaflowne ! s'écria l'homme avec une grosse moustache en le reconnaissant. Eh ! Regardez tous qui je viens de pêcher ! Un petit prince en pyjama !

Les gens se retournèrent et poussèrent des exclamations de surprise. Van, ravi, riait comme l'enfant qu'il était.

– Petit maître Van ! fit l'homme à la moustache avec un sourire. Qu'est ce que vous faites si loin du palais ? C'est pas raisonnable !

Le foule s'était rassemblée autour d'eux. Van, toujours en l'air, planta une fleur rouge dans la moustache du marchand et tout le monde se mit à rire.

– Te voilà beau, Arcad ! lança un autre marchand, amusé.

– Quel honneur, dit l'homme sérieusement, merci pour cette décoration, maître Van. Je ne sais pas si je la mérite.

Il déposa l'enfant par terre et prit un étrange fruit jaune sur son étalage. Il en décapita le haut et y planta une paille avant de le tendre au petit prince qui regardait tout ça avec intérêt. Van posa ses fleurs à ses pieds, prit le fruit et s'assit par terre. « Merci », dit-il, élevant sa petite voix fragile pour la première fois.

– De rien, répondit le marchand amusé. Faites attention, le piscus est très acide.

Prévenu, Van aspira le jus du fruit avec précaution. C'était effectivement très acide, mais par politesse, il tint à terminer et découvrit que vers le fond, le nectar était beaucoup plus doux et sucré. La foule autour de lui le regardait avec un sourire, attendrie par l'air sérieux de l'enfant qui rendit le fruit vide à Arcad.

– Il va falloir retourner au palais, maître Van, dit-il. Tout le monde doit être très inquiet.

Van acquiesça gravement et prit ses fleurs. Au même instant, une grosse voix amusée s'éleva : « Eh bien, eh bien, maître Van ! Qu'est-ce que vous faîtes là, espèce de voyou ? Et qu'avez-vous fait de cette pauvre Alya ? »

L'enfant éclata d'un rire ravi et se précipita vers l'homme immense qui l'avait interpellé, monta sur l'un de ses pieds et s'accrocha à sa jambe avec affection.

– Vous tombez bien, seigneur Vargas, dit Arcad. On allait le reconduire.

– Ne vous inquiétez pas, répondit l'ex-général de Fanélia. Je vais m'en occuper.

D'une seule main, le géant souleva Van et le posa sur son épaule. Le petit prince, enchanté, attrapa les cheveux de Vargas à pleines poignées pour se maintenir en équilibre, sans pour autant lâcher ses fleurs.

– Au revoir, lança-t-il à la foule en agitant sa menotte fleurie.

– A bientôt, maître Van, répondit Arcad sérieusement.

Le géant et l'enfant disparurent en direction du palais.

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Tout le monde commençait à être sincèrement inquiets lorsque la silhouette de Vargas apparut dans le jardin, portant sur son épaule une forme bien connue.

– Van ! s'écria Gho, soulagé, en se précipitant vers son fils. Vargas, tu l'as trouvé !

– Je l'ai découvert au milieu du marché en train de racketter la foule, plaisanta-t-il.

Le visage de Van s'illumina en voyant son père et il tendit les bras vers lui. Gho le prit contre lui en caressant tendrement ses cheveux noirs et emmêlés.

– Tu nous as fait peur, petit garçon, dit-il doucement. Il ne faut pas que tu descendes tout seul en ville, d'accord ?

L'enfant hocha la tête avec sérieux, et sursauta lorsque la voix furieuse d'Alya se fit entendre : « Van Fanel ! »

La gouvernante s'approcha en lui faisant les gros yeux et Van se cacha le visage contre son père qui souriait, amusé.

– Van Fanel, vous n'êtes qu'un affreux petit garçon ! Comment osez-vous partir sans prévenir et déranger tout le château ! Vous mériteriez d'être privé de dessert !

Van tourna un visage chiffonné vers elle, comme s'il allait pleurer, mais Alya refusa de se laisser attendrir.

– Ne me regardez pas comme ça, je ne cèderai pas ! Je suis fâchée !

Les coins de la bouche frémissants, le regard plein de larmes et désolé, le petit prince baissa la tête et tendit les fleurs à la gouvernante. « Pardon », dit-il, la voix tremblante.

