Chapitre 9
La Résidence de Tony Stark – Malibu, Californie
« -Bon après-midi, Miss Potts, Mr. Stane. Requerrez-vous mon assistance ? »
La voix nonchalamment polie de JARVIS les accueillit quand ils entrèrent dans le salon, ouvrant automatiquement les volets pour laisser entrer la lumière du soleil. Aussi plaisamment non affectée que seule une IA pouvait l'être, il ne semblait pas s'inquiéter du fait que Tony Stark n'ait pas mis le pied dans la maison depuis plus de deux mois.
« -Hey, JARVIS, rit doucement Obadiah. Ça c'est une voix qui m'a manqué. Toujours pas envie de diriger le réseau de communications internationales de Stark Industries ?
-Merci pour l'offre, cependant je ne suis qu'un simple programme de maintenance de maisonnée paramétré pour un unique utilisateur. »
Pepper sourit pour elle-même. JARVIS était un maître pour minimiser son panel de compétences. Comment Tony avait créé un système si humble la dépassait toujours.
« -Je te le dis, tu as le potentiel, protesta Obadiah. Laisse juste mes techniciens jeter un œil à ton noyau central. En bas dans l'atelier de Tony, n'est-ce pas ?
-Je crains de ne vraiment pas pouvoir le dire. »
Obadiah émit un son dédaigneux.
« -Tony a toujours été possessif avec ses jouets. Je t'attendrirai un jour. »
Il se tourna vers Pepper.
« -Vous êtes prête ?
-Oui. »
Posant une boîte d'archive vide sur la table basse, Pepper jeta un œil autour de la pièce.
« -Il n'y a que cinq dossiers et fragments laissés derrière ici. »
Elle fit une pause.
« -Vous savez, il n'y avait pas besoin que vous veniez jusqu'ici. Je suis sûre que vous êtes occupé avec la compagnie.
-Ce n'est pas un problème, Pepper. »
Obadiah scanna la liste de documents sur le porte-bloc.
« -En fait j'ai pensé à m'éclipser avec sa cafetière et sa télévision de huit pouces, mais JARVIS pourrait m'électrocuter si j'essaie. Je me contenterai de vous aider à collecter les derniers dossiers de la compagnie. »
Pepper sourit. Bien qu'Obadiah soit un requin lorsqu'il s'agissait d'affaires et de jouer le jeu, il était toujours une note d'humour bienvenue. Ici dans la maison de Tony, à voir la fine couche de poussière qui ternissait les équipements brillants et assombrissait le verre, Pepper était douloureusement heureuse d'avoir le soutien de la présence d'Obadiah. La disparition de Tony avait été difficile pour eux tous.
« -Je vais commencer avec les vieilles copies papier dans les caissons de rangement à l'étage, dit Pepper. Pouvez-vous demander à JARVIS de télécharger une copie des prototypes d'avant 2000 ? Ils sont incomplets mais Tony avait l'intention de les envoyer à l'équipe de design de toute façon. »
Il n'avait juste jamais eu l'occasion d'en compléter aucun avant d'être kidnappé en Afghanistan.
« -Je pense que je peux me débrouiller avec toute cette technologie dernier cri. »
Sortant une mince tablette de sa veste, Obadiah s'assit confortablement sur le canapé de cuir et commença à organiser.
« -Connecte-moi au réseau lorsque tu seras prêt, JARVIS.
-Déjà fait.
-Ça c'est mon garçon. »
La décision d'abroger la dernière directive de Tony de fermer l'usine d'armement n'avait pas pris longtemps à prendre effet. Clamant le déséquilibre mental, selon toute vraisemblance dû au choc post-traumatique et maintenant sa disparition inexpliquée, il avait été facile pour Obadiah et le conseil de la rejeter et de retourner à une production active. Les affaires reprenaient. Opérations photo, contrats renouvelés et l'armée souriait de nouveau. Le revirement avait fait la une, naturellement, mais le plus perturbant pour Pepper était la facilité avec laquelle les gens commençaient à oublier Tony. Les affaires reprenaient, en effet.
Déverrouillant le caisson d'archive du bureau d'un geste longuement pratiqué, Pepper remit ses clés dans son sac à main et sortit le tiroir, les doigts bougeant rapidement sur des chemises de papier kraft méticuleusement étiquetées. Tony n'avait jamais classé de papiers –cela avait toujours fait partie de son rôle à elle. Depuis ses détails de sécurité sociale, comptes bancaires, et même haut niveau d'accès à ses systèmes lorsqu'elle en avait besoin, elle avait un contrôle complet sur tout ça. Pepper tirait sa fierté de garder tout ceci organisé.
La journée où il lui avait donné le code de l'atelier, elle avait été tellement stupéfaite qu'elle lui avait ri à la figure. Tony l'avait joué comme si cela n'avait pas d'importance, mais elle l'avait vu regarder du coin de l'œil alors qu'elle se présentait maladroitement à DUM-E et U, acceptant même un verre de ce qui s'avéra plus tard être de l'huile de moteur de la part d'une main en forme de pince. Ces pauvres robots s'étaient éteints un mois auparavant, se tenant là froids et silencieux dans le coin éloigné de l'atelier. Attendant un maître qui pourrait ne jamais rentrer.
« -Là je me fais juste déprimer, murmura Pepper, travaillant avec une détermination renouvelée. »
Une fois qu'ils auraient tout ils pourraient fermer pour de bon. Jusqu'à ce que Tony soit légalement déclaré mort l'intégralité de l'endroit demeurerait aussi silencieuse et tranquille qu'une tombe.
