Note de l'auteur : Et voilà, ça devient de plus en plus malsain, brr...Bonne lecture !
Alessandro frissonna et resserra sa veste autour de son corps. La nuit était froide. Ses yeux bleu glace se levèrent sur la fenêtre de la chambre de son père. Avec les somnifères qu'ils lui avaient fait boire, il dormait bien et ne risquait pas de se réveiller. Rien n'irait de travers. Leur plan était parfait.
Ca avait été long, évidemment. Ils étaient à présent en milieu d'année de « cinquième » (ce qui était tout à fait relatif étant donné qu'ils travaillaient à la maison). Quel plan ? Mais leur vengeance contre les quatre abrutis qui avaient agressé Gaël. Des deux, Alessandro avait été le plus rongé par la haine. On ne touchait pas à son ami. C'était juste…Impossible. Et quiconque le faisait devait payer le prix fort.
Trouver des informations sur eux n'avait pas été bien compliqué. Une fois leurs noms obtenus grâce au journal local, les réseaux Facebook, Twitter, Instagram et autres conneries en ligne leur donnèrent tout ce qu'ils voulaient savoir et même plus. Ils avaient trouvé affligeants à quel point les gens étalaient toute leur intimité sur les réseaux sociaux mais ne s'en étaient pas plaints. Ca les avait arrangés.
Connaissant les goûts de leurs proies, il n'avait pas bien été compliqué d'en cibler une en particulier et de créer le profil de la personne parfaite à ses yeux. Leur victime fut celui qu'ils avaient surnommé « Le gros ». Dans la bande se trouvait « Asperge », sûrement leur chef, « Le Gros », donc, et « Piercing » qui sortait avec « La fille ». Leurs prénoms importaient bien peu ici.
Ainsi donc était née sur les réseaux sociaux « Amanda Smith » (le nom de famille avait bien fait rigoler Alessandro pour une histoire de « I'm searching for Smith. Doctor Smith. » que Gaël n'avait toujours pas compris). Gagner la confiance de leur victime n'avait évidemment pas été compliqué, il n'était pas méfiant pour un sou. Il était à présent persuadé que, quelque part dans le Sud de la France, une jolie jeune fille rêvait de lui tous les soirs. Quel naïf.
Ce sombre imbécile avait ainsi commencé à tout partager avec « Amanda ». Ce qu'il faisait avec ses amis, où il allait…Il n'avait même pas hésité à lui parler des choses un peu moins légales lorsque « elle » lui avait confié qu'elle prenait des substances pas toujours très licites. Ils en savaient assez pour le balancer, lui et sa bande de petits copains, une bonne vingtaine d'années en tôle.
Mais là n'était pas le but, n'est-ce pas ? S'ils avaient voulu leur faire manger une peine de prison plus longue que celle à laquelle ils avaient eu droit anciennement, ils n'auraient eu aucun mal à le faire.
Non, ils voulaient les éliminer. Ils savaient que tuer ces « gens » ne leur ferait rien, pas comme avec leur professeur de primaire. Après tout, qui se soucierait de la disparition de tels abrutis ? Ils n'étaient rien et ne servaient à rien. Autant les supprimer.
Alessandro et Gaël n'étaient pas idiots (loin de là), et avaient pris leurs précautions. Gants en plastique (bon, de vaisselle, mais on faisait avec les moyens du bord), visages cachés, jerrican d'essence volé discrètement dans une station TOTAL, profil d'Amanda Smith effacé et intraçable (Gaêl ne comprenait pas comment son ami arrivait aussi bien à manier l'ordinateur).
Tout se passerait comme sur des roulettes.
- Ce qui est génial, commença Alessandro en marchant tranquillement, C'est que personne, ou presque, ne pensera à un meurtre.
- Ah ?
- Non, parce que ce sont des choses qui arrivent souvent. Je veux dire, combien de jeunes ont été retrouvés étranglés à cause de jeux à la con comme celui du foulard, ou la roulette russe…Sans parler de ceux qui font les cons et meurent bêtement…Ce qui va arriver à ces quatre crétins, là, ce ne sera qu'un incident de plus. Une cigarette mal écrasée. Un autre jeu à la con. Un suicide collectif, même ! Il y a une vingtaine d'années, ce genre d'incident aurait été une tragédie…Mais maintenant, les hommes sont habitués. Tu sais, je crois que les limites de l'homme sont en train de s'étirer des deux côtés.
