Notes de l'auteur :

Je me suis fait un peu plaisir avec ce chapitre, j'espère que vous allez l'apprécier !Une scène déjà vue, mais… vous verrez bien.

Merci à tous. Et comme toujours, j'apprécie énormément vos commentaires. [1]


Chapitre Huit :Les Feuilles de thé infusées

Harry dormit mal, cette nuit-là, alors que ses pensées tourbillonnaient, montrant des images de Sirius Black s'agenouillant aux pieds de Lord Voldemort, son visage tordu d'un sourire dément de jubilation à propos de sa traîtrise. Pendant combien de temps Black avait-il travaillé pour le compte de Voldemort, se demandait Harry, alors qu'il se retournait une nouvelle fois sous ses couvertures. Quand est-ce que le meilleur ami de son père s'est-il transformé en l'agent double responsable de la perte de ses deux parents ? Est-ce que Black avait au moins été à un moment un véritable ami ?

Hermione l'avait raccompagné jusqu'à la salle commune de Gryffondor, et avait même fait plusieurs tentatives pour le réconforter. Harry savait ce qu'elle avait voulu dire, et appréciait les phrases rassurantes qu'elle avait prononcées. Le fait que Black n'avait aucune chance de se faufiler au travers de tous les Détraqueurs, ni de se cacher du regard vigilant de Dumbledore. Mais elle ne put lui ôter cette sensation qui lui serrait maintenant le cœur. Sirius avait jeté aux orties des années d'amitié, et pour quoi ? Une brève accolade et des éloges de Lord Voldemort ? Cela lui donnait des nausées.


Alors que lui, Ron et Hermione se rendaient dans la Grande Salle le lendemain pour prendre leur petit déjeuner avant de démarrer la première journée de cours, Harry n'avait toujours pas mis Ron dans la confidence. Et il avait de plus rapidement écarté la tentative d'Hermione pour aborder le sujet. Il n'était simplement pas prêt à en parler. Harry tourna son attention vers Drago Malefoy qui était en train d'amuser un large groupe de Serpentards en simulant de manière très théâtrale un évanouissement, pendant que Crabbe et Goyle imitaient des silhouettes flottantes recouvertes d'une cape noire.

« Eh, Potter ! » hurla Drago, alors que les trois amis passaient devant la table des Serpentards, « Encore un petit évanouissement pour aujourd'hui ? Il faut croire que tu n'es pas aussi bon que ce que tout le monde veut bien dire. »

« Ignore-le, » dit Hermione, poussant en douceur Harry à continuer. « Tu sais bien qu'il n'en vaut pas la peine. »

« Ouais, mais on se sentirait bien mieux si une bonne droite lui atterrissait dans les gencives, » dit Ron alors qu'il s'asseyait à côté de Fred et George. Harry acquiesça silencieusement.

« On se demandait quand est-ce que vous referiez surface, tous les trois. » leur dit George, en passant une pile de parchemins à Ron. « Vos emplois du temps sont quelque part dans la pile. »

« Je vois que ce petit con en est toujours à faire son numéro, » dit Fred, regardant par-dessus l'épaule d'Harry vers la table des Serpentards, et secouant la tête de dépit.

« On peut prendre le pari qu'il fera ça toute la matinée, » continua George.

« Il n'était pas aussi vaillant hier soir, dans le train, hein, George ? »

« Je crois me rappeler d'une tache humide, bien visible, au niveau de son entrejambe. »

« Ne t'inquiète pas au sujet des Détraqueurs, Harry, » dit Fred avec une claque sur le dos. « Papa est déjà allé à Azkaban. Il en est revenu malade, et il est resté dans un état pitoyable pendant plusieurs jours. Une barre de chocolat n'a même pas suffi. Alors maman lui a fait un gâteau entier au chocolat. »

« Ils t'aspirent littéralement la joie qui est en toi, comme qui rigole, » ajouta George. « Papa dit qu'Azkaban est le pire endroit dans lequel il est allé. »

« En tout cas, haut les cœurs, » enchaîna Fred. « Tu vas remettre Malefoy à sa place lors du match Gryffondor/Serpentard, le premier de la saison. Et devant toute l'école en plus. Tu vas attraper ce vif d'or avant Malefoy sans aucun problème, n'est-ce pas Harry ? »

« Bien sûr qu'il va réussir, » dit George, « Il a la meilleure équipe de Batteurs que le monde n'a jamais connue à ses côtés. Il ne peut pas échouer. » Harry sourit à l'idée du match de Quiddich, et il se sentit beaucoup mieux pendant qu'il commençait à empiler des saucisses dans son assiette.

