Il était resté seul avec Zoé quelque temps. Ziva avait réussi à formuler une excuse et était partie, discrètement. Lui et Zoé n'avaient pas parlé autant, n'étaient pas partis dans leur petit jeu de séduction, d'affection habituelle, mais elle avait ce regard étrange posé sur lui. Elle sentait que quelque chose d'étrange se tramait, se glissait dans la tete de Tony, bonne ou mauvaise. Au final elle l'avait embrassé sur le front, souri comme elle savait le faire et lui avait expliqué qu'elle devait aller au travail, régler quelques petites choses. Elle avait tenté de le rassurer en lui annonçant que son père allait venir d'une minute à l'autre, quelle surprise.
Il lui sourit et la laissa fuir. Son père ? Cela prouvait bien que leurs relations avaient changé, quelques années plus tôt il mourrait de la peste et se trouvait bien heureux de ne pas le voir, ou plutôt, essayait de s'en convaincre.
Et pourtant Senior arriva, il ne put s'empêcher de se sentir soulagé, un peu comme un petit garçon qu'on allait rassurer.
Habituellement, et étrangement, c'était le rôle de Gibbs, mais les choses étaient trop différentes, trop complexes à cet instant.
« Junior ! » L'exclamation se voulait enjouée, mais il y avait quelque chose dans son visage, de la vieillesse, de la rudeur, l'homme semblait avoir été dévoré par l'inquiétude, le manque de sommeil était frappant.
Anthony s'approcha, il le sentait maladroit, que voulait-il ? Finalement il n'hésita pas longtemps et il fut surpris de se retrouver dans les bras de son père, et de ressentir un sentiment qu'il avait oublié depuis ses 8 ans. A cet instant il était le petit garçon que réconfortait son père, celui qui avait encore de l'importance à ses yeux et n'avait pas perdu toute légitimité.
Oh, il eut envie de rester cramponné là, mais il ne le montra pas, il eut cette impression que sa mère pourrait être là, que rien n'avait changé…
Anthony s'éloigna, un petit sourire sur ses lèvres. « J'espère que ce genre d'escapade ne vous arrive pas trop souvent. » Il lui sourit, et attrapa le paquet que son père lui tendait, curieux.
Il ouvrit doucement la boite et sourit. « On essaye d'éviter ce genre de situation habituellement. »
Senior observa l'objet et lui sourit. « Je l'ai retrouvé en faisant mes cartons, pour le déménagement… »
Il tendit les doigts vers l'objet brillant, douce chaine qu'il avait connue il y a longtemps. L'instant était étrange, surréaliste. Comment en quelques minutes pouvait-il se retrouver dans un passé qu'il avait tant essayé de refouler, et pourquoi se trouvait-il être si réconfortant.
Il y avait une petite chaine, petite et dorée qui lui rappelait un autre collier. Au bout il avait reconnu le petit pendentif en forme d'ange, encore si brillant. C'était l'objet fétiche de sa mère, il pensait qu'elle avait été enterrée avec. Il observa son père, ne comprenant pas comment ce collier pouvait ressortir maintenant.
« elle voulait que tu l'ais Junior, elle pensait qu'il pourrait te protéger. » Alors pourquoi maintenant ? Il valait certainement mieux ne pas demander.
Il replongea son regard émerveillé sur l'objet et sourit, il revit sa mère le portant, jouant avec continuellement, et chaque trait qu'il pensait avoir oublié lui revinrent, comme si elle ne l'avait pas quitté. Il se retourna vers son père et reposa l'objet à coté de lui, il s'émerveillerait plus tard.
« J'ai entendu que Gibbs était réveillé. » Il frissonna mais garda contenance. « Oui, il va bien. »
Senior sembla soucieux et s'installa sur la chaise a coté de son lit. « Et toi ? »
Il le regarda surpris, par le ton grave dans sa voix, et l'attente derrière cela, voulait-il des confidences, si crues, si brutes.
