Salut à tous!
L'histoire continue d'avancer à son rythme, je suis ravie que vous suiviez toujours! On est presque à la moitié désormais et ce chapitre est vraiment l'un de mes préférés. J'ai aimé rentrer dans la tête du vieux Singer, j'ai aimé developper cette facette de lui... et comme d'habitude, j'ai adoré ménager le suspens !
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Souviens toi de moi
9
Pouvoir, Devoir, Vouloir
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L'idée d'Ellen était mystérieuse. Comme la plupart de ce qu'elle faisait. Elle connaissait toujours quelqu'un qui avait entendu dire quelque chose, mais elle ne pouvait jamais révéler le pourquoi du comment. A une autre époque ça faisait sourire Sam, il s'imaginait son amie membre du KGB, avec plein de gadgets à la James Bond un peu partout. Une fois Dean avait même suggéré qu'il y avait une Batcave planquée sous le Roadhouse.
Aujourd'hui tout ça avait beaucoup moins de saveur. Peut-être parce qu'il n'était vraiment pas d'humeur à rigoler, peut-être parce que la seule personne qui saurait apprécier une référence à Batman dans un moment pareil avait disparu. Quoi qu'il en soit, Sam laissa Ellen s'occuper de son plan secret toute seule. Enfermée dans sa voiture et pendue au téléphone depuis vingt bonnes minutes, elle finit par regagner la chambre et ses deux amis qui l'attendaient impatiemment.
Elle avait appelé l'un de ces quelqu'un sans visage ni nom qui savait des tas de trucs sur des tas de gens. Une personne devait venir. Il faudrait juste attendre environ deux heures et un mystérieux sauveur viendrait frapper à la porte. Ellen avait refusé d'en dire plus et ça rendait Bobby hystérique. Il voulait savoir. Un vague 'tu verras bien' ne lui suffisait pas du tout. Plus que tout il détestait l'idée que d'autres chasseurs soient mis dans la confidence.
Ils avaient ramené Dean, et ils n'auraient jamais dû, il le savait bien même s'il ne l'admettrait jamais. Quand on passe sa vie à combattre le surnaturel, on connaît parfaitement la frontière entre ce qui est possible et ce qu'il faut faire. Mais la mort de Dean avait ouvert un troisième territoire. Entre ce qu'on peut et ce qu'on doit, Bobby avait découvert le 'ce qu'on veut'.
Pour la première fois depuis de très longues années, il s'était comporté en homme et pas en chasseur. Si John avait fait les Marines, Robert Singer Junior avait fait les GI et le même sang militaire coulait dans leurs veines. Il était fait pour les ordres, que ce soit les donner ou les recevoir, il était fait pour la discipline et le combat.
Bobby était un homme simple et la vie d'un militaire est simple. On est dans un camp et on doit abattre l'autre. C'est la guerre. C'est dur et c'est violent, mais c'est comme ça. Clair et simple. C'est pour ça qu'il s'était engagé à la base. Il n'avait pas envie de se poser de questions.
Tuer quelqu'un, il pouvait. Abattre l'ennemi, il devait. C'était aussi simple que ça.
La chasse a ce goût là. Le goût du devoir et du champ de bataille. Le goût de la simplicité manichéenne. Le pasteur Jim disait que c'était une croisade. Une guerre sainte. Pour Bobby, sainte ou pas, la guerre restait la guerre. Il était dans un camp et il devait abattre l'autre. Tant qu'il pouvait, il faisait. Rien n'avait jamais été plus simple.
Et puis un jour quelqu'un était mort.
C'est comme ça à la guerre et c'est comme ça à la chasse. Il y a toujours quelqu'un qui meurt. Quelqu'un qui vous touche plus que tous les autres soldats qui ont combattu avec vous. Et vous ne savez pas pourquoi, mais celui là, vous ne pouvez pas le laisser partir. Parce que si vous le lâchez, si vous l'abandonnez, vous allez tomber avec lui. Pour la première fois vous voyez l'injustice. Pourquoi lui et pas vous ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi comme ça ? C'est à ce moment que 'vouloir' s'introduit entre pouvoir et devoir.
