Chapitre 9 : I'm wishing on a star to follow where you are.
Le ciel explosait en nuées roses et dorées, créant une myriade de couleurs. La nuit allait tomber…et Carter n'était toujours pas remontée.
Jack avait cessé de guetter les bords de la falaise. Il ne la voyait pas arriver et ça le rendait fou. Alors, à la place, il s'était positionné près d'une des charrettes et il écoutait le silence oppressant devenir de plus en plus lourd. Personne ne parlait, tous attendaient.
Tout ce que le Colonel entendait, c'était le bruit des respirations sifflantes près de lui. Il parvenait presque à imaginer que c'était celle de Carter. Il parvenait presque à imaginer qu'il était à côté d'elle.
Presque.
C'était là le mot clef. Presque. Drôle comme ce petit mot de rien du tout prenait tout à coup une importance vitale. Presque. Au SGC, les gens diraient que le Major et lui s'en étaient presque sortis. Elle était presque en haut avant de tomber. Ils avaient presque enfreint les règles. Oui, presque…
Le rose laissa la place à une teinte plus sombre.
Garkan ricana. « C'est fini cette fois. Alors, Gardien… Tu préfères sauter ou faut-il qu'on te pousse ? »
Jack l'ignora tout comme il ignora les petits rires que son trait d'esprit avait provoqués. A la place, il fit quelques pas vers le bord du Fardaï. C'était fini. Tout ce qui pénétrait son esprit était cette conviction morbide. C'était fini. Elle n'était pas remontée à temps et Carter était toujours ponctuelle.
C'était fini.
« Il reste encore quelques minutes… » répondit Karlan d'une voix calme.
Il n'entendit pas la réplique de l'autre Conseiller, mais il avait sa propre opinion. Quelques minutes ne feraient pas la différence…
L'obscurité descendait de plus en plus.
Jack avança encore, quand il fut au ras du précipice, il ferma les yeux. Il regrettait de ne pas lui avoir dit correctement adieu. Il regrettait tellement de choses… Perdu dans son monde intérieur, il n'entendit pas tout de suite les gémissements qui s'élevaient sous ses pieds.
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En théorie, Samantha Carter était quelqu'un de fort. Elle faisait ce qu'on attendait d'elle sans se plaindre. Seulement cette fois, la théorie était bien loin de la réalité. Elle n'en pouvait plus. Elle n'en pouvait tellement plus que son esprit semblait avoir déserté son cerveau. Son corps agissait machinalement, évitant les mauvaises prises et agrippant ce qui devait l'être. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était lâcher un petit cri de douleur à chaque nouveau mouvement.
Elle ne savait plus où elle était. Elle aurait pu être à un mètre du sol ou bien à un mètre du sommet. Elle devait grimper. Monter. Encore et toujours. La lumière déclinait, elle le voyait bien. C'était plus dur de trouver les saillies, elle devait tâtonner.
Enfin, sa main rencontra une surface plane et elle faillit pleurer de soulagement. Elle tenta de se hisser mais sans grand succès. Ses forces l'abandonnaient, ses muscles tremblaient… La sensation que son bras s'arrachait… Elle lâcha un gémissement sourd.
« Carter ! »
Elle se sentit tirée vers le haut mais tout ce qu'elle put faire, ce fut grogner quand celui qui la soulevait attrapa son bras douloureux. Elle aida de son mieux son allié impromptu en donnant des coups de pieds pour ramper sur la terre ferme.
« Carter… »
Elle se sentit attirée dans des bras qu'elle identifia immédiatement comme ceux de Jack. Il la serrait contre lui. Fort. Très fort. Elle n'était pas sûre qu'il se rende compte que son corps était agité de spasmes. Elle aurait voulu enrouler ses propres bras autour de son cou, elle aurait aimé lui rendre son étreinte…
« Carter… Pour l'amour du Ciel, ne me refaites jamais une chose pareille. »
Murmure à son oreille. Apaisement. Sans plus hésiter, elle se laissa aller. Elle était avec Jack. Elle était en sécurité. Sans qu'elle sache comment, sa tête alla rouler dans le creux de son épaule. Les sons lui parvenaient étrangement lointains alors que la chape de fatigue retombait sur elle comme du plomb. Elle entendit Garkan demander si elle était en vie, se référant à elle par un nom plus qu'insultant. Elle lui botterait l'arrière train demain, aujourd'hui elle était trop fatiguée.
