Coucou tout le monde, tout d'abord bonne et heureuse année à vous tous qui prenez la peine de jeter un coup d'oeil à mes traductions. Dans Une chanson aussi vieille que le monde, on assiste au réveil de Bilbon et de Thorin – tu as raison, melusine-chan à un détail près – dont la relation passe un nouveau cap et dans Elevé par des dragons, Bilbon se retrouve seul avec les nains. Je suis ravie de voir que cette nouvelle histoire vous plaise autant, merci pour vos coms. Pour répondre à ta question, Triskelle sparrow, l'âge de Bilbon n'est jamais clairement établi mais je pense qu'il se situe au même niveau que dans Une chanson aussi vieille que le monde, c'est-à-dire, trente-trois ans – la majorité chez les hobbits. Continuez à me laisser des coms, ça me fait un immense plaisir. Bonne lecture:)

Bilbon avait très chaud et il était couché sur quelque chose de délicieusement doux. Quelque chose de fort était pressé contre son dos et il lui fallut un moment pour se rendre compte qu'il s'agissait non pas de quelque chose mais de quelqu'un. Un bras était drapé sur sa poitrine, le maintenant fermement contre le torse de la même personne et leurs doigts étaient entrelacés. Il pouvait sentir son souffle contre son cou et frissonna à cette sensation.

Le cerveau de Bilbon finit par avoir un déclic et il se souvint de la nuit précédente. Thorin était là. Il était en dragon ! Bilbon s'était endormi contre lui, ce qui signifiait...

-Bilbon, murmura la voix de Thorin contre sa peau, provoquant chez Bilbon un frisson de plaisir car Thorin était de nouveau un nain et le tenait serré contre lui. Si je suis en train de rêver, alors je ne veux jamais me réveiller.

Thorin faisait toujours des choses comme ça. En publique, il était réservé et distant mais, en privé, il était tactile et romantique.

Bilbon se tourna dans l'étreinte de Thorin pour pouvoir faire face au nain et sourit en voyant son visage si près du sien. Ses yeux étaient ensommeillés et son visage apaisé. Bilbon avait peine à croire qu'il était un dragon quelques heures auparavant.

-Tu ne rêves pas, Thorin. Je t'ai entendu m'appeler.

Thorin cligna des yeux puis il vit son regard s'illuminer en se remémorant les événements de la veille. Il se redressa brusquement, et Bilbon regretta sa chaleur. Il aimait être dans ses bras.

-Tu aurais pu être blessé. J'aurais pu te tuer.

Bilbon secoua la tête et s'appuya sur ses coudes. Il remarqua à cet instant qu'il était allongé sur le manteau de Thorin et la pensée que le nain l'avait étendu sur sa cape pour ne pas avoir à dormir sur l'or lui réchauffa le coeur.

-Mais tu ne l'as pas fait et tu ne le feras pas. Je te manquais. C'était évident. Comment pourrais-je te refuser ma compagnie ? D'ailleurs, ce n'était pas vraiment la première fois que j'ai risqué ma vie pour régler un problème.

Bilbon ferma la bouche et le front de Thorin se plissa, confus. Il n'avait pas vraiment l'intention de dire à voix haute la dernière phrase. Thorin ne savait pas encore ce qu'il avait fait.

-T'ai-je blessé, Ghivashel (Trésor de tous les trésors) ?

Bilbon déglutit et essaya de calmer son coeur battant. Il allait bien, il ne dirait pas ce qu'il a fait. Il décida qu'un changement de sujet s'imposait.

-Non, nous nous sommes plutôt bien entendus, en fait. Je pense que c'est moi qui t'ai blessé. Est-ce que ton cou va bien ? demanda Bilbon en tirant légèrement sur le collier de Thorin pour l'examiner. Tu as rudement tiré sur tes liens et...

Le dos des doigts de Thorin caressa le visage de Bilbon, déstabilisant complètement le hobbit.

