Bonjour tout le monde ! tout d'abord je tiens à m'excuse (une fois de plus) pour les délais d'attente ! Donc pour me faire pardonner je vous offre un chapitre deux fois plus long que d'habitude.

Autre nouvelle, il sagit de l'avant dernier chapitre de cette fics ! Mais cette fois-ci je vous jure que vous attendrez moins d'un mois pour avoir le dernier chapitre (il est en cours d'écriture et ma bêta correctrice à promis de me tuer si je ne lui envoie pas dans deux semaines !)

Une dernière chose avant de vous laisser lire ce chapitre, Guest et anonymous : si vous aviez un compte j'aurais pu vous tenir au courant de l'avancée du chapitre par mp ! donc pensées y ;)

Attention ce chapitre contient une scène très violente pour les coeurs fragile!

Sur ce bonne lecture !


L'écran de chargement se termine, nous laissant enfin commencer une partie qui restera mémorable.

Comme prévu, nous alternons la manette de temps à autre. Natsu, fidèle à lui-même, s'amuse à me déconcentrer durant les mini-jeux, il enchaîne les grimaces, bruits stupides ou dégoûtants, les coups d'épaule et autres. Le pire dans tout ça c'est que son petit manège fonctionne ! Je n'arrive pas à rester de marbre quand il s'éclate à toucher son nez avec sa langue tout en louchant, cette grimace est vraiment trop hilarante et me déconcentre à chaque fois.

Quand vient le tour de Pinky, je décide de me venger. J'attends qu'il soit plongé dans le jeu avant de passer à l'attaque, lorsque le moment est venu je passe mes doigts sur ses côtes. A peine l'ai-je effleuré qu'il explose de rire, je ne peux résister à la tentation d'approfondir les chatouilles. Il se tord de rire sous mes doigts vicieux, il finit par tomber du canapé. Je profite du fait qu'il soit à terre pour me positionner à califourchon sur lui et reprendre la torture de plus belle, notre nouvelle position n'offre aucune échappatoire à Nat' qui ne peut qu'endurer le supplice en riant aux larmes. Je finis par cesser les chatouilles et l'observe alors qu'il tente de reprendre un souffle normal, ses pommettes sont rosies par l'effort et quelques gouttes de sueur glissent le long de son visage. Je contemple ce spectacle hypnotisant avant de plonger mon regard dans ses yeux vert, ses deux billes émeraude ont un pouvoir magnétique sur moi.

Je remarque que ses pupilles me fixent aussi mais elles sont différentes, un éclat ou plutôt une étincelle y est apparue. Au même moment je sens la main de Natsu remonter le long de mon bras dans une douce caresse jusqu'à s'immobiliser sur ma nuque. toujours hypnotisé par cette étincelle nouvelle au fond de ses yeux, je ne sens pas qu'il exerce une légère pression sur ma nuque. Je finis par prendre conscience de notre rapprochement progressif mais ne fais aucun mouvement pour l'empêcher, je peux contempler son regard d'encore plus près. Nos visages sont si proches que nos souffles se mêlent, mon regard finit par dériver sur ses lèvres charnues et humides qui semblent m'appeler. Je ne résiste pas à la tentation et y pose les miennes, le contact est doux et chaud, c'est agréable. Je me sens soudainement bien, tellement bien ! Je prends le visage de Natsu entre mes mains et approfondis le baiser en introduisant ma langue dans sa bouche à la recherche de la sienne. Je me sens revivre à travers ce baiser, je suis consumé par la chaleur qu'il m'offre et me sens pleinement heureux comme jamais. A contrecœur je me sépare de ses lèvres pour reprendre mon souffle, j'en profite pour le contempler et me rends compte par la même occasion qu'il fait pareil. Nous restons ainsi à nous dévorer du regard sans rien dire.

