Chapitre 8 - Attirance
Sierra entendit la voix du groupe de Serpentard. Elle s'excusa immédiatement auprès de ses amis et tourna dans un autre couloir. C'était devenu son lot quotidien. Eviter Alcott ! Cela faisait un mois que ça durait et Sierra fatiguait. Mais elle refusait de le voir en face ! Bien sûr, pendant les cours elle ne pouvait pas l'éviter, mais, elle ne le regardait pas. Et si jamais il lui parlait, elle ne répondait rien. Elle avait beaucoup trop honte. Depuis la nuit du réveillon, elle revivait sans cesse leur baiser. Bon sang, ce n'était qu'un simple tout petit baiser, se répétait-elle. Mais elle ne faisait qu'y penser. Les lèvres douces d'Alcott sur les siennes. Les yeux bleus d'Alcott qui l'hypnotisaient. L'agréable odeur d'Alcott. Raaaaaaaaah ALCOTT, il était partout ! Du coup elle passait également un peu moins de temps avec ses enfants. Car ils lui rappelaient celui qu'elle voulait oublier. Elle esquivait du mieux qu'elle pouvait son amie Evelyne qui lui posait trop de questions sur le Serpentard et par la même occasion Connor, car il était souvent avec Evelyne et leurs enfants. Donc ses propres enfants…Raaaah c'était un cercle vicieux ! Seul Tristan lui apportait la paix.
Un mois ! Un mois que Keller l'évitait ! Comment osait-elle faire ça ? En plus, elle l'ignorait délibérément lorsqu'il lui adressait la parole ! D'accord, le terme, « se moquer » d'elle avec son groupe était plus exacte. Mais d'ordinaire Keller répliquait farouchement. Hors là, elle l'ignorait ! En plus cette idiote passait tout son temps avec ce stupide Gryffondor de me… C'était intolérable !
- Ras le bol ! cria Melinda dans la salle de cours où elle avait l'habitude de se réunir avec ses frères et sœurs.
Depuis noël leur mère ne faisait que fuir leur père.
- Et elle ne passe presque plus de temps avec nous ! S'insurgea Calista.
- Oui, à chaque fois que je veux lui raconter une blague elle m'esquive, rapporta Kylian.
- Elle en a peut être assez de tes blagues, dit sérieusement sa sœur.
- Maman m'a toujours écouté ! S'emporta son jumeau.
- Il est évident qu'elle nous fuit, dit Evane.
- Maman nous fuit ? Pourquoi ? Demanda tristement Wyatt.
- Bien sûr, si elle fuit papa alors elle doit nous fuir aussi…
- Parce qu'on lui rappel trop papa, termina Evane à la place de Melinda. Elle n'a pas encore accepté l'idée d'être avec lui.
Les autres soupirèrent.
- Je veux bien concevoir que ce soit difficile, admit Calista. Mais ça fait plus de trois mois déjà ! Je veux passer du temps avec elle ! S'obstina capricieusement la dernière fille de la famille.
- Moi aussi, ajouta Kylian. Sans compter qu'elle passe beaucoup de temps avec Tristan.
- Ca c'est intolérable, confirma Evane. Il est hors de question qu'on reste bien gentiment assis à regarder ce crétin draguer notre mère sous notre nez.
- Donc finalement on agit, comprit Melinda.
- Je comptais sur la jalousie de papa, dit son frère, mais…
- Même si papa à une rage meurtrière contre l'autre Cooper, il ne fait rien du tout ! Reprocha Calista.
- C'est parce que Tristan ne fait rien du tout non plus, dit Evane.
- Comment ça ? demanda Kylian.
- Tristan drague maman, c'est un fait, expliqua Melinda. Mais il ne se passe rien de plus. Il ne lui a jamais pris la main, ou embrassée.
- On ne va quand même pas encourager Tristan ! S'étrangla Kylian.
- Jamais ! Renchérit sa sœur.
- Bien évidement que non ! Rassura Evane. En revanche…
Il sourit. Un petit sourire sadique propre aux Alcott.
- On va tout faire pour que les parents se rencontrent.