-Je vais bien, Bilbon. Mon autre forme peut supporter des blessures bien pires que ça.

Il continuait à caresser tendrement la joue de Bilbon qui se pencha sous son contact et cligna des yeux pour retenir ses larmes. Il ne savait pas ce qui venait de se passer, mais il avait du mal à contenir l'immense vague d'amour qu'il ressentait pour ce nom.

Il aimait Thorin. Il l'aimait vraiment, vraiment. Ce n'était pas quelque chose qu'il avait prévu et qu'il était apte à maîtriser mais il était ce qu'il était. Il aimait ce nain.

Si il avait eu cette pensée à une heure plus décente, ou après le second petit déjeuner, alirs il aurait pu continuer à vivre gaiement et retenir le sentiment qui enserrait sa poitrine. Un doux secret qu'il aurait pu chérir. Mais en ce moment, le filtre entre son cerveau et sa bouche n'était pas encore en état de fonctionner.

-Je t'aime.

Les doigts de Thorin se figèrent contre la joue de Bilbon qui avait la certitude que son coeur allait à tout jamais cesser de battre. Pourquoi diable devait-il toujours babiller ?

-Oh Yavanna ! s'écria-t-il en plaquant sa main contre sa bouche. Pourquoi ai-je dit cela ? Vous n'auriez pas dû entendre ça ! Dire que je ne suis même pas censé me trouver dans cette Montagne.

Bilbon resta complètement immobile pendant cinq secondes, puis il se démena comme un fou. Il retomba loin de Thorin et bascula en essayant de se mettre debout. Vivement, deux bras forts et puissants encerclèrent sa taille et l'attira au sol. Il lutta vaillamment pendant un moment avant d'être collé contre le torse de Thorin qui le maintenait fermement.

-Calmez-vous ! commanda Thorin et Bilbon cessa de se débattre, laissant ses larmes couler librement. S'il vous plaît, expliquez-moi ce que vous venez dire ?

Bilbon renifla et ferma les yeux.

-Ce n'est pas moi qui ai été tiré au sort, avoua-t-il en gardant les yeux fermés, ignorant les larmes qui striaient ses joues. C'était quelqu'un d'autre. J'ai pris sa place parce que ça avait l'air très dangereux et je ne voulais pas qu'il lui arrive quelque chose de mal... Je ne savais pas ce qui se passerait. Je voulais juste...

Les lèvres de Thorin couvrirent les siennes et les yeux de Bilbon se rouvrirent brusquement. Il resta immobile, ne sachant pas quoi faire. Thorin recula après un long moment et prit son visage. Bilbon sentait à peine ses caresses. Les pouces de Thorin passèrent sous ses yeux, effaçant les traces de larmes. Il murmura quelque chose de khuzdul avant de l'embrasser à nouveau rapidement.

-Mon Bilbon, mon cher Bilbon. Je t'aime aussi. Tu es mon Unique, pour moi, il n'y aura personne d'autre, déclara le nain en pressant son front contre celui de Bilbon, le voulant aussi près de lui que possible comme si il avait peur de le perdre et le hobbit ne put s'empêcher d'enrouler ses bras autour de Thorin, l'enlaçant dans une joyeuse incrédulité. Mon Bilbon au coeur d'or. Je t'en prie, dis-moi que tu vas rester avec moi.

-Pour aller où ? demanda Bilbon, perplexe. Tu n'es pas fâché que j'aie menti ?

-Seulement que tu aies craint de me le dire. Si j'avais su qu'aucun hobbit n'était rentré chez lui, j'aurais immédiatement fait arrêter cette loterie, soupira Thorin en caressant la joue de Bilbon avant de poser sa tête contre la sienne, un signe d'affection chez les nains, en fermant les yeux puis il tira la taille de Bilbon contre la sienne et son autre main vint toucher sa tresse de cour. Je suis ravi de ne pas l'avoir fait. Autrement, je ne t'aurais jamais rencontré. Le magicien avait tout à fait raison. Le hobbit serait mon Unique et désormais, je n'en ai plus aucun doute.

