- Sev?

- Oui, Narcissa, qu'y a-t-il?

- Une…une cliente vient de me demander une potion….absente de notre catalogue

- Tu sais très bien ce qu'il faut lui répondre dans ce cas

- Mais… elle insiste et…

- Et? Ce n'est pas la première, je t'ai entendue plus d'une fois refuser leurs lubies dangereuses

- Oh mais ce n'est ni dangereux ni illégal, c'est juste que jusqu'à présent, tu refusais d'en fabriquer

- Alors il y a une bonne raison pour que je refuse Narcissa, ce n'est pas de la fainéantise de ma part

- Je sais bien mais… s'il te plait…pour cette fois

- D'accord

Comment aurait-il pu lui maintenir sa position? Il ne pouvait rien lui refuser. Surtout qu'elle s'était penchée tout près de lui, qu'elle avait posé sa main si délicate sur son épaule. Avait-elle conscience que son geste le transperçait jusqu'au cœur? Savait-elle qu'il recherchait avec avidité le plus infime contact avec elle?

- De quelle potion s'agit-il?

- Un philtre d'amour

- Ah non! J'ai déjà expliqué que je suis fondamentalement opposé à fabriquer et vendre ces arnaques!

- Mais ce ne sont pas des arnaques! Il a été prouvé qu'elles sont efficaces

- C'est de l'impérium en flacon, ni plus ni moins

- Donc tu refuses?

- Catégoriquement! Que la cliente se démène un peu plus pour plaire, c'est tout! Ou qu'elle cherche une proie plus modeste

- Mais l'homme qu'elle désire…ne la regarde pas

- Ce ne sont pas les artifices à utiliser qui manquent, tu dois les connaître mieux que moi! Conseille-là en maquillage, ou coiffure, ou mode, que sais-je moi?

- Il est insensible aux futilités de ce monde, il n'accorde pas l'ombre d'une importance aux apparences

- Un homme sensé, donc. Ça existe encore alors

- Que peut-elle bien faire pour plaire à un tel homme? Severus… que devrait faire une femme pour t'intéresser toi par exemple?

- Mais…je ne sais pas… quel intérêt de me poser cette question?

- C'est juste un exemple, c'est tout. Et puis d'après sa description, il aurait les mêmes principes que toi

- Ben…avoir les mêmes intérêts que moi, des passions identiques…oui je crois que cela compterait

- Donc pour plaire à un homme comme toi, il faut adorer les potions, c'est bien ça?

- Non…non, je ne sais pas, c'est…c'est indéfinissable et…pourquoi parle-t-on de moi d'ailleurs? Nous étions sur la potion de ta cliente de malheur! Dis-lui non et on n'en parle plus!

- Est-ce que c'est fini?

- Qu'est-ce qui est fini? Narcissa, tu m'inquiètes! Qu'est-ce que tu veux arrêter? La boutique?... Notre amitié? - demande-t-il inquiet à mourir.

- Je te demandais si c'était fini avec ton amie. Parce que tu ne sais pas dire ce qui t'a plu chez elle, tu passes toutes tes journées ici, et je sais que tu viens aussi les week-ends. Où trouve-tu le temps pour la voir? Cela pourrait expliquer ton manque d'enthousiasme

- Mais?

- Je suis désolée, la boutique te prend trop de temps et je m'en veux si cela t'a éloigné d'elle! Je jure que je ne l'avais pas envisagé!

- Narcissa, que dis-tu?

- Pardon

- Arrêtes, tu n'es responsable de rien

- À cause des commandes, tu es tout le temps au laboratoire. Si je n'étais pas si malhabile en potion, j'aurais pu te soulager et tu aurais eu plus de temps libre pour ton couple

- Arrêtes te dis-je, je n'ai nul besoin de temps libre! Pour y faire quoi? Je suis heureux à la boutique, avec toi

- Mais tu n'as pas pu la voir souvent et…

- Il n'y a personne à voir!

- Par ma faute!

- Je suis navré, je n'ai pas réussi à te faire comprendre les choses, et je t'ai laissé dans l'erreur

- Quelle erreur?

- Je ne fréquente personne Narcissa, je ne vois aucune femme - Hormis toi chaque jour, que Merlin en soit remercié -

- C'est ce travail qui t'a séparé de celle que tu avais rencontrée

- Non tu as mal compris! Il n'y a jamais eu quiconque… depuis des décennies

- Mais tu avais dit que…

- Je me suis mal exprimé, j'aurais du expliquer que….je m'étais attaché à une femme…oui, sublime, captivante…mais…mais je n'ai pas…su lui dire

- Donc ça recommence, comme avec Evans

- C'est différent cette fois

- En quoi? Ce que je vois c'est que tu es encore seul

- Non, non je suis heureux. Même si je n'arrive pas à lui dire, j'ai tout pour être heureux. Le travail, la boutique m'apportent énormément de satisfaction. Bien sûr l'occupation de mon temps, le plaisir de vivre de ma passion de toujours, même si les clients stupides n'achètent que les potions à la mode, qui restent les plus insipides, ce n'est qu'un petit désagrément. J'ai aussi l'indépendance, la liberté, et surtout…

- Surtout?

- Je passe mes journées auprès de quelqu'un…qui…qui m'a redonné goût à la vie

- C'est si gentil de me dire ça Severus

- Narcissa… cette boutique n'existe que parce que tu es là

- C'est toi la production, le plus important du travail

- Toi, tu es l'âme de cette affaire, tu es…si…

Il s'approche d'elle doucement, son regard planté dans celui de son amie. Il approche sa main, déplace une mèche de cheveux qui avait emprisonné un de ses yeux d'azur si pur, qui l'hypnotise avec ravissement.

- Je ne suis là que pour toi - rajoute-t-il très bas, par peur qu'elle entende son aveu.

- Tu voudrais dire….que?... Moi?

Elle le frappe gentiment sur le torse.

- Et tu m'as laissé croire que j'avais une rivale!

- Je suis désolé, je n'ai pas osé

- Tu as besoin de prendre plus confiance en toi

- Avec la gente féminine? Impossible

- Tu as beaucoup de qualités pour plaire, je t'assure

- Tu n'es pas objective

Elle se rapproche encore plus de lui et l'embrasse. Il se sent transporté vers un au-delà de délice.

- Depuis quand me le cachais-tu? Nos sorties en ville?

- Bien avant. Ces sorties étaient des tentatives bien lamentables de te parler

- Alors cela t'est venu en prison?

- Oui. Non, juste précédemment, la bataille ou le serment, je ne sais plus précisément

- Tu as gardé le silence pendant tout ce temps?

- Ta présence est mon seul réconfort, le reste n'est que superflu

- Tu es un homme incroyable, Severus Rogue. Et malgré ton intelligence, il m'a fallu bien de la ruse pour te faire cracher la vérité

- Tu… Tu t'en doutais?

- Un peu. Et j'espérais bien que tu comprendrais que la fameuse cliente malhabile au philtre d'amour n'était que ta pauvre associée, éperdue d'amour pour toi

- C'est toi la plus incroyable de nous deux