Ils n'avaient jamais trouvé la moindre piste sur le château. Rien. Obadiah avait accordé une quantité de fonds surprenante à l'investigation, employant des détectives privés, des équipes de sécurité, faisant même appel à une partie de leur technologie d'armement pour ratisser le site à la recherche d'indices, de signaux d'énergie, n'importe quoi qui aurait pu signifier que Tony était toujours là quelque part. Pas une seule trace de preuve n'avait été découverte. Pepper savait, elle savait où il était –et cela rendait difficile le fait de s'accrocher à son espoir. Un endroit comme ça…cette créature faisant les cent pas dans les ténèbres, c'était juste trop.
Tony était soit mort soit piégé pour toujours, et elle avait besoin de l'accepter et d'avancer. Il n'aurait pas voulu qu'elle se morfonde.
En fait, corrigea-t-elle silencieusement, sortant une liasse de documents et les étalant sur le bureau, c'est exactement ce qu'il aurait voulu. Mais elle avait été temporairement employée en tant que nouvelle assistante d'Obadiah (au grand désarroi de son prédécesseur, qui avait été relégué à la réception) et devait apprendre à repousser les souvenirs d'un château figé dans l'hiver au fond de son esprit.
Et puis, connaissant Tony, il pourrait juste trouver un autre moyen de se libérer.
Rassemblant ses dossiers, elle verrouilla de nouveau le caisson et commença à revenir vers le salon, seulement pour entendre la voix d'Obadiah appeler depuis en bas.
« -Pouvons-nous entrer là, Pepper ? »
Sa voix filtrait depuis l'entrée de l'atelier.
« -Je veux vérifier si un de ces plans du réacteur Ark traîne. On avait plusieurs grandes idées d'énergie verte pour cette chose avant que Tony ne soit enlevé. »
Pepper s'immobilisa. Des souvenirs d'une boîte enveloppée dans du papier brun émergèrent dans son esprit.
Le vieux réacteur était toujours là en bas, monté sur de l'acier et dans un boîtier de verre. Un cadeau que Tony n'avait jamais eu l'occasion d'ouvrir. Obadiah pourrait le prendre, le développer et peut-être qu'une petite partie de l'héritage de Tony pourrait faire un peu de bien. L'énergie verte était certainement quelque chose sur quoi il aurait planché après être revenu. Échanger des munitions pour des mégawatts. Il y avait juste un problème.
Garde Obadiah hors de mon atelier.
Levant les yeux vers les capteurs de JARVIS, Pepper pressa un doigt sur ses lèvres. Le capteur brilla une fois. Message reçu.
« -Tony a changé le code avant qu'il ne soit enlevé, appela-t-elle en retour. Il en a eu assez que je baisse sa musique –ou peu importe ce qu'il appelle de la musique. Je pense qu'il avait l'intention de me le donner mais JARVIS ne peut pas agir sans son aval.
-Eh bien, merde, jura Obadiah. Il doit y avoir une mine d'or là-dedans. Combien ces portes sont fortifiées ?
-Tony les a modelées lui-même. »
En fait Pepper n'avait aucune idée de leur solidité.
« -Typique, vint la réponse chagrinée. Très bien, sortons de là. »
Des pas montèrent les escaliers jusqu'à ce que les mains d'Obadiah n'apparaissent en un signe visible de reddition, suivies du reste de sa personne.
« -Peut-être que certaines choses n'étaient juste pas faites pour la production de masse.
-Désolée, répondit automatiquement Pepper. »
Son estomac la serrait.
« -J'ai les dossiers que vous vouliez.
-Très bien. Je vais prendre la boîte. Faites le tour de l'endroit, assurez-vous que nous n'avons rien manqué. »
Il n'y avait aucun signe de tension ou d'agacement dans la voix d'Obadiah. Peut-être que Tony avait été un peu parano après son retour.
Se déplaçant dans la maison, Pepper ferma chaque porte et baissa les volets. Il n'y avait vraiment rien à collecter ou à emporter. Tony n'avait jamais vraiment vécu que dans l'atelier ; c'était probablement le seul endroit où il était vraiment à l'aise. Le reste de la maison n'était que des étalages de richesse nécessaires.
Elle entrait juste dans la chambre principale lorsque les volets se baissèrent, plongeant la pièce dans les ténèbres. Les éclairages secondaires s'allumèrent.
« -Miss Potts. »
Pepper sursauta légèrement.
« -JARVIS. Désolée pour avant. Tony a été très insistant concernant le fait de garder Obadiah hors d'ici.
-Avec une bonne raison, je regrette de vous informer.
-Quoi ?
-Lors de la connexion avec mon réseau, les données contenues sur la tablette de Mr. Stane sont devenues accessibles –de même que sa connexion à son serveur privé.
-Tu l'as espionné ? siffla Pepper, horrifiée. JARVIS, c'est illégal.
-Je serais ravi de faire l'expérience de la tentative d'appliquer la loi en m'appréhendant, répondit JARVIS. »
Il y avait quelque chose qui rôdait sous cette voix polie.
« -Miss Potts, à votre loisir, allez à l'atelier je vous prie.
-Je n'arrive pas à y croire, murmura Pepper, puis elle se rendit compte qu'elle s'énervait sur un programme d'ordinateur. »
C'était une chose tellement—tellement Tony.