Elle sentit le colonel passer un bras sous ses genoux et la soulever dans les airs. Elle comprit vaguement qu'il s'était relevé.
« Allez vous faire foutre. »
Elle se força à ouvrir les paupières. Le Conseiller avait l'air indigné que quelqu'un puisse lui parler ainsi. A ses côtés, Karlan semblait nettement plus amusé. Il planta son regard dans le sien.
« La troisième épreuve t'est acquise, Samantha Carter. »
Elle referma les yeux tandis que Jack l'emportait loin de tout ça. Elle s'abandonna à l'épuisement, sachant qu'il ne lui arriverait rien tant qu'il serait là pour veiller sur elle.
Quand elle reprit connaissance, elle était toujours dans les bras de son supérieur mais il ne la portait plus. Ils étaient assis sur une surface non stable qui bougeait de façon irrégulière. Son esprit déduisit lui-même l'explication. Cahots. Déplacement. Moyen de transport. Ils rentraient à la cité. Elle observa les visages autour d'elle. Les hommes assis autour d'eux la dévisageaient ouvertement ou alors regardaient carrément ailleurs.
Se désintéressant de l'attention qu'elle suscitait, elle leva la tête vers le Colonel. Il l'observait en silence, attendant visiblement qu'elle se tourne vers lui. Il lui sourit, rassurant, et elle battit plusieurs fois des paupières pour s'éclaircir les idées.
« Qu'est ce… Qu'est ce qui s'est passé ? » parvint-elle à balbutier.
Ses bras se resserrèrent autour d'elle dans un mouvement inconscient.
« Vous avez réussi. »
Elle reposa sa tête sur son épaule, trop fatiguée pour faire plus longtemps un quelconque effort physique. Avec hésitation, il passa une fois sa main dans ses cheveux.
« J'ai soigné vos blessures. Ca devrait aller maintenant. »
Elle posa sa main sur son bras. Elle ne voulait rien, n'attendait rien. Mais elle savait qu'il comprendrait son remerciement muet.
« Dormez, Carter. Je surveille vos arrières. »
Cette simple assurance la fit sourire tout en apportant un soulagement bienvenu. Elle savait qu'il s'occuperait d'elle quoi qu'il arrive. Sans plus lutter contre ses paupières lourdes, elle se laissa aller une nouvelle fois au sommeil. A quoi bon rester éveillé quand chaque mouvement est une torture ?
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« Elle a passé les épreuves ?! »
Sam battit des paupières, à moitié réveillée par le cri de surprise.
« Shh ! » répliqua aussitôt la voix basse de son supérieur.
« Elle est toujours vivante… Une femme… »
Elle voulut se tourner, échapper à la voix impitoyable qui voulait la ramener à la réalité douloureuse de ses muscles ankylosés, mais elle était fermement maintenu en place. Elle lutta davantage mais ça n'eut pour conséquence que de la faire emprisonner un peu plus.
« C'est impossible… Impossible… »
Elle finit par arrêter de se tortiller quand son esprit embrumé lui indiqua que le Colonel la portait à nouveau. A la place, elle se pelotonna un peu plus contre sa poitrine. Elle était bien contre lui.
« Ecoutez, je ne veux pas être impoli mais on est fatigués… Pour être honnête, je rêve d'une bonne nuit de sommeil. »
Sommeil… Oui, elle était tout à fait d'accord avec lui.
« Vous ne comprenez pas… Une femme ne peut pas faire ça… C'est… »
Elle finit par identifier la voix de Sa'arlin et se força à ouvrir les yeux. Ils étaient dans le petit salon de la maison où ils avaient séjourné depuis leur arrivée en Melkor. Repoussant la fatigue qui l'habitait, elle grogna.
« Vous devriez me poser, mon Colonel. Vous allez finir par vous froisser un muscle. »
Combien de fois l'avait-il portée depuis qu'ils étaient arrivés sur cette planète ? Ses genoux n'étaient plus en si bon état…
« Pas avec ce que vous pesez, Carter. »
Elle entendit le sourire dans sa voix et apprécia la plaisanterie mais elle était vraiment trop crevée pour la partager. Malgré sa gentille affirmation qu'elle n'était pas lourde, il la posa plutôt rapidement.
