Ce n'est plus guère d'actualité, surtout avec ce superbe temps que nous avons enfin eu aujourd'hui, mais nous voici dans ce chapitre avec la première partie du réveillon de nos deux amis ;)
Un grand merci pour vos reviews.
BBitch, j'espère que cette part sombre de l'enquête sera malgré tout à ton goût. Merci pour ton commentaire :)
ooOoo
Le matin du vingt-quatre, je me levai pour constater qu'il n'avait cessé de neiger durant la nuit. Planté devant la fenêtre, grelottant de froid dans la petit pièce à peine chauffée, je fixais le paysage blanc, souriant tel un enfant à ce spectacle idyllique. Un Noël blanc, voilà qui était parfait et je sentis que la journée serait forcément bonne. Comme toujours à cette période tellement symbolique de l'année je repensais à mon enfance, les réveillons en famille que ma mère préparait des semaines à l'avance afin que tout soit près pour le grand jour. Par la suite, Mary avait pris la relève avec ces grandes fêtes bien organisées, gérant d'une main de maître la cuisine et la décoration, invitant des membres de la famille que nous ne voyions pour la plupart qu'à cette seule occasion. C'était bien différent des fêtes intimes de mon enfance mais tout aussi plaisant.
Entre ces deux étapes de ma vie il y avait eu bien sûr l'armée, l'Afghanistan et ma colocation avec Holmes, périodes durant lesquelles les fêtes n'étaient guère plus qu'une date sur le calendrier. Durant mon passage à l'armée nous avions évidemment d'autres chats à fouetter, concernant Baker Street… Holmes n'était pas porté sur la célébration de quelque évènement que ce soit. Je ne connaissais même pas la date de son anniversaire. Ne désirant rien de moins que le gêner, je me faisais donc discret à cette période, me contentant d'échanger un modeste présent avec Mrs. Hudson tandis qu'à notre étage par une décoration et encore moins un sapin n'aurait pu laisser entendre que nous étions à la fin décembre.
Son intérêt soudain pour tout cela cette année me perturbait donc. Mais fidèle à la promesse que je lui avais faite, je lui accordais toute ma confiance et ne me mêlais de rien.
Ce fut l'odeur de café flattant mes narines qui m'arracha à ma contemplation. Sans prendre la peine d'enfiler quoi que ce soit d'autre, je descendis en robe de chambre pour trouver Holmes attablé devant un petit-déjeuner qui me semblait tout à fait appétissant.
« Bonjour mon cher, me lança-t-il en guise d'accueil. Vous voilà enfin debout.
- Il n'est pas si tard, indiquai-je en m'asseyant en face de lui.
- Certes. Mais j'avais tant à faire de mon côté. »
Le regard curieux que je lui adressai ne lui arracha qu'un sourire amusé.
« Mangez ! Vous verrez ensuite. »
Il conclut sa phrase en me servant une tasse de café. J'y ajoutai une larme de lait puis beurrai généreusement un toast avant de me saisir de la marmelade. J'avais beau être terriblement impatient, j'avais également faim autant donc agir avec sagesse et faire les choses dans l'ordre. Connaissant Homes de toute façon, je n'aurais pu bouleverser ses projets.
La conversation tandis que nous mangions fut d'ailleurs particulièrement agréable et je n'eus de fait aucune difficulté à me montrer patient. Quant il n'était pas préoccupé par une enquête – désormais il n'attendait que de pouvoir s'introduire dans la maison de nos suspects – ni rongé par l'ennui – ces derniers temps s'occuper de moi semblait lui faire beaucoup de bien de ce point de vue là – Holmes était d'excellente compagnie et savait aborder une foule de conversations stimulantes, ou au contraire des détails amusants. Il me parla ainsi de sa rencontre avec quelques gamins du quartier, qui l'avaient pris pour une sorte de héros, et avaient semblé fasciné, un comble pour lui qui n'avait que peu de sympathie pour les enfants en général. Il semblait pourtant s'être amusé de cette situation, ce qui était pour le moins étonnant de sa part. Un instant je me pris à l'imaginer en père de famille. C'était absurde et pourtant je sentais l'aiguillon de la jalousie me titiller à l'imaginer mener une telle vie, qui l'éloignerait forcément de moi.
« Eh bien Watson ? m'appela-t-il subitement. Vous semblez loin tout à coup.
- Oui, je…, balbutiai-je en secouant la tête avant de me reprendre. A vous entendre en parler ainsi… Vous imaginez-vous avoir des enfants à vous un jour ? »
Il éclata d'un rire sonore en manquant de renverser sa tasse. Pourtant, réalisant que j'étais sérieux, il retrouva bien vite son calme.
