CHAPITRE 4
Amelia
En bordure du jardin intérieur – toujours enseveli sous une épaisse couche de neige –, Amelia faisait à Abigael le récit détaillé de son concerto de la veille. De pâles rayons de soleil réchauffaient leurs visages aux joues rougies par le froid. Malgré les températures négatives, il leur était quand même agréable de profiter de ce bout de nature hibernante pendant cette heure de répit, juste avant le début des cours de l'après-midi.
Assise aux côtés de son amie, sous une voûte de pierres brutes et sur la barrière tiédie par son ingénieux sortilège, Amelia concluait joyeusement le rapport détaillé de sa soirée de la veille :
– … et il a dit qu'il avait la joie d'entendre mon piano tous les soirs dans sa chambre ! C'était gentil de sa part de le faire remarquer, n'est-ce pas ?
Abigael, qui faisait mine d'écouter les confidences d'Amelia depuis une dizaine de minutes, roula alors très distinctement des yeux.
– Quoi ? demanda Amelia agacée par les mimiques railleuses de son amie.
– Rien, répondit sèchement Abigael.
– Si ! Tu as un commentaire à faire sur ce que je viens dire !
Constatant le ton réprobateur qu'employait Amelia à cet instant, Abigael préféra ne pas renchérir. Mais fortement vexée par les moqueries non formulées de son amie, Amelia soupira si fortement qu'une énorme colonne de fumée blanche, semblable à la celle qui se dégageait de la locomotive du Poudlard Express, s'échappa de sa bouche. Alors, un silence total tomba sous la voûte et les deux jeunes filles ne s'échangèrent plus un mot.
Puis, au bout d'une longue minute de bouderie, Amelia qui bouillonnait de l'intérieur et qui ne parvenait plus à contenir sa colère lança brusquement :
– Et toi alors, où étais-tu hier soir ? Je n'aurai pas eu à te raconter tout ça si tu avais été présente !
– Je te l'ai dit, rétorqua Abigael qui regardait férocement un moineau qui voletait au loin, j'avais le devoir de Chourave sur les Choux mordeurs à terminer ! Et tu sais très bien à quel point je déteste ces machins ! En outre, pardonne-moi, mais je connais ton numéro de piano par cœur depuis le temps… Et j'avoue que j'aimerai t'entendre jouer autre chose de temps en temps.
– Excuse-moi, mais c'est Flitwick qui voulait…
– Oui, je sais, je sais, coupa Abigael sur un ton d'exaspération. Je sais que Flitwick n'est pas du tout branché jazz, et qu'il préfère…
– C'était pour le retour de Dumbledore !coupa à son tour Amelia, furieuse par le manque de considération de son amie. Ça fait des mois qu'il est obligé d'assister à ces procès sordides ! Il voulait quelque chose de… quelque chose d'apaisant et de gentil.
À l'évocation de ce détail, Abigael préféra botter en touche. Pourtant, Amelia voyait bien que quelque chose semblait toujours l'ennuyer.
– De toute façon, maintenant que je sais que Snape – et elle insista sur ce nom – était présent, je n'ai aucun regret de ne pas être venue. Je suis sure que cette chauve-souris a gâché ton tableau rien que par sa présence !
À la remarque d'Abigael, Amelia ne put s'empêcher de soupirer à nouveau… mais cette fois-ci, en croisant brusquement les bras sur sa poitrine.
– Je ne sais pas quel problème tu as avec lui, mais j'en ai assez d'entendre tes réflexions chaque fois que je prononce son nom, dit-elle en essayant de conserver un certain sang-froid.
– Mon problème ? demanda Abigael. Mon problème ? Mais c'est toi, Amy, qui as un souci avec ce type !
– Quoi ? s'écria-t-elle. Ça, c'est la meilleure !
– Tu passes ta vie à me parler de lui, lui fit remarquer Abigael sur un ton acerbe. Et il a dit qu'il entendait mon piano toutes les nuits, blabla… Mais tout le château entend ton piano, Amy ! Même nous, quand il y a un peu de vent, on arrive à l'entendre bien distinctement !