Le problème survint à l'instant où il la lâcha. Ses jambes ne devaient pas avoir eu le mémo car elles s'écroulèrent lamentablement sous elle et, si Jack n'avait pas eu d'aussi excellents réflexes, elle se serait étalée. Il rattrapa sa taille et elle s'appuya sur lui sans hésitation. Avec un soupir, il jeta un regard à Sa'arlin.
« Vous voyez ce que je veux dire ? On a vraiment besoin de dormir. »
La femme hocha la tête et disparut dans la salle de bain. Sans plus s'en préoccuper, le Colonel entraîna la jeune femme vers la chambre. Elle ne s'attendait pas à ce que mettre un pied devant l'autre soit si dur. Les muscles de ses cuisses se contractaient de façon horriblement douloureuse à chaque pas, son dos était en miettes et elle ne préférait même pas essayer de faire fonctionner ses bras.
Un bon bain chaud… Voilà ce qui aurait soulagé ses courbatures… Un bon bain chaud et une semaine de repos, de préférence avec massage…
« Tenez, Gardien. Ca soulagera les douleurs de la pècheresse. »
Elle ne savait pas si c'était l'épuisement, mais Sa'arlin avait l'air bien plus aimable aujourd'hui. Dans tous les cas, son supérieur l'aida à se laisser aller sur le lit avant de saisir le pot en terre cuite que lui tendait l'autochtone. Elle grimaça. Il y avait fort à parier que le gout allait être affreux.
« Il serait aussi préférable qu'elle quitte ces vêtements. »
Le regard dégouté qu'elle jetait à sa nouvelle tenue prouvait soit qu'elle était anti-cuir, soit que cette façon de se vêtir n'était pas à la dernière mode.
« Son treillis est complètement déchiré. Je me disais que peut-être… »
Il n'avait pas fini qu'elle était déjà en train de fouiner dans le sac qu'il avait déposé en entrant. Elle en ressortit l'uniforme et s'en alla en coup de vent dans le salon. Secouant la tête, Jack s'approcha de Carter et lui tendit le gobelet.
Sans grande hâte, Sam attrapa le verre. Ce simple mouvement provoqua un tremblement qui menaça de renverser une bonne partie du liquide. Sans commenter, le Colonel l'aida à porter le récipient à ses lèvres et à en avaler le contenu.
« Voilà, Gardien. Les vêtements de la pècheresse seront prêts demain matin. »
Il attrapa la tenue que Sa'arlin lui tendait. C'était la même que Carter avait déjà porté. L'épais pantalon de coton marron et le tee-shirt assorti. Il remercia la femme qui disparut dans l'autre partie de la maison, fermant la porte derrière elle. En soupirant, il désigna les vêtements que leur hôte avait apportés.
« Je suppose que vous devriez enfiler ça. »
Elle rouvrit les yeux, qu'à aucun moment elle ne se rappelait avoir fermé et étudia ce que Jack lui présentait. Il n'y avait aucun moyen pour qu'elle se démène maintenant à se changer. Elle allait rester exactement où elle était et s'endormir.
« Demain. »
Il sembla hésiter, son regard parcourant son corps. Elle ne songea même pas à faire semblant de s'en offusquer. Trop fatiguée.
« Je sais que vous êtes crevée, mais… »
A son tour, elle poussa un profond soupir. « Mais quoi, mon colonel ? »
« Mais si vous étiez dans votre état normal, vous verriez les regards de vautours affamés que tous ces hommes vous jettent et vous enfileriez sagement ce truc informe. »
Elle passa une main sur son visage dans l'espoir d'en effacer la fatigue puis finalement, elle capitula. Plus vite ce serait fait, plus vite elle pourrait se perdre dans les bras réconfortant de Morphée. Sans perdre une seconde et en serrant les dents pour contrer l'assaut que la douleur infligeait à ses membres, elle se délesta de son pantalon et de son débardeur pour passer les vêtements trop grands fournis par Sa'arlin. Ensuite, elle décida qu'elle n'était plus à un mouvement près et se traina jusqu'à sa partie de lit.
Constatant que le Colonel ne la rejoignait pas, elle força une nouvelle fois sa paupière à s'ouvrir et, cette fois, sa voix ne comportait plus grand-chose d'amical.