« J'espère que nous allons aborder de nouveaux sujets aujourd'hui, » dit Hermione, alors qu'elle examinait son emploi de temps. « On va avoir Divination, Soin aux Créatures Magiques. » Ron jeta un œil sur le parchemin d'Hermione, trop occupé à dévorer son petit déjeuner pour sortir son propre emploi du temps. Harry put voir ses yeux presque sortir de sa tête alors que Ron découvrait les cours d'Hermione.

« Hermione, je crois que la liste de tes cours a un problème, » dit-il en pointant le début de la liste. « Regarde. Tu as Divination à 9h. Et après, tu as Étude des Moldus, aussi à 9h. Et... » Ron secoua la tête comme pour essayer de dissiper les restes de torpeur qu'il aurait pu avoir dans les yeux. Il cligna des yeux. « Et Arithmancie à 9h ! Hermione, je sais que tu es très forte. Mais par Merlin, ce n'est pas possible d'être dans trois cours différents en même temps ! »

« Bien sûr que non, » répliqua Hermione, rangeant son emploi du temps dans son sac d'école. « Je te l'ai déjà dit. J'ai tout préparé avec le Professeur McGonagall. Et ma charge de travail n'est en rien tes affaires. »

« Très bien, ça va ! » temporisa Ron en haussant des épaules. « Mais après ne vient pas pleurer sur mon épaule si tu es surchargée par tous ces devoirs. »

« Rappelle-moi qui aide qui, concernant les devoirs, » ironisa Hermione.

« Là, elle t'a eu, mon gars, » gloussa Harry. « Tu sais Ron, tu devrais faire un peu plus attention à tes paroles. Vu qu'elle aura moins de temps pour t'aider à faire tes devoirs cette année. »

« Hey, tu lui demandes autant d'aide que moi, » contredit Ron, bien qu'Harry pouvait voir maintenant l'inquiétude grandir sur son visage.

« Je vais essayer de faire mes devoirs tout seul cette année, » dit Harry. « Je vais me faire discret, je vais essayer d'éviter les situations dangereuses, et je vais essayer d'avoir une année normale, pour une fois. » Hermione lui rendit un sourire allant d'une oreille à l'autre, et ses yeux pétillaient.

« Je suis si fière de toi, Harry » souffla-t-elle.

« Par contre, je suis sûr d'avoir besoin d'aide pour la Potion, » reconnut Harry.

« Ça ne me dérange pas d'aider, tant que tu fais la majorité du travail, » répondit-elle.

« Vous êtes tous les deux tarés, » dit Ron, en ramassant une pleine poignée de biscuits, alors qu'il se levait.


« Le cours de Divination se trouve en haut de la tour Nord, » dit Hermione alors qu'ils quittaient ensemble la Grande Salle. « Nous ferions mieux de nous dépêcher, sinon nous allons être en retard. »

« Merlin, ça va nous prendre des siècles pour aller là-bas, » pesta Ron. La prémonition de Ron fut presque vérifiée, alors qu'ils grimpaient plusieurs escaliers, et qu'ils traversaient plusieurs couloirs peu familiers. Mais Hermione persévéra, menant la marche, ignorant les plaintes continuelles de Ron, et ses exclamations à chaque fois qu'il grommelait à propos de passer par un raccourci. Finalement, ils grimpèrent de plusieurs étages grâce à un escalier en colimaçon, pour atteindre sur le palier une échelle argentée conduisant à une trappe circulaire. Les voix assourdies au-dessus de leurs têtes leur indiquèrent qu'ils étaient arrivés à destination.

