Chapitre 8


Après avoir senti l'habituel vertige qui accompagne un retour en arrière, Frank se releva en agrippant sa chaise et se précipita comme il put à travers le couloir, jusqu'à la chambre du petit.

Havoc était accroupi près du lit, et Edward dormait.

"Qu'est-ce qui se passe ?!" siffla-t-il entre ses dents, pour s'empêcher de crier. Le blond leva la tête vers lui, et eut un sourire ravi.

"Il a réussi ! Il a réussi à le faire volontairement... !"

Frank s'échauffa et alla attraper Havoc par le col pour l'entraîner dans le couloir ; après avoir mis une certaine distance entre eux et la chambre, il le lâcha et fit :

"Mais qu'est-ce qui te prend !!"

Havoc eut l'air franchement surpris.

"Je vous l'ai déjà dit. Je vais l'aider à contrôler son don, et je m'arrangerai pour le faire sortir d'ici."

"Et tu crois vraiment que les scientifiques vont te laisser rester avec lui jusqu'à ce qu'il y arrive ?!"

"Je... euh..."

"Hein ?!"

"Oui... ! Je pense que oui. De toutes façons, ils sont en congé, pour le moment, non ? Donc nous sommes tranquilles."

"Tu crois qu'on est seuls dans tout le bâtiment ?"

Silence surpris du blond.

"Tu croyais vraiment que ce labo se résumait à ce couloir ?! Tu n'imagines pas le nombres de gardes qui surveillent cet endroit !! Je suis celui qui s'occupe de ce couloir, mais je suis loin d'être le seul gardien de tout ce foutu labo ! Mais qu'est-ce que t'as dans la tête, hein ?! Si je savais pas où étaient les autres tout à l'heure, je t'aurais empêché de sortir le p'tit ! T'es vraiment pas futé !!"

Après ce sermon fait dans les règles de l'art, Frank reprit son souffle, et laissa Havoc réfléchir à ce qu'il venait de dire.


De son côté, Havoc était un peu inquiet. Il n'avait en effet pas du tout pensé au reste du bâtiment, et si un garde quelconque venait à s'aventurer dans ce couloir, il était certain qu'il irait tout raconter aux scientifiques, et nul doute que Havoc aurait alors l'interdiction de s'approcher à nouveau d'Edward. Cela ne devait pas arriver. Et pour ce faire, il y avait une solution très simple...

"Coucou, Edo... !"

Le petit garçon se frotta les yeux d'une main, se redressant de l'autre, et fit un sourire timide à l'homme qui posait le plateau du goûter sur la chaise.

"C'est très bien, ce que tu as fait tout à l'heure... ! Dès que tu auras mangé, on recommencera, d'accord ?"

"... d'accord." répondit-il sans contester. Pourtant, il n'aimait pas vraiment faire ça...

Il mangea avec appétit le pain beurré et le chocolat chaud que monsieur Jean lui avait apporté, puis l'entraînement commença pour de bon.


Trois jours avaient passés.

En réalité, il s'agissait du premier jour parmi les trois après les examens, mais pour Edward, Havoc et Frank, cela faisait trois jours qu'ils s'occupaient, entre l'entraînement du petit, les repas, les bains, et les jeux. Havoc, le "deuxième" matin, avait ramené de chez lui des jeux de société, et un vieil ours en peluche qu'il avait retrouvé dans ses affaires d'enfants. Edward avait compris, et accepté le cadeau avec gratitude, les larmes aux yeux et avec un grand sourire. Ils avaient joué un soir avec Frank, qui avait fini par capituler et s'était installé pour la partie de domino, que le petit gagna haut la main.

Jamais Edward n'avait été aussi heureux, depuis longtemps.

Malheureusement, il y avait une chose qu'il n'avait encore jamais dite au sujet de son don, et que Frank n'avait pas jugé utile d'aborder.

Il y a toujours un détail qui change...


Deux jours passèrent encore, sans problème particulier. Mais en début d'après-midi, alors que Havoc revenait poser le plateau et la vaisselle sale du repas dans la cuisine du bureau de Frank, il aperçu, un peu plus loin dans l'allée, le vieux gardien et une autre personne, visiblement en train de se disputer. Il déposa le plateau sur la table rapidement, puis s'avança. À mesure qu'il s'approchait, il entendit des brides de conversation :

"... Tu sais que c'est interdit... !"

"... je te rappelle que les ordres sont clairs... !"

"... c'est la dernière fois qu'on te prévient !"

"T'es qui toi ?!"

Havoc s'immobilisa en voyant qu'on lui parlait ; ce type ne lui inspirait déjà que du dégoût, alors qu'il ne connaissait même pas encore son nom.

"Je suis le nouveau gardien, je remplace le professeur Hakuro qui est retraité."

"Hum... ouais, je sais... ! Tiens-toi à ta place... !"

"Je vous demande pardon... ?!"

"Havoc, laisse tomber..." fit Frank avec insistance. Mais le blond voulait comprendre ce qui se passait.

"Il se trouve que j'ai averti les patrons qu'il y avait une fuite dans les réserves de gaz toxiques ; en attendant qu'ils arrivent cet après-midi, toute l'aile ouest du troisième étage est condamnée."

"... il revient cet après-midi... ?"

"Ouais, bien sûr. Et ils reprendront certainement le boulot après... ! Donc, tenez-vous à carreau, tous les deux !"

L'homme s'éloigna à grands pas, laissant Frank et Havoc seuls dans l'allée blanche peu éclairée.

"Dites, c'est pas vrai, hein... ?"

"Si..."

"Mais... ! Elle vient d'où cette fuite ?! Il y avait pas de fuite, avant !! Ça veut dire quoi ??"

"Hum... les détails, c'est toujours très important..."

"Quoi ?"

"Rien, je réfléchissais... Retourne voir le p'tit, ça vaut mieux... Je t'avertirai quand le patron du secteur arriva..."

"... d'accord... mais dites, Edward est tranquille, n'est-ce pas ? Jusqu'à après-demain, hein ?"

"Normalement, oui..."

"Comment ça, normalement ?"

"Oui. Il est tranquille. Maintenant, dégage de là que je fasse mon boulot... !"


J'ai un gros manque d'inspiration pour cette fic, bien que je sache parfaitement comment elle va finir. Je vous demande juste d'être patients... (siouplait ?)