En route vers l'appartement de Kate, l'ambiance était lourde dans l'habitacle de la Mustang bleu nuit. En général, tant Rick que la détective appréciaient la simple compagnie l'un de l'autre, le silence qui régnait habituellement était agréable et ils communiquaient ainsi, sans que la moindre parole ne leur soit nécessaire. Cependant, ce voyage ci était différent pour Beckett. La tension qui les séparait actuellement, n'aida en rien la jeune femme à assumer la décision qu'elle venait de prendre, de s'ouvrir à son partenaire de cinq ans, d'enfin faire confiance en ses propres sentiments. La voix de Lanie ne cessait de résonner dans sa tête : « Dis-lui, Kate ! », « Il a le droit de savoir ! », « Il t'aime, ma chérir ! », l'encourageant sur la voie qu'elle s'apprêtait à suivre. La médecin légiste avait raison et, même si elle tentait de se voiler la face depuis de nombreux mois, voire de nombreuses années, son cœur savait que sa meilleure amie avait raison et que l'attente de l'écrivain méritait d'être récompensée.
De son côté, Castle était également nerveux, non pas que l'idée de se retrouver en tête-à-tête avec son amie lui pèse, que du contraire, mais il ressentait le stress de Kate qui, les mains tremblantes et serrées sur le volant du véhicule fixait la route sans sourciller, sans le moindre mouvement qui aurait pu laisser paraître ce qu'elle lui préparait. Bien entendu, il imaginait bien qu'elle ne s'apprêtait pas à lui faire de grandes révélations, mais il espérait malgré tout qu'elle le laisse approcher, qu'elle se sente suffisamment en confiance que pour lui parler ouvertement, en laissant de côté ces murs invisibles qu'elle s'était construits et qui, peu à peu, s'effritaient à force de persévérance. La position crispée de Kate n'avait pas échappé au regard aiguisé de l'écrivain qui n'osait pas bouger de son siège de peur de briser la magie de l'instant mais, surtout, de peur d'avoir une parole maladroite. Néanmoins, Castle ne put réprimer un sourire nerveux qui attira l'attention de Beckett.
« Quoi ? » Lui demanda-t-elle, un peu plus rudement qu'elle ne l'aurait souhaité, mais de la seule façon dont son stress lui permettait de s'exprimer à l'instant.
« Rien ! Rien du tout ! » S'empressa-t-il de répondre, sans prendre la peine de tenter de retenir le fou rire irrépressible qui s'empara de lui. Son fou rire devint contagieux et, un sourire se dessina lentement sur les lèvres de la jeune femme avant, qu'à son tour, elle ne succombe à cette envie de lâcher toute la pression qu'elle portait sur ses épaules.
« Vous êtes vraiment bizarre parfois Castle ! » Finit-elle par lui répondre en se pinçant les lèvres.
« Si ce n'est que parfois, alors j'accepte le compliment Kate. » Articula-t-il difficilement, reprenant peu à peu son sérieux. Rick se surprenait de plus en plus souvent à utiliser le prénom de sa complice dans le crime, comme il aimait l'appeler, et cela ne semblait pas la déranger.
Le fou rire de l'écrivain eut pour avantage de nettement apaiser l'atmosphère mais Kate restait perdue dans ses pensées, imaginant l'après. Bien qu'elle fût consciente au plus profond de son être des sentiments de cet homme-enfant à son égard, ce qui l'effrayait le plus était elle-même, sa propre personnalité, sa fâcheuse habitude de fuir le bonheur par peur d'être blessée et de revivre la période difficile de sa vie.
« Kate, il est tard, si vous voulez on peut remettre mon examen à plus tard. » En bon gentleman, il voulut lui laisser une porte de sortie.
« Pourquoi Castle ? Vous avez peur de ne pas être à la hauteur de vos promesses ? » Le questionna la détective certaine qu'il ne pensait pas un traitre mot de sa proposition. Ses soupçons se confirmèrent lorsqu'elle constata l'inquiétude mêlée à l'espoir sur le visage de son voisin.
« Moi ? » Fit-il faussement vexé, la main sur le cœur et faisant une grimace d'incompréhension. « Kate ! Si peu de confiance en votre serviteur ! Vous me décevez. » Couina-t-il.
