MUAHAHAHA !
Vous ne vous y attendiez pas, hein ? Joyeux Halloween !
Bon, ceci est une sorte de spin-off de l'histoire principale de Clairobscur. Une petite histoire bonus si vous préférez.
Cette histoire-ci sera en deux parties, parce que c'est beaucoup plus long que ce que je pensais, et que j'ai même pas fini d'écrire... J'aurais voulu tout poster d'un coup, mais ce n'est pas possible malheureusement.
Techniquement, je ne sais pas si on peut parler de fic d'Halloween pour ces deux chapitres bonus, puisque ça ne se passe pas du tout durant la période d'Halloween, mais trois mois après les événements de l'histoire "principale". M'enfin, il y a toujours des sorciers et une ambiance (pas vraiment) glauque, et ce genre de choses, donc ça passe, non ?
Si vous venez de débarquer et que vous n'avez pas lu les chapitres précédents, je ne suis pas sûre que ça ait grand intérêt de lire ce spin-off à part, mais vous faites c'que vous voulez !
Bref bref. Bonne lecture !
Lorsque le corbeau atterrit sur une grosse branche de conifère, il manqua de glapir au froid qui saisit ses serres acérées.
Des restants de neige et de givre de la nuit dernière s'attardaient encore sur les arbres et le sol, et il ne comprenait vraiment pas ce qui le poussait à sortir par ce temps infâme. L'instinct, sans doute, celui-là même qui poussait son amie Xion à dormir la journée et à se transformer en monstre d'hyperactivité la nuit.
Sauf que là, le corbeau ne tirait plus aucun plaisir des balades. Oh, il aimait voler, mais disons qu'avec ces ailes toutes engourdies, mieux valait encore tourner en rond et ronchonner dans le château, cloué au sol par ses grandes jambes humaines – pas si grandes mais bon, du point de vue d'un piaf...
Ouais. Voilà. Décidé. Il ne sortirait plus de l'hiver. Ça vaudrait mille fois mieux que de subir ça. Et puis, il fallait éviter les abus... Un jour, on allait finir par le retrouver tout gelé, tout raide et tout mort sur le pas de la porte de l'école.
Sa décision prise, il amorçait un mouvement d'aile pour s'envoler de nouveau, lorsqu'un éclat blanc mobile attira son attention en contrebas. Une créature à quatre pattes se mouvait paisiblement, l'air aucunement sensible aux températures incroyablement basses de cette contrée pourrie.
Le corbeau reconnut la croupe d'un cheval blanc. Tiens, un cheval ? Dans une forêt ? Ces bestioles préféraient les endroits dégagés, en règles générales, non ? Enfin, il n'en savait pas grand-chose, mais il supposait que, pour galoper et se dépenser, ce serait tout de même plus pratique.
Il comprit lorsque la tête de l'animal passa dans son champ de vision à travers les branches et qu'il aperçut la logue corne ceinte sur son front. Effectivement, les licornes étaient moins sportives que leurs cousins non-magiques...
C'était la première fois qu'il en voyait une dans la forêt maudite - et puis ce nom, quoi... On ne s'attendrait pas à trouver une créature à la réputation si pure dans un lieu appelé forêt maudite. Mais après tout, elle n'avait de maudite que le nom, alors pourquoi pas ?
Le corbeau, en un réflexe tout à fait humain, tenta de hausser les épaules, et ne réussit qu'à se faire mal. Chassant l'équidé de son esprit, il décida de rejoindre le château avant le début de son examen d'enchantements... et avant de mourir d'hypothermie.
Il faisait froid.
Oh, pas que ça change de d'habitude, dans cette école à la con... Mais en fait, il faisait vraiment froid.
Le vieux château, mal isolé, laissait passer absolument tous les courants d'air et ceux-ci, pernicieux, atteignaient toujours leurs cibles – de pauvres étudiants en cursus magique n'ayant absolument rien demandé à qui que ce soit – et ce malgré les nombreux chauffages de mauvaise facture réglés à la température maximale dans toutes les chambres des dortoirs.
