Chapitre 9
Alicia ne savait pas comment réagir à la déclaration d'Eli par l'intermédiaire des fleurs. Il avait eu raison. Elle était éduquée, et connaissait la signification des fleurs envoyées à une femme. Les roses rouges étaient la passion et l'amour, les blanches pour la pureté des intentions et les nouveaux départs, les deux ensembles étaient pour l'unité, et les roses roses étaient pour l'admiration de la grâce et de l'élégance, et bien sûr, les jacinthes pourpres étaient des excuses. Elle se devait d'apprécier non seulement ses goûts, mais aussi son ingéniosité. Connaître la signification des fleurs devenait un art perdu à l'époque actuelle.
Elle étudia intensément l'arrangement, laissant son esprit vagabonder sur le vaste sujet qu'était Eli Gold. Elle pouvait sentir le sourire qui étirait un coin de sa bouche. Il lui faisait ça. Il la faisait se sentir plus en sécurité, appréciée. Il savait qu'elle était intelligente, et ne semblait jamais surpris qu'elle soit plus que ce qu'elle montrait. Cette nuit où ils avaient discuté autour du repas qu'ils partageaient, avant le divorce, elle s'était sentie suffisamment à l'aise avec lui pour lui montrer sa vraie personnalité. Personne n'avait vu cette partie d'elle, sauf son frère. Et elle appréciait qu'il puisse faire ressortir ça en elle. Elle appréciait sa compagnie. Elle l'appréciait lui.
Alicia repoussa les fleurs de son esprit, quand Kalinda frappa à la porte. Elle sourit à la plus jeune, un vrai sourire pour une fois.
« Que puis-je faire pour toi, Kalinda ? » demanda-t-elle.
« Rien. Je suis venue pour voir si tu avais besoin de quoi que ce soit pour ta plaidoirie aujourd'hui. »
« Non. C'est bon, merci. » Kalinda hocha la tête mais resta à la porte. Elle fit un signe de tête vers les fleurs.
« Qui... »
« Eli Gold. » répondit Alicia, son sourire étant revenu. Kalinda hocha de nouveau la tête et disparut du pas de sa porte. Le reste de la matinée passa rapidement. Elle passa l'après-midi au tribunal. Elle montrait son propre style dans la salle d'audience, usant de son calme, de son masque politique pour faire trébucher les témoins. Elle était très subtile dans ses tactiques, ce qui poussait souvent ses adversaires à la sous-estimer. Elle n'était pas flamboyante, ou agitée dans ses manières, ce qui poussait le conseil opposé à penser qu'elle était silencieuse a cause de son incompétence. Elle était en vérité une excellente avocate.
Quand son affaire courante fut ajournée, elle rassembla ses affaires pour retourner au bureau. Elle trouva Will assis au fond de la pièce, l'attendant. Ils se fixèrent un moment avant qu'elle remonte l'allée pour le rencontrer à la porte. Elle attendit que Will brise le silence, sachant qu'il avait moins de patience qu'elle et ne pourrait pas résister à lui dire pourquoi il était là.
« Tu t'es bien débrouillée au tribunal, aujourd'hui. J'aime la façon dont ils continuent à te sous-estimer. C'est une bonne tactique, le silence et l'attente sereine. » Dit-il, confirmant sa pensée.
« C'est n'est pas une tactique, Will c'est la façon dont je suis. Peu importe ce qu'ils supposent, c'est de leur faute. As-tu besoin de quelque chose en particulier ? »
« Je voulais parler avec toi. Je sens comme si nous n'avons pas pu terminer notre conversation hier. Tu as dit que les enfants allaient bien, et que toi aussi, mais est-ce réellement la vérité ? »
« Tu demandes en tant que patron, ou ami ? » Elle essayait de définir les règles de base.
« Je demande en tant qu'ami. Nous ne sommes pas au travail en ce moment. »
« Les enfants gèrent du mieux qu'ils peuvent comme je te l'ai dit avant. Moi, d'un autre côté, je vais survivre. Je survis toujours. »
« Ça ne veut pas dire grand-chose, Alicia. Tu ne veux pas plus que juste survivre ? Tu ne penses pas que tu mérites d'être heureuse, pour une fois ? »
« Je veux plus que juste survivre. Je veux être heureuse. Mais ça va être long pour en arriver là. En ce moment, il n'y a pas grand-chose pour me rendre heureuse. Je viens juste de finir la procédure de divorce avec un homme que j'ai aimé pendant plusieurs années, et qui est le père de mes enfants. Je suis heureuse de travailler. J'aime mon travail. Je suis heureuse d'avoir mes enfants dans ma vie. Je suis heureuse de t'avoir comme ami. Mais au-delà de ça, je ne suis pas encore sûre. Il y a tellement de choses que j'ai ratées juste en étant la femme de Peter. Je dois me retrouver. Une fois que j'aurais fait cela, peut être que je pourrais vivre plus que juste pour survivre. »
« Penses-tu qu'il y aura un jour une chance pour moi d'être celui qui te donnera ce petit bout de bonheur que tu recherches ? »
« Will, tu es mon ami. Tu es mon patron. Cela fait 20 ans que nous ne sommes plus ces jeunes adultes heureux en école de droit. Je vais admettre que peut-être c'était ce que je voulais quand je suis venue te voir pour la première fois te demander ton aide, mais je ne suis plus la même personne que j'étais. Cette année m'a tellement changée. Je me préoccuperai toujours de toi Will, mais je ne pense pas que je pourrais un jour te donner ce que tu demandes. Ce sentiment n'est simplement pas là. » soupira-t-elle tristement. Il s'avança et attrapa sa main, l'arrêtant.