La salle de classe était minuscule. Elle était circulaire, avec des gradins. Sa taille semblait encore plus petite, à cause de la présence de nombreuses petites tables rondes, d'un air fragile, couvertes d'un napperon, et qui occupaient toute la surface de la pièce, sur différents gradins. Chaque table était entourée de petits fauteuils mal assortis, brodés de fleurs, et sur chacune se trouvait un service d'horribles tasses à thé roses, avec des soucoupes assorties. La salle était faiblement éclairée, toutes les fenêtres étaient cachées par des rideaux, brodés eux aussi. Et seules quelques lampes éclairaient la pièce, toutes dotées d'un abat-jour d'un rouge sombre. Et pourtant, c'était la chaleur étouffante de la pièce qu'Harry trouvait le plus inconfortable. Un brasier flamboyait en dessous d'un linteau de cheminée surchargé. Une grande bouilloire cabossée en cuivre était placée au milieu du foyer, et émettait une odeur écœurante qui se répandait dans toute la pièce. Enfin, des étagères couraient le long des murs de la pièce. Elles étaient lourdement chargées de tout un tas de bouts de chandelles, de paquets de cartes ouverts, de plusieurs boules de cristal poussiéreuses, et même découvrit Harry horrifié, d'autres services à thé, chacun d'une couleur plus hideuse l'un que l'autre, ou d'un design plus laid que ceux déjà installés sur les petites tables. Harry, Ron et Hermione se trouvèrent une table dans le fond de la classe.

« Bienvenue, mes très chers enfants, » dit une voix douce et lointaine. « Je suis heureuse de vous voir enfin, tous en bonne santé, et curieux des domaines ésotériques — je n'en attendais pas moins de vous. » Le Professeur Trelawney entra dans la lumière du feu. Le professeur était différent de tous ceux qu'Harry avait pu déjà rencontrer à Poudlard. Elle était vêtue de grands châles colorés, qui détonnaient avec ses grandes lunettes rouge-cramoisi, dont les verres épais grossissaient ses yeux comme ceux d'un insecte. Mince et d'apparence frêle, elle se déplaçait entre les tables avec de grands gestes, ses bras écartés faisaient luire à la lumière du feu les nombreux anneaux et bracelets qu'elle portait aux doigts et à ses poignets.

« Bienvenue au cours de Divination » continua-t-elle avec un grand sourire. « Je suis le Professeur Trelawney, bénie par le don de double Vue. Je souhaite vous prévenir dès maintenant que la déception va attendre pratiquement tous ceux qui choisiront de s'aventurer dans les mystères de la prédiction de l'avenir. Car la double Vue ne peut pas s'apprendre… Soit vous l'avez, soit vous ne l'avez pas. Et pour ceux dans le 2e cas, je crains que même les livres ne vous soient d'aucune utilité. Je ne peux enseigner qu'à ceux qui partagent le même don que moi. » Harry remarqua le léger froncement de sourcils qu'arborait maintenant Hermione. Ron avait de son côté un air suffisant, et Harry pensait savoir pourquoi. Hermione excellait partout grâce aux livres, et il était prêt à parier que Ron voulait voir comment elle allait se débrouiller ici.

« Je ne peux pas vous enseigner l'art de faire de la magie explosive, de déchiffrer les odeurs ou de vous rendre invisible, » continua-t-elle, sa voix toujours teintée du même ton mystique, « mais je peux vous aider à pénétrer et à naviguer dans les brumes du futur. Enfin si vous êtes assez doués. » Harry soupçonna tout de suite quelque chose de bizarre sur le ton. Elle ne pouvait quand même pas employer ce ton-là dans une conversation normale, se dit Harry. Le Professeur Trelawney s'assit dans le fauteuil en face de la cheminée.

« Vous, mon garçon, » s'adressa-t-elle d'un coup à Neville. « Est-ce que votre grand-mère va bien ? »

« Oui, enfin je crois, » hésita Neville, tremblant sous le regard intense qu'elle lui adressait.

« Je ne le croirais pas à votre place, » dit-elle dans un triste sourire. « Nous allons cette année nous intéresser aux méthodes de base de la Divination. Nous allons commencer par lire les feuilles de thé, un art qui requiert peu de préparation, mais qui nécessite beaucoup de perception, un œil adroit, et,… certainement un peu de talent. Nous allons ensuite étudier la chiromancie, l'art de détricoter les tapisseries du destin dissimulées au sein même de nos mains. » Elle se figea d'un coup, et tourna la tête d'un mouvement brusque, son regard perçant dirigé vers Parvati Patil. « Ma chérie, faites attention à l'homme aux cheveux roux. » Parvati tourna sur elle-même, parcourant d'un regard inquiet toute la salle, avant de s'immobiliser sur Ron, qui, sous le regard intense de Parvati, commença à rougir fortement.