« -D'accord, mais je ne peux pas y aller maintenant. Demain soir ? J'inventerai une raison pour revenir. Quelqu'un doit vider le réfrigérateur et le garde-manger, de toute façon. Cela pourrait tout aussi bien être moi.
-Peut-être qu'il serait prudent d'amener également un tiers impartial avec vous.
-Tu commences à me faire peur. Ne peux-tu juste pas me le dire maintenant ?
-Je crains que non.
-Ok, ok, j'essaierai de revenir demain. »
Elle réfléchit rapidement. James Rhodes ne conviendrait pas pour ça, étant militaire, et il n'y avait pas vraiment qui que ce soit qui n'avait pas trempé dans le bain Tony Stark/Stark Industries.
« -Est-ce tout ?
-Bonne journée, Miss Potts. »
Les lumières s'éteignirent.
Pepper se tint dans les ténèbres jusqu'à retrouver contenance, ses pensées s'envolant.
Elle resta là un long moment.
Château Winterheart
« -Tu respires droit dans ma bouche, tu sais. Pourquoi t'es si près ?
-Ne bouge pas. Cela fait une éternité depuis que j'ai fait cela.
-Il y a de l'huile qui coule dans mon cou.
-Mieux vaut de l'huile que du sang.
-Bien vu. Continue. »
Plantant ses mains de nouveau sur la table sur laquelle il était assis, Tony releva le menton pendant que des doigts bleus griffus appuyaient sur le dessous tendre de sa mâchoire, positionnant prudemment sa tête.
L'arc était complet, posé sur la table derrière lui avec un carquois fraîchement huilé rempli de flèches. Cela avait pris environ six heures à Tony à la fin, six heures à faire fondre, à façonner, tremper, et remplies de limaille, de doigts brûlés et de sueur ruisselante. Enlever la chemise avait été une très bonne idée, comme il s'avéra. Même avec la fenêtre ouverte c'était rapidement devenu étouffant dans l'armurerie de fortune. Loki avait dans les faits dû battre en retraite dans le couloir plusieurs fois juste pour récupérer mais il était toujours revenu, ses yeux cramoisis plissés de concentration alors qu'il regardait Tony travailler.
Ayant terminé sa part du presque-marché, Loki avait commencé sur la barbe ayant trop poussé de Tony, utilisant son huile à aiguiser par manque de tout ce qui ressemblait à du savon de rasage. D'après ce qu'il sentait, Loki savait exactement ce qu'il faisait avec ce rasoir alors qu'il enlevait quelques mois de négligence faciale. Tony parvint à rester calmement assis de façon aussi immobile que possible, ce qui en vérité n'était pas si calme que ça.
Loki n'aidait pas du tout la contenance de Tony. L'idée avait semblé parfaitement raisonnable lorsqu'il l'avait suggérée, mais être assis sur une table avec un type bleu gelé à cornes entre ses cuisses, la bouche à quelques centimètres de la sienne alors qu'il positionnait sa tête ? Ouais, c'était étrange. Majoritairement c'était étrange parce qu'il passait l'intégralité de l'exercice à réfléchir à comment les géants du givre embrassaient lorsqu'ils avaient deux canines acérées saillantes comme des couteaux blancs. Peut-être qu'ils gardaient leurs langues dans la bouche. Peut-être même qu'ils ne s'embrassaient pas, peut-être que c'était davantage un truc d'humain.
« -Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Loki d'un ton raide. »
Bien sûr qu'il sortirait de sa zone de rasage juste à temps pour remarquer l'intérêt de Tony pour sa bouche. Merde.
« -T'as pas un pet de pilosité faciale. Qui tu rasais ? »
Loki cligna des yeux, essuyant le rasoir et revenant pour enduire la mâchoire de Tony d'huile. Un doigt frais en suivit une longue perle jusqu'à son cou.
« -Mon frère a été béni d'une magnifique barbe, dit-il, surprenant Tony. Bien sûr, étant imberbe comme je l'étais de même que profondément jaloux, j'ai trouvé approprié de lui faire part du secret que s'il me laissait la raser avec mon rasoir magique, elle repousserait immédiatement deux fois plus longue. »
Il y avait un rictus se cachant dans le coin de cette bouche à présent.
« -Il était furieux lorsqu'il a réalisé.
-Diabolique. »
Tony étira la bouche vers un côté lorsque l'éclat du rasoir caressa un chemin frais le long de sa joue.
« -C'est le même frère que t'as fait virer de la tribu, pas vrai ?
-La tr—pas précisément. J'avais anticipé une punition pour mon frère, mais pas de cette envergure. »
Loki détourna le visage de Tony, brisant son regard.
« -Étrange que l'exil soit la seule punition que mon père nous ait fait partager. Nous avons été égaux en quelque chose, après tout.
-Est-ce qu'il a été envoyé ici au château ? »
La main sous la mâchoire de Tony tressaillit légèrement.
« -Il a été déposé dans le désert durant trois jours et est devenu rapidement ami avec une femme ici, répondit nonchalamment Loki. Peut-être qu'il y serait toujours, si je n'avais pas dirigé notre plus forte sentinelle pour le tuer. Comme tu le sais, ce plan a plus ou moins tourné à vau-l'eau.
-Tu devais vraiment le détester, murmura Tony, essayant d'imaginer autant de jalousie et de rage.
-Je l'aimais. »
Posant le rasoir, Loki l'étudia prudemment.