Bobby avait oublié en une fraction de seconde toutes ces années de discipline, toutes les questions qu'il ne s'était pas posées. Il avait oublié la frontière entre 'je peux le ramener de l'enfer' et 'je dois le laisser là bas'. Le résultat était catastrophique, ça ne le surprenait pas vraiment. Le chasseur en lui s'y était attendu. Il savait, lui. Il n'avait pas oublié.
Et les autres chasseurs non plus. Si Bobby avait entendu parlé de ça quelques années plus tôt, une personne revenue des enfers et qui agi bizarrement, il aurait été le premier à sauter sur les armes. Il aurait crié au zombie ou à quelque soit le nom que l'on donne à ce que Dean était devenu, et il aurait chassé. Clair et simple.
La communauté des chasseurs était restreinte et silencieuse, mais Ellen suffisait à prouver que les gens savaient toujours des choses. Même des choses que l'on se donne du mal à cacher. Les Winchester avaient un peu trop attiré l'attention sur eux ces derniers temps. Les rumeurs couraient librement, certaines vraies, d'autres pas.
Il paraîtrait que le plus grand à été désigné par le diable pour être l'antéchrist ! On raconte que le plus âgé à ouvert la porte des enfers et à été avalé ! Quelqu'un m'a dit que les frères Winchester étaient des anges déchus et qu'ils rabotaient leurs ailes avec une machette!
Les rumeurs, les ragots, les histoires de comptoir, Bobby avait passé autant de temps à les ignorer qu'à les lancer. Aujourd'hui elles menaçaient de leur péter à la gueule comme une bombe artisanale. Si quelqu'un se mettait à croire en l'histoire du grand frère revenu de l'abîme… Voilà pourquoi Bobby ne voulait pas impliquer quelqu'un d'autre.
Il était un homme simple coincé entre devoir, pouvoir et vouloir. Robert Singer Junior était un homme simple et fatigué.
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Sam quant à lui, avait passé son temps sur l'ordinateur à chercher des informations sur Abbadon, Rapanzhel et les sept cercles. Il n'avait pas trouvé grand chose. En tout cas, rien de plus que ce qu'avait dit Bobby, rien d'utile. Ce sentiment d'inefficacité le rendait dingue. Il était prêt à accepter n'importe quoi qui leur permette d'avancer. Et si n'importe quoi était la visite de ce 'n'importe qui' dont parlait Ellen, alors qu'il vienne. Peut importait que ce soit un humain, un démon ou même une chèvre, le temps des alternatives était loin derrière eux.
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Le quelqu'un en question, plus ponctuel qu'une montre, avait frappé à la porte précisément deux heures après qu'Ellen ait annoncé son arrivée. Quand cette dernière se dirigea vers la porte d'entrée, elle adressa un drôle de regard à Bobby.
« Ne me déteste pas pour ça, ok ? J'avais pas d'autre solution. »
Bobby fronça les sourcils, s'attendant à aimer encore moins ce qui allait se passer maintenant. Ca ne manqua pas. Sitôt qu'Ellen ait eu ouvert suffisamment la porte pour dévoiler le nouvel arrivant, le vieux chasseur se leva d'un bond de sa chaise et jura comme un charretier.
« Ravie de te revoir aussi, Singer ! » s'écria la nouvelle arrivante.
C'était une femme d'une cinquantaine d'année, brune, les cheveux courts en bataille, un peu ronde mais très avenante. Ses yeux clairs surmontés de sourcils en oblique lui donnaient un air sévère et rusé. C'était le genre de personne que l'on remarque sans vraiment savoir pourquoi. Le genre de personne vers qui on tourne la tête dès qu'elle entre dans une pièce. Sans être belle, elle dégageait quelque chose d'attirant et d'intelligent.
