NdA

: Voilà voilà, avec un peu (ok beaucoup) de retard, les deux chap de la suite de cette aventure qui, on ne le dira jamais assez, était prévue en deux chapitres au départ. Mais il n'est pas question que j'abandonne cette fic à présent…

J'ai voulu recentrer un peu le scénario sur Dean et Sam et vous risquez de trouver que ces deux chapitres ne font pas fondamentalement avancer le schmilblick. Mais ça vient, ça vient…

Ah, et TMI c'est la version raccourcie de « Too Much Informations », un des classiques de Dean qui n'a pas d'équivalent français, un peu comme Big Bad Demon…(Gd méchant démon m'éclate moins) et le slash arrivera si Dean et Cas arrivent à se retrouver, ce qui n'est pas gagné :p

J'ai quelques petits mots à dire en particulier. Le premier à ma béta, Aly, mon ange gardien personnel que je ne remercierai jamais assez ! Le second, à Cybélia, dont je lis les fanfics depuis très longtemps, qui est l'une des auteurs qui m'a donné envie de publier les miennes… Ca me fait tout drôle de recevoir une review de ta part ^^…J'ai hâte de lire ta fic Dean/Cas ! Enfin, à mon personal stalker, alexa, j'adore quand tu m'envois des piqures de rappel lorsque je prends trop de temps, n'arrête surtout pas ^^/. Et merci à ma lune et aurored pour les encouragements en vue des exams… C'est loin d'être fini, hélas.

D'une manière générale, un grand merci à toutes mes revieweuses qui me suivent depuis le début (elles se reconnaitront, et sauront combien je les adore), je raffole de tous vos commentaires, surtout les « pavés », je m'en lasserai jamais (ma dose, il me faut ma dose xo) !!! Comme dirait Abby (NCIS) *I'm hugging you all in my mind right now*


My Sin, My Perdition

9ème partie, Remembering Heaven through the eyes of a child


-Dean, j'ai toujours pas de réseau, c'est pas normal !

Dean, concentré sur son créneau, fronça les sourcils.

-On est en ville, maintenant, continua Sam d'une voix inquiète, on devrait avoir un réseau !

Dean tourna la clef avec satisfaction après avoir garé parfaitement l'Impala dans l'étroit espace entre les deux gros 4x4.

-Ecoute Sam, on récupère juste la miss et on se barre. T'as l'équipement au cas où l'affreux traînerait dans le coin?

Son frère ouvrit le pan de son blouson, le couteau de Ruby était à sa ceinture, et deux semi-automatiques l'accompagnaient. Il posa la main sur sa poche.

-J'ai pris le chloroforme.

Dean fronça les sourcils.

-Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée, Sam. Je veux dire, cette fille a le droit de savoir que…

-On en a déjà discuté, Dean. On peut pas tout lui expliquer en trente secondes et ça prendrait trop de temps de lui laisser digérer tout ça, si elle appelle pas l'hôpital psy directement. On doit agir vite, sinon je doute que la brutasse de démon qui se trimbale dans le coin nous laisse tranquille suffisamment longtemps pour la sauver, ok ? Là, on a encore l'élément de surprise, enfin j'espère, mais ça va pas durer.

Dean pinça les lèvres mais hocha la tête. La vie de Qiao An était tout ce qui comptait. Sam sortit de la voiture en marmonnant.

-J'ai des Hex bag aussi.

Dean ne lui demanda pas où il les avait eu. Ca n'était pas la peine. Il secoua la tête, balançant entre agacement et frustration et sortit à son tour en claquant la porte.

Afton était une petite ville comme il en existe tant aux Etats-Unis, des maisons avec jardin, quelques lieux de cultes, une bibliothèque, (pas de et)un hôpital municipal que Dean avait tout de suite repéré au cas où, et des restaurants. Et de la neige, beaucoup de neige, beaucoup trop de neige, ajouta Dean en pensée avec mauvaise humeur. Il avait les doigts gelés.

Le restaurant le Lys d'Or avait une petite devanture, enfoncée entre un marchand d'arme et un seven eleven. Sur la vitre était peint un grand dragon rouge et une pagode, ainsi que le menu.

-Bon, ça te dit de manger chinois ? Fit Dean en souriant avec un enthousiasme feint.

Sam leva les yeux au ciel et se pencha vers la porte en verre où étaient inscrits les horaires d'ouvertures.

-A cette heure-ci, je préférerais des toasts. Il est que huit heures et demi, ça ouvre à onze heures. Faut qu'on aille chez eux.

Il désigna les fenêtres au-dessus du restaurant, puis la porte rouge accolée au restaurant.

