Hello :) Bon, je sais que j'ai du retard, mais pour ma défense... pour ma défense, rien du tout XD Une vague de flemme à fondu sur moi et le combat était scandaleusement inégal. J'étais désarmée. Elle a vaincu.
Mais, patience est mère de réussite. Je suis venue à bout de ce chapitre assez mastoc (vous comprendrez en lisant la fin ^^ : la partie historique était assez fastidieuse à écrire T.T et j'ai fait de mon mieux pour qu'elle le soit moins à la lecture.). Donc, revoilà Cravounet ! Il vous attend, vous l'attendiez, alors je vais m'effacer...

Little Craven, chapitre 9

Patrick Creeks, retranché derrière le rideau métallique de son kiosque à journaux, fixait, complètement chamboulé, le petit blond qu'il avait d'abord pris pour une sorte de source pour le compte du Bureau 33.

Mais cet enfant n'était pas un espion. C'était impossible.

Et de toute façon, si un espion savait tout ce que savait ce petit garçon, alors tout était perdu. Patrick Creeks décida qu'il n'en était pas ainsi.

-Viens par là, dit-il à l'adresse de Craven en lui désignant l'arrière du kiosque.

Il ouvrit une étroite porte et invita l'enfant à venir s'asseoir sur un tabouret. Craven hésita quelques instants à s'enfermer dans un si petit endroit avec un inconnu - Maman s'en serait arraché les cheveux - mais finit par accepter. Le monsieur avait l'air gentil - Maman s'en serait d'autant plus arraché les cheveux qu'elle lui avait dit mille fois de ne pas suivre des inconnus, aussi GENTILS puissent-ils paraître. Il s'assit.

Patrick Creeks joua avec une cigarette, résistant piètrement à la tentation - le tabac avait l'immense vertu de le calmer dans les situations délicates - les situations comme celle-ci. Il renonça cependant - mauvais exemple pour les enfants.

-Tu es un sorcier, alors, sourit Patrick pour engager la conversation.
-Oui, comme vous, répondit timidement Craven.

L'étrange intimité du kiosque le rendait mal à l'aise. Mais le fait de toujours voir la pluie tomber au dehors, à travers le rideau métallique, le tranquillisa.

-Non, pas comme moi, justement, sourit gentiment l'homme. Je suis un moldu, un vrai. Ma femme était sorcière. Elle est décédée. Depuis, je fais partie du monde sorcier, et j'aide mes amis. C'est une longue histoire, dit-il en éludant les questions de l'enfant. Est-ce que tu veux un mars ? Des m&m's ? Quelque chose ? proposa-t-il en tendant la main vers le présentoir.

Craven se mordit les joues d'un air gourmand, et réfléchit sérieusement à la question.

-Je peux avoir des maltesers ? demanda-t-il finalement.

L'homme lui ouvrit un paquet de boules chocolatées et le lui tendit.

-Comment se fait-il que tu sois venu me demander la gazette des Réfractaires ? questionna Patrick lorsque le garçon eut enfourné quelques sucreries. Ce n'est pas vraiment une lecture pour enfants...

Son ton, s'il n'était plus tout à fait méfiant, restait dubitatif.

-Hm, commença Craven la bouche pleine, réfléchissant.
-Dis que tu as lu ce nom dans L'Irréfragable Déclin de la Magie Anglaise, intervint Albus.
-J'ai lu ce nom dans l'Irréparable Destin de la Magie Anglaise, répéta approximativement Craven.
-« L'Irréfragable Déclin », tu veux dire, corrigea le vendeur manifestement amusé. Mais... ce n'est pas non plus une lecture pour enfants.
-C'est Eliaz qui m'avait parlé de la Désillusion et tout et tout, expliqua le petit blond sans avoir besoin des renforts de son ami fantôme.
-Eliaz ? Eliazard Nott ?
-Non, Eliaz tout court, répondit Craven en piochant une poignée de maltesers. Je ne sais pas comment ça s'écrit mais il a dit EliaZ. C'est peut-être Eliass avec un S, en fait.
-Non, je pense qu'il s'agit d'Eliazard. Un jeune homme blond qui travaille chez Florian Fortarôme ?
-Je me souviens pas s'il était blond ! Mais il m'a offert une glace.
-Ce doit être lui. Il passe son temps à ressasser ses cours d'Histoire sur la Fusion et la Désillusion, sourit Patrick. Il fatigue tout le monde.

Craven rit comme il put, la bouche pleine.

-Il ékait chympa, fit-il remarquer.
-Oui. Il y a un point qui me turlupine, petit, euh, déjà, comment t'appelles-tu ?
-Craven, se présenta Craven après avoir avalé. Craven Skylen Chant.
-Moi, je m'appelle Patrick Creeks. Mais tu peux m'appeler Patrick.
-Comme mon école ! s'exclama le petit garçon. Vous vous appelez comme mon école !
-Ah, oui, c'est un autre Creeks, sourit Patrick. J'en reviens au point qui m'intrigue : as-tu un Parrain ?
-Oui, répondit Craven en fronçant les sourcils - la question était un peu inattendue - j'ai un parrain, c'est mon oncle Terrence. Mais il veut qu'on l'appelle Terren, ça fait plus jeune. J'ai aussi une marraine, mais je la vois jamais, c'est ma cousine Stacy qui est partie vivre aux Etats-Unis.

Patrick se redressa sur son propre tabouret, et fixa pensivement ce petit bout de sorcier qui lui racontait sa vie.
Le gamin n'avait pas de Parrain. Comment avait-il pu se retrouver à chatter avec Eliazard ou Nicholas sans qu'un Parrain les lui ait d'abord présentés - sans qu'un Parrain lui ait d'abord ne serait-ce que montré le Chemin de Traverse ?

-Je parlais d'un Parrain sorcier. Une personne qui connaisse bien le monde sorcier et qui t'aide à t'y retrouver au début. Jusqu'à ce que tu sortes de Poudlard, où jusqu'à ce que tu n'en aies plus besoin.

Craven fronçait les sourcils d'un air intéressé.
Albus était en train de penser que c'était vraiment très bien, ce système de tutorat, et qu'il serait ravi d'en congratuler l'inventeur.

