Hey mes chers lecteurs,
Vos messages me font toujours autant plaisir et je remercie chacun d'entre vous. Ils sont porteurs d'encouragements, posent de bonnes questions et me poussent parfois dans mes propres retranchements. Car oui, parfois je n'ai pas pris en compte chaque aspect de ma propre histoire, du coup je recadre au fil de vos commentaires, de mes envies et de mes idées.
Not gonna die, tu sais ce que je pense, du coup, dois-je encore me répéter ?
Ruby referma la portière du taxi sur son amie se promettant intérieurement de garder la foi que l'amour triompherait tôt au tard, même si pour l'instant elle serait la seule à le croire.
- L'aéroport "s'il vous plaît.
La patronne des lieux était d'une humeur fracassante, s'en prenant à tous ses employés sans aucune distinction. Bien que l'absence de Daniel avait lourdement pesé dans l'organisation des tâches à effectuer dans les champs, les oliveraies et le vignoble, le mois où la présence d'Emma avait diverti l'héritière, avait été idyllique pour l'ensemble des personnes dépendant du domaine. Cependant, depuis que la blonde avait mystérieusement disparu, tout allait de mal en pis.
- Mon cheval c'est comme ma voiture, personne, absolument personne ne touche à Rossinante ! cria Regina dans le dos du pauvre palefrenier qui avait jugé bon de monter le splendide étalon laissé à l'abandon par sa propriétaire.
- Ça fait des semaines que vous ne venez plus le voir, il a besoin d'exercice, osa-t-il répondre en tremblant comme un feuille.
- Vous êtes viré ! Hurla Regina de plus belle.
Le garçon d'écurie fit mine de lever sa fourche en direction de la furie qui ne sourcilla même pas.
Combien de personnes sa fille avait-elle renvoyé ces dernières semaines ? Henry en avait perdu le compte, bien trop inquiet pour sa progéniture.
- Elle a enfin compris qu'il s'agit du seul moyen pour être respectée. Mon pauvre chéri, être aimé ne sert à rien, il faut être craint pour réussir dans la vie, vociféra Cora, pour une fois fière de son aînée.
Henry ne répliqua pas. Lui et sa femme n'avaient plus rien à se dire depuis très longtemps. Pourtant il avait sincèrement aimé Cora, allant jusqu'à lui pardonner ses nombreuses infidélités, et en accueillant favorablement Zelena, née quelques années après Regina, bien que le doute planait toujours sur sa paternité. Il n'avait jamais voulu savoir, s'efforçant d'être le meilleur des pères pour toutes les deux. Mais une fois adulte, leur seconde fille était devenue aussi cupide et machiavélique que Cora, alors que Regina avait plus de ressemblance avec lui, le sang pauvre de la famille. Ceci dit, la tristesse et la dépression qui s'étaient emparées de sa fille semblaient réveiller les gènes de sa mère, l'amenant à des crises de colère gargantuesques.
- Regina..., tenta-t-il une nouvelle fois.
- Père, si c'est pour prendre la défense de ces incapables, inutile de m'adresser la parole.
Henry ne répondit pas, mais son regard en disait suffisamment.
- Je suis désolée... pourquoi tout le monde m'abandonne ? Demanda la brune en tentant de cacher les larmes qui avaient une nouvelle fois pris possession de ses yeux.
- Tu parles de Daniel ou d'Emma ? Osa son père avant d'ajouter, je comprends que ça soit très difficile pour toi en ce moment, mais n'oublie pas qu'il y a des personnes qui t'aiment et qui sont toujours là pour toi. J'adore m'occuper de la petite, mais elle a besoin de sa mère, or tu refuses toute interaction avec elle. Même le soir, c'est moi qui la couche et qui lui lis une histoire.
- Tu as raison, je vais me ressaisir pour Victoria, s'excusa-t-elle, honteuse.