Amelia, profondément blessée par les remarques d'Abigael, se mordait les lèvres pour ne pas exploser. Elle sentait ses yeux s'humidifier comme si elle était à deux doigts de craquer, alors elle préféra détourner son regard pour ne pas montrer à son amie qu'elle avait été touchée par son sarcasme.
En vérité, elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi sa meilleure amie se comportait si méchamment avec elle.
– Je te le répète, je ne supporte pas la façon dont tu parles de lui ! lança à nouveau Abigael sur un ton très ferme, à la façon d'un père qui ferait une remontrance à son enfant.
Amelia resta muette. Car malgré ce sentiment d'amertume qui commençait à poindre dans son esprit, elle décida d'écouter la leçon de morale de son amie sans lui couper la parole.
– Ce type est sordide, il ne m'inspire aucune confiance, poursuivit Abigael.
– Tu ne le connais pas, Abi ! fit remarquer Amelia qui décidait enfin de sortir de son mutisme.
– Là n'est pas la question ! Et toi, tu te targues de bien le connaître, peut-être ?
– Je le connais certainement beaucoup mieux que toi ! rétorqua aussitôt Amelia.
Mais les yeux d'Amelia paraissaient briller d'une curieuse manière. Ils se reflétaient dans le noir des yeux de sa meilleure amie, et cette dernière comprit instantanément qu'il y avait de la sincérité dans son aveu. Abigael, qui était une jeune fille spontanée, mais loin d'être idiote, préféra alors opter pour une approche déguisée.
– Ah oui ? Et comment ça ? demanda-t-elle en feignant la surprise.
– Je te rappelle qu'il était en septièmement année quand …
– Oui, je sais, je sais, rétorqua Abigael qui anticipait brillamment toutes ses réponses.
Son regard était rivé sur Amelia, comme pour observer ses réactions.
« Et après Poudlard, que sais-tu de lui, au juste ? finit-elle par demander.
À la question, Amelia ne put tenir le regard que lui lançait son amie. Elle baissa les yeux et répondit avec une voix à peine perceptible qui trahissait sa gêne :
– Je n'en sais rien du tout...
– Ah oui ? Tu n'en sais rien ? ironisa Abigael. Donc, tu dis connaître quelqu'un – UN ADULTE – que tu as vaguement croisé pendant ta première année… Tu le juges parfaitement digne de confiance alors que tu as dû lui parler trois fois dans ta vie… Tu as des yeux gros comme des citrouilles à chaque fois qu'il est dans ton champ de vision… Et tout ça n'est évidemment pas du tout inquiétant ?!
Le raisonnement d'Abigael avait du sens, et Amelia n'était pas encore au bout de ses peines. Son amie n'avait pas encore fini de lui dire ses quatre vérités.
– Tu voudrais sincèrement que je ferme les yeux sur toute cette histoire ? demanda Abigael en gesticulant dramatiquement.
– Il n'y a pas d'histoire, dit Amelia à mi-voix.
– Oh que si, Amy ! Enfin, regarde-toi un peu ! Essaye de faire marcher ta tête quelques secondes, veux-tu ?! Tu prétends qu'il n'y a pas d'histoire ? Mais que crois-tu qu'il va se produire quand il va s'en apercevoir ?
Abigael parlait très fort, bien trop fort. Et Amelia ne lui avait jamais connu un regard aussi dur. Après s'être assurée que personne ne l'avait entendu, elle lui fit un geste de la main pour l'inciter à baisser le ton.
– Moins fort, bon sang ! dit-elle à voix basse. Je suis sure qu'il y a quelqu'un dans la tour de Serdaigle qui ne t'a pas bien entendu ! Écoute…reprit-elle. Je… je ne vois pas du tout où tu veux en venir…
Alors, ce fut au tour d'Abigael de soupirer… mais d'exaspération cette fois.
– Je-n'ai-pas-confiance-en-ce-type, articula-t-elle distinctement. Je n'ai aucune confiance en lui ! Ce type est sinistre, il me fait froid dans le dos et il y a des choses qui t'échappent visiblement à son sujet, Amy !
