9. L'avocate du diable

Dimanche, vers midi et demi

Vicky passait le seuil de la porte que ses voisins avaient laissée entrouverte quand elle entendit des éclats de voix.
« Mais qu'est-ce que tu as fait à ma maison ! hurlait la mère, Une fête d'Halloween, Mégane, quel âge as-tu ? »
Ouh là, apparemment, la punkette était en train de se ramasser un savon royal ! Vicky ne voyait rien, mais elle entendait.
« Vous ne serez même pas là ce soir et cette nuit ! se défendait-elle, alors j'invite des gens.
— Mais qu'est-ce que c'est que cette déco ? demanda le père.
— Meg, susurra James, tu as dit à Tim Burton qu'il pouvait tourner son prochain film dans notre salon?
— En tous cas, on n'y tournera pas des grosses bouses comme Hulk Vs Transformers !
— Mégane ! tempêta la mère, Nous recevons une collègue de papa et tu transformes ma maison en banlieue pour junkies gothiques !
— Arrête de raconter n'importe quoi, et puis on rangera après ! Oh, pourquoi j'ai jamais le droit de rien faire pendant que Môssieur James, lui, on lui permet tout ! Vous faites tout pour m'étouffer !
— Cesse de jouer les petites filles battues et mal aimées, et prends exemple sur ton frère…lui il nous rend fiers !
— Gna gna gna ! »
Vicky choisit de ne pas se montrer avant que l'orage ne soit passé. Elle imaginait sans peine la mine renfrognée que devait tirer Mégane, son petit nez pointu retroussé d'indignation et ses yeux dardant une noire colère.
« Ce n'est pas possible, mais qu'est-ce tu as, depuis quelques mois ? se désola la mère, on est à peine en novembre, et tu as déjà des ennuis à l'école. Tu ne peux vraiment pas te tenir ? C'est quoi cette note dans ton bulletin de la part de ton professeur de français ?
— Il voulait qu'on fasse une fiche de lecture sur Eugénie Grandet, mais moi ça me gonflait, alors j'en ai fait une sur l'œuvre de Terry Pratchett, c'est bien plus drôle. C'est pas de ma faute si l'autre baltringue a pas voulu élargir son horizon littéraire !
— Eh bien, je te conseille d'apprendre à respecter les consignes si tu ne veux pas faire une croix sur tes cadeaux de Noël ! Et puis, je te rappelle que tu es punie pour cette histoire de groupe de rock !
— Ouais, parce que Mister Perfection m'a dénoncée ! Il fallait que tu leur dises, hein, espèce de chieur ? Vendu! Collabo!
— Il le fallait, répondit James du ton de celui qui joue à être adulte.
— Mégane, tu y as réfléchis sérieusement ? demanda le père d'une voix plus douce, Tu veux vraiment te lancer dans la musique ?
— Ouais, je vais devenir une rock star ! »
James et la mère éclatèrent de rire cruellement, comme si Mégane venait de leur en raconter une bien bonne. Le père se contenta de prendre un air désolé.
« Mais ma petite chérie, je n'ai jamais rien entendu de plus stupide ! proféra la mère d'une voix aussi grinçante que dédaigneuse, les musiciens réussissent rarement dans la vie ! Tu devrais plutôt envisager de faire des études.
— Note qu'elle aurait pu faire pire comme choix de carrière, ricana James, Imaginez : elle aurait pu vouloir faire de la bande dessinée !
— Alors là, tout de suite, la musique paraît un choix moins absurde », fit la mère.
Nouveaux rires. La voix de Mégane se fit alors plus tremblante, et Vicky sut par instinct qu'elle allait bientôt fuir dans sa chambre, avant que ses émotions ne la submergent et qu'elle ne se mette à pleurer. Elle était familière de ce genre de situation, l'ayant souvent vécu.
« J'vous déteste ! hurla Mégane, pourquoi vous ne m'encouragez jamais à rien ?
— Mais nous t'encourageons ! répliqua la mère, nous t'encourageons à choisir une voie plus sérieuse. Une carrière artistique, franchement ! Pour une personne qui parvient à percer, des millions n'arrivent jamais à rien…Cite-m-en une seule qui a des chances d'être un jour célèbre dans ton entourage, pour voir ?
