Dernière chance

Chapitre 9

Lorsque mon réveil sonna le lendemain matin, j'ouvris péniblement les yeux. Retour au lycée. Génial. Toutefois, un léger sourire se dessina sur mes lèvres alors que je contemplais le plafond de ma chambre. Il n'était plus blanc et défraîchi, mais d'un beau vert. Ça faisait du bien de voir autre chose que l'horreur que j'avais avant. Aussi, j'avais une autre raison d'être de bonne humeur. Entraînement de soccer ce soir, avec les pom-poms girls, donc aussi Kinomoto, juste à côté.

Et puis, il fallait que j'arrange le portrait à Hiiragizawa. Si ce n'était pas aujourd'hui, ce serait demain. De toute manière, il allait y goûter.

Sur le chemin du lycée, je poussai un soupir. J'avais oublié un petit détail. C'était moi qui allais devoir payer pour les dégâts causés à la voiture de Dracula. Tout mon salaire des dernières semaines allait y passer. J'allais arriver serré dans mon budget, mais il était hors de question que je demande de l'aide à qui que ce soit. Dans un sens, ça serait comme admettre ma défaite face à Hiiragizawa. Et ça, aucune chance que ça se produise !

En arrivant, je vis Sanako qui parlait avec un garçon de notre équipe de soccer. Ça me fit penser que désormais, j'allais devoir la jouer plus subtilement avec Kinomoto. Je n'avais pas l'intention de laisser tomber mon plan, mais je tenais beaucoup à mon amitié avec Sanako. C'est vraiment un des seuls vrais amis que j'aie eu depuis longtemps.

Lorsque la cloche sonna, j'allai le rejoindre pour faire le trajet jusqu'au local de maths ensemble. Il m'accueillit avec un grand sourire, qui me sembla pourtant un peu faux.

- Hey, Shaolan ! Ça va ? Pas trop découragé d'être de retour au lycée ?

- Mais non, voyons. J'ai un plan de vengeance à mettre à exécution, alors…

- Je vois. Mais ne l'amoche pas trop, quand même. J'ai besoin de lui sur le terrain. Surtout qu'on a un match contre une équipe d'une autre région dans une semaine.

- C'est bizarre, il y a deux jours, tu voulais le renvoyer.

Il haussa les épaules.

- J'ai dû me rendre à l'évidence. En plus, Masahi est venu me voir ce matin pour me dire qu'il ne pourrait pas jouer pendant quelques semaines. Il s'est foulé la cheville.

- Bah, faut dire que c'était pas vraiment un des meilleurs joueurs, alors pour ce que ça change…

Sanako me lança un regard de reproche.

- Shaolan ! C'est quand même un membre de l'équipe, et ce n'est pas parce qu'il a moins de talent que toi qu'il est moins important.

- Désolé. Au fait, ton dos, ça va mieux ?

- Ça s'endure.

- Peut-être que tu ne devrais pas jouer ce soir.

- Hey, j'suis pas une mauviette ! J'ai une équipe à entraîner, moi.

Je ris devant l'attitude offusquée de mon ami.

- D'accord, j'ai rien dit !

Nous entrâmes dans la classe et le cours débuta. Quelques minutes plus tard, Sanako, qui était assis à côté de moi, me chuchota :

- Dis, qu'est-ce qu'elle voulait, Kinomoto, hier ?

J'eus un sourire amusé en voyant la curiosité et la jalousie qui brillaient dans les yeux de mon ami. Je décidai de le taquiner un peu. Et puis, peut-être même que j'allais réussir à le faire passer aux aveux.

- Pourquoi est-ce que ça t'intéresse ?

Il eut l'air embarrassé.

- Euh, pour rien. Je me demandais juste…

- Tu serais pas un peu jaloux, des fois ?

- NON !

Quelques élèves se retournèrent autour de nous, mais heureusement, le prof n'avait rien entendu.

Sanako eut un air gêné et reprit, plus doucement.