Dean l'aurait détesté. En tout cas c'est la première chose que pensa Sammy en la voyant. Son frère avait dit une fois qu'il les choisissait juste assez futées pour avoir des notions d'anatomie mais suffisamment bêtes pour croire qu'il allait rester jusqu'au lendemain. Cette femme là pouvait vous déshabiller d'un simple regard et vous mettre plus mal à l'aise que jamais. Il l'aurait vraiment détesté et ça faisait sourire Sammy. Au moins pendant une seconde, avant que ça ne lui fasse mal au cœur.
Bobby continuait de débiter des insultes dans sa barbe et s'était réfugié contre le mur le plus éloigné de la porte. Il n'avait pas l'air content. Non. Pas content du tout. Ellen n'en menait pas vraiment large non plus mais Sam n'arrivait pas à déterminer si c'était à cause de la réaction du vieux chasseur ou de la présence de la femme. Elle était restée adossée contre la porte d'entrée et regardait Bobby en grimaçant inconsciemment. La femme aussi regardait Bobby, si bien que Sam se sentit un peu oublié dans toute cette affaire et décida de se présenter.
« Je suis Sam Winchester. » dit il simplement.
A dire vrai il ne savait pas vraiment quoi dire d'autre à cette étrangère venue d'on ne sait où pour les aider on ne sait pas pourquoi et dont le nom lui échappait. Certainement parce qu'elle ne l'avait pas dit d'ailleurs. Elle finit par quitter Bobby des yeux et tourna un visage souriant vers le jeune Winchester qui se senti aussitôt soulagé. Il ne savait pas vraiment pourquoi. Ce n'était pas comme si la femme qu'Ellen avait invité risquait de se jeter sur lui et de le dévorer, mais le fait qu'elle lui sourit enlevait un poids sur sa poitrine.
« Je sais. » répondit-elle « Je suis Pamela Barnes. »
« Oh. Euh… » il se gratta l'arrière de la tête, cherchant désespérément un truc à rajouter.
Il aurait bien voulu pouvoir compter sur l'aide de ses deux acolytes mais ils étaient trop occupés à s'engueuler silencieusement. Bobby ne lâchait pas Ellen des yeux, l'air méchant et elle lui rendait son regard, l'air désolé.
« Vous ne savez pas qui je suis, hein ? » Elle sourit encore. « Je ne vous en veux pas, il n'est jamais trop tard pour apprendre. Je peux vous tutoyer ? « Elle enchaîna avant même que Sam n'ait le temps de répondre. « Tu t'es mis dans un beau merdier. Je ne sais pas ce qu'Ellen t'as raconté, rien visiblement, mais je ne suis pas le messie. Oh, je suis géniale, ça c'est sur, mais je ne suis pas 'si' géniale. Je veux dire, on a tous nos limites, hein ? Qui n'en a pas ? Enfin, je ferais ce que je pourrais. Vous auriez pas un truc à manger ? »
Et elle dit tout ça d'une traite sans même reprendre son souffle.
« Il y a un super resto à l'autre bout de la terre. Tu devrais y aller. » rétorqua Bobby qui avait enfin retrouvé l'usage de sa voix pour autre chose que des insultes.
Quoiqu'en y réfléchissant à deux fois c'était une insulte améliorée. Pamela Barnes tourna son visage souriant en direction du vieux chasseur.
« Pourquoi tant de haine ? Il fut un temps où tu m'envoyais des fleurs. »
« Et il fut un temps où j'étais jeune et con. Les choses changent. »
Elle le dévisagea un moment sans rien dire puis inclina sa tête sur un côté avec une moue presque triste.
« En effet, les choses changent. Il fut un temps où t'avais encore des cheveux.»
Bobby marmonna encore dans sa barbe quelque chose qui ressemblait à « Espèce de salope » mais Sam n'en aurait pas mit sa main au feu, ça aurait aussi bien pu être « Je veux une escalope » quoi que les circonstances s'y prêtent mal.
