Salut. Y a rien eu mercredi pour cause de travail universitaire et aussi parce que j'ai plus aucune avance sur cette fic. Mais c'est pas bien grave car j'ai quand même la trame, c'est juste que parfois y a des contraintes qui passent avant. Du coup j'ai décidé que mercredi c'était maintenant. Inutile de regarder le calendrier, je vous soutiens qu'on est mercredi. Appelez-moi Dieu.
Réponse aux dangereux Anonymous :
Cluster et Del: Merci beaucoup pour votre soutien, voilà la suite. L'arrivée de Luna a plu à beaucoup de monde apparemment.
Réponse aux muets: Il fait beau aujourd'hui. N'est- ce pas ? Pour en parler, veuillez cliquer sur « Review this chapter ». Vous gagnerez peut-être un abri de jardin vert.
CHAPITRE 9 : Absinthe
- Harry, c'est moi.
- Allo ? Allo ?
- J'ai eu ton message.
- Oh Hermione… Comment vas-tu ?
- Comment va-t-il ?
- Il est tiré d'affaire. Mais ils le gardent un moment en observation à l'hôpital.
- J'aimerais le voir.
- Oui, je me doute. Il te demande. Il n'arrêtait pas de balbutier dans son délire Hermione, Hermione… Qu'est ce qui s'est passé entre vous ? On n'était au courant de rien.
- Je ne peux pas te le dire par téléphone…
- Tu veux qu'on se voie ?
- Quoi, maintenant ?
- Ou plus tard. Je ne sais même pas où tu es ni ce que tu fais. Là j'ai rien de prévu. Ginny est dans un état pas possible à cause de son frère, et moi je tourne en rond à la maison. Donc je te propose, vu qu'il fait beau, d'aller un peu se promener à Hyde Park et de marcher un peu, comme ça on pourra parler. Et on passera à l'hôpital ensuite une fois qu'on se sera dit ce qu'on avait à se dire. Je pense que ce serait le mieux plutôt que de te laisser te précipiter à l'hôpital sans avoir tous les éléments, car ça ne ferait pas forcément du bien à Ron.
- Écoute Harry je suis d'accord. Ca fait longtemps qu'on n'a pas parlé rien que tous les deux, et là je crois qu'il y a urgence.
- Alors on se dit rendez vous à 15 heures devant Hyde Park ?
- Oui 15 heures c'est bon. A tout à l'heure.
Hermione raccrocha le téléphone, partagée entre l'inquiétude la plus extrême et le plus intense des soulagements. On était dimanche, il faisait un beau soleil, et une chaleur étouffante dans la chambre d'hôtel. A intervalles réguliers, on entendait des gens baiser. Dire qu'elle n'avait pas le moral était un euphémisme, et il est inutile de préciser qu'il y avait de quoi. Elle n'avait plus de maison, son ex avait voulu se tuer à cause d'elle. Et elle avait cédé à une pulsion absolument masochiste avec son ennemie de lycée, et ce plaisir qu'elle avait pris dans l'humiliation ressentie ce soir là dans la salle de cours lui rongeait le cerveau. Tout tournait dans sa tête. Elle était si affligée de ce qui était arrivée à Ron qu'elle ne pouvait même pas se permettre de penser à sa situation matérielle plus que préoccupante. Elle se doutait bien qu'elle n'allait pas finir ses jours dans cette chambre d'hôtel. La question était surtout de savoir où elle allait les finir.
Quinze heures c'était trop tard, il fallait qu'elle sorte maintenant. Elle prit son sac et sortit. Elle attendrait Harry une heure, elle se promènerait dans le parc un peu toute seule, ça ne lui ferait pas de mal.
