Où l'on cambriole un asile


Abigail sonna à la porte de chez Mairead. Vassili l'accompagnait. C'est une femme aux cheveux châtain très bouclés, vêtue d'une robe bleue, qui vint leur ouvrir.

"Je suis une amie de Silvana." dit la Nocker. "Est-elle là? Je voudrais juste lui parler un peu.

- Je suis sa mère." dit la femme en leur tendant la main. Abigail la serra, puis Vassili, malgré un manque de conviction évident. "Elle est là, mais je vais voir si elle peut vous recevoir."

Au bout de quelques instants, Mairead descendit les escaliers. Elle portait, comme toujours chez elle, son furet Miroir enroulé autour du cou.

"J'ai compris que c'était vous." dit-elle, "même si ma mère ne vous voit pas exactement comme moi, c'est drôle. Il se passe quoi?"

Abigail et Vassili avaient l'air encore plus sérieux qu'à l'ordinaire, et elle en fut surprise.

"Nous venons te parler de quelque chose de très important." dit Abigail. "Y a-t-il un moyen d'être seuls?

- Bien sur." répondit une Mairead un peu désorientée.

Elle les mena à l'étage.

"Ma chambre est un lieu de passage, mais nous pouvons nous enfermer dans la salle de bain. C'est toujours comme ça qu'on fait ici quand on veut être seul, ça ne gênera personne." Elle les mena jusqu'à la pièce en question, qui était décorée de dalles roses ou bleu sombre. Abigail s'assit en équilibre sur le bord de la baignoire et se gratta la gorge.

"J'ai recherché ton amie Lisa, et je crains de l'avoir trouvée...

- Il lui est arrivé quelque chose!" cria Mairead.

"Elle n'est pas morte. Mais oui, il lui est arrivé quelque chose. Et je pense que c'est une Changeline. J'ai trouvé ce que je cherchais. Lisa Gautier, quinze ans, admise en maison de repos il y a trois ans pour symptômes hallucinatoires...

- Mais qu'est-ce que ça veut dire?

- Asile de fous." dit Vassili d'un air sombre.

"Et probablement parce qu'elle voit les chimères et les changelins." ajouta Abigail, la voix serrée, essayant de rester froide. "J'ai entendu parler de plusieurs cas...

Mairead avait les yeux écarquillés d'horreur et la voix coupée.

"Mais on ne peut pas leur expliquer? Que c'est vrai? Que ce ne sont pas des hallucinations?

- Non, parce que tout ce que nous obtiendrons sera de nous faire interner aussi." dit Vassili.

"On ne peut rien prouver." rajouta la Nocker. "Et dans ces cas-là, on ne se fait pas croire. Enfin si, souvent, mais pas nous les changelins, et c'est ça le plus énervant.

- Mais alors, qu'est-ce qu'on peut faire?" demanda Mairead, sur le point de pleurer.

- On peut faire deux choses." dit Abigail, et elles sont mutuellement exclusives. On pourrait parler à ses parents, leur demander de nous laisser avoir un entretien privé avec elle - car ils seront les seuls qui puissent le décider - et lui dire la vérité. Alors, peut-être pourra-t-elle distinguer ce qu'elle voit de ce que les autres voient, et simuler une guérison.

- Et l'autre?

- L'autre... Un enlèvement en règle. Ce sera difficile et risqué, mais je crois que je peux le faire. Nous irons ensemble à la clinique... enfin, peut-être pas tous, il faut qu'on en discute. Et nous repartons avec elle.

- Et pourquoi pas l'un d'abord, et l'autre si ça ne marche pas?

- Parce que dans ce cas, les parents feront immédiatement le lien avec les inconnus qui se sont intéressés à leur fille. Ne nous voilons pas la face : même si l'enlèvement réussit, le plus difficile sera de continuer à la dissimuler ensuite."

"Je comprends." Mairead hocha gravement la tête.

"Et c'est à toi de décider." dit Abigail. "Parce que c'est pour toi qu'on a cherché, et que c'est toi qui sais à quel point tu veux la revoir. Je ne me sens pas capable de prendre cette décision toute seule. Mais nous esssaierons l'un des deux, parce que le principe d'avoir une fée emprisonnée de cette façon me rend malade..."

Mairead réfléchit. "Je ne pense pas que ses parents me laisseront lui parler. Ils ne m'aimaient déjà pas...

- Alors nous rentrerons dans la clinique illégalement." dit Abigail. "Je ne sais pas ce que nous y ferons. Il est possible que nous lui indiquions juste comment feindre, comme je te l'avais dit, ou que nous l'emmenions avec nous. Cela dépendra de son état, et du temps qu'il nous restera, et... je ne veux pas t'inquiéter, mais il faut que tu y réfléchisses : que faire si elle était vraiment folle?

- Mais non! Je suis sure que c'est une changeline. En y repensant, je le sens!