– Pourquoi tu-
– Laisse-moi terminer ! coupa Abigael. Tu es une fille gentille – parfois naïve, je crains de te l'apprendre – mais c'est ce qui fait ton charme, tu me diras... Tu es surtout très jolie, beaucoup plus que tu ne le penses – et pourtant, Dieu sait à quel point tu as conscience de tes charmes ! on va pas se mentir entre nous. – donc il faudrait un peu que tu agisses en connaissance de cause, Amy. Conduis-toi en adulte !
Les épaules d'Amelia s'affaissèrent. Elle baissa la tête afin de laisser la Tornade Abigael s'abattre une bonne fois pour toutes sur elle. Elle voulait en finir le plus rapidement possible avec cette séance de leçon de morale.
Pourtant, Amelia souffrait beaucoup des paroles acerbes de sa meilleure amie. Ce que disait Abigael à son sujet était la pire chose qu'elle n'avait jamais entendue. Avant aujourd'hui, Amelia n'avait pas la moindre idée de l'image détestable que son amie avait d'elle.
– Je n'ai pas envie de te voir t'enliser dans des histoires sordides avec un adulte ! Un professeur, de surcroît ! avoua Abigael d'une voix ferme.
– Tu délires totalement, Abi, répondit Amelia avec amertume.
Comment Abigael pouvait-elle arriver à cette conclusion dégoûtante ? Elle allait tellement loin dans ses anticipations qu'Amelia en perdait ses mots et ne savait comment contrer ses accusations.
– Amy, ne me fais pas passer pour une vieille harpie décérébrée ! Je ne sais peut être pas in-formuler mes sortilèges, mais je sais ce qui arrive quand une jolie fille de 15 ans jette son dévolu sur un type qui a 5 ans de plus qu'elle et qui est loin d'être le type le plus réglo de la planète !
– Mais c'est du grand délire ! s'écria Amelia qui explosa aussitôt de colère. Il faut que tu arrêtes de penser que le monde entier tourne autour de moi, à la fin !
– Mais le monde ne tourne pas autour de toi, Amelia Pandora Egerton! C'est les hommes qui vont te tourner autour comme des vautours dans quelque temps, avant même que tu te rendes compte. Parce que les hommes sont des vautours ! Et particulièrement ce genre de type, crois-moi.
Amelia en avait assez. C'était une chose qu'elle la fasse passer pour une fille facile, c'en était une autre qu'elle continue d'insulter cet homme qui ne lui avait rien fait et qui n'avait rien demandé.
– Ça suffit, Abi, cracha-t-elle à bout de nerf. J'en ai assez de t'entendre l'insulter à tout bout de champ ! Là, tu vas trop loin… Traite-moi de traînée si ça t'amuse, mais ne te sers pas de lui pour me faire passer pour une garce !
– C'est un Mangemort, Amy ! lança Abigael d'une voix tonitruante. C'est un Mangemort ! C'est un diable !
Un Mangemort… ? Un Mangemort… À ce mot, le cœur d'Amelia manqua un battement. Comment Abigael pouvait-elle savoir ça ?
– Comment tu sais ça ? demanda-t-elle brusquement.
– Donc, tu es au courant ?! demanda Abigael en lançant à son amie un petit sourire d'autosatisfaction.
Car mine de rien, cette dernière venait habilement de refermer son piège sur Amelia.
Maintenant, Amelia était réellement au pied du mur. Sa meilleure amie venait effectivement de lui faire dire ce qu'elle voulait lui faire avouer depuis un certain temps déjà. Elle avait dû sentir que son amie lui cachait des vérités à propos de Snape. Elle avait bien senti que ses soudaines marques d'intérêt à son égard n'étaient pas tombées de nulle part, comme les nouvelles neiges. Snape était en poste depuis le début de l'année scolaire et Amelia n'avait jamais aussi ouvertement parlé de lui que depuis son retour de vacances de Noël.