Il faisait si beau que tous les clébards et toutes les poussettes étaient de sortie. Hermione se sentit agacée. Elle aurait voulu figer le temps et les gens, pour avoir le parc à elle toute seule. Pour tout oublier. Les récents événements étaient trop durs à encaisser dans ce qu'ils avaient eu de successif, d'imprévisible, et de complètement détachés les uns des autres. En fait, ils n'étaient pas si détachés. Tout était logique. Il n'y avait pas de hasard. Elle avait quitté Ron parce qu'elle ne l'aimait plus, elle n'avait plus de maison parce qu'elle avait quitté Ron, elle avait baisé avec Fleur parce qu'elle était attirée par elle depuis des mois, elle avait été à l'Athena parce qu'elle avait baisé avec Fleur, elle avait baisé avec Fleur parce qu'elle n'aimait plus Ron, Ron avait voulu se tuer car elle ne l'aimait plus… Tout était logique. Cyclique. Circulaire. Un cercle. Un cercle d'emmerdements. Elle avait rencontré Luna parce qu'elle avait été à l'Athena, elle avait été à l'Athena parce qu'elle aimait les femmes, elle aimait les femmes parce qu'elle n'aimait plus Ron, elle n'aimait plus Ron parce qu'il était pénible, il était pénible parce qu'elle ne l'aimait plus, elle ne l'aimait plus, donc il avait voulu se tuer, assez, assez, ASSEZ ! Stop.
Harry arrive. Pas trop tôt.
- Bonjour.
- Salut.
Il la serre dans ses bras. Ca fait un bien fou. Il la serre fort. Hermione se met à pleurer. Harry pleure sans doute un peu, lui aussi, il pleure intérieurement, il a les yeux humides, et à l'intérieur, il pleure encore plus qu'Hermione. Ils restent un moment plantés là, enlacés comme un jeune couple amoureux.
- Comment va-t-il ?
- Mieux.
- Oh Harry c'est ma faute !
- Non.
- Je te dis que si ! Tu sais pas tout.
- Non. Moi je te dis que non.
- On a rompu.
- Je sais.
Ils marchent un peu.
- Mais bon sang Hermione, où es-tu passée ?
Elle baisse les yeux.
- J'habite à l'hôtel.
- QUOI ? explose Harry. Mais pourquoi tu ne nous a rien dit ?
- Je ne voulais pas déranger.
- Non mais ça va pas bien ! Tu ne nous déranges pas ! C'est surréaliste !
- J'avais éteint mon portable.
- Viens te poser à la maison, le temps que tu trouves un appartement !
- Non.
- Mais viens je te dis ! Enfin !
- Non.
Les pigeons mangent les miettes par terre. Les arbres sont gorgés de soleil, le ciel est d'un bleu terrifiant, les enfants crient.
- Pourquoi non ?
- J'ai besoin d'être seule. De faire le point. J'apprécie la proposition. Je t'aime.
- Bon sang je t'aime aussi Hermione, putain quel souci je me fais moi maintenant. J'ai pas envie que tu finisse dehors.
- Je ne finirais pas dehors. Je te remercie de ta sollicitude, ça me touche.
- Bon, de toute façon je t'ai toujours connue têtue et à réponse à tout, un problème une solution, Miss Granger, tu feras bien ce que tu voudras. Mais sache que si il y a le moindre problème, tu n'hésites pas, tu passes à la maison.
- Merci. J'y repenserais si j'ai des ennuis. Mais nous sommes là pour parler de Ron.
- De Ron et de toi, l'un n'empêche pas l'autre.
- Non. Il a voulu se tuer parce que je suis partie, n'est-ce pas ? C'est ma faute.
- Non, il a voulu se tuer parce qu'il est dépressif. Je ne suis même pas sûr qu'il ait vraiment voulu se tuer, tu sais. Ca ressemblait plus à un appel au secours. Viens, marchons. Allons voir les arbres.
Sur leurs bancs, les vieux fixent les arbres.
- Qu'est-ce qu'il a fait ?
- Médicaments. Un peu de tout et un peu de n'importe quoi, dans le désordre, et avec du whisky. Ils ont dû lui faire un lavage d'estomac.