- Même si c'est le cas..." dit Abigail d'un air triste. "Quelqu'un a dit : "Il ne faut jamais avoir pénétré dans un asile pour savoir qu'on y fait les fous, tout comme dans les maisons de correction on fait les bandits." Je n'y suis jamais allée, mais j'ai tendance à le croire. Je ne sais pas ce que devient une fée en maison de fous, je ne suis pas sure de vouloir le savoir... Mais le cas se présente, et nous irons. Je penserais même que puisqu'elle n'en est pas sortie, le pire est évité.

- Quand est-ce qu'on y va, alors?" demanda Mairead. Le courage lui était revenu.

- Je ne sais pas. Viens nous voir demain après les cours pour qu'on en discute. Elle y est restée trois ans, un jour de plus n'est pas grand chose, surtout si cela décide de la réussite ou de l'échec. Moi, je vais appeler Fergus. Il m'a demandé à venir pour une bataille, j'espère qu'un enlèvement sera assez bon pour lui..."

Malgré l'air grave qu'elle avait adopté depuis son entrée dans la maison, un sourire flottait sur ses lèvres en ce moment.

"Je suis heureuse, vraiment heureuse que vous m'aidiez." dit Mairead. "Je n'aurais jamais envisagé de... d'enlever des gens avant, mais je pense que ça pourrait marcher, quand je vous entends en parler.

- Ca pourrait." dit Abigail.

"On retourne dans la partie commune de la maison? Au cas où quelqu'un d'autre voudrait utiliser la salle de bains. Vous allez bien rester un peu... Vous mangez ici ce soir?"


"Ca y est! Ce que vous attendiez tous, mesdames, messieurs, le retour du magnifique, du merveilleux, du fantastique FERGUS!" Il s'inclina, à droite, à gauche. "Allez-y, applaudissez! Pourquoi le public n'applaudit-il pas? C'est injuste...

- Peut-être parce que Mairead n'est pas encore arrivée?" suggéra Abigail.

"Ah... Je fais toujours mon entrée au mauvais moment... En tout cas, merci de m'avoir appelé. La cour féérique est un endroit merveilleux, mais comme je le dis toujours, une bonne baston, ça détend, ça repose, et un enlèvement c'est presque aussi bien." dit-il en appuyant sur le "presque". Il prit la pose. "La comtesse a été très triste de me quitter. Elle pleurait des larmes de désolation. Liew savait à quel point ça la ferait souffrir, et pourtant, il a quand même transmis ton message... Brave petit... Son courage a du lui couter cher. Pour avoir déplu à sa supérieure, qui sait s'il n'est pas en train de se faire torturer dans un appareillage digne des pires barbaries du Moyen-Age? (car la comtesse est trop classe pour les barbaries modernes). En tout cas, je n'ai écouté que mon courage, quand j'ai accepté de repousser ses appels pour venir jusqu'ici, sans payer mon ticket de car.

- Tu es reposant, à ta façon. Tu parles, et on sait qu'on ne ratera rien si on n'écoute pas.

- Tu ne parles pas sérieusement!

- Qui sait?

Mairead entra peu de temps après, essoufflée par sa course.

"Je suis là!

- Commençons. J'ai récupéré sur Internet un plan de la clinique, avec les systèmes de sécurité...

- Qui sont bien sur laissés à la portée de n'importe quel visiteur!" lança Fergus.

"C'est vrai?" demanda Mairead en ouvrant de grands yeux. "Tu es un génie du piratage, comme Satsuki dans X?

- Je ne sais pas qui est cette Satsuki. Mais je ne suis pas un génie. C'est juste eux qui sont sous Windows.

- Satsuki, c'est un perso de manga. Elle a une chouette coiffure avec une mèche rousse sur le devant. Elle veut détruire le monde. Et elle couche avec son ordinateur.

- Je savais que tu étais obsédée, mais pas que tu étais perverse... Je continue. Nous devrons d'abord entrer dans la clinique, qui sera fermée. Je crois que le meilleur moyen est que Vassili ouvre une porte dans le mur par magie. Il y aura des infirmiers, qui servent de veilleurs. Des infirmiers d'asile de fous - le genre armoire à glace. Nous devrons les éviter. Il faudra rentrer le plus près possible de la chambre de Lisa - que j'ai localisée - et passer entre deux rondes. Sinon, je peux les endormir. J'espère qu'il n'y aura pas besoin de ça, c'est risqué, ils peuvent avoir le temps d'appeler. Ensuite... ensuite, j'ai prévu diverses choses selon ce qui arrivera, mais tout dépendra trop d'elle. Dans le pire des cas, elle se mettra à crier. Il faudra alors sauter par la fenêtre. Je peux l'ouvrir en catastrophe, et Vassili peut amortir notre chute. Par contre, si elle nous accompagne, ou même si nous repartons sans elle, ce sera par la porte par laquelle nous sommes entrés. Je distribue les plans. Tous est clair? C'est la partie que j'ai faite. Je pense que cela peut marcher. Il reste des points gênants, qui ne sont pas les plus simples. La clinique est en Aveyron, il nous faut trouver un moyen de transport, prêté par quelqu'un qui ne nous pose pas de questions. Il nous faut échapper aux contrôles sur les routes, et trouver un alibi. Et depuis hier, je n'ai pas trouvé ça." Elle regarda autour d'elle, d'un regard d'une surprenante douceur. "Quelqu'un a une idée?