Par une association d'idées opportune, le petit blond songea soudainement que Maman allait s'inquiéter de ne pas le voir rentrer. Il tira son i-pod de la poche ventrale de son blouson et pianota rapidement « Maman t'inquète pas j'arrive je me suis balader pour faire du spacio ».

-Donc... résuma Patrick pour en être certain, tu n'as pas de Parrain sorcier, pas vrai ?
-Non, j'en ai pas, avoua Craven comme s'il craignait d'y être pour quelque chose.
-Mais qui t'as amené sur le Chemin de Traverse ?
-C'est Monsieur Malfoy.

Patrick ouvrit la bouche, surpris. Nero ne lui en avait pas parlé.

-Mais... tu es sûr qu'il ne t'as pas dit qu'il était ton Parrain ?
-Oui. Il a dit à Mr. Agrace qu'il voulait me jeter aux Oub...

Albus baillonna précipitamment son jeune ami.

-C'est déplacé de parler d'un Oubliette dans ces circonstances, Craven, expliqua-t-il en le libérant. C'est un peu comme de parler d'un séjour à Azkaban lors d'un entretien d'embauche.
-Hein ? répliqua le garçon, perdu.
-Pardon ? demanda Patrick. Tu allais dire quelque chose...
-Non. Non, c'est, je viens de penser à quelque chose, rien, non.

Albus se cacha les yeux. Craven racontait n'importe quoi.

-Je ne comprends pas que tu n'aies pas de Parrain ; normalement, c'est la procédure, tu comprends, Craven ? C'est ça, « Craven » ?
-Oui, c'est ça. Ben je ne sais pas, moi. Mr. Agrace a dit que j'étais très observateur, et que c'est pour ça que j'avais trouvé tout seul le Chemin de Traverse. Après, Mr. Malfoy a dit que Mr. Agrace était sénile et que ça se voyait bien que je n'avais pas plus de dix ans, et après, il ont discuté et il m'a dit que je pouvais aller sur le Chemin de Traverse, et après je me suis baladé, et après...
-D'accord, d'accord.

Patrick leva les mains pour endiguer le flot de paroles, avec un sourire en coin. Il semblait plutôt apprécier l'enfant, nota Albus.
C'était vrai : il était difficile de ne pas tomber sous le charme de Craven - et, a fortiori, il eût été encore plus improbable que Patrick ressente de l'antipathie pour ce petit garçon enjoué et innocent.

-Je vais te trouver un Parrain, dit Patrick en attrapant un papier et en commençant à noter des noms de Parrains potentiels. Dis-moi, quel âge as-tu ?

Il y avait Nero Malfoy, donc, songea-t-il. Il y avait aussi Eugene Creeks (dit Ollivander), son propre fils - il semblait bien à Patrick que son dernier Parrainage avait pris fin l'année passée, quoi qu'il n'en fût pas certain. Deffa Brugh et Cain Malfoy, travaillant également au Slumberland, étaient libres aussi. Sixtus Weasley ? Son caractère de chien n'était peut-être pas idéal, mais...

-J'ai huit ans et demi.

La mine du crayon de Patrick se brisa sèchement sur le papier.

-Huit ans et demi ? Mais tu m'as dit que tu avais dix ans, tout à l'heure !
-Ben non, j'ai huit ans et demi. Et j'ai pas dit ça ! C'est Mr. Malfoy qui a dit que j'avais pas plus de dix ans. Mais, fit judicieusement remarquer le garçon, ça veut dire que je peux avoir moins de dix ans.
-Oui, certes, répondit Patrick Creeks, troublé.
-Et j'ai huit ans et demi.

Mince.

-Huit ans et demi ? répéta-t-il, comme s'il espérait faire changer l'enfant d'avis.
-Oui, répondit Craven, tout sourire.
-Mais tu es beaucoup trop jeune pour Poudlard, se résolu à dire l'homme, d'un ton déçu et désolé.
-Je sais, on me l'a déjà dit. Qu'est-ce que ça fait ? ajouta-t-il face au silence de son vis-à-vis.
-Ça fait que...

Qu'est-ce que « ça faisait » ?
Ça faisait un petit Né-Moldu à chaperonner pendant quatre ans au nez et à la barbe de ses parents - probablement - et...
C'était ingérable.
C'était ingérable, point. Aucun cursus n'était prévu pour les enfants de moins de dix ou onze ans - encore moins pour les Né-Moldus ; non, il devrait se contenter d'aller à l'Ecole Publique moldue comme tout le monde - le problème étant qu'il savait ; il savait trop de choses et posait trop de questions - et... Et sa magie ! Tout à l'heure, il avait volé ! Cela signifiait que la magie de Craven Chant était éveillée, et bien éveillée ! - il risquait au mieux d'échouer dans un « programme pour hypermagiques », une sorte de classes pour enfants sorciers nés moldus et donc considéré comme handicapés - et au pire dans un centre de délinquants pour mineurs et tout cela était absolument affreux mais - que pouvait-on faire ?
Patrick écrasa un peu plus la mine de son crayon, rêveusement.

Tout se joua en cet instant.
Patrick Creeks ne pesa pas le pour et le contre. Il aurait pu. Il aurait dû.
Patrick Creeks jeta un œil sur le petit garçon assis en face de lui, dans son blouson phosphorescent dans la demi-pénombre du kiosque, un sachet vide de maltesers sur les genoux, jouant avec ses doigts.
L'enfant leva sur lui son époustouflant et immense regard noir pailleté. Le regard d'un enfant curieux, inventif et dégourdi, bien que Patrick ne fit que percevoir son innocence sans fond.
Patrick ne réfléchit pas. Il décida que c'était mal. Mal de rejeter un apprenti-sorcier qui ne demandait que ça et ne méritait pas de se faire persécuter par des imbéciles.

Il attrapa un autre crayon et entoura le nom de son ami Nero Malfoy.

-Bonhomme, tu vas avoir le meilleur Parrain que je connaisse, lâcha-t-il en tirant une cigarette de son paquet personnel de Marlboro.
-Vous ? demanda naturellement Craven.

