Eh bien, bonjour.
Je conçois que vous avoir fait attendre autant après m'être arrêté sur une sorte de cliffhanger n'était pas très sympa, mais mon été a été bien chargé !
Je tiens à remercier Loutre, Reader et Echo pour leurs commentaires qui m'ont fait intensément plaisir. Vous êtes adorables !
Pour Reader : L'explication au comportement de James n'est pas exactement donnée, mais il existe plusieurs éléments permettant de le déduire. D'autres viendront sans doute plus tard, encore !
A Echo : Merci pour ces compliments. Noah a décidément du succès ! En réponse à ta question, eh bien... Je ne vais pas y répondre, puisqu'il s'agit d'une information importante, ce qui signifie qu'il te faudra attendre un peu pour avoir la réponse )
Pour Loutre : Wow, tu as tout lu d'une traite ? Je suis impressionnée... et fière de t'avoir tenue en alerte !
Tétanisé, Lucifer écoutait depuis qu'il avait repris conscience la discussion entre Rogue et le Premier Ministre. Il savait que les Maraudeurs l'avaient maltraité et harcelé, mais cela valait-il cette haine brûlante et ce désir de voir son vieil antagoniste dépossédé de son âme ? Il saisissait en partie à présent pourquoi le professeur de potions méprisait autant son jumeau, mais le traitement qu'il lui infligeait à lui demeurait source de confusion.
Les paroles de Rogue incriminaient Sirius, incriminaient Harry, et l'alarmaient. Il se tourna sur le côté afin d'ouvrir les yeux pour chercher Noah. Une vive douleur lui transperça le flanc et il glapit malgré lui avant de s'immobiliser. Des bruits de pas se précipitèrent vers lui et il ouvrit les yeux, notant avec soulagement la présence de son meilleur ami dans le lit voisin et celle de son jumeau, en face. Ron avait la jambe immobilisée et Hermione écoutait, comme lui, la conversation des deux hommes. Mrs Pomfresh posa l'énorme morceau de chocolat qu'elle tenait sur la table de chevet et le repoussa sur son oreiller.
-Ne bougez pas ! ordonna-t-elle. Vous êtes réveillés, tous les quatre je vois. J'aimerais que vous cessiez d'envahir mon infirmerie en fin d'année.
Elle se mit à couper au marteau le bloc de chocolat. Les arômes chatouillèrent le nez de Lucifer, et la désagréable sensation qu'il éprouvait au creux de l'estomac s'estompa légèrement. Il porta une main à sa hanche pour la découvrir bandée et très douloureuse.
-Comment va Ron ?
La demande fusa, et Mrs Pomfresh secoua la tête.
-Il survivra, mais il va rester un peu ici. Comme vous jusqu'à ce que... Mr Potter, puis-je savoir ce que vous faîtes ?
Harry avait bondi hors du lit et Lucifer l'en admira, grimaçant à l'idée d'agir de la sorte.
-Je dois absolument voir le directeur, déclara-t-il.
-Tout va bien, Potter... Ils ont capturé Black, ils vont lui faire subir le baiser du Détraqueur, ne vous inquiétez pas.
Lucifer se redressa violemment et sauta à bas de son lit. Il le regretta aussitôt en sentant une sensation aigue sur ses flancs, mais Noah avait fait de même et il le soutint le temps qu'il trouve sa stabilité.
-Hors de question ! s'exclama son frère. Il faut que nous voyions Dumbledore... Et mon père ! Sirius est innocent !
Sa voix gagna en puissance et Fudge et Rogue firent irruption dans la pièce quelques secondes plus tard mais ils refusèrent d'entendre leurs suppliques.
-Je ne suis pas assez stupide pour laisser quelqu'un me convaincre d'inepties ! cracha Harry.
-Monsieur, murmura son jumeau en s'avançant. Ne pourriez-vous pas retarder le moment ? James Potter peut désirer le voir. Il faut entendre la version de Sirius Black.
-Votre père n'aura sans doute aucune envie de faire face à celui qui l'a trahi, déclara gentiment Fudge.
-Il le faut pourtant. Certains éléments de l'Histoire ne fonctionnent pas. Tout n'est pas comme il le semble, elle comporte des erreurs.
Noah appuya une main sur son épaule, et braqua ses yeux métalliques dans ceux de l'éminent homme devant eux.
-Monsieur le Ministre, les faits doivent être revus. Une erreur judiciaire...
-Potter, Weber, susurra le directeur de Serpentard, êtes vous conscients de vous adresser au Ministre de la Magie ? Ecoutez moi, tous deux. Il est certain que Black vous a très certainement fait subir un sortilège, et les minutes passées sous une centaine de Détraqueurs ne vous aident pas. Comme je m'apprêtais à le souligner avant d'être lâchement attaqué : aussi bas dans mon estime James Potter soit-il, il apporte un grand soin à la justice, et il est certain qu'il n'aurait jamais laissé son meilleur ami croupir à Azkaban s'il y avait eu le moindre doute.
Harry s'apprêtait à répliquer, mais la tirade de l'homme le coupa dans son élan. Lucifer serra les poings et sentit son meilleur ami se tendre à ses côtés. Fort opportunément, la porte s'ouvrit sur Dumbledore et malgré les protestations de Mrs Pomfresh, ils accueillirent le directeur comme un juge supplémentaire.
L'homme posa sur eux un regard bienveillant et après avoir congédié ministre et professeur, il leva la main pour les interrompre.