- Lukas a une voiture." dit Mairead. "C'est lui qui m'a raccompagnée, l'autre jour."

Abigail interrogea Vassili du regard.

"Nous pourrions lui demander. Je pense qu'il est fiable" confirma-t-il.

"On ne peut pas attendre de savoir. Je vais le chercher!" dit Silvana. Elle sortit du bâtiment en courant, traversant la pelouse envahie de pies pour rejoindre la bâtiment d'histoire.

Chanceuse, elle revint avec le Troll une quinzaine de minutes plus tard. En l'attendant, les autres étaient en train d'observer les plans. La salle sembla d'un coup très petite, quand ils entrèrent.

"Mairead t'a-t-elle expliqué ce que nous voulons?" demanda Abigail. "J'espère qu'elle n'a pas parlé trop fort." pensa-t-elle tout bas.

"Oui." dit Lukas. "Je ne pensais pas que notre prochaine conversation serait aussi proche ; et en fait, j'ignorais que vous aviez une autre affaire en cours que celle de la petite fantôme. Une qui concerne vraiment le monde féérique. Mais bien sur, je vous aiderai. Mon van est à vous. Je regrette de ne pas pouvoir vous accompagner, mais ce n'est pas vraiment une mission pour moi. Je ne suis pas du genre discret.

- Nous te remercions.

- Ne me remerciez pas trop au nom de la cour féérique du Soler, je pourrais changer d'avis... Je plaisante. Je peux mettre mon manque de discrétion au service de votre cause : j'ai un petit appartement, mais à moi seul. Dites-moi quand vous partez, je ferai du bruit pour dix, et les voisins n'iront pas nier que j'ai justement reçu des amis ce soir-là!

- Tu serais capable de mentir pour nous couvrir? C'est aimable, mais...

"Mais ce n'est pas une conduite de Troll, c'est ça? Vous savez, je suis un Troll qui va jusqu'à rejeter la système de vassalité : ce serait bien le diable si je ne pouvais pas dire un petit mensonge ou deux, pour la bonne cause!

- Quelle merveille!" cria Fergus. Des larmes de crocodiles lui coulaient des yeux. "Jamais je n'aurais cru entendre ça de la part d'un des votres." Il se leva, le serra dans ses bras. "Faisons serment d'amitié éternelle." Lukas, gêné, ne savait comment réagir.

- Je ne mens pas à mes parents, d'habitude." dit Mairead. "Mais je peux le faire.

- Que leur as-tu dit pour la dernière fois?" demanda Abigail, surprise.

"Juste qu'il y avait une fête, au Soler, à laquelle m'emmenaient des amis que je venais de rencontrer.

- Eh bien dis-leur que tu es sortie avec certains des amis en question, sans aller plus loin! Ah, quelle tristesse, tout de même, ce respect de la vérité qui condamne aux mensonges par omission, qui sont quand même vachement moins chouettes, et même un peu frustrants..." Fergus s'était rassis sur une caisse, mais il continuait à pérorer.

"Restent les contrôles." dit Vassili. "Je peux me débrouiller avec un sort d'illusion ou deux. Je serai épuisé, mais je pense que cela en vaut la peine. Je crois que tu as ton plan, Abigail."

Elle hocha la tête. "Ce vendredi soir, alors?

- Tous acquiescèrent, avec une mine de conspirateurs.


Ils garèrent la voiture à environ deux kilomètres de l'asile, dans une aire de repos de la route ; puis ils coupèrent à travers des champs, et même un petit bois. De façon agréablement surprenante, le mur qui entourait la clinique n'était pas trop dur à escalader ; pas avec l'aide d'un acrobate comme Fergus. Essayant de marcher sur les gravillons où on ne verrait pas la trace de leurs pas, ils arrivèrent jusqu'au pied du bâtiment.

Abigail tourna un peu autour, et leur dit "Voilà le meilleur endroit pour ouvrir une porte. Nous sommes tout prêt de l'escalier, et comme ce n'est pas un des endroits où sont les malades, je ne suis pas sure que les veilleurs soient très attentifs en passant par là."

Vassili commença par tirer un fusain de sa poche, et par dessiner une porte double à grands battants, aux riches enluminures. Il tira ensuite de son sac une pierre friable et un couteau. Il s'entailla le pouce, fit couler quelques gouttes sur la pierre, l'air grave.

"Voici une roche qui vient de l'autre côté du monde, et du sang qui bat dans mon coeur. Ignore les barrières des distances et laisse-nous passage et asile."