Puis tout à coup, je prends conscience de ce qu'il vient de se passer, je viens d'embrasser mon meilleur ami ! Je l'ai embrassé et j'y ai pris du plaisir, beaucoup de plaisir. Finalement c'est lui qui avait raison, mon père a toujours vu juste, je suis une tapette... Plus j'essaye de mettre de l'ordre dans mes idées et de relativiser, plus je me dégoûte de lui donner raison.

— Gray, qu'est-ce qui ne va pas ? me demande Nat' qui a bien vu que j'étais perturbé par ce baiser.

— J'ai... J'ai embrassé un garçon et j'y ai pris du plaisir, répondis-je encore embrouillé et sous le choc.

— Qu'est-ce qu'il y a de mal à ça ?

— Mais je... je peux pas être une tapette, je peux pas lui donner raison ! expliquais-je alarmé en me tenant la tête.

— Donner raison à qui ? Gray calme-toi s'il te plaît, calme-toi et regarde-moi ! m'ordonne-t-il tout en prenant mon visage au creux de ses mains.

Je me replonge malgré moi dans son regard émeraude et me calme, fasciné par ses pupilles si expressives. J'y distingue de l'inquiétude, de l'incompréhension mais aussi de la détermination et une petite touche de je-ne-sais-quoi. En me concentrant sur cette lueur inconnue, je me rends compte que c'est la même qui brillait dans ses yeux lorsque nous nous sommes embrassés.

— Maintenant que tu es calmé, tu peux m'expliquer en quoi est-ce un problème si grave d'aimer un homme ? me demande Natsu tout en me conduisant vers le canapé.

Nous prenons place sur ledit canapé. Je prends une grande inspiration pour mettre de l'ordre dans mes idées et me donner du courage, je tourne la tête pour faire face à Pinky qui semble vouloir me laisser le temps d'organiser mes pensées.

— Quand elle est mo... Enfin quand ma mère est morte, ma relation avec mon père a changé, commençais-je avant de m'interrompre brusquement.

je ne peux pas tout lui raconter ! Pas maintenant alors que tout change ! Et puis lui me tuerait s'il apprenait que j'ai dévoilé notre secret...

— Comment a-t-elle changé ?

— Il s'est refermé sur lui-même, son deuil a été très dur à faire et durant ce laps de temps je lui ai servi de défouloir verbal.

Je pense que le mieux est de cacher les zones sombres de ma relation avec mon paternel à Natsu mais lui parler me fait du bien.

— Il a pu faire son deuil depuis ? m'interroge-t-il très impliqué.

— Oui il l'a fait, difficilement mais il y est parvenu, répondis-je.

— Maintenant ta relation avec lui s'est améliorée ?

— Oh oui ! m'exclamais-je plus enthousiaste que je ne le devrais, mais le souvenir de cette étreinte que je lui ai fait sans être repoussé me comble de joie.

—Tant mieux, continue-t-il avec un petit sourire soulagé, alors penses-tu pouvoir en parler ?

— Comment ça ?

— Penses-tu pouvoir parler de cette période sombre avec ton père ? Explique-lui que même si tu comprenais sa souffrance, certains de ses mots t'ont blessé et marqué, propose-t-il calmement pour me laisser le temps d'assimiler chacun de ses mots et de ce qu'ils impliquent.

— Sincèrement je sais pas, répliquais-je en me passant une main sur le visage.

— Le plus tôt sera le mieux Gray, ne reste pas plus longtemps avec cette douleur sur le cœur, argumenta Natsu en posant sa main sur mon avant-bras pour me rassurer.

— Tu as peut-être raison, je vais essayer, expliquais-je.

— Une dernière chose Gray, tu n'as pas à avoir honte de ressentir des sentiments pour un homme. Il n'y a aucune honte à aimer au contraire c'est quelque chose de bien !

— …

— En tout cas moi je suis fier des sentiments que j'ai pour toi, finit-il.