« -C'est terminé. Prends ton arc et va le livrer. »
Il renifla discrètement.
« -Prends un bain d'abord peut-être.
-C'est offensant. Laisse-moi deviner : tu transpires pas non plus. »
Tony passa une main sur sa mâchoire. Sa barbiche était parfaitement raccourcie et taillée, ses joues aussi lisses et douces qu'un pétale de rose extrêmement viril. La suavité personnelle était à un cinq cent pourcents respectable.
« -Merci pour la toilette.
-Prends tout avec toi. Tu peux t'occuper de toi-même à partir de maintenant. »
Loki enroula les rasoirs dans du cuir et empila l'huile, le cuir à affilage et la pierre dessus, les faisant glisser sur la table vers Tony. Son expression était soudainement préoccupée, presque troublée.
Essayant de ne pas tergiverser sur le renvoi abrupt –l'armurerie n'était-elle pas sienne à présent ?- Tony tendit la main vers sa chemise et la suspendit sur son bras, observant la cargaison d'équipement qu'il devait ramener. Clint pouvait attendre jusqu'à demain lorsqu'il y aurait de la lumière et que Tony ait eu quelques heures de sommeil. Lançant un regard discret vers Loki, qui scannait la pièce avec une expression au bord de l'inconfort, Tony cessa de planifier un instant et enroula ses doigts autour du poignet menotté de métal. Les yeux qui se braquèrent sur les siens étaient voilés.
« -Qu'est-ce qu'il y a maintenant ? demanda Loki d'un ton bourru. Tu as tout ce dont tu as besoin.
-Ouais, et… »
Tony haussa les épaules.
« -Merci. Pour tout ça.
-Je t'en prie. »
Malgré tout cela sembla le rendre encore plus mécontent. Secouant légèrement son bras, Loki commença à retirer son poignet de l'anneau des doigts de Tony, mais ne réussit qu'à se faire prendre la main et à se la faire serrer fort. Il y avait encore de l'huile étalée sur les doigts de Loki, et dans la lumière du feu, sa peau brillait faiblement, comme du satin bleu.
Du satin bleu, pensa Tony avec un soupir interne. Incroyable. Perdre la boule ressemblait beaucoup au léger manque de sommeil.
« -Est-ce que je peux dire à Clint que tu m'as donné l'arc à modifier ? »
Récupérer des bons points pour Loki était probablement le moins qu'il puisse faire.
« -Ça me va de récolter tout le crédit, te méprends pas, mais je pense que ça aura plus de valeur pour lui s'il sait que t'as aidé.
-Je pense difficilement que ça a de l'importance. »
La bouche de Loki se pinça étroitement.
« -Le regard de Barton ne me concerne pas. Prends le crédit, Tony. Je n'en ai aucune utilité. »
Et avec ça il se dégagea de la poigne de Tony, faisant passer ses mains derrière son manteau.
Il y avait une limite au fait de contourner les barrières des autres avec franchise et humilité que Tony pouvait supporter avant qu'il en ait juste assez de ces conneries. Loki et Clint, Natasha et Loki, Clint et Natasha, qu'est-ce qui allait pas chez eux bordel ? Des enfoirés dysfonctionnels émotionnellement constipés, tous. Le pire était que Tony lui-même entrait dans cette catégorie, donc si lui pouvait le reconnaître quelque chose avait de toute évidence complètement déraillé avec eux.
« -Très bien, dit Tony brièvement, empilant tout ensemble. »
Il enfila la chemise juste pour ne pas avoir à la transporter, laissant les boutons ouverts.
« -Tu peux juste continuer à faire ce que tu fais. De toute évidence ça te mène quelque part. »
Faisant passer l'arc et le carquois sur son épaule, ignorant le clignement d'yeux surpris de Loki, Tony revint à sa chambre.
Ce n'était même pas ses affaires, vraiment. Laissez-les tous mariner dans leur ressentiment –c'était arrivé bien avant qu'il ne soit là. Peut-être qu'ils deviendraient tous complètement dingues s'ils n'avaient pas cet accident sur lequel obséder.
Non pas que Clint ait beaucoup fait ça, admit Tony. En fait, il était le seul qui n'en avait rien à faire de ce jour-là. C'était cet optimisme 'fais ce qu'i faire' qui avait probablement gagné le respect de Tony, pendant que les deux autres rôdaient en s'échangeant des regards noirs.
Plus tard pendant qu'il prenait son bain, la saleté et la transpiration de son travail tournoyant dans l'eau qui s'évacuait, il vint à l'esprit de Tony que pendant qu'il s'émerveillait silencieusement de son étrange lien avec Loki, c'était probablement l'effet secondaire de la séparation du trio. Nouveau sang dans la maison. Quelqu'un à qui parler, quelqu'un dénué de jugement et de culpabilité. Il aurait pu être n'importe qui et il serait quand même le nouveau favori.
Touchant de sa langue le coin tendre de sa bouche, Tony sentit le poids terne de la déception s'installer dans sa poitrine. Mais la conscience de soi était une bonne chose, ou du moins Pepper l'avait toujours dit. Peut-être qu'il était temps de juste faire partie du château. Il pouvait juste être Tony, le parfois-forgeron plein de verve. Confident occasionnel de leur impossible gardien. Spécialiste de l'eau chaude et de la maintenance. C'était aussi bien que n'importe quel rôle il avait joué avant.
Vous êtes un homme qui a tout…et rien.