— Albin !
— Qui ?
— Le guitariste de son groupe, expliqua James, Je l'ai rencontré, et il est plutôt sympa, mais j'ai peur qu'il ne soit une mauvaise influence pour Mégane s'il lui fait miroiter des chimères sur la vie d'artiste…
— Ta gueule, sale connard!
— Mégane, ton langage !
— Et puis, Albin, il a vingt-deux ans, et il se débrouille tout seul dans la vie ! Pas comme un certain fils de riches de ma connaissance qui a le même âge mais qui vit toujours bien au chaud chez Pôpa et Man-man qui lui offrent des Porsche !
— Je parie qu'il n'a même pas son permis de conduire ! répliqua James, que Vicky devinait de plus en plus rouge, Mais ma parole, tu voues carrément un culte à ce type ! Tu es amoureuse ou quoi ?
— Moi, amoureuse d'Albin ? Nawak ! Je l'aime bien, mais il est pas mon genre, je le vois plus comme le grand frère que je n'ai jamais eu !
— Je suis ton grand frère !
— Eh ben, je veux bien faire l'échange !
— Excusez-moi, pardon…, dit une voix que Vicky ne connaissait pas.
— Maître Desgens, veuillez excuser ma petite sœur, vous savez à cet âge comme ils sont insupportables…
— Quelle ingrate ! rugit la mère, Après tout ce que nous avons fait pour toi, tu es tellement non-rentable ! »
Vicky entendit les pas de Mégane remonter l'escalier et marcher dans le couloir vers sa chambre.
« Les avocats, je les aime que sous forme de guacamole ! » lança-t-elle furieusement avant de refermer sa porte avec violence, faisant tomber un cadre sous le choc.
Vicky se décida à entrer.
« Euh…bonjour, dit-elle timidement.
— Ah voici la petite amie de notre fils, annonça le père.
— La fameuse Vicky ? Enchantée, jeune-fille, dit Maître Desgens, Alors, vous comptez entreprendre des études de Droit ?
— Oui, répondit James à la place de sa copine.
— Si seulement Mégane pouvait prendre exemple sur toi, déplora la mère, tu es si sérieuse comparée à elle…
— Ah oui ?
— Dites, intervint l'avocate, si ce n'est pas indiscret, votre fille parlait d'un certain Albin musicien, n'est-ce pas ?
— Oui, vous le connaissez ?
— Si je le connais ? Oh, comment pourrais-je oublier le plus étrange client que je n'ai jamais eu ! Ce pauvre garçon…à l'époque, il s'appelait Alain, mais tout le monde le surnommait d'ores et déjà « le démon blanc ».
— Ah bon ? Il a eu des ennuis avec la justice, en plus ? »
Vicky se rappela alors où elle avait vu le nom de Mme Desgens. Sur un article de journal quand elle faisait des recherches avec Dan à la bibliothèque.

xxxx

« Oui, je me rappelle d'Alain, dit Maître Desgens en buvant une gorgée de Riesling, un petit garçon effrayé et taciturne, mais néanmoins très intelligent, et doté d'une mémoire et d'un sens de l'observation incroyables. Quand on lui demandait de raconter sa version des faits, il donnait toujours la même, sans variation, et dans les moindres détails…ce qui signifiait qu'il était soit un innocent, soit un psychopathe ayant bien répété son texte…
— Et comment avez-vous découvert la vérité ? demanda Vicky.
— Les deux garçons qui avaient provoqué l'incendie accidentellement n'étaient pas, contrairement à Alain, très cohérents dans leurs propos. Ils n'ont pas raconté deux fois la même chose aux enquêteurs, et se contredisaient l'un l'autre, et plus le temps passait, plus ils en venaient à s'accuser mutuellement…Et puis, il y eut le petit Vinko qui a confirmé la version d'Alain, et pour finir, les deux gamins ont tout avoué.
— Comment deux enfants de onze ans ont-ils pu faire quelque chose d'aussi monstrueux ? intervint James, Comment peut-on accuser un innocent juste parce qu'on ne l'aime pas ?
