Chapitre 9
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Le pardon. Le premier pas est le plus difficile
Phil Bosmans
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Emma sillonnait les couloirs depuis cinq bonnes minutes, un gobelet de café en main. Enfin, elle vit celui qu'elle cherchait, appuyé contre un chariot de réanimation. Elle l'observa un moment avant de prendre son courage à deux mains. Elle s'avança vers son beau frère et s'arrêta à quelques mètres de lui. Elle parcourut les derniers mètres sans qu'il s'en aperçoive et elle déposa le gobelet fumant à côté des papiers que David était en train de remplir. Il leva le regard pour voir d'où venait ce présent.
-Emma !? s'étonna-t-il.
-Ouais… Salut… dit-elle mal à l'aise.
Les yeux bleus de David la fixèrent un long moment avant qu'il ne secoue la tête.
-M…merci pour… euh… le café !
Elle hocha plusieurs fois la tête en se tordant les doigts sans savoir quoi répondre. Elle tendit le bras vers la boisson.
-De rien…
Un silence inconfortable s'installa, laissant leurs yeux se chercher jusqu'à ce qu'elle décide de rompre le calme.
-J'essaye David… je me suis rendue compte de certaine choses dernièrement et… j'essaye de… de pardonner.
Il hocha lentement la tête.
-Je comprends, dit-il.
-J'ai besoin de réfléchir encore mais… je pense que… tu as raison, j'aurai peut-être fait la même chose pour protéger ma famille… mais je m'y serais prise différemment !
Le chirurgien semblait boire les paroles d'Emma, essayant d'en comprendre le sens profond, comme s'il ne voulait pas perdre une miette de peur de manquer une information capitale.
-J'attendrais, finit-il par dire. J'attendrais que tu veuilles parler de nouveau avec moi et te confier et je ferai tout pour me faire pardonner, je t'assure, Emma.
-Ouais… j'en suis certaine.
-Je sais qu'il faudra y aller en douceur… mais je suis content qu'on puisse avancer.
-Moi aussi.
Après une hésitation, David se lança pour demander s'ils pouvaient éventuellement se voir autour d'un verre en dehors de l'hôpital. Le rendez-vous fut prit pour le soir-même au Rabbit Hole.
Regina sortit de la salle de réunion, un dossier sous le bras et prête à entamer une bonne session de travail couvrant des coupes budgétaires qu'elle devait ou non valider. Elle se dirigeait vers son bureau, plongée dans ses pensées, son portable à la main. Elle essayait de se concentrer pour passer sa commande convenablement. Regina détestait lorsqu'elle oubliait de rajouter tel ou tel ingrédient à ses plats favoris. Elle ne vit pas tout de suite que sa mère l'attendait devant la porte de son bureau. Lorsqu'elle rencontra ses yeux perçants, elle eut une moue désapprobatrice.
-Bonjour mère, lança-t-elle en la précédent dans la pièce.
-Tu as l'air reposée, ma chérie, dit-elle en coinçant son manteau sur son bras.
La brune contourna son bureau pour y déposer ses dossiers et son téléphone portable. Elle pianota un instant sur son ordinateur et retourna son attention sur la femme qui se tenait devant elle.
Elle décida d'attaquer la première, elle ne comptait pas laisser le sujet de côté.
-Qu'est ce que Sidney faisait à cette soirée ?
-Oh je t'en prie, tu ne vas pas encore revenir là-dessus !
Les sourcils de la mairesse se froncèrent. « Revenir » sur cette histoire ? Selon elle, ce n'était pas du tout la bonne formulation. Ceci dit, elle connaissait suffisamment sa mère pour savoir qu'elle mesurait chaque mot. « Revenir » signifiait -pour sa mère- , qu'elle faisait une histoire de pas grand chose. Cora avait l'air ennuyé que Regina prenne la situation de cette façon.
-J'ose espérer que tu n'insinues pas que j'en fais trop ! gronda Regina en croisant les bras sur sa poitrine.
Cora s'installa dans le fauteuil face à sa fille afin d'être au même niveau tout en montrant qu'elle se sentait suffisamment à l'aise pour prendre place sans y avoir été invitée.
-La politique est un art et une stratégie ma chérie et il serait temps que tu te tiennes un peu plus proche de tes ennemis.
-Tu voudrais que je me tienne proche de Sidney Glass ?
-Je ne te demande pas d'être sa meilleure amie mais juste de la surveiller un peu plus pour l'utiliser le jour où tu en auras besoin.
-Je ne suis pas comme ça ! expliqua Regina en croisant les jambes, ouvrant son dossier pour signifier à sa mère qu'elle souhaitait clore la conversation.
-La politique est comme ça ! répliqua Cora.
-C'est de la vieille politique !
-Non ! C'est la base de la politique ! Je suis terriblement déçue que tu ne t'en soies pas rendue compte avant !
-Je ne veux pas être comme ça ! répliqua la jeune femme en braquant son regard sur sa mère afin d'être certaine de faire passer le message.
-Tu es maire, Regina ! s'agaça Cora en montant d'un ton. Il va falloir ouvrir les yeux à un moment ou à un autre ! Je ne pourrais pas tenir ton empire à bout de bras indéfiniment ! Il va falloir que tu te prennes en main !
Le simple agacement de sa mère n'était qu'un début. Jamais une de leur querelle ne s'était terminée à ce stade et ce n'était pas maintenant que ça allait arriver. La brune se prépara donc à parer les coups. Elle décida néanmoins de rester très calme.
-Tu ne m'as pas placé là, mère ! Ma place je l'ai gagnée durement ! J'ai travaillé sans relâche et en étant correcte avec mes amis politique comme avec mes ennemis !
Cora se leva de son fauteuil pour se rapprocher de sa fille.
