Une fois qu'il eut démarré le véhicule et que nous commençâmes à sortir de la ville, Carlisle me demanda :

- Esmée, depuis combien de temps sais-tu que je suis un vampire ?

- Depuis dimanche dernier, répondis-je.

Il leva un sourcil interrogateur et je me lançai :

- Je t'ai dit à l'hôpital que mon père adoptif vivait à La Push, expliquai-je. C'est Billy Black, un des Anciens de la tribu des Quileutes.

Un éclair de compréhension se dessina sur le visage de Carlisle. Je lui racontai tout ce qui s'était passé le dimanche précédent en détail. Il garda le silence un moment, plongé dans ses pensées.

- J'imagine, fit-il enfin, que ça a du être un choc d'apprendre tout cela d'un coup.

- Oui, c'est vrai, mais je m'en suis bien remise.

Je l'observai. Il semblait songeur, comme si quelque chose le troublait.

- Mais... hésita-t-il, je ne te fais pas peur ?

- Non, affirmai-je. J'ai confiance en toi, malgré ce que Billy pense.

- Il doit penser que je ne suis justement pas digne de confiance...

- Oui, quelque chose comme ça, mais je m'en fiche, je sais que tu ne me feras pas de mal.

Je l'observai à nouveau. Je ne comprenais pas pourquoi, mais il semblait mécontent.

- Tu ne lui as pas dit que tu venais ici avec moi, n'est ce pas ? Me questionna-t-il.

- Non, avouai-je, il n'aurait pas été d'accord de toute façon et il n'a pas besoin de le savoir pour le moment.

- Tu ne vas pas lui dire ? S'étonna-t-il.

- Si, bien sûr, mais... pas tout de suite. Je dois juste trouver le moyen de lui en parler sans qu'il ne le prenne mal.

L'angoisse m'étreignit pendant un court instant en pensant à cela. Il faudrait bien que Billy soit mis au courant un jour, et je ne voyais absolument pas comment lui annoncer sans qu'il ne se mette en colère.

- Ton père a peut être raison, chuchota mon compagnon, tu ne devrais pas être ici avec moi. Tu es une humaine et je suis un vampire.

- Et alors ? M'écriai-je. Le fait que tu sois un vampire n'a pas d'importance ! Tu es quelqu'un de bien Carlisle, et je...

- Tu ?

- Je ne veux pas être séparée de toi, continuai-je tout bas.

Il ne dit rien et son visage se ferma. Je me sentis terriblement inquiète, je venais de lui dire que je tenais à lui, mais il ne répondait pas. Se pouvait-il que je ne me sois fait que des illusions ? Que le baiser échangé tout à l'heure n'ait pas été aussi significatif que je le pensais ?

- Esmée, dit enfin Carlisle, je ne te connais pas depuis longtemps, mais j'ai pris conscience que tu étais très importante pour moi. Je veux que tu sois heureuse et je voudrais aussi... être heureux avec toi. Mais, même si je ne me nourrit pas en assassinant des gens, je reste un dangereux prédateur. J'ai peur que nos différences nous séparent.

Il venait de me dire tout ce qu'il avait sur le coeur et j'en avais les larmes aux yeux. Il semblait craindre ma réaction, comme s'il avait peur que je prenne soudain conscience de sa dangerosité et me mette à lui crier de me laisser tranquille. Mais j'avais parfaitement conscience de sa nature et ma confiance en lui était inébranlable, il avait besoin de le savoir.

- Nos différences ne nous séparerons pas, affirmai-je sur un ton de défi. Je sais au plus profond de moi que tu ne me feras jamais de mal.

- Tu le penses vraiment ?

- Oui.

Après ce simple "oui", il parut s'apaiser. Il retira sa main droite du volant de sa voiture et serra la mienne, puis, il me sourit et éclata de rire.

- Je suis soulagé, dit-il. Moi qui pensais que tu t'enfuirais en hurlant quand je t'avouerais tout...

- Même si je n'avais pas été au courant avant, je ne me serais pas enfuie, Carlisle.

- Oui, c'est ce que m'avait dit Alice, dit-il d'un ton léger.

- Ah oui ? M'étonnai-je, curieuse.