Patrick faillit recracher sa cigarette.

-Trop mignon. Non, pas moi. Nero Malfoy.
-Mr. Malfoy ? s'exclama Craven.

Il gardait un bon souvenir de Mr. Malfoy. Un grand homme aux longs cheveux blonds très clairs, avec un journal dans une main et une baguette dans l'autre. Un peu impressionnant mais plutôt sympa. Il avait même dit des gros mots.

-Ok ! sourit Craven, satisfait.

Patrick sourit.

-Tiens, dit-il en lui tendant une petite carte de visite avec un trou sur le côté. Il y a écrit mon nom, mon numéro de téléphone et mon adresse. Il y a un sortilège repousse-moldu dessus. Tu comprends ce que ça veut dire ? Les moldus ne peuvent pas lire les informations qui sont écrites sur cette carte ; ils voient tout autre chose. Normalement, on accroche ça à un cordon que l'on passe autour de son cou pour toujours l'avoir sur soi - dès que tu as un problème, ou simplement une question, tu sais que tu peux appeler l'une des personnes qui t'a donné sa carte. Comme tu n'es encore qu'un enfant et que tes amis se poseraient des questions si tu avait des cartes de visite suspendues autour du cou, je te suggère de l'accrocher à ton porte-clé. Tu en as un ?

Craven hocha la tête et sortit son porte-clé de son EastPack pour y passer la carte de Patrick Creeks.

-Est-ce que tu as une carte d'identité, ou une carte scolaire, sur toi ? Que je recopie ton adresse ?
-Euh, oui, dit le garçon en sortant sa carte d'identité scolaire - sur laquelle il était entre autre inscrit qu'il était convoqué par la Directrice de l'Ecole le mardi suivant.

Craven observa avec envie l'homme manipuler son stylo-plume avec facilité et tracer à toute vitesse des boucles, des pointes et des lacets - de l'écriture manuscrite. C'était vraiment chouette. Il se promit de s'appliquer davantage durant les cours d'écriture.

-Tu sais, lui confia Patrick songeur après lui avoir rendu sa carte, je crois que nous étions destiné à nous rencontrer. Il n'y a pas longtemps, j'ai accepté moi aussi de parrainer un enfant qui n'avait pas l'âge. Un garçon de neuf ans - il doit avoir neuf ans et demi, maintenant - qui doit faire à peu près ta taille. Vous entrerez à Poudlard en même temps.
-Mais non, s'il a neuf ans et demi, on ne sera pas dans la même classe, objecta logiquement le petit blond.
-Oh, mon pauvre, rit Patrick, une classe avec des enfants du même âge, ça fait longtemps que ça n'existe plus. Cela fait bien longtemps que les sorciers ont renoncé à ce genre de luxes ! On ouvre une classe pour douze élèves. Le plus souvent, il faut rassembler des petits sorciers de deux années différentes.

Cette information assomma Albus et le fit se taire momentanément - durant la majeure partie de la conversation, il n'avait cessé de partager son enthousiasme, sa désapprobation ou ses conseils, et de manière générale, tous ses états d'âme avec le petit garçon, qui avait de fait la tête comme un chaudron.

-Mais alors, remarqua lentement Craven, lui non plus, il n'a pas l'âge de Poudlard. Le garçon que vous êtes son Parrain.
-Celui dont je suis le Parrain ? Lynden, il s'appelle.
-Oui. Il est trop petit, lui aussi.
-Oui.
-Et lui, ça n'a pas fait d'histoires ?
-... En fait..., hésita Patrick, incertain de ce qu'il voulait bien dévoiler à un jeune garçon de huit ans, en fait... tout dépend des parents. La plupart sont très difficiles à convaincre, même lorsque nous leur expliquons tous les avantages de Poudlard pour leur enfant. Alors, vu qu'avant l'âge de Poudlard, nous n'avons rien à proposer...

C'était exactement la raison pour laquelle Patrick Creeks aurait dû peser le pour et le contre un peu plus longuement avant d'accepter d'intégrer Craven Chant dans la communauté sorcière. Les parents risquaient de... de se comporter en parents moldus normaux : angoisse et agressivité exagérées à l'égard des sorciers.

-... Cependant, pour Lynden, c'est différent, étant donné que c'est son père qui nous a contacté en premier lieu... Un homme très convaincant, d'ailleurs, son père. Bon ! Craven, ravi de t'avoir rencontré, conclut l'homme en tendant sa large main, tu devrais rentrer chez toi à présent. Ton Parrain te rendra visite prochainement...
-Mr. Malfoy va venir à l'appartement ? s'exclama Craven en serrant la main de Patrick, ne sachant trop s'il devait se réjouir ou s'inquiéter de la nouvelle.
-Oui. Dans les semaines qui vont venir. Le temps d'organiser deux-trois petites choses entre nous. En attendant, sois sage, hein ? Pas de tours de magie dans la cour de l'Ecole, d'accord ?
-Oui, ne vous inquiétez pas, rit joyeusement Craven.

Il se leva, vérifia machinalement que son i-pod était bien au chaud dans sa poche ventrale et sortit du kiosque.
Il ne pleuvait plus.

HP-HP-HP

-Maman ? appela Craven en refermant d'un coup de talon la porte de l'appartement.

Il réalisa, confus, qu'il avait fermé la porte au nez d'Albus et fit un petit "Oups, désolé", amusé.

-Je t'en prie, répondit courtoisement le vieux mage. Je n'ai rien senti.

Sur ce, il souleva pompeusement le bas de son épaisse robe carmin piquetée d'étoiles dorées, et tourna résolument le dos au gamin, affichant une grimace boudeuse.
Craven éclata de rire. Albus faisait une tête trop marrante !

Il voulut s'approcher de son ami fantôme pour faire semblant de le consoler, mais dès qu'il le vit approcher, le barbu s'éloigna de quelques mètres, maintenant son port altier et sa mine contrariée. Craven rit davantage, et tenta une nouvelle approche. Albus s'éloigna. Craven le suivit. Albus accéléra et traversa le mur séparant le couloir d'entrée du salon. Craven contourna l'obstacle en courant.