- Pas du tout, voyons.

- Pourtant, j'ai plutôt l'impression du contraire.

- Tu t'imagines des trucs, là.

- Ah oui ?

Il planta son regard dans le mien et dit fermement :

- Oui.

Bon, il ne se montrait pas très coopératif. Mais j'avais la ferme intention d'aller jusqu'au bout. Je soupirai et dis :

- Sanako, arrête de mentir. J'ai compris ce qui se passe depuis longtemps. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure.

Mon ami eut l'air paniqué.

- Que… comment…

- Faut dire que t'es pas très subtil. Ça se voyait bien que tu étais jaloux quand elle me parlait.

-

- Écoute, je ne veux pas que ça vienne gâcher notre amitié, d'accord ?

- Ouais, je comprends.

- Tant mieux. Et puis, on sait jamais, c'est peut-être toi qu'elle aime.

- Hein ?

Incrédule, Sanako ajouta :

- Minute, de quoi tu parles ?

Je levai les yeux au ciel.

- Mais de ton amour pour Kinomoto ! Quoi d'autre ?

Les yeux de mon ami s'agrandirent de surprise.

- Quoi ? Tu…

Sanako éclata de rire. Tous les élèves et le prof se tournèrent vers lui, aussi abasourdis que moi. Je ne voyais vraiment pas ce que j'avais dit de drôle.

L'enseignant s'avança et demanda, énervé :

- Monsieur Toshito, puis-je savoir ce qu'il y a de si amusant ?

Pour toute réponse, ses rires redoublèrent. Finalement, les larmes aux yeux, essayant de reprendre sa respiration, il répondit :

- R… rien, monsieur. Je… je suis… désolé.

Le prof fronça les sourcils et retourna à son cours, pendant que Sanako finissait de se calmer. Ne comprenant rien à la situation, je lui murmurai :

- Là, va falloir que tu m'expliques, parce que j'ai l'impression que j'en ai loupé une partie.

- Tu croyais vraiment que j'étais amoureux de Kinomoto ?

Surpris, je répondis :

- Ce n'est pas le cas ?

Il secoua la tête.

- Non, loin de là.

- De qui est-ce que tu es amoureux, alors ?

Il me fit un clin d'œil et répondit :

- Ça, c'est un secret.

- Tu me le diras, un jour ?

Il sembla réfléchir quelques secondes, puis dit doucement :

- Oui, peut-être…

La journée passa relativement vite, et je me retrouvai dans les vestiaires en compagnie des autres joueurs. Alors que j'attachais mes souliers, Dracula en personne entra. Son teint était toujours aussi cadavérique et sa voix toujours aussi froide.

- Votre attention s'il vous plait. Nous avons eu un petit problème avec la plomberie de l'établissement, et les douches seront donc hors service pour aujourd'hui. Par contre, celles de l'ancien vestiaire sont encore opérationnelles.

Sanako leva la main, et je constatai qu'il avait soudainement blêmit.

- Monsieur, est-ce que vous parlez des douches… collectives ?

- En effet. Cela pose-t-il un problème ?

- Euh… non… non.

Je pris un air indigné et m'exclamai :

- Voyons, monsieur ! Vous ne pouvez pas faire ça !

Dracula me toisa un instant et me demanda, sur un ton dangereusement calme :

- Puis-je savoir pourquoi, monsieur Li ?

- Et bien, s'il y a des gays, ils vont mater mon super corps de rêve, pardi !

Tous les joueurs éclatèrent de rire, mais je remarquai que Toshito ne partageait pas l'hilarité générale. Au contraire, il ne semblait pas du tout trouver ma petite blague à son goût. Il avait même l'air franchement mal à l'aise.

Avant que je ne puisse m'interroger davantage, le dirlo reprit :

- Je suppose que c'est un risque à prendre. Mais à votre place, j'éviterais d'attirer l'attention. Le montant de votre dette envers moi est déjà assez élevé comme ça, vous ne croyez pas ?