Pour pallier à cela en ce morne samedi de janvier, un groupe de jeunes gens un peu plus malins que la moyenne, composé à la fois de sorciers d'affiliation Ténèbres et Lumière, testait une méthode au raisonnement scientifique pas trop aberrant, mais pas très poussé non plus : les chambres étaient petites; les corps émettaient de la chaleur. En théorie, donc, se tenir à sept dans la même pièce exiguë, avec le chauffage à fond et leur chaleur corporelle en prime, devrait suffir à les protéger de la bise glaciale qui sifflait entre les volets, juste derrière la fenêtre...
Bon, mais le vent s'insinuait toujours, crevant des brèches à travers l'air chaud de l'intérieur, faisant pire que mieux au bout du compte. Le contraste chaud/froid, c'était un coup à tomber malade...
Vanitas, lui, bien qu'il participe involontairement à l'expérience – sa chambre faisant office de laboratoire de recherche aux autres clampins – avait trouvé une solution plus efficace, plus simple, plus instinctive : un lit, une épaisse couverture, et un Riku tout aussi fonctionnel, voire davantage, qu'un radiateur. Ça lui avait pris un moment avant de trouver la configuration idéale, de sorte que la couette ne laisse aucune issue pour que le froid ne s'engouffre, mais ce n'était pas impossible à réaliser.
En parlant de radiateur, Axel tentait tant bien que mal de faire corps avec celui de la chambre, avec plus ou moins de succès. Son lit à lui avait été pris d'assaut par Xion et Kairi, qui appliquaient elles aussi la solution la plus optimisée qui soit. Quant à Sora et Ventus, ils avaient simplement fait le constat que la chaleur a tendance à monter, et donc pris le parti de se percher en haut d'une étagère pleine de grimoire de magie, de cahiers à grands carreaux et de bocaux d'ingrédients. Vanitas pouvait les voir grelotter de là où il se trouvait.
Il détestait le mois de janvier. En fait, il détestait l'hiver, ce qui pouvait paraître étonnant venant d'un sale gosse diabolique dont la daronne s'appelait Maléfique, et qui était l'un des élèves les plus ténébreux du cursus Ténèbres.
En plein milieu de l'après-midi, il faisait déjà tellement nuit qu'ils devaient allumer les lumières à l'intérieur pour y voir quoique ce soit. Il ne pouvait plus partir voler sous sa forme de corbeau sans se geler les plumes, et il pouvait également tirer un trait sur ses rendez-vous avec Riku dans la crypte, et donc à toute forme d'intimité, puisque leurs amis respectifs étaient... disons collants, pour ne pas employer de termes plus vulgaires.
Après la nuit d'Halloween, ils avaient naturellement commencés à traîner tous ensemble durant leur temps libre, et tout ce petit monde s'entendait parfaitement. Seul Vanitas déplorait la situation – deux fois plus de parasites – mais bon, si c'était le prix à payer pour avoir Riku...
Ça se passait merveilleusement bien, entre eux. Enfin, ouais, ok, ils se disputaient souvent mais jamais rien de bien méchant, jamais bien longtemps, et puis il était très très am... Enfin, euh, peut-être un peu amoureux, quoi. Vite fait.
La conversation, qui reposait jusque là sur les partiels qu'ils venaient de passer cette semaine, finit par connaître un instant de flottement. Le vent sifflait aux fenêtres avec rage, comme pour attirer leur attention, en bonne drama queen.
« Va y avoir une tempête dans deux jours, marmonna Sora du haut de son étagère, balançant ses jambes un peu trop près des bocaux d'embryons de crocodiles.
« Comment tu s- So'! » s'exclama Kairi, visiblement agacée.
Son ami lui renvoya une moue innocente, en dépit de son téléphone portable tenu bien en évidence entre ses doigts.
« Arrête ça ! Tu vas perturber la magie ! »
Vanitas ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Leurs professeurs continuaient à leur répéter cela. Technologie et magie ne faisaient traditionnellement pas bon ménage. Smartphones interdits dans l'établissement, du coup, confisqués au début de l'année et entreposés dans une pièce gardée par de nombreux pièges et sortilèges. Les contacts extérieurs se faisaient uniquement par pigeons voyageurs – ça avait moins de gueule que les hiboux, bien sûr, mais bon, voilà, dans cette école, leur truc, c'était les pigeons. Plus fiables, paraissait-il, et effectivement personne ne se plaignait.