- Merde.
Hermione s'arrête et s'adosse contre un arbre. Se laisse glisser par terre. Harry s'assoit à côté d'elle, dans la terre.
- On… On va y aller ? interroge-t-elle d'une voix blanche.
- On peut attendre encore un peu si tu veux. dit Harry. Il va pas s'envoler, tu sais.
- Il a failli… PUTAIN C'EST MA FAUTE !
Elle a hurlé.
- Tu comprends, reprend-t-elle, il faut pas le laisser, jamais jamais. Il est comme un enfant. Il demande de l'attention, de l'amour, qu'on le rassure tout le temps, sur tout. Je l'aimais Harry, mais je l'aimais mal. Je l'aimais à ma façon. Et puis j'ai cessé de l'aimer. Au fond j'aimerais pouvoir recommencer à l'aimer comme un ami mais maintenant je crois que ça n'est plus possible après ce qu'il a fait, et avec notre passé commun. Harry, qu'est ce que je dois faire ? Harry, tu es son meilleur ami, tu le connais autant que moi, peut être même plus, je t'en supplie, dis moi ce que je dois faire, et je te jure que je le ferais.
- Commence par te calmer. Il fait beau, il est tiré d'affaire, ça n'est pas ta faute.
- Et alors c'est la faute à qui, d'après toi ? crache Hermione avec colère.
- A sa dépression. Ca fait déjà bien longtemps qu'il aurait dû régler ça et il ne l'a pas fait. Le fait que tu restes en te sacrifiant n'aurait rien changé.
- Mais si j'étais restée, il n'aurait pas avalé des médicaments avec du whisky.
- Si tu étais restée, il n'aurait pas été plus avancé, et d'ailleurs toi non plus. Vous ne faisiez que vous empoisonner la vie tous les deux, c'était la meilleure chose à faire, je t'ai suffisamment écoutée pour comprendre que cette relation ne marchait pas. Simplement je ne disais rien car je ne voulais pas m'immiscer dans votre histoire, et parce que j'ai horreur de prendre parti, bon, on va le voir ? Tu es prête ?
- Je suis prête.
Ron, branché à des tuyaux, lit blanc, visage calme. Ron qui respire à peine, mais respiration régulière, calme. Ron qui dort pas, réveillé depuis peu, faible et allongé, branché.
- Hermione…
- Je suis là mon cœur je suis là.
- Reviens à la maison… S'il te plaît…
- Chut. Ne te fatigue pas en parlant, repose toi, pense à toi avant tout. Moi, c'est secondaire.
- Je t'aime Hermione…
- Ne me refais jamais ça. Tu m'as fait très peur.
Hermione lui caresse le front, sa main dans la sienne. Harry se tient planté à l'autre bout de la pièce, l'air particulièrement fasciné par les fissures sur le côté de la fenêtre.
- Faut que tu prennes l'air, un peu. lâche-t-il au bout d'un moment à l'adresse du corps allongé de son ami.
Ron a dit oui et Harry ouvre la fenêtre. Puis il prend le parti, avec tact, de les laisser. Il sort de la chambre, il croise une infirmière. Discute. Descends fumer devant la façade de l'hôpital. Remonte. Le temps de voir Hermione sortir de la chambre, très pâle et le visage défait.
- Il… Il a dit qu'il ne pouvait pas vivre sans moi !
- Mais si, il va y arriver.
- Il dit qu'il va mourir !
- Mais non, il va pas mourir ! La preuve il est là. Ne t'inquiète pas, il est entouré. Il y a moi, il y a les collègues de bureau, et il y a toute la famille. Rentre te reposer maintenant. Si tu veux on peut aller marcher encore un peu dehors.
- JE N'ARRIVE PAS A SORTIR ! crie Hermione. Je peux plus le laisser, jamais ! Je l'ai tué !