« Ne faites pas l'enfant Castle, sinon la première épreuve est déjà ratée ? »
« Eh ! » S'exclama-t-il. « J'ai déjà passé la première épreuve haut la main. »
Beckett roula des yeux, sachant que quoi qu'elle dise ou fasse, son partenaire resterait le même grand gamin. D'ailleurs, elle se plaignait souvent de cette facette du grand Richard Castle mais c'était cette nonchalance, cette curiosité, cette joie de vivre perpétuelle qui lui avaient rendu le sourire.
« Je peux vous poser une question détective ? » Tenta vaillamment Richard.
« Il n'est pas question que je pose pour la couverture de votre roman ! »
« Mais... Je… » Balbutia l'écrivain. « Comment pouvez-vous imaginer une seule seconde que je puisse vous imposer ça… Surtout que la dernière fois que je l'ai proposé, vous m'avez renvoyé chez moi en me traitant de pervers ! »
« Peut-être parce que vous en avez parlé à votre petite-amie qui est une véritable pipelette ! »
« Ma quoi ? Mais de qui parlez-vous ? »
« Ryan en a parlé à Espo, qui l'a dit à Lanie, qui s'est empressée de me demander si la rumeur était vraie. »
« Oups ! » Répondit-il en mettant sa main devant sa bouche constatant que, une fois encore, il avait parlé trop rapidement et à la mauvaise personne.
Beckett lui lança un regard qui se voulut meurtrier mais qui finit moqueur. « Je ne vais pas vous mettre en cellule Castle ! Ce n'est pas un drame. » Lui dit-elle. « Ça pourrait même être amusant ! » Ajouta-t-elle avisant la réaction de son partenaire à un tel aveu émanant de sa bouche.
« Détective Beckett ! » S'exclama-t-il d'un air qui se voulut choqué par ce qu'il venait d'entendre.
Arrivés au bas de son immeuble, Kate trouva rapidement une place de stationnement, coupa le moteur et resta là, immobile derrière le volant, sentant la pression faire sa réapparition maintenant que l'échéance se rapprochait. Elle fut sortie de ses pensées par l'ouverture de sa portière et la vue d'une main tendue vers elle.
« Détective ! » L'invita galamment l'écrivain, faisant à nouveau naître un sourire chez la jeune femme. Une vision à laquelle il pourrait facilement s'habituer.
« Vraiment Castle ? » S'étonna-t-elle.
« Je vous ai promis une soirée mémorable et je m'y tiendrai Beckett, peu importe que vous soyez consentante ou pas. » La toisa-t-il, le regard moqueur.
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Kate accepta la main que son partenaire lui tendait et, l'autre main de l'écrivain au creux de ses reins, se laissa guider jusqu'à l'ascenseur de l'immeuble de Kingstreet dans lequel elle avait trouvé refuge il y a trois ans, après l'explosion de son ancien appartement.
« Kingstreet ? Vous avez pensez à moi quand vous avez emménagé ? » Lui murmura-t-il à l'oreille.
Le souffle chaud de son haleine lui envoya comme une secousse électrique le long de son échine qu'il ressentit de par sa proximité « Castle ! Dois-je vous rappeler que je n'ai pas eu le choix. » Lui répondit-elle en entrant dans la cage métallique et en roulant des yeux à un tel commentaire qu'il avait certainement préparé depuis de longs mois, attendant le moment le plus propice pour le placer dans leur conversation.
« Moi je dis que c'est un signe. » Dit-il en se plaçant derrière elle, le plus proche possible ne pouvant s'empêcher de garder sa main dans son dos pour conserver la connexion.
« Ne poussez pas votre chance Monsieur l'écrivain ! Vous pourriez le regretter. »
« Jamais détective ! »
« Vous semblez bien sûr de vous ? » Elle se tourna vers lui, figeant ses yeux de jade dans le regard bleu perçant de son ami, pour le défier.
Rick déglutit difficilement, tout en appréciant le petit jeu dans lequel ils s'engageaient, heureux de retrouver leurs répliques aisées, il constata que sa muse était sans doute plus investie dans cette soirée qu'il ne l'avait pensé de prime abord. Ses yeux descendirent sur les lèvres de sa partenaire et il réunit tout son courage pour ne pas en prendre sauvagement possession, là, tout de suite, dans cet endroit confiné, à l'abri des regards indiscrets.