Oh bien sûr, de nombreux élèves avaient déjà tenté de faire remarquer que, malgré l'interdiction des ordinateurs et des téléphones, tout le château possédait de l'électricité pour s'éclairer et se chauffer. Les professeurs se contentaient de tourner la tête et de faire semblant de ne pas entendre.
« Mais non, c'est un mythe ! répliqua Sora. Regarde. »
Ce disant, il sortit sa baguette de sa poche et l'agita. Réagissant à l'appel, la couverture de Xion et Kairi s'envola, déclenchant deux cris de protestation, et vint se poser gracieusement sur les épaules de Sora.
« Eh ! protesta une Xion sans aucun doute réveillée d'une micro-sieste. Pourquoi tu fais ça ? Et comment t'as eu ce portable au fait ?
-Oh. Vanitas l'a récupéré pour moi .»
L'enfoiré ! Il avait promis de garder le secret !
Avant qu'il n'ait pu le fusiller du regard pour lui promettre mille morts, la tête de Xion apparut à l'envers dans son champ de vision, les yeux plissés par la suspicion.
« Pourquoi t'as fait ça ? »
Vanitas jugea que répondre nécessiterait trop d'efforts, surtout pour se faire sermonner par la suite. Il se contenta de hausser les épaules et détourner le regard – pas de remords, bien évidemment, mais d'agacement.
Ce fut suffisant pour Xion et son intuition extraordinaire.
« Sérieusement, il t'a payé ? »
Le garçon haussa un sourcil. Pourquoi ça l'étonnait autant ? Elle savait qu'il ne rendrait certainement pas service par bonté d'âme...
Il sentit Riku souffler un rire discret contre son cou. Ça faisait longtemps que ce dernier avait abandonné le fait de sermonner son petit ami pour son manque de moral. Il se contentait d'observer les conséquences sans se sentir concerné. Oh, au début, ç'avait été compliqué, parce que Riku souffrait un peu du complexe du chevalier servant. Rien que le fait de ne pas empêcher une mauvaise action d'un tiers, ça le faisait se sentir coupable.
Mais il travaillait là-dessus, et heureusement, sinon leur relation n'aurait pas fait long feu. Si on pouvait estimer que 'trois mois' comptait comme 'faire long feu'. Pas qu'ils comptaient s'arrêter là, mais tout de même.
« Sora ?! s'étouffa Kairi. Tu l'as payé ? »
Ce dernier haussa les épaules, pas vraiment gêné par l'idée. Il s'agissait simplement d'un échange de bons procédés.
« Sans indiscrétion, tu prends combien ? » intervint alors Axel, qui fusionnait quasiment avec le radiateur à ce stade.
Avec un soupir agacé, Vanitas fut contraint d'extirper sa main et sa baguette des couvertures pour rétorquer en traçant des lettres dans l'air glacial :
Trop cher pour toi.
Devant la moue dubitative du renard, Sora répondit :
« Deux cent balles. »
Les yeux d'Axel s'agrandirent.
« Quel arnaqueur ! »
Son ami leva les yeux au ciel, pesant le pour et le contre de lui écrire un argumentaire détaillé. Pour : la satisfaction de lui rabattre son caquet, en plus de rétablir son honneur blessé. Contre : il faisait froid et, dans son cas, s'expliquer prenait beaucoup trop de temps et d'efforts. Il n'en valait pas la peine.
N'empêche, lui trouvait que deux cent, ça représentait fort peu par rapport aux risques qu'il prenait ! Bon, passer le chien à trois têtes était le plus dur, dans l'idée, mais il ne fallait pas oublier non plus le danger de se faire renvoyer de l'école si ça se savait. M'enfin, il ne pouvait pas facturer davantage, pour un budget d'étudiant, mais ça vaudrait au moins cinq cent...
«Sora, appela la voix de Kairi sur le matelas au-dessus de sa tête, rend la couette, y a Xion qui grelotte en dormant.
-Mais moi aussi j'ai froid !
-Je rappelle que c'est ma couette, à la base, glissa Axel mine de rien. Et mon lit. »
À présent, il tentait de s'allonger sur le chauffage, sans trop de résultats. Même lui n'était pas maigrelet à ce point. Ça paraissait davantage obscène qu'autre chose, à vrai dire.
