Merci à Melody, Idiote et Gaef pour leurs reviews,
Bonne lecture,
Caprice
Rar à Melody: merci pour ta review, elle m'a bien fait plaisir. J'espère que l'ambiguité de la suite te plaira tout autant et que tu as une idée sur l'identité ce fameux Garçon Mystère!
Chapitre 9 : Du bruit dans les couloirs
Trois jours plus tard, j'ai encore du mal à assimiler que mon petit frère est venu me trouver spécialement pour me demander des détails sur ma vie amoureuse. C'est bien la première fois qu'il s'y intéresse ! Et c'est bien la première fois que tout Poudlard s'y intéresse d'ailleurs. Enfin, je sais bien que ce n'est pas ma vie qui fait l'objet des ragots, mais celle de Sirius. C'est d'ailleurs lui qui m'a fait remarquer très modestement cet état de fait lorsque je suis allée m'excuser. Parce qu'à écouter mon petit ami officiel, toutes les filles du monde le harcèlent nuit et jour pour être l'élue de son cœur. Dois-je en conclure que je ne suis pas une fille ? Hum. Cette histoire commence à avoir des effets néfastes sur mon état mental.
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Quoi qu'il en soit, cette semaine va me permettre de souffler. Le premier match de Quidditch de la saison a lieu samedi et verra s'affronter Gryffondor et Serpentard. Autant dire que l'ambiance est électrique. Je n'ai jamais tant aimé le Quidditch de ma vie. Non seulement tout le monde est accaparé par les deux équipes, mais dans le même temps, les Serpentards sont eux-mêmes trop occupés à casser les joueurs de Gryffondor pour me chercher des noises. Du moins je l'espère.
Hum, j'ai dit que la semaine allait être reposante ? Je retire ça tout de suite. Assise sur mon éternel canapé dans la tour de Gryffondor, je contemple James qui s'agite encore plus bruyamment que d'habitude :
- Bon, on revoit la théorie ce soir, demain, la pratique… Formation en étoile au début, les poursuiveurs… Eh, Franck, tu m'écoutes ? Fabian, tu as fait réviser ton balai par Miss Bibine ? Bien, Ann et Calypso, il faudra aller chercher vos robes demain matin… Et Mandy, je ne veux plus te revoir jouer comme hier, compris ?
J'en suis presque à plaindre les pauvres joueurs devant tant d'incompréhension et d'intransigeance. Surtout qu'ils n'ont pas que James sur le dos. Mandy, par exemple, se fait chaperonner en permanence par Sirius et Lily qui refusent de la laisser ressasser sa rupture. Enfin, je ne suis pas sûre que Sirius ait le choix, vu comme elle lui courre après. Quant à Ann, elle est aussi stressée que si elle passait ses ASPICs. Bizarrement, ce n'est pas mon réconfort qu'elle cherche, mais celui de Phillip. D'abord vexée – quoi, elle me jette comme une vieille chaussette ! – j'en suis maintenant soulagée j'aurais bien été en peine de trouver quelque chose à lui dire, moi qui ne suis pas spécialement attirée par le Quidditch.
Enfin, il faut que j'avoue le dernier grand avantage de ce match : j'ai Remus presque pour moi toute seule. Hiiiiii ! Il m'avait manqué, la semaine dernière, avec ses retenues tous les soirs. Et puis après le tempétueux Sirius, retrouver le calme Remus fait un bien fou. C'est reposant. J'en dormirais presque – dans ses bras évidemment.
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- Luth ! Mary ! Attendez-moi !
Je me retourne en entendant le cri de Peter. Main sur la poignée, Mary suspend son geste. Le garçon traverse la salle commune à toute vitesse et arrive à notre hauteur, essoufflé.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? je demande, perplexe devant tant d'empressement.
- Je peux déjeuner avec vous ?
Le ton est suppliant.
- James et Sirius sont aussi calmes que des Scroutts à pétard ! Ils m'ont réveillé en démolissant mon baldaquin avec le balai de James qui lévitait. Et Remus a déguerpi dès qu'il a enfilé sa robe de sorcier…
Mary éclate de rire et je tape sur l'épaule de Peter, compatissante.
- On sait ce que tu traverses : avec Ann et Mandy, c'est la même chose en moins drôle. On va se serrer les coudes, viens !
Nous sortons de la salle en tentant de remettre Peter dans son assiette. Il a un beau bleu sur l'épaule droite (le baldaquin, paraît-il) et semble remonté contre ses amis.
- Je vais dire à Remus ce que je pense de sa façon d'abandonner le navire, moi ! grogne-t-il lorsque nous arrivons à la Grande Salle.
Remus est là, en train de déjeuner tranquillement. Laissant Peter faire le tour de la table, Mary et moi nous laissons tomber en face de lui. Je remarque immédiatement sa mine fatiguée. Très fatiguée, trop fatiguée.
- Tu ressembles à un vampire, je dis. Tu es sûr que ça va ?
Il m'adresse un sourire caustique et je devine qu'il retient un commentaire sur ma grande délicatesse.
- Va donc vivre avec James et Sirius – il baille – avant un match de Quidditch et on en reparlera.
- On devrait faire des dortoirs spéciaux, suggère Mary. Ceux qui se sentent concernés d'un côté, ceux qui veulent être tranquilles de l'autre.
- Brillante idée, grommelle Peter en s'asseyant à côté de son ami.
Il lui adresse également un regard inquisiteur que Remus ne relève pas.
- Je suis sûre qu'il y aura brusquement un nombre impressionnant de filles intéressées par le Quidditch, je lance, malicieuse.
Peter fronce les sourcils et me passe le plat de bacon, sceptique. C'est Remus qui répond :
- Le plus drôle, c'est que la plupart d'entre elles ne supporteraient sans doute pas Sirius si elles le connaissaient vraiment.
Mary et moi rigolons à sa boutade, mais l'autre Maraudeur n'est pas du même avis.
- Tu exagères, Remus. Sirius est…
- Laisse, Peter. Remus ne critiquait pas, j'interviens. C'est simplement que l'image de Sirius n'est pas fidèle à la réalité. En revanche, je suis sûre qu'elles ne seraient pas déçues par Remus !
