Chapitre IX

-Et bien ma p'tite c'est qu'on saurait pas nager! dit l'homme qui relâcha les bras de la jeune fille.

-Pourquoi... Pourquoi!

Il s'interrogea quelques instant sur le passé de cette inconnue. Son regard se tourna sur cette marque qui semblait battre à l'unisson avec le rythme cardiaque de la brune, - sur cette cicatrice qui désignait une malédiction pire que la mort – il pensa qu'elle était dorénavant une bête marqué au fer rouge, un bien que possédait cette créature de l'outre-monde. Ses iris se tournèrent par la suite sur son corps, se heurtant à la nudité de cette Ève nouvelle, c'est alors qu'il ôta sa chemise, tel un preux chevalier, afin de la placer sur le corps tremblant de sa pensionnaire. A cette vue, sa femme se hâta à leurs côtés, elle jeta un regard interrogateur à son mari qui lui répondit d'un signe de tête en direction de la femme, tremblante. Elle marmonnait toujours ces quelques paroles inaudibles à leurs ouïes, une plainte, un requiem sans nom, qui les terrifiaient.

-Natsuki.

Elle ne bougea pas à l'entente de son nom, espérant qu'elle était la seule à l'entendre, que cette voix avait été crée par ses peurs, par un esprit malade! Elle espérait tant que ce ne soit que son esprit devenu fou qui lui avait offert cette vision et qui maintenant l'obligeait à entendre cette voix si douce et pourtant si dangereuse et cruelle... Ce n'est qu'après avoir reçue quelques goûtes d'un liquide chaud qu'elle releva son regard vers ces deux paysans. L'homme, fut décapité en un instant, tandis que sa femme resta bouche-bée, ne comprenant pas pourquoi le visage de son mari roulait à cet instant jusqu'à ses pieds.

-Que..

A peine eut-elle commencée sa phrase qu'une main forte lui brisa la nuque, retournant complètement le visage de cette dernière vers son agresseur.

-Ara. Je commençais à croire que ces gens cherchaient à te dérober à moi... Natsuki agrippa le linge avec force.

-Pour...Quoi... Pourquoi ne meurs-tu pas!

Elle s'élança dans un nouveau duel, elle semblait être destinée à combattre cette femme jusqu'à ce que la flamme qui l'habite ne soit plus. Shizuru, elle, s'amusait à nouveau à ses dépends, jouant avec sa colère, ses faiblesses. Elle attrapa l'un des poings qui s'apprêtait à atterrir douloureusement sur son visage, puis souleva cet insecte qui osait s'en prendre à elle - toisant l'enfant avec plaisir, lui montrant sa supériorité.

-...Le corps de Natsuki est toujours une véritable merveille... susurra t-elle dans l'oreille de sa captive avant de dériver sur ses lèvres. Natsuki m'autoriserait-elle un baiser de ses lèvres, si exquises, que je n'ai pu goûter depuis tant de temps?

La chasseresse fixa un instant le démon avant de céder au désir de ce dernier, désir qui semblait le consumer depuis bien longtemps. Elle approcha son corps nu du vampire, l'autorisant ainsi à porter une main délicate sur son être - un sourire taquin se dessina sur ses lèvres. A cet instant, la créature de la nuit crue entrevoir chez cette humaine un abandon de soi, la capitulation qu'elle avait tant attendue.

-Natsuki... elle leva le menton de la proie qu'elle désirait ardemment, n'écoutant plus que ses passions.

Leurs lèvres se caressèrent sans réellement oser le baiser, une tendresse que le démon n'eut jamais reçu par cet être aussi froid que les pierres précieuses lui servant d'iris. Elle tenta d'approfondir son acte avec empressement, allongeant avec délicatesse son objet de convoitise, la surplombant de sa puissance, mais sa captive prit les dessus et imposa sa loi.

-Ara... Je ne savais pas Natsuki si entreprenante... la brune caressa de son index les lèvres de cet être irréel, avant de lui céder un second baiser, plus osé.

Shizuru se hâta de découvrir à nouveau cet être qui lui avait tant manqué, une éternité semblait s'être écoulé depuis que son touché, glacé, ne se heurte à la chaleur de ce corps si fragile et humain. Tandis que la brune arpentait ce corps - qu'elle n'avait jamais touchée auparavant - elle abandonna ses lèvres - suivit de ses crocs - sur cette peau de porcelaine. Ils s'imposèrent sur la nuque de Shizuru, qui s'amusa de la situation, appréciant ces actes de tortures divine.

-...Tu ne m'auras jamais...

Ces mots, dit dans un souffle court, sonnèrent comme un cri de guerre. Natsuki attrapa la nuque de son opposante, mais sa dite, captive ne semblait craindre aucune attaque. Après tout que pouvait bien un humain - dépourvu d'envie de vivre - contre elle: La pure sang.