« J'y pense, réalisa Sora, pourquoi on ne va pas tous squatter dans le lit d'Axel ? À sept, on aurait plus chaud.
-Euh ouais, nan. Déjà, j'ai jamais autorisé les deux squatteuses, là ! Et je vous connais hein, vous allez vous agiter et vous battre et casser des lattes.
-On est pas si turbulents que ça...
-Vous êtes de vrais gremlins et tu le sais très bien. »
En désespoir de cause, Sora tourna sa bouille vers Vanitas, qui en grimaça d'avance. Il n'allait pas oser demander, tout de même ?
« Vani... » gémit le parasite en guise de requête.
Ils avaient tous été contaminés par Axel et Xion, avec ce surnom, et Vanitas se trouvait démuni. Il avait beau les punir avec des sortilèges divers et variés, rien n'y faisait ! Il songeait vaguement à passer au niveau supérieur, comme des malédictions sur plusieurs générations, ou bien un sort de mutisme semblable au sien. Quoiqu'il ne saurait pas trop où planquer leurs voix.
Avant qu'il ait pu écrire un Crève, Riku répondit à sa place.
« Tu peux toujours essayer pour voir, mais je pense qu'il faudra lui passer sur le corps avant de pouvoir mettre ne serait-ce qu'un orteil sur son territoire.
-Un peu comme toi, en somme » ricana Axel.
Erreur de débutant. Ne jamais tendre de perche à l'ennemi. Toujours surveiller ses paroles. Vanitas se fit la note mentale de lui apprendre deux ou trois trucs à ce propos.
« Tiens donc, moi qui pensais que les renards ne faisaient que des blagues pleines de finesse...»
Ah, par contre, il n'aurait pas besoin de lui enseigner la répartie. Déjà ça.
«Touché coulé... marmonna une voix en hauteur.
-Attend, elle me bolosse en dormant maintenant, l'autre ?
-Je pense qu'elle fait semblant, répondit Kairi. Mais c'est dur à dire... »
Ou bien elle faisait de très petites siestes. Mais à moins qu'on ne la réveille, ça restait plutôt rare.
« Mais franchement, vous êtes pas solidaires ! se plaignit alors Sora à l'intention de Riku et Vanitas. Forcément, c'est facile hein, vous avez forcément moins froid que nous ! »
Cette fois, ils se turent suffisamment longtemps pour laisser Vanitas en placer une. Ce qu'il détestait les conversations de groupe...
T'as qu'à te taper Ventus.
Les concernés se penchèrent et plissèrent les yeux pour réussir à lire à cette distance, Sora marmonnant les mots à mesure qu'il les déchiffrait – ce qui donnait fortement envie à Vanitas de l'étrangler. Puis il se tourna vers son ami.
« Avant que tu ne demandes, déclara calmement Ventus, c'est non.
-Pfff... »
Axel secoua la tête, dépité à l'extrême.
« Toute cette belle brochette de sorciers, et pas un seul foutu de trouver un sortilège pour nous tenir chaud...
-Bah vas-y, cherche, si t'es si malin !
-Oh, doucement ! Je suis d'affiliation Ténèbres, moi, je suis pas calé en chaleur ! Je m'y connais plutôt en trucs froids et humides.
-Dis donc, j'espère que tu parles pas de ta bite.
-Mais bordel, tu dors toi ou pas du tout, à la fin ? »
Un rire diabolique lui répondit, mais rien d'autre.
Ventus fronça les sourcils, comme sous le coup d'une réminiscence qui crépitait entre ses deux neurones et demi, puis marmonna :
« En fait, ça me dit quelque chose. Je dois avoir déjà vu un truc pour tenir chaud quelque part.
-Une bouillotte ?
-Un plaid ?
-Un sortilège ?
-À votre avis ? Plutôt dans le genre sortilèges. J'ai dû le lire vite fait dans un livre. Tu m'aides à chercher, So' ? »
Les deux énergumènes firent voler une petite pile de manuels entre eux pour les parcourir. En même temps, un nouveau répit tomba dans le groupe. Forcément, à force, ils n'avaient plus grand-chose à se dire, mais aucun d'entre eux n'avait rien de mieux à faire que de squatter là – fin d'examens, pas d'internet et l'hiver à son paroxysme au-dehors.