Pour cela, Evane était loin de se douter que son père avait la même idée. Il venait de repérer Keller, seule, marchant à toute allure dans un couloir vide. Elle l'avait vu. Il le savait. Leurs regards s'étaient croisés un bref instant. Aussitôt Keller avait rebroussé chemin. Il n'allait pas la laisser s'enfuir cette fois.
Sierra l'entendit accélérer le pas derrière elle. Faite qu'il ne la rattrape pas. Sa chance se présenta. Elle bifurqua dans un autre couloir. Merlin bénisse les trop nombreux couloirs de Poudlard qui d'ordinaire étaient un vrai piège pour les premières années. Elle s'avait qu'elle pouvait lui échapper de ce côté. Elle tourna. En sécurité elle s'autorisa à reprendre son souffle contre un mur. C'était tellement épuisant. Elle rouvrit les yeux, prête à reprendre son chemin en direction de son cours de potion et…sursauta. Il était là ! Juste devant elle. Un sourire victorieux sur les lèvres.
- Alors on me fuit encore Keller.
- Je…je ne vois pas de quoi tu parles, bégaya Sierra en tournant le visage.
Elle ne voulait pas le regarder dans les yeux.
- Ah oui ?
Il s'approcha un peu.
- Moi je te dis que tu me fuis depuis le soir du réveillon. Peut-être est-ce parce que tu as peur Keller. Peur que je ne t'embrasse de nouveau. Ou alors…
Il s'approcha d'avantage.
- Tu as peur parce que tu as envie que je t'embrasse, souffla-t-il.
Sierra se tourna immédiatement vers lui. Quel culot !
- Jamais de la vie ! Cracha-t-elle. Je sais très bien que tu m'as embrassé à cause de gui. Alors inutile de te moquer de moi maintenant !
- Qui te dit que je me moque, dit-il très sérieusement ce qui eut pour effet de déstabiliser Sierra.
Il n'était quand même pas…NON. Il ne pouvait que se moquer. Et dire que pendant une mini, une micro seconde, elle y avait crut.
- On va être en retard, dit-elle simplement en s'écartant de lui pour se mettre à marcher.
Il ne dit rien et la suivit. Ils avaient le même cours.
Cours auquel ils arrivèrent en retard. Lorsque Sierra ouvrit la porte et qu'ils entrèrent. Tous les regards se tournèrent vers eux. Inutile de préciser que leurs amis étaient au bord de l'apoplexie en les voyants tous les deux. Elle adressa un regard qui se voulait rassurant à Connor et Evelyne, sans se douter que Tristan regardait Alcott d'un œil noir. Le Serpentard lui adressa un sourire moqueur.
- Quel plaisir que vous vous joignez à nous, persiffla Malfoy. Votre retard m'étonne monsieur Alcott. Mais je ne doute pas que cela soit la faute de Keller.
Sierra crut s'étouffer.
- Cinq points en moins pour Gryffondor.
Quel enfoiré ce Malfoy !
- Comme vous aurez pu le voir, si vous avez prêté attention à la classe, continua Malfoy en ne regardant que Sierra. Ce cours se déroule en binôme. Puisque qu'il ne reste que vous deux, vous devrez malheureusement faire équipe ensemble.
Génial ! Juste ce qui lui manquait. Elle dirigea son regard vers Alcott. Celui-ci n'avait aucune expression sur le visage. Elle ne se doutait pas une seconde qu'il jubilait intérieurement.
Ils prirent place à une table libre dans le fond. Sierra posa son sac par terre, sortit ses affaires et lut le cours au tableau. Il fallait faire une potion de régénération de la peau. Ca existait ça ? Sierra ne le savait même pas. Alcott alla chercher les ingrédients en silence. Lorsqu'il revint il fut agréablement surpris de voir que Sierra avait sorti le chaudron et déjà mis l'eau à bouillir.
- Ton cas n'est pas aussi désespéré que ce que je pensais Keller.
Pour toute réponse elle lui adressa un regard méprisant.
- Il faut mettre en premier une racine de gerphane.