-Je viens de m'entretenir avec Sirius, comme je le disais. Je vous crois et je le crois. Je vais immédiatement envoyer chercher James, mais vous devez comprendre : Sirius n'a pas eu le comportement d'un innocent et le ministère le recherche depuis un an déjà. Ils veulent l'homme qui leur a échappé, et il recevra son châtiment.
-Mais ils ne peuvent pas ! Le professeur Lupin...
-... se trouve actuellement dans la forêt, et pas dans l'état d'expliquer quoi que ce soit. Le temps que James arrive ou que le jour se lève, il sera trop tard, vous comprenez ?
Lucifer sentit une bile amère brûler sa trachée.
-Le Ministère va arranger l'Histoire à son avantage, n'est-ce pas ? ragea Noah. Peu importe la vérité.
Ses doigts s'étaient liés à ceux de son ami, et il serrait si fort que le sang cesserait bientôt d'affluer. Dumbledore leur adressa un sourire triste.
-C'est une bien terrible leçon que vous avez apprise, messieurs.
Lucifer sentit des larmes furieuses lui monter aux yeux. Il s'apprêta à répliquer qu'il irait le délivrer lui même s'il le fallait lorsque le directeur l'interrompit.
-Il est trop tard. Il nous faut plus de temps.
-Oh, souffla Hermione.
-Maintenant, écoutez-moi. Il est minuit moins cinq. Je vais verrouiller la porte, dit Dumbledore à voix basse en articulant très soigneusement. Sirius est enfermé dans le bureau du professeur Flitwick au septième étage. La treizième fenêtre à droite de la tour ouest. Si tout se passe bien, vous pourrez sauver plus d'un innocent, ce soir. Mais rappelez-vous ceci, tous les deux: il ne faut pas que l'on vous voie. Miss Granger, vous connaissez la loi, vous connaissez l'enjeu... Il ne faut surtout pas que l'on vous voie.
Sur ces explications obscures, il quitta les lieux tandis qu'Hermione s'empressait de sortir un petit objet doré de sous sa robe. Elle jeta un regard anxieux à Lucifer.
-Tu devrais peut-être... Enfin, ça ne fait rien. Venez. Vite.
Elle tenait une chaîne devant elle, et le métal leur lacéra le cou tandis qu'ils tentaient d'y tenir à quatre. Un minuscules sablier y était accroché, qu'elle fit tourner trois fois.
L'effet fut particulièrement désagréable. Lucifer sentit son estomac se soulever, et ses côtes le brûlèrent un peu plus. Lorsque la réalité redevint stable, il faisait jour et l'infirmerie était déserte. Noah se défit rapidement de la chaîne et l'enleva aux deux frères. Hermione les tira dans le placard à balai, dans lequel ils eurent le plus grand mal à tenir.
L'explication les convainquit rapidement, et Lucifer tint le petit objet dans sa main, fasciné par les possibilités et son pouvoir. Quelques instants plus tard, ils arpentaient les couloirs de Poudlard, déterminés à sauver Buck.
Lucifer peinait à suivre le rythme. La douleur rendait ses respirations difficiles et il avait l'impression de ne pas faire rentrer assez d'oxygène dans ses poumons. Noah lui prit la main avec anxiété. Nul ne songea à le décourager de les suivre.
Ils devaient laisser la commission voir Buck, mais attendre sans certitude exacte qu'ils parviendraient à rétablir la justice parut atroce. Le visage de Noah avait une expression que Lucifer ne lui avait encore jamais vue. Dure. Déterminée.
-Il est innocent, et ils ne l'auront pas, jura le jeune Weber.
Lucifer fixa son double, ses cheveux bleus dont les racines redevenaient rousses malgré tout, tombant sur son menton. Il analysa le moindre de ses mouvements, curieux et plein de jugement. L'expression qu'il arborait, avec ses lèvres entrouvertes, était emplie de souffrance. Possédait-il toujours cet air profondément triste, ces épaules affaissées ? Ses yeux bruns bougeaient sans cesse, très vite, et il y brillait une activité cérébrale soutenue. Ses doigts cherchaient toujours ceux de son meilleur ami, ils se touchaient quoi qu'il arrive, et Lucifer comprit en cet instant pourquoi les autres les avaient qualifiés l'année précédente de fusionnels.
Vint, sous les battements erratiques de leurs cœurs, l'unique minute durant laquelle ils pouvaient détacher Buck. Lucifer resta debout près d'un arbre, prêt à récupérer l'hippogriffe et à le rattraper s'il tentait de s'échapper dans les bois. Hermione considéra anxieusement la cabane de Hagrid et leurs doubles, veillant à ce qu'aucun ne puisse les voir tandis que Noah et Harry s'occupaient de Buck. Le Survivant s'inclina durant ce qui parut une éternité avant que l'animal de lui rende la pareille mais il rechigna à partir.
-Il faut y aller, Buck, murmura Noah. Ils veulent te tuer.
Au son de sa voix calme, l'hippogriffe tourna ses yeux perçants vers lui mais n'avança pas. Harry tenta de le faire avancer de force avec la longe.
-Buck, viens, gémit Hermione. Ils arrivent !
Ils parvinrent à le faire planter ses serres dans la terre et arriver jusqu'à la forêt tant bien que mal.
-Ils sortent !
-Par ici, souffla Lucifer en indiquant des broussailles où se dissimuler le temps que la commission évacue sa colère.