Axel finit par se lasser de sa courte mais sulfureuse liaison avec le radiateur et par grimper dans son lit rejoindre les filles.
Avec un soupir silencieux, Vanitas colla son dos contre celui de son petit ami, qui resserra ses bras autour de lui en retour. Le froid le rendait toujours somnolent. Et autant il faisait confiance à Riku, autant il préférait éviter de roupiller dans une pièce remplie à ras bord des pires hurluberlus connus à ce jour.
Bon, pour Axel, il n'avait souvent pas bien le choix, puisqu'ils partageaient la chambre, mais il surveillait ses arrières, et à raison ! Tiens, quelques semaines plus tôt, avant les vacances de Noël, son cher colocataire avait tenté de l'asperger d'une potion du furoncle pendant la nuit 'pour rigoler'. Il s'était heurté de plein fouet à la barrière de protection que Vanitas avait dressé autour de son lit, en résultant une énorme bosse sur le front anguleux du Traître.
Très maigre vengeance pour l'affront que le corbeau avait manqué de subir, à son humble avis. Alors, le lendemain, il la lui avait fait bouffer, sa potion. Des furoncles s'étaient mis à pousser dans sa gorge, et Axel avait manqué de mourir, à la grande déception de Vanitas qui pensait bien réussir son coup. Il se consolait en se disant que son ami avait eu bien du mal à expliquer son état au troll-infirmier. Bah oui, tentative de meurtre ou non, on ne dénonçait pas les copains !
Il fut tiré de ses rêveries par une tête de Xion qui apparut à l'envers sur le côté du lit, façon cochon pendu.
T'as l'air en forme, commenta-t-il.
« Bah, il fait hyper sombre sombre, alors mon corps a l'air de penser qu'il fait nuit. J'ai trop la pêche ! Bon, Sora, Ven, vous trouvez ? J'ai froid !
-Euh ben, c'est plus compliqué que prévu... répondit Ventus.
-C'est bizarre, ça, ajouta pensivement Sora. Un truc aussi bête que créer du chaud, ça devrait se trouver dans les sortilèges de base... »
Ven releva le nez de son ouvrage, l'air soudainement percuté par quelque chose.
« Attend une minute ! »
En un tour de baguette, il fit voler tout le reste des livres de classe d'Axel et Vanitas avant de trouver ce qu'il cherchait. Un très épais grimoire un peu poussiéreux lui atterrit dans les mains et Sora se pencha par-dessus son épaule pour lire le titre.
« Manuel de potions avancé ? Mais Ven...
-Fais-moi confiance... Ah ! »
Il mit le doigt sur une ligne de la table des matières, puis parcourut frénétique les pages jusqu'à trouver ce qu'il cherchait.
« Voilà ! Potion de chaleur ! »
Une potion ? Et dans le livre des mixtures difficiles, qui plus est. Ce ne devrait pas être un problème pour ces deux chimistes en herbe, mais tout de même, ça restait... surprenant ?
L'être humain possédait des techniques somme toute plutôt simples, même si pas toujours efficace, de lutter contre le froid : le feu, le chauffage à l'eau, au gaz, l'alcool... Et tout ce que les sorciers trouvaient comme moyens magiques d'imiter ces procédés, c'était une potion même pas à la portée de tout le monde ? Eh bien...
« Et ça fait quoi ? questionna Riku.
-Ben ça donne chaud, nouille. »
Même sans le voir, Vanitas put presque le sentir lever les yeux au ciel.
« D'accord, mais comment ? Il faut la boire ? Ça dure combien de temps ?
-Euh non, je crois que ça diffuse son pouvoir dans une pièce. Un peu comme des huiles essentielles, sauf que c'est pas une odeur.
-Mais c'est génial ça pour nous ! s'exclama Xion. Bon faudra juste qu'on reste tous ensemble tout l'hiver, mais c'est pas un problème, ça ! »
Oh, misère...
« Attend, j'suis pas sûr qu'on ait tous les ingrédients.
-Dis toujours pour voir.
-Alors. Tambouille de limace, bon ça, à la rigueur, ça se trouve.