- Ah, Luth, toujours en train d'exagérer ! Les filles n'aiment pas les vampires !
- Penses-tu, c'est à la mode ! Surtout chez les Moldus.
Et puis si elles n'aiment pas les vampires, tant mieux pour moi. C'est vrai qu'aujourd'hui, Remus n'est pas très séduisant, mais que la groupie moyenne n'accorde de l'importance qu'au physique arrange bien mes affaires.
Le énième bâillement de Remus est couvert par un bruissement d'ailes. C'est l'heure du courrier. Je lève un œil, essayant de repérer un vol long courrier – Audrey ne m'a toujours pas répondu – ou la chouette de mes parents.
- Hou !
- Aaah !
Je sursaute en entendant le cri de ladite chouette juste devant moi. Je pouvais bien chercher en l'air, tiens. Impatiente et ignorant le rire de mes amis, je détache la missive de sa patte, cherchant mon frère du regard. Je le trouve près de la sortie, encore avec Judith. Ca me fait penser qu'il faudra que je lui dise deux mots. Je confie ma pensée au neurone des actualités avant de dérouler le parchemin. Que je referme aussi sec trois minutes plus tard.
- Il va falloir passer à la vitesse supérieure, je fais, franchement mécontente.
- Ce sont tes parents ? demande Mary.
- Oui, ils persistent à vouloir nous laisser à Poudlard pour les vacances.
- Vraiment ? relève Remus. Ceux de James ont cédé.
- C'est vrai ?
Il confirme d'un signe de tête. Je n'y crois pas. Les parents de Potter ont accepté que leur fils revienne au bercail alors qu'ils vont être absents la plupart du temps et les miens sont tellement frileux qu'ils refusent malgré leur présence ! Et un argument de plus en ma faveur, un ! Pressentant mon explosion, Mary intervient :
- Il ne faut pas leur en vouloir, Luth ! Tu sais bien qu'ils préfèrent te savoir loin de Tu-Sais-Qui.
- Ils ne pourront pas me confiner à Poudlard éternellement, pourtant. Et passer les vacances toute seule ici avec Rogue n'est pas plus sécurisant que dehors avec mes parents !
Mon amie hausse les épaules, indiquant par là qu'elle n'a aucun argument à m'opposer. Remus repose sa tasse de thé et la fixe, l'air songeur, en étouffant un énième bâillement :
- Depuis quand dis-tu « Tu-Sais-Qui », Mary ?
Réponse de l'intéressée :
- Pardon ?
- Cela fait quelques temps que j'ai constaté que tu ne prononçais plus le nom de Voldemort.
Moi, je n'avais rien remarqué. Comment est-ce possible alors que je suis avec elle plus qu'à l'accoutumée ?
- Une habitude, grimace Mary.
- Une mauvaise habitude, si tu veux mon avis, répond doucement Remus.
- Pourtant tout le monde dit « Tu-Sais-Qui », je glisse.
- Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison !
Mary grimace et se tait. La tête dans la main, le Maraudeur continue :
- Avoir peur de son nom ne fera que le diaboliser davantage.
Amen.
- Tu as peut-être raison, répond Mary en nouant ses longs cheveux châtains. Mais nous continuerons cette conversation plus tard, Agatha m'attend.
- Je viens avec toi ! lance Peter en se levant.
Je les regarde s'éloigner en souriant.
- Peter et Mary ? Je ne m'en serais pas doutée.
- Toi aussi, tu vas te mettre à lancer des rumeurs ?
- Ce n'est pas une rumeur mais une simple constatation.
- Qui, entendue par une oreille trainante, peut devenir suspecte.
- Tu n'es pas une oreille trainante.
- Et pire encore, une constatation erronée, continue-t-il sans prêter attention à mon intervention. Je pense simplement que Peter a besoin de calme et que Mary correspond parfaitement à cette définition.
- Donc ?
Il s'étire :
- Donc cesse de voir des histoires d'amour partout. On dirait Ann ! Quoiqu'un peu de romantisme ne te ferait pas de mal, il ajoute avec un sourire.
Le neurone de la groupie en furie se réveille soudain. « On parle d'amour ? » J'essaye de l'ignorer.
- Dois-je en conclure que tu préfères les filles romantiques ?
- Peut-être bien !
« Oh, mais c'est qu'il flirte ! On dirait bien qu'on va finir par avancer. Lentement mais sûrement, hein Luthine ? » La ferme ! « Essaye quelque chose comme : ah, quel dommage, je n'ai aucune chance dans ce cas !» Non merci, je n'ai pas envie d'entendre la réponse. Le neurone reste un moment estomaqué. « C'était bien la peine de me réveiller… »
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A la sortie de la Grande Salle, je m'arrête un moment pour scruter la foule d'élèves à la recherche de mon frère. Remus m'attend patiemment non loin – nous venons de croiser quelques Serpentards au visage pas particulièrement avenant.
- Keith ! je crie lorsque je l'aperçois.
Il m'entend et délaisse ses amis (ouf, il n'est pas avec Judith) pour venir me voir. J'agite le parchemin que je tiens à la main.
- La réponse des parents ? fait-il en me le prenant des mains. Nous comprenons votre déception… Blablabla… Mais votre sécurité passe avant tout… Noël est une période critique… Nous viendrons vous voir à la prochaine sortie à Pré-au-Lard ! Quoi ? A Pré-au-Lard ? Mais qu'est-ce qu'ils vont imaginer ? Quand je vais à Pré-au-Lard, c'est pas pour voir mes parents !
- C'est sûr que les croiser chez Madame Pieddodu, ça serait un peu gênant, je me moque devant sa réaction puérile.
- C'est sûr que c'est pas toi qui risque d'y aller, il contrattaque. Pauvre Sirius, sortir avec une coincée comme toi !
Il m'énerve ! Moi, coincée ? S'il connaissait les détails de ma vie amoureuse, il changerait d'avis ! Mais bien sûr il ne les connaîtra jamais.
- Je-ne-sors-pas-avec-Sirius !
- Bien sûr, suis-je bête, Sirius est trop cool pour sortir avec quelqu'un d'aussi enquiquinant que toi !