-Ahaa ! cria-til, glorieux, en se jetant sur Albus.

Le petit garçon traversa fugitivement un courant d'air chaud et atterrit sur le canapé. Il avait sauté à travers le fantôme, et c'était vachement rigolo. Ce dernier fuyait toujours, voletant vers l'autre côté de la pièce à un rythme bien mesuré, profitant des cinq mètres de bride que leur laissait le lien magique qui les unissait l'un à l'autre.

-Tu ne m'échapperas pas ! cria Craven en se redressant, ébouriffé.

Il se lança à la poursuite du vieux sorcier en riant.

Le jeu aurait duré plusieurs heures si Albus n'avait pas fini par y mettre un terme ferme, malgré les « Encore » essoufflés de l'enfant.

Aucun d'eux n'avait remarqué que Maman, penchée sur un saladier, en pleine pâtisserie, avait levé la spatule et les sourcils à chacun de leurs passages. Ses sentiments étaient partagés. D'une part, elle était toujours réjouie de voir son fils rire à gorge déployée. D'autre part, elle ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'une fois encore, Craven jouait avec un ami imaginaire. Mais elle décida de hausser les épaules pour ce soir. « Albus » ne la dérangeait pas tant qu'il restait un compagnon de jeux - elle n'aimait simplement pas les moments où son jeune fils lui soutenait sérieusement l'existence d'un ami barbu qui ressemblait à Dumbledore et qui le suivait partout - cela, c'était malsain. Mais pour l'heure, elle faisait un gâteaux. Et elle était d'humeur joviale. Elle s'était offert une paire de chaussures. Son homme passerait prochainement quatre jours à l'appartement. Craven avait obtenu des notes sensationnelles à ses deux derniers contrôles d'Histoire et de Mathématiques. Lilac se remettait manifestement de son angine. Tout allait pour le mieux.

-Craven, Lilac, mes amours, venez voir !

Ses deux blondinets apparurent bientôt, trottinant inutilement comme seuls savent le faire les enfants.

-Vous voulez lécher le plat ?

Elle leur présenta le saladier encore bien enduit de pâte chocolatée.

-OUAIIS ! hurlèrent les deux petits en se jetant dessus.
-Tenez, des spatules. Et ne vous disputez pas ! Tu n'enlèves pas ton blouson, Crave' ?
-Ah, si, réalisa le garçon, j'ai oublié.

Il retira son habit fluo encore humide et le posa sur une chaise, avide de plonger les doigts dans le chocolat.

-Au fait ! repris Maman, alors que les petits se menaient une guerre habile pour récolter le maximum de pâte. Il y avait une carte pour toi dans la boîte !
-Pour moi ? demandèrent Lilac et Craven simultanément.
-Pour Craven.
-Oooh, c'est toujours pour lui ! protesta Lilac - alors que ni l'un ni l'autre n'avaient jamais reçu de carte postale.
-C'est vrai ? Une carte ? Pour moi ? C'est qui ?
-Essuie-toi les mains, espèce de moelleux au chocolat humanoïde, le taquina Maman.

Le garçon se lava sagement les mains et les essuya proprement avec un torchon avant de réclamer à nouveau son courrier.

-C'est une carte d'un certain Johen. C'est un copain de vacances, apparement. Je ne me souviens pas de lui.

Craven ne connaissais pas de Johen. Il saisit la carte. La photo représentait Big Ben. Il lut l'envers :

« Bonjour Craven Chant,
« je suis le livreur de chez Fleury & Bott. Ton paquet est caché derrière le volet de l'app. n°2, au RDC (inoccupé pour 15 jours).
« Amicalement,
« Johennes Finnigan. »

Albus applaudit.

-Débrouillard et efficace, ce vendeur ! fit-il remarquer. Bonne initiative.

Craven gardait les sourcils froncés, finissant la lecture de la carte.
L'air inquiet, il leva les yeux vers Maman.

-Tu l'as lue ?
-La carte ? J'ai juste jeté un œil sur la signature, mon lapin. Je ne lis pas ton courrier, ajouta-t-elle avec un clin d'œil.

En fait, elle n'avait pas su résister à la tentation et, se disant qu'il ne pouvait rien y avoir de très personnel dans ce genre de carte postale stéréotypée, elle l'avait rapidement parcourue, curieuse. Elle avait lu « Salut Craven, comment tu vas depuis les vacances ? On s'était bien amusés ! J'espère qu'on se reverra c'était cool, Big Bisou, Johen », avait été attendrie et satisfaite, et avait posé la carte à côté des factures, sur le plan de travail de la cuisine, en attendant de la remettre à son fils. Elle n'avait pas idée d'à quel point une missive adressée personnellement à son fils de huit ans avait des raisons de n'être lue que par lui.
Heureusement, avec les lois en vigueur interdisant la « magie associative » et, par extension, tous les rapprochements entre sorciers, ces derniers avaient appris à se montrer prudents, voire méfiants, et jetaient quasi systématiquement des sortilèges repousse-moldus à leur courrier.

-Maman, je peux aller faire du spacio, dehors ?
-Euh...oui...il va bientôt faire noir, ne t'éloignes pas trop.

En regardant son petit blond enfiler son blouson en quatrième vitesse pour sortir, June Chant se mordit la lèvre, pensive.
Craven sortait beaucoup, ces derniers temps. Certes il avait toujours joué dehors avec les garçons du quartier et avec ses copains d'école, mais elle ne pouvait faire taire la petite voix en elle qui lui disait que son fils, qui n'avait que huit ans, se promenait de plus en plus... tout seul. Ce n'était pas mal... C'était inquiétant. Dérangeant.
Il y avait seulement quelques semaines de cela, jamais Craven n'aurait traîné seul après l'école. Or, il...
Maman secoua la tête. Elle savait dans quelle direction l'emmenaient ses pensées et refusaient de se ronger les sangs pour rien.
Mais il n'avait que huit ans ! Etait-ce bien normal ?
Bah. Rendez-vous chez le psy pour dans deux semaines. Ce sera peut-être passé d'ici-là.