D'abord interdite, le regard d'Alya s'adoucit et elle prit les fleurs en soupirant. Prenant Gho et Vargas à témoin, elle haussa les épaules :

– Qu'est-ce que vous voulez que je fasse avec un enfant pareil ?

Puis elle prit Van des bras de Gho.

– Vous êtes insupportable, mais je passe pour cette fois si vous promettez d'être sage, dit-elle en s'éloignant avec le petit prince qui souriait maintenant jusqu'aux oreilles. Venez, il faut vous laver et vous habiller. Vous devez avoir faim après cette escapade, que voulez-vous pour le petit déjeuner ?

– Du piscus, répondit Van avec ferveur.

– Du piscus ? Mais ce n'est pas nourrissant !

Vargas et Gho les regardèrent disparaître dans le palais en souriant, chaque serviteur reprit son activité habituelle. Gho secoua la tête, amusé.

– Effrayant, dit-il. Ce gosse n'a pas trois ans et c'est déjà un charmeur professionnel !

Puis, se tournant vers Vargas :

– Alors tu es de nouveau sur la route ?

– Oui, je vais faire un tour dans Fanélia, vers Arzus et Irini. Je repasserai ensuite avant de repartir pour Astria.

– Qu'est-ce que tu vas faire en Astria ? demanda Gho, un peu surpris.

– Je ne sais pas, on verra ! J'y vais, à bientôt, Majesté.

– A bientôt, Vargas.

La silhouette de l'homme à la cicatrice disparut de sa vue et Gho rentra au palais pour retrouver son fils aîné.

Folken tenait son épée en main, mais regardait par la fenêtre d'un air concentré. Gho soupira. Malgré tous ses efforts, il aurait du mal à faire de son fils un guerrier. « En espérant que Van sera plus disposé à la bataille, pensa-t-il. Si Fanélia n'a pas un roi guerrier, il lui faudra un bon Général en Chef… »

– Folken… qu'est-ce que tu fais ?

Le garçon sursauta et regarda son père d'un air un peu coupable.

– Euh… je… Je regardais le jardin.

– Il faut que tu sois plus sérieux, Folken, dit Gho. Il faut que tu saches te battre.

– Mais papa… Je vois pas pourquoi, et…

– C'est nécessaire. Tout le monde doit pouvoir se battre.

– Mais les hommes-loups sont pacifiques ! protesta Folken. Luhm n'a pas à apprendre à se battre, et ils s'en sortent très bien comme ça.

Gho se détourna de son fils pour regarder dans le jardin. Van jouait avec Alya et il eut un sourire attendri. Tant d'innocence. Gho réalisa qu'il n'avait pas envie que son petit garçon devienne un guerrier. S'il pouvait rester tel qu'il était...

– Détrompe-toi, dit-il gravement à son fils aîné. La tribu d'Arzus a toujours été une alliée puissante. Je ne compte plus les fois où ils nous ont sauvés dans les forêts et les montagnes. Les hommes-loups sont plus semblables à nous que tu le crois. Mais ils n'ont pas besoin d'apprendre à se battre car ils savent le faire naturellement, contrairement à nous. Ils auraient pu choisir d'être des guerriers, grâce à leur puissance et à leur intelligence, mais ils ont choisi de rester en paix. C'est là qu'est leur sagesse… et la nôtre.

– Pourtant nous nous battons, murmura Folken.

Gho se tourna vers lui.

– Oui, nous nous battons, dit-il. Mais pourquoi, à ton avis ? Nous nous battons pour protéger nos familles. Un roi se bat pour protéger son peuple, et les hommes-loups de la tribu d'Arzus se battent pour les mêmes raisons. En protégeant Fanélia, ils se protègent, Folken. Si je n'avait su me battre, si mon père n'avait pas su se battre, si aucun des rois de Fanélia n'avaient pas su se battre, Fanélia ne serait plus qu'une province perdue d'Astria, de Daedalus ou d'ailleurs. Tu dois savoir te battre pour protéger ton peuple, Folken. Au même titre que le plus petit soldat de notre armée. Mais…

Folken regarda l'air triste et grave de son père. Gho se tourna de nouveau vers la fenêtre. Van écoutait très sérieusement un jardinier lui parler de graines et de couleurs de pétales.