-C'est vrai ? chuchota Bilbon qui vit les yeux de Thorin se rouvrir, ils étaient d'un bleu plus foncé qu'ils ne l'étaient habituellement et le hobbit percevait quelques nuances dorées cachées au fond de ses prunelles, dernière trace de la malédiction en plein jour. Qu'est-ce qui le provoque ?

Bilbon avait à peine conscience qu'il parlait. Ses doigts étaient enroulés autour de la tresse de Thorin. Il avait eu de nombreuses leçons pour apprendre à faire diverses tresses avec pour modèle, Kili, qui fit preuve d'une patience infinie pour qu'il réussisse à tisser une tresse de cour.

-Qu'est-ce qui provoque quoi ? murmura Thorin, semblant bien plus intéressé par les caresses de Bilbon que par ses paroles.

Bilbon en était flatté mais il avait vraiment besoin de savoir et il retira sa main.

-Que tu te transformes en dragon. Je n'arrive pas à comprendre. Ce n'est pas un jour de la semaine, ce n'est pas la lune, ce n'est un jour dans le mois...

Thorin entortilla distraitement une boucle de Bilbon autour de son doigt. Quand il répondit, sa voix était profonde et réfléchie.

-Ça n'a rien à voir avec la journée ou la lune, bien que ce soit finement pensé. Non, ça a à voir avec ce que les dragons chérissent par-dessus tout.

Bilbon fronça les sourcils. C'était difficile d'avoir les idées claires avec Thorin le tenant par la taille et en train de jouer avec ses cheveux.

-Le trésor ?

Thorin hocha la tête.

-Je suis rattaché aux mines. Chaque fois qu'ils découvrent une nouvelle veine, que ce soit de pierres précieuses ou de métal, je me transforme en dragon, avoua-t-il en emmêlant ses cheveux dans ses doigts. Je peux le sentir profondément dans mes os lorsqu'ils trouvent quelque chose de nouveau, mais ils me tiennent tout de même informés.

-Ne peuvent-ils pas tout simplement cesser de creuser ? questionna naïvement Bilbon.

-Je ne veux pas que le royaume coure à sa perte dans le seul but de soulager ma douleur, répondit Thorin, visiblement offensé.

Bilbon soupira.

-Je ne voulais pas dire ça...

-De toute façon, ça ne réglerait pas la question. Si les mines s'arrêtent pour une autre raison que les congés ou un événement, je me transforme.

-Il ne manquait plus que tu sois frappé par une malédiction intelligente, marmonna Bilbon qui fondit sous l'emprise de Thorin qui souriait et il leva une main pour jouer avec sa barbe. Que suis-je censé faire ? Comment suis-je censé te guérir ?

Les doigts de Thorin cessèrent de le caresser, sa peau aussi brûlante qu'une flamme contre celle de Bilbon.

-Je n'en suis pas sûr. La seule chose que je savais, c'est que le hobbit qui pourrait me guérir serait mon Unique. J'ai envoyé des nains à la recherche du magicien pour voir si il a plus de conseils à me donner.

Ce qui rappela à Bilbon...

-Où sont les autres ? Je pensais que nous serions submergés par la Compagnie.

Le sourire doux et tendre de Thorin se fit carnassier et il rallongea Bilbon sur son manteau pour se tenir au-dessus de lui, ses yeux s'assombrissant et ses cheveux tombant autour d'eux. Le souffle de Bilbon se bloqua dans sa gorge dans un gémissement, son coeur battant à vive allure.

-Non, mon semi homme. Ils ne viendront pas me chercher avant midi. D'ici-là, nous sommes complètement seuls.

Thorin s'installa entre ses jambes et entama avec Bilbon un baiser plein de fougue. Il s'appuya sur ses avant-bras et ses mains s'enterrèrent dans ses boucles. Ses ongles griffaient son crâne, ce qui encensa Bilbon. Thorin se décala légèrement au-dessus de lui et Bilbon haleta en sentant une bosse impressionnante, ne faisant pas partie des cuisses du nain, contre sa jambe.