« -La ferme, vieil homme, marmonna Tony, se mettant au lit et tirant les couvertures sur la faible lumière du réacteur Ark. »
Comme si cela pouvait étouffer le fantôme de son ami et tous ses mots hanteurs.
« -J'essaie là. »
Fermant les yeux, il finit par s'endormir sous les battements faibles, rythmiques, de quelque chose avec des ailes dehors.
C'était prêt.
Étrangement tendu, Tony testa la poignée forgée attachée à l'arc, s'assurant qu'elle était de la bonne forme pour environ la centième fois. Il savait qu'il avait fait du très bon boulot, mais il y avait toujours la possibilité que ce ne soit pas complètement parfait. Cela avait en effet l'air de faire partie de l'arme elle-même maintenant par contre, un éclat de métal sombre pour être assorti aux composants originaux.
Il l'avait placé sur une table dans le hall principal là où la lumière était la meilleure ; une étendue au plafond incroyablement haut qui servirait de terrain d'entraînement décent. Il n'y avait pas grand-chose à casser, et les murs de pierre nus ne montreraient pas trop de dommages dus aux flèches. En tout et pour tout, Tony était relativement sûr que Clint allait crier de joie comme une petite fille.
Et si Tony avait bien saisi l'emploi du temps, il était juste sur le point de passer, en chemin vers la salle de bal. Remplaçant probablement l'huile dans les lanternes, ou peu importe la partie de restauration dont il s'occupait. Tony avait laissé tomber tout le truc pour travailler sur l'arc, à l'accord joyeux de Clint et au roulement d'yeux entendu de Natasha. Non pas qu'elle pouvait critiquer, ayant platement refusé de 'nettoyer la moindre partie de cette crypte froide et humide'.
L'écho de pas envahit ses oreilles. Passant une main sur l'arc et le posant, il affecta une pose nonchalante contre la table. Tony Stark n'attendait pas nerveusement. Il n'y avait rien qui dépendait de ce présent. C'était juste pour passer le temps. Il allait bien.
Et puis il ne le fut pas, parce que ce fut Loki qui émergea des ombres du couloir, une silhouette large et massive dans sa peau de loup et son manteau. Ses yeux scintillaient d'un rouge rubis dans la lumière du matin.
Loki. Dehors en plein jour de son propre chef.
Tony sentit sa bouche s'assécher, mais il n'eut pas l'occasion de faire ne serait-ce que poser la question concernant son apparition lorsque Clint arriva en se dépêchant avec un seau de bois goudronné, toujours vaguement endormi avec ses cheveux se dressant dans d'étranges directions.
Clint jeta un coup d'œil à Tony et lui sourit largement, relevant brièvement le menton en guise de salut. Puis il remarqua Loki une fraction de seconde après et manqua de trébucher sur ses propres pieds, maladroit avec le seau un moment avant de le rattraper. Quelque chose clapota à l'intérieur.
« -Patron ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda Clint avec appréhension, posant le seau. »
N'ayant d'yeux que pour le géant du givre rôdant dans le coin, Tony réalisa qu'il n'avait même pas vu l'arc et le carquois. Typique. Typique.
« -Vous êtes pas—habituellement vous…je veux dire, non pas que vous pouvez pas ou quelque chose du genre, c'est chez vous et tout— »
Clint déglutit, se forçant à se la fermer. Tony ressentit une curieuse vague d'affection en le regardant fixer Loki comme ça. Le pauvre diable pensait que quelque chose n'allait pas.
Loki étudia Clint un instant.
« -Tu m'as aidé à sortir de la rivière hier, dit-il brusquement. »
Clint manqua de sursauter.
« -Après trois ans d'horreur abjecte à se tenir en ma simple présence, tu as surmonté ta peur et as essayé de m'aider. »
Loki fit un pas en avant.
« -Dis-moi ce qui a changé. »
Pinçant la bouche comme s'il allait être malade, Clint lança un regard paniqué à Tony du coin de l'œil. Ouais, comme s'il allait dire un putain de truc là tout de suite.
« -Rien. Je…je sais pas à quoi je pensais, dit Clint, un trémolo dans la voix. La même chose stupide qui m'a traversé la tête lorsque je vous ai trouvé assommé au pied des escaliers, je suppose. »
Il passa une main dans ses cheveux de sable.
« -C'est la maison ici et –je suppose que vous aussi. »
Loki le fixa.
« -La maison, répéta-t-il, sonnant presque étranglé. »
Clint rougit misérablement, ayant l'air désespérément mécontent de la ligne d'interrogation. Mais il se força quand même.
« -Je veux dire, allez, patron. Vous me faites flipper à mort mais je couvre toujours vos arrières. Peu importe ce qu'il en est. »
Il se frotta la nuque, gêné.
« -Et puis, j'ai même pas tant aidé que ça. Je faisais que plus ou moins tirer sur votre bras. »
Pour Tony, l'admission était honnête mais un peu trop auto-dépréciative à son goût. Mais après, il n'était pas Clint Barton. Peu importe l'impact qu'il avait sur Loki, c'était différent. Ses yeux se fermèrent un instant, puis il lâcha un soupir silencieux qui sembla venir de quelque part profondément en lui. Le chagrin chassa la surprise de ses traits un instant avant qu'il ne disparaisse aussi, et il rouvrit les yeux pour tendre la main vers Clint. Il y avait quelque chose dans sa poigne.