- Je peux savoir ce que je t'ai fait pour que tu sois aussi agressif ? Judith n'a pas été contente que tu ne lui rapportes pas assez d'informations sur ma vie amoureuse et te mène la vie dure ou quoi ?
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Je suis en train de t'expliquer que j'aimerais beaucoup que ta petite amie arrête de t'envoyer me voir pour avoir des rumeurs toutes fraiches à faire courir dans Poudlard à propos de Sirius Black.
Je profite qu'il est sans voix pour faire une pause et mime une profonde réflexion.
- Peut-être bien qu'elle sort avec toi par opportunisme, finalement…
Je ne rapporterai pas sa réponse par écrit. Je ne savais pas que mon frère connaissait autant de jurons, moldus comme sorciers. Il part rejoindre ses amis d'un pas rageur en prophétisant tous les malheurs susceptibles de me tomber sur la tête. Pas inquiète pour deux noises, je retrouve Remus. Amusé, il ouvre la bouche mais le regard que je lui lance le fait taire. « Ce n'est pas comme ça que tu le séduiras, Luth » Je croyais que tu dormais, toi ! « J'y retourne. » Si même mon neurone de la groupie en furie s'y met, je ne suis pas sortie de l'auberge.
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- Tu sais, Luth, je ne comprends pas pourquoi tu ne te déclares pas.
J'en renverse ma bouteille d'encre. Heureusement, elle était fermée. Je suis en cours de Soins aux créatures magiques et je forme un binôme avec Lily pour étudier un Croup – peu coopératif puisqu'il roupille depuis le début du cours. Je m'apprêtais à établir la liste de ses différences avec un chien lorsque ma camarade a énoncé cette surprenante phrase.
- Je ne déclare pas quoi ?
- Ta flamme à Sirius, bien sûr !
Cette fois, je manque de m'étrangler avec ma propre salive. Le neurone de la groupie en furie hurle de protestation devant une pareille hérésie.
- Mais je ne suis pas amoureuse de Sirius ! Tu sais bien que c'est une rumeur !
- A d'autres, Luth ! Ca ne sert à rien de nier et puis je suis sûre que c'est réciproque.
Je jette un regard à Sirius, en binôme avec James, qui s'amuse à jouer à la balle avec son Croup en imitant (fort bien) un aboiement. Je reporte mon attention sur Lily :
- Et qu'est-ce qui te fait croire ça ?
- Non seulement il n'a pas démenti la rumeur, mais en plus vous passez votre temps à vous chamailler. Oh, et comme chacun sait, chaque rumeur a un fond de vérité.
Elle a dit ça très sérieusement en me regardant droit dans les yeux – mais les siens pétillent de malice et de fierté. Je réprime mon envie de lui dire ce que je pense de ses analyses psychologiques. De la psychologie de comptoir, comme dit ma mère. Moi au moins, je peux me vanter d'être douée en la matière.
- Donc, selon toi, passer son temps à se chamailler est un signe d'amour ?
Je laisse ma phrase en suspens, un sourire s'étirant sur mon visage à mesure que celui de Lily disparaît en comprenant mon sous-entendu.
- Je ne suis pas amoureuse de James !
- Evidemment. C'est pour ça que tu n'as pas cessé de lui lancer des regards depuis le début du cours, que tu es allée à l'entrainement de Quidditch la semaine dernière et…
- Ca va, stop ! De toute façon, ce n'est pas le sujet.
- Comme c'est facile ! Si tu veux que j'arrête de te parler de James, arrête de me parler de Sirius. Nous n'avons aucun sentiment l'un pour l'autre !
- A d'autres, Luth !
Décidément, c'est sa phrase.
- Tu verras que j'ai raison.
- Puisque tu es si sûre de toi, je fais, exaspérée par son manège, je jure que je monterai sur la table de la salle commune pour faire ton éloge si nous sommes ensemble d'ici la fin de l'année !
C'est-à-dire jamais. Je ne risque donc pas de le faire.
- Et toi tu feras de même si tu acceptes de sortir avec James, j'ajoute avant qu'elle n'ait pu répondre.
Je suis pratiquement sûre qu'elle va refuser. Ce n'est pas le genre de Lily d'attirer l'attention. Pourtant, elle ne répond pas immédiatement. Son regard fait des allers-retours entre les garçons et moi, puis ses lèvres se fendent en un sourire.
- D'accord, je tiens le pari !
- Ce n'est pas vraiment un pari, plutôt un… défi ?
- Appelle ça comme tu veux, je suis sûre de gagner.
- Et de perdre !
- Une défaite pour une victoire, c'est un faible prix à payer !
Merlin, Lily se met aux citations grandiloquentes, maintenant. Mais où va le monde ?
- Et moi, j'aurai deux victoires à mon actif. Sirius ne risque pas de sortir avec moi puisqu'il sortira avec Mandy !
- Oh, par le caleçon de Merlin, Luth, tu es un génie !
Et mon amie de me dévisager comme si j'étais la huitième merveille du monde. Je m'apprête à lui demande pourquoi tant d'admiration quand un Croup sombre bondit sur elle en jappant.
- Un à zéro pour Patmol II ! crie Sirius alors que James vient récupérer l'animal en marmonnant des excuses.
Et Lily de maudire tout ce qui ressemble de près ou de loin à un Maraudeur jusqu'à la fin du cours. Lorsque la cloche sonne et que je peux enfin lui demander ce qui lui a traversé l'esprit, elle fronce les sourcils, perplexe.
- Mince… Je ne m'en souviens plus ! En plus, c'était important…
Et dépitée, elle s'en va vers la Grande Salle pour déjeuner. Je ne sais pas si c'est de la comédie ou pas. Mais je sais une chose : j'en ai marre des secrets !
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Samedi, Remus a un manque flagrant d'enthousiasme. L'air plus fatigué que jamais, il touille mollement son thé et se sert de son autre main comme d'un appuie-tête. L'équipe vient de partir et la table est (enfin) particulièrement calme.
- C'est fou ce que tu sembles motivé, je remarque en reprenant un cookie.
- Je suis si fatigué, répond-il, las. Tu n'as pas idée de l'ambiance qu'il y avait dans le dortoir cette semaine.