Gaël observa ses moufles, pensif.
- Tu veux dire que plus on avance, plus une partie de la population régresse tandis que l'autre progresse ?
- Exactement ! Puis y'a ceux au milieu, qui n'e progressent pas et ne régressent pas. Bientôt c'est un véritable système de caste, enfin encore plus que maintenant, qui va se mettre en place…
- Tu veux dire que ceux qui progressent seront un peu les nobles de notre monde, ceux qui stagnent la…Bourgeoisie ?
- Non, plutôt la classe ouvrière…
- Et les autres, ceux qui régressent ?
Sous son écharpe, Alessandro esquissa un sourire effrayant que son ami devina bien vite. Ca ne lui fit ni chaud ni froid.
- Des genres d'esclaves, de nuisibles…Des trucs qui servent pas à grand-chose.
Le petit brun médita quelques instants là-dessus. Le raisonnement d'Alessandro était loin d'être idiot. Le châtain regardait bien plus la télévision ou les informations que lui qui se basait sur son propre raisonnement. Le Luciani avait donc vite compris les systèmes qui régissaient la société. Une société qui se disait civilisée mais qui était simplement passée du « le plus fort gagne » au « le plus intelligent gagne ».
- Alessandro…Dans tout système comprenant nobles et classe ouvrière, il faut un roi, n'est-ce pas ?
- Hm ? Bien sûr.
- Tu as déjà entendu parler des limites épistémiques ?
- Euh…Non, je ne crois pas. Ah, ce ne sont pas des limites biologiques ?
- Si. Ce sont les limites biologiques de l'intelligence humaine. Tout est régi par les limites biologiques. Si la moyenne d'âge d'un homme est d'environ 75 ans. Pourquoi certains vivent un siècle, voire plus ? Si la limite de taille est d'environ 1 mètre 75, pourquoi certains plafonnent à plus de deux mètres ? Ce sont des exceptions. Et pourtant, jamais aucune exception ne vivra 300 ans ou ne mesurera 3 mètres. Ce sont des limites biologiques. C'est comme la force. Tout ça a des limites. L'intelligence, c'est pareil, elle a des limites.
- Je ne vois pas où tu veux en venir.
- Attends. La technologie et la biologie avancent chaque jour plus loin, tu es d'accord avec moi ? Et l'homme a déjà commencé à inventer des choses qui le dépassent…
- Comme Internet ?
- Par exemple. Personne ne peut contrôler Internet…
Alessandro acquiesça. Cet outil créé par l'homme se retournait si facilement contre l'homme…La preuve en était qu'ils avaient utilisé cet outil pour programmer le meurtre de quatre êtres humains.
- Bientôt, l'homme créera de nouveaux hommes. Des hommes qui dépasseront toutes les limites biologiques établies jusqu'à maintenant. Et celui qui osera faire ça, sera le roi.
- Qui osera ? Qui réussira plutôt.
- Non, qui osera. On peut déjà le faire. Mais il y a la morale. La religion. Cette stupide religion qui n'a fait que brider les consciences depuis toujours…Seuls ceux qui arriveront à se détacher de cette morale et de cette religion pourront se prétendre assez dignes de vivre.
Le châtain y réfléchit à nouveau. Gaël avait parfois des raisonnements un peu trop poussés.
- Donc selon toi, des gens comme…Comme…Comme Hitler étaient des génies ? Parce qu'Hitler se fichait bien de la religion et était à fond dans son projet d'eugénisme ?
- Exactement.
Allistor soupira en observant l'horloge. Andriu et lui étaient arrivés vachement en avance au cabinet du psychologue. Quelques jours plus tôt, Gaël et Alessandro avaient passé un nouvel entretient avec le médecin et il comptait donner le bilan aux adultes aujourd'hui.
Et il avait demandé que les enfants soient absents.
Le père des Luciani avait le journal entre les mains. Il tapota l'épaule du roux et attira son attention sur un article.