Cette dernière déclaration me touche beaucoup plus que je ne l'aurais imaginé, je suis soudainement pris par l'envie de retenter l'expérience du baiser.

Je m'avance vers lui doucement, il en fait de même en fermant les yeux. J'approche lentement ma bouche en direction de la sienne, lorsqu'elles se frôlent, un frisson parcourt ma chair y imprégnant une sensation de pur plaisir. Je presse mes lèvres contre les siennes, leur douceur me captive et je souhaite m'en délecter encore plus. J'y intègre ma langue dans l'espoir de pouvoir de nouveau goûter au parfum si particulier et envoûtant de ses baisers, nos langues se câlinent dans un bal sensuel et savoureux. Je me sépare de la chaleur rassurante de ses lèvres à contrecœur, je suis toujours autant confus avec mes sentiments mais je suis sûr d'au moins une chose : j'ai besoin de lui pour avancer.

— Gray, m'interpelle-t-il me sortant de mes pensées, je comprends le chamboulement que ça représente pour toi. Crois-le ou non je suis passé par là moi aussi, c'est pourquoi je veux que tu saches que nous avancerons à ton rythme.

Il appuie sa déclaration d'une caresse sur ma joue, sa paume effleurant mon épiderme m'électrise. Je me sens regonflé à bloc, une sensation longtemps oubliée refait finalement surface : la joie à l'état pur.

Soudainement et sans que je ne sache vraiment pourquoi, mon regard croise l'horloge numérique qui indique seize heures quarante. A cette constatation je m'alarme, je devrais déjà être chez moi depuis vingt minutes ! Cette fois c'est sûr mon père va me tuer. J'étouffe un juron et m'empresse de rassembler mes affaires puis me précipite vers la porte, je m'arrête juste avant de franchir le seuil. Je me retourne pour adresser un dernier sourire à Natsu accompagné d'un « Merci pour tout »

S'en suit une course effrénée à travers le centre-ville pour regagner mon quartier d'habitation. Je ralentis en voyant ma maison au loin, comme à chaque fois que je rentre, je suis dégoûté par son aspect délabré qui est encore plus appuyé par celui soigné des autres habitations qui l'entourent. Je réentends mon père assurer qu'il va lui donner un bon coup de pinceau demain, déclaration qui date maintenant de deux ans. Je devrais peut-être le faire moi-même mais j'ai peur qu'il prenne ça pour un affront, comme pour le reste des travaux qui s'accumulent dans la maison qui a fini par devenir insalubre. Mais maintenant que les choses changent, j'ai envie de nous offrir un environnement favorable à notre réconciliation, je suis pris d'une toute nouvelle résolution que je compte bien tenir !

Cette journée est décidément bien remplie mais surtout une des plus heureuses que j'ai pu vivre, c'est donc avec le plein de vitalité et un sourire jusqu'aux oreilles que je passe le pas de ma porte.

— Papa ! Je suis rentré !

— T'es en retard du con ! m'invective-t-il en sortant de la cuisine, où t'étais ?

— Je... J'étais avec Natsu, on a pris du retard en cours d'art donc on a dû rester un peu plus longtemps pour finir, mentis-je ne me sentant pas prêt à tout lui dire.

— Et vous avez fait quoi en cours d'art ? demande-t-il en croisant les bras sur son torse.

— Un portrait, j'ai fait celui de Natsu et lui a fait le mien.

— Je comprends mieux, il en faut du temps pour reproduire ta tête de con ! Ho et tiens montre-moi sa tête à lui que je rigole un peu, ordonne-t-il en tendant la main.

— Mais je... paniquais-je, je ne l'ai pas.

— Pourquoi ?! s'énerve mon père.

— Je l'ai rendu au prof, c'est pour ça qu'on est resté un peu après les cours pour le finir. On avait que quatre heures pour le faire.

Mon père reste silencieux quelques secondes ce qui me rend nerveux, a-t-il compris que je lui mentais depuis le début ou va-t-il croire à mon mensonge ? Je sais pertinemment que ma santé est en jeu.

