Ouh la! J'avais oublié! Cent fois désolée! Voilà donc la suite avec le chapitre 9. On remercie chaleureusement Morphée et Mistycal pour leur travail de Beta sur ce chapitre...
bonne lecture! (n'oubliez pas de me donner votre avis!)
bisous
Enjoy
- Tes parents commencent à se poser des questions, prévint Harry en entrant dans la chambre de Katarina sans frapper.
- Bonjour Harry, répondit sarcastiquement la jeune femme en glissant un couteau dans sa botte, je vais bien et toi ?
- Tu es sûre que tu te sens suffisamment en forme pour cette mission ? La chasse ne date que d'une semaine et tu as sacrément morflé ce jour là !
Katarina se tourna vers Harry d'un air exaspéré en enfilant son manteau noir par-dessus lequel elle fixa le harnais qui lui servait à attacher son épée dans son dos et sa hache à la taille.
- Harry... Comme tu viens de le dire, ça date d'une semaine et je n'ai perdu connaissance qu'une dizaine de minutes. J'ai trop forcé sur ma hanche ce soir là.
- Qui dit que ça ne peut pas arriver ce soir ?
- Écoute, j'ai un stylo injecteur sur moi et j'aurai Olivier, Seamus et Terry dans mon équipe. Je ne serai pas la seule ancienne.
- Mouais, marmonna Harry, et combien de nouvelles recrues sont sur le terrain ?
- Trois.
- Anthony ?
- Il n'est pas prêt. Il conteste les ordres en permanence, il n'est pas fiable.
- C'est pas nouveau. Y'a que Rogue pour savoir le prendre...
- Il le craint, c'est normal. Severus est impressionnant.
- À qui le dis-tu...
Katarina éclata de rire en finissant de se préparer et poussa Harry hors de la pièce.
- Allez ! Zou ! C'est l'heure !
Ils sortirent ensemble sur le parvis devant les grilles où, comme lors de chaque expédition, la majorité des civils s'était réunie pour voir partir l'équipe d'expédition. Katarina eut un mouvement de recul en voyant ses parents et Frédéric, toujours flanqué de sa petite amie, devant les portes, à côté des membres de l'équipe qui finissaient de se préparer. Ayant perdu connaissance à son retour de chasse, elle n'avait pas entendu les commentaires acerbes de sa mère sur son inconscience et son évidente incompétence. Mais plus de la moitié de ses élèves, indignés, lui avait rapporté les paroles venimeuses de sa génitrice.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? Demanda sa mère d'un ton indigné.
- Ça quoi ? Soupira Katarina en resserrant la boucle qui maintenait sa hache.
- Cette tenue ! Ces... ces armes !
- Tu dis ça comme si c'était une obscénité.
- Je ne veux pas te voir avec des armes !
- Ah, ben je vais avoir l'air fine, moi, face à un lycan sans arme !
- Et pourquoi tu te retrouverais face à ces monstres ?
- Tu crois qu'on va où là ? Demanda-t-elle en désignant l'équipe.
- Attends, intervint son père d'un air inquiet, tu pars avec eux ?
- Je dirige l'équipe papa !
- Pauvre équipe, marmonna Frédéric.
Katarina serra les dents et ne répondit pas.
- Au fait, j'aimerais me battre, continua l'homme en se tournant vers Harry.
- Et bien, il faut suivre une formation de combat...
- J'en ai déjà une !
- Jouer aux jeux de guerre sur PS2, ce n'est pas ce que j'appelle une formation, marmonna à son tour Katarina.
- Et de toute façon, continua Harry sans relever l'interruption, personne n'est autorisé à se rendre au combat sans l'aval de notre lieutenant responsable des recrues.
- Et où je peux le voir celui-là ?
Harry eut un sourire moqueur et désigna Katarina qui agita la main dans un salut moqueur. Frédéric se renfrogna en lui jetant un regard noir.
- Incapable d'obéir aux ordres, immature... Moi vivante tu ne mettras pas les pieds dans une opex. Maintenant excusez-moi mais j'ai du travail.