-Le problème Regina, c'est que tu n'as jamais vu plus loin que le bout de ton nez ! cracha-t-elle. La mort de ton père a été une tragédie mais cet article t'a rendu bien plus célèbre que tu ne veux bien l'admettre ! Et si elle n'avait pas vendu cette photo, tu ne serais peut-être pas là aujourd'hui ! poursuivit-elle en plaçant son index sur le bureau. Parce que les gens qui ont voté pour toi sont aussi ceux qui ont eu de la compassion !
La rage qui montait en Regina était dangereuse et l'évocation du 11 septembre 2001 lui faisait très souvent cet effet, mais voir que sa mère était prête à prendre la défense de celle qui l'avait trahie l'a précipita dans une colère noire.
-Cette photo a été un fragment de ma vie qui n'appartenait qu'à moi et qu'elle m'a volé ! s'écria-t-elle.
-Elle ne t'a rien volé du tout ! Les gens qui ont été pris en photo ce jour là …
-Ces gens-là n'avaient pas de carrière politique à construire ! coupa-t-elle. Ces gens n'étaient pas sa petite-am…
-Que tu le veuilles ou non, ta carrière a été bâtie sur cette photo et sur tes faiblesses ! coupa la rouquine.
Le choc fit taire Regina. La colère avait fait place à une surprise froide.
-Ecoute, reprit Cora plus doucement en commençant à faire quelques pas devant le canapé. Je savais qu'il y avait un risque pour que Sidney vienne à cette soirée mais je ne pensais pas que tu le prendrais comme ça !
-Comment voulais tu que je le prenne ? rugit Regina.
-Comme la maire de New-York ! rétorqua Cora d'un ton dur. Et pas comme une vulgaire petite fille blessée et pleurnicharde !
Les sourcils de la brune se levèrent face à cette nouvelle gifle verbale.
-C'est ce que tu penses !?
-Oui c'est ce que je pense, Regina ! Et ne fais pas semblant d'être fâchée, au fond de toi, tu sais que j'ai raison ! Dit-elle d'un ton très calme, presque maternelle.
La brune se sentit soudain minable, comme à chaque fois que sa mère et elle se disputaient aussi violemment. Elle ne ressortait jamais indemne de ces joutes verbales et cela faisait trop longtemps qu'elles n'en avaient pas eu pour que Regina se soit préparé.
-Tu penses toujours que tout est blanc ou noir ! Tu ne vois pas les subtilités ! Tu penses que Sidney est un démon et que ton père était un saint !
Soudain, la brune leva un doigt vers sa mère et d'une voix glaciale elle lui ordonna de ne pas mêler son père à cette discussion. Sans s'en rendre compte, elle s'était levée et avait contourné son bureau.
-C'était mon époux, Regina ! Tu sembles l'avoir oublié ! Il était aussi le père de Zelena ! Cesse de t'approprier la douleur qu'a pu causer sa mort !
-De toute évidence, il faut bien que quelqu'un se l'approprie parce qu'en ce qui te concerne, il semblerait que tu aies laissé ton cœur dans un placard ce jour-là !
Un léger silence suivit ces paroles. Cora lui lança un regard meurtier.
-Fais bien attention à ce que tu dis ! menaça-t-elle en voyant rouge.
-Sinon quoi, mère ? Tu chercheras à me détruire ?
Cora accusa le choc en étant cette fois ci sincèrement décontenancée.
-Je n'ai jamais pensé à te détruire ! J'ai toujours voulu le meilleur pour toi Regina. Tu n'imagines pas tout les gens que j'ai pu faire souffrir pour ton bonheur ! Tu n'imagines pas tous les secrets que j'ai dû conserver pour te protéger ! Je vois à présent que ça t'a juste rendu égoïste et idiote !
-Je ne t'ai jamais rien demandé, mère ! En m'aidant pour le poste de maire, tu as juste voulu prouver que tu avais une fille formidable, une fille qui marchait dans tes traces et qui reprenait le flambeau de la politique ! Au fond, ne te mens pas à toi-même, mère, ose affronter la vérité en face : tu l'as fait pour toi !
Regina eut un rire amer en se passant une main dans les cheveux.
Elle venait de mettre sa mère à terre et elle se délectait de sa victoire. Sa fureur avait trouvée un moyen de s'échapper.
-La vérité, c'est la vérité qui te plait tant que ça ma chérie ? demanda Cora d'un ton dangereux.
Regina savait pertinemment qu'elle devait déposer les armes dès à présent. Elle venait de blesser sa mère profondément et elle connaissait la sentence : sa mère allait frapper encore plus fort. Mais cette envie de faire mal la consumait de l'intérieur et elle ne résista pas à une dernière provocation.
-Oh si pour une fois on pouvait être sincère, mère, ce serait formidable.
-Tu ne sais pas de quoi tu parles !
-Justement ! J'en ai peut-être assez de devoir marcher sur des œufs parce que je suis entourée de secrets, de mystères et de non-dits ! J'en ai peut-être assez que tu croies être au centre de ma carrière politique ! Et j'en ai peut-être assez de ton attitude tellement condescendante ! Mais au fond, je crois qu'on ne sera jamais vraiment sincère l'une envers l'autre, tout est construits sur des blessures et je crois que nous n'arriverons pas à avoir une relation saine un jour !
La colère de Cora était présente jusque dans ses iris et les paroles qu'elle prononça, elle ne put les retenir. Regina savait à quoi s'en tenir en la cherchant de la sorte. La punition qui arrivait serait sans doute la plus douloureuse que Regina aurait à vivre.