Il les observa avec une certaine fascination. Pouvait-on vraiment prendre du plaisir à condamner à mort ? A voir les proches si démunis ? Jamais il n'avait souhaité que Sirius meurt, pas plus qu'il ne désirait la fin de Peter. La trahison le révoltait, mais l'idée irrévocable de la mort lui soulevait l'estomac. Il préférait la punition, les explications, les prises de conscience.
Quelques minutes plus tard, jugeant le danger terminé par un claquement de porte furieux de la part de Macnair, ils s'enfoncèrent dans les bois et retournèrent vers le parc et Poudlard.
-Nous devons attendre, à présent, soupira Hermione. Sirius ne sera pas enfermé avant deux heures.
-Avançons encore, décréta Harry. On ne peut pas voir Ron et le Saule Cogneur, d'ici.
Ils obéirent dans un silence sacré. La fatigue menaçait de terrasser Lucifer, pour qui la souffrance chassait l'adrénaline. Le Saule Cogneur s'immobilisa, laissant entrer Sirius et Ron, puis recommença à frapper. Ils grimacèrent en revoyant les coups qui leur étaient assenés, puis ils disparurent tout redevint calme.
-Qu'est-ce que tu fabriques ? s'exclama Hermione dans un gémissement.
Noah avait réagi au quart de tour, se relevant brutalement pour attraper le bras de Harry qui se tenait prêt à foncer vers le Saule.
-Je récupères ma cape ! Si Rogue ne peut pas poser ses sales pattes dessus, il n'a plus à témoigner contre Sirius, ni moi ! Et ça nous évitera de l'agresser.
-On-ne-doit-pas-nous-voir, siffla son amie. Harry, je sais à quel point c'est dur mais tu dois rester là ! Regarde, Hagrid pourrait...
Lucifer rattrapa Buck de justesse et l'hippogriffe regarda son humain entrer dans le château avec un piaillement déçu.
-Harry...
-Je vais aller chercher ma cape, et je serais invisible. Je n'aurais plus qu'à rester près d'eux et à attraper Pettigrow lorsqu'il se transformera !
-C'est trop dangereux, gronda Noah, maintenant toujours fermement le Gryffondor.
Il se débattait, mais le jeune Weber avait plus d'une fois dû rattraper et contenir son meilleur ami, et sa prise ne faiblit pas. Lucifer lâcha la corde de Buck.
-Je sais à quel point c'est dur, Harry, haleta-t-il en posant une main apaisante sur son bras, mais nous ne devons rien faire. Empêcher Rogue d'entendre la conversation modifierait le cours du temps d'une manière que nous ne pouvons prévoir. Les risques sont trop grand. Quant à rester près d'eux, c'en est hors de question. Remus Lupin te sentirait, à défaut de te voir, et tu risques d'être mordu... Ou lacéré.
Son jumeau lui lança un regard noir mais consentit à abandonner son entreprise. Ils observèrent Rogue se précipiter vers le saule, s'emparer de la cape et disparaître.
-En parlant de lacérations... commença Harry en rivant les yeux sur son frère, mais Lucifer bondit.
-Nous ne pouvons pas rester là ! Remus... Le loup va venir dans la forêt !
Ils frémirent, mais Noah secoua la tête :
-Hermione a raison : les Retourneurs de Temps sont dangereux. Nul ne doit nous voir, mais nous devons assister à la scène. Dès que le professeur Lupin se désintéressera de Sirius, nous nous dirigerons vers le lac. Nous n'y courons aucun danger : les Détraqueurs y ont été chassés par un Patronus. Qui l'a lancé, nul ne le sait, mais tous s'accordent à dire qu'il est l'un des plus puissants qu'ils aient vu.
La jeune fille le remercia d'un regard et il lui offrit un sourire. Le silence qui régnait dans la forêt et le parc paraissaient terrifiant, alors que la nuit finissait de tomber.
Ils s'assirent sur l'herbe, entourés par les odeurs d'humus et d'herbe. Les deux Poufsfouffles se prirent la main et calquèrent mutuellement leur respiration. Hermione et Harry conversaient doucement derrière eux.
-Nous ne pourrons pas tous voler sur Buck, dit soudainement la jeune fille. Lucifer et Harry iront. Ils sont les plus concernés.
Les muscles des doigts de Noah se contractèrent.
-Soyez prudents, murmura-t-il. Nous nous dissimulerons dans le placard de l'infirmerie en vous attendant. Soyez revenus à minuit moins cinq pile. Promets le moi, Lucifer.
Le garçon passa un bras sur son épaule.
-Je serais là, lui jura-t-il. Je serais toujours là, Noah.
Harry s'approcha de son jumeau et Lucifer sentit son meilleur ami glisser entre ses doigts pour se relever et s'éloigner de quelques pas dans la forêt. Le Survivant s'assit à ses côtés, exactement dans la même posture : les genoux repliés sur la poitrine et un bras les maintenant.
-Lucifer... Hermione a entendu Fudge et Rogue discuter. Selon Fudge... Il y a des chances pour que tu deviennes un loup-garou.
Son frère sursauta brutalement, et Harry eut un mouvement hésitant avant de poser sa main sur son bras. Le contact le réchauffa autant qu'il l'apaisa.
-Je n'ai pas été mordu, réfuta-t-il.
Il sentit son jumeau se détendre et inspirer profondément.
-Dans ce cas, c'est un ramassis de conneries. Je ne sais pas à quel point tu es blessé... Je veux dire, tu souffres, ça se voit, mais j'ai vu de loin la silhouette du loup se jeter sur le rat et atterrir sur toi. Papa... Il est devenu animagus... pour Lupin. Il aurait accepté, mais tu...