— Dommage, j'aurais aimé voir si sa gueule est aussi gerbante que la tienne, déclare-t-il finalement.

Je retiens un soupir de soulagement qui aurait pu me trahir, avant de déposer mes affaires devant les escaliers et me diriger vers le jardin accompagné de ma bonne humeur réapparue. Mon comportement inhabituellement joyeux semble attirer l'attention de mon paternel car ce dernier me suit sur le chemin qui mène à la cabane du jardin. Je n'y prête pas attention et reste concentré sur mon objectif du jour, mais à peine ai-je posé un pied à l'intérieur de la vieille baraque que je suis coupé dans mon élan par de douloureux souvenirs qui remontent et me paralysent de peur.

Je reste complètement figé sur le seuil, peu importe où je pose les yeux, chaque recoin de ce lieu maudit me rappelle un lointain calvaire. L'angoisse et la peur se mêlent en un poison qui s'insinue dans mes veines et réveillent de vieilles blessure oubliées, du moins je le croyais.

J'aperçois la caisse à outils que je suis venu chercher, elle est tout près juste sous l'établi ! Mais malgré mes efforts pour faire abstraction, ma mémoire s'acharne à me renvoyer des flashs de toutes les abominations que j'ai vécues entre ces murs.

J'entends mon père ricaner dans mon dos avant d'ajouter :

— Bâ alors ? Tu comptes prendre racine ici ? Si la cabane te plait tant que ça je peux te foutre un drap, une écuelle et une laisse. Ça fera ton sur ton pour le chien que tu es !

En entendant sa proposition inhumaine, ma résolution de lui montrer le meilleur de moi-même prend le dessus et je suis à nouveau maître de mes faits et gestes.

J'avance finalement dans la pièce et me saisis de la boîte à outils. Je suis immédiatement surpris par son poids mais j'essaye de le cacher car je ne veux pas lui donner une nouvelle opportunité de me rabaisser. Je sors rapidement de la cabane – qui a le don de m'oppresser – et prends une profonde respiration dans le jardin, j'ai l'impression de ne pas avoir profité d'une bouffée d'air frais depuis des lustres. De nouveau d'attaque, je m'empresse de rejoindre le salon et de déposer mon fardeau devant le radiateur.

Mon père, toujours sur mes talons semble ne pas comprendre – même si cela semble évidant – ce que j'entreprends. Alors que je m'accroupis et commence à déballer les outils nécessaires aux réparations que je prévois, il me demande de son amabilité habituelle :

— Qu'est-ce que tu trafiques encore ?

— L'hiver approche, je vais réparer le radiateur pour que l'on passe un meilleur hiver cette année.

Je n'ai pas le temps de voir le coup de pied arriver, il me percute à la tempe ce qui envoie violemment ma tête heurter le mur à ma droite. Je m'écroule complètement sonné par la violence du choc, le monde danse devant mes yeux alors que mes oreilles bourdonnent. J'entends mon père dire quelque chose mais je n'en saisis pas un mot. Il remarque mon manque de réaction et cela semble l'énerver car il m'attrape par le col et me plaque contre le mur de façon à ce que nous soyons parfaitement face à face. Étant plus petit que lui d'une tête, je me retrouve les pieds dans le vide à suffoquer à cause de la pression qu'il exerce sur mon thorax. Finalement il s'exprime en hurlant :

— Petite merde ! C'était quoi ce reproche ?! Alors voilà, maintenant que monsieur à un ami il se croit au-dessus des autres !

— N...non...Tu te...trompes, essayais-je d'articuler alors que le manque d'air se fait soudainement ressentir.

— Ha ouai ? Alors c'était quoi cette putain de remarque ? demande-t-il en relâchant un peu la pression tout en me gardant prisonnier de sa poigne.