Autant que Bilbon appréciait cette situation, et, par la Dame Verte, il l'appréciait grandement, il ne pouvait pas profiter de son prince en ce moment. L'aube était déjà passée et ses amis devaient être évanouis d'inquiétude.

-Thorin, je... oh !

Thorin laissa tomber sa tête sur le cou de Bilbon et commença à embrasser le long de sa clavicule. Bilbon ignorait totalement qu'il pouvait être aussi vite noyé sous le désir.

-Hum ? souffla le nain contre sa gorge, provoquant un miaulement chez Bilbon qui sentit son amant sourire contre sa peau, lui faisant perdre de plus en plus la tête.

-Bofur, marmonna-t-il en basculant la tête en arrière pour offrir un meilleur accès à Thorin qui poussa un grognement possessif et pinça sa peau. Ori, ils... oh ! Ils... ils doivent être... en train de me chercher...

Les lèvres de Thorin trouvèrent les siennes et Bilbon sentit ses orteils se replier sous leurs profonds baisers qui lui montraient tout le désir que le nain éprouvait à son égard. Il embrasait Bilbon qui réalisa que son corps était en flammes alors qu'il n'était pas prêt à aller plus loin. Il ne savait pas ce qui allait se passer entre eux. Bien sûr, il avait entendu quelques histoires, mais il ignorait comment deux êtres de sexe masculin pouvaient faire l'amour ensemble.

Avec la passion que mettait Thorin dans ses baisers, Bilbon eut le sentiment qu'il devait s'informer au plus tôt à ce sujet. Pourtant, il ne voulait pas le demander à Thorin. Le nain serait tendre et délicat - Bilbon n'en doutait pas - mais il ne semblait pas vouloir s'arrêter de sitôt, bien qu'il ne sache pas que cela accablait Bilbon. Et ça ne marcherait pas pour Bilbon si il ne savait pas à quoi s'attendre. Ce qui le fit penser aux nains à qui il pourrait demander. Certainement pas Bofur, ni Fili et Kili. Cette seule pensée faisait rougir Bilbon. Il choisirait sans doute Ori. Le jeune nain était aussi tapageur que les autres, mais il était moins susceptible de faire des plaisanteries de mauvais goût à son égard.

-Men eleneku menu o bepap opetu ezirak (Je te désire encore plus que les veines de mithril), murmura Thorin contre les lèvres de Bilbon et, bien qu'il ignorât ce que cela voulait dire, l'intensité de la voix de Thorin suffit pour faire frémir le corps de Bilbon et un gémissement s'échappa de ses lèvres.

Le bruit étonnamment fort surprit Bilbon qui prit conscience que son désir allait prendre le pas sur son bon sens. Il repoussa doucement Thorin jusqu'à ce que le nain soit à côté de lui. Bilbon pressa trois petits baisers sur ses lèvres et l'empêcha de revenir sur lui en posant une main sur sa poitrine.

-Je dois leur dire que je suis vivant, dit-il en faisant courir une main sur le visage de Thorin avant de caresser sa barbe du bout de ses doigts mais les yeux du nain s'obscurcirent, faisant tressaillir Bilbon. Je reviendrai plus tard, mon Prince.

-Très bien. Pars loin de moi avant que je ne t'attache pour que tu ne puisses plus jamais me quitter.

Bilbon rit et se leva en s'étirant. Il offrit à Thorin un autre sourire avant de glisser encore et encore sur les piles d'or. Il pouvait sentir les yeux du nain sur lui et il devina que, si il penchait plus que le strict nécessaire pour reprendre son équilibre, Thorin ne s'en plaindrait pas.