Il me fit un sourire en coin et expliqua :

- Alice m'avait prévenu que tu le prendrais très bien, et que je n'avais absolument pas à m'inquiéter. Mais ça ne m'a pas empêché de l'être, inquiet.

- Comment Alice savait-elle cela ?

- Elle a... un don particulier. En fait, elle peut voir l'avenir.

Je le regardais avec des yeux ronds.

- Wow... Ce doit être... pratique.

Il rit.

- En effet mais, son don n'est pas une science exacte. Ses visions sont susceptibles de se modifier car l'avenir change en fonction des décisions que prennent les gens.

- Je vois, et... ce don de voyance est-il une carctéristique vampirique ?

- Certains vampires ont des dons intéressants, mais Alice est la seule a pouvoir voir l'avenir. Jasper a lui aussi un don particulier, il détecte les émotions et est capable d'influer sur elles. Bella est ce qu'on appelle un "bouclier", elle peut se protéger et protéger son entourage des pouvoirs psychiques d'autres vampires, son don est très puissant. Quant à Edward, il entend les pensées des gens, et peu de vampires possèdent ce pouvoir.

Je me figeai en entendant cette dernière information. Carlisle sentit ma tension et me regarda, inquiet.

- Esmée ? Appela-t-il.

- Edward lit dans les pensées ?

- Oui, qu'y a-t-il ?

Je me remémorai la drôle de journée de la veille, les coups d'oeils surpris d'Edward à chaque fois que je me faisais des reflexions sur les vampires. Tout ça prenait un sens. Je le racontai à Carlisle et il fronça les sourcils.

- Oui, confirma-t-il. Il a du comprendre que tu savais que nous étions des vampires. Je me disais bien qu'il y avait quelque chose.

- Comment ça ?

- Hier, quand je suis rentré de l'hôpital, les enfants discutaient tout bas de quelque chose qui les préoccupait. Ils se demandaient sans doute comment tu avais pu apprendre notre secret. Je leur ai demandé ce qui se passait mais ils n'ont rien voulu me dire.

- Ils préféraient que tu aies la surprise, plaisantai-je.

Carlisle me sourit tendrement.

- C'était une sacré surprise, je dois dire.

Je rougis.

- Quel âge as-tu Carlisle ? Demandai-je après quelques secondes.

Il ne répondit pas immédiatement.

- Physiquement, j'ai vingt-trois ans.

Vingt-trois ans ? Zut, ça fait deux ans de moins que moi. Ce n'était guère surprenant. Il m'avait toujours paru plus jeune que les trente ans qu'on lui prêtait.

- Et sinon ? Insistai-je, hésitante.

- Je viens d'avoir trois cents soixante-deux ans, avoua-t-il.

Je tentai de cacher ma surprise, mais il ne fut pas dupe.

- Je suis un peu vieux pour toi, dit-il, l'air malheureux.

- L'âge n'a aucune importance, le rassurai-je. Et tu n'es pas vieux, tu as vingt-trois ans. Moi j'en ai vingt-cinq, alors c'est moi la plus vieille.

Il rit, de bonne humeur.

- À propos Carlisle, continuai-je, j'ai bien compris que les vrais vampires sont différents de ceux des mythes, mais je ne sais pas exactement à quel point.

Il soupira.

- Que veux-tu savoir ?

- Par exemple, le soleil ne te fait aucun effet ?

- Le soleil ne me fait pas brûler, non, mais il déclenche tout de même une réaction étrange sur ma peau, c'est pourquoi, il vaut mieux que nous ne nous montrions pas au public un jour où il fait beau. Cela risquerait d'effrayer les gens. Tu seras peut être le témoin privilégié de ce phénomène, un jour prochain.

Je me sentis heureuse de cette promesse, que Carlisle veule bien partager cela avec moi.

- Et, enchaînai-je, j'imagine que tu ne vis pas dans une crypte ?

- Non, en effet, rit-il. Tu pourras voir ma maison bientôt si tu veux.

- J'ai hâte, répondis-je, enchantée.

- Avant que tu ne me poses la question, continua-t-il l'air espiègle, non, je ne peux pas me transformer en chauve-souris, et non, je ne dors pas dans un cercueil.

- Vraiment ?

- En fait, je ne dors pas du tout.

- Tiens donc, répondis-je d'un ton faussement badin.