Le tintement annonçant leur arrivée à destination se fit entendre et c'est avec énormément de difficultés que l'homme se détacha de sa proie. Son cœur battait la chamade et ses mains devenaient de plus en plus moites au fur et à mesure de leurs échanges.
De son côté, Kate n'avait pu s'empêcher d'anticiper le baiser qu'elle avait espéré. Elle sentait la chaleur de ses lèvres sur les siennes, ses mains parcourant ses courbes et se posant sur ses hanches. Tout son corps vibrant d'anticipation jusqu'à ce que cette sonnerie désagréable se fasse entendre et brise à nouveau cette bulle qu'ils tentaient désespérément de créer.
« Hem… Je crois qu'on peut y aller. » Dit-il en se raclant la gorge et faisant un signe vers la porte ouverte.
« Oui. » Lâcha-t-elle dans un souffle, lui souriant nerveusement et se détournant de lui pour le précéder jusqu'à son appartement.
Une fois la porte de sa tanière refermée derrière eux, le courage que la jeune femme avait accumulé sembla se tarir d'un seul coup. Tremblante, elle ne faisait plus confiance à ses jambes cotonneuses, son cœur était à deux doigts d'exploser, sa bouche s'assécha, elle accepta que son partenaire l'aide à ôter son manteau. Le romancier en profita pour faire glisser ses longs doigts le long des bras de Kate, lui infligeant une torture sensuelle qu'il ne connaissait que trop bien.
« Vous voulez quelque chose à boire ? » Trouva-t-elle la force de lui demander, le regard fuyant. « Un verre de vin ou un café peut-être ? »
« Un verre de vin serait parfait. » Lui répondit-il sur le même ton incertain et analysant la décoration de l'intérieur de sa muse. Il avait rarement eu la chance d'envahir son espace et, les peu de fois où ce fut le cas, il avait préféré se concentrer sur la propriétaire plutôt que sur le gigantesque poster représentant un éléphant qui ornait son salon. « Magnifique métaphore. » Pensa-t-il. « Vous êtes vraiment une fan des éléphants. » Lui dit-il lorsqu'elle revint dans la pièce et lui tendit son précieux breuvage.
« Oui. Je les trouve fascinants. Ils sont à la fois durs, solides, fonceurs et pourtant tellement doux et fragiles. J'adore les voir marcher en file indienne, entourant amoureusement leurs petits. »
Rick acquiesça doucement, enregistrant cette nouvelle information sur sa muse. Information qui en disait tellement sur son état d'esprit et qui se reflétait chaque jour dans ses enquêtes. « Vu que vous êtes une de mes fans, j'espère que vous ne voyez pas en moi un papa éléphant ? » Plaisanta-t-il.
« Je ne sais pas Castle ! Votre fille a raison, la crème fraîche à la bombe ne vous réussit pas ! » Lui répondit-elle le plus sérieusement du monde. A la mine déconfite du pauvre homme, elle ne put que s'esclaffer et, lui donnant une tape amicale sur le biceps, lui fit signe de la suivre sur le canapé.
« Ce n'était même pas drôle, Détective ! » Lui répliqua-t-il avec une moue boudeuse qu'il avait perfectionnée au fil des ans et qui faisait fondre Beckett comme neige au soleil et, à laquelle, elle ne lui confronta qu'un sourire ravageur. Il s'assit à ses côtés, en prenant garde de ne pas la toucher, de peur de sa réaction, pivotant sur sa gauche pour faire face à son amie qui s'était installée, les pieds repliés sous elle et le bras posé sur le dossier de son sofa.
« Alors ? » Demanda Castle en déposant son verre, auquel il n'avait pas encore touché, sur la table basse. « Qu'est-ce que vous avez préparé comme prochaine épreuve ? »
« Eh bien » Commença-t-elle d'une voix sensuelle et imitant son partenaire en se libérant de son verre. « Je pensais » Continua-t-elle en se penchant vers lui, rapprochant leurs corps et leurs lèvres à quelques centimètres l'un de l'autre « Qu'on pourrait » Il ne vit pas la main se tendre vers lui, trop fasciné par le regard de jade qui le fixait « Discuter. » Finit-elle en lui attrapant l'oreille d'un geste vif.
