Chapitre Neuf

Jack se réveilla le lendemain matin au bruit sourd des coups sur sa porte d'entrée.

« Allez vous-en, » grogna-t-il, retournant à son sommeil.

« Jack ? » dit Sam, d'une voix endormie.

« Mmm ? »

« Va voir ce que c'est. »

Jack se pencha légèrement, étrécissant les yeux pour regarder le réveil sur sa table de chevet. Contrairement à l'habitude, il avait dormi tard. Il était dix heures du matin.

« Non, » dit-il.

Il y eut un coup particulièrement fort.

« Va. »

« Bien. » Se désengageant de Sam, Jack balança ses jambes hors du lit et les posa sur le sol. Il se leva et s'étira, regardant la pièce autour de lui pour retrouver son jean et son t-shirt.

Alors qu'il se dirigeait silencieusement vers l'entrée, il entendit la douche démarrer.

Atteignant la porte, il la tira brusquement pour l'ouvrir, pour se retrouver confronté au Général George Hammond et à l'ancien Général Jacob Carter.

'Et merde !' pensa Jack. Tout haut, il dit, « George, Jacob ! C'est bon de vous voir ! Je vous inviterais à entrer, mais… »

Hammond et Jacob le bousculèrent pour passer, comme seuls les Généraux peuvent le faire.

« Bien, entrez, » dit Jack après qu'ils eurent gagné son salon, faisant un grand geste de sa main dans la direction qu'ils avaient déjà prise.

Il les suivit, seulement pour être accueilli par les regards noirs des deux Généraux.

« Vous voulez m'expliquer pourquoi la voiture de ma fille est à l'extérieur ? » demanda Jacob.

« C'est vrai ? » Jack regarda à l'extérieur, prétendant être surpris. « Thor l'a peut-être mise là ? Vous savez ces Asgard, toujours- »

« Jack ? Qui était-ce ? » vint la voix de Sam du couloir.

« Et merde ! » Jack le dit tout haut cette fois, cachant sa tête dans ses mains. Il n'allait vraiment pas survivre à cela. « Euh… C'est le Général Hammond… et ton père, » lui cria-t-il en réponse. 'Eh, laissons-la partager ma misère.'

Du couloir, il entendit, « Et merde ! »

« Ouaip, ça résume à peu près, » murmura-t-il.

« Général O'Neill, cela signifie-t-il que vous avez une relation avec un officier sous vos ordres ? » demanda Hammond d'un air sévère.

« Eh bien, monsieur… je… hum… »

« Oui, monsieur. » Sam entra dans le salon et se tint à côté de Jack. Elle portait son jean et un t-shirt qui était au moins deux fois trop grand, appartenant visiblement à Jack. Ses cheveux étaient mouillés de sa douche super-rapide.

Il sursauta légèrement, se retournant vers Sam. « Ah bon ? » dit-il, souriant légèrement. Elle lui jeta un regard noir. Il se retourna vers Hammond et Jacob. « Oui, » dit-il fermement.

Jacob fit un pas en avant. Jack se cacha rapidement derrière Sam.

Soudain, la porte d'entrée de Jack s'ouvrit à la volée. Daniel et Teal'c trébuchèrent à travers.

« Jack ! Jack ! »

« O'Neill ! »

« Le Général Hammond-» commença Daniel, seulement pour s'arrêter à la vue du Général lui-même.

« Est ici, Daniel, » dit Jack. « Mais merci pour l'intention, » ajouta-t-il d'un ton sarcastique.

Il se retourna pour faire face à Jacob. « Je crois que vous étiez sur le point de m'arracher les membres ? »

« Est-ce que l'un de vous a même pensé au règlement ? » hurla Jacob.

« Nous… avons pensé à y réfléchir. »

Sam lui fit du coude dans les côtes, durement. « Oui, papa, nous y avons pensé. Pendant huit ans. »

Jacob regarda sa fille, apparemment trop en colère pour parler.

« C'est ce qu'elle a dit, » dit Jack, se cachant à nouveau derrière Sam.