Il écrasa ensuite la pierre, la réduisant en poudre, et la souffla sur la porte, essayant de ne laisser aucune partie vierge de poussière de pierre.

Il toucha alors le battant. Celui-ci s'ouvrit comme s'il s'agissait d'une vraie porte, très fine, sans mesure avec l'épaisseur du mur.

"C'est une porte universelle." dit-il à Abigail. "Nous pouvons passer, nos objets aussi, et aussi la petite humaine. Mais bien sur, on pourra nous poursuivre..."

Ils franchirent la porte qui luisait vaguement, mais sans éclairer autour d'elle.

Ils parcoururent une dizaine de mètres de couloir d'hôpital, blanc cassé, très propre.

Tout était calme. On n'entendait qu'un léger frémissement indéterminé. Aucun bruit de pas. Les veilleurs devaient être ailleurs.

Un cri lointain retentit.

Ils prirent un angle droit, et se trouvèrent tout proches d'une porte, qu'Abigail ouvrit à l'aide d'une clé de forme étrange, puis referma derrière eux.

"Tu nous pièges." dit Fergus d'une voix très basse.

Le frémissement s'intensifia dans l'escalier. Il leur semblait à tout moment voir des ombres, derrière eux, sur les côtés, dans tous les endroits qui n'étaient pas éclairés par leurs faibles lampes. Ils montèrent deux étages.

Il y avait aussi une porte en haut de l'escalier, mais celle-là n'était pas fermée à clé. Abigail menait la marche, s'orientant sans hésiter dans ces couloirs tous identiques.

Ils entendirent des cris venant de derrière eux.

"Oh maman, non, je te promets que ce n'est pas moi, je n'ai pas fait ça, ce n'est pas moi!" criait une voix d'homme âgé.

D'un endroit proche du précédent parvint une chanson de femme, monotone.

Les monstres qu'on ne pouvait qu'entrevoir étaient maintenant de plus en plus nombreux, derrière eux, au plafond, menaçant sans cesse de tomber sans jamais le faire, disparaissant toujours sous les regards. Ils étaient suffisamment présents maintenant pour qu'on puisse reconnaître leur nature féérique.

"Quelles sont ces choses?" demanda Fergus?

"Elle font froid dans le dos." dit Mairead.

"A voir leurs attitudes, à voir leurs réactions, je dirais des chimères créées par la paranoïa." dit Abigail en frissonnant.

"Ou des chimères rendues paranoïaques par l'alternance continuelle entre le fréquentation des malades, qui les crée, et la fréquentation des docteurs, qui les détruit." dit Vassili.

Il semblait seul à sa place, ici, avec son air froid, effrayé par rien, et sa voix habituelle.

"Elles ont pu être normales, à un moment?" demanda Mairead.

"Peut-être." dit Vassili.

Les chimères faisaient de plus en plus de bruit, le crissement continu devenait très perceptible, presque fort.

D'un coin de plafond, l'une d'entre elles, qui avait la forme d'un mille-pattes rouge, bondit dans le cou d'Abigail en criant d'une voix d'insecte. Fergus l'attrapa par le bout, le projeta dans le bout du couloir d'où il venait.

"Tu as vu la leçon que je lui ai donnée?" dit-il, d'une voix normale.

"Merci beaucoup." chuchota Abigail. "Mais tu dois te rappeler que nous sommes les seuls à entendre ces bruits. Les gardes n'entendent que nous. Donc garde la voix baissée.

- Oh..."

Il y avait d'autres monstres visibles, maintenant. Certains avaient des formes d'animaux, d'autres des formes étrangères. Ils ne fuyaient pas les regards, ou pas autant que les autres.

Un éléphant miniature à huit pattes traversa le chemin devant eux avec un barrissement, puis se dissipa dans l'air.

Un serpent vert et orange était en train de se dévorer la queue.

Un bébé chat semblait jouer à attraper des papillons que même les changelins ne pouvaient pas voir.

Trois longs tentacules bruns s'accrochèrent aux jambes de Fergus avec des dents pointues. Ils connurent le même sort que le mille-pattes, non sans lui avoir laissé sur la jambe une trace rouge.

"C'est au bout de ce couloir." murmura Abigail, à un embranchement.

Elle fut frappée d'un tremblement nerveux. Mairead s'accrochait à Fergus.

"Je ne viens pas avec vous." dit Vassili. Les autres le regardèrent d'un air d'étonnement.

"Voyez-vous un gentilhomme en chapeau haut-de-forme?" demanda Vassili?

"Tu deviens fou, toi aussi?" suggéra Fergus.

"Des fantômes..." demanda Abigail. Il y en a ici aussi?

Vassili hocha la tête.

"Ou alors" continua-t-elle, "un piège orchestré par toute cette agressivité contenue... Qui sait?"

Vassili sembla écouter quelque chose, puis se retourna vers eux.