Après 15 ans d'amitié profonde, les deux jeunes filles se considéraient un peu comme deux sœurs. Elles se connaissaient si bien que si l'une devait cacher des choses à l'autre, l'autre savait parfaitement comme lui faire cracher le morceau.
– Je n'ai pas dit ça ! dit Amelia en essayant une ultime fois de feindre l'ignorance
– Tu sais quelque chose, s'obstina Abigael. Tu le sais, mais tu ne veux pas le dire. Je sais que tu es au courant de quelque chose… Si cette idiote de Portman sait, tu dois en savoir davantage !
Amelia ne comprenait toujours pas comment Abigael avait appris cette information. Et d'ailleurs, elle ne voyez même pas qui était cette Portman dont elle parlait…
– Mais qu'est-ce que… balbutia-t-elle. Qui c'est cette fille ?
– Nancy Portman, une des poursuiveuses de l'équipe de Gryffondor.
Amelia fronça les sourcils pour exprimer sa confusion, elle ne voyait pas bien de quelles poursuiveuses il s'agissait.
– Une brune de sixième année, 1m65 je dirai… ni belle, ni moche. Zut Amelia, fais un effort !
Abigael savait indubitablement que si Amelia avait du mal à se souvenir des noms des gens, elle attachait beaucoup d'importance à leurs apparences physiques.
– Ah oui… finit-elle par dire, réalisant enfin qui était cette fille. Et bien, quoi ?
– Et bien, sa tante travaille au Ministère et la dernière fois qu'elle l'a vu, elle l'a mis en garde. Un professeur de Poudlard – un jeune professeur, lui a-t-elle précisé !– est passé devant le Magenmagot peu de temps avant Noël. Il serait un Mangemort avéré… Et elle lui a même raconté qu'il ne s'était même pas défendu quand les juges l'ont accusé de pratiquer intensivement la magie noire.
Alors, Amelia poussa un long et très profond soupir d'exaspération en levant les yeux au ciel. Ensuite, elle inclina sa tête sur le côté pour l'appuyer contre la colonne qui se dressait à sa droite. Elle était fatiguée de se battre contre elle-même et contre toutes ces petites cachotteries qui commençaient légèrement à lui grignoter le cerveau de l'intérieur.
Et puis il fallait se rendre à l'évidence, toute cette rumeur au sujet de Snape lui était insupportable. Elle se devait de rétablir la vérité au plus vite, c'était comme viscéral. Il fallait faire quelque chose, au risque de compromettre ses frères et même aux risques de passer encore une fois pour une fille naïve. Elle devait dire la vérité au moins à sa meilleure amie. C'était sa meilleure amie, quand même… Les autres Gryffondor pouvaient bien s'étrangler avec leurs mensonges qui leur convenaient à merveille, ça lui était totalement égal.
– J'ai assisté à son audience, avoua alors Amelia en parlant à voix basse.
Abigael, qui s'attendait à tout mais certainement pas à cette révélation, avait les yeux écarquillés de surprise. Manifestement, elle n'en revenait pas.
– Tu y étais ? demanda-t-elle avec stupeur. Mais comment est-ce possible ?
Résolument décidée à tout lui avouer, Amelia devait commencer par le commencement. Elle ne voulait pas que son amie se méprenne encore une fois sur les raisons de son aveu.
– Altaïr a insisté auprès d'Adrian pour que j'assiste à un procès en lien avec les exactions de Tu-Sais-Qui. Il voulait que je voie comment le Ministère s'occupe de ses anciens partisans. Il voulait me montrer qu'ils faisaient leur possible pour honorer la mémoire de notre mère et de toutes les autres victimes. Au début, Adrian n'était pas très partant, prétextant que j'étais bien trop jeune, que les procès étaient trop sordides et que j'étais à Poudlard – donc, il était hors de question de me faire manquer l'école pour ça. Puis au début des vacances de Noël, Altaïr est revenue à la charge, car visiblement, c'était important pour lui. Pour en finir avec cette histoire une bonne fois pour toutes, Adrian a fini par accepter et a proposé de me faire venir au Ministère pour assister à une séance extraordinaire pendant laquelle il était peu probable que j'entende des ignominies.