« Malheureusement, lorsque nous allons aborder notre deuxième trimestre, certains d'entre vous nous auront quittés pour toujours, » continua le professeur imperturbable. « Après cette perturbation, nous allons continuer notre formation avec la méthode de Divination la plus prolifique et la plus emblématique, la boule de cristal. À condition que nous en ayons terminé avec les présages cachés dans les flammes. Enfin, j'ai le regret de devoir vous avertir qu'une épidémie de grippe va atteindre le château courant février, et que je vais quant à moi avoir une extinction de voix. Car telle est la malédiction du don de la double vue. » Le silence se fit dans toute la classe, alors que Trelawney sondait une nouvelle fois chacun d'entre eux.

« Ma chérie, » s'adressa-t-elle à Lavande Brown. « Je me demandais si vous pouviez m'apporter la grosse théière en argent ? » Toute excitée que rien d'horrible ne lui soit prédit, Lavande se leva jusqu'à l'étagère la plus proche et récupéra la théière, l'amenant jusqu'à la table devant le Professeur Trelawney.

« Merci beaucoup ma chérie, » dit-elle avec un sourire pincé. « Je suis navrée de devoir vous dire que la chose que vous craignez, vous savez de quoi je parle, se produira le vendredi 16 octobre. » Lavande se réfugia sur sa chaise, l'air abattu et semblait être sur le point d'éclater en sanglots. Harry n'avait encore jamais connu une telle journée de classe. Il commençait même à croire qu'il avait fait une erreur en suivant ce cours. Comme pour confirmer sa pensée, il pouvait entendre Hermione marmonner la même chose entre ses dents.

« Quel ramassis d'âneries » disait-elle. « Quelques vagues avertissements qui veulent tout et rien dire. »

« Maintenant, je veux que vous vous répartissiez par paires. Amenez moi vos tasses que je puisse vous distribuer le thé. Buvez-le jusqu'à la lie. Remuez ces restes en faisant trois tours avec la main gauche, mais ne vous préoccupez pas du sens, faites le tour dans la direction qui vous ira le mieux. Retournez la tasse sur la soucoupe, et attendez que les dernières gouttes de thé se soient égouttées. Puis échangez-la avec la tasse avec votre partenaire pour en faire la lecture. Vous pourrez vous aider des pages 5 et 6 de votre livre pour interpréter les formes qui vont se révéler au fond des tasses. Je vais passer parmi vous pour observer et vous aider si besoin. » Elle attrapa Neville par le bras alors qu'il se levait.

« Mon chéri, une fois que vous aurez cassé la première tasse, s'il vous plaît, prenez en une autre du service bleu. Ce sera gentil, » dit-elle. « Je suis assez attachée aux tasses roses, elles m'ont été transmises par mon arrière-grand-mère, avec qui je communie parfois lorsqu'elle souhaite aller d'un royaume céleste à l'autre. » Aussitôt après la requête de Trelawney, Neville fit tomber sa tasse par terre, et elle se brisa sur le sol en bois de la salle. Le Professeur Trelawney sembla flotter jusqu'à lui avec une pelle et une brosse. Elle pointa l'étagère du fond.

« Une des bleues, s'il vous plaît, » lui rappela-t-elle. « Et faites surtout attention à bien prendre une soucoupe assortie. La cohérence est cruciale lorsqu'on veut plonger vers l'inconnu. »

Harry, Ron et Hermione retournèrent à leur table avec leur tasse de thé, et s'efforcèrent de boire la boisson brûlante le plus rapidement possible. Le thé avait un goût horrible, rappelant un peu à Harry celui de la potion de Polynectar. Trelawney les avait informés que le sucre interférait avec la formation des dépôts. Du coup, il n'y avait aucun moyen de rendre le goût du thé meilleur. Une fois qu'ils eurent terminé leur thé, ils se passèrent leurs tasses l'un à l'autre. Ron reçut celle d'Harry, Hermione récupéra celle de Ron, et Harry celle d'Hermione.

« Tout ce que je vois, c'est un tas de feuilles trempées » dit Harry, à moitié endormi. Le parfum de l'encens de la pièce était en train de déconnecter son cerveau.