-Tu veux la vérité, Regina ? demanda-t-elle en fixant sa fille qui la défiait en soutenant son regard. La vérité c'est que je t'ai toujours protégé ! Je t'ai protéger lorsque j'ai fais ce test de grossesse qui m'a annoncé que j'étais enceinte de toi ! Et puisque tu tiens tant à ta sacrosainte vérité, la voici : A cette époque j'avais deux hommes dans ma vie et je ne sais pas lequel des deux est ton père !...
Regina, stupéfaite, accrocha sa main à son bureau en écoutant la suite des paroles de sa mère.
-… J'ai pris le parti de te donner la meilleure vie possible en taisant mon envie de fuir avec mon amant et en faisant de la famille Mills, ta famille. Je t'ai protégé du premier jour de ta vie jusqu'à aujourd'hui ! Mais c'en est terminé !
-Arrête ! ordonna la brune d'une voix blanche.
-Non ! Puisque tu veux tant faire parti des grands, je vais te donner une autre vérité. Sache que ta mère que tu trouves tellement égoïste, tellement froide, calculatrice et manipulatrice, fait en sorte que tu puisses t'épanouir pleinement dans ta carrière et ta vie privant en te cachant certaines informations fâcheuses !
Cora fit une pause pour reprendre une contenance et déclara d'une voix glaciale :
-Je me bâts contre un cancer depuis deux ans. Je ne t'en ai jamais rien dit pour ton bien. Je ne t'ai pas ennuyé avec ça parce que je ne voulais pas que tu soies déstabilisée dans tes affaires les plus importantes ! Parce que oui, tu as un cœur et tous les défauts qui vont avec, moi j'ai un esprit ! Tu es une cible facile ! Tu es devenue maire parce que j'ai toujours fait en sorte que les obstacles te soient faciles à franchir et parce que j'ai écarté les plus importants avant même que tu ne les voies venir !
La tempête venait de s'arrêter brusquement, figeant Regina dans l'incompréhension. Comme deux bêtes qui s'étaient battues toute une nuit, elles se regardaient. Leurs yeux baignés de peine et de douleur. Elles ne savaient plus qui était la chèvre de monsieur Seguin et qui était le loup.
-Sors ! ordonna finalement Regina d'une voix éraillée par la colère et la peine.
Cora releva le menton et lissa un peu son manteau qui reposait toujours sur son bras avant de se diriger vers la sortie.
-Je suis désolée d'être venue comme ça, répétait Regina pour la énième fois.
Sa jambe était emmêlée avec celle de la blonde et elle soupira en sentant la hanche de sa partenaire entrer en contact avec une zone particulièrement sensible.
-T'excuse pas ! marmonna Emma en déposant un baiser sur sa clavicule.
-Je suis étonnée qu'on ait atteint ton lit !
La blonde émit un petit rire avant de coller son nez contre sa jugulaire. Un grondement sortit de sa gorge.
-Seigneur, j'ai encore tellement envie de toi !
Regina garda ses bras autour de la chirurgienne mais descendit tout de même une main à l'arrière de sa cuisse pour laisser ses doigts remonter à la rencontre de son antre chaud. Le visage de la blonde changea soudainement pour se muer en plaisir surpris. Regina attrapa doucement son menton entre ses dents et mordilla sa peau gentiment tandis qu'Emma se replaçait au-dessus d'elle ; sa longue chevelure s'échappant à moitié de sa queue de cheval, des mèches tombant devant son joli visage pétri de plaisir.
-Continue ! supplia-t-elle en accrochant ses mains de chaque côté de la tête de la brune.
Cette dernière se releva pour asseoir la femme au plus près d'elle.
-Regarde-moi ! ordonna-t-elle en voyant la blonde fermer les paupières pour savourer ce moment.
S'agrippant à l'un des bras de Regina, Emma posa son front contre le sien et poussa un gémissement un peu plus sonore que les autres.
-Continue ! pressa Emma. Argh !
-Emma ! Regarde moi ! ordonna une fois encore Regina.
-Humf… désolée !
Après qu'Emma ait été terrassée par un orgasme, la brune apprécia les douces caresses contre son dos et tenta de cacher son trouble en la gardant contre elle. Elles s'allongèrent, Emma toujours au-dessus d'elle et les jambes de chaque côté des siennes.
Entre ses bras, Regina tenta d'oublier les paroles acides de sa mère qui l'avaient profondément heurtées. Même si elle n'avait rien laissé paraître devant Emma, elle n'avait pipé mot sur cette dispute. Elle ferma les yeux, espérant pouvoir se reposer avant le lendemain. Mais un téléphone vibra sur la table de nuit et Emma sursauta en s'élançant vers lui.
-C'est le tien ! Dit-elle en lui tendant l'appareil.
La mairesse jeta un œil à l'écran, elle glissa jusqu'au bord du lit afin de s'asseoir et fronça les sourcils en voyant son écran.
-Qu'est ce qui se passe ? questionna la blonde en déposant un baiser dans le creux de sa hanche.
-Je vais devoir y aller.
Le téléphone d'Emma se mit aussi à sonner.
-Numéro d'urgence ! s'écria Emma en sautant du lit. Merde ! Qu'est ce qui se passe ?!
De la voiture, Regina pouvait voir que la presse s'était amassée devant les cordons de sécurité, la foule aussi. Elle vit quelques journalistes venir à sa rencontre alors qu'elle sortait du SUV noir.
Elle repoussa un micro qui était brandit sous son nez et lança un regard meurtrier. Non sans peine, elle passa sous le cordon de sécurité qui entourait la scène de crime et lorsqu'elle vit le visage défait du chef de la police, elle sut que la situation était déjà critique. Il lui montra le van d'intervention garé sur la pelouse un peu plus loin.
-Chef Boliden, salua-t-elle respectueusement.
-Madame le maire… dit-il de sa voix gutturale.