« Euh… ce n'est pas que je n'apprécie pas les retrouvailles émouvantes » tenta Ellen « mais on a beaucoup de travail et pas beaucoup de temps. »
Pamela frappa dans ses mains en souriant « Je suis impatiente ! Quand est ce qu'on s'y met ? »
Il s'avéra que Pamela Barnes était médium. Pas vraiment médium comme Missouri Mosley qui avait aidé les garçons et leur père à Lawrence, elle ne lisait pas dans les pensées, mais elle avait certains dons. A l'entendre elle était la meilleure médium du pays. Sam avait remarqué que Bobby avait très lourdement levé les yeux au ciel en entendant ça. C'était frustrant de ne pas connaître le fin mot de l'histoire entre ces deux là mais le jeune Winchester avait d'autres soucis en tête. Il devait retrouver son frère, et vite. Malgré tout il n'était pas encore assez désespéré pour agir bêtement. La voix de son père résonnait dans sa tête, claire comme le verre : Un homme imprudent est un homme mort. La confiance ça se mérite. Un traître c'est quelqu'un que tu as été trop stupide pour croire.
Alors la première chose que Sam fit, fut de soumettre Pamela Barnes à un interrogatoire. Elle s'y prêta bien volontiers, feignant même de ne pas remarquer qu'il caressait discrètement le manche d'un couteau. On aurait dit qu'elle avait l'habitude d'être interrogée, mise en doute. Elle répondit franchement à tout ce que Sam voulait savoir.
Pamela Barnes de Jersey dans le Nevada exerçait sa profession de médium depuis trente ans, elle n'était pas mariée, avait une fille à l'université, ne réagissait pas quand on lui offrait un verre d'eau bénite, et son sujet de conversation préféré était elle-même. La réponse qui surprit le plus le jeune Winchester était aussi celle qu'il attendait le plus : pourquoi est ce que vous nous aidez ?
Elle avait sourit et regardé dans le vague pendant quelques secondes avant de répondre, nostalgique « Une dette à payer. »
Quand Sam avait voulu en savoir plus sur le sujet, c'est Bobby qui avait répondu : « T'inquiète pas Sam. Ca me fait mal au cul de dire ça mais elle est du côté des gentils. Elle nous aidera. »
Pamela avait rit et Bobby fustigé. Mais ça avait été suffisant pour Sam. Si l'homme qu'il considérait comme un père depuis sa plus tendre enfance faisait confiance à cette femme, il était prêt à lui donner sa chance. Finalement la médium fut autorisée à exercer son art.
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Elle avait allumé des bougies et déplié une carte de Reno. De la sauge ou dieu sait qu'elle autre plante qui pue brûlait dans une assiette. Assis autour de la table les quatre attendaient la suite. Bobby avait l'air très mécontent, Ellen, très attentive et Sam, très impatient. Pamela, quant à elle, prenait tout son temps pour installer les brics et les brocs qu'elle sortait de son sac comme Mary Poppins. Quand elle estima que tout était en place, elle tendit une main vers le jeune Winchester. Visiblement, elle attendait qu'il lui donne quelque chose. Sam n'avait aucune idée de ce que cela pouvait bien être. Sa confusion devait certainement se lire sur son visage puisque la médium soupira.
« Mon dieu, ça se prétend chasseur et ça n'y connaît rien du tout en rituels. Il me faut un objet qui appartienne à la personne disparue, voyons ! »
Bobby donna un léger coup de coude à Sam et se pencha pour lui parler à l'oreille.
« Surtout préviens moi si tu veux que je la tue. »
Le jeune Winchester fronça les sourcils. Il aurait aimé un peu plus de concentration de la part de tout le monde quand la vie de son aîné était en jeu.
« Il m'a foutu dehors avec mon sac à dos… j'ai rien.» avoua-t-il.
Pamela leva les yeux au ciel « Encore une famille de dingues. Bon. C'est vraiment ton frère ? »
« Euh… oui. » répondit Sam, un peu déstabilisé par la question.