« Mon Colonel ! »
Il secoua la tête, un étrange sourire aux lèvres. « Je pense que mon voyeurisme n'égale que votre exhibitionnisme. »
Elle leva les yeux au ciel. « Il n'y a rien que vous n'ayez déjà vu. »
Soupirant, il s'approcha du lit, enleva ses chaussures et rabattit les couvertures. « Certes, mais ce matin non plus, et vous n'avez pas hésité à me mettre à la porte. »
Se trémoussant pour rentrer dans le lit, elle lâcha un soupir de contentement. Il n'y avait rien de mieux qu'un lit, des couvertures et un oreiller. Peut-être qu'elle allait demander au Général si elle pouvait travailler à domicile quelque temps… Ou alors, il faudrait qu'elle invente un système pour pouvoir déplacer son lit partout avec elle…
« Ce matin, je n'avais pas escaladé l'Everest. »
Il se glissa entre les couvertures et ferma les yeux, savourant la sensation de pouvoir réellement dormir pendant un laps de temps adéquat.
« Je n'irai pas jusqu'à dire que c'était l'Everest, Carter… » Il s'installa plus confortablement, prêt à céder à l'épuisement. « Mais vous ne cessez de m'impressionner. »
Souriante, elle se retourna et sans plus tergiverser, se blottit contre lui. Voilà… Elle était enfin prête à récupérer de ces deux derniers affreux jours. Ses paupières lourdes ne mirent pas longtemps à se fermer, son esprit divaguait déjà vers la zone ombreuse où il se mettait en veille et il y avait un bras autour de sa taille qui prouvait qu'elle était en sécurité. Parfait.
Tout était parfait, sauf les trois coups frappés à la porte de leur chambre.
Elle rouvrit les yeux en maudissant quiconque était de l'autre côté. Curieux comme les pulsions meurtrières étaient spontanées.
« On n'est pas là… » Marmonna Jack entre ses dents avant de se tourner sur le côté, l'écrasant à moitié dans le processus. Au moins, l'un d'entre eux avait la chance de dormir. Elle gigota, reconnaissante pour le produit de Sa'arlin qui, s'il n'avait pas effacé la fatigue, avait au moins gommé la douleur de ses muscles, pour échapper au corps lourd qui était à moitié vautré sur elle. Finalement, elle renonça à seulement essayer. Impossible de le bouger. Elle s'apprêtait à tenter de se rendormir –ce qui était assez dur avec 80 kilos dessus – quand les coups se renouvelèrent.
Là, c'était trop. Il y avait une limite à ce qu'un être humain pouvait endurer. Se rasseyant un peu brusquement, elle hurla à celui qui osait déranger son repos d'entrer. Surpris, Jack se redressa lui aussi mais ne comprit pas pourquoi il avait droit à un regard noir. Il regarda également sans comprendre Sa'arlin entrer dans la pièce en compagnie d'une charmante jeune femme.
« Quoi ?! » interrogea Sam un peu violemment. Leur hôte lui jeta un regard embêté avant de reposer ses yeux sur lui. Ah, oui. Ces règles stupides…
« Qu'est ce qu'il y a, Sa'arlin ? »
Il remarqua qu'il était lui-même un peu sec. Mais, à sa décharge, il était vraiment épuisé.
« Forlan est la compagne de Jörlin. Elle insiste pour vous parler, Gardien. »
Après ça, elle poussa la jeune femme en avant. Jack eut un très mauvais pressentiment. Il avait complètement oublié cette histoire de Hazlan. Préférant ignorer le regard scrutateur de son second, il détailla la femme qui se tenait devant lui. Elle était jeune. Peut-être plus que Carter. Brune, élancée, cheveux long remontés en chignon et, bien entendu, sempiternelle robe sombre. Jolie, cependant.
« Vénérable Gardien. »
Forlan s'inclina et Sam leva les yeux au ciel. Un peu agacée, elle se rapprocha un peu de Jack. « Je pars quelques petites heures et vous vous trouvez déjà une admiratrice, mon Colonel ? »
Il ne voulut relever ni l'ironie mordante, ni l'amertume qui se cachait dessous. En conséquence, il fit comme s'il n'avait rien entendu et écouta la compagne de son adversaire du jour débiter son petit discours.