Sierra chercha ladite racine sur la table. Il lui fallut un moment avant de la reconnaître. Alcott l'observait pour voir combien de temps il faudrait à Sierra pour la trouver. A bout de patience il attrapa la plante et avec…la main de Sierra qui venait de se poser sur la racine. Un frisson le parcourut dans tout le bras. Frisson qui s'amplifia en voyant que Sierra le regardait de ses yeux émeraude. Bon sang, quel regard !
Sierra retira sa main et se concentra sur l'eau qui bouillait. Elle avait chaud. Très chaud. Si seulement quelqu'un pouvait ouvrir la fenêtre.
Alcott mit la racine dans le chaudron sans dire un mot. Ils continuèrent leur potion dans le silence. A plusieurs reprises leurs mains se frôlèrent. Alcott lui effleura la hanche par mégarde. Le bras. Sierra était comme brûlée à chacun de ses contacts. Une douce brûlure. Elle se maudit intérieurement. Lorsque leurs jambes se touchèrent, Sierra commença à croire qu'il le faisait exprès ! Elle en fit tomber le bol de graines de tulia. Avec un grognement agacé, elle se baissa pour les ramasser. Elle vit la main d'Alcott mettre des graines dans le bol. Il s'était lui aussi baissé derrière leur bureau. Sierra s'en voulut d'avoir levé les yeux et d'être tombée dans cet océan bleu. Leurs mains se touchèrent de nouveau. Non, Alcott avait pris sa main. Une minute, Quoi ! Pourquoi tenait-il sa main ? Elle n'eut pas le temps de réfléchir d'avantage. Alcott l'avait attiré contre lui et posé ses lèvres sur les siennes. Toujours chaudes, ne put s'empêcher de penser Sierra. Elle le repoussa brusquement.
- T'es complètement malade ! Hurla-t-elle.
- Bravo pour la discrétion Keller, grogna-t-il à voix basse.
Sierra réalisa avec horreur qu'ils étaient en cours. Cours que donnait le professeur Malfoy.
Elle soupira lorsqu'ils se relevèrent et qu'elle le vit la fixer d'un œil noir. Toute la classe les regardait avec curiosité.
- A l'avenir je vous prierai de garder vos états d'âmes pour vous Keller, ceci est une salle de classe et non un hall de gare. Moins vingt points pour les Gryffondors.
Sierra sentit ses épaules s'affaisser. Elle fusilla Alcott de ses yeux verts et se concentra sur la potion, sans desserrer la mâchoire jusqu'à la fin du cours.
- Mais qu'est-ce que tu fichais avec Alcott ? Explosa Connor à l'heure du déjeuner.
- Rien, soupira Sierra.
Quelle longue journée.
- Je l'ai croisé dans le couloir, nous nous sommes disputés et…sommes arrivés en retard, voilà.
Ses deux meilleurs amis étaient septiques.
- Et qu'est-ce qui s'est passé en cours ? Demanda un peu brusquement Tristan.
- On s'est encore disputé.
- Mais qu'est-ce qu'il t'a fait ? Insista Tristan.
- Rien, il m'a énervé c'est tout. C'est Alcott quoi.
Sierra n'avait pas envie de se justifier. Et encore moins envie de repenser à ce deuxième baiser. Bien que très rapide, il la troublait tout autant que le premier.
- En tout cas le choc quand on vous a vu entrer tous les deux, dit Deby en riant.
- J'ai cru que j'étais passé dans une autre dimension, plaisanta Sarah.
- Moi j'ai cru que tu avais enfin succombé à ton futur mari, minauda Julie.
Sierra recracha son jus de citrouille sur Connor. Trop abasourdie, elle ne s'excusa même pas et dévisagea Julie.
- Ne dit pas n'importe quoi, s'écria Connor en s'essuyant le visage. Sie n'est pas stupide.
- Oui ne plaisante pas avec ça, ajouta sombrement Tristan.
Sierra replongea vers son repas. Mais son cerveau était en ébullition. Elle ne se rendit pas compte du regard joyeux qu'échangèrent Melinda et Kylian. L'ainée s'empressa de regarder son frère à la table des Serpentards. Il lui adressa un sourire. Ici aussi les questions allaient bon train.
- Tu es sûr qu'il n'y a rien entre toi et Keller ? Demanda Bart.
Alcott leva les yeux au ciel.
- Pour la énième fois, il n'y a rien ! Répondit-il.
