Une semaine, juste, sept jours et voilà qu'elle doit rentrer chez elle, à Londres. Elle va quitter Paris, une nouvelle fois, mais pas dans le même état d'esprit. Elle n'est pas en colère contre le monde entier, elle est juste triste de partir, triste de laisser ses parents avec qui elle a passé une si bonne semaine, triste de laisser derrière elle sa meilleure amie, avec qui elle a très peu parlé depuis leur nuit, juste un café avant que Marie n'aille travailler. Fleur s'est excusée de ne pas être revenue, elle était tellement perdue, partagée entre deux amours et elle avait besoin de se mettre d'accord. C'est automatiquement qu'elle avait redit à son amie la phrase de sa mère. Il est impossible d'avoir des sentiments pour une deuxième personne quand on aime vraiment la première. Depuis qu'elle lui avait dit cela, ça lui torturait l'esprit, elle était complètement d'accord. En plus, que la première personne a fait une croix sur elle. Ce séjour lui a été réparateur, elle était fixée sur ce qu'on pense d'elle et sur ce qu'elle doit penser des autres, surtout ce qu'elle doit penser de Hermione. Elle lui a manqué, elle a pensé à elle pendant cette semaine, même quand elle était dans les bras d'une autre. Elle est amoureuse Fleur, amoureuse de Hermione. Elle ne la connaît pas, mais elle aime beaucoup de choses en elle, sa façon de parler, de marcher, de poser sa main sur la sienne quand elle lui parle. Même si elles se fuient, elles s'attirent. Elles veulent passer du temps ensemble, même si Fleur est maladroite dans ses mots.

La voiture bouclée, elle rentre une dernière fois dans la maison pour dire au revoir à ses parents. Depuis une dizaine de minutes, elle n'arrête pas de courir partout pour rassembler ses affaires, car elle a l'impression d'en avoir mis dans toutes les pièces alors qu'elle n'a même pas défait sa valise. C'est juste cette impression qui la perturbe, ce n'est pourtant pas perdu chez ses parents. Mais là, elle va partir, c'est bon. Enfin, elle est plantée à la porte du salon et attend. Attendre quoi ? On ne sait pas, même pas elle, tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle ne veut pas partir, en plus sans son fils. Sa mère s'approche d'elle et la prend dans ses bras.

-Je ne veux pas te virer de la maison, mais il faudrait que tu partes sinon tu vas devoir rouler la nuit et je ne vais pas pouvoir dormir.

-Je vais y aller.

Ensemble, tous les trois, ils sortent dehors. Fleur prend ses parents dans ses bras puis elle monte en voiture, elle ne regarde pas derrière avant de mettre le moteur en route, elle ferait style qu'elle pense avoir oublié quelque chose pour rester un peu plus longtemps ici alors que tout le monde saurait qu'elle ment, qu'elle n'a rien oublié. Un dernier au revoir de la main par la vitre ouverte et elle est partie pour plusieurs heures de solitudes. Faire de la route seule ne l'enchante pas, elle sait qu'elle va s'ennuyer et que la dernière heure va être la pire.

...