"Je ne pense pas. Je ne reviendrai plus jamais dans cet asile, et je ne quitterai pas un mort qui demande mon aide. Je vous rejoins ici."

Il retourna en arrière, pendant que les autres tournaient à gauche.


Le fantôme était un homme gras, à la barbe en collier, vêtu exclusivement d'une feuille de vigne et d'un chapeau haut-de-forme.

"Je vous suis reconnaissant, jeune homme. Il est difficile de trouver, ces temps-ci, un partenaire qui puisse nous voir et soit sain d'esprit. Non pas que je méprise la folie - sinon, je serais bien malheureux ici. Mais la santé mentale est parfois bien utile, oui, bien utile..."

Il continua de marmonner "bien utile, bien utile". menant Vassili à travers les couloirs. Il arriva à une porte fermée, qu'il traversa, puis il ressortit sa tête.

"Ne pouvez-vous pas en faire de même, jeune homme?

- Cette magie me fatigue...

- Qu'y a-t-il, Aristide?" Une femme en coiffe de bonne soeur, mais avec une robe de bure anormalement fendue et qui laissait voir ses porte-jarretelles bleu pâle, les rejoint.

"Ah, Hélène! Je voudrais mettre ce jeune homme au courant de ce que vous savez, mais il n'est pas très bon pour passer à travers les murs.

- Vraiment? Je vais l'aider."

Elle se rejeta en arrière, semblant prise de transes.

"C'est ennuyeux, c'est très ennuyeux..." murmura Aristide.

"Elle n'est pas en train de lancer son sort." constata Vassili.

"Non, elle est beaucoup plus charmante, dans ces moments-là. Vous serez heureux de la voir...

La femme avait fini sa transe et criait d'une voix aigre "Non, je peux l'offrir à quelqu'un d'autre, pour la plus grande gloire de Dieu, tu comprends?" Puis elle reprit sa voix sexy habituelle.

"Où en étais-je? Ah oui! Elle balança un oeillade à la porte, lui fit un signe de main évocateur. La serrure s'ouvrit dans un cliquetis.

Ils passèrent dans un couloir. Soudain, les bêtes chimériques, qui étaient toujours dans les couloirs, se mirent à pousser des cris de panique.

"Ah mon Dieu! Un vigile, un vigile!" dit Hélène, poussant de petits cris aigus.

Vassili se cacha dans l'ombre, à l'angle d'un couloir, jeu auquel il était expert.

Il entendit des pas s'approcher. Au fur et à mesure, celles des créatures qui n'avaient pas eu le temps de fuir se tordirent sur place. Les pas s'approchaient de plus en plus, et les chimères se desséchaient, se déformaient. Vassili vit passer son dos massif, enveloppé dans une blouse blanche, et ce couloir qui avait été plein de vie, de violence et d'effroi la minute d'avant ne fut plus qu'un couloir sombre et froid.

Puis une étrange pieuvre bosselée revint, constata que la place était libre. Les monstres noirs invisibles refirent sentir leur présence. Le bruit des pas s'estompa.

Le Bansidh et les fantômes reprirent leur route. Hélène ouvrit de la même façon toutes les portes qui se mirent sur leur chemin, tandis qu'ils montaient de nouveaux escaliers, prenaient un autre couloir. Ils étaient maintenant sortis de la partie hôpital, et avaient rejoint les bureaux administratifs, dans lesquels on voyait beaucoup moins de chimères.

Hélène ouvrit une toute petite porte, qui semblait être un placard à balai, mais qui était un petit débarras rempli d'objets hétéroclites et poussiéreux.

"C'est là qu'on range les objets qui appartiennent aux pensionnaires, et qui sont trop dangereux, ou trop inutiles, pour qu'on les leur laisse." expliqua Aristide. "Ils les récupèrent à la sortie. La famille peut les demander, mais c'est mal vu. Par contre, ils en héritent si un pensionnaire meurt ici, bien sur...

- Les pauvres!" cria Hélène.

Vassili regardait, à côté des objets, un fantôme en blouse blanche, ligoté, baillonné, par des liens en fer stygien.

"Ah lui! dit Aristide. C'est un des médecins. Les patients meurent plus souvent que les médecins ici, mais lui est mort à la tâche, le pauvre homme...

- Et c'est vous qui l'avez attaché ainsi?

- Oui, mais seulement la nuit! Car la nuit est ici le royaume des peurs nocturnes. Le jour est le royaume de la raison, les médecins sont partout, les malades sont raisonnés, et c'est alors lui qui nous attache, nous baillonne, et nous torture." Il donna un grand coup de poing dans la machoire du docteur, le laissant sonné.

"Et... qui le détache et vous attache?

- C'est dans la nature des choses, voyons, jeune homme!" dit Aristide d'un ton condescendant. "Personne n'a à intervenir. A l'aube nous le détachons, et il nous attache. C'est le contraire au crépuscule. Le cycle se poursuit ainsi.