Devenir un peu plus un paria aux yeux des autres, souffrir le martyre chaque mois, ne pas pouvoir se confier... Le garçon réalisa soudain à quel point il avait été près de l'horreur.
-Les griffes ont lacéré ma hanche, admit-il. Ca me lance beaucoup, mais il me semble que la lycanthropie se transmet par morsure uniquement. J'ai eu de la chance.
Harry hocha la tête, déglutit difficilement puis riva son regard sur les feuilles mortes qui jonchaient le sol.
-Tu n'as pas besoin de ça. Déjà que... Peter...
Les mots peinaient à sortir de sa bouche, paraissaient érafler sa gorge, et son frère attendit patiemment, profitant du vent qui soufflait sur son visage et chassait les larmes qui avaient commencé à se former, encaissant le choc.
-Je n'arrive pas à croire qu'il m'ait caché qu'il était un animagus ! Et je crois... Je crois qu'il a eu tort de ne pas venir te voir tous les ans.
Lucifer entrouvrit les lèvres mais aucun son ne put en sortir. Il s'agissait de la première fois que quelqu'un utilisait ces mots, remettait en cause le comportement de James à haute voix, en dehors de Noah.
-Papa nous aime, ajouta Harry d'une voix brisée. Il a été le meilleur père possible pour moi. Je n'ai rien à lui reprocher. Il est formidable, à l'écoute et toujours là pour moi. Mais... Il a commis une erreur avec Sirius... et...
Le mot « toi » resta coincé, mais Lucifer hocha la tête, une boule enflant dans sa gorge. Il refoula ses larmes et serra la main de son frère.
L'heure s'écoula douloureusement. Un vent frais soufflait dans les failles de leurs vêtements et ils ignoraient s'ils parviendraient à sauver Sirius et à revenir.
-Harry, déclara soudainement Noah d'une voix ferme, nous ne pourrons pas chasser un rat dans le noir. Pettigrow s'est enfui, comme l'ordure qu'il est.
Le Survivant serra les poings. Hermione suivit attentivement sa réaction. Dans la pénombre, Lucifer discernait son visage concerné et plein de compassion.
-Je sais, répondit enfin le Gryffondor.
Il se leva, peinant à rester en place, et commença à marteler le sol de ses pas jusqu'à ce qu'enfin, l'étrange groupe ressorte du passage sous le saule.
Ils filèrent tant bien que mal jusqu'au lac en tentant de réprimer les instincts de Buck face au loup-garou qui se tenait non loin de lui.
Les Détraqueurs arrivèrent en nombre et l'atroce sensation de froid envahit de nouveau Lucifer. Il retint tant bien que mal un cri quand son meilleur ami au loin tomba au sol, incapable de résister au pouvoir des terrifiantes créatures.
-Quelqu'un va apparaître pour nous sauver, normalement, souffla Hermione à leurs oreilles.
Pourtant, quand l'une des silhouettes s'approcha de Sirius et releva sa cagoule, nulle trace d'un Patronus ne fit son apparition.
Ils ne devaient pas être vus, mais ils risquaient de mourir. Les Voyages dans le Temps demeuraient restreint, contrôlés, aux conséquences dangereuses et à peine maîtrisées.
Harry et Lucifer se tenaient à des dizaines de pas de leurs doubles. La Magie possédait des atouts redoutables. En un éclair, le garçon comprit. Sa main chercha d'instinct celle de son jumeau, qui bondissait déjà pour sauver l'âme de son parrain.
Leurs foulées les firent atterrir les pieds dans l'eau, et une sourde douleur parcourut la hanche et le dos du rouquin mais il n'y prêta pas attention. Il tenait la main d'Harry, et tout lui semblait possible.
-SPERO PATRONUM !
L'incantation produite dans un unisson parfait créa deux puissantes volutes de lumière. Le cygne de Lucifer, plus net et lumineux que jamais, prit son envol pour chasser les créatures sombres qui hantaient ses souvenirs, tandis qu'avec une grâce infinie, le majestueux cerf d'Harry partait au galop et repoussait les Détraqueurs les plus proches des humains.
A la lumière de la lune, ils étincelaient, et lorsque les horreurs eurent disparu, cygne et cerfs se reflétèrent sur la surface paisible de l'eau avec une beauté à couper le souffle. Instinctivement, le regard de Lucifer se perdit vers la Tour d'Astronomie, et son node de protection qui invoquait la même magie apaisante.
Cygne et cerf revenaient vers eux, à présent. Pressés l'un contre l'eau, ils paraissaient presque se fondre en un unique Patronus. La main de Harry serrait la sienne si fort il ressentait de nouveau ce lien entre eux, puissant, presque inébranlable. Jumeaux.
Noah et Hermione rompirent l'harmonie en les tirant brusquement en arrière pour les empêcher d'être vus par Rogue. Ils ne firent aucun commentaires, les mêmes rouages s'étant mis en place dans leurs esprits. La jeune fille consulta nerveusement sa montre.
-Il nous reste trois quart d'heures. Noah et moi allons chercher la cape et retourner dans l'infirmerie. Lucifer, Harry... Soyez prudents. Revenez à minuit moins cinq, pas après.
Elle enlaça son meilleur ami avec force, tandis que le regard de Noah brûlait les prunelles de Lucifer. Le rouquin s'inclina devant l'hippogriffe et grimpa maladroitement sur son dos, rapidement imité par son frère.