- Oh, je crois que si.
Il lève un sourcil, sceptique.
- Voyons voir… (je compte sur mes doigts). Tu as James, le capitaine stressé, mais qui ne l'avouera pas et fait donc le zouave pour se défouler. Il est suivi avec ravissement par Sirius, trop content d'avoir une bonne occasion de faire des bêtises. Hum, je dirais que ce n'est rien que très ordinaire !
Il sourit faiblement, mais je n'ai pas terminé.
- Quant à nous, voyons voir… Il y a Mandy, gardienne déprimée par sa récente rupture, qui se croit donc incapable de garder ses buts – ne me demande pas quel est le lien, je n'en sais rien. Il y a Ann, petite nouvelle de l'équipe, complètement stressée par son premier match et donc plus bavarde encore qu'à l'accoutumée. Enfin, nous avons Lily, préfète-en-chef connue pour sa verve franche et directe, inquiète pour sa meilleure amie et surtout pour son cher capitaine, même si elle ne l'avouera jamais. Elle est par conséquent d'une humeur de chien et ravie de trouver le moindre prétexte pour évacuer son trop-plein de sentiments. Et qui de mieux que Mary, son adversaire habituelle, pour cela ? Ajoute à ça que Mary se fait une joie de lui répondre et je crois que niveau semaine difficile, je te bats à plates coutures.
Remus est maintenant franchement amusé par ma tirade et semble reprendre du poil de la bête.
- Donc, si je comprends bien, tu es la seule fille de notre promotion et maison qui a eu un comportement normal cette semaine et cela tient de l'héroïsme ?
- Hum, oui, c'est l'idée.
- Dans ce cas, j'espère que tu feras preuve d'autant de courage après le match. Il faudra écouter nos joueurs vanter leurs exploits si nous gagnons ou les empêcher de sauter de la plus haute tour du plus haut donjon du château dans le cas contraire.
- Remus Lupin, ou comment décourager le plus courageux des Gryffondors, je râle, mimant mon abattement par un tassement du dos. Bah, je n'aurai plus qu'à donner sa journée de silence à Sirius pour qu'il n'en rajoute pas une couche !
- En parlant de cette fameuse journée, quand vas-tu enfin te décider à l'utiliser ?
J'esquisse un sourire malicieux.
- Patience, patience. Ca viendra quand il s'y attendra le moins. Il faut savoir profiter de ses privilèges !
- Je vois que tu es en train d'apprendre la subtilité !
J'ignore sa remarque moqueuse et me lève.
- Remplis donc ton gage au lieu d'essayer de faire de l'esprit. Il est bientôt l'heure et j'aimerais que tu m'accompagnes jusqu'aux gradins. Autant éviter que quelques vicieux Serpentards profitent du chaos d'avant-match pour porter atteinte à ma petite personne !
Amusé par mes manœuvres, Remus me tend son bras que je saisis en tentant de masquer mon trouble. Que le neurone de la groupie en furie saute de joie dans ma tête est suffisant. C'est donc en essayant de ne pas avoir l'air trop bêtement heureuse que je sors de la Grande Salle.
En chemin, nous parlons peu. Je n'ai pas l'habitude d'être réellement seule avec lui, ça m'intimide. Mais ! Pourtant, je ne suis pas comme toutes ces filles… pardon, ces greluches qui croient reconnaître leur âme sœur au premier regard. Simple question de logique : Sirius ne peut pas avoir cent vingt-trois moitiés. (Mathématiquement, c'est impossible.) Enfin, même si j'étais ce genre de fille-là, ce n'est certainement pas Remus que j'aurais remarqué. Enfin, je l'avais bien remarqué, mais pour des raisons bien moins flatteuses. En première année, le pauvre n'avait pas grand-chose pour plaire. C'était un garçon renfermé au teint maladif. Il s'asseyait toujours au fond de la classe, sursautait quand on s'adressait à lui et ne parlait quasiment à personne. Bref, il était inapprochable et l'enfant naïve que j'étais avait vite reporté son attention sur James et Sirius, garçons bien plus intéressants, bien qu'ils ne nous portaient guère plus d'attention.
Il a fallu attendre la troisième année pour qu'un premier changement de comportement lupinesque soit visible. Il est revenu de vacances avec vingt bons centimètres de plus et une belle voix grave et chaude. Bien qu'il était toujours aussi pâlichon, il souriait plus souvent, sursautait beaucoup moins et avait appris à parler – à ses amis. Il m'avait même saluée quelques fois, s'excusant du comportement de James qui harcelait Lily (et donc nous avec) car il était terriblement mortifié qu'elle ait refusé ses avances. La petite adolescente que j'étais devenue ne s'intéressait pourtant toujours pas à lui. Que de temps de perdu !
C'est seulement en cinquième année que Remus a commencé à nous adresser la parole pour de bon. Je suppose que je devrais remercier Ann d'être sortie avec Sirius. Mais il y avait autre chose, quelque chose de nouveau chez lui. Il dégageait une assurance nouvelle, il souriait vraiment, riait même. Jamais le groupe des Maraudeurs ne m'avait paru si soudé, bien que je n'en comprenne pas la raison. Je crois que c'était la première fois que je voyais Remus Lupin vraiment heureux. Je n'ai pas été la seule à le remarquer. Bien qu'il reste toujours aussi discret, il faisait partie des Maraudeurs, groupe mené par James Potter et Sirius Black, les chouchous de ces dames. S'il était moins mignon, moins exubérant, moins charismatique, une partie de leur prestige retombait sur lui, comme elle retombait sur Peter. Et si Peter avait aimé en profiter mais ne savait pas s'y prendre, c'était l'inverse pour Remus.