Soudain, les deux Généraux éclatèrent de rire. Un bruit sonore fit se retourner Jack et Sam. Derrière eux, Daniel et Teal'c riaient aussi, s'appuyant l'un contre l'autre pour se supporter.

« Eh bien, je suis heureux que ce soit amusant, » marmonna Jack.

« Tenez, » dit Hammond, leur tendant quelque chose.

Sam la prit et la regarda. « C'est une lettre. De la Maison Blanche. »

Les quatre autres s'arrêtèrent de rire. Teal'c et Daniel rejoignirent les autres dans le salon. Ils regardaient tous Jack et Sam.

« Ouvre-la, » dit Jack.

« Non. »

« Quoi ? »

« Ca pourrait être une mauvaise nouvelle. »

« Poule mouillée, » dit-il, lui arrachant la lettre.

Il la déchira pour l'ouvrir et la parcourut des yeux, la tenant bas pour que Sam puisse lire aussi.

Lorsqu'ils finirent, de petits sourires s'étalèrent lentement sur leurs visages.

« Nous… nous avons eu la permission présidentielle ? » demanda Sam.

Le Général Hammond acquiesça. « Jacob et moi lui avons parlé la nuit dernière. Le Président croit que nous vous devons à tous les deux quelque chose. »

« Il croit ? » Jack souriait.

« Oui, quelque chose à propos de sauver le monde plusieurs fois, service rendu à l'humanité, vous savez, » dit Jacob en souriant.

« Chouette, » dit Jack.

Jacob regarda sa fille, l'inquiétude assombrissant ses traits. « Sammie, ça va ? »

Jack baissa les yeux sur Sam. Elle pleurait. « Hé… qu'est-ce qu'il y a ? »

« Je suis si… c'est tellement… » Sam renonça à essayer de parler et se jeta dans les bras de son père, le serrant farouchement. « Merci ! Merci beaucoup ! » dit-elle, se jetant également sur le Général Hammond et le serrant dans ses bras.

Jack sourit et regarda ses pieds. Teal'c s'avança et plaça une main sur son épaule. Jack le regarda.

« O'Neill, je vous souhaite le plus grand bonheur, » dit le Jaffa avec sérieux.

« Oui, Jack, » ajouta Daniel. « Dieu sait que vous le méritez, misérable fils-de- »

« Merci, Daniel, » dit Jack, tirant son ami dans ses bras pour une étreinte qui les surpris tous les deux.

Lorsque Daniel s'écarta, Jacob s'avança.

« Jack. »

« Jake ? »

« Prenez soin d'elle, ou vous aurez à faire à moi… » il fit une pause, son regard s'intériorisant pendant un instant, « … et à Selmak. »

« Carter peut prendre soin d'elle-même, » dit Jack.

« Carter ? » répéta Sam.

« Vieilles habitudes, » répliqua Jack.

« Oui, monsieur, » fit-elle avec un sourire narquois. Jack lui retourna son sourire.

« Bien, » dit-il, claquant ses mains. « Qui est d'attaque pour un barbecue ce midi ? »

« Ca me semble excellent, Jack, » dit le Général Hammond.

« Je vais aller me changer d'abord, » dit Sam. « Et Cassie vient ce matin. Je la ramènerai avec moi. »

Jack acquiesça et elle l'embrassa avant de récupérer ses clés et de se diriger vers la porte d'entrée. « A tout de suite. »

« Je vais aller avec toi, Sam, » dit Jacob, rattrapant sa fille.

Après que la porte se soit refermée, Daniel dit, « Jack, arrêtez de sourire. »

« Je ne peux pas, désolé, » dit Jack. « Vous et Teal'c vous voulez bien aller chercher quelques trucs pour le barbecue ? »

« Bien sûr. »

Jack balaya son salon du regard, cherchant son porte feuille. Il le trouva et tendit à Daniel de l'argent.

« Prenez de la bière aussi, » dit-il. Daniel acquiesça, puis après un dernier sourire à Jack, quitta la maison avec Teal'c.