-Ca doit être cette porte… Qu'est-ce qu'on va leur dire ?

Dean haussa les épaules.

-On va improviser.

Il entendit Sam grogner un « génial… » entre ses dents et donna deux coups fermes contre la porte. Au bout de quelques instants, celle-ci s'ouvrit, faisant place à une petite femme asiate aux cheveux blancs. Elle cligna des yeux avec méfiance en les regardant de haut en bas sans rien dire.

-Bonjour madame, nous voudrions parler à…

Il hésita, sachant qu'il allait encore mal prononcer le nom chinois.

-Qiao An, intervint son frère avec un sourire amical que Dean trouva un peu forcé.

Cela le mit mal à l'aise. Depuis quand la sollicitude de Sam était-elle forcée ?

-Oui nous… nous sommes des amis à elle de Harvard, je m'appelle Sam et c'est mon frère, Dean. On suit les cours de civilisation grecque et latine du professeur Finigan avec elle. Comme on était dans le coin pour voir notre tante à Vegas et qu'Afton est sur notre chemin de retour, on s'est dit qu'on allait passer la voir.

La femme sembla se détendre et sourit.

-Oh, ma fille ne m'a pas dit qu'elle s'était fait des amis, s'exclama-t-elle avec un fort accent, mais elle ne parle pas beaucoup. Elle n'est pas là pour le moment, elle fait du bénévolat à l'hôpital, avec tous ces malades qui affluent ils ont bien besoin d'elle, vous pensez ! Elle sera là dans une heure pour préparer l'ouverture du restaurant. Entrez donc, vous pouvez l'attendre ici. Je vais faire du thé.

Sam secoua la main.

-Non, non, madame, on va pas vous déranger. On peut pas rester, on doit retourner chez nous et c'est une longue route. On va aller lui dire bonjour à l'hôpital.

La femme hocha la tête.

-Elle travaille aux urgences, aujourd'hui. C'est gentil de passer, ça lui fera plaisir, au revoir.

Sam et Dean lui rendirent son sourire.

-Au revoir, ma'am.

Ils se détournèrent et repartirent vers l'Impala.

-Chapeau, Sam, bien joué.

Le cadet se réinstalla sur son siège et regarda son frère manœuvrer.

-Ouais, mais maintenant va falloir l'enlever sans se faire repérer dans un hôpital bondé, surchargé de malades.

-T'as une idée ?

-Ouais, une ou deux…


Castiel serrait et desserrait les mains sur son jean, les yeux rivés sur la route devant lui. Il essayait d'appeler Sam et Dean toutes les demi-heures. Rien à faire.

Il n'avait pas mis longtemps à convaincre Bobby qu'il fallait aller aider les deux frères. Mais ç'avait été un peu plus complexe de le convaincre de l'emmener, lui. Au final, il avait sèchement fait valoir que si le vieux chasseur l'abandonnait seul dans un motel au milieu de nulle part, c'était comme s'il le livrait en pâture aux démons. C'était faux, bien sûr, ange ou pas ange, personne ne faisait mieux les pièges au Diable que lui, et il connaissait tous les exorcismes et sorts de bannissement possibles et imaginables. Il se sentait un peu coupable d'avoir appuyé sur la corde protectrice de Bobby, mais c'était nécessaire. Il refusait de rester sans rien faire alors que Dean risquait sa vie.

-On sera à Afton dans quatre heures, gamin. Ca sert à rien de stresser comme ça, ça fait pas avancer la voiture plus vite. Faut que t'apprenne à te calmer.

-S'il arrive quelque chose à Dean parce que j'ai chu et que je ne suis pas là pour le protéger, je…

-Arrête ton char ! Coupa sèchement Bobby. Tu penses pas clairement là, angelot. D'un, si t'étais encore un ange, tu pourrais pas l'aider, et on sait pas où Dean serait en ce moment, qui sait, ça serait peut-être pire. Et deux, si t'es tombé si égoïstement, t'avais qu'à pas le faire.

Castiel fronça les sourcils.

-Je n'ai pas choisi de choir. Je n'ai pas choisi de tomber amoureux de lui.

-Et bin, voilà ! Donc c'est pas ta faute quoi qu'il en soit ! Alors arrête de faire ta princesse et concentre-toi au lieu de flipper ! On va avoir besoin de toi frais et dispo si tu veux exorciser quoique ce soit. Dors un peu.

Castiel se tourna vers lui.

-Mais je…

-Dors, j'te dis ! C'est un ordre !

Et il ajouta un « idiot » dans un grognement pour faire bonne mesure.