Hermione, elle s'est levée tôt en ce samedi matin. Elle n'a jamais aimé se lever tard, elle n'a jamais compris comment on pouvait se lever vers midi. Elle a besoin de profiter de la journée entière. À l'école de danse où elle était inscrite, on les faisait se lever tôt le matin pour une meilleure souplesse, elle a gardé cette habitude même si la souplesse n'est plus là, même si son corps refuse qu'elle danse comme avant. Elle met un gilet sur ses épaules, car elle trouve qu'il fait froid dans sa grande maison. Pourtant, quand elle ouvre les volets, elle voit qu'il y a un grand soleil dehors, mais il est rare qu'un soleil d'avril chauffe beaucoup, surtout à Londres. Mais ça lui fait un bien de vitamine D, depuis quelques jours, il ne faisait que pleuvoir et ça l'a déprimée. Elle referme ses volets après avoir laissé l'air rentrer chez elle pour tuer tous les microbes qu'il peut y avoir. Elle s'avance dans sa maison. Dans son salon, elle va vers sa platine. Elle en est fière de sa platine, de son achat. Elle l'a reçu la veille après l'avoir commandé sur internet. Elle n'avait pas envie de faire les magasins, ni de demander l'avis à quelqu'un du magasin, elle s'est fiée aux avis sur internet et ce n'est pas plus mal. Elle l'allume. Elle avait hésité à l'acheter, mais voir son vinyle, seul, posé sur un meuble lui faisait du mal, elle voulait l'écouter, elle voulait se sentir proche de Fleur. La chanson tourne dans la maison, on a l'impression qu'elle danse un slow, même si elle est seule, elle danse. Elle s'imagine dans les bras de son mari, leur chanson, leur premier baiser puis elle s'imagine dans les bras de Fleur. Elle se rappelle de cette soirée, des pas maladroits de la blonde. Elle sent toujours le parfum du shampoing de Fleur, elle se rappelle avoir aimé l'odeur alors elle ne l'avait pas oubliée. Cette chanson, maintenant, lui rappelle deux personnes, deux temps de sa vie, le passé et le futur.
Elle est prête, elle peut sortir, y aller. Elle est maquillée, coiffée, bien habillée et surtout elle est motivée. Elle respire fort, prend les clés de la voiture et quitte la maison. La voiture, elle ne l'a pas prise depuis trois ans. Elle n'avait jamais osé remonter dans l'une d'entre elles pour les conduire. La dernière fois qu'elle a conduit, elle a connu le pire moment de sa vie, elle n'a jamais voulu refaire face à ses responsabilités. Elle est consciente que tout est de sa faute alors que c'est faux, elle faisait que des choses bien, c'est quelqu'un d'autre qui les a percutées, qui les a tuées. Elle prend sur elle pour allumer le moteur de la voiture de son mari. Elle va rouler en toute illégalité, elle n'est pas assurée sur cette voiture, la voiture en elle-même n'est plus assurée, mais ce sera sûrement la dernière fois qu'elle la prendra. Elle est obligée de conduire, l'endroit où elle veut se rendre est, or de la ville, aucun bus n'y mène. Sandy, elle est habituée à prendre les transports en commun, sa façon de penser peut paraître stupide, mais elle se dit que s'il arrive quelque chose, ce sera de la faute du chauffeur et non de la sienne. Elle est traumatisée Hermione. Elle a les mains sur le volant et elle ne sait même pas si elle aura le courage de mettre le moteur en route pour partir. Elle attend plusieurs minutes, sans bouger, à réfléchir à ses actes. De nombreuses fois, elle a mis la main sur la poignet de la portière, plusieurs fois elle était prête à quitter le véhicule, à rentrer chez elle, décidément elle n'aurait pas été si courageuse que ça, finalement elle ne va pas si bien que ça. Elle démarre, elle veut se prouver des choses. Alors qu'elle commence à rouler, elle a ses bras qui tremblent. Elle ne roule pas vite, elle ne va pas surtout pas dépasser la limitation. À chaque carrefour, ses bras tremblent un peu plus. Elle essaie toujours de se mettre derrière une voiture à un feu rouge, jamais elle ne veut être la première à s'engager. Après de nombreux coups de pression qu'elle s'est mise, elle arrive au vide-grenier où elle voulait aller. Elle n'a pas fait marche arrière, quand elle s'est garée, elle s'est dit qu'elle n'oserait jamais reprendre le volant, mais il faudra bien qu'elle rentre chez elle. Elle essaie de se calmer avant de sortir de la voiture et pour aller marcher. Elle sait que ce genre de petits événements peut l'aider à trouver des vinyles. Voilà, Fleur l'a mis aux vinyles. Elle sait qu'ici, il peut en avoir des biens pour pas trop cher.

Elle traverse les allées du vide-grenier, elle sait ce qu'elle recherche et ne s'attarde pas sur autre chose. Elle se connaît, elle sait que si elle regarde autre chose, elle va tout prendre. Elle adorait faire les vide-greniers avec Jeremy. Lui adorait ça, elle, elle aimait juste passer du temps avec lui. Chez Hermione, on ne faisait pas ce genre d'événements, on n'aimait pas prendre des choses qui avaient déjà servi pour d'autres personnes, mais Jeremy, chez lui, c'était leur sortie dominicale et il l'a initiée à ça. Elle aimerait qu'il soit encore là. Son regard croise celui d'une femme qu'elle voyait à chaque vide-grenier avec Jeremy. Cette femme l'a reconnu tout comme Hermione.

-Bonjour !

-Bonjour.

-Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vue !

Hermione ressent la joie de la femme qui lui parle. C'était devenu comme une amie du couple, tous les dimanches, ils la voyaient, Jeremy aimait prendre du temps pour discuter avec elle, il aimait savoir si elle allait bien et cette femme leur posait des questions sur leur couple. Plus le mariage arrivait, plus elle voyait que Hermione stressait, tendue et elle lui a juste dit de profiter de ce jour, car il n'y en a pas deux comme celui-là. Quelques mots, juste quelques mots et ça arrivait à l'apaiser.