Harry la regarde, épouvanté. Puis, il lâche après un silence :
- Ne bouge surtout pas, je reviens.
Et il s'éloigne dans un couloir. Réapparaît quelques minutes après accompagné d'une femme brune d'une cinquantaine d'année, chignon et blouse blanche.
- Hermione, je te présente le docteur Ramirez. C'est elle qui s'est occupée de Ron lors de son admission ici. Docteur, je vous présente Hermione Granger, l'ex compagne de Ron.
- Enchantée Mrs Granger. dit le médecin. J'aimerais vous parler juste un instant en privé. Si vous voulez bien me suivre jusqu'à mon bureau.
- D'accord… murmure Hermione avec automatisme, décontenancée, avant d'emboîter le pas du docteur Ramirez.
- Je t'attends dehors. propose Harry.
Il disparaît vers les ascenseurs.
Hermione entre à la suite du docteur Ramirez.
- Asseyez-vous, je vous prie.
Elle obéit comme un automate et s'assoit sur le siège en face du médecin.
- Tout d'abord je voudrais vous dire que vous n'êtes pas responsable de l'acte qu'a commis monsieur Weasley.
- Mais… Comment… balbutie Hermione.
- Laissez moi finir. Vous n'y êtes pour rien. Monsieur Weasley présente un état de dépression avancée et nous avons pris la décision, moi et mes collègues, et en accord avec la famille, de le faire admettre en maison de repos dès qu'il sortira d'ici.
- Mais… Si il veut pas ? s'offusque Hermione, épouvantée.
Le docteur Ramirez marque un temps d'arrêt.
- Il veut bien. A vrai dire, il en a même exprimé la demande.
- Ron ? Exprimer ce genre de demande ? Je refuse d'y croire. Je le connais par coeur. maintient Hermione, intensément choquée.
- Je veux bien croire que vous le connaissez. Je ne remet aucunement cette vérité en cause. Mais le fait est que lorsque nous avons expliqué à votre ex compagnon qu'il serait mieux pour lui d'être admis dans une maison de repos plutôt que de rentrer directement chez lui une fois remis sur pied physiquement, il n'a pas émis d'objection.
- Si c'est mieux pour lui… marmonne Hermione. Pourra-t-on aller le voir là bas ?
Le docteur Ramirez pose ses lunettes sur son bureau et marque un nouveau silence, l'air intensément gênée.
- Vous vous doutez bien que si je vous aie fait venir dans mon bureau, c'est pour une bonne raison. C'est un peu délicat. D'abord et, j'insiste vraiment là-dessus, vous n'êtes pour rien dans cette situation.
- Mouais, ben moi je suis pas dupe. Dites toujours.
- Nous pensons que la seule chose qui le guérirait serait de ne plus vous voir.
- Pardon ?
- Il a besoin de faire le deuil de sa relation avec vous, sans quoi il ne guérira jamais.
- Et à part ça, ça n'est pas ma faute ! Bien sûr. Bien sûr.
Hermione éclate d'un petit rire nerveux en se tordant les mains et en s'arrachant méticuleusement toutes les petites peaux tout autour des ongles. Elle ressent l'envie de coller une trempe à Fleur, pour venger Ron. Non, ça n'est pas la vérité. La vérité, c'est que ce serait sûrement bon de coller une trempe à Fleur, Ron ou pas Ron qui tienne. C'est sa faute, autant continuer. Comment ose-t-elle penser à Fleur dans un moment pareil ?
D'autres paroles fluctuantes sont échangées entre elle et le médecin. Ses microscopiques plaies sanglantes tout autour de ses ongles prennent des allures de champ de mine.
- Et donc, je ne dois plus le voir ?