Elle tourna les talons sans leur laisser le temps de répondre. Comme à son habitude, elle grimpa sur le toit de l'accueil et lança Falcon en reconnaissance. L'oiseau s'éloigna à tire d'aile et revint quelques minutes plus tard. Il se posa sur son épaule et elle pencha la tête vers lui, comme pour l'écouter. Enfin, elle sauta dans le vide, arrachant un cri à sa mère, un soupir exaspéré à Harry et Hermione et un sourire amusé à Blaise.
- On est partis ! Ordonna-t-elle à son équipe.
Elle commença à se diriger vers la sortie, puis, se ravisant, revint vers son père.
- Tout ira bien, papa.
- Je n'aime pas ça... Et si tu rencontres une de ces bêtes, hein ?
- Ben tu sais, j'en ai déjà tué 42 ces cinq dernières années. Et approximativement une soixantaine de vampires...
Elle lui sourit et tourna les talons pour rejoindre son équipe. Sur un signe de sa part, le petit groupe se mit en marche.
Harry ordonna la fermeture des grilles et remit en place les protections.
- Qu'est-ce que c'est qu'une opex ? Demanda une jeune femme.
- Opération extérieure, répondirent en cœur les adolescents qui n'avaient pas été choisis pour la mission.
Les ignorants, Frédéric s'approcha d'Harry, l'air arrogant.
- Alors, sérieusement, quand est-ce que je peux aller me battre ?
- Je crois que t'as pas compris mon pote, ton ex est la seule à décider si quelqu'un est apte à aller sur le terrain ou pas. Elle est la seule à avoir voix au chapitre. En d'autres termes, tant qu'elle refuse de te laisser te battre, tu restes là. C'est un officier de notre organisation alors tu as plutôt intérêt à faire profil bas. Je me suis bien fait comprendre ?
Et Harry s'éloigna sans un mot de plus. Juste avant d'entrer dans le bâtiment, il cria par-dessus son épaule :
- Mettez quelqu'un en sentinelle ! Prévenez-moi dès qu'ils reviennent.
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- Chef, demanda l'un des ados nerveusement, c'est pas un peu trop calme ? On a pas vu l'ombre d'une bête.
- Tu les verras bien assez tôt, répondit Olivier avant que Katarina ne réagisse. Et cesse de lui parler, laisse-la se concentrer.
Les trois adolescents hochèrent la tête en silence. Kit ne leur avait pas même jeté un regard. Elle marchait quelques mètres en avant du groupe, Falcon volant en larges cercles au-dessus de sa tête. Elle faisait confiance à son instinct autant qu'à celui de l'oiseau pour déceler à temps le moindre danger.
Sylvain avait raison, il n'y avait pas l'ombre d'un lycan dans les rues, ce qui, aux vues de l'heure matinale, ne la surprenait pas outre mesure. Ils n'allaient de toute façon pas tarder à arriver à leur lieu de mission : un ancien abattoir où une meute de 5 lycans, d'après leurs informations, avait élu domicile. À moins de 500 mètres de la bâtisse, la jeune femme s'arrêta et fit quelques recommandations de dernière minute au groupe.
- Nous sommes 7 et eux 5. Chacun de nous allons nous charger d'une bête, ce qui veut dire que vous serez trois pour tuer la dernière. Placez-vous de façon à toujours protéger les arrières de vos camarades, restez concentrés, ne paniquez pas, et essayez de rester à côté de nous. N'hésitez pas à crier si vous êtes en difficulté.
Tendus, les adolescents hochèrent la tête. Ils se glissèrent silencieusement jusqu'aux portes de l'abattoir. À travers celles-ci, filtraient des grognements. Les lycans étaient de toute évidence en train de se nourrir. Katarina rangea son épée et détacha sa hache, plus lourde et moins maniable mais nettement plus efficace selon sa conception des choses. Derrière elle, Seamus, Terry et Olivier s'étaient également armés. Les adolescents, qui avaient leurs armes en main depuis le départ de la base, Kit ne faisant pas assez confiance à leur dextérité pour les laisser dégainer seulement en cas d'attaque, réaffirmèrent leur prise sur leurs épées. De tout le groupe, Olivier était le seul à porter un fusil. Les adolescents avaient râlé, jusqu'à ce que la jeune femme leur signale que l'homme n'avait droit qu'à une seule chance : s'il ratait sa cible, il n'aurait pas le temps de recharger avant que la bête ne soit sur lui. Elle n'était pas inquiète. Olivier ratait rarement sa cible et il portait, tout comme elle, une hache.