-Euh... C'est quoi une tambouille ?
-Ben tu prend un bol, un pilon, ta limace et...
-Ok, ok. Et après ?
-Bave de troll, facile. Poils de renards, heureusement, on en a un sous la main... Rayon de soleil en flacon, il doit m'en rester dans un coin. J'espère, parce que sinon ça va être galère à attraper, par ce temps. Fruit Paopu. Ah.
-Ouf ! soupira Sora. J'en ai ramené des îles à Noël ! Si c'est tout, ça devrait être facile ! On s'y met ? »
Mais Ven plissait les lèvres et les sourcils, l'air soucieux. Vanitas comprit qu'ils pourraient s'asseoir dessus, la potion. Au sens figuré.
« Euh. Non, c'est pas tout. Crin de licorne. »
Oh ? Mais.
« Merde, ça coûte un bras, ça ! pesta Axel. Même en divisant par sept, je préfère encore me geler les miches tout l'hiver plutôt que de payer aussi cher. »
Dites, tenta Vanitas.
Mais bon, face à la moitié des interlocuteurs juste au-dessus de sa tête, incapables de le voir, et l'autre moitié perchée sur l'étagère du fond...
« Dois bien y avoir autre chose ! s'entêta Xion. On peut pas, j'sais pas, le remplacer par du crin de cheval ? »
Hé !
« Si tu veux que ça t'explose à la figure, à la rigueur, ça donne chaud tout pareil... »
Oh hé, les connards !
« Euh, les gens, je crois que Vanitas essaie de dire un truc » informa mollement Riku.
Pas trop tôt. Un peu plus et il lui enfonçait son coude dans les côtes pour qu'il fasse l'annonce.
Sora et Ven se tournèrent vers lui. Trois têtes se mirent à le fixer à l'envers. Pas du tout intimidant. Il tenta de tracer le plus vite possible, dérangé de l'attention. Ça lui apprendrait à rendre service !
Y a une licorne dans la forêt maudite, en fait.
« Comment tu le sais ?
-Même si c'est vrai, Vani, on va pas réussir à la trouver... »
Je l'ai vue hier.
Il sut qu'il venait de dire une connerie au silence qui s'ensuivit. Quoique, une connerie, c'était relatif, avec ceux-là. De son point de vue, les autres étaient cons, et non l'inverse. Puis bon, il l'avait vu. S'ils ne le croyaient pas, c'était pas son problème.
« Euh, c'est pas possible, ça, Van' » le tança Axel avec un énorme sourire de chat.
Le concerné haussa un sourcil arrogant. Ça l'irritait qu'on remette sa parole en doute.
Y a plein de bêtes dans la forêt, pourquoi pas une licorne ?
« On ne dit pas qu'il n'y en a pas, répliqua Xion. On dit que c'est pas possible que tu l'aies vu. »
Ah bah merci la confiance.
« Mais enfin Vani ! C'est pas dans ton intérêt de nous faire croire ça ! On pourrait penser que... »
Il la fusilla du regard en attendant qu'elle s'explique. Derrière lui, Riku s'agitait nerveusement. Pas prêt de le défendre, celui-ci, hein ? Pfff... À quoi il lui servait, au juste ?
« Oh mon dieu, s'esclaffa Axel. Il a aucune idée de ce qu'on lui raconte, hein ? »
Ce fut Kairi, la seule personne réellement gentille dans ce tas de parasites, qui soupira puis annonça le plus lentement possible :
« Vanitas... Les seules personnes qui peuvent voir les licornes sont, hm... Les personnes vierges. »
Le signe astrologique ?
Évidemment que non, il s'en doutait bien. En plus, il était scorpion, donc rien à voir. Mais sur un malentendu, ça pouvait passer... Surtout que, si on rajoutait le Seprentaire dans le lot, comme préconisé par certains astrologues de bas étage, ça décalait tout. Mince, est-ce qu'au moins le signe de la Vierge était proche de celui du scorpion en termes de dates ? Il aurait dû prendre cette option en première année. Ça ne lui aurait servi que pour trouver une excuse bidon durant un seul et unique moment de son existence mais, eh...
« Non, Vanitas. Pas le signe astrologique, non. »
Ah. Bon.