– Mais, reprit Gho, si tu ne le peux vraiment pas, alors tu seras le roi et ton frère le guerrier. Ce n'est pas la première fois que cela se passe ainsi. Van saura peut-être se battre, qui sait…

Folken regarda son père, choqué. Van, un guerrier ? Van, un tueur, un combattant ? Jamais ! Son petit frère ne méritait pas ça. Van serait un enfant choyé, entouré, protégé. Van serait heureux, Folken y veillerait. Il lui créerait un monde parfait.

– Papa ?

Gho se tourna vers son fils. Folken avait redressé son épée et avait une nouvelle résolution dans le regard. « On y retourne ? » fit-il.

Le roi de Fanélia sourit à son fils aîné, mais une sourde peine lui empoignait le cœur. Il savait que Folken se sacrifiait pour son frère. Et Gho sentait que ce sacrifice-là ne serait pas le dernier. Il jeta un dernier coup d'œil à Van qui apprenait à cueillir des fleurs sans les abîmer sous le regard tendre d'Alya et fier du jardinier. Quel petit elfe précieux peux-tu bien être pour que tous ici t'aiment si fort ?

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Varie referma son livre et étouffa un bâillement. Folken et Gho étaient à un Conseil, et la nuit était déjà bien avancée, le dîner passé. Van avait été couché. Varie se leva et sortit du boudoir pour se rendre dans la chambre royale. Tout était parfaitement rangé.

Elle eut un sourire en passant devant un portrait miniature de son fils aîné. Parfois elle trouvait Gho trop dur avec lui, il devait assister à tous les Conseils, accompagner son père partout. Mais Folken lui même disait que c'était nécessaire pour être un bon roi. Varie sourit de nouveau, fière de son fils.

Une voix lointaine lui parvint soudain aux oreilles : « Van Fanel ! Où êtes-vous encore passé ? Maître Van, revenez ici tout de suite ! »

Varie soupira et sortit de la chambre pour trouver Alya arpentant le couloir d'un air exaspéré.
– Que se passe-t-il, Alya ?

– Le petit prince est encore sorti de son lit ! Je croyais qu'il dormait !

– Je vais m'en occuper, ne t'en fais pas, dit la reine.

Alya s'inclina et fit demi-tour. La reine Varie, qui pourtant avait chéri et protégé Folken toute son enfance, ne s'occupait pas beaucoup de son second fils, et lorsqu'elle lui parlait, Alya avait remarqué que c'était toujours pour le reprendre, gentiment, mais le reprendre quand même. Varie l'élevait comme s'il lui était étranger, impersonnel, l'enfant d'une autre qu'elle aurait été chargée de garder pour un temps précis et auquel elle n'avait pas envie de s'attacher.

Van pourtant adorait sa mère. Lorsqu'elle était là, il restait toujours près d'elle, sage et silencieux, les yeux brillants de joie contenue. Plus rien d'autre ne comptait alors que Varie. Alya soupira, souhaitant que la reine soit plus aimante avec l'enfant.

Varie traversa le couloir. Elle était à peu près sûre de savoir où était Van. Pourtant, elle s'arrêta, étonnée en entendant des notes fragiles, maladroites mais justes, émanant de la bibliothèque. Elles semblaient jouer l'hymne de Fanélia.

Varie poussa la porte silencieusement et faillit pousser un cri de surprise en voyant son fils cadet placer ses petits doigts sur les touches blanches et noires d'un instrument de musique que les Terriens auraient appelé piano et qui pour les Gaïans était la sibylle, la voix des Dieux.

Concentré uniquement sur la musique, Van posait lentement ses doigts avec hésitation, fronçant les sourcils comme s'il cherchait à se rappeler des notes.

Varie se souvint alors des heures que passaient Van assis près d'elle lorsqu'elle jouait de la sibylle. « Il joue de mémoire », pensa-t-elle, impressionnée.

– C'est bien, dit-elle. Mais tu ne peux pas jouer correctement si tu ne connais pas les notes.

Van se retourna d'un coup, les yeux agrandis par la surprise et la peur. Il descendit vite du banc et baissa la tête. « Pardon, Maman. », dit-il de sa petite voix.

Comme si elle ne l'avait pas entendu, Varie s'assit sur le banc et lui fit signe de venir. Surpris mais heureux, il se mit près d'elle, droit et immobile.