Ses amis semblèrent rassurés.
Bien sûr Drake mentait. Il était bon menteur. Cacher ce qu'il ressentait était une chose aisée pour lui. Pour ça, son père l'avait bien éduqué. Mais il n'allait certainement pas avouer à ses amis qu'il avait de l'attirance pour Keller. Une attirance tellement forte qu'il n'avait pu se contrôler pendant le cours de potion.
Ce matin-là, Sierra se réveilla avec un sourire serein sur les lèvres. Sourire qui s'effaça bien vite lorsqu'elle réalisa qu'elle avait encore rêvé d'Alcott. Lui et ses lèvres. Fichu Serpentard ! Sierra ne faisait que rêver de lui depuis trois jours. Pourquoi avait-il eu besoin de se jouer d'elle à ce point ? Sierra sortit de son lit. Aujourd'hui c'était samedi et elle n'avait pas l'intention de le passer à penser à son ennemi, père de ses enfants se rappela-t-elle avec lassitude. En parlant de ses enfants, ils affichaient des mines réjouit ces temps-ci. Et ce matin ne dérogea pas à leur habitude.
- Sierra, appela Melinda dès qu'elle l'aperçut descendre de son dortoir. Parfait tu es réveillée !
- Oui mais…
- Pas de mais, coupa Kylian.
- Aujourd'hui tu passes la journée avec nous !
- Mais je…
- Non, qu'est-ce que j'ai dit ! Pas de mais !
- Et Connor et Eve…
- Ils comprendront qu'on veuille passer du temps avec toi. D'ailleurs Charly et Emilie ont décidé de passer la journée avec eux !
- Ah oui ?
- Oui.
- Donc maintenant on va prendre notre petit déjeuner et tu vas te préparer pour le pique-nique.
- Un pique-nique ! S'écria Sierra. Mais on est en janvier ! Il y a de la neige partout dehors.
- Et alors, nous sommes des sorciers.
- Mais...
- Ca suffit, on va petit déjeuner maintenant, dit Kylian en la poussant vers la sortie.
A cette heure matinale, Sierra constata que la grande salle était presque vide. Les élèves faisaient sûrement la grasse matinée. Elle fut soulagée de ne pas voir Alcott à la table des Serpentards. Evane et Calista étaient eux aussi absents. Après s'être restaurée, elle regagna son dortoir pour se préparer. Melinda l'avait accompagné et tenait absolument à la conseiller sur la tenue qu'elle devait porter. Ce trie de vêtement dura une bonne partie de la matinée.
- Soit heureuse que Cali ne soit pas là, dit Melinda lorsque Sierra demanda si tout cela était bien nécessaire.
Effectivement elle pouvait se considérer comme chanceuse. Calista était bien trop pointilleuse. Dans les environs de midi, elles purent enfin sortir. L'estomac de Sierra criait famine. C'est donc vêtu d'un slim en jean noir, d'un pull fin à col montant beige, de bottes noires et d'un manteau blanc qu'elle sortit dehors. Le froid et la pureté embaumaient l'air. Sierra aimait cette douce quiétude. Elle s'amusait à regarder ses pieds s'enfoncer dans la neige à chacun de ses pas. Mais au bout de quelques minutes cela devint fastidieux.
- On est encore loin ?
- On y est presque, assura Melinda qui marchait en éclaireur.
Elles montèrent sur une colline. De l'autre côté, au milieu de cette étendu neigeuse, un carré de verdure de cinq mètres au moins perçait. Dessus, un long drap était étalé et les enfants y étaient assis. Incroyable.
Tout aussi incroyable que la présence d'Alcott.
- C'est pas vrai, grogna-t-elle.
- S'il te plait ne fait pas d'histoire, supplia Melinda.
Ses yeux bleus l'imploraient. Bleus comme Alcott. Quelle malédiction !
Arrivée sur l'herbe verte, Sierra sentit immédiatement le froid diminuer. Il faisait bon.
- Nous avons eu l'idée de faire fondre la neige et de lancer un sort de protection, qui empêche le froid d'entrer et maintien l'intérieur à une température ambiante, expliqua Evane.