/

Les autres nains furent très heureux de voir qu'il était toujours vivant. Bifur et Dori avaient rejoint le trio dans le courant de la nuit et ils étaient tous blottis autour d'un jeu de cartes. Ils étreignirent Bilbon à la minute où il entra et il fallut dix bonnes minutes pour les calmer et pour les convaincre qu'il allait très bien. Cela lui prit toute la matinée et une bonne partie de l'après-midi pour comprendre comment se débarrasser de Bofur. Le nain restait sur ses talons avec une détermination admirable. Bilbon n'avait jamais eu le besoin de l'éloigner de lui et il lui fallut quelques minutes avant d'avoir l'idée de lui demander de confier l'épée de Bilbon, Dard, à Thorin en signe de tendresse. Il eut à endurer un ricanement et quelques rires mais Bilbon en avait pris l'habitude.

Il traîna Ori dans un coin tranquille de la bibliothèque, sachant que les archivistes sauraient où les trouver si Bofur venait.

-Qu'est-ce que vous voulez me demander ? s'enquit immédiatement Ori.

Il s'assit dans un coin et attrapa un morceau de laine et deux aiguilles à tricoter. Il travaillait sur une paire de gants énormes d'un brun foncé avec des runes délicatements cousues à la base. Bilbon avait vraiment besoin d'apprendre à lire leur langue.

Les joues traîtres de Bilbon rougirent instantanément et son regard tomba sur le livre qu'il avait pris d'un geste désinvolte. Le cliquetis des aiguilles d'Ori s'arrêta et Bilbon sut qu'il avait remarqué son rougissement. Le son des aiguilles reprit après un moment et Bilbon déglutit. Si il pouvait se rendre dans l'antre d'un dragon, alors il était capable de parler de ce sujet.

-J'aimerais savoir ce qui se passe... euh... entre les êtres de sexe masculin quand ils sont... intimes.

Bilbon laissa échapper un grand soupir de soulagement et sentit ses épaules se décrisper. Là. Il l'avait dit. Maintenant, il pouvait attendre et écouter ce qu'Ori avait à dire. Tout irait bien.

Il leva les yeux pour voir que le nain en question rougissait à son tour, ses aiguilles en l'air. Quelques points étaient tombés.

-Moi ? dit-il, presque en gémissant. Vous voulez que je vous le dise ?

Bilbon se sentit remarquablement plus détendu. C'était incroyable de voir quelqu'un d'autre embarrassé. Il acquiesça avec une ironie désabusée.

-Ça vaut mieux que Bofur ou votre frère.

Ori frissonna et plus de points tombèrent à nouveau de ses aiguilles. Il les reprit rapidement et continua à tricoter.

-Je ne sais pas quoi vous dire. Eh bien..., j'imagine que vous savez comment ça se passe avec une créature féminine ?

Bilbon hocha la tête et Ori partit de là.

Les joues de Bilbon étaient plus rouges que jamais lorsqu'Ori eut terminé. Sa tête était noyée d'informations et il avait quelques vertiges. Il prit une légère inspiration, désespérant de reprendre un semblant de contenance. Voir qu'Ori était aussi rouge que lui l'aidait.

-Comment... comment voulez-vous qu'on commence à faire tout ça ?

-En vous embrassant, répondit Ori en se concentrant soigneusement sur ses points, évitant de croiser le regard de Bilbon.

-Oh... mais je demande si ça semblera naturel, insista Bilbon en jouant avec la reliure de son livre, un livre que lui avait donné Thorin et son sourire s'adoucit alors qu'il sentait un éclair de chaleur dans son bas-ventre et ses mots devinrent un murmure. Je n'ai qu'à l'écouter me dire qu'il m'aime.

-Exactement, s'exclama soudainement Ori, les yeux brillants de désir. Ça se passe à chaque fois comme ça quand je suis près de Dwalin...

Il s'arrêta brusquement et rougit furieusement en plaquant sa main sur la bouche, horrifié. Bilbon sourit, il adorait ces nains. Ils semblaient fermés jusqu'à ce que vous compreniez que ce n'était qu'en présence d'étrangers. Les cercles de famille étaient remarquablement proches et leur loyauté en devenait presque excessive.