Seamus plaça une petite charge d'explosif devant la porte. Katarina regrettait de ne pas pouvoir utiliser cette méthode pour éliminer de grands nombres de lycans quasiment sans risque, mais les explosifs étaient rares et ils ne pouvaient se permettre de les utiliser que pour ouvrir des portes récalcitrantes.
La charge sauta, laissant, là où se tenait une porte quelques secondes plus tôt, un trou béant.
- C'est parti, ordonna Kit en s'élançant vers l'ouverture.
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- Harry, lança Ron en ouvrant la porte du bureau de son meilleur ami, tu ferais mieux de venir.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- L'équipe de Katarina est revenue.
Le ton grave de Ron était malheureusement familier à Harry. Il soupira en se passant une main sur les yeux, hésitant à poser la question, celle dont il redoutait le plus la réponse. Après quelques instants de silence, il leva les yeux vers son ami et se résigna à demander :
- Qui ?
- Sylvain et Laurent, les deux jeunes. C'était leur première mission, soupira Ron.
Harry se renversa sur son fauteuil en mettant ses deux mains sur son visage.
- Katarina ? Demanda-t-il, sa voix étouffée derrière ses mains.
- Tu la connais... Elle fait comme si de rien n'était. Elle a filé vers sa chambre à peine arrivée, sans décrocher un mot. D'après Seamus elle n'est pas sérieusement blessée. Quelques estafilades, un méchant coup de griffe sur le bras, mais Olivier avait de la potion cicatrisante sur lui et elle s'est soignée sur place. Terry a un bras cassé, un lycan l'a projeté contre un mur. Et le troisième jeune a pris un coup de griffe dans le dos. Hermione s'occupe de lui.
- Des détails sur les circonstances de la mort des deux jeunes ?
- D'après Seamus et Olivier, ils étaient aux prises avec 9 lycans et non 5 comme prévu initialement. Les gamins se sont retrouvés séparés du groupe. Katarina a essayé de les rejoindre mais une bête lui a sauté dessus. L'un a pris de suite un coup de griffe mortel.
- Et le second ?
- Morsure... Kit l'a abattu. Je pense qu'il vaut mieux que ça reste entre nous.
- Il n'y avait que ça à faire, tu le sais.
- Je sais Harry, elle a fait ce qu'il fallait, mais les civils ont du mal à se faire à cette réalité. Et je ne t'apprends rien en te disant qu'elle est agressive en ce moment et qu'elle explosera à la moindre remarque.
- Je sais bien.
- Ça fait combien de temps ? Que Rogue est parti ?
- Trois mois... Il devait nous donner des nouvelles au bout de deux semaines mais...
Harry ne termina pas sa phrase. Il n'en eut pas besoin, Ron savait parfaitement ce qu'il avait en tête et ce en toutes circonstances.
Celui-qui-avait-survécut se leva et tapa dans le dos de Ron :
- Allez ! Allons voir si on peut aider !
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Katarina entra dans le réfectoire et passa derrière le comptoir de service. Elle se servit une louche de ragoût et jeta un morceau de pain à la tête d'un ado qui protestait qu'elle n'avait pas fait la queue comme tout le monde.
Elle se dirigea vers une table vide, posa son bol sur le plateau et retourna une chaise où elle s'installa à califourchon. Elle commença à manger rapidement, sans un regard autour d'elle. La chaise en face d'elle crissa sur le sol comme on la tirait et elle retint un grognement en voyant sa mère s'asseoir en face d'elle.
- Tu manges trop vite, remarqua la femme.