-Tant de haine et de rage dans ce regard... Il semblerait que tu sois déjà mienne, ma douce.

La chasseresse brandit un objet qu'elle dévoila au regard de sang.

-Tu aimes les croix? elle brûla la nuque du vampire avec satisfaction.

Les crocs de Shizuru s'allongèrent avec rapidité, quelques complaintes de douleurs s'envolèrent dans les airs alors que la brune, brandissait encore son artefact.

-Maintenant nous sommes quittes! Natsuki se leva et se hâta dans la demeure des paysans.

Celle qui fut brûler se redressa avec plaisir, laissant sa folie des jeux prendre le dessus.

-Si Natsuki aime jouer... elle sourit tout en s'approchant de la demeure d'un pas lent.

L'humaine attrapa ses effets qu'elle enfila avec rapidité, soudain elle entendit la bête frapper à la porte tout en appelant son nom d'un ton amusé. Elle quitta la demeure par l'une des fenêtres, puis commença une course effrénée loin de la bâtisse, mais c'était sans compter la rapidité de la créature d'outre-tombe qui l'arrêta d'un pas décidé, la projetant au sol. Natsuki toussa quelques instant avant de tenter de se relever.

-Ma Natsuki n'ira nul part, elle agrippa la chevelure de jais qu'elle rejeta avec vigueur en arrière. C'était très douloureux, la brune ria à ces mots.

-Ara, cela semble beaucoup t'amuser... elle agrippa de nouveau sa longue chevelure, forçant la chasseresse à relever la tête vers elle. Que dis-tu de cela...

Elle planta ses crocs dans cette chaire si tendre et appétissante, observant par la même occasion le visage de sa victime qui resta de marbre face à la douleur, s'obligeant à n'émettre aucune plainte, aucun signe visible de la douleur qu'elle recevait. Face à cela, le vampire dit:

-Ainsi, tu es habituée à mes crocs... Très bien dans ce cas, elle plongea à nouveau ses crocs, plus ardemment cette fois, tout en laissant l'une de ses mains se perde dans l'entre jambe de sa douce possession.

La brune se débattit avec force, mais plus elle tentait de se débattre, plus les crocs s'enfonçaient dans sa nuque - lui infligeant une douleur qu'elle ne semblait soutenir. Son sang s'échappait à grande hâte de son être, nourrissant son désespoir ainsi que sa tortionnaire. Ce n'est que lorsque la douleur se stoppa, que les canines du démon ne soit plus et que ces mains douces ne disparaissent que la brune leva les yeux à l'encontre de son assaillante; assaillante qui était elle même en difficulté. Un homme d'une très grande beauté maintenait Shizuru à terre, qui ne semblait manifester aucunes oppositions aux gestes de cet être tout aussi vampirique qu'elle ne l'était.

-Reito-san, le sang pur sourit.

Natsuki toucha sa nuque afin d'en découvrir la profonde marque de la suceuse de sang. Elle posa son regard sur l'homme - à l'allure princière - qui méprisait de son regard obscure sa congénère.

-Dois-je me répéter à nouveau Shizuru? elle feignit l'ignorance, détournant son regard.

-Je ne vois pas de quoi il peut s'agir, il prit son visage de sa main forte, l'obligeant à lui faire face.

-Vraiment? un sourire sadique s'imposa sur ses lèvres.

L'humaine, quand à elle, restait à distance de ces deux créatures. Elle devina aisément la partie démoniaque de l'homme, au vue de sa grande force et beauté, mais surtout du fait que Shizuru se laissa empoigner aussi facilement. Perdue dans ses pensées, elle perdit le fil de la conversation entre ces deux êtres surnaturels, jusqu'à ce que les iris cramoisie ne s'imposent dans son esprit. La créature de la nuit lui sourit avant de reporter son attention sur l'homme de plus en plus impatient.

-Shizuru!

-Ara Reito-san, je sais bien que nous avons vécus quelques décennies ensemble, mais je suis loin d'avoir perdue ma capacité auditive... une gifle se perdit sur sa joue, faisant basculer son visage sur la gauche.

-N'oublis pas qui je suis et n'oublie pas où est ta place! son regard écarlate lança un défi silencieux.

-Je le sais très bien, l'homme se leva avec langueur.

-Le cycle lunaire se terminera cette semaine, et lorsque ce sera fait, tu seras ma femme.

-Je comprend parfaitement, dit-elle en souriant.

L'homme posa son regard sur la brune qui resta fixe, supportant son regard. Cette audace l'amusait tout autant que Shizuru, car personne n'osait, excepter sa tendre moitié, lui tenir tête. Cette humaine ne semblait craindre ni tortures, ni une mort certaine, ou bien était-elle seulement idiote? Il lui lança ce même regard joueur que la pure sang lui offrait sans cesse, a croire qu'ils étaient réellement fait l'un pour l'autre.