Remus qui est un garçon déconcertant. Sa discrétion et ses silences m'impressionnent bien plus que l'arrogante assurance de James, que les coups d'éclats de Sirius, que toute la science de Peter. Ce qui plaît, chez lui, ce n'est pas tant son physique que sa douceur. Il a toujours un air avenant, un demi-sourire tout près à s'épanouir, une voix profonde et chaleureuse. C'est un garçon serviable et réactif. Ses gestes vifs mais souples sont rarement agressifs. De toute façon, le simple fait de parler posément suffit à le faire passer pour le dalaï-lama quand il est à côté de James et Sirius. Et ses paroles feraient presque concurrence à celles du saint homme. On voit qu'il réfléchit beaucoup, trop peut-être. Il n'ordonne pas, il conseille. Il n'assène pas, il démontre. Il sait retourner l'argumentation des autres pour la mettre à son avantage. Quand il taquine ou rembarre, il touche toujours juste. Qu'il ait la victoire modeste et le sourire pour adoucir ses propos font oublier à beaucoup que cette finesse peut se révéler dangereuse.
Particulièrement aux greluches qui le comparent alors à un chaton. Il n'y a rien de plus faux. Je pense plus à un faucon. Au fil de nos conversations, j'ai fini par entrevoir autre chose. Un regard, une crispation, une exclamation ou un silence… m'ont montré une certaine amertume. Ou peut-être de la colère. Je ne sais pas trop, quelque chose de dur, de profond que je n'arrive pas à définir. Quelque chose qui s'exprime quand il perd le contrôle. Ses yeux lancent des éclairs, sa mâchoire se contracte, son poing se crispe. Le ton devient cassant et il vaut mieux partir qu'essayer de le calmer – à moins que son sourire ne revienne brusquement. Dans ces moments-là, Remus fait peur. Sa colère froide est parfois d'une intensité insoutenable. J'ai presque l'impression qu'il pourrait regarder mourir l'imbécile qui le met dans cet état.
J'ai essayé de comprendre ce qui provoquait cette réaction, je n'ai pas trouvé. J'ai simplement compris qu'il avait un idéal qui lui tenait plus à cœur que n'importe quoi : la justice. C'est tout ce qu'il demande, il le dit lui-même, mais il le demande en entier. Il veut la justice partout et pour tous. Quand il en parle, ses yeux brillent d'une expression que je n'arrive pas à déchiffrer. Je ne comprends pas comment on peut vouloir quelque chose à ce point. Je sais sans doute trop peu de choses de lui. Ce que je sais, en revanche, c'est que cette dureté et cette envie sont étranges. Trop vieilles pour lui.
Et c'est là qu'on en arrive à Remus dans tous ses paradoxes. Comment peut-on être aussi calme, aussi aimable et aussi dur à la fois ? Comment peut-il être aussi mature à seulement dix-sept ans ? Car, au final, quand je regarde l'être complexe qu'il est, ce que j'ai toujours vu, surtout plus jeune, c'est plus un adulte qu'un adolescent. Un adulte trop jeune avec de grands yeux tristes.
Et malgré tout ce que je ne comprends pas chez lui, je l'aime comme il est. Qu'il garde ses mystères s'il en a envie, ça ne fait qu'ajouter à son charme. Car il a autre chose de bien plus précieux que le reste, c'est cette force tranquille qui s'exprime au quotidien. Cette assurance de quelqu'un de normal finalement, quelqu'un qui se connaît et qui vit avec ses défauts sans trop de complexes. Juste un adolescent qui fait des blagues stupides avec ses amis. Quelqu'un qui a ses certitudes sur là où il va. Cette force tranquille qui fait que je sens que je peux avoir confiance en lui. Qu'il sera là, un jour.
Et c'est comme ça qu'en sixième année j'ai réalisé que moi, Luth Selwyn, la moins guimauveuse de toutes les filles de Poudlard, j'étais tombée amoureuse de lui comme une greluche. Comme ça que je me retrouve incapable de mettre à profit un instant d'intimité avec Remus. C'est dur d'être amoureuse.
- Luth ?
Sa voix me tire de mes pensées. Je secoue la tête, espérant que mes cheveux cacheront mes joues trop rouges.
- Désolée, j'avais la tête ailleurs. Tu disais ?
- Je te demandais si tu voulais aller encourager Ann avant de monter dans les tribunes ?
- Bonne idée ! Tu viens aussi ?
- J'ai bien peur de ne pas avoir le choix, avec James comme capitaine.
Et il tourne brusquement sur la droite pour rejoindre les vestiaires. Je manque de m'étaler par terre et me raccroche à son bras.
- Aïe ! s'exclame-t-il.
- C'est de ta faute aussi ! Si tu m'avais prévenue avant de tourner ! je grogne en me redressant.
- Il faut savoir interpréter le langage corporel de ses vis-à-vis…
« Oh, une tentative de flirt ! » siffle le neurone de la groupie en furie. « Hallelujah ! » Hum, nos avis diffèrent encore une fois de plus, ce qui ne m'empêche pas de rougir lorsqu'une image pas très catholique incluant Remus et le langage corporel surgit dans mon esprit.
- Euh, Luth, ça va ?
Je reviens sur terre, confuse. Le neurone est particulièrement actif ces temps-ci. C'est extrêmement gênant. Nous terminons le court chemin jusqu'aux vestiaires et Remus me taquine un peu :
- Deuxième fois en deux minutes que tu ne m'écoutes pas. Je vais finir par croire que je t'embête.
- Quoi ? Non, surtout pas !
Panique à bord, le navire coule ! Le neurone souffle dans un sifflet magique de toutes ses forces. « Réagis un peu, espèce de mollassonne ! » Merci neurone, vraiment. Mais avant que je trouve quelque chose d'intéressant à dire, la porte des vestiaires s'ouvre violemment pour laisser un Sirius surexcité fondre sur nous.
- Ah, Lunard ! C'est pas trop tôt ! Mais qu'est-ce que tu fichais, par Merlin ? Tu sais bien qu'il n'y a que toi qui puisses calmer James ! Il est dans un état pas possible ! Et je te parle pas de Mandy sa rupture avec Jethro a des conséquences trop étendues pour que je les comprenne. Allez, viens les encourager avant qu'ils se liquéfient ! Ah, Luth, tu es là aussi ! Ann est sortie il y a cinq minutes avec Bell, ils doivent être derrière. Tu peux lui dire de revenir, sinon James va faire une attaque ! Bon, j'te laisse, faut que j'y retourne.