- Je suis pressée, répondit sèchement Katarina.
- Ta mission n'a pas été un franc succès.
- Au contraire, répliqua la jeune femme en levant les yeux vers sa mère, nous avons nettoyé la zone, comme prévu.
- Deux enfants sont morts, comment peux-tu dire ça ?
- On est en guerre, des morts il y en a tous les jours, tu ferais bien de t'y habituer.
- Comment peux-tu être aussi insensible ? Reprit la femme après quelques secondes de silence en montant le ton.
- Oui, s'énerva Katarina en se levant, c'est exactement ça, parce que je fais un boulot où il n'y a pas de place pour la sensiblerie ! Je n'ai pas le temps de m'apitoyer !
Elle se leva, abandonnant son bol à moitié plein sur la table et s'éloigna à grands pas.
- Tu sais que tu es responsable ! Retentit la voix de sa mère derrière elle.
Elle serra les dents et ne répondit pas, sortant rapidement du réfectoire pour prendre la direction de la réserve.
Quelques minutes plus tard, elle entra dans les vestiaires après s'être assurée que sa mère ne l'avait pas suivie. La plupart des personnes qu'elle côtoyait la pensait totalement imperméable aux morts. Peu de gens savaient qu'elle gardait une trace de chacun de ses « soldats » tombés au combat, de ces enfants qui n'auraient même pas dû savoir ce que les mots « stratégie », « embuscade », « souffrance » et « mise à mort » voulaient dire.
Hermione, Draco, Severus, Blaise… voilà ceux qui savaient. Harry aussi probablement, bien qu'elle ne le lui ait jamais dit, montré ou confirmé. Mais leur « chef sans peur et presque sans reproche » comme elle aimait à l'appeler, savait toujours plein de choses, et particulièrement ce qu'il n'était pas censé savoir, aurait rajouté Severus.
Elle entra toute habillée dans une cabine de douche qu'elle verrouilla avec soin. Elle ôta sa chemise et la jeta sur le banc en bois dans l'angle de la cabine avant de s'asseoir, les coudes sur les genoux, ses mains enserrant sa nuque tandis que ses longs cheveux masquaient son visage.
Elle inspira et expira à plusieurs reprises, cherchant à retrouver le calme que sa confrontation avec sa mère lui avait presque fait perdre. Elle se refusait à inscrire deux nouvelles morts sous l'emprise de la colère : ces gosses méritaient plus que ça.
Quand elle fut à peu près certaine de se contrôler, elle tira un couteau du fourreau qu'elle portait à la cheville droite et ouvrit l'eau froide d'un coup sec. Pas un tressaillement ne l'agita alors que le liquide glacé imprégna ses vêtements. Au bout de quelques minutes, elle leva le bras gauche et contempla d'un air amer les 7 cicatrices parfaitement parallèles qui traversaient horizontalement son bras. La première était presque dans le pli du coude et mesurait environ 4 cm de longueur sur 2 mm de largeur. Les six suivantes étaient identiques, espacées les unes des autres d'environ un demi-centimètre. Katarina soupira et affirma sa prise sur le couteau. Sa main ne trembla pas tandis qu'elle traçait deux nouvelles entailles. Le sang se mêla à l'eau, rougissant le carrelage blanc de la douche. Elle lâcha l'arme sur le sol et saisit dans sa poche arrière le flacon qu'elle avait pris dans la réserve. Elle le déboucha avec les dents et l'odeur acide du citron envahit la cabine. Écartant son bras ensanglanté du jet d'eau, elle versa le liquide jaunâtre sur ses plaies, sifflant de douleur à la brûlure. Intraitable, inspirant et expirant profondément pour contrôler la souffrance, elle versa la moitié du contenu du flacon. Elle resta ensuite sans bouger, légèrement pliée en deux, jusqu'à ce que l'intensité de la brûlure diminue. Puis elle se leva et repassa rapidement son bras sous l'eau froide, avant de couper l'eau. Sans sortir de la cabine, elle sécha les plaies avec sa chemise avant de verser dessus l'autre moitié du flacon. Elle essuya sommairement le surplus avant de repasser le vêtement souillé et trempé. Il ne lui restait plus qu'à passer se changer dans sa chambre. Peu importe le temps qui passerait, ces deux gosses ne resteraient pas des victimes anonymes de la guerre. Elle, elle se souviendrait de leur mort.