- Mais nous sommes deux et il est seul." ajouta Hélène. "Ainsi, il a quatre fois plus de travail que nous.

- Mais ce n'est pas le but de votre visite, jeune homme." dit Aristide d'un ton légèrement énervé. "C'EST VRAI, QUOI!!!!! ALLEZ-VOUS UN PEU M'ECOUTER, OUI OU NON?" Ses yeux étaient devenus rouges. Mais Vassili soutint sa colère sans broncher, sans s'excuser non plus, et il revint à son état normal.

"Je suis désolé, jeune homme." dit-il en tirant de nulle part un mouchoir, dont il s'essuya le front. Je suis très émotif, oui, très émotif. Mais il y a un des objets d'ici dont je voulais vous parler."

Il s'avança dans le fouillis, vers le fond, là où tout était ancien, en traversant les objets. Vassili le suivit avec légèreté, semblant marcher sur le tas de vieilleries en les effleurant à peine.

Aristide lui montra du doigt ce qui ressemblait à un cornet à dés, en ébène, rempli de cinq dés en ivoire, et de double nature féérique et humaine.

"Cet objet a appartenu à quelqu'un qui est mort ici, et à qui ceux de l'hôpital n'ont trouvé aucune famille ; aussi, ils l'ont gardé.

- Ce pauvre homme! Il disait être Napoleon, mais je suis pour ma part persuadée qu'il était beaucoup plus ancien que ça." ajouta Hélène.

"Et sa dernière volonté - Dieu ait son âme...

- Pourquoi? Pourquoi n'a-t-il pas eu la nôtre?" demanda Hélène, échelevée, hystérique, de la même voix aigre qu'elle avait fait entendre la fois d'avant, mais beaucoup plus forte. "Pourquoi??!!"

Elle s'agenouilla, continua à gémir, déchirait son vêtement qui se reformait au fur et à mesure.

"Ne l'écoutez pas, elle est folle." dit Aristide. "Ce n'est pas gênant, voyez-vous, sauf dans certaines circonstances particulières, bien particulières... Je disais donc que sa dernière volonté a été que ce cornet à dés fut emmené loin d'ici, et confié aux fées. Bien sur, nous n'avons jamais pu en prévenir aucun médecin... Quant aux patients... ah, si vous saviez ce que leur disent les docteurs quand ils demandent le cornet à dés... Mais vous, vous sortirez d'ici, bien sur... Je vous laisse le soin de chercher les fées...

- Je suis moi-même membre de cette société." dit Vassili.

"Mon Dieu!" dit Aristide.

"Pourquoi n'avez-vous pas d'ailes, alors?" demanda Hélène. Elle s'était calmée, et semblait très fière de sa démonstration.

"Nous n'en avons pas tous, noble dame." dit Vassili.

"C'était donc ça!!! Voyez-vous, jeune homme, il avait dit "confié aux fées et emmené loin d'ici" Mais j'avais cru qu'il avait interverti les mots, bien sur. Après tout, peut-on s'attendre à un bon sens de la chronologie, de la part d'un homme qui vit sa dernière heure et pour qui tout est du passé? Je croyais qu'il avait inversé les mots... Mais je vous le laisserai avec encore plus de joie... N'est-ce pas une bonne nouvelle, Hélène?

- Moui..." dit-elle d'un ton pas convaincu. "'nédiction."

Vassili ramassa le cornet à dés et les cinq dés.

"Je vous laisse rejoindre vos amis, maintenant." dit Aristide.

Il asséna encore un coup de poing au médecin. Hélène, elle, lui mordit l'oreille, très fort, faisant couler le sang.


Après que Vassili les avait quittés, les autres changelins s'étaient trouvés en vue de la chambre de Lisa. Il ne leur restait plus que quelques mètres à parcourir, au bout du couloir, à droite.

Et devant cette porte, il leur semplait distinguer une forme étrange, mouvante, aux reflets dorés et vert sombre. Elle grattait le bas de l'entrée. Puis ils distinguèrent encore deux lumières jaunes, beaucoup plus brillantes.

Etrangement, pendant un long moment, ils n'osèrent pas bouger pour se rapprocher de la créature, immobilisés par ces phares jaunes. Mais finalement, Mairead, avec effort, fit un pas, et ils la suivirent.

Alors qu'ils s'approchaient, la créature sembla gagner en consistance. C'était maintenant un énorme lézard vert aux écailles chatoyantes. Il faisait bien deux mètres de long. Un hibou blanc aux très longues plumes tournait autour de sa tête. C'étaient ses yeux qui brillaient.

Le lézard montra les dents, dans une attitude agressive.

"Et celui-là, qu'est-ce que c'est?" demanda Mairead d'une petite voix.

"Je ne sais pas, mais c'est fort, et je crains que nous ne puissions pas discuter avec lui..." répondit Abigail.