Une fois qu'ils furent partis, Jack se tourna vers le Général Hammond et dit, « Merci, monsieur. »

Le Général Hammond fut touché par la sincérité dans la voix de Jack. « Vous le méritez, tous les deux. »

« Merci quand même. »

« Jack, j'ai eu connaissance des… sentiments entre vous et le Colonel Carter depuis quelque temps. » Jack ouvrit sa bouche pour dire quelque chose, mais Hammond leva sa main. « Aucun de vous n'a agi différemment l'un envers l'autre à cause de ces sentiments. Je suis seulement désolé que ceci n'ait pu être fait plus tôt, fiston. »

Jack fit un grand sourire. « Alors, qu'est-ce que je vous dois à vous et à Jacob pour ceci ? »

Hammond lui retourna son sourire. « Eh bien, Jacob veut que vous rendiez Sam heureuse. »

« Et vous ? »

« Je veux le plus grand steak de votre barbecue, » dit Hammond. Jack éclata de rire. Hammond redevint sérieux. « Je veux que vous soyez heureux tous les deux. »

Jack sourit doucement. « Merci, George, » dit-il à nouveau.

Les deux hommes restèrent debout silencieux pendant un moment.

« Alors, que faisons-nous, en attendant les autres ? » demanda le Général Hammond.

« Mettez-vous à l'aise et faites comme chez vous, je vais aller prendre une douche et mettre des vêtements propres, » répondit Jack.

« Je crois que je vais faire une sieste dehors, » dit Hammond, faisant un geste vers le jardin, baigné par un soleil brillant et chaud. « Courte nuit. »

Jack acquiesça et déambula vers la salle de bain.

ooo

Une heure plus tard, Jack était dans la cuisine, en train de préparer une salade qu'il n'avait, personnellement, aucune intention de manger. George Hammond faisait une sieste sur la terrasse.

Jack entendit la porte d'entrée s'ouvrir, puis se refermer. Le bruit était faible, comme si la personne essayait de ne pas faire de bruit. Il posa la salade et entra dans le salon. Il n'y avait personne là.

« Bizarre, » dit Jack, étrécissant les yeux.

« Tournez-vous, O'Neill. » La voix vint de derrière Jack.

« Et merde ! Salut, Shanahann, » dit Jack, se retournant lentement.

Pete Shanahan se tenait derrière lui, au centre de son salon. Il pointait un pistolet sur la tête de Jack.

« Mains en l'air. »

Jack fit ce qu'il lui demandait.

« Vous savez, le Général Hammond est dehors, là derrière, » dit-il, faisant un signe de tête vers son jardin.

« Je doute qu'il soit armé. »

Jack acquiesça son accord. « Comment savez-vous que je ne le suis pas ? »

« Dans votre propre maison ? »

« Bonne remarque. »

« De toute façon, je doute assez que vous gardiez une arme chargée à portée de main dans votre maison après ce qui est arrivé à votre gamin. J'ai lu votre dossier. Je suis entré dans votre bureau et je l'ai lu juste sous le nez de Hammond. » Shanahan sembla indécemment content de lui-même.

Jack ne répondit pas. Il avait en fait une arme chargée, mais simplement elle n'était pas 'à portée de main'.

« Rien à dire ? Je devrais peut-être dire à Sam le genre de trucs que vous faisiez pour vivre. Elle ne vous aimerait plus autant alors. »

« Carter sait, » répondit Jack.

« Oui. Vous y êtes tous ensemble, n'est-ce pas ? » ricana Shanahan.

A cet instant, deux choses arrivèrent.

D'abord, le Général Hammond entra du jardin.

« Restez là où vous êtes, Général. Je ne veux pas avoir à vous tirer dessus aussi, » dit Shanahan.

Pour sa part, George regarda Jack qui hocha légèrement la tête.

Ensuite, la porte d'entrée s'ouvrit. Sam, Cassie et Jacob entrèrent, suivis par Daniel et Teal'c, qui s'étaient visiblement rejoints sur le chemin.

« Euh, qu'est-ce qui se passe, Jack ? » demanda Daniel, formulant à haute voix les pensées de tous.

« Entrez dans la cuisine, vous tous, » dit Shanahan.

« O'Neill, souhaitez-vous que je démembre cet… humain ? » demanda Teal'c.