Alors, calmement, Varie apprit à son fils le nom de chaque note et le son qui l'accompagnait. Il ne fallut pas longtemps à Van pour comprendre, et avant la fin de l'heure, il pouvait réciter parfaitement chacune des notes et les placer sur le clavier.

« Il est rapide, pensa-t-elle. L'héritage de l'Enfant-Dragon… »

Pourtant, en surprenant un bâillement et en le voyant se frotter les yeux, elle eut un sourire. « Mais ce n'est encore qu'un enfant. »

Elle se leva. « Va te coucher, Van. Il est tard. »

Obéissant, l'enfant se leva et trottina jusqu'à la porte, trop heureux de cet instant privilégié passé avec sa mère.

– Bon'nuit, Maman, dit-il.

– A partir de maintenant, fit soudain Varie, je veux te voir ici tous les matins à dix heures. Puisque tu as des dispositions pour la musique, autant les développer.

Et à partir de ce jour-là, presque tous les matins sans exception, le petit prince Van Fanel vint prendre deux heures de cours de musique avec sa mère.

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Le lendemain, à la fin des exercices de Van sur la sibylle, Gho vint chercher sa femme et son fils. Il sourit en écoutant Van jouer, puis les interrompit.

– Varie, Van, venez. Aujourd'hui nous allons manger dehors.

Le regard de Van s'éclaira et il sauta au cou de son père. Varie eut un sourire rapide et les suivit. Folken les attendait devant la porte du jardin. Van descendit des bras de son père et vint prendre la main de Folken qu'il tira dehors en riant. « Viens jouer ! »

Folken suivit son petit frère en souriant, sous le regard amusé de Gho. Leurs parents les rejoignirent au fond du jardin. Le repas attendait sur une nappe qui avait été posée sur l'herbe. Pendant que Van courait après Folken en riant, Gho prit sa femme dans ses bras avec amour.

– Depuis combien de temps est-ce que nous ne sommes pas sortis comme ça du palais ? demanda-t-il.

– A peu près la naissance de Van, répondit-elle en souriant avant de poser sa tête contre lui.

Ils regardèrent leurs enfants jouer ensemble.

– Cette sortie va faire du bien à Folken, dit Gho. Au fait, tu as terminé son apprentissage ?

– Oui, répondit Varie en suivant son fils des yeux. Il vole bien.

– Et Van ? Quand est-ce que tu commenceras ?

– Gho, il est trop jeune. Ses ailes ne sont pas assez fortes pour le porter et d'ailleurs… je les trouve un peu trop fragiles pour son âge.

Gho émit un petit rire.

– Je me rappellerai toujours lorsqu'il les a sorties pour la première fois et qu'il a traversé tous le palais à quatre pattes avec ses ailes qui traînaient derrière ! Elles étaient à peine couvertes de duvet.

Varie hocha la tête. Lorsqu'il était plus jeune encore, Van ne contrôlait pas du tout ses ailes. A la moindre émotion, elles sortaient. Ça avait inquiété sa mère, Folken n'avait pas eu ces ennuis. Et c'était dangereux lorsque des étrangers étaient au palais, diplomates ou autres. Il ne fallait pas que le monde sache… pas encore. Les Fanélians gardaient jalousement le secret de Varie et elle savait qu'il n'y aurait pas de fuite.

Heureusement, depuis quelques mois, ces « accidents » étaient devenus de plus en plus rares et les ailes de Van n'avaient pas reparu.

Elle s'assit sur la nappe et Gho appela ses fils pour le repas. Ils passèrent la journée dans le parc, seulement eux quatre.

Van, malgré sa jeunesse, inscrivit ces instants passés avec sa famille quelque part en lui, et malgré les années sombres qui suivirent, garda de sa petite enfance un souvenir heureux, basé sur cette unique journée.

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Irini, Fanélia.

Vargas allait sortir d'Irini lorsque des cris et des appels lui parvinrent. Intrigué, il fit demi-tour et se dirigea vers le marché d'où l'agitation semblait provenir.

C'était comme si tous les Iriniens s'étaient mis en cercle autour de quelque chose ou quelqu'un, parfois émettant des cris de colère, des insultes et parmi tout ça, on entendait les hurlements d'un enfant.

– Que se passe-t-il, ici ? gronda Vargas.