« Awh ! Apple ! Apple ! » S'écria-t-il avant qu'elle ne relâche son emprise et qu'il se charge masser l'organe maltraité pour soulager la douleur. « Ok, discutons d'abord ! » Lui concéda-t-il en grimaçant.
« D'abord ? » Elle fronça les sourcils avec un regard qui se vouait strict, mais dans lequel Rick pouvait lire l'amusement. Il ne lui répondit pas.
« Castle ? » S'enquit-elle.
« De quoi voulez-vous que l'on parle ? »
« Je ne sais pas. » Lui dit-elle honnêtement, sentant le rouge envahir ses joues. La peur revenant au galop, une idée lui vint soudain à l'esprit. « Que diriez-vous d'un petit jeu ? »
« Mmm, vous m'intriguez, Détective. »
« Action ou vérité. » Lui annonça-t-elle espérant ainsi trouver une façon aisée de mettre son plan à exécution. »
« Je ne sais pas Kate ! Etes-vous certaine d'être prête à affronter la vérité sur votre adorable et honorable serviteur ? »
« Vous ne pouvez pas imaginer à quel point Rick. »
Il l'avisa un quart de seconde et, voyant toute la malice qui se dégageait de la jeune policière, hocha la tête. « Très bien Kate ! Allons-y. Honneur aux dames. »
« Ok, on va commencer gentiment. Quel est votre nombre ? »
« Quoi ? Comment ? » S'exclama-t-il. « Vous avez refusé de me donner le vôtre alors pas de récompense pour vous Mademoiselle Beckett. » Elle roula des yeux à cette réponse prévisible. « Action. »
« Vous êtes sûr Castle ? Je peux être machiavélique quand je le veux. »
« Oh mais je le sais très bien, je vous ai déjà vu à l'œuvre. » Lui sourit-il. « Et je confirme : action. »
Kate n'avait pas prévu que son partenaire se débine aussi rapidement. Une question si simple. Ce qu'elle ignorait c'est que le nouveau Richard Castle ne parlait plus de ce genre de chose, que du moins pour la détective, il voulait être plus qu'un nombre sur un tableau ou l'ancien playboy de la couverture des magazines people.
« La cravate, Castle. »
« Quoi la cravate ? » Dit-il en l'empoignant à la recherche d'une tache ou d'une quelconque anomalie.
« Enlevez-la ! »
L'homme s'exécuta avec un petit sourire en coin. « On aurait très bien pu faire un strip-poker si votre objectif est de me voir dans le plus simple appareil. »
« Je vous ai dit qu'on commençait gentiment. » Beckett repris une gorgée de son verre de vin et le reposa. « A votre tour. Qu'est-ce qui vous démange Monsieur l'écrivain ? »
« Très mauvais choix de mots ! » Il l'avisa un instant, réfléchissant à de petits détails insignifiants mais qu'il espérait tant connaître. « Qu'est qui vous plaît le plus en moi ? »
« Pardon ? Vous voulez rire Castle ? » Devant sa négation, elle prit son courage à deux mains et choisit la vérité. « Vos yeux. » Il l'interrogea silencieusement. « Leur couleur. Leur profondeur. Toutes vos émotions passent par eux. Ils ne mentent jamais. » Finit-elle en vrillant leurs regards.
« Pas tout à fait la réponse à laquelle je m'attendais, mais ça ira pour le moment. » Il lui fit un clin d'œil qui en disait long sur ce qu'il lui préparait pour la suite.
Pour une fois, la détective était fière d'elle, elle n'avait pas fait marche arrière pour se cacher dans le trou de lapin dans lequel elle avait l'habitude de se terrer. « Et à quoi vous attendiez-vous ? »
« C'est votre question ? »
« Non, juste de la curiosité. » Elle haussa les épaules.
« Dans ce cas… Je pensais plus à un trait de caractère. » Répondit-il.