« Libérez vos esprits, mes enfants, » s'exclama Trelawney, d'un ton désespéré, alors que plusieurs dans la pièce avaient le même air confus en regardant à l'intérieur de leur tasse de thé. « Ouvrez vos yeux, et regardez au travers des apparences. »

« Je crois que tu as une sorte de croix tordue, là ici... » dit Hermione alors qu'elle examinait la tasse de Ron, tout en regardant Lever le voile du Futur. « Des épreuves et des souffrances… hmm, et là, c'est peut-être un soleil. Une grande joie… »

« Donc, je vais souffrir, et je vais en être heureux, » traduisit Ron, alors qu'il orientait la tasse d'Harry sous la lumière. « Il faut que ce soit mieux que tout ça. »

« Hermione, je crois que tu as un papillon, » dit Harry, faisant aller et venir la tasse à la lumière. « Laisse-moi le temps de voir, » continua-t-il, parcourant le texte des pages du livre. « Ah, c'est là : une transformation. » Il se replongea dans la coupe et plissa les yeux. « Et il y a aussi ça, si on tourne la tasse un peu, c'est juste un tas. Mais si on retourne la tasse, cela ressemble plus à une bougie… » Il consulta le livre de nouveau. « Ah, et on a donc : une illumination, ou une révélation. Et je crois qu'il y a quelque chose en plus, par ici. » Il tourna la tasse une 3e fois, et se reporta de nouveau au livre. « Je crois que c'est une arche. Ce qui signifie une nouvelle direction, ou un nouveau chemin. Si je résume, je crois que tu vas subir une transformation, qui va illuminer ta vie sur un nouveau chemin. »

« Je crois savoir dans quelle direction ce chemin va pointer, » dit Hermione en levant les yeux au ciel.

« C'est dingue, » dit Ron en secouant la tête. « Et en quoi tout ça est censé nous aider ? »

« Je ne sais pas, » répondit Harry. « En tout cas, ça a l'air plus sympa que ce qui t'attend de ton côté. »

« Un tissu de conneries, » rétorqua Ron, passant sa langue sur les lèvres en examinant ce coup-là la tasse d'Harry. « Voyons voir, cette chose ressemble à un gland. » Il parcourut du doigt le texte du livre. « Une véritable aubaine, une découverte d'or. Excellent ! Tu pourrais m'en prêter un peu. » Il tourna la tasse dans le sens des aiguilles d'une montre. « Il y a l'air d'y avoir un animal par là… tu vois, on peut distinguer sa tête. Cela ressemble à un hippopotame, ou à un mouton peut-être ? »

« Je suppose que cela signifie que je vais être écrasé par un lourd fardeau, ou quelque chose du genre, » dit Harry avec petit rire. Hermione de son côté devait aussi se retenir d'éclater de rire.

« Peut-être pourrai-je jeter un coup d'œil à la tasse, mon garçon, » demanda Trelawney alors qu'elle leur rendait un regard réprobateur. Elle prit la tasse, et la tourna dans l'autre sens devant la lumière du feu. Sa bouche s'ouvrit légèrement, et ses sourcils se froncèrent.

« Le faucon, » dit-elle d'une voix éteinte. « Vous avez un ennemi mortel, mon garçon. »

« J'aurais pu vous dire ça tout seul, » murmura Harry.

« Je vous demande pardon ? » dit Trelawney, levant les yeux de la tasse.

« Tout le monde sait qu'il a un ennemi mortel, » répondit Hermione. « Tout le monde connaît l'histoire d'Harry et de Vous-Savez-Qui. »

« Bien sûr » répliqua Trelawney avec un regard rempli de commisération vers Hermione. « Mais peut-être les esprits divins chercheraient à l'avertir d'une autre menace que celle de Vous-Savez-Qui ? »

« Tout le monde sait aussi ce qu'il en est de Sirius Black, si tant est qu'ils aient lu le journal, » continua Hermione. Harry et Ron la regardèrent d'un air complètement incrédule. Ils n'avaient encore jamais vu Hermione répliquer à un professeur. Le Professeur Trelawney ne répondit pas, mais se remit à étudier la tasse, en la tournant un peu plus.

« La massue… Le signe d'une attaque imminente. » dit-elle, d'une voix plus stridente. « De quelqu'un que vous connaissez, ou de quelqu'un que vous allez connaître. Ce n'est pas très clair. Soyez sur vos gardes, Mr Potter. Vous avez là une très mauvaise prédiction. » Elle tourna la tasse un peu plus.