Un camion d'hommes lourdement armés passa devant eux et la brune ne put s'empêcher de remarquer leur air déterminé et leurs regards féroces.
-Nous avons déjà un bilan de sept morts pour le moment. Un professeur, deux surveillants et quatre élèves. Nos gars sont dans le bâtiment A, fit-il en lui montrant un plan qu'il avait épinglé devant lui sur la carrosserie du camion d'intervention.
Regina poussa un soupire et observa attentivement le visage du chef de la police.
-Le bilan va…
-Il va s'étendre oui… coupa-t-il, l'air préoccupé. Pour l'instant, aucune classe du bâtiment B n'est ressortie et on pense que l'assaillant n'y est plus depuis un bon moment puisque nous l'avons localisé dans le E.
Regina sentit son ventre se contracter brusquement comme si elle allait vomir. Elle mit sa main devant sa bouche pour étouffer une exclamation.
-Combien d'élèves avaient cours dans le bâtiment B ?
Le chef Boliden s'accrocha à la bandoulière qui maintenait sa radio en place.
-Cent cinquante.
Jovelli, le chef de la brigade d'intervention spécialisée dans les prises d'otage se posta à côté d'eux. L'acronyme jaune FBI ressortait sur sa veste bleue marine et il épousseta une peluche qui était venue se coller sur la lettre B avant de plonger son regard dans les yeux de la brune.
-Il est retranché à la cafétéria avec une centaine d'élèves. Les fenêtres sont barricadées, on entend des coups de feu de temps à autre mais on craint surtout le fait qu'il pourrait avoir une bombe.
Emma poussa les portes des urgences et faillit heurter Ruby de plein fouet.
-Merde ! Emma ! T'as entendu les nouvelles ? demanda-t-elle alors que la blonde lui emboitait le pas.
-La prise d'otage, ouais, je suis au courant ! Des victimes ?
-Pour l'instant les ambulances stationnent sur place. Il n'y a pas d'arrivée prévue mais…
-Ouais, on doit se tenir prêts…
Tout le monde s'était arrêté, il n'y avait aucun bruit dans l'hôpital, les yeux étaient rivés sur la télévision.
Les images alternaient entre les bâtiments devant lesquels on pouvait percevoir un corps au sol - un gamin portant un sac à dos rouge – les camions d'intervention, les lignes de policiers qui se tenaient juste là pour empêcher la foule d'avancer, les élèves qui avaient pu échapper au drame qui avaient été confinés sous une tente blanche, et…
-Le maire est sur place ?! demanda Ruby en ayant repéré la brune sur les images.
-Ouais, apparemment.
David vint se poster à côté d'elles, accompagné de Graham.
A la télévision, la caméra eut un léger sursaut lorsque les coups de feu retentirent encore.
Regina tentait de garder son sang froid mais elle était persuadée que Jovelli avait déjà sentit son angoisse grandissante. A chaque minute, des élèves mourraient à quelques mètres d'eux et le bilan continuait de s'élever. Cela faisait deux heures qu'ils avaient établi une connexion avec le tueur qui avait juste donné son prénom. Harry. Il n'avait pas donné de raison particulière sur son acte si ce n'est que tout le monde méritait de mourir.
Les deux hommes s'étaient mis d'accord, il fallait intervenir au plus vite, neutraliser l'assaillant. Regina hochait la tête silencieusement.
Une caméra braquait une petite femme qui venait de s'avancer vers la mairesse et Emma essaya de déchiffrer l'expression qui passa sur le visage de sa compagne.
-Mais c'est… commença Graham en pointant la télévision.
-Graham ! coupa Ruby en lui faisant les gros yeux.
Emma sentit la main de son ami recouvrir son épaule. Sa petite amie, le maire de New-York passait en gros plan sur l'écran du hall de l'hôpital et une pointe d'orgueil fit sourire Emma.
Soudain, une autre image balaya l'écran, une masse d'élèves qui sortait en hurlant d'un bâtiment. Certains portaient un camarade recouvert de sang, d'autres boitaient ou se trainaient au sol.
-Oh putain de merde ! jura David.
L'effroi glaça le restant des téléspectateurs. Le silence approximatif avait fait place à un vide pesant. Beaucoup avaient leurs mains jointes devant le visage, d'autres avaient plaqué leurs paumes sur le front.
-A terre ! hurlaient les équipes en braquant leurs armes sur les élèves qui sortaient du bâtiment B, tandis que des ambulanciers s'élançaient vers les blessés.
Belle attrapa la main de Ruby et la serra fortement.
-Pauvres gosses, murmura-t-elle.
On les faisait se mettre en file indienne, bras et jambes écartés afin de les palper pour voir s'ils n'avaient pas d'arme. Une sirène d'ambulance se mit à crier et ce cri sembla réveiller le hall.
-Ils arrivent ! souffla Graham en se précipitant vers les portes des urgences.
Tous l'imitèrent.
Emma savait que s'ils courraient ce n'était pas parce que l'ambulance arrivait mais parce qu'elle arriverait et qu'elle serait suivie de beaucoup d'autres. Des couvertures avaient été disposées au sol dans le hangar qui accueillait généralement les ambulances et camions de pompiers. Des couvertures de survies avaient été avancées en masse et les médecins attendaient, gants bleus déjà passés et les yeux rivés sur l'embouchure de la rue.
Une ambulance arriva enfin.
Regina regardait les derniers élèves sortis du bâtiment B se faire fouiller avant de pouvoir rejoindre leur famille. Une tasse de café fumante lui fut tendue. Jovelli lui fit un de ses – rares – sourires, devina-t-elle et lui indiqua un camion de surveillance d'un signe de tête. Elle le suivit jusqu'à disparaître de la vue des caméras.