-Tu devrais t'accrocher à ma taille, murmura le Survivant. Je vais me servir de la longe comme des rênes... Allons-y.
Buck battit des ailes et ils s'envolèrent au-dessus de la forêt.
Le clair de lune permettait une excellente vision du parc et du château. Certaines bougies encore allumées dans les salles communes et appartements des professeurs projetaient une lumière jaune, qui donnait un charme intense au Poudlard nocturne. En dessous d'eux, le lac connaissait quelques clapotis. Un instant, Lucifer oublia tout. Il se défit de son esprit et les sensations prirent le contrôle. Ses yeux lui communiquèrent la beauté des lieux il entendait le bruissement des ailes de Buck, ses plumes qui contenaient l'air pour les maintenir sur le vent il sentait les relents humides du soir et du lac portés jusqu'à ses narines la brise balayait sur son visage les derniers sillons de larmes. La douceur des poils et plumes de l'hippogriffe entre ses mains et ses jambes, la chaleur de son jumeau contre lui apportaient une sensation de confort.
-C'est magnifique, s'étrangla-t-il.
Il sentit les muscles de son jumeau se tordre pendant qu'il tournait la tête vers lui.
-N'est-ce pas ? Et la sensation, dans ton ventre... tu as l'impression vertigineuse que rien ne peut t'atteindre, mais tu sais que tu peux te retrouver en danger. L'adrénaline parcours tes veines...
Lucifer lui offrit un sourire de joie pure. L'un des premiers qu'il donnait à son jumeau, sans peine ni arrières pensées, et dans les prunelles émeraudes d'Harry, il lut de l'affection et de la joie.
Le Gryffondor guidait Buck avec une adresse remarquable et l'hippogriffe se laissait faire. Ils parvinrent au bureau de Flitwick et Lucifer sentit un léger malaise l'envahir.
-Je vais te lâcher pour ouvrir la fenêtre, prévint-il.
Son frère tenta de stabiliser l'animal, qui perdit de l'altitude et battit aussitôt des ailes pour pallier à ce problème. A travers la vitre, ils purent observer Sirius assis sur une chaise. L'air de résignation sur son visage serra le cœur du Poufsouffle.
-Alohomora ! S'exclama-t-il avec une force qui le surprit.
Le prisonnier se releva aussitôt, alerte, et son visage s'éclaira en apercevant les deux garçons. Lucifer poussa la fenêtre.
-Monte ! Ordonna Harry.
-Comment … Comment...
-Nous t'expliquerons ! Il faut sortir d'ici, les Détraqueurs arrivent ! Macnair est allé les chercher !
Ils attrapèrent chacun une main et l'aidèrent à se hisser sur la croupe de l'animal, que Harry guida ensuite sur le toit de la Tour d'Astronomie. Les deux garçons glissèrent légèrement du dos de l'animal.
-Les autres ? s'enquit aussitôt l'homme.
-Ils vont bien.
-Je ne vais jamais pouvoir vous remercier...
Lucifer transpirait et un coup d'oeil à son jumeau lui apprit qu'il n'était pas en meilleur état.
-Dumbledore va contacter... notre père. Tu pourras le voir, et revenir... Mais tu dois y aller !
Buck partageait manifestement l'impatience du Survivant puisqu'il frappa la pierre de ses serres.
-Harry, Lucifer, sachez que vous n'êtes pour rien dans la situation entre James et moi. Tous les deux, vous m'êtes importants.
Sur ces derniers mots, il fit s'envoler l'hippogriffe, et ils le regardèrent quelques secondes s'envoler dans le ciel.
Dès qu'ils furent assurés que tout se déroulaient bien, ils déambulèrent à toute vitesse dans les couloirs de Poudlard afin de regagner l'infirmerie à temps. Lucifer eut un halètement de douleur lorsqu'il sentit sa peau se déchirer mais trop conscient de l'échéance, il força ses pieds à se poser de nouveau avec force sur le sol à intervalles réguliers.
Ils parvinrent au niveau de Dumbledore juste avant qu'il ne verrouille la porte. Le directeur se tourna vers eux avec un sourire.
-Alors ?
-Il est parti, murmura Harry. Nous avons réussi...
-Bien. J'ai entendu vos amis entrer il y a quelques instants et je crois que... oui, vous êtes partis. Allez vous recoucher, je vais vous enfermer.
-Merci, monsieur, dit abruptement Lucifer. Merci.
Le directeur lui adressa un nouveau sourire, le regard pétillant par dessus ses lunettes en demi-lune, puis ouvrit la porte. Ils se glissèrent aussitôt sous leurs draps, et Lucifer attrapa la main de son meilleur ami.
Mrs Pomfresh revint en tempêtant après les visiteurs importuns et les obligea à se gaver de chocolat. Elle s'immobilisa près de Lucifer, et examina son visage sous toutes les coutures.
-Vous êtes fiévreux ! s'exclama-t-elle avec fureur.
Il se mordit la lèvre, incapable de savoir comme il allait mentir. L'idée même lui faisait monter une bile amère dans la gorge et ses yeux se brouillèrent de larmes sous l'effet de l'épuisement.
-Je crois que quelque chose s'est déchiré, balbutia-t-il.
Elle le découvrit aussitôt pour examiner son bandage. Du sang et du pus suintaient, de sorte qu'elle fut obligée de le défaire.
-La prochaine fois, vous restez dans votre lit, vociféra la femme. Vous avez rouvert vos plaies !