Il ne dormait pas ? Jamais ? Voilà qui était difficile à imaginer.

- Et on voit mon reflet dans les miroirs, ajouta-t-il.

- Tant mieux, c'est plus pratique.

Il rit a nouveau.

- Tu prends toujours tout aussi facilement ? S'étonna-t-il.

- Fais moi signe quand tu auras quelque chose de vraiment surprenant à me raconter ou à me montrer, plaisantai-je.

- Attends de me voir au soleil, tu riras moins, répliqua-t-il avec un clin d'oeil. Nous arrivons.

En effet, nous étions déjà à Forks. Carlisle gara la voiture de vant l'immeuble où j'habitais et vint m'ouvrir la portière. Il me prit timidement par la main, et je la lui serrai, moins timidement. Son odeur enivrante m'enveloppait tandis que nous marchions jusqu'à la porte de chez moi. Je n'avais pas envie qu'il s'en aille. Je ne voulais pas rester seule.

- Carlisle, commençai-je, tu veux rester un peu ?

Il me sourit et ses yeux dorés étincelèrent.

- Avec grand plaisir.

Mon coeur fit un bond dans ma poitrine. Je n'avais aucun doute sur le fait que cette soirée était la plus belle de ma vie. Nous entrâmes dans mon appartement et je me demandai ce que nous allions faire. À quoi un vampire pouvait-il bien passer son temps ? Finalement, nous nous asseyâmes dans le canapé à quelques centimètres l'un de l'autre. Après une légère hésitation, j'attrapai sa main et la carressai lentement. Il avait des doigts délicats plutôt longs, sa peau était blanche et froide, lisse et dûre comme de la pierre, mais douce.

- C'est vraiment étrange, entendis-je Carlisle murmurer.

Je relevai la tête. Carlisle me souriait, plus beau que jamais. Ses cheveux prenaient une teinte miel sous la lumière, et ses yeux étaient brillants, emplis d'une étincelle qui me fit vibrer. Il parut hésiter, comme s'il craignait de m'effrayer mais je me rapprochai de lui. Et, pour la deuxième fois, il m'embrassa. La sensation de ses lèvres sur les miennes était incroyable, divine. Je ne pourrais jamais m'en lasser, et encore moins m'en passer.

Au bout d'un moment, il mit fin au baiser et s'écarta prudemment de moi. Après avoir repris mon souffle, je demandai :

- Qu'est ce qui est étrange alors ?

- Tu n'as absolument pas peur de moi. N'importe qui chercherait à m'éviter en sachant ce que je suis. Mais pas toi, ajouta-t-il doucement.

- Il faut croire que je ne suis pas n'importe qui, murmurai-je.

- En effet, tu es unique.

Nous nous sourîmes mutuellement et je me blottis dans ses bras. Il me serra contre lui et je fermai les yeux tandis qu'il posait son menton sur le haut de mon crâne.

Quand je me réveillai le lendemain matin, je me demandai où j'étais. Puis, je reconnus ma chambre, les murs crème, le petit bureau sous la fenêtre et la table de chevet en plastique noir à côté de mon lit. J'étais encore habillée, mis à part le fait que mes chaussures étaient posées au pied du lit. Je me remémorai pendant un moment la soirée d'hier. Je ne me souvenais pas du moment où Carlisle était parti, ni de celui où je m'étais couchée. D'ailleurs, pourquoi est ce que j'ai dormi toute habillée ?

Ne comprenant toujours pas je me levai et allai dans la salle de séjour. Sur la table basse, un morceau de papier plié en deux m'attendait. Je l'attrapai et le lut :

Esmée,

Lorsque tu liras ces mots, je serais sans doute à l'hôpital.

Tu t'es endormie dans mes bras hier soir, et j'ai pris la liberté de t'installer dans ton lit, j'espère que tu ne m'en voudras pas.

Mon service finissant à une heure de l'après-midi, je suis disposé à venir te voir chez toi juste après. Je te laisse un numéro de portable afin que tu puisses me dire si tu es d'accord.

Bien à toi,

Carlisle

Un numéro de portable était en effet inscrit au bas de la feuille. J'allai aussitôt chercher mon téléphone et écrivit un message dans lequel je donnais mon accord à Carlisle.