- Si vous voulez qu'il guérisse. Qu'il fasse le deuil. Vous restez libre de vos mouvements, vous faites bien ce que vous voulez. Appelez ça juste… Une « intuition médicale ». Si vous voir le soulagera un temps, cela lui provoquera surtout du stress. Il a cristallisé toutes ses névroses autour de vous, il vous idéalise. Il a besoin de se soigner et semble bien entouré pour cela. Je sais que c'est difficile à entendre, mais vous pouvez l'aider par votre absence. Ça ne vous empêche pas bien sûr de questionner vos amis et de prendre de ses nouvelles. Mais monsieur Weasley est extrêmement fragile…
- Je le sais qu'il est fragile. coupe Hermione, abrupte. Je le sais mieux que personne.
Dans le hall, Harry fait les cent pas. L'entretien est interminable. Hermione finit néanmoins par réapparaître, les yeux gonflés.
- Alors ?
- Je ne dois plus le voir, pour son propre bien. ironise-t-elle. Mais à part ça, ça n'est pas ma faute, enfin, soi-disant.
- Cesses donc de radoter. Viens, on va prendre un verre. J'ai besoin de m'aérer moi aussi, Ginny a pété littéralement un plomb, et vu que Ron était encore endormi, c'est moi aie tout pris. On ne s'était pas engueulés comme ça depuis au moins un an.
- Boire un verre, pourquoi faire ? Qu'est ce que c'est vain.
- Allez, viens.
Hermione vient, mais le verre ne passe pas. Le liquide reste coincé dans le nœud de sa gorge.
- Bon, allez, on en a assez fait, ne t'inquiète pas trop pour lui et cesse de culpabiliser, il va être pris en charge correctement, il y aura l'équipe médicale, la maison de repos, et puis moi, Ginny, et la famille, on passera tout le temps, tu pense bien. Parle-moi un peu de toi.
- Y a rien à dire. crache Hermione d'un ton aigre.
- OK, j'insiste pas.
Hermione se force à avaler tout d'un trait son verre nauséeux qui bloque.
- Je corrige des copies, j'étouffe dans une chambre d'hôtel, j'ai tué Ron et…
- Et quoi ?
- Et tu avais raison, par rapport à ce que tu m'as dit y a quelques mois. Fleur Delacour, elle m'embête pas. Partons.
Ils payent.
- Je te revois quand ? s'inquiète Harry.
Hermione hausse les épaules.
- Peu importe. J'en sais rien. Appelles moi quand tu commenceras à te demander si je suis vivante ou morte. Et tiens-moi au courant des horreurs que la famille Weasley dit sur moi.
- Hermione, ils ne disent pas d'horreu…
Hermione a fait la bise sèchement, et Hermione est déjà partie. Harry rentre à son appartement, décontenancé.
Elle tourne en rond dans sa chambre d'hôtel. Elle sent l'angoisse monter, monter, monter. Elle ouvre la fenêtre en grand. L'odeur de cigare du voisin du dessous lui remonte dans les narines et lui colle la gerbe, une intense envie de gerber. Ca ne va pas. Du tout. Elle va finir pliée en deux. Elle n'aurait pas dû quitter Harry si brusquement. Elle n'aurait pas dû tuer Ron. C'est sa faute. Qui appeler ? Ses parents pour échanger des banalités ? Certainement pas. Catherine et son connard de mari ? Ils vont vouloir à coup sûr parler de choses trop intellectuelles et il va falloir s'habiller pour sortir. Harry ? Manquerait plus que ça, elle vient de le quitter, le comble. Les collègues, les amis, les connaissances, les relations ? Ah non, ah non, ah non, non, non. Hermione se connaît, elle sait pourtant qu'il faut qu'elle fasse quelque chose avant que l'angoisse ne se mette à la dévorer. Il faut qu'elle parle à un autre être humain. Parce que telle qu'elle est partie, bientôt l'angoisse la rongera comme un gros ver se tordant dans ses boyaux et elle n'aura même plus la force de se traîner à quatre pattes jusqu'à la porte d'entrée. Ferme les yeux. Personne ne viendra te ramasser ici. Allez, fermes les yeux, respire à fond, reprends toi, décide toi.