« -Je pense que tu auras bientôt besoin de ça, lui dit Loki, pressant un petit couteau dans la paume moite de Clint. »
Depuis l'angle de vue de Tony, il vit que Loki faisait toujours de grands efforts pour ne pas le toucher.
« -Essayez de ne pas tomber dans la rivière si vous décidez de tailler quelque chose dans le bois des arbres. Je dors profondément et préférerais ne pas être réveillé par une pierre dans la mâchoire de nouveau.
-Désolé, dit faiblement Clint, distrait par le couteau à sculpter. Hey, c'est une très bonne lame. J'en avais une comme ça pour aller chercher mes flèches. Ai jamais fait confiance à la merde préfabriquée qu'ils essayaient de me filer. »
La bouche de Loki tressaillit.
« -Si le couteau t'impressionne, peut-être qu'il servirait tes intérêts de te retourner.
-Oh non, s'il vous plaît, continuez d'oublier mon existence, dit Tony, s'appuyant au bord de la table et croisant les bras. »
Clint loucha dans sa direction.
« -Je vais juste emmener le produit de mon sang, ma sueur et mes larmes autre part, peut-être l'utiliser comme cale pour la fenêtre de ma chambre— »
La réalisation arrondit les yeux de Clint et il se focalisa enfin sur la putain de table pour la première fois. Se précipitant en avant, lançant un regard incertain par-dessus son épaule, il dégagea Tony du chemin d'un coup de coude et se mit à fixer l'arc.
Il fixa durant un long moment. Ne le touchant pas, ne semblant même pas vraiment réagir, Clint enroula juste précautionneusement sa main droite en un poing lâche, le pressant contre son abdomen comme s'il n'était pas sûr qu'il allait être malade. Durant un bref, horrible instant, Tony pensa qu'il avait fait quelque chose qu'il ne fallait pas. Peut-être qu'il ne s'était jamais attendu à ce qu'il le livre. Peut-être qu'il ne voulait pas qu'on lui rappelle sa main endommagée, ou qu'il pensait qu'il ne serait pas aussi bon qu'il ne l'avait été une fois.
Clint leva la tête et croisa les yeux de Tony avec un regard incrédule.
« -Merde. Tu m'as vraiment fait un arc, murmura-t-il. Comment t'as—mec, on n'avait même pas de bois hier. »
Tendant la main, il passa le bout de ses doigts sur la poignée en forme de coup de poing américain. Sa gorge remua lorsqu'il déglutit.
« -Je peux l'essayer ? »
Écartant les mains, Tony recula de la table.
« -Lance-toi. »
Pas sûr de savoir s'il devait quand même dire à Clint les origines de l'arc, Tony recula pour se tenir à côté de Loki contre le mur de l'escalier. Clint examinait rapidement le carquois et les flèches, en écartant plusieurs avant d'en trouver une dont il aimait particulièrement l'allure. A côté de Tony, Loki se pencha de façon conspiratrice.
« -M'as-tu délibérément appâté la nuit dernière afin que je descende ici ?
-Non, murmura Tony, pressant son épaule contre celle de Loki. Tu m'as surpris. Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?
-Ne sois pas pudique. Tu es épouvantablement mauvais à ça. »
Tony fronça les sourcils.
« -Je suis génial dans tout. Tout sauf te déchiffrer.
-Bien, murmura Loki. Je haïrais devenir prévisible pour toi, Tony Stark. Mon instinct me dit que tu trouverais cela des plus ennuyeux. »
Tony se mordit la lèvre en souriant largement.
« -Et tu veux entretenir mon intérêt, c'est ça que t'es en train de dire ? Écoute, prends pas ça comme une opportunité pour paresser ou quoi que ce soit, mais j'ai le sentiment que tu vas jamais t'faire vieux. »
Loki rit ; un réel, véritable éclat de rire sans aucune amertume ou colère derrière. Clint se tourna pour les fixer tous les deux avec quelque chose s'approchant de l'émerveillement. Loki tourna juste la tête vers Tony et sourit, ses dents pointues reposant sur sa lèvre inférieure.
« -Oh, tu n'as pas idée. »
Perturbé par son commentaire mais trop stupéfait par ce sourire pour penser à un trait d'esprit, Tony lui glissa juste un regard suspicieux et retourna son attention sur Clint, qui testait la prise en main de l'arc, ses doigts se contractant curieusement à l'intérieur de l'installation de métal.
« -Donc je tends comme d'habitude, mais la prise en main signifie que j'ai pas à utiliser la force de ma main pour tendre quand je tire ? J'ai pas à serrer si fort ? »
Il lança un regard incertain à Tony.
« -Est-ce que j'ai pigé ? »
Tony acquiesça.
« -Ouais, c'est le design. Mais te presse pas ou quoi que ce soit— »
Clint rit juste.
« -Tony, j'me fous de toi. Je sais comment utiliser un arc, mec. »
Il prépara une flèche et pinça la corde. Prenant une unique inspiration profonde, purifiante, avant d'expirer, il se redressa, tourna sur son talon et leva haut l'arc, ses yeux tranchants alors qu'il tendait jusqu'à sa joue et lâchait dans une ligne de mouvement fluide. La flèche s'éleva haut, presque trop vite pour la voir, droit au-dessus de l'escalier jusqu'à l'autre côté du hall. Le son du métal touchant quelque chose et s'enfonçant dans la pierre résonna dans le silence.