« Tout n'est pas désespéré, » rajouta-t-elle. « Vous voyez cette chandelle, là ? Et par ici, le bélier… Lorsque ces deux symboles apparaissent ensemble, c'est un signe qu'une grande responsabilité va vous échoir… les voies des esprits sont souvent mystérieuses. » Elle tourna la tasse pour la 3e fois [2], et hoqueta. Elle s'effondra dans son fauteuil, et croisa ses bras sur sa poitrine.

« Mon pauvre garçon… Tel est le fardeau de la Double Vue. Non, s'il vous plaît, ne me demandez pas. »

« Qu'avez-vous vu, Professeur ? » demanda Parvati.

« Mon chéri, » continua-t-elle, regardant Harry. « Le Sinistros est sur vous. »

« Le quoi ? » demanda Harry.

« Le Sinistros, mon enfant. Le chien fantôme géant qui hante les cimetières, » souffla-t-elle. « C'est le pire présage qui puisse être annoncé par les feuilles de thé, le présage de Mort. » Ron faillit tomber de sa chaise. Plusieurs étudiants hoquetèrent à leur tour. Et Harry sentit son souffle se bloquer dans sa gorge.

« Je ne trouve pas que cela ressemble au Sinistros, » dit Hermione. Elle avait attrapé la tasse, et la regardait maintenant elle aussi à la lueur du feu. « Voyez juste derrière la tête, comment cela s'évase. À mon avis, cela ressemble plus à un lion. Et si on le tourne dans ce sens, » continua-t-elle, « cela ressemble maintenant à un sphinx. Et ces deux créatures ont un sens complètement différent d'un Sinistros. » Elle jeta un œil à son livre, et trouva les deux symboles.

« Le lion symbolise le sauveur, et le destructeur, un paradoxe au fond. Mais cela a du sens. Harry a vaincu Vous-Savez-Qui lorsqu'il était enfant, et notre monde le considère comme un sauveur. Et on peut tout autant dire qu'il est un destructeur. Il a vaincu le plus puissant mage noir de l'histoire, et il n'a pas seulement réduit à néant sa puissance, mais il a aussi détruit toute l'organisation que Vous-Savez-Qui avait mise en place. »

« De l'autre côté, le sphinx indique la tutelle et la protection. Sincèrement, cela peut être interprété de dizaines de façons, et on ne peut pas savoir quelle interprétation prendra le pas sur les autres. »

Le Professeur Trelawney n'était visiblement pas habituée à avoir des élèves la questionnant et remettant en doute ses prédictions. Elle regarda Hermione avec une aversion visible. Harry de son côté n'aurait pas pu se sentir plus soulagé. Hermione avait véritablement semé le doute sur la fiabilité de la lecture des feuilles de thé.

« Pardonnez-moi de vous dire ça, ma chérie, mais je ne perçois pas la moindre aura autour de vous, » dit Trelawney laconiquement. « Je ne ressens que peu de réceptivité de votre esprit aux résonances et aux vibrations du futur. »

« J'espère que vous allez me pardonner, mais je ne veux pas sauter directement sur la première conclusion venue au sujet du sort de mon meilleur ami, » répliqua Hermione d'un air têtu.

« Mais, Hermione, » dit Ron, en regardant la tasse. « Tu ne peux pas nier que cela ressemble au Sinistros, si on le tourne dans le bon angle ? Mon oncle Billius en a vu un une fois. Et il est mort moins de 24 heures plus tard ! »

« Oh, Ron, les chances que ces deux événements soient connectés – »

« Tu ne sais pas de quoi tu parles, » protesta Ron. « Les Sinistros sont une source de frayeur pour la majorité des sorciers ! »

« Donc c'est juste de la superstition ! » répliqua Hermione avec un air de défit. « Il a vu un Sinistros, et il en est mort de peur. Et pourquoi donc ? Parce qu'on lui a appris, comme à tant d'entre vous, que leur apparition veut dire quelque chose et que vous n'avez aucune prise possible dessus. Au contraire d'Harry, qui n'est pas stupide pour en voir un et se dire alors que bon, il va devoir aller manger les pissenlits par la racine [3]. Il a assez de vrais problèmes pour ne pas s'en inventer des nouveaux. »

« Ma chérie, il serait mieux de ne pas évoquer des choses sur lesquelles vous ne connaissez rien, » dit Trelawney en s'insérant dans la discussion.