Le lézard s'approcha d'eux d'un air menaçant. Le hibou, lui, s'était mis à hululer. Il les regardait tour à tour de ses grands yeux jaunes fixes, les mettant toujours horriblement mal à l'aise.

Fergus glissa la main à l'intérieur de son habit. Abigail lui posa une main sur le bras.

"Nous ne pouvons nous permettre de laisser une trace de notre passage." murmura-t-elle. "Donc pas de chimie aujourd'hui, malheureusement...

- Ce n'est pas grave!" lui répondit-il sur le même ton. "Ne crois pas que ce soit ma seule ressource!"

Puis, faisant mine de clamer sans laisser sortir sa voix, il dit en prenant une pose noble.

"Ainsi qu'Eviradnus, le chevalier errant
Je prendrai le petit pour taper sur le grand."

Mais il saisit alors sa canne comme une épée, et se mit en garde. Le hibou hurlait de plus en plus fort, ses cris devenaient assourdissants. Abigail, elle, saisit son pistolet.

"Dis donc!" lui dit-il, frôlant son oreille, pour pouvoir à la fois se faire entendre au milieu des hululements du hibou et continuer à parler bas. "Je croyais qu'on ne laissait pas de trace! Bouh, bouh!

- Je peux le charger avec des balles chimériques." lui répondit-elle. "As-tu un équivalent?" Mais comme elle se souciait moins que lui d'être entendue, le hurlement couvrit ses paroles.

Elle visa le hibou. La balle passa tout près de lui : il l'avait esquivée au dernier moment. Avec la même rapidité stupéfiante, il bondit sur elle, cherchant à lui crever les yeux.

Fergus, lui, s'avançait prudemment vers le lézard, quand il aperçut cette scène. Il se retourna, et le lézard, sortant une langue préhensile, l'attrapa par le poignet et lui fit lacher son arme.

Mairead s'élança pour la récupérer. Elle voulut attaquer le lézard, mais elle ne fit qu'érafler sa peau. Sans lacher Fergus, il avança une griffe vers elle.

Fergus voulut crier à Mairead de faire glisser la canne vers lui, mais le cri toujours plus perçant du hibou couvrait tout ce qu'il aurait pu dire.

Et la langue du lézard le faisait tourner, s'enroulant autour de sa taille, lui coupant la respiration.

Ils n'entendirent pas non plus le coup de feu. Mais Abigail avait tiré dans sa propre direction, à l'aveugle, à travers le hibou qui s'accrochait à son visage. Il tomba par terre. Il y eut un grand silence. Abigail avait une estafilade sur la joue.

Elle se précipita alors sur le lézard en tirant, mais les balles ricochaient sur sa peau. Elle lui tira alors sur la langue, tout près de la bouche, plusieurs fois.

La créature gémit et, sans que sa langue ne cesse d'entourer Fergus, son emprise se relacha. Fergus prit alors, de sa main libre, appui sur le cercle de muscle qui l'entourait, et appuya un coup très fort. Comme il l'avait prévu, il put glisser, se libérant de l'emprise de la langue du monstre.

Il s'appuya en équilibre sur sa main retée libre, la tête en bas, puis il se courba, laissa retomber ses pieds en avant, et tomba à genoux juste devant sa canne.

La langue du monstre se dirigeait maintenant vers Abigail qui rechargeait son pistolet, mais Fergus, abritant Mairead derrière lui, plongea sa canne dans l'oeil du lézard.

Il s'aplatit par terre, vaincu. Sa langue se relacha, son oeil valide se ferma.

Mairead examinait et pansait les blessures d'Abigail et de Fergus, qui étaient légères. C'est alors que le monstre se releva dans leur dos. La petite Satyre dut se retenir très fort de crier.

Mais le lézard se contenta de ramasser doucement le hibou de sa langue, et de s'enfuir de toute la vitesse de ses pattes, prenant appui sur le côté du mur.

C'est avec la même vitesse qu'il passa auprès de Vassili qui revenait, sans tenter de lui faire aucun mal. Il accéléra encore plus l'allure.

"Que s'est-il passé?" dit le Bansidh a ses amis.

"Nous avons été attaqués." dit Abigail, "et nous avons gagné."

"C'était le plus terrifiant des monstres que Pooka n'affronta jamais." ajouta Fergus. "Pleure, pour avoir manqué ce combat épique au cours duquel j'ai sauvé la vie de deux jeunes vierges!"

"Tu crois que c'est à elle qu'ils voulaient faire du mal? A Lisa?" demandait pendant ce temps Mairead à la Nocker.

"Je ne sais pas." répondit-elle.

"Vérifie que c'est bien la bonne chambre, s'il te plait. Maintenant que c'est bon, j'ai... une horrible peur qu'on se soit trompés..."

Abigail sortir son plan marqué d'une croix. C'était bien la bonne chambre, le même numéro, le même emplacement. Puis la Nocker pouffa de rire.

Alors qu'ils la regardaient, surpris, elle leur montra les lignes d'en-tête du plan, qui garantissaient à tous les patients une ambiance supérieurement calme et douce.