-Ca avance ? demanda-t-elle en prenant une gorgée de son breuvage.
Jovelli était l'archétype de l'agent du FBI. Intelligent, beau, musclé, un visage mince sur lequel on se serrait penché des heures pour apprécier la minutie de ses courbes. Jovelli et elle se vouaient mutuellement un respect immense et la brune admirait la droiture de l'homme autant que sa facilité pour comprendre la politique.
-Les heures passent et les négociations n'avancent pas beaucoup. Les équipes de déminage ont passé les autres bâtiments au peigne fin et on a délogé des dizaines d'élèves qui avaient réussis à se cacher du tireur.
-On a pu établir un nouveau bilan ?
-Madame le maire… je ne suis pas certain que vous vouliez connaître les chiffres tout de suite.
Regina tremblait. Elle n'avait pas particulièrement froid remarqua-t-elle mais le choc et l'adrénaline la secouait de toute part.
Jovelli sembla le remarquer aussi mais il ne fit aucun commentaire.
-Si nous retournions à l'intérieur ? proposa-t-il.
-Allons-y.
Alors qu'ils allaient rentrer, un officier les interpella. Une femme se tenait à côté de lui, elle avait un air hagard sur le visage et les yeux gonflés. Les deux femmes se regardèrent et Regina essaya de lire en elle.
-C'est… c'est mon fils ! murmura l'autre.
Regina descendit les quelques marches qui la séparaient d'elle.
-Je suis Rachel O'Brian. C'est un gentil garçon. Il… il écrit des histoires.
Jovelli se rapprocha à son tour.
-Ne lui faites pas de mal, je vous en prie, supplia-t-elle d'une petite voix.
-Votre fils est le tireur, comprit soudain Regina.
-Harry, oui… il… il a posté une vidéo sur internet… une vidéo de lui.
Jovelli échangea un regard avec Boliden qui eut soudain un regard inquiet.
-Venez à l'intérieur.
Une migraine avait envahi le crâne du maire de New York. Elle pressentait une catastrophe et en visionnant la vidéo de Harry O'Brian, elle comprit pourquoi. C'était un gamin de quatorze ans, brun aux yeux brillant d'intelligence. Malgré son air résolu, il avait encore une bouille ronde, un visage d'enfant. Sa voix était encore en train de muer.
-On dirait un bébé qui veut jouer au grand, murmura-t-elle pour elle-même.
Un bébé qui parlait d'exterminer d'autres bébés.
-Ca ne se présente pas très bien, souffla Jovelli en direction de Boliden.
Soudain, le téléphone sonna. Il y eut un silence entre les membres de l'équipe ; C'était la ligne directe avec le preneur d'otage et Harry ne s'en était jamais servi, il avait toujours attendu que le négociateur appel.
Jovelli le mit sur haut parleur.
-Ma mère est là !? demanda-t-il d'une voix remplie de colère. Je l'ai vu à la télé ! Ajouta-t-il.
-Oui, répondit le négociateur. Tu veux lui parler ?
-Nan ! Dites lui que tout ça c'est de sa faute ! Dites-lui bien !
-Harry ! s'écria la mère impuissante.
-Tu m'entends maman ? Raconte leur ! Raconte leur ce que tu m'as fait ! Raconte leur pourquoi je suis devenu une victime !
Regina observa la mère qui mit sa tête entre ses mains.
-Harry, je t'en prie !
Il raccrocha. Les sanglots de Mme O'Brian remplissaient le camion, elle hoqueta plusieurs fois avant de se lever pour chercher de l'air. On l'amena à l'extérieur pour qu'elle reprenne son souffle.
Sans savoir réellement pourquoi, Regina la suivit et se planta devant elle sans attendre Jovelli et ses conseils.
-Qu'est ce que vous lui avez fait ? demanda-t-elle tout de go.
Rachel O'Brian poussa un petit cri.
-Je ne lui ai jamais rien fait ! Je l'ai toujours protégé ! Je l'aime !
-Alors pourquoi s'est-il levé ce matin en pensant à tuer tous ses camarades ?!
-Mais je ne sais pas ! hurla Rachel en cachant son visage entre ses mains.
Jovelli tenta de prendre part à la discussion.
-Il semble qu'il vous reproche quelque chose, avez-vous la moindre idée de ce que ça pourrait être ?!
La mère de Harry leva le regard vers lui et son menton trembla de plus belle. Elle prit une forte respiration.
-Je ne sais pas.
La politique avait permis à Regina de déceler les mensonges aussi bien qu'un policier confronté à des suspects. Des enfants mourraient à quelques mètres d'eux et cette femme avait la clé qui ouvrait la tête d'Harry.
-Ca suffit maintenant ! s'écria Regina.
-Madame le maire ! gronda Jovelli.
-Des gosses sont entre les mains de votre fils, entre ses mains armées ! Vous voulez vraiment qu'on vous livre aux parents des enfants qu'il a massacrés ?!
-Je…
-Faut-il vraiment attendre qu'il assassine chaque camarade ?! QU'EST-CE QUE VOUS LUI AVEZ FAIT ?! hurla-t-elle.
-Ca suffit ! claqua la voix de Jovelli en même temps que sa main s'abattait sur le bras de la brune. Je vous en prie, reprenez-vous !
Regina pointa un doigt menaçant vers la mère de famille.
-Vous savez très bien pourquoi votre fils est là aujourd'hui, aidez-le un peu en avouant ce que vous avez fait !
Elle remonta dans le camion, laissant Jovelli en compagnie de Mme O'Brian.
Il était réapparut quelques minutes plus tard.
-Elle sait quelque chose ! se défendit la mairesse avant même d'être attaquée.