Le garçon grimaça devant le spectacle. De l'os de sa hanche gauche à son téton, une énorme trace de griffure s'étalait, et une odeur atroce s'en dégageait. Le sang se mêlait au pus, à la chair, et peut-être à la graisse.
-Vous allez avoir mal, Potter, je vous le garantis !
Elle partit chercher de quoi le soigner et avant qu'elle revienne, des cris retentissaient dans le château. La porte de l'infirmerie s'ouvrit brutalement, et Rogue, écumant de rage, se rua vers Harry.
-Qu'est-ce que vous avez fait, Potter ? cracha-t-il. Où est Black ? Vous l'avez aidé à s'enfuir, je le sais !
Derrière lui, Fudge paraissait ennuyé mais Dumbledore s'amusait. Pomfresh intervint avec violence pour manifester son mécontentement. Elle nettoyait dans le même temps la plaie de Lucifer qui refusait d'arrêter de saigner, et il gémit sous l'effet du désinfectant.
-Severus, intervint Dumbledore, j'ai verrouillé la porte voilà dix minutes. Personne ici n'a pu aider Sirius Black à s'échapper. Pompom, avez vous vu ces élèves quitter leur lit ?
-Ils auraient dû y rester dès le départ ! s'insurgea-t-elle. Je ne les ais pas quittés depuis que vous êtes partis, et celui-là n'a pu aller nulle part.
La culpabilité et les regards qui se tournèrent soudain vers lui firent s'embraser les joues du garçon. Rogue pâlit en le voyant dans cette position et Dumbledore eut l'air concerné.
-Ah... commenta Fudge en tortillant une petite mèche. Effectivement... Va-t-il devenir... Je veux dire, le frère de Harry Potter, loup-garou, et Sirius Black qui s'échappe... La Gazette en fera choux-gras.
Cessant soudain de se soucier d'être torse nu et ensanglanté devant une dizaine de personnes, Lucifer leva anxieusement la tête vers l'infirmière. Il savait avec pertinence que les crocs du professeur Lupin ne l'avaient pas même effleuré, mais seul un diagnostic médical lui confirmerait qu'il était hors d'affaire.
-Ridicule ! répliqua vertement Mrs Pomfresh. C'est l'oeuvre de griffes, pas de canines ! La plaie aura du mal à se refermer et il gardera une cicatrice mais certainement pas la lycanthropie.
Le soulagement qu'il lut dans les prunelles métalliques où il venait chercher son soutien refléta le sien. Dès qu'il eut entendu la réponse, Rogue se détourna et quitta les lieux, et Fudge le suivit après avoir convenu qu'il valait mieux retirer les Détraqueurs du château.
-Quel abruti ! siffla Harry.
Mrs Pomfresh ne releva pas, trop affairée à refaire le bandage. Ses derniers mots tournoyaient dans l'esprit du jeune Poufsouffle. Une cicatrice... James croirait-il qu'il voulait être marqué, à l'instar de son frère ? Il possédait déjà trop de choses de cette nuit où Harry avait défait Voldemort. En prendrait-il plein la figure, pour ne pas avoir été capable de se garder hors du danger ? Sa gorge se noua, et tandis que Ron s'éveillait et que ses amis lui faisaient le compte rendu des événements, Noah vint se glisser dans son lit pour l'enserrer de ses bras.
James débarqua dans le bureau de Dumbledore dès que la décence le lui permit. Ce fut Cedric Diggory qui vint chercher Lucifer à l'infirmerie, puisque Mrs Pomfresh avait laissé Harry, Ron et Hermione sortir. L'infirmière maugréa longuement et fusilla le préfet du regard avant de consentir à laisser sortir le jeune Poufsouffle.
-Au moindre tiraillement, vous êtes de retour dans ce lit, menaça-t-elle, et je veux vous revoir dès que l'entretien est terminé. Il n'est pas question que vous vagabondiez dans les couloirs avec une telle blessure.
Noah ne le quittait pas des yeux, et saisit sa main dès que la porte se referma.
-J'espère que ça n'a pas de lien avec ce que vous aviez découvert, indiqua Diggory. Si votre entreprise est dangereuse, vous devez demander de l'aide.
-Ne t'en fais pas, répondit le jeune Weber. J'apprécie sincèrement, et lorsque nous aurons besoin d'expliquer l'Histoire à Poudlard, nous viendrons à toi. Ce qui s'est produit hier n'est que le résultat... de traîtrise ignoble, mais familiale.
Le préfet hocha la tête puis tourna à droite et monta les escaliers qui menaient vers l'aile du bureau de Dumbledore.
-Weber, Potter... Poudlard entier sait que le professeur Lupin t'a attaqué en se transformant en loup-garou.
Lucifer se stoppa net, et une pointe douloureuse s'enfonça dans sa poitrine tandis qu'il serrait les poings.
-Ce n'est pas la vérité, déclara-t-il. Il chassait et je me suis retrouvé sur son chemin. Le coup de griffe ne m'était pas destiné, et je crois que le loup ne s'est même pas rendu compte qu'il me l'avait donné.
-Poudlard sait que le professeur Lupin est un loup-garou, murmura Noah. Ils vont le renvoyer, n'est-ce pas ?
La gorge du garçon roux se noua et il prit de grandes inspirations.
-Il a démissionné, le contredit Diggory. Rogue a dévoilé la vérité aux Serpentards, ce matin, et même s'il n'avait blessé personne, il serait parti. Les parents ne voudraient pas qu'un loup-garou enseigne à leurs enfants.
La révolte grondait dans l'estomac de Lucifer mais il ne pouvait élever trop la voix sans en sentir les conséquences sur sa peau à vif.