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- Elle a frappé ce type là, Frédéric.
- Ça lui aura peut être rabattu son caquet, grimaça Blaise.
- Ce n'est pas la question, protesta Hermione, il a eu besoin de trois points de suture !
- Ce type n'arrête pas de la provoquer et d'essayer de la rabaisser, protesta Blaise. Ils n'ont pas l'air de se rendre compte que Katarina a changé depuis le temps où elle vivait avec eux. Ils n'ont pas l'air de se rendre compte que le monde a changé !
- Blaise, tempéra Harry, personne n'aime ces gens, mais Kit a toujours réussi à garder son calme avec les civils, qu'elle perde son sang froid ainsi, ça m'inquiète !
- Là ce n'est pas la peine de se poser de questions, soupira Hermione, Severus... Toujours aucune nouvelle ?
- Non, aucune, répondit Harry en se levant pour regarder par la fenêtre. Mais je garde confiance. S'il avait été découvert, Tom se serait fait un plaisir de nous le faire savoir.
Sur un signe de tête de leur chef, le groupe se retira. Harry resta devant la fenêtre, songeur. Certes il ne pensait pas que le rôle d'espion de Severus ait été découvert mais il n'ignorait pas que le mangemort pouvait très bien avoir déplu à son « maître » de multiples façons. Il n'avait plus qu'à espérer que l'ancien professeur de potion n'ait pas fait partie des dommages collatéraux d'une des colères de Tom.
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Katarina posa le stylo-injecteur sur sa cuisse et appuya sur le bouton d'injection. Elle s'appuya contre le mur et attendit que ses tremblements se calment. Elle avait attendu longtemps avant de se résoudre à s'injecter une dose d'Anexsia. La dernière qu'elle possédait.
Elle n'avait rien dit à personne excepté à Tony lorsque celui-ci l'avait pressé de prendre une dose quelques heures plus tôt. Il avait promis de garder le silence à ce sujet lorsqu'elle lui avait dit qu'elle ne voulait pas que cela arrive aux oreilles de quiconque. À quoi bon ? Hermione, ou toute personne de l'unité qui serait au courant, préviendrait Harry qui se ferait un devoir de la confiner au camp pour sa « propre sécurité ». Or elle refusait purement et simplement l'idée de cesser de se battre. Elle n'abandonnerait pas. Elle était parfaitement consciente des risques qu'elle prenait ; si la douleur devait la submerger au beau milieu d'un combat, son sort était scellé. Mais elle s'en était fait la promesse il y avait longtemps, elle ne se cacherait pas derrière des portes closes. Elle mourrait au combat.
Elle ôta la robe longue en éponge bleu nuit qu'elle passait au sortir de la douche et enfila un pantalon noir et un débardeur de la même couleur avant de choisir l'une des chemises blanches de Severus et de l'enfiler par-dessus sa tenue. Elle eut un sourire amusé en se disant que sans elle personne n'aurait jamais rien vu de cette pauvre chemise que le bout des poignets, dépassant de la redingote noire de l'espion.
Avec un soupir, elle prit la direction du réfectoire. Harry l'avait prévenue : cela faisait plus de trois jours qu'elle n'y avait pas mis les pieds pour éviter de croiser sa famille. Et ça ne pouvait plus continuer. Pour le bien être de l'unité, elle ne pouvait pas se couper du groupe. Si elle avait été un simple soldat, le problème ne se serait pas posé, mais en temps que membre de l'équipe dirigeante, elle ne pouvait pas s'isoler ainsi. Si elle ne se présentait pas au repas du soir, il ne la laisserait plus partir en mission, ni même enseigner. Lui rétorquant qu'il serait seul responsable d'un éventuel carnage, Katarina avait juré qu'elle viendrait.