-Je ne dirai rien.

Il s'était douté qu'il pourrait y avoir des sentiments en les observant tous les deux. Ori avait dû trouver les informations par lui-même, et certainement en demandant de l'aide à ses frères protecteurs.

-Bilbon, résonna autoritairement une voix bourrue.

La bouche de Bilbon s'entrouvrit de surprise. Il entendit un des archivistes grogner quelque chose à Dwalin qui aboya une réponse en khuzdul. Un instant plus tard, le grand nain se tenait en face d'eux. Bilbon ne put s'empêcher de remarquer la façon dont ses yeux s'attendrissaient lorsqu'il regardait Ori.

-Dwalin ? interrogea Bilbon.

Le nain fronça les sourcils et fit signe à Bilbon de venir avec lui.

-Thorin a un moment de libre et il veut vous voir avant d'assister à l'audience publique avec le Roi Thrain.

Bilbon acquiesça et posa le livre dans son sac. Ori regarda Dwalin et il y avait clairement beaucoup de choses tacites entre les deux nains. Cela fit naître chez Bilbon une furieuse envie de marcher. Il voulait voir son nain. Son estomac était trop noué et il ne pouvait s'empêcher de penser à ce qu'ils venaient de parler.

Dwalin détourna finalement le regard d'Ori et le conduisit vers la sortie. Bilbon sentait le stupide martèlement de son coeur. Thorin était vêtu de diverses nuances de bleu et de noir et portait un manteau de fourrure qui le faisait paraître plus vieux et plus distingué. Bilbon en eut le souffle coupé et sentit ses genoux faiblir à cette vue. Ils se trouvaient dans une pièce non loin de la salle du trône à peine plus grande qu'un placard. Dwalin ferma la porte et monta la garde à l'extérieur, laissant Thorin et Bilbon seuls.

Thorin prit Bilbon dans ses bras qui déposa un doux baiser sur ses lèvres.

-Mahal, je ne pensais pas survivre à ce matin. J'ai pensé à toi toute la journée au point d'en être fou, murmura le nain en l'embrassant fougueusement tandis que Bilbon avait la certitude que ses jambes allaient s'effondrer sous lui. J'ai un cadeau pour toi mais je n'ai pas envie de te libérer assez longtemps pour te le donner.

-Je t'aime, chuchota béatement Bilbon.

Les bras de Thorin se resserrèrent autour de lui avant de le lâcher pour prendre quelque chose dans sa poche. Il en sortit un bracelet fait de plusieurs bandes d'argent tressées. Bilbon réalisa après un moment qu'il avait la forme d'une tresse de cour. Son coeur fondit à cette vue.

Thorin fit courir ses doigts sur le métal pendant un moment avant de le lever vers le haut et Bilbon l'observa attentivement. Il savait que l'artisanat de Thorin avait énormément d'importance à ses yeux, et il serait insultant de ne jeter qu'un simple coup d'oeil à son cadeau. Plusieurs gemmes étaient incrustées dans le métal. Deux oeils-de-dragon vert foncé dont le centre était d'un rouge écarlate, une iolite bleu-violet, un lapis-lazuli bleu, et une opale aux mille et une couleurs. Bilbon fixa minutieusement les pierres, essayant de se rappeler si les pierres précieuses avaient une signification spéciale comme les fleurs.

Et puis il comprit ce que c'était et ne put retenir un éclat de rire. C'était un magnifique présent de cour.

-Tu... tu as écrit mon nom avec les gemmes ! s'écria-t-il en riant avant de regarder Thorin qui semblait incertain, mais il se blottit contre lui et enroula ses bras autour de son cou. Je te remercie, c'est sublime et intelligent et adorable et je l'adore.

Il caressa la fourrure du manteau de Thorin et se nicha contre lui.

-Je t'aime.