Hiiragizawa eut un sourire mesquin et je me retins de lui étamper mon poing entre les deux yeux. Chaque chose en son temps.

Je me contentai de hausser les épaules et de dire, sur un ton indifférent :

- Si vous les dites.

Sur ce, Dracula s'en alla et nous ne tardâmes pas à aller sur le terrain. Les pom-poms girls étaient déjà installées sur le terrain d'à côté. Je cherchai machinalement Kinomoto des yeux et ne tardai pas à la trouver. Avec son uniforme de meneuse de claque, elle était vraiment… sexy.

Elle dû se sentir observée, car elle se tourna dans ma direction. Dès qu'elle me vit, son visage s'illumina et elle me fit un grand sourire, en agitant la main pour me dire bonjour. Je lui rendis son sourire et me joignis aux autres pour les échauffements.

Je crois que ce fut le pire entraînement de Sanako. Il ne réussit à bloquer presque aucun tir et était souvent dans la lune. On aurait dit qu'il n'arrivait pas à se concentrer. Je mis ça sur le compte de sa blessure au dos. Je ne voyais pas d'autre explication.

À la fin de l'entraînement, tous les joueurs se rendirent dans les vestiaires. Alors que j'enlevais mon t-shirt, je vis Sanako se lever précipitamment et se diriger presque au pas de course vers la sortie. Surpris, je l'interpellai :

- Hey, Sanako ! Où tu vas ?

Il se figea et se retourna à demi.

- Euh… j'ai beaucoup de devoirs à faire, alors je m'en vais tout de suite.

- T'as bien le temps de prendre ta douche, tout de même !

- Euh… non… ma mère voulait que je rentre le plus tôt possible.

- Menteur. Tout à l'heure, tu m'as dit que tes parents ne rentraient pas avant dix-neuf heures, ce soir.

- Ah, euh… faut que j'y aille, bye !

Alors qu'il allait passer la porte, je décidai de le taquiner, histoire de m'amuser un peu. D'une voix sensuelle, je lui lançai :

- Mais Sanako… tu es tellement beau… Je voulais en profiter pour te voir tout nu et contempler ton corps d'athlète si… sexy...

Il se retourna vivement, comme si on venait de lui asséner une gifle.

- Que…qu… quoi ? Qu'est-ce que tu viens de dire ?

- …Voir l'eau ruisseler sur ton corps musclé… Ahhhhh, rien que d'y penser, je…

- Stop ! Arrête ça là, tu veux ?

Son visage avait pris une teinte homard bien cuit, et il ne savait plus où se mettre. Pour ma part, je ne comprenais pas pourquoi il réagissait aussi vivement, mais je m'amusais follement.

Je pris un air sournois, me levai et m'approchai de lui. Puis, je murmurai :

- Pourquoi ? Ça t'excite ?

Pendant un instant, il me dévisagea comme si je venais de la planète Mars, puis il me poussa en grognant :

- Shaolan, t'es vraiment impossible.

Je fis la moue et demandai :

- Tu ne changes toujours pas d'idée ?

- Surtout pas ! Bon, je te laisse. À demain.

- Ouais, bonne soirée !

J'allai prendre ma douche en me demandant de qui mon ami pouvait bien être amoureux, si ce n'était pas de Kinomoto. Je me rappelai soudain ma mission du jour. Je glissai un coup d'œil discret en direction d'Hiiragizawa, un peu plus loin. Je devais admettre qu'il était plutôt bien bâti, et plutôt musclé, aussi. J'eus un sourire carnassier. Ça n'allait que rendre notre règlement de comptes plus intéressant.

Je savais que Hiiragizawa sortait toujours du vestiaire en dernier, car c'était lui qui avait pour responsabilité de barrer la porte. Ça jouait en ma faveur, nous ne serions que tous les deux. Pas de témoins gênants.

J'attendis donc, accoté contre un arbre, que ma cible ait terminé sa petite besogne avant de lui lancer :

- Salut, Hiiragizawa !