-C'est un être humain.
-Je sais, Potter, crois-moi, je le regrette aussi. Je passe mes ASPIC l'an prochain, et j'aurais aimé être assuré d'avoir un bon professeur, et Lupin est le meilleur que j'ai eu depuis ma deuxième année, ce qui en dit long. La situation est injuste, malheureusement, nous ne pouvons rien y faire.
Ils parvinrent enfin aux pieds de l'aigle qui caractérisait le bureau du directeur, et le préfet déclara « Fondants du Chaudron ». Tandis que l'escalier pivotait, Noah le remercia et ajouta :
-Peux-tu rétablir la vérité, au sujet de ce qui s'est produit entre Lucifer et Remus Lupin ?
Le jeune homme hocha la tête et disparut.
-Je t'attends ici, murmura le jeune Weber. Lucifer, je serais toujours là, ne l'oublie pas.
Conscient que l'entrevue serait pénible, voir insoutenable, son ami acquiesça en tremblant et s'efforça de calmer l'angoisse qui menaçait de le submerger. L'annonce du départ de Lupin le bouleversait et il se promit de le voir, de discuter avec lui avant qu'il ne parte.
Il inspira profondément avant de toquer à la porte, entendant déjà les éclats de voix de son père à travers la porte.
-Entrez, dit la voix parfaitement calme de Dumbledore.
Tenant à peine sur ses jambes, le Poufsouffle appuya sur la poignée sans parvenir à maîtriser les tremblements de ses doigts. Son père portait une élégante robe bleue marine mais le manque de ceinture en son milieu malgré les encoches prévues à cet effet indiquaient qu'il s'était habillé rapidement. Il lui tournais le dos, les mains posées sur le bureau du directeur. Assis sur une chaise, Harry le fixait de deux yeux verts furibonds.
-Ah, Lucifer ! Assieds toi, proposa aimablement Dumbledore.
En entendant le prénom de son fils, l'Auror se retourna et le fusilla du regard. Ses yeux marrons brillaient de colère et une barbe légère commençait à apparaître sur son menton. Luttant contre les battements de son cœur erratique, le garçon s'assit sur la chaise libre, en face de son jumeau. Harry ne lui accorda pas un regard, trop occupé à fusiller leur père des yeux.
-Comme je vous le disais, James, aucun des adolescents n'aurait en effet dû se trouver dans le parc ni dans la Cabane Hurlante. Malheureusement, si ces adolescents contournent les règles, il nous est difficile d'agir.
-Vous êtes une école, grinça l'homme. Vous savez pertinemment que des adolescents braveront le couvre feu. Un dangereux criminel errait dehors et vous n'avez pas fermé les grilles ?.
-Le parc est accessible aux élèves. Lucifer et Mr Weber se sont rendus chez Hagrid après les cours, ce que rien ne leur interdisait, et Harry, Mr Weasley et Miss Granger ont, il me semble, emprunté une certaine cape.
-Nous ne voulions pas rester aussi longte... commença Lucifer, mais il se tut sous le regard que lui lança son père.
-Tu aurais fait la même chose ! s'exclama Harry. Tu aurais été soutenir quelqu'un à qui tu tiens, quelle que soit l'heure !
Le regard suivant fut pour lui.
-Jeune homme, déclara James en se redressant de toute sa hauteur, il me semblait vous avoir, à tous les deux, donné des règles spécifiques. Respecter le règlement. Pas de sortie à Pré-Au-Lard. Interdiction formelle de partir à la recherche de Black. Vous avez désobéi. Résultat : vous avez passé des heures en compagnie d'un assassin, et failli devenir des loups-garous. Tu crois que c'est ce que je souhaite pour mes enfants ?
-James, l'interrompit le directeur, croyez bien que je prends mes responsabilités lorsque je suis en tort vis à vis des parents. Je fais mon possible pour protéger les élèves, mais il arrive que j'échoue. A seize ans, vous vous êtes également retrouvé face à un loup-garou et si je ne m'abuse, vous avez passé trois années entière à vous promener dans le parc les nuits de pleine lune.
Une ébauche de sourire sur son visage laissait penser qu'il trouvait ce fait particulièrement amusant. L'Auror fit volte-face, prêt à déverser de nouveau sa rage sur lui.
-A présent, venons en à la véritable raison de votre présence ici. Il apparaît que les événements sont différents de ce qui paraît. Le rat de Mr Weasley était votre ami, Peter Pettigrow.
James blanchit considérablement mais prit sur lui et accusa le choc.
-Peter est vivant. Par Merlin...
-Je vais vous demander un pénible effort de mémoire, James. Sirius m'a affirmé qu'il n'était pas votre Gardien du Secret, et que vous aviez choisi Peter en coup de bluff. Il vous faut vous souvenir.
-Je ne peux pas. J'ai essayé de me remémorer ma dernière soirée avec Lily à de nombreuses reprises, cherché dans ma mémoire. Je suis incapable de donner le moindre événement entre le quatre et le trente-et-un Octobre 1981.
-Papa, Sirius est innocent. Remus le croit, il faut que tu le crois aussi.
-Il était ton meilleur ami, dit le rouquin. Il ne t'aurait jamais trahi.
Son père se tourna vers lui, le visage dur.