« Non, je veux dire, vous êtes proches ? »
« On l'était. » C'était un murmure. Un murmure triste.
« Je vais prendre ça pour un oui. » Elle farfouilla à nouveau dans son immense sac à main et en sortit un couteau au manche d'ivoire qu'elle tendit à Sam « Vous avez le même sang, ça devrait marcher. »
Le jeune Winchester regarda la lame avec suspicion. « On est frères, pas jumeaux. On a pas le même sang, on a même pas le même rhésus ! »
« Wahou ! Mais vous m'avez collé un génie ! Quelle chance ! »
C'était ironique. C'était terriblement ironique. A tel point que Sam se sentit rougir jusqu'aux oreilles. Cette femme le mettait mal à l'aise à un point que même Dean et ses blagues douteuses n'avaient jamais atteint. Il aurait voulu disparaître sous la table.
« Sam, la médecine et le surnaturel ne jouent pas dans la même cour. Tu me parles de rhésus, je te parle de sentiments. Ce qui uni deux frères, c'est l'attachement qui coule dans leur sang. Oh et puis je suis pas là pour donner un cours de rituel pour débutant, moi. T'attrapes le couteau, tu t'ouvres la main et on en parle plus. »
Devant l'hésitation de Sam, qui était, en fait, sa façon d'essayer de garder une certaine contenance et de s'habituer à avoir l'impression d'être tout nu, elle ajouta :
« A moins que 'monsieur le génie' n'ait peur d'une petite lame de rien du tout. »
Sam attrapa vivement le couteau et s'entailla la main sans lâcher la médium des yeux. Il ressentit à peine la douleur, trop concentré qu'il était sur un million d'autres choses.
« Bien. » dit Pamela avant d'attraper la main blessé et de se badigeonner les doigts avec le liquide rouge.
C'était dégoûtant. Tout le monde autour de la table grimaça, sauf la médium qui s'affairait à sa tache, très concentrée. Quand ses doigts furent recouverts de sang elle les promena doucement au dessus de la carte de la ville.
« Et nous qu'est ce qu'on fait ? » demanda Sam.
Pamela leva un regard étrange vers lui « Oh, vous vous attrapez tous les mains et vous chantez 'Coumbaya'. » Elle secoua la tête « Et sinon vous pouvez aussi vous taire et me laisser faire mon boulot. »
Vous connaissez ses rêves où l'on arrive à l'école tout nu ? Et bien c'est exactement comme ça que se sentait Sam en ce moment. Ellen semblait essayer de contenir un éclat de rire et Bobby avait l'air compatissant. La façon dont il regardait Pamela ne laissait aucun doute ; sa proposition de la tuer tenait toujours.
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Cinq minutes plus tard, dans un silence de mort, elle était encore en train d'agiter les mains au dessus de la carte. Les autres se regardaient bêtement, personne n'osant intervenir bien que la séance virait doucement du côté ridicule de la force. Finalement Pamela frappa des mains sur la table, faisant sursauter tout le monde et s'enfonça contre le dossier de sa chaise, l'air épuisé.
« Bon. J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. » Déclara-t-elle.
« Vous l'avez retrouvé ? » s'enquit Sam.
Elle fit une drôle de moue. « Oui. Ca c'est la bonne nouvelle. »
« Et c'est quoi la mauvaise ? »
« C'est que je ne l'ai pas retrouvé en entier. »
Sam planta deux billes éberluées sur la médium. « Pardon ? »
Elle grimaça. « Et bien c'est assez bizarre. Je le sens clairement, je sais que c'est lui mais… ce n'est qu'une partie de lui. Ce n'est pas assez fort pour être une personne en entier, c'est… euh… un morceau. Et c'est en train de s'éteindre. »
« Attendez, je comprends rien. Qu'est ce que vous êtes en train de dire ? »
« Je ressens la présence d'une partie de ton frère à Reno. Une partie qui est en train de mourir. Comme un membre arraché. Oui, voilà, c'est ça. C'est exactement comme un membre arraché en fait. Ca faisait partie de lui et maintenant ça meurt. J'ai retrouvé la jambe de ton frère, ou son bras, je sais pas trop. »
Il était inutile de s'adresser à Samuel Winchester désormais. Il n'était plus là. On aurait dit qu'un espèce de tronc d'arbre placide, immobile, à peine vivant, avait pris sa place.