- Je sais que tout cela est difficile pour toi ma fille, aussi n'aie pas de honte de demander de l'aide. S'il te plaît va voir le Dr. Hopper, c'est un homme bon et d'excellent conseil.
- Je vais y réfléchir.
La jeune femme se dirigea vers l'enclos où paissait son cheval. Elle ôta ses chaussures à talons avant de grimper par-dessus la balustrade et de s'élancer pieds nus auprès de sa monture. Attrapant le crin de l'étalon, elle bondit, retombant avec grâce sur son dos. Quelques appuis sur les flancs de l'animal suffirent pour le lancer au galop à l'autre bout du pré. Regina se cramponna à la crinière avant de murmurer quelque chose à l'oreille du destrier, celui-ci augmenta encore l'allure devant l'obstacle qui s'approchait avant de pousser sur ses jambes arrières et de voler par-dessus le parapet.
Elle n'était plus montée à cru depuis l'adolescence, mais retrouvant cette sensation de liberté, la balade apaisa quelque peu son âme. En rentrant au manoir quelques heures plus tard, elle téléphona au psychanalyste pour obtenir un rendez-vous le lendemain, avant d'aller rejoindre sa fille dans la piscine pour la plus grande joie de Victoria.
Quelques jours plus tard, Belle regagna les cuisines en fin d'après-midi pour y préparer le repas du soir, lorsqu'elle entendit la voix de Regina en train de tempêter, alors qu'elle frappait une pâte pour un quelconque met sur la surface de travail.
Ce n'était pas la première fois que la maîtresse des lieux prenait son antre en otage, Regina y venait régulièrement depuis la mort de Daniel et encore plus souvent depuis le départ d'Emma. Cuisiner l'aidait à oublier ses tracas, comme elle lui avait avoué une nuit lorsque son employée l'avait surprise au petit matin en train de faire de la pâtisserie. Cependant, quelque chose semblait différent ce soir, ce qui transparaissait n'était plus de la tristesse, mais bien de la colère. Aussi Belle resta en retrait pour tenter de comprendre de quoi il en retournait.
- Sérieusement, qu'on-t-il tous à me demander cela ? D'abord mon père et maintenant ce charlatan de Dr. Hopper. Archibald, non mais quel nom aussi, Archibald, avec ses vêtements miteux, ses manières archaïques et son dalmatien qu'il emporte partout, on le croirait directement sorti d'un roman de Jules Verne. Et il pense vraiment que je vais lui répondre !
Elle pétrit sa pâte avec énergie, la balançant plusieurs fois avec rage.
- De toute manière je n'ai aucune réponse, j'en ai aucune idée laquelle de leur absence m'affecte le plus, les deux je suppose ou peut-être bien aucune des deux. Daniel ou Emma ? Qu'est-ce que ça peut bien faire de toute manière, ils sont morts tous les deux.
- Ce n'est pas vrai et tu le sais, ne put s'empêcher d'intervenir la domestique.
- C'est tout comme, renchérit Regina, rassurée que ça ne soit pas sa mère qui l'avait interrompue dans sa tirade.
- Tu veux en parler ? Lui proposa gentiment Belle en attrapant un couteau afin d'aider sa maîtresse à éplucher les fruits nécessaires à sa spécialité.
Regina hésita avant de se lancer dans le récit de la journée et de la soirée qui s'était soldée par la fuite de la blonde.
- J'en avais tant rêvé et voilà que cela se produisait.
- Minute, stop, on rembobine, que veux-tu dire par « j'en ai tant rêvé » ? Rêver comme un besoin de réconfort, un fantasme ou rêver comme avoir des sentiments qui sortent du cadre de la simple amitié ? L'interrompit Belle.
- Toi, tu ne vas pas par quatre chemins, tout comme la personne que tu fréquentes pendant ton temps libre. Attention à ce qu'elle ne te corrompe pas totalement très chère.