« Bon, est-ce que vous avez fini de décider si j'allais mourir ou non ? J'apprécierais qu'il y ait un consensus, à la fin, » dit Harry qui commençait à se sentir un peu énervé.

« Je pense que nous allons arrêter le cours pour aujourd'hui, » dit le Professeur Trelawney. « S'il vous plaît, rangez vos affaires… et vous, mon chez enfant, » rajouta-t-elle en pointant Neville, « Vous allez devoir travailler dur. Oui, car vous allez arriver en retard lors de la prochaine leçon. »


Ensemble, les trois amis descendirent de la tour et se rendirent vers la salle de Métamorphose. Harry choisit une place au fond de la salle, pleinement conscient que tous les regards se tournaient vers lui. Hermione marmonnait continuellement entre ses dents, lui chuchotant de juste ignorer ces regards. Mais, de la même manière que pour sa notoriété, Harry trouva difficile d'éviter de faire attention à tous ces regards. Ron et Hermione n'avaient pas échangé le moindre mot durant tout le trajet, et semblaient s'être accordés pour ne pas être d'accord sur l'interprétation à suivre concernant les présages sur la mort d'Harry.

Harry était cependant de l'avis d'Hermione. Ces signes pouvaient s'interpréter de différentes façons. Mais il n'arrivait pourtant pas à faire partir le nœud qui s'était formé au niveau de son estomac. Dans son esprit, il doutait très fort que les prédictions des feuilles de thé puissent avoir un impact significatif et réel sur lui. Mais au fond de son cœur, il était pourtant conscient de la réalité de sa situation : il était continuellement en danger, en danger de mort. En deux années passées à Poudlard, il avait déjà fait face deux fois à Voldemort. Et à chaque fois, il avait été convaincu que sa dernière heure était arrivée. Il était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne faisait même pas attention à l'explication du Professeur McGonagall à propos des Animagi. Et il n'avait même pas perçu sa transformation vers le chat tigré qui les avait accueillis lors de leur tout premier cours de métamorphose.

« Je dois dire » soupira le Professeur McGonagall avec une note de déception dans la voix, « que je n'avais jamais vu cette classe aussi distraite et inattentive, non pas que cela n'ait trop d'importance. Mais c'est la première fois que je n'ai pas reçu quelques applaudissements pour ma transformation. »

« Désolé, Professeur, » répondit Hermione immédiatement. « Nous venons d'avoir notre premier cours de Divination, et un certain nombre d'étudiants sont convaincus que l'un d'entre nous est destiné à mourir. » Le ton sceptique d'Hermione a été remarqué par Lavande Brown et Parvati Patil, qui lui rendaient maintenant un regard hargneux.

« Ne m'en dites pas plus, Miss Granger, » reprit le Professeur McGonagall en secouant la tête. « Dites-moi, lequel d'entre vous doit mourir cette année ? » Elle parcourut du regard l'ensemble de la classe, ne faisant pas attention aux regards de dégoût.

« Apparemment, ce serait moi, » annonça Harry.

« Évidemment, j'aurais dû m'en douter, » marmonna McGonagall. « Vous devez savoir une chose, Potter. Sibylle Trelawney a prédit la mort d'au moins un étudiant chaque année depuis son arrivée à l'école. Et vous serez heureux d'apprendre qu'aucun d'entre eux n'est mort. Annoncer des présages de mort est sa méthode préférée pour accueillir une nouvelle classe. Je peux vous assurer, Potter, que si vous deviez mourir, vous n'auriez besoin de l'aide de personne pour cela. »

Harry et Hermione riaient, et un certain nombre de leurs camarades sourirent à la remarque du professeur. Harry se sentit beaucoup mieux pendant le reste du cours, ignorant les rappels incessants de Lavande à propos de la tasse de Neville. Toutefois, Ron ne laissa pas tomber. Alors qu'ils se servaient lors du déjeuner, il essaya de nouveau.