« Oh ! Désolée, mon beau, mais pour la prochaine, il vous faudra être plus précis ! » Sourit-elle. « Surtout si vous voulez de vraies réponses. » Il assimila ce nouvel élément pour la suite des événements. « Très bien Castle. Pourquoi continuez-vous à venir au commissariat, tous les jours, ou presque, alors que vous avez suffisamment de matériel pour écrire une centaine de romans ? »
L'homme fit mine de réfléchir. « Action. »
« Pourquoi est- ce que je commence à croire que je n'apprendrai rien sur vous aujourd'hui ? » Pour toute réponse elle vit un sourire moqueur éclairer son visage. « Faites attention, vous risqueriez d'avoir plus que vous ne pouvez en supporter. »
« Ne vous inquiétez pas, je peux aisément tomber la chemise. »
Se faisant mentalement une image d'un Richard Castle à moitié nu, elle se mordit la lèvre inférieure. « J'ai beaucoup mieux pour vous. Cul sec Castle et la vérité. »
« Quoi ? »
« Votre gage : trois verres cul sec et la réponse à ma question. » L'informa-t-elle malicieusement.
« Ce n'est pas le jeu Détective, et vous le savez. » Résista-t-il.
« Peut-être, mais un gage est un gage. Vous pouvez zapper les verres de vins si vous le souhaitez, ils sont là juste pour vous aider à vous lancer. »
Devant le sourire victorieux de son amie, il ne put s'empêcher de se plier à ces nouvelles règles. « Oublions le vin. Si je reste avec vous, tous les jours, c'est parce que vous êtes ma muse, vous m'inspirez. » A ça, la dite muse grogna ne supportant pas ce sobriquet. « Vous êtes un flic intègre, qui met les familles des victimes en avant, qui veut la justice pour les victimes. Parce que j'aime votre sourire, parce que je pense que vous êtes la plus remarquable, la plus énervante, la plus défiante, la plus frustrante des personnes que je n'ai jamais rencontrée. Et que… et que vous êtes amusante. »
« Amusante Castle ? » Lui répondit-elle en levant un sourcil. « Enervante et frustrante ? »
« J'ai aussi dit remarquable. » Se justifia-t-il. Amusante était le premier mot qui lui était venu à l'esprit en lieu et place de ce qu'il tenait réellement à lui dire. « Pourquoi après tant d'années on ne se tutoie toujours pas ? »
« Euh, je l'ignore. On peut se tutoyer si tu veux. Je n'y vois pas d'inconvénients. ». Elle regarda timidement ses mains jointes, respira un grand coup. « Castle, si j'ai réagi bizarrement à cette enquête c'est… »
« A cause de ta mère. » Elle le regarda curieusement. Il savait ! Et pourtant, toute la journée, il avait agi comme un idiot qui ne se rendait pas compte de la relation entre la mort de cet avocat dans une ruelle et le meurtre de sa mère quatorze ans plus-tôt. « Je n'aurais pas pu oublier un événement aussi important Kate. Je ne voulais pas en parler. J'espérais pouvoir vous… te changer les idées en faisant l'idiot, c'est la seule façon que je connais pour affronter les sujets délicats. Je n'ai jamais vraiment été doué en matière de sentiments. Je m'excuse si je t'ai blessée en agissant de la sorte. »
« Non. Non. » Agita-t-elle vivement la tête en signe de négation. « Je n'ai pas été blessée, je ne t'en veux pas non plus, j'ai juste… j'ai juste cru que… » Elle hésita car Beckett ne savait pas trop ce qu'elle avait ressenti face à son indifférence. « Je me suis sentie seule, mise à l'écart et je me suis cachée dans ma tanière en te menaçant. » Lui avoua-t-elle finalement. « Pourquoi est-ce que tu as du mal à gérer la peine des gens ? »
« Est-ce qu'on joue encore Kate ? »
« Non. » Se surprit-elle à lui répondre.
« C'est une très longue histoire. Pour faire court, on ne peut pas dire que j'aie eu une enfance faite d'amour et de passion, alors j'ai toujours gérer la peine, la panique, la mienne et celle de mon entourage, en cherchant à chaque fois le côté positif des choses. Quand j'étais enfant Mère était toujours absente, en tournée, en répétition, en rendez-vous avec le dernier prétendant du moment. J'ai été balloté d'un pensionnat à un autre. J'avais très peu d'amis. Je n'ai pas toujours été le bellâtre que tu as devant toi. J'avais de grosses lunettes, j'étais rondouillard, j'avais un appareil dentaire,… un vrai geek. Un jour j'ai compris que pour être populaire, il fallait faire des bêtises, faire rire les autres. Je me suis attirés pas mal de foudres des profs mais j'ai trouvé d'autres amis, de faux amis. » Avoua-t-il tristement. « En grandissant, j'ai fait des bêtises. Me promener nu comme un ver sur le dos d'un cheval de la police n'est pas ce que j'ai fait de pire. Mon adolescence a été plus délurée. Et la dérision est mon échappatoire, comme toi tu te terres dans ta solitude, et bien moi je retourne les événements pour les embellir. » Ses yeux se brouillèrent mais il ne se sentait pas prêt à verser des larmes devant la seule véritable amie, la seule vraie femme, qui n'ait jamais eu envie d'être à ses côtés pour autre chose que sa notoriété.