— Apparemment, reprit l'avocate en posant son verre, Alain devait selon eux être puni pour le simple fait d'exister, parce que c'était lui qui était monstrueux…Que voulez-vous, jeune-homme, dans ce métier, vous en verrez parfois, des individus qui veulent faire justice eux-mêmes en « punissant » ceux qu'ils jugent indignes de fouler cette Terre…Quand je pense que Vinko s'est transformé en ce genre de personne.
— Vous êtes au courant de cette affaire ?
— Bien sûr, je suis avec attention l'actualité judiciaire…et puis, je suis curieuse de voir ce qu'Alain devient.
— Vicky aussi a failli mourir des mains de Vinko, dit James.
— Ah, mais oui, c'est vrai. Vous êtes une proche d'Alain ?
— Disons qu'une de mes meilleures amies est chanteuse dans son groupe.
— Vous savez pourquoi Vinko vous jugeait indigne de son monde meilleur ?
— Aucune idée », mentit Vicky qui n'avait pas très envie d'avouer la vérité.
Les minutes s'écoulèrent et la jeune-fille se sentit de plus en plus mal à l'aise, sans trop savoir pourquoi. Maître Desgens expliquait maintenant à James que peu importait qu'un client soit coupable ou innocent, il fallait le défendre à tout prix, même s'il était indéfendable. Car même le pire des criminels avait droit à un avocat.
« Vicky, tu es toute pâle, est-ce que ça va ? demanda le blondinet.
— Tu as à peine touché à ton assiette ! renchérit son père.
— Euh…ben…
— Je savais bien que tu étais malade, reprit le fils, tu n'étais pas bien tout à l'heure et maintenant ça empire. Je n'aurais pas dû te dire de venir.
— Non, ça ira !
— Il vaut mieux que tu retournes chez toi et t'allonger, suggéra le père.
— Vous pensez ?
— Oui, vas-y, on ne t'en tiendra pas rigueur.
— Bon, très bien. »
Elle se leva, et après avoir salué l'avocate, elle sortit dans le hall d'entrée et referma la porte derrière elle.
« Alors, c'est vrai ? Tu as choppé un microbe saisonnier, Barbie ? Ou alors, ce sont leurs gueules d'endives qui te filent la gerbe ? »
Mégane se tenait sur le palier, les coudes appuyés sur la balustrade.
« Tu as tout entendu
— Ouaip. Donc, Albin était torturé par ses camarades de classe quand il était petit…
— Tu ne le savais pas ?
— Il n'est pas très loquace au sujet de son passé…
— Pourtant, en dehors de ça, il adore parler.
— C'est vrai, il est pire qu'une fille. Mais en même temps, j'aurais pu le deviner. On vit dans une société qui méprise la différence au point que si quelqu'un sort un tant soit peu des normes, même s'il n'y peut rien, il sera lynché et marginalisé dès son plus jeune âge ! Les enfants sont cruels, et ça s'arrange pas en grandissant.
— La vie est cruelle. Et puis après ?
— Et puis après ? On s'étonne quand ça tourne mal. On martyrise un petit garçon au visage brûlé, et puis, quand celui-ci vire psycho et se met à tuer des gens, on pleurniche qu'on l'a pas vu venir…C'est bien les humains, ça, toujours à se plaindre des monstres qu'ils ont eux-mêmes engendrés. Si tu veux mon avis, le sang des victimes de Vinko souille les mains de tous ces p'tits cons qui les maltraitaient, lui et Albin ! Ce sont eux les responsables de tout ça, quand on y pense !
— Vu sous cet angle… »
Mégane s'éloigna de son poste et descendit les escaliers en toisant Vicky d'un regard presqu'aussi effrayant que celui de son chanteur, ce qui n'était pas peu dire.
« Le pire, c'est qu'il n'y a pas besoin d'être albinos ou d'avoir la moitié de la tête cramée pour être une victime, continua la punkette, on peut te pourrir la vie pour des choses bien moins « spectaculaires » si je puis dire…On transforme ton quotidien en enfer parce que…je ne sais pas, moi…parce que t'es grosse ! Ou trop grande et trop gentille, ou parce que tu aimes la lecture, que tu as des bonnes notes, ou des trop mauvaises, que tu portes des lunettes ou un appareil dentaire, parce que t'aime pas la même musique que les autres, que tu ne t'habilles pas « fashion »…ou parce que tu as un défaut de prononciation qui t'empêche de dire ton nom correctement… »
Vicky comprit.