— Je m'inquiète pour toi, expliquais-je après avoir repris quelques bouffées d'oxygène, j'ai peur que tu tombes malade. On annonce un hiver rigoureux cette année.

Cette fois-ci, j'ai le temps de voir le coup de poing arriver avant qu'il ne s'écrase sur ma mâchoire. Il me laisse tomber au sol et me toise de toute sa hauteur.

— Tu me crois une lopette comme toi ?! Moi je suis un homme ! Un vrai, un dur !

— Moi aussi je suis un homme, me défendis-je blessé par ses propos.

— Non toi t'es un chien, une lopette, une merde ! Que dis-je, une sous-merde !

— Je...

— Tu rien du tout ! Le chauffage c'est moi qui vais le réparer, c'est un boulot d'homme.

— Non ! hurlais-je malgré moi, je veux le faire moi même ! Je veux te prouver ma valeur.

Mon père devient soudainement silencieux, il ne bouge plus d'un pouce. Seules ses pupilles semblent s'activer, trahissant une réflexion intense et rapide. Brusquement, il brise le silence pesant :

— Pourquoi ? me demande-t-il d'une voix neutre.

— Parce que je t'aime, je veux simplement plus de considération de ta part, avouais-je sincèrement.

— T'as intérêt à t'appliquer ! gronde-t-il en me pointant le radiateur du doigt.

Je reste figé sur place, je... J'ai gagné ? Alors que j'ai du mal à reprendre contact avec la réalité – cette victoire est si jouissive – il ressort de la cuisine avec une bouteille de whisky et un verre. Il s'apprête à monter à l'étage mais s'arrête devant l'escalier et m'interpelle :

— Tu comptes t'y mettre ou t'attends une invitation ?

— Je m'y mets tout de suite papa ! répondis-je joyeusement en lui offrant ce que je pense être mon plus beau sourire, ou en tout cas l'un des plus sincères.

Finalement il monte dans sa chambre tandis que je m'attelle à ma tâche plus heureux que jamais. En y repensant cette journée est incroyable, je me suis rapproché de Natsu à un point que je n'imaginais pas, il est devenu mon pilier central sans lequel je n'aurais pu avancer à ce point et enfin je sens que je me rapproche de mon père.

Cette énumération de bonnes choses me rend d'humeur plus joyeuse encore, tellement que je ne peux m'empêcher de fredonner un air qui me passe par la tête. Je termine de démonter la tuyauterie du radiateur et commence mon inspection minutieuse de chaque pièce pour trouver l'origine du problème. Au bout d'une dizaine de minutes de recherche, je tombe finalement sur la réponse : le tuyau d'arrivée de vapeur est bouché par un dépôt de calcaire.

Je me saisis d'un fil de fer de gros diamètre et commence à le déboucher, sans vraiment réaliser, je me mets à chanter et entame Envole-moi de Jean-Jacques Goldman. Au bout de quelques couplets j'entends résonner de là-haut un poétique « ta gueule » semblant sortir du cœur. Je m'excuse assez fort pour qu'il m'entende et reprends ma tâche en silence.

Une fois sûr d'avoir correctement évacué le bouchon, je commence à remonter les pièces entre elles au moment où je fais une désagréable découverte : le tuyau que je viens de déboucher est percé. Je soupire en comprenant que je ne pourrais pas finir le travail sans cette pièce maîtresse. Tandis que je réfléchis à la marche à suivre, la voix de mon père résonne une nouvelle fois :

— Gray, elle est où ma chemise blanche ?

Je retiens de justesse une exclamation de joie, il m'a appelé par mon prénom et non par une insulte ! Il m'a appelé par mon prénom ! Cette nouvelle victoire est d'autant plus jubilatoire que suite à mon absence de réponse, il me interpelle une nouvelle fois :

— T'as perdu ta langue ? Où est ma putain de chemise ?

Toujours pas d'insulte ! Un gros mot certes mais il ne m'est pas destiné, pour garder cette victoire intacte, je m'empresse de lui répondre.