« Pardonnez-moi, dit-il, mais vous m'avez pris de court aussi. Je pensais que vous saviez à quoi vous en tenir à mon propos. Mon mode de vie aurait pourtant pu vous donner un indice de taille.
- Oui, vous avez raison. C'était absurde de ma part. Ce matin en me levant j'ai repensé à ma propre enfance, puis à vous écouter décrire les yeux pétillants de ces gamins… C'était absurde.
- Vous savez, reprit-il avec un sourire, j'ai aujourd'hui, à cet instant précis, tout ce que je désire dans la vie. Une affaire que je suis sur le point de boucler, des projets à notre retour à Londres, et surtout vous. Vous voyez, rien ne manque à ce tableau. »
Jouant distraitement avec mon toast, je me pris à rosir de plaisir. C'était la première fois, tandis qu'il se confiait, qu'il semblait effectivement aussi serein. Je m'en sentais d'ailleurs terriblement fier. Oui car après tout, toute ma modestie ne pouvait me laisser nier que c'était grâce à moi. Et puis la réciproque était totalement vraie, je le comprenais enfin.
Ne me laissant par le temps de m'appesantir davantage, Holmes se leva et me tendit une main que je m'empressai de saisir. Il m'entraîna jusqu'au salon où j'embrassai la pièce du regard, me figeant de stupéfaction. Devant moi se dressait un sapin de Noël parfaitement décoré tandis que quelques guirlandes avaient été accrochées ça et là dans la pièce. C'était magnifique !
« Holmes…
- Cela vous plaît-il ?
- C'est… parfait. Mais pourquoi ? Je connais votre aversion pour cette fête, je la respectais même, n'installant jamais le moindre sapin durant nos années de cohabitation.
- J'ai compris lorsque vous m'avez quitté pour vous marier combien j'avais été égoïste sur bien des points. Je m'étais alors fait la promesse que si d'aventure la vie nous réunissait à nouveau je ferais amende honorable. Cet arbre, même si ce n'est certainement pas suffisant, je vous le dois. De plus je veux que vous soyez parfaitement heureux, alors si ce modeste geste peut vous y aider… »
A nouveau il se dévoilait plus que ce à quoi il m'avait habitué, c'était déstabilisant. Et je me retrouvais tout bête à fixer cet arbre tandis que je sentais les larmes me monter aux yeux. Ce n'était pas pour ce sapin seulement, mais pour une foule de raisons. Sa gentillesse à mon égard, ses attentions au quotidien, sa façon de se confier enfin à moi comme je l'avais espéré si longtemps… Et bien sûr quelque part je ne pouvais également m'empêcher de songer à Mary, dont l'absence se faisait cruellement douloureuse chaque fois que je m'autorisais à être heureux. Un trop plein d'émotions qui me coupèrent un instant le souffle. Perdant le contrôle de mes actes, dans le cas contraire jamais je ne me serais permis d'agir de la sorte, je m'approchai de mon ami et le pris maladroitement dans mes bras. Après un instant d'hésitation il me rendit mon étreinte.
« Merci », soufflai-je.
Nous restâmes un moment ainsi immobiles, mon esprit une nouvelle fois fonctionnant à plein régime pour tenter d'analyser les drôles de sensation qui montaient en moi. Parce qu'en plus de mon étonnement et mon plaisir quant à sa conduite, je ressentais, à le tenir ainsi serré contre moi, une bouffée de désir dévorante. Une part de moi voulait ne plus jamais avoir à quitter ses bras.
« Merci, répétai-je en me séparant finalement de lui, quoi qu'à contrecœur.
- Mais je vous en prie. Je ne pensais pas que cela vous ferait tant d'effets, bien que cela me réjouisse.
- Quand vous êtes-vous occupé de cela ? m'enquis-je en revenant à des préoccupations plus terre à terre.
- Ce matin, quand vous dormiez encore. Les gamins dont je vous parlais tout à l'heure sont venus me le livrer et m'ont aidé à la décoration en échange de quelques pièces.
- Vous m'étonnerez toujours.
- Et j'en suis fort aise. »
Sans se départir du sourire qui ne l'avait pas quitté un instant depuis que je l'avais rejoint dans la salle à manger, il me fit m'asseoir dans le fauteuil le plus proche, depuis lequel j'avais vue autant sur le sapin que la fenêtre au-delà de laquelle la neige continuait à tomber. Lui-même prit place à même le sol, s'adossant tranquillement à mes jambes. Devant cette position, assez peu conventionnelle il me faut l'admettre, je dus faire un effort de tous les diables pour résister à mon envie soudaine de glisser mes doigts dans ses cheveux. Espérant détourner mon attention, j'allumai plutôt une cigarette.