HP-HP-HP

Craven sautilla dans la cour intérieure de l'immeuble. Il sautillait, point pour l'unique plaisir d'avoir l'air idiot, comme le lui fit remarquer Albus dans sa grande mansuétude, mais pour éviter de mouiller les jambes de son pantalon dans les hautes herbes encore humides. La cour intérieure était laissée à l'abandon par les jardiniers que payait la municipalité : ceux-ci se contentaient de défricher les jardins extérieurs qui entouraient les immeubles.

-Tu es sûr que c'est celui l'appartement numéro 2 ? questionna le vieux sorcier en voyant le petit blond s'approcher d'un volet fermé.
-Ouip. Et si c'est pas là, je sais pas où c'est. Tu as vu, il n'y avait pas de paquet, côté rue, hein ?
-Non, il n'y avait rien. Mais le livreur a eu raison, ici, c'est moins repérable.

Au moment de retourner le volet, Craven laissa échapper un soupir inquiet. Et si jamais il y avait quelqu'un de l'autre côté de la fenêtre ? On le prendrait pour un voleur, et...

-Quand tu veux, Craven, sourit gentiment Albus en se penchant à côté du garçon.
-Hm.

L'enfant tendit les mains, et fit lentement pivoter le vieux volet métallique. L'opération dépliage dura huit secondes et fit un raffut innommable. Les gonds rouillés des battants criaient de douleur au moindre effleurement.

-Heureusement qu'à l'étage on a des volets électriques, chuchota Craven pour tromper son anxiété.

Enfin, il était là. Un paquet rectangulaire de la taille d'un gros livre de bibliothèque. Sous la ficelle qui maintenait le papier kraft, une petite enveloppe avait été glissée. Le garçon voulut l'ouvrir tout de suite, mais Albus le convainquit de déguerpir du lieu du crime, afin d'étudier le contenu du larcin lorsqu'ils seraient bien en sécurité dans la chambre du garçon. Craven approuva d'un hochement de tête résolu, et glissa le paquet sous son blouson.

-Bah ! Déjà de retour ? s'étonna Maman en entendant la porte d'entrée claquer. Tu as oublié quelque chose ?
-Oui ! répondit Craven. J'ai oublié mon spacio ! fit-il en riant. Mais de toute façon, j'ai plus envie. Je vais dans ma chambre ! conlut-il en jetant son blouson sur un porte-manteaux, avant de se déchausser rapidement, de jeter ses chaussures dans le bac de débactérisation, et de courir jusqu'à son lit.

Porte fermée et dos tourné à la porte, Craven s'appliqua à trancher la ficelle du paquet avec ses ciseaux à bouts ronds couleur orange braise. Après quoi il chiffonna avec plaisir l'emballage, et jeta la boule de papier en direction de la corbeille de son bureau - qu'il manqua d'une cinquantaine de centimètres.

Il saisit l'ouvrage, et l'observa avec une certaine fascination.
Le livre, tenu par ses deux petites mains, semblait énorme. Et surtout, au milieu de ce décor moderne et coloré, il faisait complètement décalé. La teinte brune de la couverture dénotait fortement sur le jaune et le bleu fluorescent de la salopette de Craven et de sa housse de couette. Albus se fit la réflexion que la scène ressemblait à une rencontre atemporelle. Un objet venu du passé entre les mains d'un enfant du futur. Mais le plus grandiose était que les deux étaient de la même époque et cohabitaient - le plus souvent sans se croiser - dans le même monde.

Le garçon passa ses doigts sur le titre, imprimé en creux dans la couverture de cuir. Les lettres dorées formaient les mots L'Irréfragable Déclin de la Magie Anglaise - mais la calligraphie était si travaillée, si ornementée, que pour Craven, coutumier des polices d'imprimerie, le titre aurait tout aussi bien pu être La vie chez les Inuits - il ne pouvait pas le lire. Cependant, c'était un bel objet. Un sacrément beau jouet. Il le retourna et caressa la tranche du livre. Le relief des lignes brunes et dorées chatouilla le bout de ses doigts. Il fit faire à l'objet un tour complet. La quatrième de couverture se composait d'une photographie couleur et de quelques lignes d'exhortation à lire.

-La photo ! s'exclama Craven, soufflé. Regarde, elle bouge !
-Toutes les photos sorcières font ça, lui apprit le vieux mage penché par-dessus son épaule.
-Ah bon ? murmura l'enfant de façon quasi inaudible, absorbé dans la contemplation de l'image.

Albus aussi regardait la photographie avec quelque fascination, mais pas pour les mêmes raisons. C'était un portrait d'Anthony Goldstein, un garçon qu'il avait eu en cours presque quatre-vingts ans auparavant. L'ex-Directeur de Poudlard, même s'il s'y attendait, ne put s'empêcher d'être ébahi par les ravages du temps. Le jeune et fringant Tony, efficace batteur de Quidditch à ses heures et aspirant journaliste sportif, avait tellement vieilli qu'il était tout simplement méconnaissable. Le vieillard sur la photo souriait à l'objectif et fixait son regard acéré sur une personne hors-cadre - on sentait que, comme Albus lui-même, il était encore vif d'esprit malgré son grand âge, mais les milliers de rides qui creusaient son visage renseignaient sur le temps qui lui restait à vivre. Peu. De quand datait la photo ? 2075... un an seulement. Rapide calcul : l'ancien élève de Serdaigle avait donc, à la date de 2076, quatre-vingt quinze ans et des brouettes. Albus eut l'envie soudaine de le rencontrer pour causer - puis se rappela qu'il était sensé être mort.

Craven ouvrit le volume. Il tomba aussitôt sur la première page du chapitre 2, qui s'intitulait « 2040-2047 : chasse aux sorciers ». Une petite carte blanche et dorée était glissée entre les pages. Le garçon la tira, et reconnut une carte de visite identique à celle que lui avait remise Patrick Creeks. A la différence que celle-ci donnait les coordonnées d'un certain Johennes Finnigan.
Craven jeta un regard interrogatif à Albus, qui se fit la remarque que le garçon avait désormais deux alliés chez les sorciers et que c'était le début d'un réseau de contacts. Il lui conseilla d'accrocher la carte à son porte-clés.

