Chapitre 9 : Believe me when I say… I love you ! (Rouge et Bleu)
Note : Juste pour dire que je me suis permis de faire un mini crossover avec la scène la plus sublime et (en tout cas pour moi) cultissime du film Moulin Rouge : le tango de Roxanne. J'écoutais la musique pendant que j'écrivais, et de là l'inspi est venue pour insérer deux-trois phrases… j'espère que vous me pardonnerez cet écart !
Un regard inquiet scrutait
l'horizon, les yeux bougeant sans arrêt, d'une destination
à l'autre. Ils étaient verts, ténébreux,
intenses comme l'eau d'une tempête.
Adrian Baranovsky
regardait les flots qui le séparaient de son destin.
Après trois semaines de navigation la Perle Noire était sur le point de rejoindre l'île où était demeuré caché depuis des années et des années le fabuleux trésor du comte Black. Trésor dont Reyes devait désormais avoir pris possession.
Adrian se passait nerveusement la main dans les cheveux bruns, le regard toujours aussi apeuré. Puis ses mains se tortillaient entre elles.
Ensuite il jouait avec les veines de celles-ci.
Et de nouveau, il observait l'horizon attendant l'instant où un point vert-noir serait apparu. Son visage était tendu et ses yeux étaient cernés, signes évidents de sa tension émotive.
Les douces couleurs de l'aube n'étaient pas encore venues réveiller la nature, toujours enveloppée d'une fine couche de brume. La journée était paisible, et la routine des pirates procédait comme d'habitude.
Mais ce n'était pas un jour comme les autres, et cela, Adrian le savait pertinemment. Il le savait quand il posait les yeux sur son médaillon, dernier souvenir de sa mère, il le savait quand il repensait à celle-ci. Son poing se serrait alors, ses yeux brûlaient de vengeance destinée au traître Reyes.
Deux mains fraîches vinrent se poser sur ses épaules fatiguées, effectuant un léger massage.
-Il est bien tôt pour ton quart, chéri.
Même la voix tendre et reposante et la beauté envahissante de la pirate ne réussissaient à apaiser le jeune homme.
Il ne répondait pas, trop occupé par ses graves pensées.
-Je te comprends, tu sais…
La voix de la femme était douce et humble, mais Adrian était dans un tel état qu'il s'irrita contre elle.
-Comment peux-tu comprendre ? Tu as Jack, tu as ton navire, et tu ne peux rien faire… tu n'as plus rien à faire pour ta mère. Comment peux-tu seulement prétendre me comprendre, Debra ? J'ai tout perdu, tout ! Reyes m'a tout enlevé, comme s'il m'avait arraché mon cœur de ma poitrine… Je ne vis plus que pour la vengeance !
Il ne me reste plus rien d'autre.
-Excuse-moi, Adrian. J'avais cru comprendre qu'il y avait au moins une toute petite partie de toi qui vivait pour moi. J'ai sûrement dû me tromper. Oh ! Mais bien sûr, je suis si naïve que je suis tombée en plein dans le panneau.
Excellent travail, vraiment, tu sais, tout ceci… tout ceci semblait presque vrai.
Why does my heart cry… feelings I can't fight.
Il n'y avait ni tristesse ni hystérie dans la voix de Debra. Au contraire, celle-ci était si posée et froide que ce qu'elle disait avec amertume semblait une banale reproche. Elle était sur le point de s'en aller quand il la retint par le bras tout en l'attirant vers lui. Il avait finalement détourné son regard de la mer pour le plonger dans un autre océan tout aussi bleu, tout aussi mouvementé : les yeux sublimes de la jeune femme.
His eyes upon your face. His hand upon your hand. His slips caress your skin.
Il la prit brusquement dans ses bras et l'embrassa, la laissant désemparée par tant de fougue. C'était un baiser étrange, presque violent, comme s'il voulait oublier sa haine envers Reyes à travers son amour pour la belle blonde.
Un baiser qui durait une éternité… quand ils se séparèrent enfin, elle réussit seulement à dire timidement :
-Est-ce que ceci… est bien vrai ?
Les yeux d'Adrian brillaient, cette fois pas de vengeance mais d'amour.
Believe me when I say… I love you !
-Tu peux encore en douter, mon ange ? Je suis désolé pour avant… je ne pensais pas ce que j'ai dit. Mais la colère me ronge tout comme le désespoir et les regrets…
-Je… comprends.
Ils restèrent un long moment ainsi, dans ce silence qui les enveloppait, plus bruyant que mille mots de miel.
The greatest thing you'll ever learn… is just to love and be loved in return.
-Adri !
-Qu'y a-t'il, Debra ?
-TERRE !!!!
Il se retourna avec une telle rapidité… Il vit au loin une tâche, une tâche brunâtre avec quelques surfaces vertes qu'il reconnaissait maintenant.