À présent, elle devait faire face à la situation.
Quelques minutes plus tard, elle entra dans le réfectoire et étouffa un gémissement de détresse. À sa gauche : ses parents, Frédéric et Elize ou « le squelette » comme l'appelait secrètement Katarina, qui n'avait jamais pardonné à cette ancienne camarade de Fac, avec qui elle était particulièrement liée, la trahison qu'elle avait ressentie quand, en rentrant plus tôt de son travail pour cause de migraine, elle l'avait trouvée au lit avec son fiancé. Avec le recul, elle devait admettre que la jeune femme lui avait probablement sauvé la vie, mais elle ne pouvait pas pour autant lui pardonner.
En face : la quasi-totalité de ses élèves; à droite : son cauchemar personnel dans cette vie : Augusta Londubat, sanglée dans son éternelle robe de sorcier noire.
Parcourant la salle des yeux elle fusilla Harry du regard. Il se contenta de hausser les épaules, l'air de dire qu'il fallait bien que cette situation se présente un jour.
En face d'elle ses élèves lui firent signe de venir les rejoindre. Elle ne le faisait pas souvent. Elle était leur professeur et leur supérieur hiérarchique sur le terrain et ne voulait donc pas lier de lien de camaraderie avec les jeunes gens. Mais parfois, surtout lorsque la mort d'un proche les frappait, elle cédait à leurs demandes. Ils avaient besoin de réponses, et ils savaient qu'elle les leurs donnerait sans fioriture et sans édulcorer la réalité de la guerre.
Du coin de l'œil, elle vit son père se lever et se diriger vers elle. Elle se tourna vers lui, tournant ainsi le dos à Augusta dont elle sentait le regard perçant et désapprobateur posé sur elle.
- Chérie, viens donc manger avec nous, sourit l'homme.
Elle n'avait jamais rien su refuser à son père. Il n'était pas méchant. Il était juste… aveugle. Il n'avait jamais été réellement capable de voir la mesquinerie et la cruauté mentale de son épouse à l'égard de leur fille unique, comme il n'avait pas vu cette dernière plonger tête la première dans l'alcool, comme il n'avait jamais rien su des colères dévastatrices de Frédéric qui, lorsqu'elle s'était enfuie, devenaient de plus en plus régulièrement d'une rare violence… Pour lui la vie s'écoulait dans une calme normalité. Et elle n'avait jamais réussi à lui faire admettre le contraire. Elle n'avait pas vraiment essayé.
- Allez, insista-t-il doucement en la voyant hésitante, nous sommes ta famille après tout.
Elle secoua la tête et le suivit jusqu'à la table où elle s'assit à côté de lui et face à sa mère. Elle hocha la tête en direction d'un de ses élèves qui lui montrait un bol de soupe et quelques minutes plus tard, il lui porta un plateau. Sachant parfaitement qu'elle donnait à sa mère le bâton pour se faire battre, elle ne remercia l'adolescent que d'un signe de tête avant de commencer son repas.
- La politesse est en option ici à ce que je vois, grinça la femme.
Katarina serra les dents et ne répondit pas, continuant son repas avec la ferme intention de se retirer dès celui-ci achevé.
Les réflexions continuèrent à jaillir à intervalles réguliers : sa tenue, son attitude, sa coiffure, son maquillage et son poids. Ce dernier sujet faillit faire sortir la jeune femme de son calme apparent. Toute son adolescence n'avait été qu'un long régime, sa mère la trouvant sans cesse en surpoids et à présent, la voilà qui l'accusait presque d'anorexie. Bien entendu, Frédéric, assis à l'autre bout de la table, ne se privait pas d'acquiescer à chaque critique. Katarina savait qu'il lui en voulait et elle ne se sentait pas fière d'elle d'avoir perdu tout sens commun au point de le frapper comme elle l'avait fait. Bien sûr l'homme avait clamé partout qu'elle l'avait pris par surprise et que c'était là la seule raison qui expliquait qu'elle ait ne serait-ce que réussi à le toucher.
