Pour ce huitième challenge j'ai choisi de me baser sur une chanson de Superchick qui s'appelle Crawl. Je sais que Jack peut paraitre OOC mais tous les hommes brisés ont eu une période où ils ne l'étaient pas.
When the world is closing in
And you can't breathe.
May I love you.
May I be your shield.
Trading Yesterday
Quand le monde devient oppressant
Et que tu suffoques,
Puis-je t'aimer ?
Puis-je te servir de bouclier ?
Trading yesterday.
The Girl in Red
Ce fut la migraine lancinante qui assaillait mes tempes qui me réveilla. Je n'ouvris pas immédiatement les yeux, trop conscient que la lumière ambiante, certainement trop vive, brûlerait mes rétines. C'était, bien entendu, un développement inévitable mais je n'étais pas forcément pressé de souffrir davantage. Sans compter qu'à la seconde où je réintègrerai le monde des conscients, les catastrophes commenceraient sans aucun doute à pleuvoir.
Ce genre de migraines n'était imputables qu'à deux raisons, voyez-vous. La première était une gueule de bois carabinée, la seconde un traumatisme crânien. J'aurai évidemment préféré qu'il ait été question d'alcool mais vu que mon dernier souvenir clair consistait en un saut en parachute au dessus d'une unité pas totalement officielle des Forces Spéciales, on avait plus de chance de se blesser à la tête que de se noyer dans le whiskey ou la vodka. N'en déplaise à la rumeur et à mon plus grand regret…
Lentement je fis bouger mes orteils, secouais un peu mes jambes et finis par vérifier que mes doigts et mes bras étaient en état de marche. Je fus surpris de ne rencontrer aucune résistance de ce côté-là. Donc seule ma tête avait pris…
« Monsieur ? » lâcha une voix indubitablement féminine vers ma droite.
Maudits soient mes réflexes militaires parce que j'ouvris aussitôt les yeux. Ebloui, je refermais immédiatement les paupières. Ce bref éclair de vision fut suffisant pour que je note le plafond grisâtre et conclue que la femme était grande et blonde. Il me semblait même avoir repérer un éclat bleu au niveau du regard.
Un peu confus, je fis rapidement un amalgame. Grande, blond et aux yeux bleus… Je ne connaissais et n'avais envie de voir qu'une seule personne correspondant à ces caractéristiques.
« Sara… » soufflais-je, à la fois émerveillé et reconnaissant qu'elle ait pris la peine de venir à mon chevet.
Nous ne nous fréquentions que depuis deux ou trois mois et elle était très différente de toutes les filles avec qui j'étais sorti jusque là. Plus intelligente. Plus adulte. Plus… mature. Je l'aimais bien. Beaucoup même. Kowalski me chambrait sans arrêt. Il n'arrêtait pas de dire qu'avant de m'en rendre compte, je serai marié, aurais trois enfants, un chien et une maison dans un de ces quartiers où toutes les maisons étaient identiques. Le pire était que si j'avais Sara alors le reste ne semblait pas si terrible et il m'arrivait d'envisager la chose. Epouser Sara.
« Monsieur ? » répéta la femme, et il y avait comme une fêlure dans sa voix. Une blessure.
Je réalisais immédiatement que ce n'était pas Sara. Pour ce que j'en savais, j'étais toujours hors du pays et le fait que les locaux soient typiquement made in USA ou que la femme s'exprimait avec un accent américain classique ne voulait rien dire. Et quand bien même aurais-je été rapatrié… Aucun civil n'aurait pu m'approcher avant que quelqu'un m'ait informé de la version « officielle » concernant mon « accident ».
L'inconnue n'était absolument pas Sara et je me forçais à rouvrir les yeux. Plus vite la comédie serait finie, plus vite je pourrais la retrouver après tout. Et j'avais toutes les intentions du monde de lui rappeler sa promesse de me préparer son fameux poulet basquaise. J'avais eu mon compte de rations pour le moment.
« Désolé, Doc'. » offris-je quand mes yeux se furent habitués à la lumière.
Mon regard passa rapidement sur la femme et je décidais qu'elle était plus que certainement membre du personnel médical malgré son absence criante de blouse blanche. Il n'y avait pas énormément de femmes dans l'armée et encore moins étaient membres d'une unité d'élite. Il n'y en avait pas d'autres à la base où j'étais affecté que les infirmières et deux médecins. Les infirmières étaient toujours en uniforme. Seules les doctoresses portaient parfois une tenue kaki, bleue ou noire similaire à celle de la jeune femme. Privilège de la fonction.
La pièce dans laquelle je me trouvais était encombrée de matériel médical mais dénuée d'autres patients. Il y avait néanmoins une grande glace surplombant le tout, comme dans certaines salles d'opération. La pièce supérieure semblait vide. Dans tous les cas, le décor semblait bel et bien américain et bien trop à la pointe de la technologie pour se situer autre part qu'en Amérique. J'étais donc bel et bien au pays.
« Colonel ? » insista la femme.
Je jetais un nouveau regard à l'ensemble mais ne put déceler d'autre personne. Je ne savais pas à qui elle parlait et l'idée me vint qu'elle parlait peut-être toute seule. Elle était séduisante bien que plus âgée que moi et je me serais sans doute laissé tenter si je n'avais pas été engagé vis-à-vis de Sara. Kowalski en ferait de toute manière sa nouvelle ex-conquête dès qu'il la rencontrerait.
Du moins si elle n'était pas complètement cinglée. Dieu seul savait dans quel genre d'endroit ils m'avaient parqué pour y être soigné…
« Vous êtes consciente qu'on est seuls ici, n'est ce pas ? » lançais-je avec une bonne humeur feinte. La migraine augmentait en intensité et plus j'observais cette femme, plus je la trouvais familière. Mais aucun souvenir d'où j'avais pu la croiser avant. Peut-être à la base… Peut-être… Peut-être dans le bureau de Smith.
« Vous êtes secrétaire ! » m'exclamais-je, tout fier de moi avant de déchanter devant son regard paniqué.
« Ne bougez pas, Monsieur. » exigea-t-elle simplement avant de détaler en direction du couloir. La chaise qu'elle avait précédemment occupée s'écroula sur le sol avec un tintement insistant qui me fit grincer les dents.
« Ravi de vous avoir rencontrée. » marmonnais-je, en jetant un coup d'œil aux tubes qui sortaient de mon bras. Rien ne semblait vital là dedans. J'haussais les épaules et arrachais le tout, grimaçant quand l'aiguille de la perfusion se retira de ma chair. Après quoi, je balançais les jambes sur le bord du lit et me mis debout.
« Recouchez-vous immédiatement ! » ordonna une femme de taille moyenne sur le seuil de la porte. Elle avait les mains sur les hanches, une blouse blanche passée sur un uniforme de l'Air Force en bon et due forme, un stéthoscope autour du coup et cet air pompeux qu'avait –selon moi- la plupart des médecins. Plus important, la blonde un peu cinglée était dans son sillage.
« Ecoutez, je me sens bien et… » commençais-je uniquement pour me voir couper la parole.
« Recouchez-vous sur le champ ou j'appelle la sécurité pour vous y forcer ! » menaça le toubib.