– Seigneur Vargas ! s'écria un homme. Venez voir un peu !

La foule s'écarta devant l'ex-général de Fanélia. A l'intérieur du cercle, il y avait deux personnes étendues par terre.

L'une était une belle femme-chatte au longs cheveux rose pâle, son corps était couvert de blessures, et elle avait les yeux fermés. Une Iriniène à l'air bouleversé avait posé son beau visage sur ses genoux. Près d'elle, une autre femme tenait dans ses bras un bébé-chaton pleurant et criant.

L'autre était un homme au visage tuméfié, comme s'il avait été battu. Il regardait autour de lui avec l'air d'une bête traquée.

– Il l'a tuée ! hurla l'Iriniène qui tenait la femme-chatte. Il l'a tuée !

– Qui est-ce ? demanda Vargas. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

– C'est un étranger, répondit un homme d'une voix méprisante. Il est arrivé de Vidarus avant-hier avec la femme-chatte et le bébé. Il a dit qu'elle était son épouse, mais on savait qu'il mentait parce que le chaton n'est pas un mélangé.

– Et elle s'est enfuie chez moi, dit l'Iriniène, les larmes aux yeux. Elle est venue avec son bébé, elle a dit qu'elle était son esclave, qu'il avait tué son mari et voulait les vendre ! Quand il est venu la chercher, on lui a dit qu'il n'y avait pas d'esclaves en Fanélia, que ce soit des hommes-animaux ou d'autres, mais il l'a emmenée de force ce matin pendant que j'étais pas là et il l'a battue à mort ! On est arrivés trop tard !

Vargas regarda l'étranger avec des yeux glacés. « Très bien, dit-il. Emmenez-le voir le chef de la ville qui décidera de son sort et enterrez la femme-chatte au mausolée d'Irini. »

L'homme fut emmenée, le corps de la femme-chatte aussi, et la foule se dispersa. L'Iriniène qui avait accueillit la femme-chatte et celle qui tenait l'enfant restèrent sur place et Vargas s'approcha.

– Et le chaton ? Vous pouvez vous en occuper ?

– Elle est trop petite, répondit la femme qui la tenait. Elle a à peine deux mois, sa mère a dit qu'elle est née lors de la dernière Lune Orange. Nous n'avons pas le temps de nous occuper d'elle.

Vargas regarda la petite fille-chat en larmes. Hésitant, il réfléchit quelques instants et tendit les bras pour la prendre.

– Donnez-la moi, dit-il. Je crois savoir ce qu'il faut faire. Je connais quelqu'un à qui il manque une petite sœur pour le faire tenir tranquille.

La femme, confiante et soulagée pour l'avenir de la petite chatte, la donna au géant.

– Au fait, comment s'appelle-t-elle ?

– Merle.

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Palais de Fanélia.

Le soleil se couchait et Gho rappela Van et Folken pour rentrer au palais. Les deux frères main dans la main précédaient leurs parents, mais ils s'arrêtèrent soudain à la vue de Vargas qui s'avançaient vers eux avec Alya. Il tenait quelque chose dans ses bras.

– Vargas ? s'étonna Gho. Déjà de retour ?

– C'est ma dernière escale, Majesté. Disons que je suis venu donner son cadeau d'anniversaire à Van, avec un petit peu de retard.

Le petit prince s'avança, intrigué, alors que Vargas se baissait pour montrer son précieux fardeau.

– Elle s'appelle Merle, dit Vargas. C'est ta nouvelle petite sœur, elle est fragile, il faut que tu en prennes soin.

– Quel étrange cadeau, s'étonna Gho.

– Il se tiendra tranquille, maintenant, sourit Alya.

Elle prit Merle dans ses bras et fit signe à Van de les suivre. « Venez, maître Van, il va falloir que vous appreniez à vous occuper de votre petite sœur. »

Un peu confus et perdu, Van suivit néanmoins Alya, en regardant son frère qui souriait.

Plus tard dans la soirée, Alya, méfiante, vint vérifier que Van n'était pas parti faire un tour, et à sa grande surprise le trouva endormi par terre, devant le berceau de Merle. Attendrie, elle le transporta jusque dans son lit sans qu'il se réveille.