— Sur la panière dans le couloir ! Elle est lavée et repassée, ajoutais-je.

— Enfin quelque chose d'utile de ta part !

Je sens une goutte d'eau dévaler ma joue et réalise en même temps que je pleure, je pleure de joie mais quoi de plus normal après un tel compliment ? Il a pleinement reconnu mon utilité ! Il l'a fait ! Lorsque j'arrive à me reprendre et essuyer mes dernières larmes, mon père redescend vêtu de la fameuse chemise, d'un jean noir et de chaussures de ville. Face à cet accoutrement ma mine s'assombrit car je sais pertinemment ce qu'il sous-entend, comme pour confirmer mes pensées, mon père annonce :

— Je vais au...

— Bar des plaisirs, le coupais-je dans un soupir.

— Qu'est-ce que t'as encore ? réagit-il à mon soupir.

À ce moment précis, les conseils de Natsu me reviennent en mémoire « dis-lui ce que tu as sur le cœur » Je prends donc mon courage à deux mains et me lance :

— J'aimerais que tu t'occupes plus de moi que de ces filles.

Suite à ma déclaration il reste bouche bée et me fixe de ses yeux marron comme s'il cherchait une confirmation qu'il n'a pas rêvé. Pour toute réponse je soutiens son regard de la manière la plus tendre que je peux, je ne veux pas qu'il se sente agressé.

Il reste planté là à me jauger quelques secondes de plus avant de tourner les talons et partir. J'ai le temps de glisser un dernier « je t'aime papa » avant que la porte ne se referme. Je ne sais pas quoi penser de ce qui vient de se passer, déconcerté je décide de laisser ça de côté pour me concentrer sur ma tâche précédente qui est le tuyau percé. Je regarde distraitement la pendule qui annonce dix-huit heures trente cinq, à cette heure le magasin de bricolage est fermé. Finalement le plus simple est que j'y aille demain en sortant des cours, pour ne pas oublier je cale le tuyau – qui s'apparente plus à une barre de fer – contre le mur de l'entrée. Je vais ensuite ranger tout ce que j'ai sorti dans le salon, toujours pris d'entrain je me lance ensuite dans un grand nettoyage.

Je passe l'aspirateur dans toute la maison puis je passe la serpillière dans la cuisine et la salle de bain, enfin je termine par jeter tous les cadavres de bouteilles qui traînent dans la maison. Épuisé mais satisfait de mon travail, je termine cette journée par la préparation du dîner. Quand vingt et une heure sonne, je suis découragé par l'absence de mon père. À quoi je m'attendais aussi ? C'est toujours pareil quand il part là-bas, trois scénarios se répètent indéfiniment : Micka m'appelle car il est trop soul pour rentrer tout seul, il rentre mais s'écroule sous son degré d'alcoolémie – comme hier – ou dernier cas, il n'est pas ivre mort et passe la nuit à se défouler sur moi furieux d'avoir été jeté du bar à sa fermeture.

Je soupire en priant pour que ce ne soit pas le troisième cas, je ne veux pas réduire à néant tout ce que je viens de réussir. Je mange rapidement et mets sa part dans le micro-onde, je suis exténué et préfère me coucher maintenant. Je me doucherais demain matin...

En plein milieu de la nuit, je suis réveillé par des bruits de pas dans le couloir. Je n'y prête aucune attention sachant pertinemment qu'il s'agit de mon père qui décide enfin d'aller se coucher. Je me retourne dans l'espoir de rapidement m'endormir mais mon paternel semble ne pas être de cet avis, j'entends la porte de ma chambre grincer derrière moi. Je vois le faisceau de lumière s'étirer au fur et à mesure que la porte s'ouvre, mon cœur s'accélère à cette constatation. Je tente d'ignorer cette intrusion en fermant les yeux, mais au fond j'essaye juste d'échapper à la vision de la silhouette de mon père sur le mur. Réflexe stupide puisque quoi qu'il arrive je n'y échapperais pas. L'ombre s'agrandit, telle une menace sortie de la nuit, au fur et à mesure qu'il s'approche de mon lit. Je frissonne à l'entente du plancher qui grince sous ses pas. Au bout de quelques secondes, il s'arrête au pied de mon lit. Je ne le vois pas mais je sens sa présence dans mon dos et j'entends sa respiration saccadée, il a encore bu…