En réalité, il se doutait bien que, avec des chieurs pareils en guise d'amis, et à moins qu'il ne remédie à la situation avant cela, la chose finirait par se savoir... Il avait résolu depuis longtemps que, lorsque son secret serait découvert, il tuerait toutes les personnes présentes dans la pièce et puis lui-même.
À présent, et même s'il passait actuellement par tout un tas d'émotions fort peu agréables en un temps record, cette solution lui semblait un peu radicale. Surtout qu'il avait peut-être un coup à jouer.
Du calme. J'étais en corbeau.
« Et ? » s'enquit Xion sans lui laisser le temps de finir, ce qui le fit soupirer bruyamment.
Déjà que, par souci pratique, il ne pouvait pas incorporer toutes les insultes et le sarcasme qu'il aurait souhaité dans sa prose...
J'ai jamais niqué sous forme de corbeau.
« Encore heureux...
-Donc t'essaie de nous dire que tu peux voir les licornes parce que la version à plumes de toi-même est vierge ? »
Précisément.
« Mais au fait, réalisa Sora. Ça baise comment, un oiseau ? Ça a une bite au moins ? Et pourquoi je ne sais pas un truc aussi basique sur l'anatomie animale ? »
Comme personne ne s'intéressait tellement aux question ornithologiques, ils ne se donnèrent aucunement la peine de lui répondre. Enfin, Vanitas aurait bien éclairé sa lanterne dans l'unique but de détourner le sujet de sa personne, mais il n'en eut pas le temps que Ven réattaqua d'un air innocent, ses jambes s'agitant joyeusement dans le vide :
« Ça ressemble à une excuse bidon. »
Oui, et quelqu'un doté d'un peu plus de tact aurait laissé son excuse bidon en paix !
« Mais nan, rit Axel en descendant gracieusement du lit pour s'asseoir en tailleur sur le parquet usé. Il nous fait une blague. Hein, Vani ? Vani. Vanichat. Rassure-moi. T'as déjà trempé le biscuit ? »
Là, il existait trois options. Mentir, garder le silence, ou tuer tous ceux présents dans cette pièce.
Oui.
« Il ment » asséna Xion.
Il aurait vraiment dû choisir la troisième option.
Il n'expliquerait jamais le don surnaturel de Xion pour deviner ce qu'il pensait en se basant sur les expressions de son visage, surtout que ça ne fonctionnait que sur lui. La plupart du temps, il trouvait ça pratique, parce qu'elle pouvait traduire pour les autres sans qu'il ait besoin d'écrire ce qu'il voulait faire passer comme information. Sauf que ben... Même les messages qu'il ne voulait pas faire passer, Xion transmettait. Par malveillance, cruauté ou innocence idiote, ça, Vanitas n'arrivait pas à le déterminer.
Bon, très bien. Premièrement, il allait falloir qu'il commande des billets de train pour dans une heure. Quoique avant cela, il fallait décider d'une destination, car sa mère préférerait le tuer de ses propres mains que de le laisser abandonner ses études. Il irait s'exiler à l'étranger. Loin, très très loin. Puis il creuserait un immense trou jusqu'aux enfers et il irait directement se terrer là-bas pour le restant de l'éternité. Ce serait plus simple que de rester ici, avec ce silence et ce malaise.
Quelle angoisse. Il utilisait les trois quarts de son énergie pour tenter de rester digne. Le quart restant turbinait à plein régime dans son cerveau pour essayer de retourner la situation à son avantage, mais...
Encore, si ça restait les débiles lumineux et Xion, il aurait pu s'en tirer. Mais alors ce gros beauf d'Axel...
« Eh, Riku, tu confirmes ? »
Ah non mais vraiment quel gros connard.
« J'ai rien à confirmer. Si tu veux des détails indiscrets sur la vie privée de ton pote, il faut t'arranger avec lui. »
Olala. Ok. Vanitas l'aimait beaucoup, quand il prenait ce ton sec, surtout pour rembarrer Axel. Ce n'était pas souvent, et ça lui envoyait des frissons le long de la colonne vertébrale. Même si en fait, maintenant que Riku avait appris le secret, il allait probablement le quitter.