Et il attrape son ami tout en continuant son monologue et l'entraîne dans les vestiaires. Remus m'adresse un regard d'excuse mais je suis morte de rire. Vu l'état de Sirius, je me demande comment est James. Quoique, réflexion faite, je préfère ne pas savoir.
La porte se referme et je me retrouve seule. Si Phillip est avec Ann, je n'ai pas envie de tenir la chandelle. Oh et puis zut ! J'ai quand même le droit d'encourager ma meilleure amie avant son premier match ! Je contourne le local d'un pas décidé. Avant de tourner au dernier angle, je jette un coup d'œil, par précaution. Hem. Le couple est tendrement enlacé et plongé dans une exploration buccale avancée. Phillip et moi n'avons pas la même définition de l'encouragement. J'attends dix secondes, respire un bon coup et avance d'un pas.
- Hum, hum…
Surpris par mon arrivée, les tourtereaux se séparent précipitamment.
- Oh… euh, salut Luth ! fait Phillip, un peu gêné.
- Salut ! je réponds avec plus d'assurance que je n'en ai. Je suis envoyée en éclaireuse par le capitaine des Gryffondors qui craint que tu euh… donnes de mauvais conseils à sa nouvelle batteuse pour affaiblir l'équipe.
Luth Selwyn ou l'art d'enjoliver la réalité. Le couple rit, un brin nerveux.
- Dans ce cas je rends immédiatement Ann à sa maison pour ne pas risquer une mort horrible.
Oh, mais c'est qu'il a de l'humour…
Il se tourne vers elle et l'embrasse une dernière fois. Je regarde ailleurs.
- Bonne chance mon ange. Avec tes jolies ailes, tu peux tout faire !
Merlin, je voudrais aussi pouvoir écouter ailleurs. Ann glousse et… Quoi ? Ann glousse ? Oh non, pitié, pas ça. On va dire que c'est le stress, hein ? Oui, oui, on va dire que c'est ça.
Le temps que je me remette de mes émotions, Phillip est parti, laissant ma meilleure amie légèrement rouge. Je prends la résolution de ne pas lui faire part de mon… hum, scepticisme à l'égard des derniers propos. A la place, je demande :
- Alors, pas trop stressée ?
Elle hausse les épaules.
- Je vois, je continue. On va dire que Phillip est un bon antistress.
Nouveau rougissement. Tiens, tout d'un coup elle est devenue muette.
- Quoi, il a emporté tes cordes vocales avec lui ?
- Luth ! me reproche-t-elle vivement.
Taquine, je lui tire la langue.
- Pas la peine de stresser, Ann ! Tu vas faire un super match. Il n'y a aucune raison que tu sois moins bonne qu'à l'entrainement. Et de toute manière, tu n'as pas le droit de perdre contre Serpentard. C'est une question d'honneur.
Elle hoche la tête, toujours silencieuse. Nous contournons les vestiaires pour rejoindre l'entrée. Je lui souhaite une dernière fois bonne chance avant qu'elle ne disparaisse dans les locaux. Elle va s'en sortir, c'est obligé, dites ?
oOoOo
Je rejoins les gradins, seule. A mon grand étonnement, les trois Maraudeurs non joueurs sont déjà installés.
- Vous vous êtes fait virer ? je les questionne en m'asseyant à leur côté.
- Fabian a mis Sirius à la porte parce qu'il le stressait plus qu'autre chose, rigole Peter.
- Je veux bien te croire !
- Tu croirais n'importe qui du moment qu'il dirait du mal de moi, de toute façon, grogne le concerné avec un air de martyr.
- Qui aime bien châtie bien, Sirichounet d'amour !
- Tu dois donc m'aimer beaucoup, Luthine adorée !
- Tu n'as pas idée, mon petit sucre d'orge !
J'ai du mal à croire que je suis en train d'avoir une conversation digne de Chaudron et Passion avec Sirius Black au milieu du stade de Quidditch. Peter nous considère d'un œil sceptique alors que Remus affiche un sourire étrange.
- Oh ! Après ça, ose me dire que j'avais tort, Luth ! s'écrie quelqu'un dans mon dos.
Je me retourne brusquement. Lily, debout derrière moi, les poings sur les hanches, a une expression entendue sur le visage. J'ai bien compris l'insinuation, contrairement à Sirius :
- Tu avais raison à propos de quoi ?
Je réponds un peu trop vite :
- Ca ne te regarde pas !
- J'ai l'étrange impression que si …
Pendant que nous parlons, Lily vient s'asseoir à ma gauche. Je la sens attentive à la conversation. Je connais assez bien Sirius pour savoir qu'il ne va pas lâcher l'affaire facilement.
- On va faire un marché : tu me dis qui est le garçon mystère, je te dis de quoi Lily parlait… D'accord ? je dis en tendant la main.
À mes côtés, Miss Evans sursaute, aussi surprise que les garçons.
- Bon, ça va, gardez vos secrets, grogne Black au bout d'un moment. Je suis sûr que ce n'était pas intéressant.
Et il se retourne vers Remus en faisant mine de bouder.
- Hum… Son refus vient appuyer mon hypothèse à propos de ses sentiments, on dirait, souffle Lily à mon oreille.
- Je ne vois absolument pas pourquoi.
Je suis d'une mauvaise foi à toute épreuve.
- Eh bien, continue-t-elle, imperturbable, pourquoi est-ce qu'il refuse de te dire le nom du garçon si ce n'est pas lui ?
Je reste un instant muette et je la dévisage. Ses yeux verts pétillent de victoire.
- Ca pourrait très bien être un Maraudeur qu'il ne voudrait donc pas trahir. Peter…
Je préférerais que non.
-… ou Remus…
Ca serait trooop bien !
-… ou même… James ! je termine, malicieuse.
Lily a perdu son sourire et c'est à mon tour d'être morte de rire. C'est complètement impossible que James pose les yeux sur une autre fille que Lily. Mais voir cette dernière en douter est trop drôle. Surtout après des années de rejet en bonne et due forme.
- Bienvenue à tous ! Vous êtes venus nombreux assister au début de la saison de Quidditch de Poudlard ! Les équipes présentes cette année pour le match d'ouverture sont Gryffondor et Serpentard !