Sierra ne l'écouta que brièvement. Elle était trop occupée à éviter le regard d'Alcott et retirer son manteau fut une très bonne excuse. Bien évidement il portait la même couleur d'habit qu'elle. Un jean noir et un pull à col roulé beige. Vive le coup monté !
- Assis-toi maman, invita Wyatt en lui prenant la main.
Vraiment, Sierra ne savait pas ce qui la retenait de partir. Sans doute l'air si heureux des enfants. Et Alcott. Il ne disait rien ?
Sierra était loin de se douter que Drake Alcott se réjouissait intérieurement. Ses enfants étaient vraiment géniaux !
- On a pensé que pour une fois, ça serait bien de faire quelque chose tous ensemble, commença Calista.
- Les Elfes de maisons ont bien voulu nous préparer un déjeuner. Il y a vos plats préférés, ajouta Kylian en ouvrant l'énorme panier repas posé sur le drap.
Sierra regarda autour d'elle. Les enfants avaient au moins choisi un endroit peu fréquenté. Personne ne risquait de les surprendre. Malgré son inconfort, elle ne pouvait pas nier que le spectacle était beau. Le silence et les arbres enneigés jusqu'au bout des branches offraient un portrait féerique. C'était apaisant. Elle n'avait en plus pas à craindre le froid. Un pique-nique en plein janvier. Ses enfants étaient décidément bien originaux pour avoir une telle idée.
Une alléchante odeur chatouilla ses narines. Elle se tourna et vit Alcott tenir un hamburger dans ses mains. La vision était plutôt comique. Un Alcott, d'ordinaire si distingué qui mangeait avec ses mains.
- Quoi ? Demanda-t-il en se sentant observer.
- Ton plat préféré c'est un hamburger ?
- Oui et alors ? Tu ne pensais tout de même pas que je ne mangeais que dans des restaurants cinq étoiles.
La réponse était oui. Mais Sierra décida de ne rien dire.
- Pap…pardon Drake, tu adores cuisiner dans le futur, dit Kylian.
- Et ma…eu Sierra raffole de tes petits plats, ajouta Melinda.
- Surtout des desserts, rit Calista. Elle en mange autant que nous.
- Si ce n'est pas plus, ajouta Evane.
Tous les deux se regardèrent. Aussi surpris l'un que l'autre.
- Tu sais cuisiner Alcott ?
- Non, répondit-il franchement.
- Ah bon ? Demandèrent la plupart des enfants.
- Non, je n'ai jamais touché une poêle de ma vie.
- Pourtant à la maison tu cuisines, affirma Evane.
- C'est vrai, papa est le meilleur cuisinier ! S'exclama Wyatt.
- J'ai une question, demanda Alcott. Si votre mère mange autant que ça, elle pèse combien ?
- Hey ! S'insurgea Sierra.
- Ne t'inquiète pas, rit Melinda. Elle est exactement la même, à deux ou trois kilos près. Après avoir mis au monde six enfants, maman est une femme toujours aussi « magnifique » comme tu dis souvent. Enfin notre père le dit souvent.
Sierra baissa les yeux, gênée. Alcott dirait réellement ce genre de choses plus tard ? C'était troublant. De son côté, Drake observait Keller. Il n'eut aucun mal à l'imaginer dans le futur, avec des formes un peu plus généreuses. Ça lui convenait tout à fait.
- Elle attire beaucoup les regards, continua Evane.
Alcott sursauta. Encore. Alors ça allait continuer même dans le futur ! En voyant la réaction de son père. Evane retint très difficilement son rire. Il était certain que celui-ci aurait réagi de cette façon. La jalousie était un des traits de caractère des Alcott qui n'était pas toujours facile à gérer.
- Dommage que Marianne ne soit pas avec nous, dit Calista un peu déçu.
Sierra était curieuse.
- Comment est-elle ? Demanda Sierra avant de se rendre compte que les mots avaient échappé à sa bouche.
Marianne était le prénom de sa défunte mère. Elle était donc curieuse de savoir comment était celle qui se nommait ainsi.
- Elle est un peu plus grande que toi, dit Melinda. Ses cheveux sont de la même couleur que pa…Drake. Ses yeux sont verts comme les tiens. Elle est très gentille. Une personnalité douce et calme. Mais si on la cherche, on la trouve. Un vrai serpent !