Crocheter la serrure ne fut pour Abigail qu'une formalité, et ils entrèrent enfin dans la chambre de la jeune fille.

Elle était couchée sur son lit aux draps blancs, endormie, et un gros chien noir chimérique lui servait d'oreiller. La lune qui rentrait par la fenêtre grillagée éclairait ses longs cheveux châtain et ses bras maigres.

Quand ils ouvrirent la porte, une longue chimère noire, un délire d'agression, tenta d'entrer, mais le chien grogna, un grognement très grave, et qui semblait se prolonger dans l'infrason. La chimère fuit.

Les changelins avaient un air grave.

"Ce n'est pas une fée." dit Abigail à voix basse, résumant la déception générale.

"Oh, c'est elle! Emmenons-là! Emmenons-là quand même!" dit Mairead qui s'était accroupie près du lit. Le chien eut un faible grognement, et la regarda d'un air soupçoneux. Il la laissa s'approcher, mais il montra les crocs quand elle voulut approche sa main pour la toucher.

"Je ne sais pas..." Abigail hésitait.

"Nous allons savoir." dit Vassili. Il s'approcha d'elle, plus encore que Mairead, et quand le chien voulut gronder, il lui lança un regard qui le foudroya sur place et le fit gémir comme un chiot. Il toucha alors la joue de Lisa du bout de ses ongles. Ce n'était qu'un très léger contact, et pourtant elle se réveilla. Elle ouvrit des yeux immenses et cernés.

"Vous êtes la mort." Sa voix semblait épuisée.

Vassili secoua la tête, mais elle sourit.

"Si, si... Je savais que vous viendriez un jour. Je l'attendais." Elle tenta de crier. "Oh, emmenez-moi, emmenez-moi, loin d'ici!"

Puis elle s'évanouit, ou plutôt se rendormit. Sa respiration était normale.

"Nous allons l'emmener." dit Vassili d'un ton sans réplique. "Nous savons ce qu'elle veut." Mairead lui adressa un grand sourire.

"Etes-vous vraiment là pour son bien?" dit le chien d'une voix humaine, mais très grave.

"Devons-nous te jurer qu'elle sera plus heureuse avec nous qu'ici? En doutes-tu?" dit le Bansidh.

"C'est mon amie. Je l'adore. Elle ne doit pas rester ici!" dit Mairead, les yeux implorants.

Le chien laissa échapper ce qui ressemblait fort à un soupir.

"Je vous crois. Mais ce sera triste pour un vieux chien comme moi de me réhabituer à vivre sans elle...

- Viens avec nous!" dit Mairead. "Si tu l'aimes, viens avec nous.

- Hélas, enfant, je ne le puis." dit le chien. "Tous les habitants ici ne pouvaient pas voir tous les dangers de la nuit, comme elle, et c'est pour cela que je dormais avec elle. Mais ils peuvent craindre leur propres cauchemars, et je resterai ici pour les protéger, jusqu'à ce que la mort me prenne.

- Vous êtes un noble coeur." dit Abigail.

"Helas, cela console peu." lui répondit le chien.

Fergus, qui était le plus fort, prit Lisa dans ses bras.

"Elle est plus légère qu'une plume." murmura-t-il. "En aurais-je trois comme elle, je jonglerais sans peine."

"Je dormirai dans sa chambre encore cette nuit." dit le chien. "Son odeur y restera. Et peut-être aussi un peu de sa force, celle qui permet aux vieux rêves comme moi d'exister ici.

- Je suis désolée d'avoir à vous laisser autre chose, si vous nous laissez faire, maître chien."

C'était la Nocker qui avait parlé. Elle sortit de son sac à dos une étrange matière molle, plus élastique que de l'argile, plus solide que de la pâte à modeler, peut-être une sorte de plastique.

Elle l'étira, l'allongea sur le lit, lui donnant la forme approximative d'une jeune fille.

Puis elle coupa délicatement, sans l'arracher, un cheveu de la tête de Lisa endormie, et le fixa au sommet de la tête de la poupée de plastique. Alors, au fur et à mesure que ses mains descendaient le long de son corps, le pétrissant doucement, semblant irradier une lumière verte, la poupée prenait forme de Lisa, presque dans les moindres détails.

"J'espère qu'elle tiendra jusqu'au lever du jour... L'ambiance est si composite, ici. Il y a tant de chimères, et de rationalité méchante et dure en même temps. Mais si les médecins ont l'occasion de la voir avant qu'elle ne se dissipe, je n'aurai pas oeuvré en vain."

Le chien se coucha auprès du double illusoire. Personne d'autre que lui ne vit quatre silhouettes s'éloigner sous la lumière de la lune, dont la plus grande portait quelque chose dans ses bras. Il les suivit du regard jusqu'à l'extrême limite de sa vue, pour être sur qu'il ne leur arrive rien.