Une année calme s'écoula. Merle, comme tout humain-animal, évoluait beaucoup plus rapidement que les humains normaux et à un an à peine passé, suivait Van partout et parlait déjà à peu près correctement. Alya et Vargas avaient cru qu'avoir Merle sous sa responsabilité calmerait le petit prince, ce qui ne fut pas le cas. Dès que la petite fille-chatte fut capable de le suivre dans ses escapades, Van repartit en vadrouille avec elle. De plus, avec l'âge, il devenait malheureusement plus malin et les gardes ne le voyaient même plus passer.

Au marché principal de Fanélia, on avait désormais l'habitude de voir arriver le petit prince, suivi de Merle.

Le reste du temps, Van le passait avec son frère lorsqu'il était libre, ou à faire des exercices de sibylle, Merle dormant au pied du banc.

La début de l'été vit arriver une délégation astrienne à Fanélia. Parmi elle se trouvait la petite princesse Mirana Aston.

Alya vint la chercher pour l'emmener dans le jardin où Van jouait avec son frère. Folken sourit en voyant arriver la petite fille blonde habillée comme une poupée.

– Regarde, Van, voici Mirana.

Van, tout intimidé, se cacha derrière les jambes de son frère.

Du haut de la salle du trône, Gho assistait à la scène en souriant un peu.

Astria… Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas eu de visite. « Au moins depuis leur dernière agression » pensa-t-il avec un sourire ironique. Ça datait de son enfance. Il se rappellerait toujours de ce matin où son père était revenu avec la grande armée de Fanélia presque intacte, victorieux de la guerre contre Astria.

Il se tourna vers l'ambassadeur.

– Renforcer nos liens ? Bien sûr, dit le roi de Fanélia.

L'ambassadeur était un peu dérouté. Gho de Fanel n'obéissait pas du tout aux règles de la diplomatie. Il était allé directement au sujet principal et il ne se conduisait pas du tout en roi. La salle du trône était quasiment vide, il n'y avait pas de Conseillers près de lui, il était habillé comme un simple passant, et ne se tenait même pas sur son trône.

– Un mariage entre nos deux nations serait des plus profitables, dit-il, pas très assuré. Son Altesse Van Fanel et la princesse Mirana sont du même âge et leur union…

– Mon fils a eu trois ans lors de la douzième Lune Blanche, coupa doucement Gho. Je crois qu'il est encore trop jeune pour se choisir une fiancée.

– Mais, votre altesse… fit l'ambassadeur, sidérée.

– Je suis désolé, répondit-t-il en souriant. Les mariages arrangés n'ont pas cours en Fanélia. Sans compter, monsieur l'ambassadeur, pensa Gho, que je n'aimerais pas voir votre tête ou celle du roi Aston en découvrant que son gendre est un membre de la tribu maudite d'Atlantis.

Gho regarda de nouveau par la fenêtre. Van, qui semblait avoir vaincu sa timidité, fuyait en riant avec Mirana dont la robe était dans un état lamentable, tous deux poursuivis pas Folken.

Se retournant vers l'ambassadeur complètement catastrophé, il ajouta :

– Je serais enchanté de renforcer les liens avec Astria. Mais ne me parlez pas de mariage arrangé, monsieur l'ambassadeur. Pardonnez-moi. Mon fils n'est pas à vendre.

On vint chercher Mirana qui pour la première fois de sa courte vie ressemblait plus à une petite fille qu'à une poupée, et la délégation astrienne s'en alla le soir même. On n'en entendit plus jamais parler et Van passa un été heureux en compagnie de son frère et de Merle.

Au tout début de l'automne, un messager des garnisons de défense de Fanélia vint avertir qu'une bande de pillards très organisés s'en prenait aux villages près de la frontière commune avec Zaïbacher.

Gho organisa une petite armée, sans grande envergure mais suffisante contre des pillards et partit un matin ensoleillé vers la frontière.

Van, impressionné, regarda son père s'éloigner dans cette immense armure blanche. Le guymelef divin Escaflowne, lui avait dit Folken. L'invincible Escaflowne qui protégerait son père contre tout.

Van fit de grands signes d'au revoir à son père. Il avait hâte qu'il revienne. Gho lui avait promis qu'à son retour, il l'emmènerait à Arzus pour apprendre les plantes de la forêt.

Puis il rentra tranquillement au palais avec Merle.

(à suivre)