Je sens mon matelas s'affaisser légèrement dans mon dos, il s'est assis sur le bord de mon lit. Soudain je sens quelques chose que je n'aurais jamais imaginé, quelque chose de doux et d'apaisant, une main qui me caresse les cheveux. Je n'ose plus bouger de peur de rompre ce contact si agréable, j'imagine qu'il croit que je dors. Je profite au maximum de cette caresse qui m'est offerte, finalement peut-être que mes efforts ne sont pas vains, peut-être que cette marque de tendresse est la preuve que notre relation évolue ?

Il approfondit la caresse en faisant glisser ses doigts entre mes mèches, il continue ainsi quelques secondes encore avant de descendre sa main le long de ma nuque et de finir par effleurer le haut de mon dos. Je me laisse complètement aller à cet élan d'affection au point de laisser échapper un soupir de plaisir, je regrette immédiatement car il stoppe tous mouvements. Malgré tout, il garde sa paume chaude sur ma peau, au bout d'un instant – qui me parut interminable – il prend la parole :

— Ça te plaît ? demande-t-il doucement me faisant légèrement sursauter au passage.

— Ou...Oui, bafouillais-je.

— Allonge-toi sur le ventre, m'ordonne-t-il d'une voix ferme.

Je m'exécute avec angoisse mais surtout avec déception, si je m'étais contrôlé qui sait combien de temps j'aurais pu profiter de ce moment si agréable ? Au lieu de ça j'ai tout gâché ! Je pense sincèrement que je mérite la punition à venir. Je le sens qui m'enjambe et ainsi me bloque sous lui, tout mon corps se raidit, je me cramponne à mon oreiller et enfouis ma tête dedans tandis qu'une larme s'échappe de mon œil et roule le long de ma joue. Je tremble alors que je l'entends prendre une grande inspiration, ça y est il va porter le premier coup...

Pour la seconde fois cette nuit, mon père me surprend de la façon la plus agréable qui soit. Il me masse le dos, avec un peu trop d'insistance certes mais la douleur n'est que dérisoire comparée au feu d'artifice de bonheur qui explose en moi. Je ferme les yeux et profite de la douceur qui m'est offerte, à cet instant je suis fier d'avoir tout supporté jusqu'ici car ce moment unique en valait vraiment le coup. Je me détends face à la chaleur que ses mains diffusent sur ma peau, j'ai l'impression de rêver mais si c'est le cas je souhaite sincèrement ne jamais me réveiller. Tous mes efforts sont récompensés par cette tendresse qui me prouve que notre relation a réellement évoluée.

Je suis soudainement surpris par une caresse un peu trop téméraire sur mon fessier, est-ce un mouvement accidentel ? Je suis rassuré en percevant ses mains remonter le long de mon dos, bien sûr que ce n'était pas voulu, il ne pourrait pas me faire ça. Pourtant je me fige d'un coup sentant de nouveau une paume malaxant ma fesse, mon sang se glace en comprenant que cette fois-ci la caresse est intentionnelle. Je commence à remuer pour me dégager en l'interpellant légèrement stressé :

— Papa, arrête s'il te plait.

Mais au lieu de m'écouter, il me recouche de force en plaçant sa main sur ma nuque. Je panique totalement alors qu'il me maintient plus fermement d'une main tandis que l'autre se fraye un chemin en direction de ma virilité.