L'agent leva les mains devant lui en signe de paix.
-Je le sais, Boliden va discuter avec elle pour lui faire cracher le morceau mais… vous savez, je ne pense pas que ce soit une mauvaise mère.
Regina se rendit compte qu'elle avait peut-être déversée sa colère sur la mère d'Harry parce qu'elle n'avait pas pu le faire sur la sienne.
Le téléphone sonna de nouveau. Instinctivement, elle se tendit. Elle espérait qu'Harry n'avait pas décidé d'exécuter les derniers élèves qui restaient dans le bâtiment.
-Le maire de New York est là ? demanda sa voix juvénile.
Tous les regards des agents se tournèrent vers elle.
-…Oui.
-Je veux lui parler.
-C'est impossible Harry, je…
Le négociateur se tourna vers Jovelli qui restait maître de la situation. Celui-ci fit un rapide moulinet du poignet vers sa gorge pour signifier de couper la communication.
-Qu'est ce que vous faites ?! s'étonna Regina.
-Il va rappeler ! Ecoutez-moi bien, il veut changer d'interlocuteur et il vous a choisi alors vous allez suivre attentivement ce que ce monsieur va vous dire durant votre échange. Suis-je bien clair ? demanda-t-il alors que la sonnerie du téléphone se remettait en marche.
Le négociateur la regardait pour s'assurer, lui aussi, qu'elle ne ferait pas voler en éclat tout le travail qu'il avait abattu jusqu'alors.
-Madame le maire ?! insista-t-il.
-Oui.
Il décrocha le combiné et mit le haut parleur.
-Pourquoi vous avez raccroché ?!
-On a été coupé, désolée Harry.
-Je veux parler au maire !
-Je vais te la passer. Elle a demandé à de te parler.
Jovelli fit signe à la brune de s'asseoir vers le téléphone, ce qu'elle fit en essayant d'être la plus calme possible, même si son cœur s'évertuait à sortir de sa poitrine.
-Harry, commença Regina.
-Le téléphone, il est filaire ? coupa-t-il soudain.
Regina remarqua le trouble de Jovelli et il haussa les épaules. Le négociateur hocha la tête pour qu'elle dise la vérité.
-Non, affirma-t-elle.
Il y eut un petit blanc à l'autre bout du fil.
-Il y a beaucoup de caméra dehors, c'est grâce à ça que j'ai vu que vous étiez là !
« Flatter le » écrivit le négociateur.
-Tu as l'air d'être très intelligent, Harry.
-Ouais, c'est ça ! s'agaça-t-il. Vous m'énervez tous avec vos tentatives de négociation !
-Qu'est ce que tu veux dire par là ?
-Vous êtes toujours avec ce gros con de Romuald ?
Elle leva un sourcil en direction du négociateur qui gardait un visage impassible.
-Je ne savais pas que c'était son nom, avoua-t-elle.
-Prenez le téléphone ! ordonna soudain le garçon d'une voix ferme.
-Pardon ?
-Prenez le et sortez devant le camion.
-Je ne sais pas si je peux faire ça, Harry.
-Faites-le ou je descends tout le monde.
Il y eut quelques cris qui serrèrent le cœur de la mairesse.
-D'accord ! Je pense que je peux faire ça !
-Dites à l'autre abruti de rester à l'intérieur.
Romuald se figea en même temps que Jovelli. Tous les deux venaient de comprendre les intentions du garçon là où Regina réfléchissait encore.
Elle attrapa le combiné le plus doucement possible, espérant que l'un des deux lui parlerait. Jovelli mit leur liaison en silencieux.
-Essayez de lui faire libérer des otages. Ne prenez pas de risque.
-Je crois qu'il faut que je sois honnête, c'est ce qu'il demande non ? murmura-t-elle en cachant tout de même l'appareil.
-C'est trop dangereux ! gronda Romuald.
Harry s'impatienta. Regina reprit la communication.
-Je remettais mon manteau.
Elle descendit du camion.
-Regardez les caméras !
Regina observa l'attroupement un peu plus loin.
-Je suppose qu'ils vous ont briefé pendant notre « interruption » ?
Regina se tourna vers Jovelli qui entendait la voix de Harry sortant du camion.
-Regardez les caméras ! ordonna-t-il. Je ne veux pas… de… je ne veux pas que vous soyez le pantin du FBI, je veux parler avec vous ! Comme vous avez parlé avec ma mère ! Je veux…
-Ok ! Tu veux me parler ?! Je ne suis pas négociatrice Henry.
-Qu'à dit ma mère ?
-Négociez ! souffla Jovelli entre ses dents.
-Je parlerai bien de ça avec toi Harry mais… j'ai une faveur à te demander.
-Non ! Je ne négocie pas ! J'ai négocié toute ma vie ! Je ne négocie plus ! hurla-t-il.
-D'accord, d'accord. Ecoute, je te propose de faire sortir quelques élèves, j'imagine qu'il y a des blessés et… je pense que tu ne veux pas faire souffrir… plus de monde.
-Je m'en fous ! Je veux savoir ce que ma mère a dit !
Regina se décomposa. Jovelli l'observa attentivement, il semblait vouloir lui arracher le téléphone pour reprendre les opérations.
-Elle m'a dit qu'elle t'aimait.
Il eut un rire amer.
-Quand on aime son fils, on ne lui fait pas ça !
-Qu'est ce qu'elle t'a fait Harry ?! demanda-t-elle en retenant son souffle.
-Ne rentrez pas dans son délire, murmura Jovelli.
Il y eut un silence au bout de la ligne et Harry reprit d'une voix dure.
-J'ai entendu.
Le sang de Regina se glaça, elle lança à Jovelli un regard meurtrier. L'agent du FBI comprit alors qu'elle ferait désormais cavalier seul.