Avant que j'ai eu le temps de tenter de la raisonner, deux hommes déboulaient à grandes enjambées tous deux vêtus d'une tenue de combat kaki. Je tiquais à la vue de ces nouveaux arrivants. Le grand, baraqué, afro-américain semblait s'être échappé de chez les Marines, seulement la grâce naturelle qui accompagnait chacun de ses mouvements ne collait pas avec cette supposition. Les Marines étaient des machines de guerre et n'avaient aucune finesse.
Quant à l'autre… Il n'était pas militaire. J'aurais mis ma main à couper, mon bras et même ma tête. Il se déplaçait avec une maladresse pratiquement indécelable mais néanmoins visible pour un œil entraîné tel que le mien. Et puis il avait ce regard un peu rêveur, une espèce de bonté qui émanait de lui… Non. Définitivement pas un militaire.
« Ou mieux ! » jubila la petite brunette. « Je demande à Teal'c de le faire. »
Je levais un sourcil sans pouvoir m'en empêcher, détaillant avec attention le groupe qui se tenait devant moi. L'idée que j'ai pu être capturé m'avais traversé l'esprit mais curieusement je ne ressentais aucune impression de danger. Ayant toujours été de ceux à suivre mon instinct, je ne m'alarmais donc pas à la perspective d'être torturé ou autre. Je m'inquiétais néanmoins d'avoir été placé dans une maison de santé pendant mon sommeil.
« Comment ça va, Jack ? » demanda le gars aux lunettes, sans prêter attention aux autres.
S'il connaissait mon nom, cela voulait dire qu'il avait eu accès à mon dossier. Peut-être était-il médecin lui-aussi… Ou psychiatre… Je détestais les psychiatres.
« En pleine forme ! » mentis-je joyeusement, pressé d'échapper à l'homme à lunettes et à son groupe de fous. « Vous ne sauriez pas où est le Général Smith par hasard ? Il est assez à cheval sur les rapports et puisque je me sens mieux… »
D'un geste je désignais la porte et fis un pas en avant dans le même temps. Le docteur me barra le passage, sourcils froncés et une petite lampe en forme de stylo à la main.
« Le Général Smith ? » répéta Lunettes. « Qui est-ce ? »
La blonde me fixait avec des yeux écarquillés où brillait une inquiétude qui n'augurait rien de bon.
« Asseyez-vous, Colonel. » ordonna le docteur et, sans savoir pourquoi, je m'exécutai. Elle avait déjà examiné une de mes pupilles et m'avais tiré un sifflement contrarié quand je songeai à corriger.
« Il doit y avoir un problème sur vos fiches. Je ne suis pas Colonel. » lançais-je, espérant que mon supérieur, le Colonel Reeves, n'avait rien de grave. C'était un abruti mais hé ! Si on souhaitait à tous les abrutis d'y rester… De toute manière, je ne voyais pas bien comment on pouvait me confondre avec Reeves. L'homme avait… quoi ? Quarante-cinq ? Cinquante ans ?
La brunette éteignit sa lampe et je jurais que le click avait résonné tant le silence était lourd. Ils semblaient tous être subitement devenus muets. Mal à l'aise et légèrement tendu, je me raclais la gorge.
« Est-ce que je pourrais voir le Colonel Reeves ? Ou le Général Smith ? » A leurs regards vides, je soupirais. « Kowalski ? »
Kowalski, au moins, suscita une réaction.
« Kowalski ? » répéta Lunettes. « Charles Kowalski ? »
« Je n'en connais pas cinquante. » répliquais-je, agacé par tout ce cinéma. « Où est Kowalski ? »
Et je découvrais que cet idiot les avait payés pour me monter un bateau plus gros que le Titanic…
« Le Major Kowalski est mort, O'Neill. » offrit l'armoire à glace d'un ton qui aurait presque pu paraître désolé.
J'encaissais le coup avec moins de dignité que je l'aurais souhaité. Je détournais la tête et déglutit difficilement, cherchant aussitôt ce qui avait pu déraper pour mon meilleur ami… Il n'était là qu'en couverture, et oui la mission était un échec mais…
« C'est… C'est impossible… » balbutiais-je et ma propre faiblesse m'écœura. Je pris une grande inspiration et défiait la première personne dont je croisais le regard. Ca s'avéra être la blonde. « Il était dans l'hélico. Il ne risquait absolument pas sa peau. C'est impossible. » Puis autre chose fit tilt. « Et Kowalski n'est pas Major. Il est lieutenant, je… »
« Colonel… » coupa fermement le docteur et ça m'énerva davantage parce qu'ils ne m'écoutaient pas.
« Je ne suis pas Colonel ! »
Un bref silence suivit mon explosion.
« Monsieur ? » intervint doucement la blonde. « Pouvez-vous me dire qui vous êtes, s'il vous plait ? »
Elle échangea un rapidement regard avec la brunette qui acquiesça d'un signe de tête et s'écarta du lit où j'étais assis. L'autre femme se rapprocha, mais pas de beaucoup.
« Capitaine Jack O'Neill. » déclinais-je par réflexe. « USSAF. Affecté à McDill, en Floride, sous les ordres du Général Smith. »
Délivrer mon affectation valait à publiquement annoncer que j'étais dans les Forces Spéciales mais j'en étais au point où je pensais que seul ça ferait bouger les choses.
Seulement la femme ne sembla pas autrement surprise. Juste un peu plus inquiète.
« Ca… » commença Lunettes, uniquement pour être interrompu par la main que la blonde leva sans même se retourner. Il y avait trop d'autorité dans son geste pour que je doute plus longtemps de son appartenance à un corps d'armée. Cette femme était une combattante, ça se voyait à sa posture.
« Pouvez-vous me dire quel jour on est ? » reprit-elle comme si elle n'avait jamais été coupée.
Quelque chose en moi se révolta. C'était facile de demander des informations mais ça ne fonctionnait pas comme ça. C'était donnant, donnant. Et le fait que je n'ai aucune idée de la date qu'on était ne voulait rien dire.
« Qui êtes-vous ? » exigeais-je.
J'aurais cru qu'elle résisterait davantage mais elle se contenta de sourire de façon rassurante. Ou qui se voulait rassurante vu les regards angoissés qu'elle jetait au docteur. Cependant, je n'avais pas l'impression que c'étaient mes questions qui la dérangeaient. Non… c'étaient plutôt mes réponses.
« Major Samantha Carter. » répondit-elle sans la moindre trace d'hésitation, ce qui me convainquit que c'était sa véritable identité où alors un nom d'emprunt qu'elle utilisait assez fréquemment pour ne pas faire d'erreur. Mais je ne pensais pas que c'était le cas.
« Vous êtes Major et vous m'appelez monsieur ? » rétorquais-je sans même réfléchir. C'était ce genre d'impulsivité qui m'avait valu la plupart de mes blâmes.
« Pouvez-vous nous dire quel jour on est ? » insista le docteur en m'étudiant avec attention avant que la blonde… Carter ait le temps de répondre.
J'ouvris la bouche. Et la refermais dans la même seconde.
« Septembre ? » proposais-je sans grande conviction. « Je ne sais pas pendant combien de temps j'ai été inconscient ! »
Leurs devinettes étaient insupportables.
« Trois jours. » offrit aimablement Lunettes.