Abigael, qui avait légèrement ouvert la bouche en écoutant ces mots, buvait littéralement les paroles d'Amelia. Elle s'était rapprochée d'elle pour de ne rien rater de son récit.
– Je me suis donc rendue au Ministère à la veille de Noël, poursuivit Amelia. Altaïr m'a emmené à une séance de Magenmagot un peu spéciale que les gens là-bas surnommaient : la Commission du Pardon. Franchement, je peux même plus te dire comment ça s'appelait exactement parce que le nom était assez compliqué. Bref, c'était une sorte de procès à huit clos, pratiquement personne n'était présent aux débats et tout s'est enchaîné très vite. Dumbledore était son avocat et il a vraiment bien parlé… c'était très beau, très lyrique. C'était vraiment émouvant.
En évoquant le souvenir de la plaidoirie de Dumbledore, Amelia pouvait encore ressentir cette émotion étrange qui l'avait traversée ce jour-là.
– Lui… Il n'a pas beaucoup parlé, ajouta-t-elle d'une voix paisible. Il a juste exprimé ses regrets et a demandé pardon à la cour. Enfin, le pardon a été voté par les juges qui ont pris en compte les arguments de la défense et qui ont décidé de le gracier.
– Alors, c'est vrai ? demanda Abigael d'une voix étouffée. C'est vraiment un Mangemort ?
– Oui, c'est vrai, dit Amelia en baissant la tête comme si elle avait avoué une vérité qui lui faisait honte. Il était bien Mangemort. Mais il a collaboré avec la résistance avant la disparition de Tu-Sais-Qui. Dumbledore a dit qu'il avait été très courageux… C'est pour cela que c'est insupportable d'entendre de telles inepties à son sujet, Abi ! Penses-tu réellement que Dumbledore, l'homme qui nous a protégés pendant toutes ses années ici, à Poudlard, autoriserait à un homme dangereux d'enseigner dans sa propre école ? Ce n'est absolument pas logique !
Amelia regardait maintenant son amie dans les yeux. Elle pouvait soutenir son regard, car cette vérité-là était totalement implacable. Abigael devait se rendre à l'évidence, Snape n'aurait jamais pu intégrer Poudlard s'il avait représenté un quelconque danger pour les élèves.
– Franchement, je suis soufflée, je ne sais pas quoi dire, confia Abigael en haussant les sourcils. Je pensais que les rumeurs de Nancy étaient du flan… Cette fille n'est pas très maligne, tu sais. Je pensais qu'elle avait mal compris les propos de sa tante où qu'elle racontait des cracs pour attirer l'attention sur elle. Mais ce que tu viens de me dire confirme ses dires ! Tu viens tout juste de m'avouer que ce type est un Mangemort ?!
Amelia n'en croyait pas ses oreilles, après ce qu'elle venait de lui raconter, elle ne s'attendait pas à ce qu'Abigael poursuive sur sa lancée. N'avait-elle rien entendu de ce qu'elle venait de lui dire ?
– Il l'a trahi, Abi ! s'écria Amelia, furieuse. Tu comprends ce que ça veut dire ? Il était dans le camp de Dumbledore !
– Mais tu es certaine de ça ? demanda à son tour Abigael en lui posant une main sur le bras. Comment es-tu sure de ce que tu avances ? Tu l'as entendu durant le procès ?
Amelia soupira douloureusement. Elle avait l'impression de subir un interrogatoire comme si elle-même avait été Mangemort.
– Je n'ai pas eu tous les détails et je pense qu'il est inutile d'en savoir plus, si tu veux mon avis, répondit-elle. Je suis certaine que toutes ces histoires doivent être terrifiantes – comme toutes les histoires liées à Tu-Sais-Qui – et je n'ai pas envie d'en avoir connaissance. Mais dans tous les cas, les juges qui avaient son dossier, tout le travail l'enquête des Aurors sous les yeux, l'ont relaxé. À moins que tu dises que mes deux frères se font une joie de relâcher dans la nature des Mangemort tous les quatre matins, je ne vois pas bien pourquoi tu remets en cause une décision du Ministère !