« Disparition de quatre adolescents dans un incendie ».
Ils n'eurent aucun mal à reconnaître les quatre petits crétins qui avaient tabassé Gaël en sixième. Un article expliquait rapidement que les quatre jeunes s'étaient retrouvés dans un vieux hangar à avion abandonné. Du kérosène restait probablement sur le sol et une flammèche avait suffi à embraser le bâtiment.
Mais l'article était rangé dans un coin tandis que les trois quarts de la page étaient consacrés au Fossoyeur de la religion, un abominable tueur qui massacrait les curés, les bonnes sœurs, les gens qui venaient souvent à l'église, les rabbins et tous les autres représentants de toutes les religions. Son influence s'étendait de plus en plus, certains pensaient qu'une secte étrange se formait autour de lui.
C'était effrayant.
- Monsieur Andriu et monsieur Kirkland ?
Les deux adultes se levèrent et suivirent le psychologue qui les fit s'asseoir dans des fauteuils.
- J'ai longtemps hésité à vous voir tous les deux en même temps mais au vu des…Liens qu'entretiennent Alessandro et Gaël, j'ai pensé que c'était la meilleure chose à faire. Je dois vous avouer quelque chose. Ils sont très intelligents tous les deux, vous le savez, mais finalement, pas plus que les autres « intelligences précoces ». Le seul souci, c'est qu'ils sont deux. Chaque « intelligence précoce » développe son « don » de manière différente. La preuve, alors qu'Alessandro emmagasine toute l'actualité, tout ce qu'il voit, Gaël est plutôt du genre à mettre en place des stratégies. C'est comme un politique et un joueur d'échec. Ces deux-là mettent leurs points de vue en commun, ce qui les rend plus…
Le psychologue chercha ses mots. Il avait envie de dire « dangereux » mais impossible de qualifier ainsi les enfants devant un père et un frère.
- Disons qu'ils ont plus de potentiel. Ils pourront faire des choses immenses au cours de leur vie. Tout dépendra…De la voie qu'ils choisiront.
- La voie ? Du genre…La filière au BAC ?
- Non. Beaucoup de génies ont mal tournés. Ce sont ces génies de la stratégie ou de la politique, ces dictateurs qui ont su garder leur pays sous leur coupe, ou encore ces criminels dont on n'a pas l'identité. Jack L'Eventreur, Hitler, Mao, Staline, Neron…Mais d'autres ont laissé leur nom dans l'histoire, Leonard de Vinci, Albert Einstein…
- Et vous avez peur qu'Alessandro et Gaël tournent mal ?
- Oui. Mais surtout, j'ai peur que si l'un des deux venait à être pollué d'idées malsaines, qu'il…Contamine l'autre avec. Je pense…Que les séparer ne serait pas une mauvaise idée.
- Pardon ?!
Allistor regarda Andriu, surprit qu'il ait réagi aussi vite. Il n'en pensait pas moins. Séparer Alessandro et Gaël était sûrement la pire chose à faire pour eux.
- Ce n'est pas une bonne idée. Alessandro est le seul ami de Gaël et vice-versa.
- Oui mais il faut songer au fait que leur intelligence peut…
- Et leur bonheur dans tout ça ? Je ne sais pas ce que son intelligence peut faire ou quoi et même s'il ne me parle pas beaucoup de ses pensées, je sais que perdre Alessandro rendrait Gaël très malheureux. Ils n'ont aucuns amis. Il ne veulent plus retourner à l'école normale. Ils n'ont que l'autre qui leur ressemble.
Le psychologue acquiesça et finit par les congédier. Il s'assit à son bureau, observant les dossiers posés dessus. Sur l'un, la photo d'un enfant souriant, châtain aux yeux bleus glaces, qui se tenait près de son grand frère. Sur l'autre, un enfant impassible aux cheveux noirs et aux yeux rougeoyants, tenant contre lui son petit frère et sa petite sœur.
Alessandro et Gaël.
Il prit un post-il qu'il colla sur le premier avant de les agrafer.
« Il n'y a qu'une ligne entre le génie et la folie. J'ai effacé cette ligne. » Oskar Levant.
Review ? :3