Après plus de 15 minutes, Katarina finit par craquer et se leva brusquement, déterminée à quitter le réfectoire. Elle leva son bol vide à l'intention d'Harry, lui prouvant ainsi qu'elle avait rempli sa part du contrat en se nourrissant, puis elle reposa le récipient sur le plateau qu'elle tendit à l'une des stagiaires de Luna qui passait près d'elle.
Elle hocha la tête en direction de son père et commença à s'éloigner. Elle n'alla cependant pas loin. À peine avait-elle fait trois pas que la voix de sa mère s'éleva brusquement derrière elle.
- Qui t'a donné la permission de te lever de table ?
Kit fit volte face, incrédule. Cette folle était-elle sérieuse ? De toute évidence, oui. Il semblait que Ghislaine soit totalement incapable de réaliser que sa fille avait à présent 26 ans et que le monde bourgeois dans lequel elle avait toujours vécu s'était irrémédiablement effondré.
- C'est une plaisanterie, dit-elle à haute voix, sans s'adresser à quelqu'un en particulier. Une plaisanterie ou un putain de cauchemar…
- Je te prierais de surveiller ton langage en ma présence, hurla Ghislaine, perdant le contrôle d'elle-même.
Katarina la fixa, hésitante. Elle savait que si elle se laissait aller à répondre, les choses n'allaient pas tarder à mal finir. Réellement mal finir. Elle sentait la colère qui s'agitait en elle. Ce genre de colère dont seul Severus pouvait venir à bout, et dans une moindre mesure, Blaise. L'absence de l'espion lui serra le cœur une fois de plus tandis qu'elle sentait le gout du sang dans sa bouche. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle se mordait la langue pour garder son sang-froid, réalisa-t-elle. La colère n'allait pas tarder à la submerger. Il fallait qu'elle sorte de là au plus vite.
Elle se détourna, bien décidée à sortir du réfectoire quoi qu'il arrive, la voix de sa mère qui s'insurgeait de son impolitesse résonnant derrière elle.
Alors qu'elle avait presque atteint la porte, une autre voix la figea sur place, la glaçant jusqu'aux os.
- Ne vous mettez pas dans cet état très chère. Vous avez fait de votre mieux mais quand une pomme est pourrie, on ne peut rien y faire.
- Augusta, protesta faiblement Hermione depuis sa place.
La vieille dame releva la tête fièrement, ignorant l'interruption et foudroya Katarina du regard. La haine que celle-ci lut dans les yeux de la grand-mère de Neville manqua de la faire vaciller. Elle aurait pourtant dû être habituée. La vieille dame ne la condamnait pas pour la mort de son petit-fils, elles avaient même été toutes deux très proches après le décès. Non, Augusta Londubat, qui avait porté le deuil toute sa vie, la haïssait d'avoir osé recommencer à vivre.
- Augusta, siffla Katarina d'une voix blanche, ne vous mêlez pas de cela je vous prie. Vous ne faites qu'envenimer les choses.
- La vérité envenime toujours les choses pour ceux qui ont quelque chose à se reprocher, ma petite-fille !
Le terme, affectueux autrefois, sonnait à présent comme une insulte.
- C'est pas vrai, marmonna la jeune femme, découragée.
- Oh tu peux rognioner (1) ma petite, tu passes peut-être pour bien vaillante (2) ici, mais moi je sais à quoi m'en tenir, tu es et tu resteras une valdenière (3), une simple paltonière (4) !
Plus loin dans la salle, Draco et Blaise se contractèrent tous deux, Harry, après avoir échangé un regard avec Ron, se redressa, hésitant à intervenir, sachant qu'il risquait d'envenimer les choses s'il donnait l'impression à la vieille femme de prendre le partie de Kit. Cette dernière ferma les yeux un instant, la dernière des Longdubat usait sans cesse d'un langage d'une autre époque mais elle n'avait nul besoin de traduction. Ces reproches là elle les lui avait dits sur tous les tons et dans tous les termes.
- Augusta, vous ne pouvez pas m'en vouloir toute votre vie, soupira la jeune femme.