Ils revinrent au sommaire.

Craven feuilleta le livre de longues minutes, caressant les pages, fasciné. Puis, avisant son ami fantôme et son regard brillant, il comprit que seul un reste de bonne éducation retenait Albus de se tortiller d'impatience. Il lui remit solennellement l'ouvrage de Goldstein, puis, momentanément désintéressé par le-livre-qui-venait-du-Chemin-de-Traverse, s'allongea sur son lit et alluma son i-mac pour jouer à World Of Warcraft.

HP-HP-HP

Assis dans le fauteuil en mousse « Shrek » - qui rotait élégamment à chacun des mouvements du mage - Albus parcourut le livre sur le déclin de la magie comme un assoiffé. Il le lut une première fois à toute vitesse, avide de comprendre - sautant de nombreux paragraphes, s'attardant sur les informations les plus ahurissantes. Puis, il le lut une seconde fois, attentivement - cela lui prit cinq heures. Cinq heures durant lesquelles il apprit enfin tout ce qui expliquait qu'en 2076, le monde magique aille si mal.

Certains détails restaient à clarifier - le livre du petit Serdaigle ne s'étendait pas sur la Fusion - mais dans l'ensemble, Albus considérait qu'il avait toutes les clés en main pour comprendre l'époque de Craven.

Tout était la faute d'un mage noir. Pour changer.
L'Héritier de Voldemort. Albus en connaissait un rayon sur ce lascar-là, pour la bonne raison qu'il avait participé à sa déconfiture, et ce par l'intermédiaire du fil d'Harry, Luka. Ce mage noir avait commencé à faire des siennes peu après la naissance du petit Potter-Weasley. Le monde magique se remettait tout doucement, mais sereinement, des sombres années qu'avait constituée la guerre contre Voldemort. L'arrivée d'un nouveau mage noir, en 2010, déclencha une réaction épidermique rageuse chez les sorciers. Le ministère, fort de l'expérience des guerres précédentes, engagea de suite une lutte féroce, aidé par l'Ordre. Mais cet « Héritier », qui n'avait par ailleurs aucun lien de parenté avec Voldemort, avait récupéré à son compte toute l'organisation mangemoresque ainsi que bon nombre d'alliés parmi les minorités magiques - les géants, les détraqueurs. Il apparut notamment, et ceci expliquait la difficulté qu'eut Harry à venir à bout de ce mage noir épouvantable, que l'Héritier avait lui aussi ses horcruxes.

C'est à ce moment-là qu'Albus, mort depuis vingt-trois ans, se réveilla. Il y avait un jeune homme assis sur son cercueil. Avant même de voir son visage, le vieux sorcier sentit qu'un lien magique se verrouillait autour de l'essence du jeune garçon. Un lien incompréhensible. Un phénomène incroyable. Il était une sorte de fantôme, et lorsque le jeune homme se leva pour sauter à bas du cercueil blanc, Albus ne put faire autrement que de le suivre au-travers du parc de Poudlard, incapable de résister à ce lien qui les unissait. Le jeune homme s'appelait Luka, et avait quinze ans. L'ex-Directeur de Poudlard sut immédiatement qui étaient ses parents. De tels yeux verts ne couraient pas les rues.
Luka, avec l'aide d'Albus et celle de son père, parvint à détruire les trois horcruxes du mage noir.
En 2024, quatre ans après leur rencontre, Albus quitta son jeune hôte, devenu son ami. Il n'en décida rien. L'Héritier de Voldemort mourut lors de la bataille finale, mais emporta Luka Potter avec lui. Albus sentit le lien se désagréger, puis sa propre substance s'effacer, s'éteindre. Il se rendormit.

La guerre contre l'Héritier de Voldemort avait duré quatorze ans et avait causé des dommages considérables - Albus avait été en mesure de le juger pendant le temps qu'il passa auprès du fil d'Harry. Ce qu'il ne pouvait savoir en revanche, c'était ce qui s'était passé ensuite. Le livre de Goldstein l'éclaira.
Deux guerres d'affilée, c'était beaucoup trop : le monde sorcier était en ruine. Même l'allégresse de la victoire ne pouvait enrayer l'inévitable dégringolade économique qui commença à se faire sentir.

Les sorciers s'en seraient sortis sans les moldus. Mais ils auraient mis plus de temps.

En 2027, après un an de discussions en tous genres, le premier ministre moldu britannique proposa au Ministre de la Magie la FUSION. Une aubaine pour les sorciers. Enfin reconnus comme faisant partie du monde, ils redoublèrent d'enthousiasme dans leur reconstruction. L'économie moldue les tira vers le haut.

Albus, durant toute sa lecture, ne put s'empêcher de se demander ce que faisait Harry pendant tout ce temps. Faisait-il de la politique ? S'était-il lui aussi réjoui de la Fusion ? Sans doute, oui. Ou peut-être n'avait-il tout simplement pas le coeur à se réjouir après la perte de son fils unique. Albus aurait tant aimé pouvoir lui parler.

Ensuite, Albus devinait d'après le livre de Goldstein que la Fusion, dans un premier temps, avait fonctionné à merveille. Malgré l'ébahissement gigantesque des moldus, les deux univers s'étaient progressivement fondus l'un dans l'autre pour ne plus faire qu'un. Puis, il était mentionné qu'Harry Potter avait « émis des réserves » sur la capacité des deux univers à cohabiter, mais que ses mises en gardes n'avaient pas été écoutées.
La deuxième moitié de la fusion se passa beaucoup moins bien. De nombreux remous eurent lieu au sein de grandes entreprises. Anthony Goldstein citait l'exemple des grandes grèves de 2037 où, d'un côté, les sorciers manifestaient pour plus de liberté et refusaient d'être vus comme des « outils à magie », des « robots » ; de l'autre, les moldus, beaucoup plus nombreux, montraient leur exaspération devant de plus en plus de CV refusés sous prétexte qu'ils étaient « moins efficaces » que les sorciers.