— Arrête ! Fais pas ça ! hurlais-je horrifié par ce qu'il fait.

— Tais-toi et profite, c'est ce que tu voulais depuis le début ! me répond-il en continuant.

— Non j'ai jamais voulu ça ! continuais-je en me débattant comme je peux.

— Menteur ! C'est toi qui as dit que tu m'aimais, que tu voulais plus de considération de ma part et que je m'occupe de toi plutôt que des filles du bar ! s'écrit-il en me maîtrisant contre le matelas.

Il a lâché ma nuque pour m'attraper et me tordre le bras dans le dos, dans cette position je suis complètement à sa merci et à celle de sa main qui se glisse finalement dans mon caleçon. Au contact de ses doigts vicieux sur ma verge, j'éclate en sanglots et le supplie d'arrêter. Il ne cesse de répéter que c'est ce que je voulais, que c'est moi qui l'ai poussé à bout avec mes avances à peine voilées. Non ! Ce n'est en rien ce que je voulais ! Je voulais... je voulais seulement une relation avec mon père, je voulais seulement un peu de bonheur, je voulais seulement une vie normale...

Mes pleurs s'intensifient alors qu'il me débarrasse de mon caleçon, je tente de m'enfuir à ce moment mais je suis toujours coincé sous lui et échoue. Ayant senti ma tentative de fuite, il me décoche un très violent coup de poing en pleine tempe me plongeant ainsi dans un état semi-inconscient. Je n'arrive plus à bouger alors que le monde danse une nouvelle fois devant mes yeux mais cette fois-ci j'ai l'impression que mon environnement me nargue à travers cette danse éphémère. Je reprends pieds dans le monde réel au moment ou je sens mon père s'introduire en moi, je hurle sous la douleur de l'intrusion alors que tous mes rêves de relation heureuse avec lui se brisent sous mes yeux.

Je ne peux retenir mes gémissements à chacun de ses coups de rein qui me détruisent de l'intérieur, j'enfonce ma tête dans mon oreiller tentant de fuir cette réalité trop écœurante. Mes sanglots s'accentuent alors que je sens sa semence se répandre en moi, à cet instant je ne souhaite plus qu'une chose : mourir ! Que tout s'arrête enfin, que je sois lavé de cette humiliation, que mes espoirs détruits ne m'écrasent plus le cœur, que je puisse enfin me reposer.

Il se retire finalement et quitte ma chambre chancelant en me lançant un dernier « pauv' tapette », à ces mots je saute hors de mon lit et m'étale au sol sous la douleur qui me vrille le bas du dos. J'essaye d'ignorer la douleur et enfile prestement un jean avant de quitter la maison en courant, la douleur que provoque ma course effrénée redouble mes larmes mais je m'arrête pas, je ne veux plus souffrir, je ne veux pas que les ténèbres me rattrapent de leurs griffes glaciales, je ne veux pas qu'il repose ne serait-ce que les yeux sur moi.

Durant ma course déchaînée, il me semble entendre hurler mon prénom derrière moi. Complètement paniqué j'accélère un peu plus jusqu'à atteindre le lycée, j'escalade en quelques secondes le portail de ce dernier et m'introduis à l'intérieur par la porte de secours. Je ne ralentis pas mon allure alors que j'entame la montée des escaliers qui mènent au toit, une fois arrivé je reprends mon souffle tout en m'approchant du garde-fou lentement et d'une démarche boitillante. Ma main tremble tandis que je me saisis de la barrière, je l'enjambe lentement et fixe le sol trente mètres plus bas. Je me concentre vers l'horizon au loin et prends une grande inspiration.

Je tremble comme une feuille alors que je lâche ma prise et que le vide m'aspire, je ferme les yeux en réalisant que je vais enfin être libre...


Voilà pour ce chapitre, je vous pris de garder vos projectiles avec vous ! vous en aurez peut-être besoin pour le prochain et dernier chapitre ;)