-Ecoute Harry, comprends-nous, tu es intelligent. Tu retiens des gens prisonniers et tu menaces de les tuer, on se demande un peu ce qu'il a bien pu t'arriver pour que tu en arrives là.
-Vous êtes bien les seuls à vous intéresser à moi.
Jovelli eut un regard soulagé. Il fit signe à la brune de continuer.
-J'aimerai comprendre, Harry.
-C'est trop tard.
-Non ! Pas du tout ! Ta mère m'a dit qu'elle voulait te protéger, elle aussi se soucie de toi. Elle aussi s'inquiète pour toi ! Si elle est venue c'est parce qu'elle tient à toi.
-Non !
-Harry, j'aimerai comprendre, répéta Regina d'une voix douce, mais… si tu ne me parles pas, je ne pourrais pas t'aider.
-Je n'ai plus besoin d'aide ! Vous croyez qu'ils vont faire quoi ?
-De qui parles-tu ?
-Des agents avec leurs armes ? Ils vont rentrer et me descendre. J'ai vu suffisamment d'intervention à la télé pour savoir.
Il y eut un rire au bout du fil et Regina fronça les sourcils. Elle ne comprenait pas pourquoi le garçon s'était mis à rire.
-Je vais mourir aujourd'hui, et je suis content.
Une boule se forma dans la gorge de Regina.
-Qu'est ce qui t'est arrivé Harry, pour que tu te perdes si loin ?
Le silence fut sa seule réponse.
Emma retira sa blouse stérile et la laissa tomber dans une poubelle. Elle retira ses sur-chaussures et son calot qui rejoignirent aussitôt la blouse. La télévision tournait dans tout l'hôpital mais elle ne voulait plus écouter ce qu'ils disaient. Elle voulait juste du réconfort. C'était le troisième patient qu'ils perdaient en moins de trois heures.
Alors qu'elle se dépêchait de rejoindre les urgences, elle surprit David qui s'était arrêté devant l'un des nombreux postes.
-Le maire va échanger sa place contre des otages apparemment…
-De quoi ? interrogea-t-elle vaguement, son regard perdu vers le bout du couloir où régnait une agitation hors du commun.
En jetant un œil vers l'écran, elle sentit une douce chaleur se répandre en elle.
Le visage de Regina était un réconfort auquel elle ne s'était pas attendu. Elle ne pensait pas pouvoir éprouver un tel soulagement, une telle chaleur rien qu'en voyant son visage à la télé. Petit à petit, Emma entendit ce que lui disait David.
-… courageux mais un peu hasardeux.
-De quoi ? répéta-t-elle en se concentrant un peu plus.
-Le maire !
-Pourquoi ?
-T'écoute rien de ce que je te dis, dit-il en souriant.
-L'opération s'est mal déroulée, je suis un peu…
Elle ne termina pas sa phrase, il y avait trop de sentiments qui se bousculaient dans sa tête.
-Mince… je savais pas… désolé, comprit-il en lui offrant un regard compatissant.
-Qu'est ce que tu me disais ?
-Oh… rien… Le maire va prendre la place des otages… mais… si bon… elle joue au héros pendant que les vrais héros sont ceux qui sauvent des vies à l'hôpital, plaisanta-t-il en se dirigeant vers le bout du couloir.
Emma sentit ses jambes se ramollir soudainement et elle avisa une chaise vide un peu plus loin. Elle se laissa tomber en gardant une parfaite maitrise sur le visage. Elle hocha la tête plusieurs fois en se concentrant de toutes ses forces pour ne pas appeler Regina sur son téléphone.
-C'est de la folie ! hurla encore Jovelli. Qu'est ce que vous n'avez pas compris quand je vous ai dit de ne pas prendre de risque.
-C'est comme ça ! éluda la brune en revêtant un épais gilet par balle. Je ne suis que maire, pas présidente ! Détendez-vous, Jovelli. Dites-moi plutôt ce que je dois faire.
La veine sur le front de Jovelli grossissait à vue d'œil.
-On va vous donner une oreillette pour vous dire quoi faire à chaque étape.
Elle le dévisagea d'un air sceptique.
-Et s'il se rend compte que je porte une oreillette, on aura tout gagné. Demandez plutôt à sa mère ce qu'elle lui a fait pour qu'on en arrive là.
Boliden entra justement à ce moment là avec la maman d'Harry. Elle était toujours larmoyante et semblait porter le poids du monde sur ses épaules.
-Madame le Maire, il faut me comprendre… dit-elle en s'asseyant en face d'elle.
Boliden avait un air penaud sur le visage.
-Je vais essayer, murmura Regina.
La mère de famille déglutit difficilement.
-Il y a deux ans, nous habitions une petite ville dans le Montana. On a emménagé là-bas après la mort de mon mari en Irak. Et je crois qu'Harry s'y plaisait bien. Mais un jour il est rentré de l'école complètement changé… Des garçons l'avaient frappés parce qu'ils l'avaient surpris en train de les regarder d'un peu trop près dans les vestiaires… J'ai pensé que ce n'était qu'une histoire de cours de récréation, mais… peu après, son comportement a subitement changé et… je ne le reconnaissais plus. Il avait des accès de colère et son caractère changeait si vite…
-Qu'avez-vous fait ?
Elle se remit à pleurer de plus belle.
-J'ai essayé de comprendre où était le problème…J'ai découvert que d'autres garçons le frappaient et… le martyrisaient alors… on a déménagé… je… je pensais que tout ça c'était terminé. Mais… j'ai découvert il y a quelques jours que ce n'était pas le cas…
-Vous n'avez pas prévenu la police ? demanda Jovelli d'une voix extrêmement douce.