- Alors pourquoi as-tu répondu à son baiser, sans oublier ton discours sur Sappho quelques heures plus tôt ? Insista Belle qui refusait le changement de sujet qu'avait tenté sa patronne.
- Je n'en sais rien. J'étais triste, elle était là m'apportant du réconfort. Fantasme, un peu sans doute à cause de son charme, non mais c'est vrai, tu l'as vue aussi. Comment une femme aussi sublime peut-elle se retrouver seule ?
- Et ?
- Et rien du tout. Elle a décidé de rompre sa promesse, encore, ça s'arrête là. Je vais me ressaisir et faire de mon mieux pour que Victoria ait la meilleure vie possible.
- Et faire comme si tout ceci n'avait jamais existé ?
- Exactement.
- Ruby m'a raconté beaucoup de choses sur vos folles années, comme elle aime les appeler, mais à aucun moment elle a fait référence à Regina Médicis comme quelqu'un de lâche. Hautaine, difficile, passionnée, bourreau de travail, monstre de contrôle, diaboliquement séduisante, ça oui, mais jamais elle ne t'aurait qualifiée de lâche. Comme quoi même les meilleures amies du monde peuvent se tromper.
En temps normal, la familiarité utilisée par Belle lui aurait valu immédiatement une remontrance de la part de sa chef, mais Regina préféra se taire devant les accusations qu'elle savait totalement justifiées.
Depuis ce jour, Regina ne retourna pas en thérapie auprès du Dr. Hopper, préférant parler à Belle en cuisine lorsque l'absence et le questionnement autour de la belle blonde se faisaient trop ressentir.
Chaque jour, Regina s'octroyait une heure de sieste au pied de son pommier, durant laquelle elle se remémorait les jours heureux de son existence, tirant un bilan de sa vie. Parfois elle emmenait Victoria, en voiture ou à dos de cheval, un rituel qui lui permit de mieux contrôler ses émotions envers ses employés, même si intérieurement rien ne semblait changer. Daniel et/ou Emma ? La question ne disparut pas.
- Comment tu as su ? Interrogea-t-elle un matin Belle qui préparait des pancakes pour Victoria.
- Je n'avais jamais été aussi vivante qu'en sa présence, répondit sans détour la cuisinière.
- Oui, mais ça ne t'a pas fait peur tous ces projecteurs braqués sur elle qui tôt ou tard allait te vendre à ta famille, tes amis, sans oublier ses nombreuses aventures dont la presse people est si friande ?
- Je n'ai jamais dit que c'était simple, d'ailleurs bon nombre de mes amis m'ont tournée le dos depuis qu'ils savent, et ma famille accepte pour ne pas dire tolère tout juste la présence de Ruby à nos repas et rencontres de famille. Mais je sais que vivre loin d'elle est de loin plus pénible de tout ce qu'ils pourront penser ou dire. Quant au reste : l'important c'est qu'elle me revienne à chaque fois et que je sois la seule qu'elle aime, le reste n'a pas d'importance.
- Oui, et bien, Ruby est stupide. Quand on a la chance d'aimer une femme telle que toi, qui l'aime en retour et dont les parents n'ont pas cherché à vous évincer, voire pire, on lui reste fidèle. Non, plus que ça, on l'épouse et on fonde une famille avec elle, s'emporta subitement Regina, à la surprise de son employée, avant de rejoindre sa fille pour déguster de bonnes crêpes arrosées de sirop d'érable en sa compagnie.
- C'est vraiment affreux, comment peuvent-ils passer pareil film lors des heures de grande audience, s'exclama Cora en arrachant la télécommande de son mari afin de zapper vers une autre chaîne.
- Que se passe-t-il ? Les interrogea Regina qui rentrait tout juste du port de Livourne où elle avait supervisé elle-même l'export de son cidre.
- Ton père regarde des obscénités sur le câble, vociféra Cora.
Incrédule, Regina se tourna vers son père qu'elle imaginait mal en train de mater du porno dans leur salon.