A ces mots, Abigael plissa ses yeux d'une étrange manière. De toute évidence, l'argumentaire d'Amelia ne lui convenait pas du tout. Visiblement, les deux amies n'en avaient pas encore terminé avec leur petite séance de vérités blessantes.
– Je te demande tout ça parce qu'il n'y a pas de fumée sans feu, Amy, dit brusquement Abigael. Et je n'aime toujours pas la façon dont tu parles de lui ! De toute évidence, ce type est un Mage Noir ! Il en a l'aspect, il en a le curriculum vitae, et je me fous totalement de savoir pourquoi Dumbledore embauche des Mages noirs dans son école ! Peut-être veut-il étudier ces ennemis pour mieux les combattre ?
– Tu fais un blocage sur Snape depuis le début, Abi, répondit Amelia d'un ton indigné. Ta théorie sur Dumbledore ne tient pas debout. Tu parles d'un homme que Tu-Sais-Qui, lui-même, n'a jamais voulu affronter directement. Donc, il est beaucoup plus probable que Dumbledore ait embauché Snape parce qu'il lui trouve du talent – ou je ne sais quelle autre qualité – plutôt que pour en faire le sujet d'une expérience qui n'a ni queue ni tête. Et pour finir (Amelia se redressa et adopta un ton plus solennel pour bien insister sur ce point) ce type ne me fera aucun mal, sois-en sûre ! Je n'ai pas besoin que tu me rappelles qu'on ne doit pas faire des choses déraisonnables avec un professeur ! Je ne suis quand même pas idiote à ce point !
Mais Abigael ne réagit pas le moins du monde à ce qu'Amelia venait de lui dire. Ses dernières paroles lui étaient totalement passées par dessus la tête, alors qu'elles avaient été prononcées dans l'intention de la rassurer.
Abigael fixait toujours Amelia avec un regard qui paraissait légèrement flou. Cette dernière avait l'impression que son amie était plongée dans une profonde réflexion. Avec son index, elle entortillait nerveusement une de ses mèches de cheveux. Et puis, au bout d'un long moment de silence, elle prit une grosse bouffée d'oxygène et dit :
– Tout ça, ça sent mauvais ! Crois-moi Amy, j'ai du feeling pour ce genre de chose. Ma grand-mère est une grande voyante, ma mère tente par tous les moyens de se persuader qu'elle n'en est pas une... et moi je sens les choses ! Et ce que je renifle ces derniers temps à propos de toute cette histoire ne sent pas bon du tout !
Amelia ne préféra pas surenchérir. Les conseils et les remarques de sa meilleure amie avaient habituellement de l'importance à ses yeux, mais toutes ces histoires ne la concernaient pas directement, alors pourquoi devait-elle prendre garde à d'éventuelles choses qui ne s'étaient jamais produites et qui ne se produiront jamais ? Abigael marchait sur la tête.
Si Abigael avait une mauvaise opinion du professeur Snape, c'était parce qu'avant tout, il était un ancien de la maison Serpentard… Si un élève de Gryffondor avait été pris sur le fait accompli, une arme à la main au beau milieu d'une scène de crime, puis avait été jeté en prison pour tout un tribunal de juges triés sur le volet, elle n'aurait jamais cru en sa culpabilité. Amelia n'était pas dupe des prises de position de son amie. Elle lui connaissait un certain talent pour anticiper les problèmes avant qu'ils ne surviennent – c'était certain –, mais elle savait aussi que ces histoires de pseudo visions prophétiques n'avait souvent aucun sens.
Oui, Amelia en savait quelque chose… Car c'était en partie pour cette raison que sa mère n'était plus là.
Soudain, la sonnerie qui annonçait le début des cours de l'après-midi retentit. Sans s'accorder un mot, ni même un regard, les deux jeunes filles quittent leur alcôve, pour prendre le chemin la serre du cours de Botanique. Et manifestement, après cette conversation, elles n'étaient pas vraiment d'attaques pour écouter pendant une heure et demie des histoires sur les choux mordeurs de Chine.