-Moi aussi, mon hobbit, répondit automatiquement Thorin en enlaçant rapidement Bilbon.

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-Je veux aller plus loin, lâcha Bilbon alors que Thorin déposait un baiser sur sa mâchoire et son visage se colore d'une belle nuance de rouge.

Il était couché sur le lit de Thorin et gémissait à haute voix. Il pouvait difficilement agir de façon plus dévergondée. Les lèvres du nain se figèrent contre sa peau et Bilbon sentit quelque chose se nouer désagréablement dans son estomac. Il n'avait pas pensé à ça. Et si Thorin n'était pas intéressé ? Bilbon n'était pas très séduisant par rapport aux normes naines. Il était petit, imberbe, rond, avait de grands pieds et...

Thorin le tenait fermement serré. Il n'avait pas fait un seul geste, et ses lèvres étaient encore sur sa mâchoire, même si elles ne bougeaient pas. Au moins, il n'était pas parti. Toutefois, ce n'était pas suffisant pour apaiser l'inquiétude qui flottait dans ses intestins mais il se força à respirer. Il sentit la gorge du nain fléchir contre lui lorsque son amant se releva sur ses bras forts et épais.

-Plus loin ? répéta-t-il d'une voix rauque qui aurait provoqué un délicieux frisson chez Bilbon dans une autre circonstance.

Mais il détourna les yeux, la tête enfouie dans l'oreiller.

-Je veux coucher avec toi, Thorin, développa Bilbon en fermant les yeux, mortifié, mais il voulait aller jusqu'au bout. Je... je n'ai jamais fait avant mais je veux tout vivre avec toi.

Thorin poussa un grondement grave et rauque qui attira l'attention de Bilbon. Il eut juste le temps de voir Thorin fondre sa bouche contre la sienne, une lueur de folie dans ses yeux bleus. Il embrassa de Bilbon de façon possessive et intransigeante, exactement comme il aimait. Thorin évita soigneusement que le reste de son corps touchât Bilbon dont le poids et la chaleur lui manquaient douloureusement.

-Ne me tente pas avec ces belles paroles quand je dois partir, marmonna-t-il contre les lèvres du hobbit.

-Ce n'est pas une plaisanterie, c'est une demande.

Thorin se releva à nouveau et regarda attentivement Bilbon.

-Tu es sûr, Ghivashel ? demanda le nain et, bien que Bilbon ne sache toujours pas ce que cela voulait dire, il aimait la façon dont ce mot roulait sur la langue de Thorin. Ne te crois obligé de m'offrir ça pour me faire plaisir.

-Ce n'est pas ce que j'essaye de faire, assura Bilbon. C'est ce que je veux. Je te veux. Tout de toi.

-Et moi aussi.

Bilbon se pencha immédiatement pour embrasser Thorin. Le nain répondit à son baiser après un moment avant de se dégager pour atterrir lourdement à côté de lui. Il ferma les yeux et prit de grandes respirations.

-J'ai l'impression de redevenir un adolescent à tes côtés, Bilbon, dit-il en tournant la tête pour regarder le hobbit et sourit. J'ai une réunion dans dix minutes et je devrais y aller mais je ne peux pas te quitter, mon tentateur.

-Alors reviens-moi ce soir, murmura Bilbon en étirant son coude pour jouer avec la barbe de son amant, sa confiance revenue maintenant qu'il savait que Thorin éprouvait ce genre de désir pour lui et il le regarda à travers ses cils. Ou peut-être viendrai-je à toi. Ton lit est plus grand. Je pense que nous en aurons besoin. Je veux tout essayer et je veux tout dire.

Thorin se recula et se leva. Sa respiration était courte et ses yeux fermés.

-Je dois partir, grogna-t-il d'une voix faible que Bilbon ne lui avait jamais entendu puis il rouvrit les yeux. Mais je te reviendrai, mon hobbit. Ce soir, nous commencerons à tout explorer.

Bilbon ne pouvait guère en demander plus.