Leur île… son île.
Une intense émotion s'empara de lui. Les souvenirs lui revenaient en vagues déferlantes, le visage souriant de sa mère, l'expression téméraire de son père, les reflets des joyaux, la Justicière, la grotte, la cachette…
Il sentait que la respiration lui manquait. Et si… et s'ils avaient réussi à trouver même… même ce que seulement sa mère et lui savaient ? Raquel l'avait-elle dit à son père ?
Non. Non…
Ce n'était pas possible. Il tenta de se calmer mais l'angoisse s'emparait de lui. Debra ne le savait pas, Jack ne le savait pas… personne ne le savait à part lui. Personne ! Comme en un éclair, il revit ces reflets. Il tendit la main vers le vide, par-dessus bord, croyant attraper un objet qu'il n'y avait pas, voulant caresser la perfection de ces pierres précieuses, voulant sentir le parfum inoubliable des saphirs…
Ses yeux étaient dévorés par une flamme qui n'était pas de la cupidité mais quelque chose de plus insaisissable.
Debra le regardait curieusement, se demandant quelles pensées pouvaient se cacher derrière l'air mystérieux du pirate. Jack était sur le pont également, observant l'île qui se rapprochait toujours plus, pensant lui aussi à Raquel Baranovsky.
Une femme inoubliable, une femme qui lui avait tant donné… Il revoyait sa blancheur extrême et ses yeux clairs, si clairs… sa bouche d'un rouge carmin.
Mais surtout, il revoyait l'éclat qu'elle émanait… le charisme fou et le caractère d'acier. Raquel…
La Perle avançait lentement, beaucoup trop lentement pour Adrian, pas assez poussée par un vent trop léger pour gonfler complètement les voiles.
L'île semblait si lointaine et si petite…
Les secondes s'écoulaient l'une après l'autre, avec une lenteur extrême. Trois paires d'yeux étaient rivées sur l'île.
Mais finalement, la Perle Noire accosta et put jeter l'ancre dans la crique que leur indiqua le jeune homme.
Jack décida que seulement Adrian, Debra et Ana-Maria descendraient en exploration. Il n'y avait aucune trace de la présence de Reyes sur l'île, mais il ordonna tout de même de faire un tour de l'île avec une chaloupe.
Adrian était déjà éloigné, marchant frénétiquement comme s'il connaissait le trajet par cœur. Son visage était ardent de folie. Il semblait s'être transformé depuis leur arrivée sur l'île. Les yeux exorbités, les mains sèches et nerveuses, l'expression ravagée.
-Regarde le petit, Jack… il y a quelque chose qui cloche. Nous devons être prudents… il nous a pris peut-être seulement comme moyen pour arriver à ses fins.
Jack ne répondait pas, mais, chose plus curieuse, la même étincelle qui scintillait dans les yeux d'Adrian se reproduisait dans ceux du capitaine. Mais dépourvue de noblesse, basse comme tout instinct animal… l'envie de butin. Pure et simple cupidité, seul plaisir après la mort de Gemma. Plaisir fictif ? Impossible de le dire.
-Jack !
-Je sais ce qu'il veut, Ana, et je peux comprendre son état… il ne nous a pas tout dit, mais il ne comptait pas sur Jack Sparrow.
Pendant ce temps, Debra, elle, était restée un peu en retrait, craignant cette île qui lui semblait perfide. Elle était faite ainsi, se fiant plus à des sensations qu'à des faits, mais là le comportement d'Adrian la rendait encore plus attentive. Et perplexe. Elle marchait lentement, effrayée par les élans d'Adrian et de son père.
Adrian était arrivé à la source d'un ruisseau, formant une grotte naturelle impossible à découvrir sans indications. Les quatre explorateurs pénétrèrent dans cet antre noir et sombre, l'eau coulant tumultueuse sous leurs pieds. Ils marchèrent à long ainsi, s'habituant peu à peu à l'obscurité ambiante. Adrian semblait connaître chaque pierre, chaque bifurcation, tout cet univers parallèle et irréel…
Ils arrivèrent enfin dans une sorte de clairière minérale. Un endroit étrange qui semblait la fin du parcours. Vide et triste, mais illuminé par une source de lumière totalement improbable qui venait de nulle part. Adrian courut vers un renfoncement dans la roche, puis il glissa sa main à l'intérieur et en sortit une clé en opale. La clé dans les mains, il se précipita vers un endroit à l'opposé, à l'apparence dénué d'intérêt. Un trou minuscule, à y voir de plus près, s'y trouvait.
Adrian y inséra la clé, les mains fébriles encore tremblantes. Il injuria quand il ne réussit pas à ouvrir.
-Laisse-moi m'en occuper ! dit Debra en s'approchant quelque peu.