« Et l'année ? » reprit la blonde. J'eu beau essayer, impossible de me rappeler son nom.
« Je… » tentais-je sans plus de succès que pour le mois. « Ecoutez, je m'appelle Jack O'Neill, je suis Capitaine, j'ai vingt-deux ans et une petite amie qui s'appelle Sara. Je ne suis pas dingue et j'aimerai savoir ce qui est arrivé au reste de mon équipe ! »
« Personne n'a jamais dit que vous étiez dingue, Colonel. » corrigea gentiment le docteur en attrapant le dossier qui était pendu au bout de mon lit. Elle le parcourut rapidement et avec une urgence qui m'effrayait. « Un peu agaçant parfois mais certaines qualifient ça de charme… Elles n'ont sans aucun doute jamais eu à vous examiner. »
La plaisanterie tomba à plat et je me levais d'un bond, incapable de tenir en place.
« Je veux voir Reeves ou Smith. » exigeais-je. L'un comme l'autre ne manquerait pas de se foutre de moi pour l'avoir fait appeler comme un petit garçon criait pour sa mère, mais ce qui se passait me dépassait. Et la persistance qu'avait le docteur à vouloir faire de moi un Colonel était déstabilisante.
« Est-ce qu'on peut savoir ce qui se passe ? » demanda poliment Lunettes, en échangeant un regard avec l'armoire à glace.
« Le Colonel souffre visiblement d'une forme particulière d'amnésie. » déclara patiemment le docteur et je contrais sur le champ.
« Absolument pas ! » m'exclamais-je, alarmé à la vue de la seringue qu'elle préparait. « Je vous interdis de m'injecter quoi que ce soit, c'est compris ? »
« Mon Colonel… » temporisa la blonde en faisant un geste vers la sadique armée d'une aiguille. « Vous avez quarante-six ans, pas vingt-deux et vous dirigez l'équipe phare du projet Porte des Etoiles nommée SG1 depuis environs sept ans. Il y a quelques jours, lors d'une mission vous avez été touché par un objet Ancien similaire à leurs bibliothèques. Vous avez été sujet à des malaises et avez peu à peu perdu le contrôle de vous-même jusqu'à tomber dans un coma. Thor nous a assurés que l'effet se dissiperait de lui-même sans laisser de séquelles. Est-ce que quoi que ce soit dans ce que je viens de dire vous semble familier ? »
Pour être honnête, je n'avais pas compris la moitié de ce qu'elle venait de dire.
« Thor… est un dieu Wiking ? » essaye-je.
Au moins, ça lui arracha un sourire.
J'étais surpris de constater que j'aimais ça. La voir sourire.
Le visage de Sara s'imposa à mon esprit et je me sentis bêtement coupable. Ce n'était même pas comme si j'avais cherché à la draguer ou quoi que ce soit mais… Quelque part, j'avais l'impression que si j'étais trop aimable avec elle, ce serait une trahison envers la relation que j'entretenais avec Sara. C'était difficile à expliquer.
« J'aimerai faire un scanner et d'autres tests. » lâcha le docteur. « Etes-vous capable de rester tranquille ou dois-je vous endormir, mon Colonel ? »
J'hésitais. D'un côté, rien ne me prouvait que leur histoire abracadabrante soit vraie. D'un autre…
« Je sais que vous devez être perdu, mon Colonel… » reprit la jeune femme blonde. Quel était son nom déjà ? Harper ? « Mais vous devez nous faire confiance. »
C'était probablement très idiot de ma part, mais j'avais pleinement confiance en elle.
« Qu'est-ce qu'une Porte des Etoiles ? » m'entendis-je demander et un nouveau sourire éclaira le visage de la jeune femme.
How long will this take?
How much can I go through?
My heart, my soul aches
I don't know what to do
J'examinais soigneusement mon visage dans le miroir qui surplombait l'évier de mes quartiers. Mon reflet plus que le reste m'avait convaincu de pleinement croire ces gens. La démonstration de l'ouverture de la Porte, les explications de la jolie blonde et le monologue harassant de Lunettes ne m'avaient pas autant persuadé que tout était vrai que cette glace.
L'homme qui me regardait n'avait définitivement plus vingt-deux ans. Il approchait la cinquantaine et s'il était bien conservé, son corps ne fonctionnait pas aussi bien qu'avant. Je regrettais celui que j'étais avant tout ça. C'était pleinement ironique. Je me demandais si mon « moi de cinquante ans » aurait apprécié un petit retour en arrière. En ce qui me concernait, c'était comme faire un bond vers mon futur. Hypothèse que j'avais d'ailleurs soumise au docteur une fois qu'elle avait eu fini de m'examiner sous toutes les coutures. Si on pouvait voyager dans les étoiles, pourquoi pas dans le temps ?
Mais non. D'après ses examens, la partie de mon cerveau correspondant à la mémoire était très légèrement enflée, conséquence de ma rencontre avec un appareil ancien. Je n'avais pas demandé pourquoi le fait qu'il soit vieux était si important. Bref, ce qui en découlait était que ma mémoire s'était en quelque sorte rembobinée mais que, outre cet état de fait et un léger problème pour me souvenir des noms, j'étais en pleine forme. Le doc était confiante, l'hématome allait se résorber et je retrouverai petit à petit tous mes souvenirs.
Lunettes avait pris sur lui de me faire un petit cours accéléré qui m'avait prodigieusement irrité.
Je m'appelais Jack O'Neill –merci jusque là, j'étais au courant-, j'avais quarante-six ans – au cas où je sois également nul en calcul-, et j'étais Colonel –ce qu'on ne m'avait répété que dix ou vingt fois… Le reste de l'histoire ne m'avait que peu captivé. J'avais épousé Sara, eu un fils et l'avait perdu, avait été suicidaire et l'avait apparemment rencontré, lui. Une existence mise en boite.
Sara et sa tendresse me manquaient. Le mariage raté, je ne pouvais véritablement l'imaginer. Avoir un enfant pour l'enterrer… Evidemment l'idée était affreuse mais je n'arrivais pas à intégrer le fait que c'était de ma vie qu'il était question et je ne me sentais tout simplement pas concerné. Quant à Lunettes en lui-même… je doutais fort qu'il ait bouleversé mon existence.
J'avais demandé si j'étais toujours en contact avec Sara mais personne n'en savait rien. Pour des gens qui se disaient mes meilleurs amis, ils ne savaient pas grand-chose.
Trois coups furent frappés à la porte et je soupirais faiblement. Si c'était encore Lunettes et ses discours insupportables…
« Entrez ! » criais-je de là où j'étais. Si c'était l'archéologue, je pouvais toujours me cacher dans la douche et prétendre être occupé…
« Mon Colonel ? » appela une voix hésitante quelques secondes plus tard et je quittais la salle de bain avant d'avoir réalisé que j'avais bougé.
« Tam ! » m'exclamais-je, soulagé. La jeune femme blonde était la seule personne dans cette base qui me semblait sensée.
La militaire jeta un coup d'œil gêné à la simple serviette nouée autour de mes reins et ferma brusquement la porte derrière elle.