-Oui.

-Vous êtes seule ? Où est Jeremy ? J'en suis sûr qu'il traîne à d'autres stands.

-Non. Non il n'est pas là.

Elle ne rentre pas dans plus de détails, la mine triste de Hermione demande à cette dame de ne surtout pas demander où il est, si ils ne sont plus ensemble.

-Je suis désolée pour vous. J'espère que ça va aller.

-On fait avec, dit Hermione avec un faible sourire aux lèvres. C'est super qu'il fasse beau aujourd'hui.

-Oui, totalement ! Ça change de dimanche dernier. Je n'ai rien vendu, on a à peine pu sortir notre stand.
-Je comprends. Profitez bien de votre journée.

-Merci, vous aussi Hermione.

Elle remercie de la tête, elle aurait voulu lui dire merci, mais elle n'a aucune idée du prénom de cette femme. Elle ne s'en rappelle plus, depuis qu'elle est devant Hermione, elle essaie de se rappeler, mais rien. Elle continue son chemin. Revoir cette dame lui a fait plaisir, mais si elle lui a rappelé Jeremy, mais elle n'a pas craqué, à quoi bon craqué devant cette pauvre femme. Elle regarde les autres stands. Elle s'arrête à l'un qui vend des vinyles. Elle salue l'homme qui tient le stand, il lui offre un grand sourire. Elle fouille, elle en sort du lot et surtout elle garde en main un vinyle de Michael Jackson, Bad. Bad est son album préféré alors elle ne peut pas laisser le vinyle de côté, partir sans même savoir combien il lui aurait coûté. Elle ne garde que celui-là, ce sera déjà ça.
Elle reprend la voiture, un nouveau moment de stress. Elle n'a trouvé qu'un vinyle qui l'intéressait, elle n'est pas déçue, loin de là. Après plusieurs minutes à rouler, à ne pas se sentir bien, à avoir peur de la route, des autres, elle se gare dans son garage. Elle range sa voiture, elle ne remontera pas dedans tout de suite, elle ne lui sert à rien et elle ne veut pas l'abandonner. Elle rentre dans sa maison, il ne fait toujours pas très chaud, elle garde son manteau le temps d'aller essayer son vinyle. Elle le met et défile les chansons. Elle écoute avec admiration, elle ne se remettra jamais du talent que Michael Jackson avait. Et elle écoute la deuxième chanson, l'une de ses préférés, celle qu'elle adorait chanter quand elle était seule chez elle dans son adolescence. 'The Way you make me feel', en l'écoutant, elle pense à Fleur, cette chanson lui fait penser à Fleur « Tu es simplement de toute beauté, j'aime le groove de ta démarche, ta façon de parler, ta robe ». Sur le coup, elle se demande où est Fleur. Elle devrait être rentrée, si elle est partie le vendredi et qu'elle y restait une semaine, elle devrait être à Londres. Elle meurt d'envie de lui envoyer un message, de lui demander où elle est, de la rejoindre, mais elle trouve ça trop rapide. Elle attendra qu'elle fasse le premier pas, que ce soit elle qui craque avant Hermione.

...

La route n'a été que suite de bouchons. Elle y est restée à chaque fois plusieurs minutes, des minutes qu'elle a passées à souffler. La solitude s'est faite plus quand elle était à l'arrêt, mais ça lui a permis de fumer. Elle le sait, elle ne fume pas dans sa voiture, mais il fait beau, elle n'a qu'à ouvrir les fenêtres pour aérer l'habitacle pour faire partir l'odeur. Mais elle était tentée, l'homme dans le véhicule à sa droite fume, elle sentait l'odeur et elle s'est sentie obligée d'en fumer une, c'est une faible Fleur, facilement influençable où elle ne perd jamais une minute pour fumer. Il fait déjà noir quand elle sort du tunnel sous la manche et lorsqu'elle arrive donc en Angleterre. Elle commence à rouler pour quitter toutes les voitures qui étaient aussi dans le train. Quand elle ne se sent plus oppressée par tous les français qui débarquent juste et qui n'ont aucune idée d'où il faut qu'ils aillent, elle se gare sur le côté de la route et prend son téléphone. Elle retrouve sa conversation avec sa mère et lui envoie un message. Dans ce message, elle lui écrit qu'elle vient d'arriver à son appartement, que la route s'est bien passée malgré quelques ralentissements et que maintenant, elle peut aller dormir, qu'elle n'a plus rien à craindre. Un vrai mensonge, mais c'est pour le bien de sa mère, elle n'a jamais aimé que Fleur roule de nuit, elle a toujours eu peur du sombre de la nuit, du manque de repères. De toute manière, elle a toujours eu peur pour sa fille et encore plus depuis qu'elle habite loin et qu'elle ne peut plus avoir un œil sur elle. Même que maintenant, il est si facile de mentir à sa mère, chose qu'elle n'arrivait jamais à faire avant, en face-à-face. Avant de reposer son téléphone, elle a envie d'envoyer un message à Hermione pour la prévenir de son retour, mais elle ne sait pas, elle hésite. Peut-être que ça fait trip de la prévenir dès maintenant. Si ça se trouve, elle n'attend même pas de message de sa part. Non, elle lui enverra le message quand elle sera à Londres, dans son appartement.