Ou pas, d'ailleurs. Riku était trop gentil pour quitter les gens pour ça. M'enfin, tout de même, Vanitas ne pouvait s'empêcher de craindre le pire.
Axel ne parut pas trop piger l'avertissement.
« Mais allez quoi ! Ça fait trois mois que vous êtes ensemble, tu vas pas me dire que vous avez rien fait ! Même pas une petite branl- »
Il ne termina jamais sa phrase, parce que Vanitas lui lança promptement un maléfice de bâillonage et, très clairement, il aurait dû le faire depuis longtemps. La corde magique serra peut-être un peu trop fort, à en juger par ses cris de protestation, mais personne ne bougea pour l'aider, jugeant sans doute qu'il avait mérité.
« Me lance pas de sorts hein, Vani, intervint Xion de la voix la plus diplomate possible. Mais je vois pas trop, euh, pourquoi ? C'est que t'as pas envie, ou... »
Roh le toupet. D'un côté, dans une situation inversée, il aurait été curieux aussi.
Mais il n'y avait pas grand-chose à dire. Jusqu'à la fin du lycée, il faisait peur à tout le monde. Parce qu'il était un sorcier, qui plus est d'affiliation Ténèbres, que sa mère avait une sale réputation de vieille folle, et que, ben, voilà, il n'inspirait pas confiance. Pas vraiment les conditions idéales pour nouer une amitié, et encore moins une relation amoureuse, alors tirer un coup...
Une fois arrivé dans les études supérieures, il faisait peur à moins de gens – quoique ça arrivait toujours. Dès qu'on se retrouvait entre membres de la communauté magique, ça allait un peu mieux. Puis il avait rencontré Riku, mais, bon... Ça restait compliqué.
« Oh, ça va, tu peux nous en parler, on est tes amis ! insista-t-elle devant le silence de mort.
-Vous pouvez pas lui foutre un peu la paix ? soupira Riku. Personne ne raconte tout à ses amis. »
Il en savait quelque chose, lui qui avait caché son affiliation aux Ténèbres à Sora et Kairi pendant une année complète...
« Et puis, tu sais Vani, intervint gentiment Kairi, c'est pas grave du tout, hein. C'est même courant. »
Eurk. C'était presque pire que les blagues d'Axel, ça, la mièvrerie écoeurante. En même temps, est-ce que c'était vraiment trop tard pour les assassiner, là, tout de suite ?
« C'est même génial ! s'exclama Sora. Comme ça, tu vas pouvoir chercher la licorne et on aura notre potion ! »
Hum, comment formuler ça gentiment... ?
Crève.
Oui, voilà, parfait.
« Oooh, mais pourquoi ? T'es notre seul espoir de pas mourir de froid ! »
Eh bah meurt.
« Mais ça va te servir aussi ! »
Dans ce cas, il accepterait son sort et quitterait ce monde avec le peu de dignité qu'il lui restait ! Et puis non en fait. Lui, il avait Riku pour tenir chaud. Les autres n'avaient qu'à se trouver un Riku aussi.
Puis merde, quoi. Il ne voyait pas pourquoi il irait se les peler en forêt pour des enfoirés pareils ! Ça leur apprendrait, aussi, à l'humilier comme ça.
Allez vous faire foutre.
« Oh, on pourrait te retourner le conseil, Vanichat » rétorqua Axel, qui avait finalement trouvé le contresort adéquat.
Mais Vanitas ne l'attaqua pas, même pas un tout petit peu. Il se contenta de lui retourner un sourire froid.
« Oh, non... » marmonna Xion en devinant ce que présageait son expression cruelle.
En guise de représailles, il ne les aiderait pas, et aucune supplication d'aucune sorte ne changerait cela.
Peut-être même qu'il ajouterait un petit bonus dans sa vengeance, mais il fallait qu'il y réfléchisse. En attendant, il se contenta de garder un silence satisfait.
Désolé, ça coupe un peu abruptement parce que ben, c'était sensé enchaîner sur une autre scène, mais du coup, ce sera pour la prochaine fois...
En tout cas, ça me fait plaisir de me replonger dans cet univers, je m'étais déjà assez amusée à l'écrire l'an dernier. J'espère que ça vous a plu !
À dans quelques jours (oui j'ai pas de date précise pardon) pour la suite !