« Sam. » corrigea-t-elle distraitement, en posant son regard partout sauf sur moi. « Désolé, Monsieur, je pensais que vous étiez… habillé. »
D'un geste vague de la main, je balayais ses excuses. Ca ne me dérangeait pas. En ce qui me concernait, je n'étais pas célibataire et aussi attirante soit-elle, ce n'était pas Sara.
« Appelez-moi Jack. » offris-je, dans un besoin pressant de me faire une amie. Lunettes m'avait décrit comme quelqu'un d'extrêmement solitaire, qui se suffisait à lui-même. Kowalski aurait ri pendant trois jours s'il avait entendu ça. Je n'étais pas forcément quelqu'un qui recherchait l'attention ou adorait être entouré d'une foule de personnes, mais je n'avais jamais aimé être seul. J'appréciais d'avoir des amis avec moi comme tout un chacun et si j'étais devenu renfermé ou aigri et bien… je ne l'étais plus. Ou je ne l'avais jamais été… Enfin… Bref.
L'idée d'utiliser mon prénom sembla la troubler et je me demandais si le « vieux moi » le lui avait déjà proposé. J'étais peut-être devenu tout ce que je détestais chez Reeves… Mais pourtant, elle semblait bien m'aimer, alors j'en doutais.
« Ce n'est pas vraiment une bonne idée… » répondit-elle.
« Pourquoi ? » voulus-je savoir.
« Vous êtes mon supérieur. »
Ca, je le savais déjà.
« Répondez-moi en toute franchise… » exigeais-je, soucieux de tirer au clair mes compétences en tant que leader. « Suis-je devenu coincé ? Est-ce que j'ai un balai où je pense ? Ai-je fait de votre vie un enfer ? »
Je pris grand soin de garder un ton léger afin qu'elle ne se sente pas attaquée. Mais à ma grande surprise, elle peina à réfréner un fou rire.
« Oh, non, Monsieur… » finit-elle par lâcher entre deux aspirations avides d'air. « Vous n'avez pas… un balai dans le… hum. »
Je sentis un sourire charmeur jouer sur mes lèvres et avant de comprendre ce qui se passait, j'avais planté mon regard dans le sien.
« Et je n'ai pas fait de votre vie un enfer ? » répétais-je, d'un ton nettement moins léger.
L'intensité de l'échange quand ses yeux fouillèrent les miens me coupa presque le souffle. Un frisson descendit le long de ma colonne. Un frisson que je connaissais trop bien. De ses yeux, mon regard passa sur sa bouche et s'y arrêta un peu trop longtemps….
« Par certains aspects… » murmura-t-elle prudemment et pendant une seconde, je sus à quoi elle faisait référence. La suivante, ça m'échappait et je me raclais la gorge, détournant la tête.
« Appelez-moi Jack. » ordonnais-je fermement, levant la main pour interrompre la protestation qui se formait sur ses lèvres. « Je ne suis pas à l'aise avec tous ces « Colonels ». »
Une rougeur prononcée avait pris naissance sur son cou et remontait vers ses joues. Je ne pus faire autrement que de la fixer jusqu'à ce qu'une petite voix nasillarde ne me rappelle que Sara existait toujours. Du moins dans mon esprit.
« Janet pense que vous récupérerez plus vite dans un environnement familier. » reprit-elle finalement. « Le Général est d'accord pour que vous rentriez chez vous si l'un de nous vous accompagne. »
« Janet ? » demandais-je vaguement intéressé.
« Elle a aussi dit que vous aviez un petit soucis avec les noms et que vous risquiez de ne plus savoir comment s'appelle certains objets. » continua-t-elle.
« Janet est le Doc'. » conclus-je.
Elle acquiesça et je réalisais que je ne me souvenais déjà plus de comment elle s'appelait.
« Tam ? » tentai-je et elle eut un sourire indulgent.
« C'est Sam. » répondit-elle « Mais vous ne m'appelez jamais comme ça. »
« Ah. » lâchais-je. « Et je vous appelle comment ? »
« A vous de me le dire. » défia-t-elle avec amusement.
Oh, elle me plaisait. Elle me plaisait beaucoup…
And if I have to crawl
Will you crawl too
I stumble and I fall
Carry me through
« Ca va aller… » promit gentiment mon second, en forçant un verre d'eau dans ma main droite et quelques cachets dans ma main gauche. J'avalais le tout sans même regarder ce qu'elle m'avait confié. Elle aurait pu m'empoisonner si elle l'avait souhaité.
Mais bien entendu, ce n'était pas le genre de Sam. Ca faisait deux semaines que je trainais derrière Daniel, Teal'c et elle, posant des questions idiotes et priant pour que ma mémoire revienne avant qu'ils soient à court de patience. L'un d'entre eux, quand ce n'était pas les trois, passait toujours la soirée chez moi et débarquait le lendemain matin avec le petit déjeuner.
En l'occurrence, ils étaient tous là quand la migraine avait frappé. Janet avait dit que les céphalées étaient normales, bon signe même. Dans la mesure où je n'avais plus tellement de mal à retenir les noms des gens ou des choses, je supposais que c'était vrai. Mais elles étaient rarement aussi fortes que celle-ci et Daniel avait rapidement déclaré que je n'étais pas en état de regarder le deuxième épisode de Star Wars. Dommage, parce qu'ils avaient été tournés après ma perte de mémoire et que je ne m'en souvenais pas. J'avais beaucoup aimé le nouveau premier ceci dit.
« Allongez-vous. » ordonna gentiment Sam en poussant légèrement mon épaule.
Il n'en fallait pas autant pour me convaincre de lui obéir. Je basculais sur le canapé et posais un bras sur mes yeux pour bloquer la lumière. C'était souvent le seul moyen de calmer mes maux de tête.
Les garçons l'avaient nommée infirmière pour la soirée et j'en étais reconnaissant parce que d'eux tous, c'était elle que je préférais. Oh, j'avais fini par m'habituer à Daniel et j'avais même appris à supporter ses monologues intenables sur une poterie ou une autre. Teal'c était un bon gars, lui aussi. Toujours disponible pour s'entrainer, présent lorsque j'en avais besoin mais pas collant comme Daniel… Et puis Teal'c ne rechignait pas à me donner des infos en arguant que je devais m'en souvenir tout seul, ce qui n'était pas le cas des autres.
Mais Sam restait ma préférée.
Il y avait une certaine complicité entre nous que je ne retrouvais pas avec les autres membres de l'équipe. Une sorte de… confiance implicite. Je ne la connaissais plus vraiment mais ça ne me dérangeait pas autant que pour les autres. Je m'étais aperçu que je pouvais toujours la situer lorsque nous étions dans la même pièce, sans même avoir à me retourner. Et puis de tous, c'était la plus attentive. Elle semblait toujours savoir quand ça n'allait pas ou quand je n'avais pas le moral. Plus, elle n'essayait jamais de me faire parler de ce dont je ne voulais pas. Je finissais toujours par le faire mais elle était trop subtile pour que je l'accuse de manipulation.
Je ne comprenais pas bien pourquoi elle refusait d'utiliser mon prénom. Il était clair que notre relation n'était pas purement professionnelle. Je n'avais pas besoin de ma mémoire pour réaliser qu'elle était ma meilleure amie. Plus que ça même… Mais j'avais du mal à véritablement identifier les émotions qu'elle faisait naître en moi. Peut-être la voyais-je comme une sorte de petite sœur…
« C'est mieux comme ça, mon Colonel ? » chuchota-t-elle pour ne pas aggraver ma migraine, tout en éteignant la petite lampe sur la table basse.