Castiel pinça les lèvres mais ne protesta pas. Bobby avait raison. Il avait eu une nuit courte avec Anna qui l'avait réveillé à six heures et demi, et ce corps humain était fatigué et endolori. Quelle perte de temps que de dormir ! Même s'il comprenait le concept de régénérer cette incroyable machinerie, il trouvait cette nécessité contraignante, surtout considérant que les démons et les anges ne dormaient jamais, ce qui signifiait que pendant qu'eux dormaient, la guerre continuait. Il saisit néanmoins sa veste pour s'en faire un oreiller de fortune contre la vitre et y posa la tête, les yeux fermés. Toutefois, il garda son portable fermement dans sa main, au cas où Dean finirait par répondre à l'un des messages qu'il lui avait laissé, les rares fois où il avait obtenu la communication et était tombé sur le répondeur.

Il pria avec ferveur.


Dès l'entrée dans l'accueil, un constat s'imposa : l'hôpital d'Afton était bien trop petit pour autant de malades. Il y avait des civières partout, même dans les couloirs, et le personnel courait en tout sens au milieu des plaintes et des gémissements. Les deux standardistes étaient débordées par les appels et les ambulances ne cessaient de faire entendre leurs sirènes en partant et en arrivant à rythme soutenu. On dirait un avant goût d'apocalypse, songea Dean avec une certaine angoisse. Je veux même pas imaginer ce que ce serait une épidémie de peste noire en plus. Sam a raison, faut qu'on se grouille !

Il s'approcha du comptoir en resserrant sa cravate. Il détestait ce costume de pingouin. Devant lui, une toute jeune standardiste blonde, une stagiaire probablement, paraissait complètement paniquer sous l'angoisse.

-Excusez-moi, je cherche Chiaoooanne Wu, s'il-vous-plaît, c'est important.

Il lui fit son plus beau sourire charmeur et elle le lui rendit timidement, en rougissant.

-Euh…Elle est avec le docteur Graham, aux urgences. C'est par là.

Elle lui désigna une double porte sur sa droite.

-Merci

Il lui fit un clin d'œil avant de rejoindre Sam en lui indiquant la direction de la main. Les deux frères franchirent la porte et se retrouvèrent au milieu du chaos le plus total. Des médecins travaillaient fébrilement, patient après patient, pendant que d'autre aboyaient des ordres aux infirmières. Ils cherchèrent des yeux une figure asiatique. Soudain, Dean donna un coup de coude à son frère.

-Ca doit être elle, là-bas.

Son cadet suivit son doigt des yeux et repéra une jolie jeune femme brune penchée sur un dossier, les cheveux très longs attachés en queue-de-cheval, légèrement trop ronde avec une très jolie et plantureuse poitrine. Tu crois que c'est le moment de mater Sam ! Se morigéna-t-il en se dirigeant vers elle à grands pas, Dean sur ses talons. Plantureuse asiate, songea-t-il malgré tout en se rapprochant, c'est Dean qui va être content ! Si je surveille pas, il va faire un sort à la sainte cet abruti obsédé.

Mais les pensées de Dean étaient loin de sa libido. Il regardait tout autour de lui. Trop de monde. Comment attirer un futur médecin dévoué loin de ses patients ? Son cadet lui avait juste dit de mettre son trois-pièces et de le suivre. Et il était las de toujours avoir à redemander des explications ces derniers temps.

Mais apparemment, Sam avait tout prévu.

-Mademoiselle Wu ?

La jeune femme tourna une paire de ravissants yeux noirs vers lui.

-Bonjour, je suis Sam Johnson, CDC.

Il montra sa fausse carte d'officier de santé.

-On peut vous parler quelques minutes ?

Elle fronça légèrement les sourcils.

-A moi, vous êtes sûr ? Questionna-t-elle d'une voix douce au timbre agréablement grave. C'est le Docteur Graham la responsable de ce service.

Elle désigna une sportive femme brune en blouse blanche entre deux âges avec de grosses lunettes et qui se trouvait deux civières plus loin.

-Nous interrogeons tous le personnel soignant à tour de rôle pour en savoir plus sur cette pseudo épidémie. Ca ne prendra que quelques minutes.

Elle se mordit la lèvre et fit mine d'aller vers le Dr. Graham, mais Sam la retint par le bras.

-C'est par là mademoiselle, fit-il avec une autorité qui ne souffrait aucune réplique, mon collègue l'agent Brenner va aller parler au docteur Graham.

Dean commença à se diriger vers le médecin chef pour faire bonne mesure pendant que Sam entraînait une à présent docile Qiao An vers la sortie de l'hôpital.