- Allo ? Luna ? C'est Hermione, la fille de l'Athena bar.
- Bonjour Hermione !
- Je suis désolée de te déranger. C'était pour savoir si tu voulais te faire un ciné, enfin… A l'occasion.
- Ah oui, maintenant ! Enfin, si tu veux. Tu veux maintenant ?
- Sérieux ? Oui je veux bien !
- Ah oui, bien sûr que oui ! Tu veux voir quoi ?
- Oh par pitié, vraiment n'importe quoi ! gémit Hermione. Je suis désolée de te déranger, vraiment.
- Tu ne me dérange pas. Faisons nous un ciné. Allons voir n'importe quoi. Attends, je regarde sur Internet. Oh, il y a L'hélicoptère du mal à 18h45 au cinéma de Tottenham, rien que le titre ça donne envie, non ?
- Tu m'étonnes ! lâche Hermione en pouffant.
L'hélicoptère du mal… Voilà autre chose. Hermione respire profondément et éclate de rire. Elle est sortie d'affaire, la menace de destruction est passée.
- Alors, 18h45 devant le cinéma, à Tottenham ?
- 18h45, c'est entendu. A tout à l'heure Luna. Et merci.
Hermione raccroche. 18h45, ouf. Sortir, vite avant que le mal ne la reprenne. Le mal… L'hélicoptère du mal, haha! Quel titre à la con franchement. Ca promet. Elle pouffe toute seule comme une ado. Elle s'essouffle dans la rue.
Vendredi, 20h.
- Je vous remercie pour le semestre Madame, c'était très intéressant.
- Merci, Miss Williams. Au revoir et bon courage pour la suite ! Tenez moi au courant pour vos examens !
- Au revoir et merci !
Hermione range ses affaires avec rage. C'est fini ! Elle pousse un long soupir en constatant que la classe n'est toujours pas vide.
- Toi, qu'est-ce que tu veux ? crache-t-elle comme à l'adresse d'un chien.
- Ma note.
Elle doit refaire semblant de fouiller dans ses papiers alors qu'elle connaît déjà la réponse, quel ennui mortel.
- Tu as 15. lâche-t-elle avec froideur, comme une insulte.
- Cool. Enfin je veux dire, excellent.
Hermione finit de ranger ses affaires et s'en va, les secondes passent. Lentement.
- Qu'est-ce que tu fiches encore là ? lâche-t-elle avec énervement lorsqu'elle atteint la porte.
- J'ai eu ma note. Et toi, tu veux quelque chose ?
- Un truc alcoolisé. marmonne Hermione d'une voix atone.
- Je connais un bar à absinthe sur Oxford Street, allons nous en prendre une pour fêter nos adieux définitifs.
- Autant fêter la victoire d'une équipe de foot avec les perdants de l'équipe adverse. fait remarquer Hermione avec sarcasme.
- Allez, je te l'offre !
- Certainement pas. Mais c'est d'accord, je vais m'en prendre une. Mais faisons vite, car mon mari m'attend. lâche-t-elle, prise d'une inspiration subite.
Elle pouffe intérieurement. Le ciel est bleu, les oiseaux chantent, Ron est tiré d'affaire, Harry l'aime encore - et peu importe si c'est parce qu'il ne sait rien, on verra ça plus tard. Plus rien n'a d'importance.
Fleur marmonne quelque chose d'inintelligible et elles atteignent ensemble la sortie principale de l'université.
- On peut y aller à pied. dit Fleur. A moins que tu ne préfères le métro.
- Allons-y à pieds. pouffe gaiement Hermione.
- C'est d'accord.
Elles marchent l'une à côté de l'autre à un bon mètre de distance sans cracher le moindre mot. Au bout d'un certain temps, dix minutes à quinze minutes ou si ce n'est bien vingt, Fleur montre une devanture de pub bondé à Hermione et lui dit :
- C'est là.