Albus ne put s'empêcher de songer que, a) ce ne devait pas être les seuls problèmes, et b) toutes les difficultés auraient pu être résolues avec un peu de patience et de volonté.

Ici commençait la première partie du livre de Goldstein : Désillusion.
En 2040, treize ans après la FUSION, le gouvernement moldu décida unilatéralement de décréter la magie illégale, avec pour principal argument « ça a très bien marché comme ça pendant très longtemps ». Ce fut un coup dur pour les sorciers, qui virent ce revers comme une trahison. Beaucoup d'entre eux s'étaient installés au sein des moldus, travaillaient en collaboration avec des moldus. Tout leur univers s'effondra. Les moldus appelèrent cet évènement la SCISSION. Les sorciers, la DESILLUSION.
Les chapitres 1 & 2 évoquaient la naissance du Bureau 33 et la chasse aux sorciers qui s'ensuivit. De 2040 à 2047, répertorier tous les sorciers du pays pour les avoir à l'œil devint une obsession du gouvernement moldu. Le moindre enchantement faisait récolter des semaines de prison. Pendant plusieurs années, les anglais se livrèrent à un jeu complètement ridicule, qui consistait à enfermer à la pelle des hommes, des femmes et des enfants ayant utilisé un sortilège d'attraction, pour les voir s'évader le lendemain avec l'aide d'Harry Potter et des Réfractaires, puis pour les arrêter à nouveau le surlendemain avec comme chef d'inculpation « tentative d'évasion ».

Tout au long de sa lecture, Albus secouait la tête de gauche à droite, sidéré.

En 2044, cette situation ne pouvant durer, la loi moldue fut « assouplie ». De tout acte de magie est passible d'une peine de prison on passa à la Charte de bonne conduite magique, régulièrement évoquée sous le nom approximatif de « lois du Bureau 33 ». Les articles principaux en sont :
-Chaque sorcier doit se faire recenser dès la manifestation de ses pouvoirs.
-Les foyers exclusivement composés de sorciers doivent se faire recenser.
-Il est interdit de posséder des biens à caractère magique. Tout objet enchanté sera confisqué.
-La magie associative est prohibée : il est interdit d'organiser des réseaux de commerce magique ; il est interdit d'organiser des réseaux de communication magique ; il est interdit d'exercer une activité rémunérée magique ; il est interdit de prendre part à une activité communautaire magique a fortiori à visée éducative.
-Les foyers exclusivement composés de sorciers recensés/déclarés sont autorisés à avoir recours à la magie au sein du foyer.
-Les actes de magie involontaire avant l'âge de onze ans sont tolérés.
-Les actes de magie occasionnels d'un sorcier recensé/déclaré vivant au sein d'un foyer comportant un autre sorcier recensé/déclaré au moins sont tolérés, s'ils ont lieu au sein du foyer.
-Les enfants nés d'une union mixte (un(e) sorcier(e) et un(e) non-sorcier(e)) doivent apprendre à vivre sans utiliser leurs pouvoirs magiques.

Inutile de préciser que dans un premier temps, ces lois firent un flop total. Même les sorciers les plus mous du genoux et les mieux intentionnés étaient incapables de suivre de telles régulations magiques. C'était fondamentalement contre-nature.
Cependant, face à l'infatigable répression du Bureau 33, les sorciers se résolurent à se tenir à carreau, du moins en façade - les moldus n'avaient d'autre moyen pour les empêcher de faire de la magie que de les prendre sur le fait, ce qui limitait le côté menaçant du Bureau.

Le chapitre 3, intitulé Déliquescence du Service Public, traitait principalement d'un évènement dramatique : l'assassinat du maître baguettier Ollivander et de sa fille, qui était aussi son apprentie. La mort d'Ollivander créa un vent de panique parmi les sorciers anglais, et cette année-là connut un taux record de migration vers les Etats-Unis, la France, l'Allemagne et le Bénélux. Plus d'Ollivander, plus de baguettes. Plus de baguettes, plus de magie. Harry Potter se porta garant de la distribution du stock d'Ollivander, et pendant les sept années qui suivirent la mort de ce dernier, les petits sorciers se virent octroyer une baguette, certes imparfaitement attribuée, mais somme toute efficace.

Mais le service public ne se limitait pas aux baguettes. Un autre élément capital garantissait le renouvellement des générations de sorciers. Le DEM. Détecteur d'Essence Magique. Ces fameuses « lettres de Poudlard » qu'avaient de tout temps reçu les jeunes sorciers - qu'ils soient « de sang pur » ou nés moldus - étaient certes rédigées à la direction de Poudlard, mais celle-ci recevait chaque année une liste venue du ministère. Le DEM était le service le mieux entretenu et le plus performant du ministère, et le seul qui, au-travers des divers gouvernements, n'avait jamais vu son budget diminuer. Le service était constitué d'une trentaine de mages chevronnés chargés, grâce au complexe et vieil enchantement du DEM, de repérer les enfants manifestant des pouvoirs magiques.
Ce service, de même que tous les autres, s'effeuilla entre 2047 et 2050, touché par les maux du moments : une partie de son effectif émigra à l'étranger, une autre fut régulièrement emprisonnée, et surtout, depuis que les bâtiments du ministère de la magie avait été saisis par le Bureau 33, les différents services changeaient constamment de locaux, de quoi découlaient de nombreux problèmes d'organisation.
Et de toute façon, on manquait de temps à consacrer à la surveillance d'éventuels futurs sorciers, alors qu'il y avait une vraie nécessité de protéger les sorciers actuellement atteints par la crise.

De fait, à partir de la fin des années 2040, seuls les enfants de deux parents sorciers allèrent à Poudlard. Et encore : si et seulement si les deux parents en question avaient à la fois connaissance de Poudlard et désiraient que leur progéniture y passe sa scolarité - ce qui impliquait un engagement Réfractaire au moins partiel. Les lois du Bureau 33 proscrivaient l'enseignement magique.
Le DEM, et ainsi le système de lettres aux futurs écoliers, était très endommagé. La très large majorité des sorciers né-moldus de moins de onze ans ne reçut jamais de lettre. Seuls les cas des enfants utilisant très fréquemment la magie involontaire finissaient par être repérés par le DEM.