Il fit volte-face et me toisa un instant, avant de me demander, incertain :

- Qu'est-ce que tu veux ?

Je m'approchai de lui et dis calmement :

- Le mot « vengeance », ça te dit quelque chose ?

Il eut un sourire mauvais et répliqua :

- Je me doutais bien que tu ne me laisserais pas faire sans réagir. Le contraire m'aurait déçu.

- Attends-toi à en avoir pour ton argent.

- C'est quand tu veux.

Je me jetai sur lui et lui envoyai un crochet du droit en plein visage, qu'il évita sans difficulté. Il était plus rapide que je ne le pensais. Je me retournai juste à temps pour parer le coup qu'il m'envoyait. Nous étions de force égale, la lutte allait être longue. Mais je ne m'en plaignais. Ça ne ferait que faire durer le plaisir.

Après une dizaine de minutes, aucun de nous deux n'avait encore réussi à blesser l'autre. Puis, je feintai sur la gauche et lui balançai mon poing sur la mâchoire. Cette fois, j'atteignis ma cible et il recula sous la force du coup. Il essuya le sang qui coulait de sa lèvre ouverte et me dit :

- C'est maintenant que ça va devenir intéressant.

S'en suivit une série de coups, dans laquelle personne n'avait réellement l'avantage. Il réussit entre autres à m'asséner un crochet du droit en plein visage qui m'arracha un gémissement. J'allais avoir un bel œil au beurre noir.

Je lui décochai un coup de pied dans le ventre qui le fit se plier en deux sous la douleur. Puis, je le plaquai à terre et me mis à le ruer de coup, visant son visage. Quand je le jugeai assez amoché à mon goût, je me relevai, haletant, et lui lançai :

- J'aurais dû prendre une photo, pour la postérité. Mais bon, le résultat est si génial que je crois que ça restera gravé dans ma mémoire à tout jamais.

Alors qu'il se levait difficilement, je tournai les talons et pris la direction de mon appartement. Je ne marchais que depuis quelques minutes lorsque j'entendis un voix féminine m'appeler :

- Li, attends-moi !

Je me retournai et reconnus Kinomoto, qui venait vers moi. Lorsqu'elle vit mon visage, elle retint un cri et plaqua une main devant sa bouche. Les yeux exorbités, elle finit par articuler :

- Mon Dieu… qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Bonne question. Je n'allais tout de même pas lui dire que je venais de donner une bonne correction à Hiiragizawa. Mais elle ne me laissa pas le loisir de répondre, car elle ajouta :

- Laisse tomber, je ne veux pas le savoir. C'est évident que tu t'es battu, mais ça ne me concerne en aucun cas.

Elle fit quelques pas vers moi et examina mon visage d'un œil critique.

- C'est pas du joli, ça. Bon, viens chez moi, je vais arranger ça.

Surpris, je reculai d'un pas.

- Quoi ?

- Il me semble que ce n'est pas difficile à comprendre. Viens chez moi, que je puisse te soigner. Je ne vais tout de même pas te laisser dans cet état-là !

- Mais… ton père, et ton frère…

Elle secoua la tête.

- Mon père est parti en voyage d'affaires pour tout le reste de la semaine et mon frère passe la nuit chez un ami. Bon, tu viens ?

- Tu es sûre que ça ne t'embête pas ?

- Aux dernières nouvelles, c'est moi qui te l'ai proposé.

Elle me sourit, et je lui renvoyai tant bien que mal son sourire. Je devais avoir la lèvre fendue. Mais peu importe. Je venais de tomber sur la meilleure infirmière que je puisse avoir.

Et voilà pour le chapitre 9 ! Un gros merci à Estelle01, Soleneh, Meeeeuh, alex00783, Asahi Shin'ju, represente78, syaosyao, MimiNat, MISSGLITTER, aminteitha, ciçouille, et crystal d'avalon pour vos reviews. Ça me fait super plaisir !