« Alors tu penses que c'est juste une coïncidence, » commença-t-il en remplissant son verre de jus de citrouille. « Qu'Harry vienne juste de recevoir un Sinistros dans sa tasse, et que cela n'ait rien à voir avec l'évasion de Sirius Black de sa prison ? »

« Oui, je le pense, » répondit Hermione. « Je crois que la Divination se pratique avec une grande part de conjectures. »

« Il n'y a aucun moyen de se tromper à propos du Sinistros, Hermione ! »

« Tu n'étais pas aussi sûr de toi au début, lorsque tu disais voir un mouton. »

« Ron… » Harry essaya de désamorcer la dispute imminente. Mais il était déjà trop tard.

« Je ne suis pas un devin, c'est ça ? » Les oreilles de Ron virèrent au rouge. « Le Professeur Trelawney a dit que tu n'avais pas la bonne aura. Tu es juste contrariée par le fait qu'il y a une classe dans laquelle tu n'es pas bonne. »

Hermione fit claquer son livre d'Arithmancie sur la table, renversant ce faisant son verre de jus de citrouille. Elle remédia au problème en un instant, d'un geste de la baguette. Puis elle tourna son regard vers Ron.

« Si être bonne en Divination signifie que je vais devoir prétendre voir des présages de mort dans des tas de feuilles de thé, ou que je vais prédire de terribles souffrances à travers une boule de cristal, alors je ne suis pas sûre de vouloir continuer cette matière plus longtemps, » dit-t-elle, sa voix augmentant en puissance à chaque syllabe. « Cette classe était du n'importe quoi, comparé à mon cours d'Arithmancie. »

« Tu n'as pu avoir cours d'Arithmancie ! » s'exclama Ron. Hermione attrapa son sac, et commença à s'éloigner. Mais avant de quitter la salle, elle se retourna, et posa sur Ron un regard déçu.

« Je ne sais pas pourquoi tu insistes autant sur le fait qu'Harry doive être complètement effrayé par une prédiction. Il a déjà assez de problèmes à s'occuper comme ça, non ? »

« Mais elle est folle ! » grommela Ron, plantant sa fourchette dans une pomme de terre. « Elle n'a pas pu aller en cours d'Arithmancie, c'est juste impossible. » Pourtant, Harry ne prêta guère attention à Ron, et il regarda Hermione sortir de la Grande Salle. Il avait ressenti un grand réconfort dans sa présence, et ce depuis de sa rencontre avec les Détraqueurs dans le train. Elle avait veillé sur lui, l'avait forcé à manger du chocolat, et avait même gardé l'œil sur lui après leur visite dans le bureau de Dumbledore. Il se retourna vers Ron, qui avait la bouche pleine de carottes. Hermione avait depuis toujours montré une propension à s'occuper de son bien-être, mais cette année, elle était encore plus protectrice qu'auparavant. Il sentait un nœud se former dans l'estomac. Quelque chose était en train de changer, entre eux trois, et Harry n'était pas sûr de ce que c'était.


Notes du Traducteur :

Et voilà pour la version Merlyn du premier cours de Divination. On reste assez proche du canon, en termes d'histoire. Juste quelques rajouts autour d'Hermione, sur le contenu de sa tasse (elle n'aurait pas dû être avec Harry et Ron vu qu'ils devaient se grouper par paire), et sur ses critiques sur le Sinistros (elle propose d'autres symboles qui ne sont pas dans l'histoire, ce qui est d'ailleurs plus réaliste, et plutôt bien trouvé). Mais avec un œil extérieur à l'histoire, il se trouve que la Divination semble plutôt efficace (du moins c'est un moyen pour les auteurs de s'amuser à annoncer la suite de leur histoire, même si les personnages eux-mêmes n'y croient pas forcément). Même le Sinistros est vrai, vu qu'il annonce en fait Sirius sous sa forme animagi.

La suite sera constituée du cours d'Hagrid, qui va tenir tout le chapitre suivant.

J'espère que vous avez apprécié la lecture de ce chapitre.

[1] Allez donc lui laisser un petit message, quand je dis que ça lui fera plaisir.

[2] En fait la 4e fois, si on compte bien…

[3] Dans le texte anglais, c'est l'expression kick the bucket qui est utilisé. Littéralement, renverser le seau. La théorie sur l'origine de cette expression la rattache au seau sur lequel on monte lorsqu'on essaie de se pendre. D'où la signification de l'expression. Bien sûr, j'ai dû utiliser une expression française à la place.