Cet affaiblissement dramatique du service public donna naissance à des taux de remplissage des classes de plus en plus catastrophiques : alors qu'à l'époque d'Albus, Poudlard accueillait chaque année une quarantaine de nouveaux étudiants, dont cinq nés-moldus, à partir des années 2040-2050, ce chiffre chuta à douze ou treize élèves tous les deux ans, dont un seul né-moldu. Le vieux mage devina que pour la majorité des sorciers, ces chiffres ne voulait pas dire grand-chose. Mais pour lui, Ô, Merlin ! Son perpétuel optimisme flanche pendant quelques secondes devant la vision d'un Poudlard moisissant dans les toiles d'araignées.

Albus avait la gorge serrée en lisant tous ces chiffres, et pas seulement. Ce livre entier était un crève-coeur.
Il se força à reparcourir l'article de presse, extrait de la Gazette des Réfractaires, que Goldstein avait inséré dans son chapitre. Cet article cherchait à comprendre la raison de la baisse d'effectifs de Poudlard, et constatait qu'elle était due, d'une part aux neuf nés-moldus perdus tous les deux ans, et d'autre part - la part la plus conséquente - aux sorciers ayant épousé un conjoint moldu et ayant décidé de respecter la loi moldue, ce qui impliquait non seulement un renoncement total aux enchantements en-dehors du domicile, mais aussi le renoncement à Poudlard pour leurs enfants, car c'eût été promouvoir la magie associative. L'article avançait encore des chiffres déprimants : il y aurait actuellement en Angleterre 190 sorciers de onze à dix-sept ans non-scolarisés (à la date de 2070) et une centaine de sorciers( déclarés) de sept à onze ans susceptibles de ne jamais être scolarisés. Et le plus grave, ce qui profilait la chute définitive du monde magique : il y aurait en Angleterre environ 500 sorciers adultes n'ayant jamais été scolarisés à Poudlard ou dans une autre école de magie. A ces chiffres se corroboraient ceux des sorciers sans baguette : à la mort d'Harry Potter (garant des possessions d'Ollivander) le stock avait été dilapidé en quelques semaines. De sorte qu'à partir de 2051, 10 pour cent des sorciers de onze ans n'acquirent pas de baguette du tout, le reste de la communauté passant commande auprès de Gregorovitch, notamment. De 2051 à 2070, ce pourcentage était passé de 10 à 31 pour cents.
L'article se concluait ainsi : « Parmi les 500 sorciers adultes vivant au Royaume-Uni n'ayant jamais été scolarisés dans une école de magie, environ 110 ne possèdent même pas de baguette magique. Ce qui nous amène à ce constat ironique : si d'aventure il nous venait à l'idée de fomenter une révolution, la plupart d'entre nous seraient bien en peine de se souvenir du moindre Impedimenta, quand une autre partie conséquente de nos troupes, fouillant maladroitement ses poches vides, serait de toute façon dans l'incapacité technique de le jeter. De quoi les moldus ont-ils donc peur ?? »

L'année 2051, celle de la mort d'Harry Potter, emplissait quasi entièrement la deuxième partie du livre d'Anthony Goldstein, intitulée Cauchemard. L'écroulement progressif du Ministère, la faillite du Chemin de Traverse, les classes vides de Poudlard, autant de désastres qui assombrirent le cœur des sorciers au point que peu d'entre eux croyaient encore à une amélioration de la situation.

Le livre de Goldstein contenait cependant une dernière partie appelée Survivance, qui s'ouvrait sur le chapitre 7 : 2059, ouverture du Slumberland. Les deux petits-fils d'Ollivander, Eugene et Ebenezard, les géniaux inventeurs de l'enchantement des Rêves, ouvrirent leur boutique alors que des rideaux de fer tombaient sur les autres devantures du célèbre Chemin. D'abord réticent, les sorciers affluèrent bien vite chez eux. Le Slumberland offrait le repos et l'espoir, et ne demandait rien en échange. Chaque Rêve naissait spécifiquement pour une personne, et l'emportait durant son sommeil vers des horizons nouveaux et grisants. Ainsi Craven avait-il rêvé de son arrivée à Poudlard, se laissant porter par une petite barque sur le lac du parc, le regard absorbé dans l'étendue céleste au-dessus de lui, le cœur et la tête emplis de magie.
Le Slumberland apparut comme un endroit où la crise du monde extérieur n'avait pas de prise : on entrait, on se déchaussait, on se laissait guider par la mélodie ambiante, flottant, tout cotonneux, dans une atmosphère de drogue douce, on se promenait parmi les visions que nous provoquait les enchantements du lieu, puis quelqu'un nous donnait notre Rêve, et l'on ne payait que lors de sa visite suivante (le prix que l'on estimait dû ; si nouvelle visite il y avait). C'était exactement ce dont la population sorcière, avait besoin.

Les propriétaires de la boutiques des Rêves étaient les fils de la fille d'Ollivander, élevés par leur père moldu resté fidèle à l'univers magique : Patrick Creeks. Patrick Creeks, dit Patrick Ollivander sur le Chemin de Traverse, inventa tour à tour le système des Points-Relais : des kiosques à journaux disséminés dans les grandes villes pour permettre aux sorciers d'acheter leurs journaux et quelques artefacs et ingrédients de base ; il inventa ensuite le système des Passeurs : des sorciers souvent volontaires permettant une fois par mois à qui le souhaite de rencontrer Gregorovitch ou un autre fabricant de baguette ; et bien sûr, il était à l'origine de l'ingénieux système des Parrains.

HP-HP-HP

Ouf.
:D J'espère que l'histoire vous plaît toujours autant... que vous avez eu certaines réponses à vos questions... Le livre de Goldstein nous apportera d'autres informations plus tard - mais rien d'aussi dense. Le chapitre 10 verra apparaître le Papa de Craven, un psychologue, et probablement Mr. Malfoy. Que de beau monde. ^^

En attendant, donnez-moi de vos nouvelles par review ou par mail pour me dire ce que vous en avez pensé ! Biz
Lupiot