« -C'est à cinq centimètres trop loin sur la gauche, dit Clint, déçu. »
Il contracta sa main dans la poignée.
« -Mais pas mauvais. »
Tony braqua son regard sur l'arc, s'avançant pour vérifier les mesures.
« -Je pensais l'avoir parfaitement fait. »
Il pouvait tout bazarder et le peser de nouveau, peut-être. Le reforger si nécessaire.
Clint se contenta de cligner des yeux en le considérant.
« -Non, pas l'arc. La cible. Je l'ai manquée.
-Comment pourrais-tu savoir cela ? demanda Loki, tendant le cou pour regarder au-delà des escaliers. »
Il reçut un haussement d'épaules en réponse.
« -L'ai senti au moment où j'ai lâché. »
Posant l'arc, Clint jogga vers la flèche, glissant sur les escaliers en ce faisant. Perdu, Tony suivit avec Loki sur les talons.
La flèche était enfoncée dans un bout de sol de pierre terne, à quelques mètres du pied du grand escalier. La flèche aurait eu besoin de ricocher pour frapper le sol ainsi.
« -Eh bien si tu visais le sol je dirais que t'as gagné tous les points, dit Tony, perplexe. »
S'agenouillant, il vit que la pierre était craquelée tout autour de la flèche.
« -C'est quoi ça ? »
Clint dégagea la flèche, mais ce fut Loki qui lui répondit.
« -C'est là que l'arrière de mon crâne a rencontré le sol le soir où j'ai ruiné la main de Barton. »
Oh. Tony se contenta d'acquiescer.
« -Eh bien. D'accord alors. »
Il tourna son attention sur Clint.
« -Quand t'as dit que t'étais bon, je pensais pas que tu voulais dire que tu pouvais tirer les yeux fermés sur un train en marche et toucher un lièvre en rogne dans le derrière.
-J'ai eu un peu d'entraînement. »
Clint souriait, mais le frénétisme de ses yeux disait qu'il était distrait par le carquois plein de flèches toujours posé sur la table. Doigts impatients. Tony comprenait ça mieux que la plupart.
« -Est-ce que ça va si j'en tire quelques-unes ? Je peux m'occuper des lanternes de la salle de bal plus tard. »
Cela prit un moment rempli de confusion à Tony pour se rendre compte qu'il demandait la permission à Loki. D'après le tressaillement des sourcils de Loki il était apparent qu'il avait le même problème.
« -Assure-toi juste de ne pas tuer ou mutiler qui que ce soit, peu importe combien l'opportunité est tentante. »
Son expression se voila.
« -Je n'aurai pas d'armes volant dans toutes les directions.
-Bien sûr. »
Clint se tourna vers Tony.
« -Sinon, on devrait s'faire un câlin. Parce que j'suis putain d'touché. »
Sans demander davantage la permission ni même le laisser protester Clint referma la distance, ses bras minces l'écrasant trop étroitement et une joue mal rasée pressée contre sa mâchoire.
« -Juste m'embrasse plus, marmonna Tony, retournant l'étreinte vaguement douloureuse. »
Clint rit juste dans son épaule et tapa son dos une fois.
« -Essaie de m'arrêter, connard, répondit-il, en plantant un pile sur le côté du cou de Tony et suçant fort. »
Une courte bagarre à coups de pincements et de bousculade éclata, jusqu'à ce que Clint finisse par se laisser repousser, se fendant toujours sa poire de dépravé.
« -Merci pour l'arc, Tony. J'aime ta barbiche.
-Ne dors que d'un œil, Barton. Je suis sérieux.
-Conneries qu'tu l'es, fut tout ce qu'obtint Tony en réponse avant que Clint ne soit parti, récupérant probablement son arc et ses flèches pour les montrer à Natasha. »
Tony inclina la tête et se frotta le cou au niveau du col, à la fois irrité et amusé. De toute évidence les frontières personnelles avaient toujours été un peu floues là où Clint était concerné, mais bon.
Des doigts froids éloignèrent son col de son cou. Loki se pencha et fit un son étrange dans sa gorge.
« -Quoi, que— »
Tony se figea.
« -Dis-moi qu'il a pas osé. »
Un doigt frotta la peau sensible en question.
« -C'est d'une impressionnante nuance de rose. »
Encore un autre sans le moindre sens d'espace personnel.
« -C'est pour ça que tu voulais que je prenne le crédit, n'est-ce pas ? Espèce de raclure. »
Loki souffla un rire.
« -Il n'aurait jamais été aussi téméraire avec moi. Je dois l'admettre, je suis plutôt diverti.
-Oh bien sûr, marre-toi, se plaignit Tony, attrapant les doigts dans son col. Mais lorsque Natasha verra ça, je lui dirai que c'est toi qui l'as fait. »
Loki émit juste un son bas dédaigneux, distrait par les doigts de Tony alors qu'il retournait sa main. Lorsqu'il vit les légères brûlures s'y trouvant, recouvrant celles après avoir touché sa peau la veille, il fronça les sourcils. Une partie de l'amusement le quitta, remplacée par quelque chose d'austère et de presque pensif.
« -Ça vient juste du travail du métal, dit Tony, remuant les doigts. Me suis brûlé un peu à travers les gants.
-Ton esprit dément la fragilité de ta chair. »
Des doigts frais s'entrelacèrent aux siens, apaisant la faible sensibilité toujours présente.