Il s'arrêta lorsqu'il croisa le regard d'une petite fille, allongée dans un lit, des marques rouges sur tout le corps, ses cheveux blonds tressés, un masque à oxygène sur le visage. Elle le regardait avec des yeux verts graves, qui lui faisaient penser à Castiel. Mal à l'aise et un peu triste pour elle, il se détourna et prit la suite de Sam.


Castiel ouvrit lentement les yeux et y passa la main pour chasser les traces de son sommeil. Il examina l'écran de son portable, mais il n'y avait pas de message. Et les chiffres numériques indiquaient qu'il ne s'était endormi qu'une heure à peine. La voiture roulait toujours à vive allure conduite par un Bobby qui lorgnait la route comme pour la raccourcir. Voir le vieux chasseur ainsi concentré ramena Castiel en arrière dans le temps.

Il avait longuement observé l'humanité, en silence, le temps s'étirant sur des siècles, des millénaires. Il attendait de pouvoir retourner chez lui. Le paradis lui manquait. Mais il se souvenait très bien de la curiosité qu'il éprouvait alors pour les humains en général.

La première fois qu'il s'était trouvé face-à-face avec Dean, qu'il l'avait vu au travers des yeux de son tout nouveau réceptacle, il connaissait déjà son âme, mais il était curieux de son apparence physique, perceptible d'humain à humain. Dean…

Il se souvenait d'autres héros de l'Histoire, d'autres hommes ayant combattu les démons, ayant vaincu des créatures de cauchemar. Saints et saintes, chasseurs et chasseresses, exorcistes et médiums, tous habités par la grâce de Dieu… Dean les lui rappelait à chaque instant. Il lui rappelait surtout les premiers d'entre eux, à l'époque où le monde était un endroit encore moins accueillant, où se battre pour ses idées signifiait mourir pour elles, où l'intolérance dévorait le pardon. Il lui rappelait aussi Samuel Colt, par certains aspects, tête brûlée irascible, amateur de femmes, prêt à tout pour sauver le monde et n'attendant aucune reconnaissance en retour. Mais il n'avait pas cette douceur que Dean cachait sous son rôle de mauvais garçon, ce farouche instinct de protection. Dean était un être pur, quoi qu'il puisse en penser, de cette étoffe avec laquelle on fait les héros.

Avant la chute du premier sceau, Castiel était un ange de haut rang, sous les ordres de Zachariah, la main gauche du Haut Conseil. On l'avait envoyé sur Terre pour observer, rien de plus. Il ne comprenait pas les hommes, mais éprouvait de la compassion pour eux. Il ne comprenait pas leurs actes, mais savait que leur force et leur faiblesse résidaient dans leurs passions. Ces passions qu'il pensait être incapable d'éprouver lui-même.

Jusqu'à ce qu'il rencontre Dean.

Ce qui l'avait fasciné chez le chasseur, c'était ses yeux. Des yeux lumineux, d'un vert vibrant. Les humains disaient souvent que les yeux étaient le miroir de l'âme, mais ils ne savaient pas combien c'était littéral. Les yeux des possédés deviennent abyssaux, sanglants ou jaune purulent en présence des pouvoirs sacrés ou maudits parce qu'une âme démoniaque les habitent. Les yeux des réceptacles peuvent devenir bleus, blancs ou dorés, lumineux, comme la grâce qui résident en leur corps. Les yeux des hommes sont plus difficiles à déchiffrer, car leurs âmes ne sont jamais toute blanche ou toute noire.

Dean… ceux de Dean portaient en eux une lumière sourde, voilée par la haine, la colère et surtout la culpabilité. Mais cette lumière était pour Castiel semblable à un feu intérieur, un feu spirituel. Dean portait en lui une force de foi qui avait émerveillé et attiré l'ange, comme une bougie attire un papillon. Elle avait fait écho au fond de sa propre âme. Dean lui avait tant appris, bien avant qu'il ne devienne même humain. Il lui avait appris que la foi ne peut se concevoir sans le doute. Il lui avait appris que le Bien et le Juste, au sens que lui donnaient les Anges, n'étaient pas toujours compatibles.

Et la foi de Castiel en Dieu, sa grâce, sa lumière, en avaient grandi d'autant.

Il lui avait aussi appris la passion et l'amour humain.

Il n'avait toujours pas parlé à Dean du premier sceau. Il ne savait pas comment lui dire, ne savait pas comment Dean réagirait, mais savait qu'il en souffrirait.

Il ne pouvait pas perdre Dean. La peine serait trop insupportable. Sans Dean l'apocalypse dévorerait le monde, et la lumière de Castiel s'éteindrait.