La voix est mélodieuse et entrainante. C'est Eloïse Maldey qui fait le commentaire, une amie de Peter et Mary. D'ailleurs, je vois cette dernière se frayer un chemin dans la foule pour nous rejoindre. Son amie Agatha l'accompagne.
- Ah, vous voilà enfin ! s'exclame Peter en se poussant contre Remus pour leur faire une place.
Je n'ai pas le temps de m'interroger davantage car les joueurs entrent sur le terrain.
- Le nouveau capitaine de l'équipe de Serpentard est Evan Rosier !
Je grimace de dégoût. Qu'un morveux pareil ait pu être nommé capitaine me dépasse. La commentatrice continue de présenter l'équipe de Rosier. Il a changé les trois poursuiveurs pour les remplacer par des membres de sa bande, dont Bellatrix. J'entends Sirius étouffer un juron. C'est au tour des Gryffondors d'entrer.
- Et voici la nouvelle équipe de James Potter ! Devant les buts, l'éternelle Mandy Cauldwell, la plus jeune fille à être entrée dans l'équipe de toute l'histoire de Poudlard !
Sirius scande le nom de Mandy en sautant comme un dément à mes côtés. Je ferais bien remarquer à Lily que ça, ça va exactement à l'encontre de sa théorie, mais elle a les yeux fixés sur le terrain. Je lui trouve un intérêt bien soudain pour le Quidditch avant de voir James, qui vient de décoller, passer devant notre tribune et lui décocher un grand sourire. Je garde ma remarque mielleuse pour moi. Éloïse continue :
-… et la nouvelle batteuse de l'équipe, j'ai nommé Ann Johnson !
C'est à mon tour de hurler à m'en déchirer la voix pour encourager ma meilleure amie. Je l'aperçois, petit point rouge et noir au loin. Elle agite sa batte je la devine toujours aussi nerveuse. Elle le sera certainement moins après le coup d'envoi.
Coup qui ne tarde d'ailleurs pas à arriver d'ailleurs. Les joueurs se précipitent sur le Souafle et une mêlée s'en suit. Les Serpentards s'en emparent et Bellatrix fonce vers les buts, ses batteurs à ses côtés. Elle y arrive presque en ligne droite et vise le panneau central. Mandy le laisse passer.
J'en reste muette de stupeur. C'était un tir facile. Très facile même. Comment Mandy, la meilleure gardienne que j'aie jamais vue, a-t-elle pu laisser passer ça ? Le silence de Sirius et de Lily à mes côtés en dit long sur leur stupeur à eux également.
-Bon sang, mais qu'est-ce qu'elle fiche ? s'exclame Lily, furieuse. Son imbécile d'ex n'est pas sur le terrain ! Elle l'oublie et elle joue, bon Dieu !
La rousse continue d'enguirlander sa meilleure amie à distance, usant de jurons moldus à profusion. Je me concentre sur le jeu.
Après dix minutes, Serpentard mène soixante à trente. Lorsque les Verts marquent à nouveau, James demande un temps mort et rassemble ses joueurs. Je devine à ses gesticulations qu'il enguirlande l'équipe.
- Vas-y Cornedrue, crie Sirius, secoue-moi ces farfadets !
L'expression me fait sourire. Le jeu reprend. Fabian est passé poursuiveur central. Il attrape le Souafle et fonce à toute vitesse vers les buts adverses. Seule Ann le protège et je vois que son stress l'a quittée. Elle frappe dans les Cognards avec une hargne que seule la rage de Fabian égale. Ce dernier arrive devant les buts, feinte et lance la balle rouge dans l'anneau de gauche. Rosier, le gardien, n'a rien vu venir. Apparemment, l'engueulade de James a fait ses preuves. Le jeu s'accélère. Je n'ai jamais vu Fabian aussi agressif. Je me demande la raison d'un tel comportement, mais ces pensées sont chassées de mon esprit au moment où Lily pousse un cri épouvanté, les bras tendus vers le terrain. Les deux attrapeurs plongent à toute vitesse vers le sol.
oOoOo
On a gagné ! On a gagné ! On a gagné et Lily a frisé l'attaque cardiaque. James a attrapé le Vif d'or à moins de trois mètres du sol. C'est seulement lorsqu'il est remonté en chandelle que mon amie a cessé de se mordre le poing. Ce dernier garde d'ailleurs de jolies marques de dents.
James chantait de joie à la sortie des vestiaires, les lunettes de travers et les cheveux encore moins coiffés qu'à l'accoutumée. En fait, tous les joueurs étaient heureux et fiers au possible. Tous sauf Mandy, qui a jeté son balai et couru se réfugier dans les vestiaires. Il a fallu que Lily puis Sirius aillent lui secouer les puces pour qu'elle daigne revenir parmi nous avec un (petit) sourire aux lèvres. Et elle n'a pas lâché Sirius de la soirée – à moins que ça ne soit l'inverse.
Mais la joie de tout le monde ne m'atteint qu'à moitié. J'ai à peine aperçu Ann depuis le match. Sur le terrain, j'ai eu du mal à me tracer un passage dans la foule pour aller la féliciter. Plus de mal que Phillip qui, grâce à sa grande carrure, a bousculé tout le monde sans ménagement pour kidnapper ma meilleure amie. Je ne l'ai plus revue jusqu'au couvre-feu, heure où elle est rentrée pour participer à la fin de la fête. Ce comportement m'a un peu vexée. C'est la victoire de Gryffondor, j'estime que la meilleure amie Gryffondor prévaut sur le petit ami Serdaigle ! Non ?
oOoOo
L'ambiance est plutôt bonne dans les jours qui suivent. La victoire a mis la grande majorité des élèves de bonne humeur. Malheureusement, une petite minorité ne l'est pas, mais alors pas du tout. Et cette petite minorité a une façon d'exprimer son mécontentement qui ne me plait guère. Pour cette raison, je passe énormément de temps avec les garçons. Bon, il faut dire aussi que c'est une bonne excuse pour passer du temps avec Remus. L'inconvénient, c'est que Lily est persuadée que je fais ça pour être avec Sirius. A sa décharge, il faut avouer que « Patmol » est tellement exubérant que ça peut prêter à confusion.