Il la repoussa avec la main, avec détermination, sans dire un mot. Il réessaya à nouveau.
Cette fois, l'improbable porte s'ouvrit, à découvrir un autre monde…
Inquiétant dans son vide glauque, ce qui semblait être un salon se dévoilait aux yeux curieux des pirates. Vide, vide, vide… seuls des candélabres éteints en or et des restes de bijoux et de monnaies, des coffres vides témoignaient un faste passé. La lumière était ténue et l'atmosphère oppressante. La salle était énorme.
L'ensemble était triste.
Adrian ne semblait pas en avoir cure, il avait couru jusqu'à l'un des candélabres poussiéreux, suspendu dans cette pauvreté grise et calme.
Avec un geste lent, pour la première fois de la journée, un geste plein de respect, il avait incliné l'une des bougies vers le bas, doucement, laissant percer dans cet espace un moment d'éternité.
La bougie, comme Hélios qui les regardait de très loin, acheva finalement son cours.
Obéissant à cet appel mécanique, une autre porte s'ouvrit dans la roche.
-Ingénieux, vraiment…
Jack regardait le jeune homme s'aventurer dans l'autre salle, l'air sarcastique.
Debra suivit Adrian, se précipitant dans ce gouffre béant qu'il venait d'ouvrir. Et cette fois, impossible de parler de vide.
La salle était minuscule, mais sa grandeur était impensable. Immense. Des lustres sur lesquels se reflétait la lumière du soleil qui recouvrait toute la pièce étaient suspendus au plafond, imposants dans leurs mille reflets irisés. Par terre, un tapis de gemmes s'étendait dans toute son élégance.
Un curieux mélange de saphirs et de rubis. Rien d'autre. Aucune pierre impure n'avait pu s'aventurer dans ce territoire fermé. Une voie s'ouvrait entre les pierres, un tissu rouge qui conduisait un peu plus loin, à l'ombre. Adrian était agenouillé là, une larme coulant sur sa joue. Une robe somptueuse était pendue au mur, une robe de soie chatoyante et de taffetas trouble et lumineux, rouge sang et bleu ciel, châtoyée par des rubis et des saphirs cousus comme une seconde peau.
Au-dessus brillait un diadème magnifique, ni trop grand ni trop petit, œuvre d'un orfèvre hors-de-pair, tempête de saphirs lumineux et purs comme la lumière de la pièce. Une devise était peinte sur le mur, et Debra, qui, exceptionnellement pour une pirate, savait lire, put y voir :
ROUGE ET BLEU
Ne renie pas tes origines. Ne renie pas ton destin. Ne renie pas ta vie.
Sang et mer.
N'oublie pas.
Jamais.
Debra observait tout ceci, silencieuse, sentant un profond respect envers la femme qui semblait apparaître à travers cet écrit. Aristocratique et cruelle, criminelle mais aimante de la mer…
En cet instant, Debra crut comprendre pourquoi Adrian était tombé amoureux d'elle. Parce que sa beauté un peu sombre, glaciale mais déferlante comme les ondes de l'océan, était celle de Raquel Baranovsky.
Adrian se retourna brusquement, croisant le regard de la belle pirate, le visage encore rempli d'émotion. Les silhouettes de Jack et d'Ana-Maria étaient indistinctes et inexistantes pour lui. Il s'était redressé, tenant en main un objet que Debra ne pouvait distinguer, mais il s'agenouilla à nouveau, cette fois devant la jeune femme.
Il lui prit une main avec sa main libre, la serrant assez fort pour faire trembler la belle pirate. Que diable était-il en train de faire ? Les reflets fantasmagoriques des lustres se fondaient dans ses yeux bleus comme le ciel, bleus comme les saphirs du diadème.
Son cœur, lui, était sûrement aussi rouge et palpitant que les rubis.
La voix assurée, trop assurée, le regard intense, trop intense, d'Adrian perturbèrent la jeune femme.
-Debra Sparrow… veux-tu m'épouser ?
Believe me when I say… I love you !
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Et voilà le chapitre 9 ! Rien ne va à 100 comme je le pensais, je me laisse un peu emporter par l'écriture et j'ai donc décidé d'interrompre ici ce chapitre, je n'avais pas envie d'en faire un trop long et de ne pas réussir à vous l'offrir avant… longtemps !
La proposition en mariage m'est venue spontanément, je la pensais pour plus tard mais ne vous inquiétez pas, je sais quand même comment tout ça va continuer…
Entretemps à vous de deviner si Deb va accepter ou non… les paris sont ouverts ! XP
Merci d'avance aux reviewers de ces deux chapitres !
N'oubliez pas qu'on vit de reviews, nous petits fan-fictionneurs… XP
Alors soyez généreux !