« Jack. » grognais-je pour la forme, sachant très bien qu'elle dévierait la conversation. Comme d'habitude.
« C'est votre nom, oui. » répondit-elle, amusée. « Ce n'est pas moi qui suis amnésique. »
« Insubordination, Sam. »
Je pris un ton sérieux qui aurait mieux fonctionné si la douleur ne m'avait pas fait grimacer.
« Vous devriez peut-être aller vous coucher, Monsieur. » conseilla la jeune femme et je ne pouvais qu'acquiescer à une telle clairvoyance.
Lentement, avec précaution, je roulais du canapé jusqu'à ce que mes pieds touchent le sol. Là je me redressais, attentif à ne pas réveiller davantage la migraine qui me vrillait les tempes. Elle attrapa mon bras et me hissa en position debout. Je m'appuyais lourdement contre elle pour compenser le vertige et nous entreprîmes de remonter le couloir qui menait à ma chambre.
« En fait, tout ça est un plan bien établi pour pénétrer dans ma chambre à coucher, n'est ce pas ? » plaisantais-je alors qu'elle m'aidait à m'allonger sur le lit que je n'avais pas pris la peine de faire ce matin. « Avouez, Sam, vous pensez à ça depuis des années… »
D'habitude, elle répondait à mes blagues par une réplique sarcastique mais dénuée d'ironie qui rendait impossible le fait de l'accuser d'irrespect… Là, elle resta muette, presque figée. Je m'en voulus immédiatement d'avoir été aussi maladroit. Ce n'était pas Kowalski ou même Daniel. C'était différent parce que… c'était une femme.
« Désolée, Sam, c'était déplacé. » offris-je maladroitement.
Elle me rendit un sourire quelque peu tendu.
« Non, c'est juste que… » commença-t-elle avant de s'interrompre. Elle mordilla sa lèvre supérieure et je savais, sans véritablement me rappeler comment, que ça signifiait qu'elle était nerveuse.
« Sam ? » insistai-je gentiment, peu enclin à la laisser partir. J'avais sommeil, ce qui était probablement dû aux cachets qu'elle m'avait fait avaler, mais je n'avais pas le courage d'affronter les cauchemars qui m'attendaient dans mes rêves. Pire, je soupçonnais que les images de massacres qui emplissaient ma tête la nuit étaient réelles. Les cicatrices sur mon corps correspondaient bien aux séances de tortures que je revivais parfois lorsque je m'endormais en tout cas…
« Vous ne vous rappelez toujours pas comment vous m'appelez d'habitude ? » botta-t-elle en touche.
Elle posait la question de temps en temps et je commençais à soupçonner que ça avait de l'importance pour elle. Seulement je n'en avais aucune idée. J'avais tenté Samantha mais elle n'avait pas eu l'air d'apprécier plus que ça. J'avais même essayé son grade mais ça la rendait toute… militaire, et je n'aimais pas ça. J'avais envisagé tout simplement Carter parce que j'appelais souvent mes collègues ou amis par leurs noms de famille… Seulement ça semblait trop distant pour elle et je ne l'avais pas prononcé à voix haute. J'appelais Daniel, Daniel et pas Jackson donc… je supposais que la chose valait pour elle aussi.
« Sammy ? » proposais-je avec un grand sourire innocent, persuadé que ça l'agacerait.
J'eu à peine le temps d'esquiver l'oreiller qui fonçait vers moi. Ca m'étonnait un peu qu'elle choisisse de se venger de façon tellement enfantine mais il fallait reconnaître que je me comportais moi-même comme un grand gamin –hé ! Je n'avais que vingt-deux ans dans mon esprit- et ça commençait à déteindre sur le reste de l'équipe.
Quoi qu'il en soit, je m'emparais d'un bout du coussin et tirait dessus. Elle n'avait sans doute pas anticipé ça parce qu'elle bascula en avant. J'eu à peine le temps d'écarter mon bras qu'elle s'écroulait durement sur mon torse. J'attribuais la chaleur qui s'éveilla immédiatement en moi aux longues semaines que j'avais passé loin de toute femme – encore une fois, dans mon esprit, je n'avais aucune idée de ce que le « moi de cinquante » avait pu fabriquer et avec qui. La proximité de Sam me fit également réaliser que quelqu'un me manquait et m'ôta toute envie de chahuter.
Elle se redressa légèrement et nos regards se croisèrent. Encore une fois, j'éprouvais cette impression étrange d'être hors du temps, ça arrivait parfois quand on se regardait, mais je détournais rapidement les yeux.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » s'enquit-elle avec hésitation, en s'asseyant sur le bord du lit.
Elle avait l'air prête à fuir.
« Pourquoi ? » répondis-je, de mauvaise foi, comme toujours.
« Vous avez l'air triste, mon Colonel. » lâcha-t-elle, mal à l'aise.
Je haussais les épaules, peu certain de savoir comment exprimer ce vide dans ma poitrine.
« Sara me manque. » déclarais-je simplement mais quand les mots eurent quitté ma bouche, je réalisais que ce n'était pas réellement le problème.
Le problème était ailleurs mais je ne pouvais mettre le doigt dessus. Ces sentiments que j'éprouvais pour Sara, ce qui, j'en étais sûr, était un amour aussi pur qu'inconditionnel… Je ne l'avais jamais ressenti avant. J'aimais bien Sara, je l'aimais plus que bien, mais ça n'avait rien de cette chose passionnelle qui palpitait dans ma poitrine. Et je ne comprenais pas pourquoi elle me manquait tellement.
Je finis par noter que Sam n'avait pas répondu et tournais la tête vers elle. Je n'étais pas préparé au masque neutre qu'avait endossé la militaire. Ses pensées m'étaient indéchiffrables et je devinais qu'elle était blessée. Pourtant, là encore, je ne comprenais pas pourquoi.
« Je vais rentrer, mon Colonel. » annonça-t-elle, d'une voix impersonnelle qui me fit froid dans le dos. « Bonne nuit. »
J'attrapais son poignet avant qu'elle ait pu se lever.
« Sam ? »
Mais sans doute aurait-elle préféré que je me souvienne du nom correct à cet instant précis parce qu'elle se referma un peu plus encore.
« Je suis fatiguée. » lança-t-elle avant que j'ai pu dire quoi que ce soit d'autre.
« Restez, alors. » dis-je avant d'avoir seulement réfléchi. J'étais simplement convaincu que si elle était là, les cauchemars n'auraient pas la même ampleur. Je ne savais pas pourquoi mais… j'en étais persuadé.
« Ce n'est pas une bonne idée. » répliqua-t-elle, sèchement.
Je ne comprenais rien à ce qui se passait.
« J'ai dormi des dizaines de fois avec Kowalski et j'ai toujours su me retenir, Sam. » tentais-je sur le ton de la plaisanterie. Je devais la convaincre de rester. Le reste n'avait pas d'importance. J'en avais même oublié Sara. « Vous avez peur de ne pas pouvoir résister à mon charme ? »
Une fois de plus, elle ne répondit pas immédiatement. Mon subconscient cherchait à interpréter la chose mais je refusais soigneusement de l'écouter.