« Et toi, tu…
— Je bégayais. Au point que je mettais trois heures à dire « Bonjour, comment ça va ? ». Imagine, mon premier jour à l'école primaire… »
Vicky imagina une mini-punkette sur une trottinette, avec l'Union Jack sur son petit cartable. Bien que Mégane ne ressemblait probablement pas à ça à six ans.
« On m'a demandé comment je m'appelais, et j'ai répondu : « Mémé-mé-mémé-mé… ». Avant que je n'arrive au « ga », ils étaient tous déjà en train de se payer ma tête et très vite, on me surnomma « Mémé ». Quand James l'a appris, il s'y est mis aussi et il s'arrangeait pour placer ce surnom débile dans toutes ses phrases : « Maman, Mémé n'a pas fait ses devoirs, punis la Mémé, elle est vilaine Mémé ! »
— Heureusement que tu ne t'appelles pas Cunégonde…
— Ouais…un jour, l'instit a lâché sans le faire exprès : « Mémé au tableau ! ». Il s'est excusé, mais mes charmants camarades ricanaient tellement que j'ai été déconcentrée et j'ai mal récité mon texte. C'était La cigale et la fourmi, et j'avais travaillé très dur pour y arriver et compenser mon handicap. Mais les autres me stressaient tellement que j'ai perdu mes moyens et ai tout bonnement massacré La Fontaine. L'instit a dit que j'étais une petite cigale qui ne travaillait pas, alors que c'était faux ! Si tu veux savoir pourquoi j'ai un piercing à la lèvre, eh bien, c'est pour me rappeler que mon enfer était lié à ma bouche…
— Mais là, tu parles normalement.
— J'ai eu une bonne logopède. Très douée…et très chère. Je te parie que ma mère m'en veut toujours de lui avoir coûté ça. Comment elle a dit que j'étais déjà ? Ah oui : non-rentable. »
L'enfer lié à la bouche? En repensant à la fois où Mégane l'avait embrassée, Vicky se fit la réflexion que son piercing lui avait en réalité fait un autre genre d'effet...et rougit à cette pensée bien malgré elle.
« Je vais rentrer chez moi, dit Vicky qui n'avait pas envie de poursuivre cette discussion houleuse, Je suis malade…
— C'est ça, t'es malade, et moi je suis la Princesse Peach! »
Vicky se dépêcha vers la sortie.
« Je t'attends quand même pour ce soir, à ma fête d'Halloween, dit néanmoins Mégane, je te promets Barbie, qu'on va flanquer aux voisins la trouille de leur vie ! »
Faire peur ? Tiens, c'est une idée, ça, songea Vicky.

xxxx

Karine se regarda dans le miroir du salon de coiffure.
C'est parfait, se dit-elle en s'observant sous tous les angles, ce blond est parfaitement identique à ma couleur naturelle…Je suis redevenue comme avant…ou pas. Blonde et gentille comme l'ancienne Karine, mais belle, habillée en noir et sûre d'elle comme la nouvelle. Un parfait équilibre en les deux…Ça me tombe presque aux épaules, maintenant…jamais plus je ne porterai ces affreuses barrettes, et jamais plus je ne laisserai Vicky jouer les apprenties coiffeuses !
Alors qu'elle était sur le point de quitter le salon, elle croisa Jean-Franky.
« Marine ! la salua le colosse avec enthousiasme.
— Salut, comment vont tes yeux ?
— Beaucoup mieux, ils m'ont bien soigné. Et là, je vais demander au coiffeur de me faire la coupe de Luke Skymachin dans Star Wars.
— Ah bon ?
— Ouais. Jenny fait la Princesse Leia. On va être un couple super ! »
Jean-Franky n'avait de toute évidence que des connaissances restreintes sur la célèbre saga spatiale.
« J'ai repensé à ce que tu m'as dit, continua-t-il, c'est vrai que c'est pas bien de taper sur le petit gros, alors j'ai décidé de faire la paix avec lui.
— Oh, bravo, je te félicite !
— Même que je lui ai permis de venir à la fête avec nous ! Je ne veux plus être violent.