« Je me nomme Forlan et j'étais la compagne de Jörlin. Par les droits du Hazlan, vous avez gagné ses biens. Puisque vous avez déjà une compagne, je serai donc votre concubine. Votre maison est prête à accueillir son nouveau maître si vous désirez vous y installer. »
Il y eut un froid distinct quand elle eut fini. Sa'arlin semblait jauger les réactions de Sam, Forlan attendait une réponse et Jack était on ne peut plus mal à l'aise. Finalement, le regard de Carter se déplaça de l'inconnue au Colonel. Si les yeux avaient été des armes, il serait mort.
« Concubine. » lâcha-t-elle.
Ce n'était ni une question, ni une affirmation. Juste un constat. Un constat colérique. En apparence, elle semblait calme, détachée… Mais en profondeur… Oh, il la connaissait trop. Elle était furieuse et il ne pouvait pas le lui reprocher. Il disait vouloir parler d'eux et se trouvait une autre femme dans l'heure qui suivait.
« Il y a une explication… » hasarda-t-il.
Si possible, son regard se fit un peu plus assassin.
« Je ne suis pas vraiment certaine de vouloir l'entendre. »
Il grimaça. Certes, il pouvait le lui ordonner ou s'insurger de son insubordination criante mais ce n'était pas vraiment l'idée du siècle.
« Le type de ce matin, celui à la pommette… Il m'a provoqué et on s'est un peu battu et disons que j'ai un peu gagné… Je leur ai dit que je ne voulais rien mais apparemment ce serait une offense à Donzar. »
Il tenta d'insuffler à sa voix un peu plus d'assurance. Il n'allait quand même pas s'écraser pour une histoire dont il n'était pas responsable, si ? Bon, il était peut-être un peu responsable… Mais juste de façon partielle.
« Concubine. » répéta-t-elle.
Il sourit innocemment. « Si on était dans un film, c'est le moment où vous me demanderiez de dormir par terre. »
Elle plissa les yeux. « Oh, je n'allais pas vous demander de ruiner votre dos, mon Colonel. Mais puisque vous avez apparemment une maison toute prête avec une charmante concubine, vous devriez peut-être effectivement aller dormir ailleurs. »
Il nota du coin de l'œil que Sa'arlin semblait partagée entre l'indignation et l'amusement. Forlan quant à elle était totalement déstabilisée.
« Vous êtes sérieuse ? » finit-il par lui demander. Il n'était pas vraiment habitué à ce genre d'humour de la part de son second. Ce Banraï n'était décidemment pas une bonne chose.
Elle leva les yeux au ciel, se rallongea en lui tournant le dos et rabattit les couvertures sur elle de sorte que seul le haut de sa tête soit visible.
« Ce n'est pas à moi de vous dire quoi faire, mon Colonel. Si vous préférez partir avec votre nouvelle amie, faites-le. Mais, sauf votre respect, j'aimerai assez dormir. »
Il grimaça. Elle était contrariée. Autant pour le soutien qu'il était censé lui apporter. Il se tourna prestement vers Forlan, la remercia et l'envoya paître avec toute la diplomatie dont il était capable. La jeune femme tenta respectueusement de protester en lui assurant qu'il devrait prendre possession de ce qui était sien dans les plus brefs délais. Heureusement pour lui, Sa'arlin comprit le malaise et l'entraîna hors de la pièce.
A nouveau seul, il se tourna vers Carter. Elle était au milieu de lit mais ne semblait pas avoir l'intention de bouger. S'il ne l'avait pas connu mieux que ça, il aurait juré qu'il y avait un soupçon de jalousie dans son comportement.
« Carter… »
Il posa une main sur son épaule mais elle se dégagea prestement, s'enfonçant un peu plus sous les couvertures.
« Carter, je suis désolé mais vous ne pouvez quand même pas me reprocher ça… Ce gars me cherchait et je ne pouvais pas savoir que j'y gagnerai une concubine… »
Un petit rire amer échappa à sa coéquipière.
« D'accord. Et que se serait-il passé si vous aviez perdu ? »
Quelque chose lui disait qu'elle connaissait déjà la réponse. Il passa une main sur son visage fatigué. Il fallait vraiment qu'il apprenne à réfléchir avant d'agir.
« J'aurais perdu tout ce que je possède. »
La réponse franche ne lui accorda aucune faveur. Au lieu de ça, elle répliqua immédiatement.