-Si bien sûr, on m'a dit que c'était… des histoires de cours de récréation… Alors je suis allé voir le directeur et… il m'a dit qu'il fallait que nous intervenions le moins possible dans ce genre d'histoire…
-Les otages sortent, informa un agent.
Emma observait les élèves filmés et beaucoup d'entre eux semblaient partagés entre soulagement et terreur. Rumple se posta à côté d'elle pour regarder l'écran de télévision.
-On dirait bien que madame le maire s'achète un ticket pour la présidence.
-Je ne vois pas en quoi se faire tuer pourrait l'aider… et je ne crois pas que ce soit dans ses projets.
-Vous savez Miss Swan, on ne peut jamais se plonger totalement dans la tête d'un politicien, croyez-moi.
Le micro caché sous la chemise de la brune la rassurait légèrement. L'oreillette qu'elle avait finalement accepté de porter la gênait un peu mais là aussi, elle éprouvait un soulagement immense.
Elle avait l'impression de débarquer avec une armée. Durant une demi-seconde, elle pensa à son petit garçon qu'elle devait revoir le soir-même.
-Jovelli, si jamais… si jamais ça devait mal tourner, vous pourrez dire à mon fils que je l'aime de tout mon cœur.
-D'accord, affirma-t-il.
Elle grimaça légèrement.
-Vous auriez pu avoir la décence de me dire que tout allait bien se passer !
Elle imagina l'agent sourire face à son regain d'humour.
-L'équipe d'intervention se rapprochera quand vous serez en train d'attirer son attention. Je vous tiendrai informer.
Les portes du bâtiment E n'étaient plus qu'à quelques mètres.
-Jovelli, murmura-t-elle, je crois que mon cœur va se décrocher.
Elle attrapa la poignée de la porte et tira pour s'engouffrer dans le hall.
-Oh Seigneur…
La première vision qu'elle eut, fut celle d'un long couloir rempli de casier criblé de balles aux pieds desquels reposaient des corps. Elle eut un haut le cœur en prenant conscience que ces corps s'étaient arrêtés brutalement de vivre et qu'ils avaient des positions étranges. Les bras et les jambes formaient des angles anormaux. Une odeur vivace lui prit immédiatement la gorge.
Elle n'avait jamais songé à l'odeur que pouvait avoir son sang. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle n'avait jamais imaginé que cette odeur puisse sentir si fort. En avançant dans le couloir, elle essaya de ne pas glisser dans les marres rouges.
-Il y a des corps partout… murmura-t-elle.
-Concentrez vous sur Harry, savez-vous où il se trouve.
-Non.
Ce couloir lui paraissait interminable. Sur sa droite, une porte était à demie-ouverte sur des toilettes. Un corps en bloquait l'accès.
Elle détourna le regard. Elle avait envie de vodka. Elle se promit de vider une bouteille sitôt sortie de là.
Elle sursauta lorsqu'elle se rendit compte que quelqu'un venait d'apparaître au bout du couloir. Une jeune femme, pâle comme la mort.
Elle tremblait de tous ses membres et Regina se précipita vers elle.
-Hey ! Je m'appelle Regina Mills.
-Je… je sais qui vous êtes, il vous attend.
-Quel est tom nom ? demanda-t-elle.
-Gisèle.
-Ok… tu… tu devrais sortir maintenant.
-Non ! Il a dit que si je ne revenais pas, il tuerait Candice.
Regina attrapa la main de la jeune fille afin de la rassurer.
Elle entra dans la pièce où Harry avait barricadé les fenêtres. Les élèves qu'il avait refusé de laisser sortir étaient encore là, recroquevillés contre les murs.
-Je suis là, Harry, s'annonça-t-elle.
-Gisèle, fouille donc notre nouvelle venue !
Regina fronça les sourcils.
-Je n'ai pas d'arme, si c'est ce que tu veux savoir !
-Gisèle ! s'écria-t-il, faisant ainsi violemment sursauter la jeune femme qui s'empressa de palper les épaules de Regina, ses bras, son bustes, ses jambes, ses chevilles…
-Elle… elle a rien.
-Retourne à ta place Gisèle.
La jeune femme se plaça debout au centre de la pièce et commença des mouvements étranges avec ses bras. Comme ceux d'une pom-pom girl.
-On était en train de jouer à un jeu… vous voulez jouer ? demanda Harry.
Regina attendit d'en savoir plus.
-Gisèle est… c'est la meilleure pom-pom girl du lycée. Et là, elle nous fait sa chorégraphie, si je suis satisfait, elle reste envie…
La jeune fille enchainait les figures sans trop d'entrain, pleurant tout en essayant de rester debout.
-Vous en pensez quoi ? demanda Harry.
-Ma chérie, c'est très bien, souffla-t-elle en direction de l'étudiante.
Un rictus de colère agita le visage du garçon et il pointa son arme vers la pom-pom girl.
-Non ! s'écria Regina. Harry ! Je ne suis pas venue là pour assister à ça ! Je suis là pour toi !
-Ah oui ?! hurla-t-il. Alors pourquoi vous la réconfortez ?
-Soyez de son côté ! conseilla Jovelli dans son oreille ce qui la fit sursauter car elle avait oublié la présence de toute une équipe juchée juste dans son oreille.
Heureusement pour elle, Harry ne s'en aperçut pas.
-Est-ce qu'elle t'a fait du mal ? demanda-t-elle.
-Comme tout le monde…
Il fit un petit geste de la tête qui dégagea un pan de sa veste. Le regard de Regina tomba sur des fils reliés entre eux qui descendaient vers une ceinture. Son estomac vrilla lorsqu'elle se rendit compte que ces packs grisâtre qu'il s'était collé sur le ventre n'était autre que des explosifs.