- Ça n'a rien à voir, c'est juste une belle histoire d'amour entre deux femmes. Quel mal y a-t-il à apprécier un peu de romance dans ce monde de brutes ? Répondit Henry en transperçant sa fille du regard.
Rêvait-elle ou son père venait-il de lui donner sa bénédiction de manière détournée ?
- Non, mais tu t'entends mon pauvre. Je préférerais encore tuer ma fille de mes propres mains si l'une d'entre elles devait entamer une telle relation contre-nature, vint s'ajouter sans tarder la menace de Cora qui atteignit Regina de plein fouet.
Cependant sa mère ne la regardait pas comme l'avait fait son père, comme si pour une fois elle ignorait quelque chose que son père savait. Dans la mémoire de la jeune femme, cela était unique dans l'ensemble de son existence et surtout totalement inattendu.
Les paroles de ses parents la hantèrent durant les trois nuits qui suivirent. D'un côté Regina savait que Henry avait toujours aimé Emma et qu'à plusieurs reprises ils s'étaient alliés pour lui concocter des surprises, telle que leur virée à Capri pour son vingt-et-unième anniversaire et l'incroyable soirée qui s'en était suivie sur la plage adjacente à la mythique grotte bleue. (1)
Emma lui était apparue tellement belle dans son maillot blanc deux pièces, sur lequel la grotte reflétait sa lumière bleuté. On aurait dit une nymphe, sa nymphe. C'était la nuit où tout avait changé, la nuit qu'elle s'était efforcée depuis d'oublier, car c'était la nuit où son regard sur la blonde avait changé. Bien que jusqu'ici, elle avait toujours refusé de se l'avouer.
- J'ai vraiment aimé Daniel, répéta-t-elle comme un mantra, alors qu'elle cuisinait une nouvelle fois en compagnie de Belle.
- Ça je le sais et personne n'en a jamais douté.
- Vraiment ?
- Vraiment.
- Même toi, et ... ?
- Et même Ruby, oui, anticipa sa nouvelle amie.
- Je l'ai aimé, mais...
- Mais il n'était pas elle.
Elles continuèrent à confectionner leurs plats dans un silence confortable.
- Et maintenant, que dois-je faire ? Finit par demander Regina.
- Tu lui dit que tu l'aimes et vous aviserez à partir de là.
- Elle m'a abandonnée, alors qu'elle avait promis de ne plus le faire, sans oublier qu'elle m'a raccroché au nez à chaque fois que j'ai tenté de lui téléphoner pour qu'on s'explique après son départ précipité, s'emporta Regina, toujours autant blessée par l'abandon de sa meilleure amie.
- Dans ce cas, je ne vois plus qu'une chose à faire, répondit Belle en posant sa main sur son avant-bras pour l'apaiser.
- Laquelle ? Interrogea-t-elle avec confiance.
- Réserver un vol, te rendre en Égypte, la séduire et vivre heureuses à tout jamais.
Un sourire carnassier s'empara du visage de Zelena qui tapie dans l'ombre n'avait rien manqué de la discussion entre sa grande sœur et la domestique. Enfin l'heure de la revanche avait sonné. Enfin, elle allait obtenir tout ce à quoi elle avait toujours aspiré.
- Il n'y a de place que pour une seule héritière Médicis, et cette héritière c'est moi ! jubila-t-elle, se mettant en quête de sa mère, à qui elle comptait bien rapporter les moindres détails des confidences faites par sa sœur.
1) La grotta azzura compte parmi les plus belles grottes maritimes du monde. Quant à l'île de Capri, lieu de résidence de l'empereur Tibère, dont la beauté fut célébrée par les poètes et les autres arts dès l'antiqité à nos jours, est une destination de rêve pour tout amoureux de la nature.
TBC: Retraite "spirituelle" dans le Sinaï, permettant à Emma de faire le point pour elle-même... ou pas...