« Je devais essayer une dernière fois. » Il y avait une tristesse dans ses yeux qui faisait écho à la sienne. Il la tira dans une brève accolade, plaçant un baiser amical sur son front, avant de la lâcher. Elle lui sourit, et il se sentit comme si on lui avait donné un cadeau vraiment spécial, le cadeau d'un sourire sincère d'Alicia. C'était le même que celui qu'elle lui avait donné tellement d'années plus tôt, quand il avait réalisé pour la première fois qu'il était complètement amoureux d'elle. C'était un peu douloureux de le voir maintenant, à la fin d'un quelconque sentiment amoureux ayant existé, mais c'était une bonne douleur, un peu comme guérir. Ils reprirent leur marche vers le bureau. Il faisait froid, mais aucun des deux n'y faisait attention. Ils étaient à l'aise avec l'autre, avec cette nouvelle dynamique entre eux.
« Tu n'as pas encore demandé. » invita-t-elle après quelques minutes de silence. Il la regarda en connaissance de cause.
« Je me suis dit que tu me le dirais quand tu aurais un moment. Après tout, je suis ton meilleur ami. » Dit-il avec une voix légèrement féminine.
« Oui, la meilleure des meilleures amies. » répondit-elle avec un rire. C'était presque comme avant entre eux. Elle l'avait déjà appelé comme ça avant, quand ils étaient à l'école de droit. Elle avait toujours été capable de tout lui dire, même à l'époque.
« Absolument. Donc... » L'invita-t-il à continuer.
« Les fleurs sont d'Eli Gold. »
« Un homme intelligent. Je suis presque jaloux de ne pas y avoir pensé. »
« Oui, c'est un homme intelligent, et ne sois pas jaloux, c'est petit. J'étais surprise si ce n'est pas un euphémisme. Il ne m'était pas apparu comme du type romantique, mais il m'a beaucoup surprise ces derniers mois. »
« Qu'est-ce que tu veux dire par romantique ? Et comment t'a-t-il surprise ? »
« Eh bien, les fleurs représentent des excuses, l'amour, la passion, l'unité, l'admiration de la grâce et de l'élégance, et la pureté des intentions. Et pour la surprise, les fleurs en faisaient partie. Il a choisi mon côté à celui de Peter. Il était là, la nuit où tout s'est effondré, juste sa présence. Il a écouté quand j'avais besoin de quelqu'un pour tout évacuer, il a réservé son jugement, et n'a jamais essayé de l'utiliser contre moi, même si il aurait pu. Il devient un bon ami, lui aussi. »
« Mais il ne sera jamais la meilleure des meilleures amies ? » demanda Will avec un sourire.
« Non, ce titre est solennellement réservé pour toi. » ils furent silencieux pendant quelques minutes avant qu'il ne commence à rire un peu.
« Qu'est ce qui est si drôle ? »
« Eli Gold tombant sous ton charme. » elle le regarda prudemment, comme s'il perdait la tête, attendant qu'il élabore. « Tu ne le vois pas, parce que tu n'as pas une once d'arrogance en toi, mais tu as juste cet effet sur les gens. C'est évident sur moi j'ai été amoureux de toi pendant des années. C'était évident sur Peter. Il était frappé la première fois qu'il t'a vue. J'avais pensé qu'Eli Gold serait plus difficile à avoir. Qu'il ne tomberait pas sous ton charme, mais même lui n'a pas pu résister. Et ce n'est pas juste les hommes. Diane te respecte tellement plus que tu ne le réalises, Derrick aussi, mais c'est un homme. Et Kalinda ferait probablement juste n'importe quoi pour toi. Et tu ne le vois pas du tout. »
« Je pense vraiment que tu as perdu le peu de bon sens qu'il te restait. » se moqua-t-elle.
« Alicia, tu as une force sur laquelle on peut compter à n'importe et tous les niveaux. Je pense que si tu veux trouver ton propre bonheur, tu dois accepter que tu es une personne extraordinaire à tous les niveaux, et qu'on te voit tous comme ça, que tu puisses le voir ou pas. »
« Merci. » dit-elle sérieusement, alors qu'ils atteignaient les portes de l'immeuble. Elle fut silencieuse pendant les quelques minutes qu'il fallait pour atteindre leur étage. Quand ils sortirent de l'ascenseur et étaient sur le point de partir chacun de leur côté, elle répondit, autorisant a la fille malicieuse dont il était tombé amoureux tellement d'années auparavant de faire une apparition. « Et la prochaine fois que j'ai besoin qu'on flatte mon ego, je sais exactement qui appeler. »