N'étant pas de ceux qui reculaient devant les défis, Sam soupira et vint s'allonger à côté de moi.
« Pas un mot à qui que ce soit. » prévint-elle. « Et quand vous aurez retrouvé la mémoire, souvenez-vous que c'est vous qui vouliez que je reste. »
« Vous dites ça comme si c'était un crime. » lançais-je en éteignant la lumière.
Je ne compris pas ce qu'elle marmonna et je ne cherchais pas véritablement. Ma main trouva la sienne dans le noir et je m'endormis, rassuré par ce simple contact.
The wonder of it all
Is you
La lumière du petit matin entrait à flot par les fenêtres sur lesquelles je n'avais pas pris la peine de rabattre les rideaux la veille. La chaleur du soleil jouant sur ma peau me tira agréablement d'un rêve n'impliquant, pour une fois, aucune scène de guerre. Somnolant, je resserrais ma prise sur le corps chaud qui était pressé contre le mien et respirais à plein poumons l'odeur du shampoing fleuri qui émanait des cheveux soyeux contre ma joue.
Un sourire se dessina sur mes lèvres et je déposais un baiser léger sur les mèches éparses. Sara lâcha un soupir satisfait dans son sommeil et je souris de plus belle, me disant que décidemment, Kowalski avait raison. Je devais épouser cette femme.
Plus aucun doute ne subsistait sur ces émotions qui valsaient et tanguaient dans ma poitrine. Je l'aimais. Je l'aimais plus que je n'avais jamais aimé personne et plus que je n'aimerais jamais. J'avais toujours refusé de tomber dans ce piège d'un amour passionnel et incontrôlé, appréciant d'avoir la main mise sur ce que je pouvais mais…. C'était différent.
J'avais confiance en Sara.
Je lui avais assez souvent confié ma vie… Elle avait assez de fois prouvé que je pouvais compter sur elle… Non…. Elle n'avait jamais rien eu à prouver, j'avais toujours su que je pouvais croire en elle, me reposer sur elle… Elle n'était pas fragile. Elle n'avait pas besoin qu'on la protège. Et j'étais honnêtement persuadé qu'elle faisait partie de ce genre de femmes qui affrontaient un désastre la tête haute et ne s'écroulaient que loin des regards indiscrets.
J'aimais Sara et je ne parvenais pas à comprendre pourquoi je l'avais refusé jusqu'à maintenant.
« Maudit soleil… » marmonna Sara et je ne pus retenir un petit rire.
Ca dut la vexer parce qu'elle chercha à échapper au bras passé autour d'elle. Sans y mettre assez de conviction pour que je le retire ou qu'elle s'en défasse.
« Evidemment, ça vous fait rire.. » grogna-t-elle, abandonnant ses efforts vains.
J'allais répliquer quelque chose de très spirituel, ou peut-être bien l'embrasser, je n'étais pas encore décidé, quand elle se redressa brusquement, droite comme un i.
« Mon Colonel ! » s'exclama-t-elle et si j'avais dû être honnête, j'aurais qualifié ça de couinement indigné. Son regard passa de moi au reste de la chambre plusieurs fois, avant de s'arrêter sur le réveil, comme si elle ne savait pas de quoi elle devait le plus être horrifiée.
Il était vrai que le 10 :10 qu'affichait le radio réveil signifiait sans doute qu'elle était en retard au travail. Mais ce n'était pas bien important à côté de la révélation que je venais d'avoir et j'étais persuadé qu'elle serait d'accord dès que je lui en aurais fait part.
Déjà, elle rejetait les couvertures et j'eus à peine le temps de tirer sur son bras pour l'empêcher de se lever. Nos regards se croisèrent et je souris une fois de plus à l'alchimie indéniable qui s'écoulait entre nous.
« Sara… » commençais-je sérieusement mais l'éclat blessé qui flasha dans ses yeux bleus m'arrêta. Qu'avais-je dit ?
« Bébé ? » demandais-je doucement, prudemment.
C'était pire. Des larmes brillèrent brièvement dans ses yeux mais elle cilla et elles disparurent. Ma main vint courir sur sa joue dans une piètre tentative pour la consoler mais elle s'en empara rapidement et la reposa sur le lit entre nous.
« Sam. » répondit-t-elle finalement, dans un murmure difficile. « Mon nom, c'est Sam. »
Je clignais plusieurs fois des yeux sans comprendre, tandis qu'elle se levait et quittait la pièce d'une démarche peu assurée. Lorsque mon cerveau intégra ce qu'elle venait de dire, elle avait déjà dépassé la porte d'entrée et je dus sprinter pour la rattraper dans l'allée.
« Attendez ! » m'exclamais-je, et bien que je n'avais pas voulu ça, je sus qu'elle le prit comme un ordre. Elle s'immobilisa, les épaules raides et le regard fuyant. « Sam, je suis désolé… Je ne sais pas ce que… »
« Janet m'a dit que les émotions reviendraient avant les véritables souvenirs, Monsieur. » lâcha-t-elle d'une voix fragile que je ne lui reconnaissais pas. « Je n'avais aucune idée que vous… Je ne pensais pas que… Elle doit beaucoup vous manquer. »
« Qui ? »
Je ne savais déjà plus de qui elle parlait, trop perturbé de l'avoir bouleversée. Je ne comprenais rien à ce qui se jouait. Je ne comprenais plus rien à rien. Mais je ne supportais pas de voir cette souffrance qu'elle croyait me dissimuler sous le masque de son visage.
« Je… Sara. » éclaircit-elle. Prononcer son prénom sembla lui coûter et elle se dirigea à grands pas vers sa Volvo.
Volvo dont je me souvenais avoir changé le pneu crevé deux mois plus tôt en échange d'une pizza et d'une bière.
J'aurai dû me réjouir de m'en être souvenu tout seul mais je ne pouvais pas vraiment me réjouir quand elle était dans un état pareil.
« Sara. » répétais-je, mécaniquement, surpris de ne rien éprouver quand les sentiments avaient été si forts quelques minutes à peine auparavant.
« Vous allez vous rappeler du reste très bientôt, je suppose, mon Colonel. » conclut-elle en fermant la portière.
« Jack. » lâchais-je, plus par besoin de retomber sur un terrain familier qu'autre chose.
Un sourire forcé étira ses lèvres quelques secondes.
« Au revoir, Jack. » offrit-elle en mettant le contact.
« Au revoir… » dis-je stupidement, ne réalisant qu'elle avait utilisé mon prénom que lorsqu'elle fut au bout de la rue et songeant qu'il venait de se passer quelque chose dont je n'avais pas saisi l'ampleur.
J'avais été tellement sûr que c'était Sara couchée contre moi ce matin… Tellement sûr… Et il me suffit de repenser à ce moment là pour qu'un amour brut explose dans ma poitrine… Une sensation de manque aussi….
See me through
Je n'étais pas véritablement sûr de comment j'étais arrivé là.