- Une Keller/Alcott quoi, conclut Evane.
- Pourquoi Keller et Alcott ? Demanda cette fois Sierra. Pourquoi les deux noms accolés et pas seulement Alcott. Ou Keller.
Alcott la regarda étrangement. Pour lui la réponse était évidente.
- Parce que vous tenez tous les deux à vos noms, répondit Calista comme si c'était l'évidence même. C'est le nom que tu as pris en épousant…enfin quand tu épouseras papa et vous avez décidé de nous donner ce même nom.
- C'est papa qui a insisté pour que tu gardes ton nom. Il sait que c'est important pour toi, précisa Evane.
Sierra ne cessait d'être surprise.
- Vraiment ?
- Oui.
Alcott était donc capable de faire preuve de gentillesse et de penser à une autre personne que lui-même. Incroyable. En effet, Sierra tenait à son nom. Keller. C'était celui de son père. De ses parents, morts beaucoup trop tôt. Quel soulagement lorsqu'elle avait découvert à la fin de sa première année qu'elle était une Keller. Elle était la fille d'une famille qui l'avait aimé et choyé. Un sentiment de tristesse la gagna peu à peu. Elle se sentait parfois si seule.
- Tu veux une tosmate maman ? Demanda Wyatt avec l'innocence des enfants.
- Une tomate, corrigea Calista.
- C'est ce que j'ai dit, s'indigna Wayatt.
- Pas du tout ! Insista Calista.
- Si !
- Non !
- Si, j'ai dit une TOSMATE !
Sierra ne put se retenir et éclata de rire. Alcott l'imita aussitôt tout comme les autres. Wyatt fronça les sourcils, sa bouche formant une moue boudeuse.
- Oh allez, fait pas ton grincheux, dit Kylian.
Wyatt ne desserra pas les dents. Sierra l'attira doucement contre elle et l'embrassa sur le front.
- Tu es trop mignon dit-elle en le gardant dans ses bras.
Wyatt s'autorisa un sourire.
- Il y a encore plein de chose à manger, prévint Evane. Si vous ne vous dépêchez pas je mange tout à votre place.
Kylian s'empressa de se servir. Il connaissait suffisamment son frère pour savoir qu'il ne mentait pas. Les autres enfants l'imitèrent.
- Tu ferais bien de te dépêcher Keller, avertit poliment Alcott. Je l'ai vu à l'œuvre et crois-moi, c'est un vrai gouffre ce garçon.
Sierra obéit sans se poser de questions. La nourriture était très bonne. Les elfes s'étaient surpassés.
- Ah ! S'écria Melinda. Wyatt ! S'énerva-t-elle.
Son jeune frère venait de poser une masse froide et blanche sur sa jambe.
- Pardon, s'excusa-t-il, je voulais jouer.
- Tu n'étais pas obligé de la poser sur moi. C'est froid tu sais !
Kylian et Calista riaient. Melinda attrapa la neige et la lança sur eux.
- Hey ! firent-ils en cœur.
-Vous avez raison, c'est amusant, rit Melinda.
Les jumeaux posèrent leurs assiettes.
- Je sens que ça va dégénérer, dit Evane en prenant du recul.
Calista envoya une boule sur Melinda, qui l'avait vu venir et s'était poussée sur le côté.
- Aie ! S'écria Wyatt.
Kylian ne rata pas sa grande sœur. Melinda attaqua immédiatement mais…
- Mel, gronda Evane.
L'ainé des garçons prit sa revanche.
Sierra regarda la scène qui se jouait devant elle avec effarement. Comment une bataille de boule de neige avait-elle put débuter en si peu de temps ?
- On devrait les arrêter.
- Tu plaisantes. Regarde comme ils s'amusent, répondit Alcott.
Effectivement malgré les menaces qu'ils proliféraient, tous les cinq riaient aux éclats. Sierra fut saisie en voyant le regard qu'Alcott portait vers eux. Il était…triste. Mais pourtant il souriait. Oui Alcott souriait. Un vrai sourire. Sans moquerie. Alors pourquoi était-il si triste ?