-C'est donc elle ta nouvelle obsession? Shizuru ne dit mot, détournant son regard, approuvant dans un silence de mort les dires de son futur époux.

-Je vois...

Avant qu'elles n'aient le temps de réagir, l'homme se trouvait devant Natsuki, il poussa la main de la blessée afin d'en apercevoir l'œuvre de sa future femme.

-Belle marque, dit-il à l'attention de Shizuru.

-Laisse là, il lança un sourire charmeur à la brune, tout en dégageant l'une de ses mèches de cheveux.

-Possessive... Sache, petite humaine, que je l'ai déjà vu faire la même chose avec d'autres. Tu n'es qu'un passe temps, un petit jeu et lorsqu'elle se lassera de toi, elle te tuera.

Natsuki observa l'homme avant de lui rendre son sourire.

-J'ai très envie de jouer avec elle.

Reito s'offusqua, agrippa l'humaine par la nuque resserrant l'étreinte.

-Natsuki! Shizuru s'apprêtait à porter assistance à la chasseresse, quand une voix s'éleva non loin d'elle. Une voix qui était beaucoup plus féminine et trop familière à son ouïe.

-J'ai bien peur que tu n'ai aucunes chances Reito, elle semble être en amour! il relâcha sa prise avant qu'elle ne perdre connaissance.

-Nao... Pourquoi ne suis-je pas plus étonnée que cela?

Celle à la chevelure de feu ria quelques secondes, laissant sa chevelure danser avec une brise légère. Elle se redressa une fois son fou rire passé, posant ses bras contre sa poitrine, toujours le même sourire provocateur et insultant à l'encontre de sa congénère.

-Je ne fais ça que pour ton bien et celui du clan. Après tout, les pures sangs doivent s'unir entre eux, tel est la tradition.

-Ara, je n'aurai jamais crue entendre ces termes s'extirper de tes lèvres. Serait-ce possible que ton cœur se soit égaré pour mon futur époux... Ou ma douce Natsuki?

-Toujours à te croire supérieur à ce que je vois. Je n'ai pas de temps à perdre avec ce tas de viande, contrairement à certaines.

-Pourtant, si tu n'avais pas été près d'elle tout ce temps, je n'aurai jamais pu retrouvée sa trace aussi aisément...

Le monarque vampirique observa la scène avec amusement, il n'avait plus eu la chance d'assister à l'une de ces querelles amoureuse depuis des siècles. Natsuki, quand à elle, observa ce regard joueur, pensant qu'une vie éternelle se voyait dépourvue de tout acte sérieux. Tous les vampires semblaient s'amuser de la vie, eux qui ne peuvent connaître une mort naturelle.

Elle tenta néanmoins de se faufiler loin de ce spectacle écœurant, espérant que cette querelle aussi idiote soit-elle soit suffisamment intéressante aux yeux de l'homme pour qu'elle puisse fuir le plus loin possible. Malgré sa force physique, trois vampires contre elle, dont deux pures sangs, cela était trop lui demander. Elle observa une dernière fois les deux femmes: Shizuru, dans sa prestance habituelle, ne semblait rien craindre de Nao, qui dans sa fougue juvénile ne semblait faire le poids.

Rien de surprenant...

-Si jamais tu tentes de fuir, petite humaine, je te tranche les jambes, dit l'homme sans quitter les deux femmes des yeux. Elles se déchirent ton cœur, tu devrais être heureuse.

Heureuse?... Dans la destruction, il ne peut y avoir de bonheur...

Elle obéit tout de même aux ordres du vampire qui se tenait droit non loin d'elle. Reito fut vite lassé par ce petit jeu, lui, qui aimerait être le centre de cette dispute qu'il jugeait tout aussi stupide que l'humaine à ses pieds.

-Shizuru. Nous y allons.

Celle appelée posa son regard meurtrier sur l'homme qui avait l'audace de lui dicter sa conduite, avant de porter son regard vers le corps frêle de sa douce obsession, assise non loin de lui. Elle savait pertinemment qu'une quelconque réplique pourrait coûter la vie de cet enfant...

Reito tendit sa main forte et glaciale attendant que sa promise ne lui tende la sienne en retour, le couple princier débuta sa marche – d'un pas semblable à leurs caractères: noble et exemplaire - afin de quitter ce lieu aussi pauvre que désolé, quittant cette lisière, s'éloignant d'un pas lent de cette maisonnée grotesque et humaine... Avant qu'ils n'aient disparu au loin, on pût entendre ces quelques sons:

-Nao, fais ce que tu veux de cette femme.

Le rouge se heurta à la plaine verdoyante.