Ô joie

Elle fait quelques pas et inspire une grande bouffée d'air, les yeux fermés. Parvati marche derrière elle d'un pas lourd. Elle lui en veut toujours un peu de sa conduite qu'elle qualifie sans cesse de puérile vis-à-vis de Ron, mais Lavande ne s'en soucie pas. Elles se réconcilient toujours, de toutes façons.

Elle sourit, sentant le soleil caresser sa peau d'une chaleur agréable. C'est la dernière journée qu'elle passera dans ce château en tant qu'élève, et elle a bien l'intention d'en profiter. Parce que cet endroit lui manquera, inévitablement, comme il manquera ou manque à la plupart des gens qui sont passés par là. C'est quasiment impossible de pas se sentir chez soi, ici. L'habitude des cours qui s'installe peu à peu… On commence à retenir tous les noms, les visages des gens. On connaît les passages secrets, chaque couloir, chaque tableau…

Puis on doit partir. C'était inévitable, juste la vie. Elle soupira, souriant toujours, et ouvrit les yeux. Tout le monde était dehors, sortis profiter de la belle et ultime journée d'été. Le dos appuyé contre un arbre, affalés près du lac – le calmar géant aussi semblait apprécier le soleil –, assis dans l'herbe… Ils riaient, parlaient joyeusement. Elle le chercha automatiquement des yeux, dans une habitude que Parvati qualifia de malsaine.

Elle chassa la remarque de son amie d'un geste insouciant de la main. Rien ne pourrait gâcher cette journée. Pas même cette fille qu'elle haïssait tant qui passait ses mains dans les cheveux de celui qui avait été autrefois « son Ron-Ron » soit-disant parce qu'il avait une cerise sur la tête. Stupide prétexte. Il sembla y croire ou alors il s'en fichait complètement, parce qu'un sourire niais s'étalait sur ses lèvres si délicieusement appétissantes. Elle les ignora en s'efforçant de sourire. Parvati sembla satisfaite et lui tapota l'épaule, encourageante.

- On s'assoie ? proposa Lavande.

Son amie acquiesça et elles s'affalèrent par terre, en plein soleil. Un silence s'installa. Parvati le brisa.

- Ca fait quand même bizarre, non ?

Elle ne répondit pas tout de suite. Se remémora les années passées ici, tous les souvenirs qu'elle avait, imprégnés des murs de Poudlard, impliquant les sorties à Pré-au-Lard, les débuts de cours manqués pour cause perdition dans les couloirs, les après-midi dehors, les vacances de Noël ici, les soirées près du feu ou dans le dortoir…

- Oui, lâcha-t-elle finalement. Oui, c'est vraiment étrange. Notre dernière journée…

- Ca va me manquer.

- A moi aussi.

- En fait, je ne sais pas à qui ça pourrait ne pas manquer.

- C'est vrai, approuva Lavande. On accumule tellement de bons moments ici…

- La plus belle période de notre vie.

- Ce qui me déçoit un peu, c'est que la plus belle période de la plus belle période de ma vie, c'est quand j'étais avec lui.

- Oh, Lavande, ne recommence pas…

- Je sais, désolée, mais c'est plus fort que moi. Je sais pas si je réussirais un jour à passer à autre chose.

- Bah, c'est jamais rien qu'une… amourette.

Le mot la fit sourire. Lavande, elle, était assombrie. Elle semblait pensive.

- C'était tellement merveilleux… J'avais vraiment l'impression qu'il m'aimait pour moi… Enfin déjà, qu'il m'aimait tout court.

- Je t'en prie, tu te fais du mal, arrête… La vie continue.

- Tu as raison.

Elle adressa un sourire rayonnant à son amie et ferma les yeux, allongée au soleil, profitant de cette dernière belle journée, repensant avec nostalgie à tous les moments passés ici. Souriant au soleil malgré la guerre en cour, elle évita de penser à l'avenir qui l'attendait – évitant également de se demander même si elle en aurait un.

Si elle survivait à la guerre, elle aurait de longues études à faire après Poudlard. Elle devrait s'installer dans un appartement, travailler à ses propres dépends… Elle secoua la tête. Mieux valait ne pas y penser, laisser faire la vie. Juste profiter de cette dernière journée ensoleillée ici, tout simplement. Elle n'était même pas sûre qu'elle vivrait et, de toutes façons, si sa destinée était de vivre, elle devrait se débrouiller seule, pour la première fois de sa vie.

Un sourire ironique se dessina sur ses lèvres.

- Ô joie.