Kate se rendit bien compte que son collègue avait les yeux rougis, elle sentit également les larmes lui monter aux yeux. Cet homme avait souffert. Encore une chose qu'elle ignorait sur celui qui l'avait choisie pour embellir ses journées. De sa main, elle caressa sa joue et il ne put retenir le flot de larmes qui lui échappa. « Laisse-toi aller Castle. » Dans un excès d'hardiesse, elle s'approcha de lui et le serra dans ses bras. La tête au creux de son cou, Richard se lâcha pour la première fois. Pour la première fois il avouait ses démons. Pour la première fois, il faisait suffisamment confiance à quelqu'un que pour lui décrire son vécu. Beckett voulait apaiser sa peine comme elle apaisait celle des familles des victimes, mais il s'agissait de Richard Castle et dès qu'il était concerné elle perdait ses moyens, ou du moins elle perdait ses capacités à trouver les mots justes. Jamais encore, l'homme qu'elle tenait fermement dans ses bras n'avait fait preuve d'autant d'ouverture vis-à-vis de sa personnalité. Elle passa une main dans ses cheveux tandis que l'autre caressait tendrement le dos de l'écrivain. « Je ne voulais pas vous… Je ne voulais pas te faire de la peine, je suis désolée. » Elle l'embrassa sur la tête et il se défit de son étreinte, les yeux encore rougis mais asséchés.
« Tu n'y es pour rien. » Lui répondit-il en haussant les épaules. « Je n'aurais pas dû te dire tout ça. Je… »
« Ne t'excuses pas d'être qui tu es. » Sourit-elle tendrement. « Ça fait partie de toi, de ce qui fait de toi cet écrivain passionné, ce père attentionné, ce fils aimant et… et cet homme adorable. » Ses joues s'empourprèrent à nouveau devant le regard amoureux de Castle.
Une nouvelle fois, leurs yeux se vissèrent l'un à l'autre. Leurs cœurs battaient la chamade, leurs lèvres s'étirèrent en un sourire de reconnaissance en s'approchant tellement lentement que Kate n'avait qu'une seule envie, l'attirer à elle, et coller ses lèvres aux siennes. Mais l'attente lui faisait ressentir une sensation que, jamais auparavant, elle n'avait ressentie. Leurs lèvres s'effleurèrent et leurs souffles se mêlèrent.
« Kate. » Murmura-t-il. « Si tu as des doutes, c'est maintenant. » Lui laissa-t-il encore une fois une porte de sortie.
Elle passa ses mains autour de sa nuque et les derniers centimètres qui les séparaient n'étaient plus qu'un souvenir. Un grognement de plaisir se fit entendre. De qui il provenait, Kate n'en était pas certaines, sans doute des deux. Tendre, leur baiser devint rapidement fougueux. Rick lui donna sans problème l'accès à sa bouche et fit courir ses mains le long du corps ferme et parfaitement galbé de la jeune femme. Lorsque le besoin d'oxygène se fit sentir, ils se séparèrent difficilement.
« Waw » Fut le seul mot qu'elle put exprimer.
« Tu as raison, rien que pour ce baiser, je n'avais aucune idée de ce que je ratais. »
« Et tu n'as pas encore tout vu Writer-Man. » Le défia-t-elle.
« Je n'attends que d'apprendre Kate. » Et il reprit possession de ses lèvres, son torse puissant l'obligeant à s'allonger sous lui.
« La chambre Castle. »
« Oui, tu as raison. » Répondit-il en se détachant d'elle.
Voili voilou. J'espère que cela vous a plus ?
N'hésitez pas à me dire si vous trouvez que j'exagère avec ces personnages ou la direction que vous souhaiteriez les voir prendre dans leur vie et leur enquête.
Review Review. Merci