« Nah. Dès que vous bougerez, il va me tirer dessus, n'est-ce pas Shanahan ? »

Shanahan acquiesça.

Tout le monde entra dans la cuisine, observant Jack et Shanahan de l'autre côté du comptoir.

« Que voulez-vous, Shanahan ? » demanda Jack.

« Vous avez pris ce que je veux, » O'Neill.

« Sam, » dit Jack.

« Oui, elle. Maintenant, je vais vous tuer. »

« Allez-y, » dit Jack.

« Jack ! » dire en chœur, Daniel, Sam, Jacob, Hammond et Cassie.

Teal'c ne dit rien.

« Quoi ? » dit Shanahan, croyant qu'il n'avait pas bien entendu.

« J'ai dit, allez-y. »

« Vous voulez que je vous tue ? »

« Pas vraiment. Je veux dire que j'ai un plan… »

« Alors pourquoi avez-vous dit ça ? » Shanahan perdait rapidement la main.

Jack baissa les mains.

« Levez vos mains ! »

Jack ignora Shanahan. « Eh bien, Pete… Je peux vous appeler Pete, n'est-ce pas ? »

Shanahan secoua la tête.

Jack continua. « Eh bien, Pete, vous êtes tellement en colère à cet instant, je doute que vous touchiez quelque chose de vital, et si vous me tirez dessus, je pourrais vous tuer et plaider la légitime défense. Et j'ai six témoins. » Shanahan sembla considérer cela pour la première fois. « Eh oui, » dit Jack, le regardant attentivement, « vous auriez dû venir quand j'étais seul, hein ? »

Sans avertissement, Shanahan tira sur Jack. Une fraction de seconde plus tard, Shanahan était étendu, cloué sur le sol du salon par Jack, qui était miraculeusement indemne.

Shanahan lutta, essayant de retourner le pistolet vers O'Neill. Jack le saisit et l'arracha de sa main. « Ne me faites pas chier, Shanahan, » gronda Jack, immobilisant l'homme plus large. « Désolé pour le langage, Cass. »

Cassie souriait largement. « Botte-lui le cul, Jack ! »

Jack secoua la tête et se leva. « Debout ! »

Shanahan se leva, en chancelant.

« Allez-vous en, » ordonna Jack, toute la colère que ses amis avaient vue en lui hier dans chacune des syllabes.

Shanahan se tourna pour franchir la porte. Soudain, il s'arrêta, se pencha vers sa cheville et se releva avec un petit pistolet dans la main. Il visa Jack.

« Non ! » dit Jack, entendant Sam le dire en même temps.

« Qu'ai-je à perdre ? » répondit Shanahan. Son doigt commença à appuyer sur la détente.

Jack tira. Il toucha Shanahan à l'épaule.

Shanahan lâcha le pistolet. Jack s'avança et l'écarta d'un coup de pied, puis il pressa sur la blessure.

« Carter, appelez la base. Dites-leur d'envoyer une équipe médicale et deux SF, » ordonna-t-il, regardant par-dessus son épaule.

Sam obéit.

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Quand les SF et l'équipe médicale arrivèrent, Jack avait fait un bandage de fortune sur la blessure de Shanahan, et lui avait lié les poignets avec un ruban adhésif.

« Mon Général ? » demanda un SF.

« Escortez cet homme à la base. Faites en sorte qu'il soit soigné, puis jetez-le dans une cellule de détention. Je m'en occuperai lundi. »

Le SF regarda Jack. On était jeudi.

« Faites-le, soldat, » dit Jack d'un ton las.

« Oui monsieur. Euh… monsieur ? »

« Oui ? »

« J'ai entendu une rumeur qui disait que vous démissionniez, j'aimerais simplement dire, monsieur, que je crois que vous devriez revenir. Votre place est au SGC. »

Jack sourit à la franchise du SF. « Je vous verrai lundi, soldat. »

Le SF fit un grand sourire. « Oui, monsieur ! » salua-t-il. Puis il suivit l'équipe médicale alors qu'ils emmenaient Shanahan sur un brancard.

Jack ferma sa porte d'entrée derrière eux et se tourna vers ses amis.

« Alors, » dit-il, « déjeuner ? »

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