Elles entrent et s'engouffrent. Hermione repense à un vieux film enfoui quelque part.
- Absinthe, deux.
- Je croyais que c'était interdit.
- Quoi ?
- L'absinthe.
- Pas partout. Ca dépend où tu va. Et ça dépend ce qu'ils mettent dedans. Ici, je suis pas sûre que ce soit de la vraie. Rien à voir avec celle du dix-neuvième siècle.
- Qu'est ce que tu y connais, toi, au dix-neuvième siècle ?
- Oh, j'y vais tous les dimanches, parce que c'est le jour du seigneur. ironise Fleur.
- Pourquoi tu m'as emmenée là ?
- Mens pas, tu voulais une absinthe.
Hermione n'est même plus mal à l'aise. Elle se contente d'observer Fleur, hors contexte, le sourire arrogant et les seins saillants, ce qui ne change pas de d'habitude, mais le mythe est cassé, tombé. Elle n'a plus qu'un être humain normal devant elle. Elle ne sait pas pourquoi elle a accepté, ni pourquoi Fleur a demandé. Elle ne sait pas non plus pourquoi il s'est passé ce qu'il s'est passé deux semaines plus tôt, par contre, elle sait qu'elle avait envie de boire, et qu'elle apprécie de boire, que son sang s'échauffe, que Ron danse dans sa tête, branché à des tuyaux, et que ça lui fait du bien.
- J'ai très chaud. dit Hermione d'une voix suave, l'absinthe coulant dans ses veines.
- Rentre avec moi. ordonne Fleur, son genou cognant le sien sous la table.
- Non.
- Pourquoi non ?
- Il faut que je fasse mon linge, et que je fasse manger mes enfants. dit-elle en riant comme une jeune fille légère.
Fleur éclate de rire, farfouille dans son sac, et écrit quelque chose sur un bout de papier.
- Tiens. dit-elle en le tendant à Hermione.
- Qu'est ce que c'est?
- Mon numéro. Si un jour tu as envie de sexe, et uniquement de sexe, tu n'as qu'à m'appeler. Peut être que je t'enverrais paître, peut être que je te dirais oui. Mais tu peux essayer au moins une fois, ou deux, quand tu auras fini ton linge.
C'est au tour d'Hermione d'éclater de rire.
- Tu ne manques pas d'air. J'y penserais. Allez, partons, payons, cette situation devient indécente et surréaliste.
Fleur paie les deux absinthes, Hermione lui tend un billet à la sortie pour annuler la transaction, ce qui ennuie profondément Fleur.
- Allez, adieu. lâche la prof en s'éloignant.
- Adieu. répond en écho l'ex mannequin en empruntant la direction opposée.
Hermione sourit dans son jean sale en se mordillant des mèches de cheveux. Le ciel est bleu, et Ron va bien, il a raison, Harry. Le semestre est fini, Harry. Le cœur plus léger, Harry, tu m'en donneras des nouvelles, elle déchire le numéro dans sa poche. Une nouvelle page se tourne, elle va repartir du bon pied, son rôle est fini, elle va rebondir, le semestre est mort, sa chair est vivante, Fleur ne l'embêtera pas, elle ne l'embêtera plus. Le ciel est bleu, une nouvelle vie l'attend. Absinthe with Faust.
A suivre.
Les mots en italique du dernier paragraphe sont un emprunt, c'est le titre d'une chanson du groupe Cradle of Filth. J'aimerais bien des reviews car ça n'est jamais agréable de pisser dans un violon, surtout que je n'ai qu'une guitare et que ce malheureux instrument de musique n'a rien demandé non plus. Et si quelqu'un a vu L'hélicoptère du mal, je veux bien une critique de film. Et à celles qui reviewent presque à chaque fois, comme aux occasionnels, merci, franchement, vos commentaires sont lus et appréciés et me donnent le sourire à chaque chapitre.
Louise Nargole