Trouver l'adresse de Sara n'avait pas été compliqué, conduire jusque là bas d'une facilité déconcertante et pourtant… Planté devant sa porte, je ne trouvais pas le courage d'y frapper. Je levais la main, cependant, trop dépendant du besoin dans ma poitrine, de ce vide douloureux qu'elle avait laissé.
Avant que mes doigts aient eu touché le bois la porte s'ouvrit sur une petite fille d'une dizaine d'années. Mon manque de réaction dut l'effrayer parce qu'elle se tourna dans la seconde.
« Sara ! » appela-t-elle.
Sara avait changé. Tout comme mon reflet, elle avait vieilli.
« Sara. » saluais-je avec l'impression d'avoir quelque chose en travers de la gorge.
Je n'éprouvais rien. Strictement rien qu'une tendresse résiduelle.
« Jack… » hésita-t-elle avant de jeter un regard à la petite fille qui me dévisageait avec des yeux ronds. « Va dans la voiture, Méli. »
La gamine s'exécuta et, trop perdu pour savoir quoi dire, je la regardais faire.
« C'est la fille de mon… » commença Sara avant de s'interrompre. « Ca fait six ans qu'on ne s'est pas vu, qu'est-ce que tu veux, Jack ? »
Que voulais-je ? C'était une question tout à fait légitime. J'avais eu un but en venant ici. Un objectif. Seulement, je n'étais plus sûr.
« Est-ce que tu te rappelles de cette soirée qu'on a passée dehors une fois ? » demandais-je, me raccrochant au premier souvenir qui me traversait l'esprit. « On avait passé une bonne partie de la soirée à regarder les étoiles mais il s'est mis à pleuvoir et je voulais rentrer mais tu t'es mise à rire. Tu avais une robe rouge… Elle était trempée. Je suis tombé amoureux de toi à ce moment là... »
La scène était tellement claire dans ma tête… On était dans mon jardin et il y avait eu une sorte de barbecue ou quelque chose du genre mais tout le monde était parti et il ne restait que nous. J'étais allé raccompagner quelqu'un… Peut-être Kowalski…Oui, c'était Kowalski. Il avait été inhabituellement silencieux d'ailleurs… Quand j'étais revenu, elle était là, assise sur la table à pique-nique en bois, la tête rejetée en arrière, le regard rivé au ciel… J'avais demandé si elle n'avait pas assez vu d'étoiles pour le reste de sa vie… Elle avait répondu qu'elle n'en verrait jamais assez, avant de me sourire.
Je m'étais installé près d'elle, troublé de l'attirance que j'éprouvais pour elle parce que ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas intéressé à autre chose qu'à moi-même… Je venais à peine de la rencontrer mais je savais déjà qu'elle serait importante. Je le sentais et j'étais réticent à suivre plus avant cet instinct qui me guidait vers elle. Elle était forte, et c'était probablement une bonne chose vu notre métier mais je n'aimais pas sortir avec ce genre de femmes. Aussi macho que cela puisse paraître, j'aimais jouer aux mâles Alpha. Cependant, elle souriait et je me retrouvais prisonnier de sa voix tandis qu'elle me désignait les constellations les unes après les autres.
Je les connaissais toutes, j'étais moi-même assez féru d'astronomie, mais je la laissais faire, posant des questions idiotes qui la faisaient sourire davantage. Et puis il y eu un éclair suivi, comme c'est souvent le cas lors des étés chauds, d'un coup de tonnerre. Avant qu'on ait compris, des trombes d'eau se déversaient sur nous. Je lui avais aussitôt crié de rentrer s'abriter mais sa seule réaction avait été d'éclater de rire, en offrant son visage à la pluie. Et je m'étais arrêté pour la fixer, fasciné par cette joie enfantine sur ses traits, la robe estivale pourpre qui collait désormais à ses formes avantageuses, et cette soif de se prouver que je lisais en elle.
« Tu as frappé à la mauvaise porte, Jack. » cingla Sara, me ramenant à la réalité. « Je n'ai jamais aimé le rouge et en seize ans de relation, on n'a jamais passé une seule soirée sous la pluie. »
Je fronçais aussitôt les sourcils, sachant que cet amour si puissant que je ressentais à ce simple souvenir ne pouvait être imaginaire. C'était le point de départ, j'en étais certain…
« Je dois emmener Mélissa à son cours de piano. » reprit sèchement Sara. « Tu m'as fait comprendre que je ne faisais plus partie de ta vie, Jack. Ne reviens pas dans la mienne. »
Ca aurait dû faire mal, songeais-je en la regardant s'en aller. C'était la deuxième fois qu'une femme se détournait de moi aujourd'hui et pourtant, regarder la voiture de Sara s'en aller ne me bouleversait pas plus que ça.
Je retournais à mon SUV, et y grimpait avant de laisser tomber mon visage sur le volant. J'eus beau me concentrer, je n'arrivais pas à reconnaître les traits de la fille à la robe rouge. Je l'aimais… Je l'aimais tellement… Et si ce n'était pas Sara…
Sentant une migraine pointer son nez, je mettais le contact et roulais au hasard. Une demi-heure plus tard, le mal de tête était insupportable et je me garais devant une maison familière. Je descendis de voiture et traçais mon chemin jusqu'au porche sans même prendre la peine de regarder le nom sur la boite au lettre. Ca n'avait plus grande importance maintenant.
Je frappais à la porte, sonnais même, mais mes appels restèrent sans réponse et je finis par m'écrouler sur les marches du perron. J'enfouis mon visage dans mes mains avec lassitude.
Rien n'avait plus aucun sens. Rien… Sara n'était pas Sara et la revoir avait provoqué une sorte de chatouillis dans mon esprit. Un chatouillis qui devint irritation. Je ne pus rien faire contre le flot de souvenirs désordonnés qui m'envahit.
La plupart concernait Charlie et je sentis des larmes me monter aux yeux en réalisant que je l'avais oublié.
Quand le monde devient oppressant…
J'avais oublié mon fils.
Je combattis vaillamment l'envie de pleurer qui me nouait la gorge. Je n'avais plus pleuré depuis tellement d'années que ça semblait stupide de commencer maintenant.
Et que tu suffoques…
Comme si Charlie avait été un vecteur, d'autres choses me revinrent en tête. Des détails d'abord, comme les impôts que j'avais oublié de payer, les dvds que j'avais commandés ou les vêtements que je n'étais jamais allé chercher au pressing… Puis des images dont l'intensité était plus forte. Celles de mes cauchemars. Quelques bribes liées au reste de l'équipe…
Et enfin, la fille en rouge.
Samantha Carter.
Samantha Carter et tout ce que j'éprouvais pour elle.
Puis-je t'aimer…
La façon dont elle s'était occupée de moi ces dernières semaines me revint en mémoire. Toutes les petites attentions qu'elle avait eues à mon égard et auxquelles je n'avais accordé qu'une importance limitée. Son inquiétude, ses angoisses…
Sa présence presque constante.
Oh, je me souvenais maintenant…. Je me souvenais de ces années passées à s'observer en silence. Je me souvenais de ces nuits solitaires passées à penser à elle, à l'imaginer lovée contre moi. Je ne me souvenais que trop bien.
Et je m'en voulais d'autant plus…
Puis-je te servir de bouclier ?
Elle n'avait jamais bronché.