Ann passe de plus en plus de temps avec Phillip, à tel point que je commence à m'en ennuyer. Remus me taquine gentiment à ce sujet et me conseille de me trouver moi aussi un petit ami. Quand je lui réponds que s'il me dévoilait l'identité du garçon mystère, ça me simplifierait les choses, il se contente de rire en disant « oh que oui ! ». Si ce n'est pas frustrant ça !
A ce propos, je ne comprends pas non plus pourquoi Mary est désormais d'avis d'abandonner les investigations. J'ai l'impression qu'elle a découvert quelque chose sans m'en faire part. Son identité, sûrement. Mais alors pourquoi me dire d'abandonner ? Parce que ce n'est pas Remus ? Ou pas un des autres garçons ? Parce que je serais horrifiée ?
Je suis frustrée. Le neurone de la groupie est frustré. Les autres neurones aussi. J'en ai marre des secrets !
oOoOo
Papa, Maman,
Ô joie, vous voir à Pré-au-Lard ! C'est sûr que se croiser aux Trois Balais sera une excellente manière de remplacer quinze jours de vacances incluant Noël et le Nouvel An. Vous dites que votre décision est irrévocable ? Très bien, la mienne l'est aussi. Je rentre pour Noël que vous le vouliez ou non. Je suis majeure, je n'ai plus besoin de votre autorisation pour quitter l'école. J'ai mon permis de transplanage, je peux donc aussi arriver seule à la maison. Quant à Keith, je crains qu'il ne soit pas très content de rester seul à l'école, mais c'est votre problème.
Vous ne pourrez pas me garder éternellement à l'abri : je quitte Poudlard dans quelques mois pour ne plus y revenir et vivre à l'extérieur. Je suis consciente des risques et il me faudra bien les affronter un jour. M'enfermer dans l'école n'est plus la solution pour me protéger. Si je m'applique à vivre dans un faux cocon de sécurité, que se passera-t-il le jour où il se brisera ? Je ne serai pas préparée à combattre le danger. Je sais que vous êtes inquiets, mais les faits sont là : j'ai grandi et vous ne pourrez pas veiller sur moi éternellement.
A dans un mois,
Luth
Quel courage ! Je ne me croyais pas capable d'écrire de tels mots. Je suis consciente des dangers de l'extérieur, il faudra bien les affronter… Quelle hypocrisie aussi, moi qui ne veux surtout pas y penser ! Ce qu'il ne faut pas faire pour avoir gain de cause ! Je suis complètement folle. Rentrer toute seule jusqu'à la maison ! J'espère que les parents changeront d'avis, ça ne me plairait pas de le faire. J'en ai des frissons rien que d'y penser.
oOoOo
Le mardi suivant, c'est au tour de Sirius de m'accompagner en cours de Soin aux créatures magiques. Je me demande où sont passés James et Lily – quoique finalement je préfère ne pas le savoir.
- Tu n'as pas peur que de nouvelles rumeurs circulent sur notre compte ? glisse malicieusement Sirius comme nous empruntons un raccourci peu fréquenté.
Je lève un sourcil interrogateur.
- Eh bien nous venons de bifurquer seuls dans un couloir obscur… Connu pour être prisé par les couples en mal de tranquillité !
Ah oui tiens. Ca fait tellement longtemps que je n'y suis pas venue que je n'avais pas fait attention. Je gémis de désespoir.
- Et moi qui me réjouissais que le match de Quidditch ait remplacé ta vie sentimentale dans le top 5 de Poudlard Potins !
- Ma vie sentimentale est toujours dans le top 5, Luthine, se moque mon camarade.
- Alors tu seras gentil de trouver une autre groupie pour tenir le rôle de la petite amie !
- Pourquoi donc ferais-je ça alors que j'ai trouvé la candidate parfaite ?
Je fronce les sourcils. C'est quoi ce sous-entendu ? Sirius remarque ma mine et développe :
- L'inconvénient avec les groupies, c'est qu'elles ont tendance à prendre la rumeur pour la réalité. Si la rumeur dit que je sors avec Unetelle, ladite Unetelle va venir me faire du charme en croyant que je suis intéressé. C'est… lassant.
- Lassant ?
Non mais je rêve. Attendez, il faut que je vérifie la taille de ses chevilles ! Monsieur me fait un clin d'œil.
- Alors que toi, tu restes naturelle. Ca fait plaisir !
- Donc tu ne comptes pas démentir cette rumeur ?
- Oh que non !
- Mais… j'étouffe d'indignation. Ca arrange peut-être tes affaires, mais certainement pas les miennes ! Aucun garçon n'osera m'approcher si je passe pour ta petite amie !
- C'est à toi de te débrouiller, réplique-t-il d'un ton presque dédaigneux.
Oh, le goujat !
- Espèce d'égoïste !
- Eh là, pèse tes mots ! J'ai dit que je ne démentirais pas la rumeur, pas que j'allais l'entretenir ! A toi de…
- SIRIUS !
Le cri résonne dans le couloir, suivi d'un sifflement bizarre. Avant d'avoir eu le temps de comprendre ce qu'il se passe, je me retrouve plaquée au mur par Remus. Si mon neurone de la groupie en furie, toute vigueur retrouvée, n'était pas en train de hurler à tue-tête « comme c'est romantiiiique ! », peut-être que je pourrais me demander pourquoi il a fait ça, pourquoi il a sorti sa baguette et pourquoi il n'aide pas Sirius, à présent étendu par terre. Mais mon cerveau embrumé refuse d'analyser la scène. Il doit aussi rester en mode pause, car j'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée lorsqu'une nouvelle voix s'invite à la fête :
- LUTH ? Mais qu'est-ce que tu fiches ?
Luth ne sait pas ce qu'elle fiche mais elle vous saurait bien gré de lui expliquer.
Caprice sait très bien ce que Remus fiche mais bien évidemment, elle ne dira rien, surtout si ses lecteurs prennent la fâcheuse habitude de ne rien dire, ou de lui faire du chantage par review interposée. Elle vous retrouve la semaine prochaine et si vous êtes curieux, "Conjugez "intriguer"..." pour savoir ce qu'il vous attend!