Alcott avait toujours voulut avoir des frères et sœurs. Il aurait aimé ça, il en était sûr. Il aurait eu quelqu'un sur qui il aurait pu compter. Une famille. Mais la règle de l'enfant unique était trop importante pour son père. Alcott avait toujours été seul.
Un choc froid le sortit de ses pensées. Il s'essuya la joue en tentant de comprendre. Il était seul sur le drap. Keller était hors de la zone protégé. Un sourire jusqu'aux oreilles. Un ange, pensa-t-il une seconde avant de comprendre qu'elle venait de lui lancer une boule de neige.
- Un démon aux allures d'anges, rectifia-t-il à voix basse en se levant un sourire sur les lèvres. Ca tu vas me le payer Keller, prévint-il plus fort.
Il attrapa de la neige, en fit une boule et…toujours en avançant vers Sierra, il la lança. Elle fut plus rapide et esquiva.
- Papa ! Reprocha Kylian.
- Pardon, je visais ta mère.
Sierra tiqua à peine en entendant Alcott l'appeler ainsi. Elle n'avait pas le temps de penser. Une boule lui atterrit en pleine poitrine. Elle ne provenait pas d'Alcott mais…
- Evane !
Il haussa les épaules d'un air faussement désolé. Elle entendit Alcott rire. Son rire était cristallin. Quel étrange moment. Melinda le fit taire en l'attaquant. Ce fut au tour de Sierra de rire. Alcott se vengea sur elles. La situation perdit tout ordre. Les boules volaient dans tous les sens provoquant un tourbillon d'éclats de rire sous un ciel bleu tacheté de blanc.
C'est épuisée, mais apaisée que la famille rentra au château plusieurs heures plus tard. Sierra n'aurait jamais pensé s'amuser autant…avec Alcott. Pas une parole désagréable n'était sortie de sa bouche. Quelques regards étonnés se posèrent sur eux dans les couloirs. Les jumeaux marchaient en tête, suivit de Melinda et Evane. Derrière eux, se tenaient, Sierra et Alcott qui portait un Wyatt endormit dans ses bras. Une vraie famille, pensa-t-elle. C'était sans aucun doute l'image qu'ils renvoyaient sur le moment. C'était ce qu'elle avait ressenti tout à l'heure. Etrange. Ils arrivèrent à l'angle qui séparait leurs deux couloirs. Comme le soir du réveillon.
- On part devant, annonça Melinda en poussant Kylian vers le couloir qui menait à la salle commune des Gryffondors.
- Je vais coucher Wyatt, dit Evane en prenant son petit frère des bras d'Alcott.
Lui et Calista partirent dans leur couloir les laissant seuls, dans le silence.
- Etrange journée, commença Sierra en regardant le mur.
- Très étrange, approuva Alcott en ne se gênant pas pour la regarder.
Il aurait aimé qu'elle se tourne pour qu'il puisse voir l'émeraude de ses yeux.
- Je…je vais y aller, continua Sierra en relevant la tête.
Elle se figea. Ses yeux tombèrent pile en face du bleu profond d'Alcott. Elle se mordit la lèvre. Quelle idiote ! Elle venait de revivre le baiser qu'ils avaient échangé pour le réveillon. Ses joues s'empourprèrent. Elle vit Alcott sourire. Encore ! Décidément il ne faisait plus que ça.
- Ne tournons plus autour du pot Keller, dit-il d'une voix suave. Je te désir et toi aussi. Ne fais pas cette tête. Je peux le lire dans tes yeux. Ce n'est qu'une attirance physique. Ça finira par passer…mais en attendant…
Sonnette d'alarme dans la tête de Sierra lorsqu'elle le vit se pencher. Il s'approchait, encore. Alcott était dangereusement près et elle ne faisait aucun mouvement pour le repousser. Leurs lèvres se touchèrent. Doucement. Puis avec plus d'intensité. Elle aurait dû le repousser. Elle le savait mais…au contraire, elle répondit lorsqu'il approfondit le baiser et enroula ses bras autour de son cou, alors qu'il attrapait sa taille. Ce n'était que physique après tout. Ca finirait par passer…n'est-ce pas ?