Je m'étais plaint de l'absence de Sara tant de fois… J'avais poussé le vice jusqu'à les confondre. Je ne savais pas comment. Ce que j'avais éprouvé pour Sara était un feu de paille à côté du brasier qu'étaient mes sentiments pour elle.
Et pourtant, malgré tout ça, elle était restée auprès de moi, m'avait soigné, tenu compagnie… Elle m'avait protégé du monde extérieur quand Daniel insistait un peu trop sur le fait que Sara ne faisait plus partie de ma vie. Elle avait ignoré les blessures que je lui causais moi-même pour mieux m'aider.
Je lui avais fait tant de mal à cause de ces sentiments que j'avais tellement refoulés que je m'étais persuadé être toujours amoureux de Sara…
Oh Lord, where are you?
Do not forget me here
I cry in silence
Can you not see my tears?
J'aurais dû retourner à la base, la chercher, lui expliquer, mais… je ne savais pas par où commencer. La tâche semblait bien trop harassante, bien trop incertaine. Comment allais-je expliquer à Sam que tout ça était une méprise ? Que je n'avais jamais voulu la blesser ?
« Mon Colonel ? »
Je crus sincèrement m'être laissé entrainer par mon imagination.
« Monsieur, ça ne va pas ? » insista pourtant la voix et je levais la tête pour la trouver plantée devant moi, un air inquiet. Mon regard tomba immédiatement sur la bande de gaze enroulée autour de sa main droite.
« Vous êtes blessée. » constatais-je, trop concentré à faire ralentir les battements anarchiques de mon cœur pour véritablement m'inquiéter.
« Il y a eu un accident au labo. Ma faute. » admit-elle. « Janet m'a ordonné de rentrer. »
Rentrer ?
Là seulement je jetais un coup d'œil autour de moi. L'endroit était toujours aussi familier. Avec raison. C'était sa maison.
« Que faites-vous ici, mon Colonel ? » s'enquit sérieusement la jeune femme.
When all have left me
And hope has disappeared
You find me here
Elle ne fit aucun geste pour me dépasser et m'inviter à l'intérieur, attendant que je m'exprime.
Dieu, je n'avais aucune idée de comment aborder un sujet que je cherchais à éviter depuis tant de temps.
« Je… suis désolé. » lâchai-je de façon pitoyable. « Pour ce matin et pour… »
Je m'interrompis, lisant sur son visage que ce n'était pas ce qu'elle désirait entendre. Elle força un sourire sur ses lèvres et se dirigea nerveusement vers la porte.
« Vous n'avez aucune raison d'être désolé, Monsieur. » répondit-elle rapidement. « Si vous voulez m'excuser, je suis fatiguée. »
Ma main attrapa son poignet avant qu'elle ait eu une chance d'introduire la clef dans la serrure. Elle ferma les paupières et expira lentement, trop consciente de mon regard scrutateur.
« Je suis désolé. » répétais-je, plus fermement.
« Très bien. » déclara-t-elle finalement, en plantant ses yeux dans les miens. Défi. « Mais je maintiens que vous n'avez pas à l'être. Je n'avais pas réalisé… Je ne savais pas que… »
« Je n'éprouve plus rien pour Sara. » coupais-je. « Vous comprenez ? »
Mais elle ne comprenait pas, c'était clair. Un sourire fantôme flotta un instant sur ses lèvres.
« Ca ne me regarde pas, mon Colonel. » affirma-t-elle en tirant faiblement sur son bras pour libérer le poignet que je tenais toujours. « Je suis fatiguée… »
« On est en plein milieu de l'après-midi et vous avez dormi toute la nuit. » contrais-je. « Vous n'êtes pas fatiguée, vous cherchez une excuse. »
Un rire bref et amer lui échappa.
« N'est-ce pas ce que nous faisons sans arrêt ? » murmura-t-elle, comme pour elle-même, avant e croiser à nouveau mon regard. « Croyez-moi, mon Colonel, vous ne voulez pas discuter de tout ça et vous me remerciez quand vous aurez retrouvé la mémoire. »
Elle se dégagea d'un coup sec et voulu insérer la clef dans la serrure. Ses mains tremblaient trop et elle laissa échapper un juron.
Je sus que c'était maintenant ou jamais.
« Carter. » appelais-je doucement.
Elle se figea. Purement et simplement.
« Qu'avez-vous dit ? » demanda-t-elle, l'espoir et l'angoisse se battant dans sa voix.
« Carter. » répétais-je, la gorge étrangement sèche. Parce que c'était comme ça que je l'appelais et parce que c'était plus qu'un nom de famille. De ma part, ça équivalait à un mot de tendresse, un mot d'amour et elle le savait. Elle l'avait toujours su.
« Vous… Vous souvenez. » déduisit-elle d'un ton neutre.
When everything I was is lost
I have forgot where you have not
When I am lost you have not lost me
Je ne pouvais pas la laisser reculer maintenant. Pas quand elle était persuadée que j'avais aimé Sara toutes ces années. Que le règlement aille se faire foutre…
« Oui. » admis-je.
« C'est… bien, Monsieur. » répondit-elle de façon monocorde. « Vous m'avez… manqué. »
Je choisis de saisir la perche qu'elle venait de m'offrir sans le savoir. Parce que, dans ma tête, la fille en robe rouge riait sous la pluie…
« Vous m'avez manqué aussi. » déclarais-je. « Je ne le savais pas, c'est tout. »
Elle s'humecta les lèvres, ne gardant le contrôle d'elle-même qu'au prix d'un effort visible.
« Sara vous manquait. » corrigea-t-elle tristement.
« Non. » protestais-je doucement. « Je le croyais mais… non. C'était vous. Ca a toujours été vous, Carter. »
Elle ferma les yeux à mon utilisation de son nom et pendant une seconde je crus qu'elle allait se mettre à pleurer… Ou me jeter l'Armée au visage… Mais c'était Carter… évidemment, elle me surprit.
« Je ne sais pas trop… ce que je dois croire. » avoua-t-elle et il y avait une fêlure dans sa voix. Vulnérable.
« Croyez en moi. » suggérais-je. « Croyez en moi comme je crois en vous. »
Nos regards se croisèrent à ce moment là. Je restais prisonnier de ces yeux bleus et j'en étais content, soulagé. Avec hésitation, ma main vint courir sur sa joue et comme elle ne s'écartait pas, je fis un pas en avant.
« Carter ? » murmurai-je, lui offrant l'opportunité de refuser ce que j'allais faire, de remettre entre nous ces barrières qui venaient de céder.
Elle n'en fit rien, se contentant de poser une main tremblante sur ma poitrine. Pour me repousser ou m'attirer je n'en savais rien, mais je pris la décision pour nous deux : j'inclinais lentement le visage vers le sien. Je frôlais à peine ses lèvres, frissonnant à l'électricité que déclenchait ce simple contact, mais elle captura ma bouche avant que j'ai pu m'éloigner.
J'avais imaginé cet instant de nombreuses fois mais je n'avais jamais pensé me maîtriser assez pour que notre premier baiser ne soit pas une explosion de passion, le combat de deux volontés… Et pourtant… langoureusement tendre, il me laissa à bout de souffle.
Exactement comme la fille en rouge qui riait sous un déluge…
You have not lost me