Elle n'avait pas envie de se battre, pas envie de s'énerver. Neville disait lui-même qu'il fallait acquiescer à ce que disait sa grand-mère et n'en faire qu'à sa tête ensuite. Juste avant de mourir, il lui avait dit de veiller sur la vieille dame et même si celle-ci la détestait, elle ne pouvait pas renier sa parole. C'est pourquoi elle s'efforçait sans cesse de se montrer d'un calme parfait, mais au fur et à mesure que l'absence de Severus se prolongeait et que l'angoisse l'envahissait, elle avait de plus en plus de mal à tenir ses engagements.
- Harry, demanda-t-elle soudain en se tournant vers l'homme brun, confie ma classe à Seamus demain, tu veux bien ? Je me sens fatiguée, je vais devoir me reposer un jour ou deux.
Pas dupe une seconde, Harry hocha néanmoins la tête, devinant que la jeune femme se retirait pour éviter de céder aux pulsions de violence qui l'habitaient. Blaise lui sourit d'un air apaisant, l'interrogeant du regard sur la nécessité de l'accompagner. Elle secoua négativement la tête. Elle avait besoin d'être seule, mais la vielle sorcière n'avait pas l'intention de lâcher le morceau aussi facilement.
- Fatiguée ? Pour t'escambiller(5), paumoyer (6) ta hache ou pugner (7), là tu n'es pas fatiguée ! Cesse un peu de nous raconter des histoires, ma petite-fille !
Katarina pâlit brusquement et du coin de l'œil, elle vit Draco se lever, le visage fermé et être retenu par Blaise. Hermione et Harry échangèrent un regard inquiet et ce dernier se tint prêt à intervenir au cas où Kit perdrait définitivement son sang froid et oublierait qu'elle se trouvait face à une dame âgée. Mais la jeune femme, toujours aussi pâle, secoua la tête d'un air incrédule avant de reprendre la parole d'une voix blanche.
- Des histoires. Vous voulez une histoire ? Il était une fois… C'est bien ainsi que commencent les contes, non ?
La vieille femme pinça les lèvres et, se détournant, claudiqua vers la porte d'entrée, déterminée à retourner dans sa chambre sans en écouter davantage. Mais malheureusement pour elle, elle ne se déplaçait pas assez vite pour échapper à la voix de son ancienne petite-fille par alliance.
- Il était une fois, continua Katarina, l'histoire de gens qui s'aimaient. Et qui jouèrent à la guerre.
Augusta stoppa net et se retourna pour dévisager la jeune femme livide qui soutint son regard sans ciller.
- Neville n'aurait… commença-t-elle.
- Il n'est plus là ! La coupa durement Kit.
La vieille sorcière la regarda intensément, les lèvres pincées, avant de lâcher, avec un mépris palpable.
- Je me demande bien ce que ce… ce… ce mangemort à de plus que mon Neville…
- Un cœur qui bat…
- Sans oublier un sens de la répartie incroyable, l'expérience et un sang-froid à toute épreuve, intervint une voix sarcastique depuis la porte de la réserve, derrières elles.
Katarina se retourna brusquement, son visage se vidant du peu de couleur qu'il lui restait. Elle fit un pas en avant, incertaine, se demandant si son esprit ne lui jouait pas des tours.
- Vous voilà enfin Severus, intervint calmement Blaise.
L'intervention de son ami sembla réveiller la jeune femme. Elle franchit la distance qui la séparait du mangemort en quelques pas et se jeta dans ses bras, enroulant ses jambes autour de sa taille. Toute la tension qu'elle avait accumulée depuis trois mois sembla soudainement quitter ses épaules quand la main de Severus se posa sur sa nuque pour la serrer contre lui.
(1) : marmotter des injures entre ses dents
(2) : active, vive
(3) : vaurienne
(4) : putain
(5) : s'allonger pour l'acte sexuel. Augusta la traite tout simplement d'escaladeuse de braguettes
(6) : manier hardiment
(7) : combattre
* n.b : merci à Me-Violine qui a fourni ces termes d'ancien français.