« Pour ce soir, j'avais promis de m'occuper de tout, mais ne vous attendez pas pourtant à l'une de ces grandes réceptions dont Mary avait le secret. Il n'y aura que nous deux.
- Et c'est parfait ainsi, le rassurai-je. Il n'y a personne d'autre au monde que je désire voir en ce moment. »
Je le sentis se raidir contre moi, mais l'instant demeura fugace et il ne pipa mot.
Après un déjeuner léger, il m'envoya me promener, arguant qu'il n'en avait pas terminé avec ce qu'il me réservait. J'obtempérai donc sans hésiter, quoi que terriblement impatient. Dehors il neigeait de plus en plus et j'en profitais, me réjouissant autant du calme que de la beauté du cadre, même si mes pas s'en trouvaient grandement gênés. Finalement, trempé et frigorifié mais me sentant mieux que jamais, je rentrai pour aller m'enfermer dans ma chambre, tout pour ne pas gâcher la surprise. Décidé à me reposer en vue des festivités je m'allongeai, une fois débarrassé de mes vêtements devenus inconfortables, sur mon lit avec un livre mais ne tardai guère à m'endormir.
Je pus me réjouir qu'aucun rêve cette fois ne vint troubler ma quiétude et lorsque je me réveillai ce fut pour constater qu'il faisait nuit noire. Je profitai un moment de cette paix, m'étirant tranquillement tout en appréciant la situation. Un instant je songeai à ma Mary, réalisant que c'était le premier Noël que je m'apprêtais à passer sans elle, mais si j'eus bien un pincement au cœur cette pensée n'assombrit pourtant pas mon moral. J'apprenais enfin à vivre sans elle, à m'autoriser à être heureux et cela sans en éprouver une once de culpabilité de surcroît.
Tout à coup j'entendis depuis l'étage du bas raisonner les premières notes d'un chant très connu et surtout parfaitement approprié en cette soirée. Reconnaissant là le talent de mon ami et son violon, j'esquissai un sourire. C'était décidément une première dans ma relation avec lui mais je savais l'apprécier à sa juste valeur.
M'habillant rapidement, passant avec soin les effets que j'avais préparés depuis des jours, je descendis finalement. N'ayant reçu aucune consigne à ce stade, je frappai timidement à la porte entrouverte du salon.
« Holmes ?
- Entrez mon vieux. »
Se faisant, je fus surpris, quoi que positivement, par le soin qu'avait mis mon compagnon à sa mise en scène. Il semblait n'avoir rien laissé au hasard et c'était parfait. Lui était planté devant la fenêtre, ses doigts agiles courant sur les cordes de son instrument, une table richement décoré avait été dressé au milieu de la pièce, se tenant entre le sapin et la cheminée, où le feu brûlait avec force, et partout dans la pièce des bougies disposées ça et là, dont les flammes semblaient briller tel un bijou. C'était intime, chaleureux.
« Sherlock, dis-je dans un souffle, même pas étonné le moins du monde d'utiliser son prénom tant mon émotion était grande. Vous avez fait des merveilles. »
Il se tourna enfin vers moi, un sourire radieux sur les lèvres et son regard plus brillant que jamais à la lumière des chandelles. Je pus constater qu'il était rasé de près, avait coiffé sa tignasse généralement indomptable et s'était mis en frais, à mon image, dans le choix de sa tenue. Chemise blanche immaculée, gilet et cravate en soie, redingote et pantalon noirs parfaitement taillés, et chaussure brillantes, il n'aurait pu être plus élégant pour une sortie dans la bonne société.
Voyant que je le fixais avec intérêt, il partit dans un éclat de rire joyeux tout en posant son violon sur le fauteuil.
« Ravi que la vue vous plaise », dit-il, goguenard.
Rougissant, je me détournai vivement pour reporter plutôt mon attention sur la table. Avec sa nappe rouge et sa vaisselle des grands jours elle était un appel au festin.
« Notre femme de charge m'a un peu aidé pour dresser le couvert et préparer le repas avant de partir rejoindre sa famille, expliqua-t-il en suivant mon regard approbateur.
- Cette assistance ne démérite pas pour autant votre travail, dis-je lentement. Je ne pensais pas mériter de telles attentions de votre part.
- Et tellement d'autres pourtant, reprit-il de ce ton mystérieux qu'il avait bien souvent quand nous étions seuls. Asseyez-vous à présent. »
TBC…