Rentrer dans son appartement a été moins dur que rentrer dans la maison de ses parents, pas besoin de monter à une échelle, ni de tuer une araignée. Elle a juste eu un coup de pression quand elle a cru avoir oublié ses clés, le plus important, mais elles s'étaient glissées au fond de son sac à main. Devant sa porte d'immeuble, elle a failli s'énerver jusqu'à ce qu'elle mette la main dessus, à croire que ses clés voulaient que tout l'immeuble sache que Fleur est de retour. Quand elle est rentrée, ça lui a paru si froid à cause de l'absence de présence humaine. Elle imagine que son fils serait rentré en courant, content d'être enfin de retour chez lui. Là, elle rentre avec ses valises, seule. Fleur, elle s'assoit sur son canapé, il lui avait manqué, tellement manqué qu'elle s'endort directement dedans, elle n'a pas eu envie de faire autre chose, elle n'avait pas faim, elle était juste fatiguée, épuisée par la route.

...

C'est le soleil qui rentre dans l'appartement qui réveille Fleur, elle n'a pas pensé à fermer les rideaux pour ne pas être embêtée, tellement fatiguée qu'elle n'y a pas pensé. Elle se réveille assez tôt pour un dimanche matin, ça ne la dérange pas, pourtant, elle n'a rien à faire, elle sait qu'elle va s'ennuyer. Elle commence déjà à tourner dans l'appartement, elle mange, après elle se met devant la télé, elle attrape son téléphone, hésite à appeler celle qui hante ses pensées. Elle préfère envoyer un message à Julien pour lui dire qu'elle est bien rentrée et pour lui demander comment va Logan. Elle reçoit presque immédiatement une notification Facebook, il vient de lui répondre par message privé et non par SMS, elle rit, il ne veut pas payer plus cher, elle ne vaut pas de mettre plus d'argent dans un sms. En tout cas, quand elle lit le message, elle est heureuse. Logan va bien, il a bien dormi et il est content d'être avec son père, il regrette juste qu'elle ne soit pas passée le voir avant de partir. Elle y avait pensé, mais elle ne voulait pas, elle aurait été incapable de partir, seule. Elle aurait tout fait pour qu'il rentre avec elle. Elle lui répond qu'elle est désolée d'être partie directement, mais qu'elle ne voulait pas déranger. Il lui répond directement qu'elle ne dérange jamais. Elle souffle devant son écran et préfère poser son téléphone sur le canapé, face vers le canapé. Elle se lève, se fait chauffer un café, allume une cigarette, elle n'a pas besoin de fumer à la fenêtre, il n'y a qu'elle et il n'y aura qu'elle pendant le reste de la semaine. Assise à la table de sa cuisine, elle a fini son café, elle réfléchit, elle hésite toujours, mais ça la ronge de l'intérieur de ne pas entendre sa voix. Sa voix n'est qu'un souvenir alors qu'elle pourrait l'entendre en temps et en heure. Elle se lève, elle ne réfléchit pas à ce qu'elle fait et elle appelle le numéro de Hermione.

-Allô ?

Sa voix la transperce, son cœur s'accélère. Elle se trouve démunie, elle ne sait plus quoi dire.

-Fleur ça va ?

Son prénom qui sort de sa bouche, un ton de voix inquiet. Elle ne trouve toujours pas les mots, elle s'en rend vraiment compte, de ses sentiments envers la brune.

-Fleur répond moi.

-Allo.

-Tu m'as fait peur ! Ne fais plus jamais ça.

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