Il fronça les sourcils et l'observa. « ça ira. »
Senior sembla soupirer et son regard se fit plus profond, incroyablement perçant. « Junior, j'ai appris ce qui était arrivé, tu as disparu deux journées entières dans un pays dont nous connaissons tous les horreurs par la télévision, et ce garçon. »
Il trembla, frissonna il ne savait pas. Il ne voulait pas non. « Ce n'est pas la première fois que mon équipe est… »
« Je ne te parle pas de ton équipe, ni de Gibbs ni des autres, je parle de toi Tony. »
Il ferma les yeux, et ne répondit pas pendant de longues secondes. « Je n'ai pas envie de… »
Anthony ne le coupa pas, et attendit avec une patience qu'il ne lui connaissait pas. Puis il perçut, le regard compatissant, le visage doux et triste à la fois, de l'inquiétude ?
Il grimaça, voulant alors simplement le rassurer. « Je n'ai pas envie de parler de ça, tout ira bien. »
Il vit son père soupirer, et abandonner, il l'espérait définitivement.
« On m'a dit que tu sortais demain. »
Tony se força à sourire. « Oui, demain, c'est une bonne nouvelle. » Alors pourquoi ce sentiment étrange en lui, cette peur insolite ? Il fixa son père essayant de rester droit, de garder le masque.
Senior lui sourit et se leva, posant une main chaleureuse sur son épaule. « Je passerais demain alors, voir si tout se passe bien. »
Il lui sourit et le laissa sortir. Il était étrange d'avoir son père autour de lui, agréable mais dérangeant à la fois…
Elle entra dans la salle, doucement, de peur de le réveiller. Il était là, un faux air paisible sur son visage, ses cheveux un peu plus gris, son visage un peu plus vieux. Elle avança jusqu'à lit et chercha autour d'elle de quoi s'asseoir.
« Ziva… »
La voix la frappa en plein cœur, douce et fragile à la foi. Cette voix lui rappelait tant de chose, le manque qu'elle avait ressenti ces deux années.
Elle se retourna et lui offrit un doux sourire, sincère.
« Oui, je suis là Gibbs. »
Il sembla sourire, oui sembla, car ses lèvres ne bougèrent pas, seule l'expression dans ses yeux changea.
Elle tira la chaise qu'elle avait perçue plus loin et s'installa.
« J'ai été mise au courant, et je me suis dit que ça faisait longtemps. »
Elle lui sourit doucement mais il la regarda, étrangement, de ce regard transperçant dont-il était maitre.
« Tu ne devrais pas être là. »
Elle le regarda surprise, mais elle ne laissa pas son trouble transparaitre.
« Je pensais que tu serais content… »
« Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. » Il soupira, et ne lâcha pas son regard. « Tu avais fait le bon choix en t'éloignant de tout ça. »
Depuis quand était-il aussi pessimiste sur ce qu'ils faisaient, depuis quand était-il aussi sombre ? Quelque chose d'important se jouait à ce moment, elle le sentait.
« Tu aurais voulu faire le même ? »
« Avant non. »
Elle soupira et l'observa, un sentiment de tristesse l'envahi. « J'ai guéri, j'ai appris à séparer ces choses de celles que je voudrais être maintenant. Loin du NCIS, cependant, j'ai fait mon temps…»
Il l'observa, une lueur paternelle dans ses yeux. « Je suis content pour toi Ziva. »
« Mais je ne suis pas comme toi, je ne te vois pas sans le Ncis, sans l'équipe, Abby, McGee, Tony. » Elle vit un voile étrange passer à l'évocation de ce dernier nom.
« Toutes les personnes que vous avez aidées… »
Il se redressa un peu, une colère envahissant son regard. « Je n'ai pas réussi à aider un gamin, je l'ai laissé me tirer dessus et il est mort ziva ! Qu'est-ce que je pourrais encore apporter au NCIS ? »
Elle ferma les yeux et attrapa la main immobile de son ancien patron. « Ta famille a besoin de toi. »
Le même trouble qu'elle ne comprenait pas le traversa, elle le perçut à ses traits, à la tension dans son visage.
Elle secoua la tête et regarda l'horloge au-dessus de la télévision. « Il est tard, je repasserais demain. »
Il ne dit rien, se contenta de détourner le regard. Elle l'observa, debout, quelques secondes, tentant de comprendre ce qui se tramait, puis se retourna pour sortir. Elle avait cette douleur en elle, cette impression que quelque chose d'important s'effondrait, et que peut-etre, si elle n'était pas partie, les choses auraient pu etre différentes.