— Je savais bien que tu valais mieux que ça. Je me disais : « Derrière tous ces muscles se cache peut-être l'âme d'un poète qui ne demande qu'à s'exprimer ! »
— Un poète ! Wouaw, merci, c'est une super idée de génie ! Je vais tout de suite aller écrire un poème pour Jenny, elle va aimer !
— Pourquoi pas !
— Merci du tuyau, mais dis…Marine…
— Oui ?
— Je peux te demander un truc ? Tu pourras corriger mon poème, pour les fautes d'orthographe et tout ça ?
— Pas de problème, tu me le montreras ce soir à la fête.
— D'accord. À tout à l'heure ! Et merci pour tout, gentille fée moche! »
Comme quoi, songea Karine en prenant le chemin de son foyer, il ne fallait jamais perdre espoir. Dommage que Mélanie ne montrait pas le moindre signe d'évolution. Si Albin et Vicky étaient capables de s'entendre et que Jean-Franky renonçait à la violence, c'était qu'il n'était pas si absurde, ce monde. Alors pourquoi diable Mélanie continuait-elle ses petites manigances ? Elle pouvait comprendre pourquoi Vicky avait été cruelle envers elle, maintenant qu'elle connaissait son passé. Elle comprenait également pourquoi Albin avait tenté d'éloigner ses amies en croyant lui faire du bien. Limite si elle ne comprenait pas Vinko d'avoir mal tourné après tout ce qu'il avait enduré. Mais Mélanie…quelle circonstances atténuantes avait-elle ? Aucune à sa connaissance. C'était comme si elle avait un jour essayé de faire le Mal juste pour voir ce que ça faisait, et qu'elle avait trouvé ça marrant. Et comme personne ne l'avait punie, elle avait continué.
Quand elle passa la porte de sa maison et entra dans le salon, ses parents assis devant la télé se redressèrent, papattes repliées sur le devant comme un couple de suricates.
« Oh ma chouette, tu es redevenue comme avant ! T'as vu ça, Serge ?
— 'en oui, 'ai 'u », marmonna le père en mastiquant une banane.
La pièce comportait plusieurs tableaux représentant des bananes, sur la table, un régime entier trônait dans une corbeille. Si vous aviez visité la cuisine, vous auriez également constaté que le produit de vaisselle était parfumé à la banane, le four avait un mode spécial « banane cuite », un livre de cuisine intitulé Le banana split et ses variantes du monde entier traînait sur la table à côté d'un paquet de post-it en forme de banane.
Cette famille est légèrement obsédée par un fruit, devinez lequel ? La papaye ? Non, c'est pas ça, try again !
« Il faut que je vous dise un truc, annonça Karine à ses parents, cette année, je ne fêterai pas Bananalloween avec vous. Une amie m'a invitée à un Halloween classique, j'espère que ça ne vous dérange pas… »
Les deux suricates la lorgnèrent de leurs yeux ronds.
« Non, ça va, ma chouette…c'est juste que…ça sera le premier Bananalloween sans toi, et ça me rend toute chose…
— Ne t'en fais pas, Jeanne, notre petite fille grandit, c'est tout. »
Karine descendit dans sa chambre, en passant, elle salua David qui était occupé à défoncer des orques sur un jeu en ligne en grignotant des chips de banane. Il répondit à sa sœur par un borborygme.
Un instant, elle songea plus sérieusement au fait qu'elle ne passerait pas Halloween dans sa famille pour la première fois. Mais que pouvait-elle y faire ? Les inviter tous les trois chez Mégane ? Ses parents lui fileraient sûrement la honte, la chaperonneraient, et son frère était quant à lui aussi sociable qu'un ours mal léché dès qu'on l'arrachait à son monde virtuel. L'idée était mauvaise. Elle regagna son royaume, car elle avait à faire.
« Bon, j'ai du boulot, moi ! »
Une fois dans sa chambre, elle posa son sac sur le lit et se dirigea vers son bureau. Son costume d'Alice l'attendait sur un cintre accroché à la penderie, incomplet. Elle ouvrit le tiroir qui contenait des trombones, des stylos-billes, du fil, une aiguille, du mascara et un paquet d'enveloppes jaunes qui sentaient la banane, et y chercha ce dont elle avait besoin pour le fameux boulot.
Chère Vicky, tu vas voir ce que tu vas voir !