Je m'étais donc endormie dans ses bras la veille au soir ! Et c'était lui qui m'avait porté jusqu'au lit, m'avait déchaussée et m'avais mise sous les draps. Je n'en revenais pas. La soirée de la veille me semblait presque irréelle, mais il me restait ce petit papier qui prouvait bien que tout ce qui m'était arrivé était vrai.

Je pris mon déjeuner tranquillement, me sentant plus heureuse que jamais. Je n'avais jamais connu d'histoire amoureuse sérieuse jusqu'à présent, et c'était la première fois que j'étais amoureuse de quelqu'un. J'étais également sûre que j'étais amoureuse de Carlisle et que je le serais toujours.

Après mon petit-déjeuner, je m'habillai rapidement d'un jean, d'un haut blanc et d'un gilet noir. Ma tenue décontractée préférée. J'étais en train de me demander ce que j'allais faire quand on frappa à la porte. Intriguée, j'allai ouvrir. Cela ne pouvait pas être Carlisle, il était bien trop tôt, alors qui était-ce ?

La réponse était : Julia.

- Coucou ! S'exclama-t-elle une fois que j'eus ouvert.

- Salut Julia, la saluai-je. Qu'est ce que tu fais là ?

- Je passais dans le coin... Tu es seule ?

- Oui, répondis-je, troublée.

- Oh, d'accord. C'est juste que je me disais que tu n'avais peut être pas passé la nuit seule et j'étais tellement impatiente de savoir comment s'était passé ton rendez-vous que je n'ai pas pu attendre que tu m'appelles.

- Oh ! Je comprends ! Entre je t'en prie.

Quelques instants plus tard nous étions assises dans le canapé, et Julia me bombardait de questions :

- Ça s'est bien passé ? C'était comment le restaurant ? Qu'est ce que vous avez fait après ?

- Du calme, Julia, ris-je, amusée par son impatience. Donc, oui, ça s'est bien passé, Carlisle m'a emmenée dans un restaurant français à Port Angeles, c'était très bien.

- Super ! Et après ?

- Nous nous sommes promenés sur la promenade le long de la baie. Ensuite, il m'a ramené ici, et nous avons discuté pendant un moment... et il est partit.

Je ne tenais pas spécialement à lui raconter que je m'étais endormie dans les bras de Carlisle et qu'il m'avait ensuite portée jusqu'à mon lit.

Julia secoua ses cheveux blonds, gênée par les mèches qui revenaient sans cesse devant son visage, avant de continuer :

- Vous allez vous revoir bientôt ?

- Tout à l'heure en fait, après son travail à l'hôpital.

- Mais c'est génial ! Je t'avais bien dit que vous étiez faits l'un pour l'autre !

Nous rîmes toute les deux et Julia reprit la parole.

- Je peux te poser une autre question ?

- ...D'accord, je t'écoute.

- Vous vous êtes embrassés ?

Je fis durer le suspense en attendant quelques secondes avant de répondre.

- ...Oui.

- Ouais ! S'eclama-t-elle comme une petite fille. Je le savais ! C'était comment ?

Je rougis.

- Il embrasse très bien.

Elle rit.

- Tu as l'air très amoureuse de lui, Esmée.

- Je le suis.

Elle me serra dans ses bras, et ajouta sincèrement :

- Je suis contente pour toi.

- Merci, Julia.

- Oh ! S'exclama-t-elle. Je dois y aller, je dois aller chercher le nouveau prof de mathématiques à l'aéroport !

Je haussai les sourcils.

- Ah oui ? Tu ne me l'avais pas dit...

Elle sourit, impatiente.

- Je me suis portée volontaire auprès du proviseur et il a accepté tout de suite. Je ne pense qu'à ça depuis hier !

- Bonne journée alors, dis-je malicieusement.

- Toi aussi Esmée, fit-elle avec un clin d'oeil.

Une fois Julia partie, je me mis à lire en surveillant l'heure régulièrement. Je pris un repas léger le midi et, vers une heure quinze de l'après-midi, Carlisle se présenta à ma porte.


J'espère que ça vous a plu ! J'appréhendais un peu ce chapitre pour plusieurs raisons alors si jamais vous avez des suggestions ou remarques à faire, n'hésitez pas ! Dîtes-moi si vous avez aimé !

Suite mercredi prochain.

=)