« Et Dean en entier, il est où ? » demanda prudemment Bobby.
Pamela haussa les épaules « Pas à Reno. Faudrait faire une recherche nationale mais ça va me demander beaucoup plus de sang et c'est très fatiguant… Je ne pourrais pas faire ça avant demain. »
« Sam ? » appela Ellen.
Tous les regards se tournèrent instantanément vers le jeune Winchester. Il était livide, littéralement liquéfié. Bobby lui attrapa doucement la main.
« Hey ? Ca va aller ? Tu sais, c'est une vieille conne, elle peut se tromper. »
Bobby reçu un magistral coup de pied dans le tibia par dessous la table. Il étouffa un cri de douleur, lança un regard meurtrier à Pamela mais ne lâcha pas la main tremblante de Sam.
« Où est ce qu'il est ? » demanda ce dernier d'une voix faible.
« Je viens de vous le dire, il me faudrait une recherche nationale et - »
« Ce que vous avez senti. Où est ce que c'est ? » coupa le cadet des Winchester.
« Oh, ça. Hum… » Elle regarda sur la carte pour déchiffrer les noms des rues « Au croisement de Kay Street et Wilbur. »
Sam se leva aussitôt et se saisit les clefs de la voiture de Bobby. Ce dernier l'attrapa vivement par le bras, l'obligeant à le regarder.
« Holà, holà, où est ce que tu crois aller comme ça ? »
« D'après toi ? Lâches moi ! »
« Sam, il faut jouer cette partie de manière intelligente. Tu sais que si on sort d'ici tête baissé, les deux démons vont nous suivre. »
« Alors tu propose quoi ?! »
« On se sépare. Les démons sont surtout après toi, c'est toi qu'ils suivront en priorité. Tu sors d'ici, tu prends une voiture, tu vas faire un tour. Tu les balades autour de la ville. Pendant ce temps, je vais au croisement. »
Sam hésita une seconde. Le dilemme se lisait sur son visage aussi fort que s'il l'avait énoncé. Il ne voulait pas qu'un étranger aille ramasser un bout de Dean. Même si cet étranger était Bobby. Même si cet étranger était ce qu'il avait de plus proche d'une famille aujourd'hui. Et Singer comprenait parfaitement le problème. Alors il n'ajouta rien. Il laissa simplement la réalisation venir d'elle même dans le cerveau de Sam. Il n'y avait pas d'autre alternative. C'était lui ou les démons. Le jeune Winchester passa une main fatiguée sur son visage et hocha la tête dans un long soupir de reddition.
« Je viens avec toi. » lança Ellen en attrapant sa veste. « Appelle nous dès que tu trouves quelque chose. » dit elle en passant près de Bobby.
Il acquiesça.
La voiture d'Ellen et Sam quitta le parking du Burbank's motel quelques minutes plus tard. Bobby Singer la regarda s'éloigner en soupirant. Il ne voulait pas y aller. Il ne voulait pas voir ce qu'il risquait de trouver là-bas. Il ne voulait pas être celui qui téléphonerait à Sam pour lui dire qu'un morceau de son frère gisait sur le macadam. Il ne voulait pas voir le gosse qu'il avait vu grandir réduit à un bout de viande sur le pavé. Il ne voulait rien de tout ça.
Mais il enfila tout de même sa veste pour sortir. Il attrapa ses clefs malgré tout. Il fit tout ça, parce qu'il était un chasseur et la vie d'un chasseur est très simple. Il y a pouvoir et devoir. Pouvoir et devoir seulement.
Clair et simple.
TBC, chapitre 10 : Poor Lonesome Cowboy