-Ecoute moi bien, Lucifer. La valeur que tu accordes à tes amitiés est trop puissante. La loyauté d'une personne n'est que relative. Nous étions proches tous les quatre, et pas un ne m'est resté. Pas un, tu m'entends, quand nous aurions soi-disant tout sacrifié pour les autres. Vous n'auriez jamais du vous retrouver là bas. Tu as failli obliger de nouveau ton frère à te sauver, et tu as trouvé le moyen de te blesser irrémédiablement, en plus de très certainement plonger Remus dans une culpabilité profonde. L'arrivée de Peter est un nouvel élément, mais j'ai besoin de réfléchir. Vous êtes consigné à l'intérieur du château jusqu'au départ. Je leur interdit de sortir, Albus, est-ce clair ? Vous restez dans votre salle commune...
-James, l'école se charge des punitions de ses élèves, répondit fermement Dumbledore. Je ne peux rien faire contre une interdiction de sortie, mais l'enchaînement de la nuit dernière n'aura pas de suite. Harry et Lucifer ont, par de magnifiques Patronus, sauvé plusieurs vies, et fait preuve de courage et de loyauté. Je vous conseille de prendre une chambre à Pré-Au-Lard, le temps de réfléchir, mais rapidement. Je me chargerai de contacter Sirius, et vous devrez à un moment l'affronter.
L'expression sur le visage livide de son père peina Lucifer malgré lui. Il se força à inspirer profondément et à se détendre. Le directeur leur donna congé, et James se tourna vers Harry. Il lui ébouriffa les cheveux.
-Je suis navré, mon lion. On reparlera de tout cela cet été. Je suis impressionné, tu sais ? Un Patronus à ton âge... Dis moi tout ! Quelle forme possédait-il ? Quel souvenir as tu choisis ? Qui t'a appris ?
-C'est un cerf, répliqua sèchement son fils. Ta forme animagus. Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?
Noah se trouvait assis près de l'aigle, et Lucifer le rejoignit aussitôt. Le soulagement se peignit sur le visage de son meilleur ami. James le suivi du regard, puis secoua la tête.
-Cette période de ma vie est trop douloureuse pour que je l'évoque, Harry. Je n'ai aucune envie d'y penser, et devoir replonger dans le passé va m'être pénible ces prochains jours.
-Je sais, Papa, murmura le Survivant, mais il le faut. Sirius est innocent, je te le promets. J'ai vu Peter. Il a attaqué Ron, tu sais ? Et profité de la transformation de Remus... Lupin. Pour s'enfuir.
L'homme passa une main sur son visage et le rouquin nota à quel point il paraissait mal en point et épuisé. Harry jeta un coup d'oeil à son frère et parut déchiré entre interrompre son père avec ses interrogations et se réconcilier avec lui. James choisit pour lui, et posant une main sur son épaule avec un sourire joyeux.
-Si je dois passer quelques jours à Pré-Au-Lard, autant que ce soit productif. Je t'invite à déjeuner, tu pourras découvrir le village comme ça !
Un large sourire éclaira le visage de son enfant. James se tourna ensuite vers son deuxième fils, qui se tendit.
-Lucifer... J'ignore si Sirius ou Peter est coupable, mais je t'avais ordonné d'aller chercher un adulte, chose que tu n'as pas faite. Je ne sais pas quoi faire de toi. Tu ignores mes ordres, ce qui met ton frère en danger, et tu te débrouilles pour en plus avoir une blessure énorme. Nous nous reverrons avant que je parte, mais je ne sais pas quoi faire pour cet été. La Coupe du Monde de Quidditch se déroule, et j'ai pris les billets pour nous trois, mais j'hésite à utiliser ce moyen pour te faire enfin réagir. Noah... Weber, n'est-ce pas ? Ne serres pas l'épaule de mon fils en guise de réconfort, j'apprécierais. Il est en tort, et tenter de lui faire croire autre chose n'arrangera rien.
La remontrance fut si injuste que Lucifer se demanda s'il allait hurler de douleur ou éclater en sanglot.
-Monsieur, ma gouvernante m'a inculqué que je devais le respect aux adultes et ne jamais leur répondre, dit Noah.
Oh cette voix ! Jamais, jamais Lucifer ne voulait l'entendre dirigée contre lui. Glaciale, avec une pointe de mépris et une once de haine les mots indiquaient que seule son excellente éducation empêchait le garçon de remettre l'homme à sa place.
-D'accord.
Ce fut le seul mot qu'il put sortir, indiquant qu'il avait entendu, puis il choisit de décamper, loin d'ici.
La plaie causée par Remus n'était rien, comparée à cette souffrance mentale totale. Il regagna l'infirmerie comme promis mais déclencha une crise d'angoisse énorme dès qu'il fut installé sous les couvertures. Noah le berça, le réconforta autant qu'il le pouvait, et il se perdit dans son étreinte. Mrs Pomfresh, très mal à l'aise, ne dit mot, se contentant de lui administrer un calmant.
Il ne pardonnerait jamais à James la façon dont il s'était adressé à Noah. Jamais.
Harry lui ramena de Pré-Au-Lard un bon nombre de sucreries, dont un paquet de sucettes au sang, ainsi qu'un livre sur les créatures à transformations pour l'aider à passer le temps à l'infirmerie. Il lui promit de lui apprendre à voler sur l'Eclair de Feu reçu à Noël, puisqu'il avait tant apprécié la promenade sur Buck.
Tant que Harry, Noah et même Sally-Ann, venue le sortir de sa tristesse à grand renfort de phrases mordantes non intentionnelles, étaient à ses côtés, le reste importait peu. Mais nul ne devrait jamais s'en prendre à eux. Pas même son père.