« -Un seul balayage de mon bras pourrait te réduire en pièces. Même une bouche négligente sur ta peau peut marquer. »
Une paume se pressa sur le réacteur Ark là où il brillait à travers sa chemise.
« -Je n'aime pas ça. »
Tony couvrit juste la main sur son torse avec la sienne. A ce stade c'était presque trop froid pour toucher et les yeux tristes de Loki disaient qu'il le savait.
« -Tu sais quoi ? Moi non plus. »
Laissant ses doigts s'éloigner, Tony regarda Loki reculer avec un petit soupir, remettant ses mains en sécurité sous son manteau. Ses yeux étaient déjà tournés vers l'escalier.
« -Essaie de pas te faire toucher en revenant.
-Toi aussi, Tony. »
Lorsqu'il fut parti, Tony revint pour s'emparer du seau d'huile de Clint, décidant que réalimenter les lanternes était quelque chose que même lui pouvait faire. Il n'avait pas encore vu la salle de bal dans les faits, de toute façon.
En passant devant une petite alcôve dans le couloir, un éclair de bleu et de rouge attira son attention. Natasha était appuyée contre le mur, ses yeux verts brûlant étrangement sur son visage.
« -Hello ? offrit Tony lorsqu'elle ne dit rien. »
Il leva l'huile.
« -Seau de lubrifiant ? »
Elle cligna des yeux et le considéra d'un regard sec.
« -Si tu vas continuer de flirter avec le patron comme ça, tu pourrais tout aussi bien le garder pour toi. »
Ne prenant pas la peine de savourer le spectacle de Tony rendu complètement sans voix, Natasha tourna les talons et s'éloigna, la jupe de sa robe bleue bruissant dans son sillage.
Tony décida ici et maintenant que le truc d'espion était officiellement devenu l'opposé de mignon.
Le Bureau du Directeur Nick Fury – Localisation Secrète
« -Agent Coulson. S'il vous plaît dites-moi que vous êtes ici parce que vous avez quelque chose sur Stark.
-J'ai deux choses, monsieur, dit tranquillement Coulson. Et vous allez vouloir les entendre toutes les deux. Nous avons intercepté un paquet de données téléchargé via le réseau de Stark ce matin. Il semble que quelqu'un ait réveillé la maison durant presque une demi-heure pour collecter des dossiers. Mes hommes avaient les yeux sur Obadiah Stane—
-Stane, qui a récemment entreprit un petit voyage en Afghanistan avec un détachement d'hommes ?
-Oui monsieur. Lui et Virginia Potts sont allés à la villa il y a environ six heures pour accéder aux dossiers de la compagnie. Durant le processus, le propre réseau sécurisé de Stane a été accédé, scanné et s'est fait copier de façon intraçable une série de dossiers depuis le serveur. Nous les avons seulement eus grâce à la capture sans fil que nous avons plantée chez Stark après qu'il ait disparu. »
Fury fronça les sourcils.
« -Qui bordel a eu les couilles de hacker Stane ? On a essayé de craquer ce serveur avant. La technologie de Stark a toujours été une vraie plaie.
-Nous ne savons pas, monsieur, mais cela a pris approximativement une seconde huit pour avoir lieu. »
Fury le regardait d'un œil d'acier, les coudes appuyés sur le bureau poli. Il n'y avait pas un seul dossier papier présent sur la surface, juste un mince moniteur et une tasse à moitié vide de café froid. Son cache-œil de cuir capta la mauvaise lumière fluorescente, attirant l'attention sur la toile d'araignée cicatricielle qui l'entourait.
Coulson attendit patiemment que Fury parle, se tenant devant le bureau avec un dossier noir sous le bras. Ils avaient depuis longtemps passé le point de l'intimidation. En fait, la théorie de Coulson était que Fury aimait essayer de déchiffrer son expression.
« -A quel point je vais être enthousiasmé par cette nouvelle information ? »
Coulson s'autorisa un petit sourire.
« -Comme je l'ai dit, deux choses. La première et une preuve vidéo qu'Obadiah Stane a arrangé l'assassinat de Tony Stark après la présentation du Jericho. Il y a également des preuves de profit de guerre, mais j'y viendrai. »
Fury se rassit dans son fauteuil.
« -Pourquoi je sens que ma journée va devenir soit très bonne soit très mauvaise selon ce que vous allez dire ensuite ? »
Il donna un coup de pied dans la chaise de l'autre côté du bureau. Coulson l'accepta gracieusement et tendit le dossier devant lui.
« -Stane investiguait les coordonnées actuelles de Mr. Stark en utilisant une variété de technologie de traçage d'énergie qui a ratissé sa dernière localisation connue. Il s'est retrouvé avec une trace de signature énergétique qu'il n'a pas comprise. Naturellement je l'ai croisée avec notre base de données. »
Coulson se pencha en avant.
« -J'ai eu un résultat.
-Me servez pas cette merde dramatique. Qu'est-ce que c'était ? »
Faisant glisser le dossier sur le bureau, Coulson l'ouvrit. Nick Fury se retrouva à fixer une photo d'image d'archive d'un énorme cratère dans le désert.
« -De quoi vous rappelez-vous de notre vieil ami Donald Blake ? »
Notes de l'Auteur :
Un rappel amical que dans cette histoire, la visite de Thor sur Terre a eu lieu vingt ans auparavant. Ça va changer quelques éléments, mais ils n'auront pas trop d'impact ou vous rendront trop confus (j'espère). Plus les choses changent, plus elles demeurent les mêmes. :D