« Vous ne possédez rien ici. »
Jack soupira. Elle savait exactement ce qu'il avait mis en jeu et voulait le lui entendre dire.
« Ils considèrent que, puisque vous êtes « ma compagne », vous êtes à moi. »
Il s'attendait précisément à une réaction brutale et, en ça, il ne fut pas déçu.
« Ce en quoi ils ont tort. » rétorqua-t-elle.
« Ce en quoi ils ont tort… » concéda-t-il.
Sam laissa percer un soupir de lassitude. « Vous avez joué avec ma vie. Je n'aime pas ça. »
« Pour être honnête, je n'aime pas ça non plus. »
Finalement, elle se retourna et planta son regard dans le sien. Il regrettait vraiment son mouvement d'humeur, elle le lisait dans ses yeux.
« Ecoutez, on va dormir et je vais faire comme si je n'avais jamais appris tout ça. »
Sans lâcher son regard, il attrapa sa main.
« Je suis désolé, Carter. »
Elle se détacha gentiment. « Je sais. »
Elle se décala pour lui laisser un peu plus de place mais ne reprit pas sa position initiale, restant aussi éloigné de lui qu'elle le pouvait. Elle était trop fatiguée pour décider si elle l'avait réellement pardonné ou pas. Elle était également trop fatiguée pour analyser cette morsure viscérale qui l'avait prise aux tripes quand Forlan s'était présentée comme sa concubine. Elle n'admettrait pas être jalouse. Elle n'avait pas le droit d'être jalouse.
« Jack, Sam, répondez. »
Cette fois, ce fut Jack qui grogna de frustration. Il avait autant envie de dormir qu'elle et n'avait pas eu droit à la petite sieste sur le chemin. Elle ne tenta même pas de se relever ou de faire seulement semblant d'être intéressée, se contentant de l'observer se relever pour attraper la radio.
« Daniel, savez vous quelle heure il est ?! »
Il revint se glisser dans le lit sans attendre.
« A peu près sept heures, pourquoi ? »
Il soupira. « Parce qu'ici, il est onze heures du soir… »
Elle put pratiquement entendre l'insulte qu'il ravala. La fatigue et la scène précédente jouant avec ses nerfs, c'était un miracle qu'il parvienne à contrôler ses réactions.
« Ah. Désolé. J'ai fait des recherches et grâce à l'aide de Tarhan, j'ai découvert deux ou trois choses sur ce peuple qui pourraient vous intéresser. Oh, et le Général veut aussi savoir si vous avez trouvé autre chose susceptible d'être échangé. »
« Personne ne veut savoir si on est toujours vivants ? » demanda-t-il avec toute l'ironie qu'il avait en réserve.
« Si vous n'étiez pas vivants, vous ne me répondriez pas, Jack. Comment va Sam ? »
Il lui tendit la radio mais elle repoussa l'offre d'un geste de la main. Elle voulait simplement se reposer.
« Bien, compte tenu des circonstances. » finit-il par répondre.
« D'après mes recherches, les épreuves sont assez compliquées… Apparemment, elles seraient un dérivé de…»
Sentant l'agacement pondre chez son second, il coupa l'archéologue. « Qu'avez-vous découvert de si passionnant, Daniel ? »
« Euh, oui… Visiblement, cette planète était à l'origine sous la houlette de Thot, un Goa'uld mineur sans grande importance. Les habitants travaillaient à extraire le Naquadah. Un jour, l' un d'entre eux, plus ambitieux que les autres, a assassiné Thot. »
« Laissez moi deviner, » intervint le Colonel « c'était Donzar. »
« Exactement. Mais apparemment, rendre la liberté à son peuple ne l'intéressait pas. A la place, il a bâti une dictature cimentée par sa légende. A sa mort, le Conseil des Trois a été formé. »
Sam étouffa un bâillement et se laissa bercer par la voix de l'archéologue. Elle nageait dans un demi-sommeil.
« A quoi ça nous avance de savoir ça ? » interrogea son supérieur.
Elle ferma les yeux, incapable de se battre plus longtemps avec l'épuisement qui étreignait ses muscles.
« Et bien, on sait que Donzar était humain. S'il a vraiment accompli le Banraï, ça veut dire que Sam peut sûrement le faire aussi… »
